Jean-Jacques Birgé

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mardi 9 août 2022

Les gardiens du temple


Lorsqu'on vit avec des chats on se demande toujours qui sont les maîtres. Dans la plupart des cas les félins ont domestiqué les humains qui leur prodiguent caresses, massages, plus le gîte et le couvert, sans aucune contrepartie. Comme je descends dans le Massif Central, en mon absence mes amis s'occupent donc des bestioles et de la maison.


Django est souvent en vadrouille, de jour comme de nuit. Mais si je ne suis pas là il ne rapporte aucun trophée, cadeau qu'il dépose bien en évidence sur la moquette blanche. Je préfère cela à sa lubie de venir jongler avec une souris sur le lit vers trois heures du matin. Il est parfaitement sociable. Ni l'un ni l'autre ne mordent, ne griffent ni ne volent.


Oulala est plus timide, mais tout de même moins craintive que lorsqu'elle était plus jeune. Ils ont environ six ans. Ces derniers temps c'est la plus câline, mais je ne comprends rien à ce qu'elle me raconte alors que Django est très clair. Les chatières étant équipées de systèmes à puce pour éviter les déconvenues du passé, ils vont et viennent comme ça leur chante, mais Oulala ne quitte jamais le territoire. Un de ses fils, Milkidou, qui habite en face, vient squatter régulièrement le jardin...
À peine ai-je terminé mon petit article que je m'aperçois qu'hier 8 août était marqué par la Journée Internationale du Chat. Qu'est-ce qu'on invente pas comme trucs idiots ! Comme dans De l'autre côté du miroir je préfère fêter les non-anniversaires aux anniversaires, 364 contre un, y a pas photo ! Enfin, tout de même un peu, puisque je n'ai pas résisté, au risque d'une surchauffe des serveurs...

lundi 8 août 2022

Neptune Frost, film afro-futuriste de Saul Williams et Anisia Uzeyman


J'ai vu un drôle de film, ce qu'on a l'habitude d'appeler un ovni (audiovisuel non identifié). C'est bancal, ça met du temps à démarrer, mais ça fait tâche dans le paysage audiovisuel de plus en plus consensuel. La critique s'emballe, évoque le futur du cinéma noir, mais ça ne vient pas de nulle part. J'ai immédiatement pensé au film underground Space is The Place de John Coney avec Sun Ra ou au blockbuster Black Panther de Ryan Coogler. L'esthétique afro-futuriste fait partie de la mythologie afro-américaine, l'idée d'un grand empire, comme ceux du Mali, du Songhaï et du Monomotapa, et de son empêchement par l'esclavage. La résistance a beau s'organiser, le fantasme n'en est pas moins typiquement américain. Le film Neptune Frost jouit d'une esthétique à la fois roots et hi-tech. Certains évoquent une comédie musicale de science-fiction, d'autres une histoire d'amour entre une fugueuse intersexuée et un mineur de coltan. Dans tous les cas, les ingrédients sont suffisamment sexy pour faire le buzz.


Citer plus haut le musicien interstellaire Sun Ra n'est pas innocent. Neptune Frost est coréalisé par le poète-rappeur américain Saul Williams et la metteuse-en-scène française d'origine rwandaise Anisia Uzeyman. Saul Williams en a composé la musique, mêlant tambours et électronique. Il tenait aussi le rôle principal du film Slam de Mark Levin en 1998. Comme lui avec qui elle est mariée, Anisia Uzeyman est écrivaine et comédienne. Les rôles principaux sont tenus par Cheryl Isheja, Bertrand Ninteretse, Eliane Umuhire, Elvis Ngabo. La magie des nouvelles technologies de la communication est contrebalancée par une dénonciation de l'exploitation des Africains dans la course au progrès aux mains des multinationales et une critique du patriarcat. Portées par une poésie ésotérique exprimée en plusieurs langues, les meilleures scènes sont tout de même les musicales et chorégraphiques. Neptune Frost a tout pour devenir un objet culte, esthétiquement ambitieux, malgré ses imperfections qui le rendent attachant dans un monde de contrôle, tant formellement qu'idéologiquement.

jeudi 4 août 2022

Lila Bazooka, duo imbriqué ou solo enveloppé ?


J'ai d'abord entendu Lila Bazooka en concert au Comptoir de Fontenay. Je connaissais Sophie Bernado, entre autres pour avoir enregistré l'album Arlequin et le concert Défis de prononciation en trio avec elle et la vibraphoniste Linda Edsjö. Auparavant je l'avais découverte au sein de l'ensemble Art Sonic et entendu plus tard avec L'arbre rouge ou le White Desert Orchestra. J'ai toujours aimé les bois et particulièrement le basson, instrument hélas peu courant dans l'histoire de la musique improvisée. Je ne suis capable de citer que Lindsay Cooper et Youenn Le Berre dont ce n'était pas l'instrument principal, mais avec qui j'ai eu la chance de travailler. Sophie Bernado est avant tout bassoniste, même si elle chante comme ici, ou fait du Beat Box ailleurs. J'avais également repéré l'ingénieure du son Céline Grangey dans de multiples disques où le son magnifiait la musique. Or les voilà réunies au sein du duo Lila Bazooka, sorte de solo enveloppé.


Tandis que Sophie Bernado souffle et appuie sur ses pédales d'effets Céline Grangey triture le son sur son ordinateur, diffuse des field recordings ou des séquences électroniques. La musique est à la fois grave et aérienne. Le drone plane au dessus de la mêlée. Les boucles d'anche double tournent en derviche, s'accumulant les unes sur les autres. Les paysages japonais qui donnent son titre à l'album, Arashiyama, défilent comme à la fenêtre du Shinkansen, même si ce train ne passe pas devant ce lieu-dit proche de Kyoto et si la vitesse du son est ici celle de la méditation. Ni 300 mètres par seconde, ni 300 km à l'heure. Juste le temps qu'il faut pour se laisser porter par le rêve. Elles y ont tout de même séjourné. Sur deux pièces, Ko Ishikawa les rejoint au sho, l'orgue à bouche japonais. Voilà près d'un demi-siècle que je passe mes instruments acoustiques à la moulinette des effets électroniques et ce en direct, mais je n'ai que deux mains, deux pieds et une bouche. Je reconnais forcément certaines de mes tourneries, mais c'est un véritable plaisir d'apprécier le jeu à quatre mains des deux musiciennes. Céline travaille le bas-son de Sophie avec une grande finesse, privilégiant les passages lents et progressifs. Leur complicité est essentielle. Sophie peut se concentrer sur son anche. Solo ou duo, je ne sais pas, mais Lila Bazooka fonctionne à merveille.

→ Lila Bazooka, Arashiyama, CD Ayler Records, dist. Orkhêstra (12€ sur Bandcamp, 9€ en numérique)

lundi 1 août 2022

Ornette Under The Repetitive Skies III


Le violoniste Clément Janinet et son projet O.U.R.S. (Ornette Under The Repetitive Skies) tient ses promesses, entre musique répétitive reichienne et free jazz colemanien. Quatre ans après le premier album, avec les mêmes comparses, soit le saxophoniste Hugues Mayot, le contrebassiste Joachim Florent et le batteur Emmanuel Scarpa, il joue les derviches du swing. Le ténor fait irrésistiblement penser à Gato Barbieri quand il n'est pas au piano. Le violoniste se fait discret, mandolinant parfois et préférant surtout miser sur le timbre du groupe. Tous participent à la percussion, le batteur devenant un temps vibraphoniste, Arnaud Laprêt leur prêtant patte forte sur Purple Blues. On se croyait perché en haut de montagnes reposantes, on se retrouve danser dans des plaines vallonnées. Les crins croisent l'anche pour un jazz très seventies, revival digéré, entraînant, euphorique, revendicatif. Le Liberation Music Orchestra a fait des petits. Ils ont grandi. Sur le sixième et dernier morceau de l'album, ils sont rejoints par le chanteur camerounais Ze Jam Afane qui a composé cet Odibi, histoire de reprendre calmement son souffle, le temps de laisser revenir les fantômes.

→ Clément Janinet, Ornette Under The Repetitive Skies III, CD BMC, dist. L'autre distribution, sortie le 8 septembre 2022