70 juillet 2025 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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vendredi 11 juillet 2025

Pause estivale


Pause du blog du 14 juillet au 24 août. Comme chaque fois je relaterai plus tard cette période loin des réseaux, nécessaire, salutaire. Je débranche la perfusion, sachant pertinemment que l'on peut vivre sans fil à la patte. Je me souviens qu'adolescent il m'arrivait de partir presque trois mois sur la route à l'autre bout du monde et, bon garçon, d'envoyer tout de même cinq cartes-postales à mes parents, à une époque où le moindre coup de téléphone aurait coûté une fortune. Comme j'ignore totalement vers quoi je me dirige à la rentrée, j'espère que ce break m'inspirera, infléchissant mes nouvelles aventures. Il m'arrivera probablement d'envoyer une image de temps en temps sur FaceBook ou Instagram, c'est leur fonction carte-postale. À bientôt donc, profitez de la vie, ne désarmez pas, aimez et partagez.

jeudi 10 juillet 2025

Zappeurs-Pompiers 2 (1989)


Comme un condensé de mouvements passés à la moulinette des mots, le programme annonçait : "Dans les quartiers d'isolement toutes les chaînes se valent. Le nombre passe l'uniforme, plus y en a moins y en a. La télécommande brûle les doigts, on finit par zapper sa vie et celle des autres. Et puis on allume la musique, pour que ça glisse. En couleurs. Quand l'objectif est un miroir l'arroseur arrosé s'écrit sur le noir du ciel avec un micro de lumière. Vertige du direct. Les pirates hachent le programme qui rend son jus. Plein feu, salut."
Zappeurs-Pompiers 2 faisait évidemment suite à un numéro 1 qui s'était improvisé avec la chorégraphe Lulla Card (aujourd'hui Lulla Chourlin) et le comédien Éric Houzelot. Le 12 juin 1989 le second volet est créé pour l'ouverture des 38e Rugissants au Cargo à Grenoble. Lulla Card danse une paluche à la main, Guy Pannequin (des Macloma) fait le clown et Un Drame Musical Instantané signe musique et zapping en direct sur grand écran à cette époque des tout débuts de la télévision par satellite.


Zappeurs-Pompiers 2 était un spectacle sur la télévision, un spectacle dont la règle d'or était le direct. Il prétendait répondre à l'envahissement de nos vies par cette étrange lucarne, mystérieux trou noir qui aspire tous ceux qui passent à sa proximité. Non contente de ravir tous les publics, la télévision était censée générer de nouvelles pratiques de vie. Il ne restait plus aux créateurs qu'à s'y insérer ou bien encore à produire des spectacles vivants où le gigantisme et le risque sont la caution d'un instant différent et immédiatisable. Les temps ont changé, les médias aidant, mais le formatage des ciboulots est toujours au programme.
La captation n'est pas fameuse, mais elle permet d'entendre et de voir cette incroyable création où Bernard Vitet (trompette, voix, trompette à anche, flûte), Francis Gorgé (instruments de synthèse, guitare, programmation, flûte) et moi (instruments de synthèse, voix, zapping, flûte) n'avions froid ni aux yeux ni aux oreilles. C'était aussi le temps où le théâtre musical était à la mode. Nous en publiâmes une version CD intitulée Qui vive ? dont la pochette, une de mes préférées, est de Massimo Mattioli.

Article du 5 mars 2013

mercredi 9 juillet 2025

Marchands de canons promus par Libération


Cynisme des marchands de canons et hypocrisie du journal Libération qui intègre leur publicité dans ses mails aux abonnés. Le titre, "ReArm Europe" : Comment tirer profit du plus grand plan de relance militaire de l’histoire de l'UE d’ici 4 à 8 mois. Les trois arguments :
✅ Pourquoi l’Union européenne injecte 800 milliards d’euros dans l’industrie de la défense, créant une opportunité unique pour les investisseurs.
✅ Comment certains de nos lecteurs ont déjà réalisé des gains de +380% grâce à certaines de nos recommandations sur des valeurs clés du secteur militaire.
✅ Découvrez 9 entreprises européennes stratégiques qui devraient tirer profit de ce pactole gigantesque.
Les neuf entreprises ne sont évidemment pas nommées, mais ce n'est pas très difficile de les identifier.


À l'heure où la France honteuse fournit des armes au gouvernement criminel et génocidaire israélien (mais pas qu'à lui, la guerre est un business qui a toujours fait fleurir les porte-feuilles et les tombes), Libé se goinfre en offrant ses colonnes à ces salauds.


Raisonne évidemment à mes oreilles la chanson de Boris Vian intitulée Le petit commerce, musique d'Alain Goraguer.

Are you experienced ?


À Nantes, au Jardin Extraordinaire, Eliott m'affirme que c'est un crapaud parce qu'il a des pustules sur le dos. Plus loin des grenouilles, plus menues que lui, s'ébattent. Course-poursuite et chevauchements de rigueur. Est-ce la saison des amours ? Je ne me risque pas à leur faire un bisou, car je n'ai jamais été fan de la polygamie. Jeune homme, je me souviens avoir vécu deux semaines avec trois filles de mon âge, une à chaque étage. C'était accidentel, concours de circonstances lié à mon sens de l'hospitalité. Cela peut paraître fantasmatique, mais je n'en ai absolument pas profité, car je culpabilisais en pensant aux deux autres lorsque j'étais avec chacune d'entre elles. Les années 70 rendaient ces situations plutôt banales. Nous ne nous formalisions pas de la liberté que nous accordions les un/e/s aux autres, ce qui ne signifie pas que nous étions plus heureux pour autant. J'avais beau avoir passé deux jours avec une fille, cela ne me faisait pas particulièrement plaisir que ma compagne officielle rentre de Lyon en me racontant qu'elle avait fait l'amour tout le week-end avec un Tahitien "beau comme un dieu". Pour être positif, disons que cela avait le mérite d'être expérimental. Jimi Hendrix chantait : Are you experienced ? Nous l'étions, par tous les sens. Cela ne faisait pourtant pas de nous de meilleurs amants. Nous ne confondions pas la sexualité avec l'amour, sentiment plus rare. J'ai l'impression qu'il m'aura fallu des années pour en apprécier toutes les subtilités, alors que mon romantisme de midinet n'a probablement pas beaucoup évolué.

mardi 8 juillet 2025

Chansons au long cours


Dernière séance de studio avant les vacances, j'enregistre le quintet réuni par mon ami Didier Silhol. Nous nous connaissons depuis plus de quarante ans. Habituellement il est chorégraphe et danseur, spécialisé dans la danse-contact-improvisation. L'an passé je l'avais accompagné pour une Garden Party avec un autre danseur, Cléo Laigret, dans le cadre de mes Apéro Labo. La plupart des artistes avec qui je collabore ont plus d'une corde à leur arc. Didier a cette fois écrit des chansons, paroles et musique pour la plupart. Il a donc retrouvé le jardin pour préparer l'enregistrement de ce qui deviendra probablement un disque. Étaient présents Claire Marchal aux flûtes, Raphaël Godeau à la guitare et Joe Quitzke aux percussions, tandis qu'Alice Lockwood et Didier chantaient.


Après le récent duo/trio de Claire et Raphaël, c'était un nouvel exercice pour moi qui n'ai pas l'habitude d'enregistrer des musiciens sans participer à la création, qui plus est sans aucun instrument électrique. Je m'en remis néanmoins à la méthode consistant à placer les micros aux bons endroits et de faire confiance aux musiciens. Trois Neumann, deux Schoeps et un Royer feraient l'affaire. Il ne resterait plus qu'à mixer pour rééquilibrer les voies et les placer dans un espace qui n'aurait d'imaginaire que le fait de les y téléporter informatiquement. Cela consiste en une réverbération à convolution. Il suffit de choisir la salle ou le théâtre qui convienne à leur musique.


Je suis épaté par Didier, pour ses compositions comme pour la direction de l'ensemble. S'il était venu régulièrement cette année travailler au piano, le projet ne date pas d'hier, puisqu'en 2017 nous avions déjà enregistré ses quatre enfants les plus âgés dans cette perspective. J'ai rarement perçu autant d'amour filial de part et d'autre. Chaque fois les protocoles sont très précis. Évidemment je ne veux rien déflorer, juste préciser que c'est entre la chanson française, la musique traditionnelle et l'improvisation libre !

lundi 7 juillet 2025

Les déments sur Jazz'Halo


La poésie et le jazz sont le yin et le yang l'un de l'autre, les poètes du Beat en savaient quelque chose. Par la suite, beaucoup leur ont emboîté le pas. « Les Déments » du multi-instrumentiste Jean-Jacques Birgé et du saxophoniste ténor Lionel Martin apportent leur propre variation avec le narrateur Denis Lavant.

Ils utilisent pour ce faire des textes empruntés à Marcel Moreau (“M'accordez-vous ?”), André Martel (“Cantode du Lobélisque”), Xavier Grall (“Les Déments”) et André Schlesser (“Petit Chien Sans Ficelle”). Autant de noms qui résonnent à l'oreille de ceux qui connaissent la littérature francophone.

Les quatre pièces sont conçues comme un jeu d'écoute, Lavant déclamant les textes dans toute leur férocité. Musicalement, cela ressemble à la bande-son d'un sketch sombre en marge de la société. Les sons des galeries d'images de « l'exploration urbaine » surgissent presque automatiquement. Il s'agit également de « sonorités étranges » indiquant « des endroits maudits ». Philip Glass et Steve Reich, ainsi que le dadaïsme, sont d'autres références applicables ici.

Une bonne connaissance de la langue française est nécessaire pour apprécier pleinement cette pièce radiophonique noire. Une coproduction du label Ouch ! avec le label d'avant-garde et anarchiste de Birgé, GRRR, qui célèbre cette année son 50e anniversaire.

Georges Tonla Briquet, traduction automatique de la revue flamande Jazz'Halo
Double CD sur Bandcamp

vendredi 4 juillet 2025

Faute d'inattention


Comme l'amour, l'amitié se cultive. À s'endormir sur ses acquis on risque la rupture. Le passé ne peut être un gage du présent, encore moins de l'avenir. Une révision s'impose, sommaire ou complète, tous les 5000 ou les 10000, et pour les plus téméraires chaque matin, à l'heure où tant d'autres se rasent les antennes.
Les doléances peuvent parfois sauver une relation si elles sont entendues, assimilées. Si l'on ne change personne qui ne le souhaite, chacun peut rectifier sa propre position et entamer un nouveau cycle. On n'échappe pas à sa névrose, que l'on suppose d'origine familiale, mais il est toujours possible de l'aménager, soutenu par une assistance professionnelle ou with a little help from my friends.
Plusieurs fois dans ma vie j'eus ainsi la chance d'avoir des amis bien intentionnés qui eurent le courage de me remonter les bretelles en me renvoyant mes critiques façon boomerang dans certaines périodes de doute quelque peu désespérées. Si la révélation n'avait été brutale j'aurais fait ceinture jusqu'à la saint-glinglin. Leur réponse était toujours courte, une phrase indépendante, affirmative ou interrogative, mais sans échappatoire. Je leur sais gré de m'avoir sauver la vie dans ces instants fragiles comme à d'autres de m'avoir accompagné sur la durée.
M'ouvrant à des amis sur une récente déception ils évoquèrent l'ego surdimensionné de ce camarade. Or, dans la sphère artistique où j'évolue, nous avons tous un ego aussi démesuré. Le danger vient du manque d'attention que nous aurions envers celles et ceux qui nous entourent. L'égocentrisme a bon dos de justifier l'égoïsme. Le premier est souvent nécessaire au créateur, le second est la garantie de faillir jusqu'à la rupture, ultime ressource de l'autre, dans le cadre d'un couple, d'une relation amicale ou professionnelle.
Privilégier le mode affectif dans les rapports humains m'expose aux déconvenues, mais je ne peux imaginer vivre autrement que dans le partage. Pas seulement des biens, des idées ou des valeurs morales, mais aussi avec la certitude absolue que personne ne peut réussir seul. La position sociale ne pesant pas lourd face à la composante humaine, le collectif me semble l'unique chance de nous sortir du bourbier. Il m'est de plus indispensable de transmettre à mon tour ce qui me fut légué, de protéger celles et ceux que j'aime, d'apprendre à les écouter au delà de nos divergences, de ménager leur susceptibilité, de reconnaître à chacun son apport dans le puzzle inextricable dont nous composons tous ensemble les pièces.
M'entendant lui répéter les mêmes mots prononcés il y a quelques années face à des amis indélicats et perdus depuis, et que mon camarade connaissait par cœur pour en avoir été lui-même la victime, j'en eus la bouche pâteuse et la nuit insomniaque. Confronté à son incompréhension devant ce qui n'est qu'une position de principes le bilan s'est imposé, amer et dépressif. Ma responsabilité est entière, car dans tous ces cas je jouai le rôle de passeur, de père ou de moteur. Le sentiment d'échec que je ne peux m'éviter de ressentir, à l'image du monde que nous rêvions de léguer, ne m'empêche pas de continuer à construire des alternatives au calcul égoïste que le Capital impose comme modèle.

La glace a fondu depuis cet article du 19 mars 2013 !

jeudi 3 juillet 2025

Autant de cordes que de feuilles sur L'arbre de vie


Depuis notre première collaboration sur Dépaysages et cet article du 4 mars 2013, Jacques Perconte a réalisé en 2020 le magnifique MEG 2152, troisième épisode de mon film Perspectives du XXIIe siècle.

Ton sur ton. Mouvement imperceptible des feuilles. Il faut que je compose avec tout ce vert. Rejet de toute analogie électronique, le fantasme symphonique me hante depuis toujours. Les cordes s'imposent comme une évidence pour leur légèreté foisonnante, rebonds des archets ou tirés-poussés très courts et frénétiques. Je fais courir mes doigts. On entendra ce que l'on peut seulement deviner derrière les buissons. Une présence. Celle de Jacques Perconte ? Un animal ? Sanglier ou scarabée ! Les petits font parfois beaucoup de bruit. Inquiétant si l'on résiste, fascinant si l'on se laisse aller à la rêverie. Le thème de L'arbre de vie valide cette vie grouillante et invisible. On entendra la sève couler dans ses veines. J'empile les vertèbres après les avoir dessinées une à une. L'inconscient fonctionne à l'intuition. J'enregistre sans vraiment savoir, cherchant les effets d'orchestre, la vibration, la vie même, ce n'est jamais simple. À la fin de la séance je jette tout ce que j'ai fait et je recommence dans la continuité, par touches successives. Il ne me reste plus qu'à associer les séquences avec les différents mouvements de l'arbre qui cache la forêt. Quelques pas, une respiration, le son d'un bol chantant. L'imposante structure cède la place au synchronisme accidentel.


Jacques me demande de retenir l'entrée des cordes avec le bruit des feuilles que j'ai déjà placé ailleurs et d'ajouter des basses pour faire exister la terre sous le ciel. On aperçoit l'une et l'autre sous les compressions successives, ou leurs représentations saturées, touches de jaune, de bleu, de rose. Je puise cette dialectique des éléments dans les quelques prises laissées de côté, hors-champ. Tout est déjà là, les évocations m'ont été inspirées dans les jours qui précèdent. Reste à soigner les articulations. Je découvre le titre l'avant-veille de la première : Árvore Da Vida.

mercredi 2 juillet 2025

Synths, sax & situationists


La scène musicale underground française de 1968 à 1978. Absolument passionnant, et d'une rare rigueur (plus de 50 entretiens), 530 pages, préfaces de Steven Stapleton (Nurse With Wound) et myself, sortie août 2025 - ce serait bien que ce soit traduit en français, parce que c'est un Australien, Ian Thompson, qui s'en est chargé ! En couverture la célèbre photo de Patrick Vian (Red Noise) par Claude Palmer.

Un petit film de présentation ici.

En août sortira également un coffret de 5 CD de Nurse With Wound où figure un remix concocté par mes soins, remix que l'on trouvera auparavant sur un EP de 4 titres, promo tirée à 300 exemplaires. Quant à Patrick Vian (fils de Boris), au début des années 70 j'assurais avec H Lights le light-show de son groupe Red Noise et du Vieux Berthoulet.

Chaleurs


Il ne s'agit évidemment pas des émois d'Oulala qui eut tant de chatons, mais des souvenirs de la chape de plomb que nous avions portée sur les épaules.
Le plus ancien remonte à 1968 où ma petite sœur et moi étions descendus au fond du Grand Canyon. Chaque fois que nous essayions d'affronter la pente, nous faisions machine arrière pour regagner l'unique abri ombragé. L'éblouissant soleil chauffait le sable à blanc. Après je ne sais combien de tentatives infructueuses j'avais finalement réussi à rejoindre sans aide le Greyhound Bus, un grand de dix-huit ans ayant heureusement tiré Agnès jusqu'en haut. Nous n'en avions que treize et quinze. Je remarque qu'elle ne lâche pas son sac à main pour autant ! Comme nous n'avions par contre emporté aucune gourde, à part nos deux carcasses, nous étions totalement déshydratés, les lèvres gercées, éclatées, nous traînant comme deux zombies. Arrivés à El Paso, nous nous étions écroulés tout habillés sur nos lits et nous avions dormi vingt-quatre heures d'affilée.


L'année suivante nous sommes partis au Maroc avec nos parents. Ce fut le dernier voyage que nous fîmes en famille. Sur la route de Ouarzazate à Zagora, une pluie salvatrice fit arrêter mon père qui coupa le moteur de la voiture de location. Mais les gouttes s'évaporaient avant de nous atteindre. Mon père, qui avait plongé le premier dans la piscine de l'hôtel, faillit avoir une syncope. L'eau était bouillante. La nuit nous avons déliré tous les quatre, malgré les cinq litres d'eau ingérées. On nous avait raconté qu'il faisait froid dans le désert après la fin du jour. Je crois me souvenir que le thermomètre n'était pas descendu en dessous de 51°C.
Plus tard je connaîtrai la Grèce, le sud de l'Italie, la Sicile, et l'Asie du Sud-Est où nous options chaque fois pour une chambre avec ventilateur plutôt que l'air conditionné qui vous colle la crève. Le vent produit par les pals avait aussi l'avantage de faire fuir les moustiques. À Paris je préfère dormir sous une moustiquaire, ce qui me permet de traiter par le mépris les insectes voraces qui en ont après mon AB+. À l'avenir, si jamais la température continue à monter, ce qui est plus que probable, je descendrai un matelas à la cave ! De toute manière je dors mieux dans l'obscurité.

mardi 1 juillet 2025

Entre les gouttes


On vit généralement dans un petit monde. Dans les fêtes nous rencontrons presque toujours des connaissances et de nouvelles têtes, dans mon cas particulièrement si l'on est parisien ou assimilé dans un milieu aux accointances avec l'art ou la culture. Il est également courant de s'y trouver des amis communs. Je me suis récemment aperçu que j'étais aussi étonné que l'on me reconnaisse ou que l'on ignore tout de mon travail. Plus je m'éloigne de chez moi, plus l'étonnement est grand par exemple face aux musiciens qui savent qui je suis, et, dans le même temps, plus il est logique que je n'existe pas. C'est toujours délicat, pour moi comme pour mon interlocuteur, de devoir expliquer pourquoi ! Il me semble néanmoins que nous avons affaire à deux sortes de personnes, les curieux qui aiment remonter aux sources, fussent-elles anciennes ou actuelles, et celles et ceux qui se contentent du présent. Toute projection sur l'avenir m'apparaît pourtant intimement liée au passé. Par exemple, lorsque je croise des musiciens ignorant l'histoire de Bernard Vitet ou l'apport de notre groupe Un Drame Musical instantané à la composition instantanée appelée couramment improvisation, à la création collective, au ciné-concert, à l'introduction des nouvelles technologies, je suis surpris et forcément un peu déçu. La même chose quand il s'agit de mon propre nom, puisque voilà une vingtaine d'années que je signe en tant que tel, que ce soient mes disques, mes films, mes œuvres interactives ou mes articles. Si l'underground dans lequel j'évolue bénéficie d'une couverture médiatique bien supérieure à son rayonnement réel, il est compréhensible que l'on me retrouve en bonne place parmi les "rockers maudits et grands prêtres du son" croqués dans la bande dessinée de Le Gouëfflec & Moog ou dans les recueils de Philippe Robert, de l'Australien Ian Thompson ou de l'Anglais Alan Freeman. Encore faut-il s'intéresser à ce qui vous a amené là où vous êtes ! J'ai l'habitude de remonter le fil pour sortir du labyrinthe. Tout le monde ne partage pas cette interrogation qui me permet encore aujourd'hui d'avancer sans me contenter du présent, et de partager avec mes lecteurs, auditeurs, spectateurs, étudiants, etc., cette soif inextinguible. De toute manière aucun artiste n'est jamais satisfait de la reconnaissance qu'il suscite, et ce quelle que soit sa notoriété.