70 décembre 2025 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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mercredi 31 décembre 2025

100 dessins pour Gaza


Le 20 décembre dernier j'avais reproduit trois planches réalisées ensemble par Art Spiegelman et Joe Sacco intitulées Never Again!.. And Again… And Again… (Plus jamais ça...) et acquis un des croquis exposés jusqu'au 17 janvier à la Galerie Martel en soutien aux journalistes palestinien/nes. Adhi Vroumah me signala aussitôt que les planches en question seraient reproduites en français dans le livre 100 dessins pour Gaza qui réunirait 126 dessinateurs/trices de presse, illustrateurs et auteurs BD du monde entier pour dénoncer le génocide en cours, et publié par les Éditions Massot. J'ai donc reçu hier l'ouvrage dont les droits d'auteur/ices et bénéfices seront reversés aux journalistes palestinien/nes. Au moment de son impression, 250 journalistes avaient déjà été tués et plus de 500 blessés par l'armée israélienne qui interdit tout accès à la presse internationale sur ce territoire.
Cela m'ennuie de ne citer aux côtés de Spiegelman et Sacco qu'Altan, Aurel, Ben Jennings, Angel Boligán, De Moor, Emil Ferris, Philippe Geluck, Marilena Nardi, Siné, Ann Telnaes (prix Pulitzer 2025), Willem, Winshluss, Wozniak, Mohammad Sabaneeh, Safaa Odah alors qu'ils sont plus d'une centaine, à l'initiative de Sié, dessinateur de presse ayant travaillé pour Siné Mensuel, Causette et Médiapart.


La qualité des dessins de presse est la concision des éléments pour produire une réflexion profonde. Qu'ils jouent sur la terreur, l'empathie ou l'humour, la dialectique du montage y est contenue tout entière par un jeu de références qui renvoient à notre compréhension des enjeux. Certains jouent sur les mots, d'autres détournent une évidence. L'effet doit être rapide et durable. Organisés alphabétiquement, la suite des scènes produit néanmoins des effets étonnants.
La dénonciation du laisser faire de la plupart de nos gouvernements est consternant. L'horreur tient-elle de l'absurde ou d'un calcul cynique pire que tout ce qu'on peut imaginer ? Chacun/e y répond à sa façon le temps et l'espace d'une page. La somme des interventions témoigne d'un fossé entre la mobilisation de la société civile et les politiciens élus par les peuples dans des démocraties qui n'en ont que le nom. L'ouvrage est si dense et puissant qu'il nécessite que l'on y revienne en plusieurs fois, goutte à goutte du sang versé par des assassins avec la complicité de la plupart de nos dirigeants et de ceux dont ils sont les pantins.

mardi 30 décembre 2025

Un opéra contre la guerre


L'actualité m'a donné envie de republier cet article du 3 mai 2013...
C'est incroyable comme certains OMNI (tout Objet Musical Non Indentifiable) refont surface et révèlent leur insoupçonnable précocité. J'avais chroniqué l'extraordinaire Agitation de Ilhan Mimaroğlu qui rassemblent des pièces révolutionnaires de 1974-75. Sing Me a Song of Songmy est un brûlot politique d'une invention musicale protéiforme exceptionnelle, sorte d'équivalent "pop" de Mr Freedom, le film de William Klein. Le dispositif est somptueux : en plus du Quintet du trompettiste de jazz Freddie Hubbard, du chœur Barnard-Colombia, d'un orchestre à cordes dirigé par Arif Mardin également à l'orgue Hammond, des récitants Mary Ann Hoxworth, Ñha-Khê, Charles Grau, Gungör Bozkurt et Freddie Hubbard, le compositeur et producteur Ilhan Mimaroğlu a intégré un synthétiseur et trafiqué les sons des uns et des autres ! Les textes de ce joyau de 1971 sont du poète turc Fazıl Hüsnü Dağlarca, du Vietnamien Ñha-Khê, de Kirkegaard et Che Guevara tandis que Scriabine ou Brahms y sont cités...


À quoi comparer cette homogénéité encyclopédique, mélange d'expressions et de textures si différentes ? Déserts d'Edgard Varèse, première œuvre pour orchestre et bande magnétique, fit scandale en 1954. Jazzex de Bernard Parmegiani, première rencontre de l'électro-acoustique et d'improvisateurs de jazz, ici Jean Louis Chautemps, Bernard Vitet, Gilbert Rovère et Charles Saudrais, date de 1966. Frank Zappa a publié Lumpy Gravy en 1968. Je me reconnaîtrai dans toutes, enregistrant Défense de en 1974, suivi de la fondation d'Un Drame Musical Instantané où pendant 32 ans il sera évidemment question de mélanger sans hiérarchie tout ce que le son peut produire lorsqu'il s'agit de défendre un propos [et nous avons remis cela avec Francis Gorgé depuis quelques années, dont le nouvel album du Drame qui devrait sortir en 2026]. De fil en aiguille, la prochaine découverte semblerait être Amalgamation de Masahiko Satoh ; j'attends patiemment le facteur.
Pour Sing Me a Song of Songmy, Mimaroğlu a engagé un des deux trompettistes du Free Jazz d'Ornette Coleman, celui d'Out to Lunch d'Eric Dolphy, d'Ascension de John Coltrane, du film Blow Up d'Antonioni. Freddie Hubbard s'est entouré de Junior Cook au sax ténor, Kenny Barron au piano, Art Booth à la basse et Louis Hayes à la batterie.


L'œuvre est délicate. Elle se réfère au massacre de Songmy en 1968, aussi appelé My Lai, 400 civils vietnamiens torturés, violés, assassinés par les troupes américaines. La même année que cet album qui prône le Peace and Love de l'époque, Joseph Strick remporte l'Oscar du meilleur documentaire en interviewant cinq vétérans. Par contre, le pamphlet de Mimaroğlu contre la guerre qui ne s'achèvera qu'en 1975 fit un flop, comme toutes les œuvres prophétiques, trop avancées pour son temps. Elle ne rentre dans aucun moule. Cette suite est pourtant un joyau où les sons électroniques, les cordes, le free jazz et les voix réfléchissent la poésie des hommes qui vivent debout, dénonçant tous les crimes, racisme et violence, tout en prônant l'amour que seul l'art a jamais su traduire bien qu'il soit impalpable.

lundi 29 décembre 2025

Fabienne Verdier à la Cité de l'architecture


J'ai beau être parisien et depuis si longtemps, il existe tant d'endroits extraordinaires que je ne connais pas. Ainsi j'ignorais totalement la Cité de l'architecture et du patrimoine place du Trocadéro. Son entrée jouxte celle du Théâtre de Chaillot, à sa gauche. Ouverte depuis 2007, elle a succédé au musée des Monuments français en absorbant un endroit que j'avais énormément fréquenté du temps de Henri Langlois, la Cinémathèque française. Le plus grand musée d’art monumental du monde est effectivement immense. Il fallait bien cela pour accueillir les moulages réalisés à partir des créations d’origine, dont ils reproduisent la taille réelle. "Fragments d’abbayes, parcelles de cathédrales, détails d’églises dont la patine imite la pierre, le bois ou le métal", c'est mille ans de notre patrimoine national qui s'élèvent devant nous. Sous la verrière d’origine ou derrière les hautes baies vitrées qui s’ouvrent sur les jardins du Trocadéro et la tour Eiffel, on découvre le portail de l’église-abbatiale de Moissac, l'ange de Reims, le Gros Horloge de Rouen, la fontaine des Innocents à Paris ou celle de Neptune à Nancy. La collection des maquettes est fascinante. Et au milieu de tout cela, s'exposent les tableaux de Fabienne Verdier !


Il fallait bien le pinceau monumental de la peintre pour rivaliser avec les merveilles architecturales de notre patrimoine. Ses études en Chine l'ont fortement impressionnée, mais les expressionnistes abstraits et minimalistes américains lui ont aussi permis de s'en affranchir. Ce n'est pas le dripping de Pollock, mais son walking painting qui renouvellera son geste intuitif. Elle avait déjà coupé le manche de son grand pinceau pour y greffer un guidon de vélo, elle invente un tube géant suspendu qu'elle dirige au gré de son inspiration. Les liens avec l'improvisation musicale sont évidents. Son exposition Mute présente une quarantaine de tableaux réalisés au cours des trente dernières années qui dialoguent merveilleusement avec les moulages de la Cité de l'architecture.


À l'étage supérieur, le Chromoscope explore l’histoire du color field américain de la même manière, confrontation des époques et des origines géographiques qui fait ressortir la magie de l'art. Vingt-trois tableaux monumentaux sont donc accrochés dans la Galerie des peintures murales. Ma photo montre un détail de Isaac et Abraham de Jules Olitski. On peut également s'intéresser à l'exposition Paris 1925 : l'Art déco et ses architectes ou visiter un appartement de la Cité radieuse marseillaise de Le Corbusier. Au sous-sol, Quartiers de demain évoque dix quartiers prioritaires de la politique de la ville en France pour espérer améliorer la qualité de vie des habitants ! Dans le hall d'entrée, Spanish Dancer de Larry Poons reprend les principes du color painting en revendiquant le mouvement de l'expression lyrique.


Derrière les immenses baies vitrées la nuit tombe sur Paris. J'ai encore tout à découvrir.

→ Mute de Fabienne Verdier, jusqu'au 8 mars
Chromoscope, jusqu'au 16 février
Paris 1925 : l'Art déco et ses architectes, jusqu'au 29 mars
Quartiers de demain, jusqu'au 30 mars

dimanche 28 décembre 2025

C'est un jour comme un autre, sauf pour Brigitte Bardot et Francis Marmande


Décidément, c'est celui des nécrologies (voir plus bas). Lorsque nous évoquions Brigitte Bardot avec mon camarade Bernard Vitet il ne fallait surtout pas en dire un mot désagréable, même si elle fricotait avec le Front National. Ils avaient en commun l'amour des animaux, élan fort louable, même si cela me semblait contourner leurs difficultés avec l'espèce humaine, voire leurs propres enfants. Pour avoir enregistré un disque, en particulier la chanson "C'est un jour comme un autre" où il dialogue avec elle au bugle, il gardait une certaine tendresse pour ce flirt d'un jour. Pour moi, c'était "Babette s'en va-t-en guerre" avec Francis Blanche ou "Viva Maria" avec Jeanne Moreau. C'est de mon âge. Il y a tant d'autres histoires. Zip Chebab Pah Blop Whizzz !



BATAILLE PERDUE

Francis Marmande n'est plus. Marmande, c'est compliqué. Du moins ça l'était. Une plume, c'est rare. L'ombre et la lumière. Il avait révélé notre travail sur les films muets lorsque Un Drame Musical Instantané était le seul à pratiquer ce sport, sollicité quatre pages (1 2 3 4) dans une revue qui plus tard m'interdirait de séjour, encensé Nabaz'mob, notre opéra pour 100 lapins connectés, etc. Il était prêt aussi à inventer une histoire pour rester seul aux commandes d'un monde qu'il considérait jalousement comme sien. La part maudite. La lumière était claire, l'ombre ténébreuse. Les plumes se font rares. Manque de courage dans un monde qui rétrécit à vue d'œil. De Marmande par contre, on pouvait s'attendre à tout. Il va manquer.

vendredi 26 décembre 2025

En 2013 j'étais passé à la planche à clous


Depuis cet article du 5 avril 2013, je continue mes pratiques de fakir, même si, depuis trois ans, le Theragun remplace souvent le Shaktimat (le deuxième article est daté du 9 juin 2022) ! En plus, depuis que je fais du vélo d'appartement (sur les conseils de Peter), je me suis gainé et n'ai plus besoin d'aller chez l'osthéopathe.

Comme si ma collection de tapis de réflexologie pour les pieds ou le massage chinois Tuina Anmo de Madame Ji ne suffisaient pas, je suis passé à la planche à clous, ou plus exactement à sa forme moderne et occidentale, le tapis Shakti dont il existe de nombreuses imitations que je n'ai [à vrai dire] pas testées. Première impression, ce n'est pas pour les douillets. Le moment où l'on s'allonge dessus ou, pire, celui où l'on se relève n'est pas piqué des vers. On me les tirera donc facilement du nez, j'avoue, j'avoue tout. Après quelques minutes une sensation de chaleur vous envahit et [il m'arrive] même de m'endormir dessus, nulle contre-indication. La séance fut redoutablement efficace. Impression de détente et soulagement immédiat des douleurs dorsales. Il me semble plus approprié en fin de journée qu'en matinée. Livré dans un sac en coton, le petit tapis peut s'emporter partout avec soi en voyage. Le site de Shakti est plein d'informations [...]. La technique est vieille de 7000 ans et l'exercice ravira les adeptes du yoga de plus en plus nombreux. Lancé en 2007, il a obtenu un succès phénoménal en Suède il y a quelques années tel que plus de 10% de ses habitants en possèdent. Il se pourrait bien que la France en plein stress et déconfiture s'y mette bientôt.

LE MASSEUR À TOUTE ÉPREUVE


Possédant toute une panoplie d'instruments de torture soulageant mes douleurs vertébrales depuis que je poussai mon premier grand cri japonais en 1983 à ne pas me relever, toute nouvelle acquisition prouvant son efficacité est une bénédiction scientifique aux pouvoirs magiques. J'ai déjà répertorié ici la plupart des articles concernant mon dos fragile. Il y a [maintenant neuf ans], la construction du sauna [...] m'avait permis d'abandonner quasiment toute prise de drogue. [Un coach sportif] m'a conseillé d'utiliser un pistolet de massage, outil longtemps réservé au milieu hospitalier. J'ai choisi la marque de référence, les utilisateurs se plaignant des pannes des modèles économiques chinois. Le Theragun (modèle Prime, le plus simple - désolé pour le nom qui peut sonner agressif !) a l'avantage de posséder une poignée triangulaire facilitant l'accès à toutes les zones du corps et une application smartphone le contrôlant en Bluetooth si besoin. Or le résultat est tout bonnement époustouflant. Que ce soit en amont ou en aval d'un effort, l'effet est immédiat. Trente secondes ou une minute de ce marteau piqueur suffisent souvent à faire disparaître mes douleurs à la main (pouce à gâchette), au bras (tendinite), au cou (torticolis), au dos (mon ostéopathe me rassure, je peux même l'appliquer directement sur ma colonne vertébrale). L'objet a supprimé instantanément mes courbatures après notre randonnée de dix-huit kilomètres dans les Cévennes. Il a beau être lourd (il existe un modèle de voyage), où que j'aille je le glisse dans ma valise. J'adore ce genre de trucs magiques.

jeudi 25 décembre 2025

Joyeux Noël...


Expo M.C. Escher à la Monnaie de Paris, allez-y avec les enfants !
Jusqu'au 1er mars...

J'en profite pour souhaiter un joyeux Noël à celles et ceux qui sont protégés de la barbarie, de la guerre, de la famine et de la misère ! C'est le terme joyeux qui est encombrant. Un peu comme Aragon expliquant qu'il avait écrit Il n'y a pas d'amour heureux pendant l'occupation nazie et que s'il avait écrit le contraire il se serait considéré comme un salaud. On pourrait simplement se souhaiter un Noël... Et de l'amour, parce que de l'amour cela peut se souhaiter quelles que soient les conditions d'oppression ou d'exploitation.

Composition métaphysique de Chirico‬ (2010)


C'est probablement mon préféré des 23 films de la série Révélations, une odyssée numérique dans la peinture, réalisés par Pierre Oscar Lévy, grâce à sa boucle qui reprend deux fois le même mouvement à l'image en changeant son accompagnement musical. Si Vincent Segal est toujours au violoncelle, la première fois je joue de la guimbarde, du violon, du piano-jouet, alors que la seconde fois je me sers de chimes, du violon, d'un ballon de baudruche et à nouveau du piano-jouet. Les effets, et donc le sens, changent en fonction du synchronisme. Et puis j'aime bien cette instrumentation ludique pour évoquer cette Composition métaphysique de Giorgio di Chirico dont il existe d'ailleurs quantité de versions peintes à différentes époques. Elle porte le titre de Chant d'amour, qui me rappelle forcément celui de Genet.


Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Musique - Jean-Jacques Birgé et Vincent Segal
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © ADAGT Localisation : Italie, Florence, Palazzo Pitti, Galleria d'Arte Moderna © Archives Alinari, Florence, dist. RMN / Georges Tatge CAL-Alinari Archives Florence © ADAGT, Paris 2010
Produit par Samsung Electronics France.
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

mercredi 24 décembre 2025

My Name Is Orson Welles


La phrase affichée à l'entrée de l'exposition Orson Welles à la Cinémathèque tombe à point nommé. La veille, une amie compositrice à qui j'expliquais que j'étais multi-tâches m'avait répondu que ce genre d'artistes ne produisait jamais rien de bien. Leonardo et tous les hommes de la Renaissance ? Aristote ? Goethe ? Hugo ? Cocteau ? Lynch ? Ou Colette !... Comme j'ai l'habitude d'être considéré depuis toujours comme un touche-à-tout, je ne me suis pas vexé, sachant que ce qualificatif est accompagné par "de génie" lorsque les journalistes qui l'emploient désirent transformer le péjoratif en compliment ! Évidemment je ne suis pas Orson Welles, et c'est probablement une chance si j'en juge par l'amertume que ses échecs successifs ont provoqué chez lui et surtout sur le massacre dont ses films ont été les victimes sous le pouvoir des producteurs. Après Citizen Kane, plus aucun de ses films n'est tel qu'il l'a voulu. La tristesse entrevue chez nombreux des plus grands réalisateurs m'avait, à ma sortie de l'IDHEC, fait choisir la musique plutôt que le cinéma. Plus le budget est important, plus sont fortes les pressions des financiers. Même si les restes de Welles sont sublimes, malgré les coupes, les dépossessions, les inachèvements, il en a pâti toute sa vie, condamné à jouer dans des navets pour vivre, et racontant que ce qu'il avait gagné avec son premier long métrage, il avait passé ensuite sa vie à le perdre. Je me souviens aussi que devant les étudiants venus l'écouter à la Cinémathèque Française, du temps du Trocadéro, lui demandant quel était le meilleur moment d'un film, il avait répondu "When the money is in the bank !". Comme la salle riait, Welles avait insisté très sérieusement, sans cynisme, par crainte qu'on ait pris cela pour un bon mot, répétant "vous ne m'avez pas compris, c'est quand l'argent est à la banque !". Quelle tristesse de penser à tous ces grands artistes qui n'auront connu le succès que post mortem. Je l'évoquais lundi avec La nuit du chasseur, mais je pense souvent à Mozart, Van Gogh, Rimbaud, Varèse ou Bartók, et à celles et ceux que l'on découvrira demain longtemps après leur mort. C'est le sentiment le plus fort que je tire de la belle exposition My Name Is Orson Welles à la Cinémathèque (jusqu'au 18 janvier 2026).


Comme je possède tous ses films, y compris ses émissions télévisées, ses tours de magie, ses créations radiophoniques, ses romans, ses participations à d'autres chefs d'œuvre comme La ricotta de Pasolini, et je ne sais combien d'interviews et documentaires, j'ai été passionné par les documents graphiques, extraits de films inachevés où Welles a un petit rôle, les lettres, ses dessins sur les fonds de ses boîtes de cigares Romeo y Julieta (en cadeau à son compositeur préféré Angelo Francesco Lavagnino), les esquisses de décors, l'évocation des pièces de théâtre invisibles comme le Macbeth vaudou ou son Jules César en chemises noires, son implication politique, etc. Beaucoup de documents proviennent de Croatie, patrie de sa dernière compagne, Oja Kodar, que l'on voit dans F for Fake (Vérités et mensonges), mais c'est Beatrice Welles (aperçue dans Falstaff), la fille qu'il a eue avec l'actrice italienne Paola Mori, qui semble la plus active. Si vous n'avez pas le temps ni la possibilité de voir l'exposition, le catalogue de 464 pages est absolument remarquable, pour moi même plus riche.

mardi 23 décembre 2025

Underground in Montreuil


Il y avait longtemps que nous ne nous étions pas vus avec Ève Risser qui désirait me montrer comment elle avait arrangé son chez-elle et, surtout, me faire découvrir l'A.E.R.I. à Montreuil, un lieu associatif incroyable, en particulier certains dimanches surpeuplés où des musiciens jouent simultanément sur plusieurs scènes, jazz, rock, rap, électro, musique africaine, etc., sans que leurs sonos puissantes se perturbent les unes les autres, ce qui est moins sûr pour les habitants du quartier qui évidemment se plaignent des nuisances sonores. C'est tout l'un ou tout l'autre. Soit on trouve l'ambiance absolument géniale, digne du Berlin des années magiques, soit on est excédé par la promiscuité envahissante de cet endroit bouillonnant.
Sur son site on peut lire : "A.E.R.I. est une utopie réelle en expérimentation permanente, un espace d’entraide, de rencontre, de création, de lutte et de mise en commun. Un espace où nous inventons et mettons en forme un rêve collectif, où se mènent, se croisent et se frottent des actions politiques, culturelles, sociales, artistiques, éducatives et sportives. Un lieu où l’on invente des nouvelles façons de faire, où l’on invente d’autres rapports aux autres et à soi, où l’on improvise notre bonheur. Les rêves d’AERI s’articulent autour des principes d’autonomies, d’égalités et d’ouverture. Nos portes sont ouvertes à tou.te.s les habitant.e.s du quartier !"
Comme je suis épaté par le public enthousiaste, dont un nombre étonnant de camarades que je ne m'attendais pas à trouver là, Antonin-Tri, venu avec son bébé qui danse dans sa poussette, me répond que là c'est calme par rapport au passé où la foule était si compacte qu'on ne pouvait s'y mouvoir et que l'association a freiné la pub de ses évènements. Sur le site s'expose néanmoins un planning type de la semaine, un appel aux dons, voire à s'y impliquer, et un numéro de téléphone pour en connaître l'actualité.


Je crois comprendre que les événements spectaculaires se déroulent certains dimanches. On y écoute de la musique, on mange, on boit, on fume, on y fait des rencontres. La scénographie change chaque mois. Dans la plus grande salle, des dizaines d'écrans à leds sont suspendus au-dessus des convives, actionnés par les enfants qui s'amusent comme des fous à tirer sur des cordes comme des sonneurs de cloches pour les faire bouger. Des geeks de l'informatique marchent sur les pas de Nam June Paik. On croise des comédiens maquillés, des clowns et des jeunes de tous les âges, des plus récents aux plus avancés ! Beaucoup de bruit, mais vraiment pas pour rien ! J'écoute Ève improviser au piano avec le batteur Antonin Leymarie, le percussionniste Ibrahima Diabate et le trompettiste Oscar Viret avant d'affronter sur mon vélo les cataractes de pluie qui tombent sur la nuit.

lundi 22 décembre 2025

Charles Laughton dirige La nuit du chasseur


The Night of The Hunter fait partie de mes dix films préférés comme pour la plupart de mes amis, si ce n'est le premier. Je l'ai vu et revu un nombre incalculable de fois depuis plus d'un demi-siècle. C'est en découvrant le disque où Charles Laughton en lit le résumé dans la version de l'auteur, Davis Grubb, accompagné par la musique de Walter Schumann, que je me suis souvenu posséder le documentaire de 2h40 qu'en fit Robert Gitt en 2010 à partir des huit heures de rushes retrouvés dormant dans une école de cinéma. Pour le storyboard Laughton s'appuya aussi sur les dessins de Grubb qui avait abandonné ses études d'arts plastiques parce qu'il était aveugle aux couleurs. Le réalisateur Andrew V. McLaglen adapta plus tard un autre roman de Grubb, Fool's Parade, comme le fit Alfred Hitchcock pour sa série télévisée. Quant à Walter Schumann, connu préalablement pour le thème (controversé) de quatre notes de Dragnet, il mourut prématurément à 44 ans. Tout a commencé lorsque Paul Gregory, jeune acteur devenu agent, tomba sur une émission de télévision du « Ed Sullivan Show » où Charles Laughton lisait des extraits de la Bible comme il le faisait régulièrement, et qui produirait le film. En fait c'est Harold Matson, agent littéraire, qui envoya à Gregory le roman de Grubb publié en 1953, qui à son tour le fit passer à Laughton qui l'adora, celui-ci le décrivant comme un cauchemar digne des Contes de ma Mère l'Oye. Laughton réécrivit le scénario confié à James Agee qui était trop long, mais insista pour que celui-ci en soit le seul signataire. Agee, victime d'une crise cardiaque dans un taxi, ne vit jamais le film et Laughton ne connut jamais non plus le succès qui adviendra longtemps après sa mort.


La nuit du chasseur fait partie de l'école Southern Gothic, un genre plutôt glauque, typique du sud des États Unis. La Grande Dépression, suite à la crise de 1929, où se passe l'action n'arrange évidemment rien au côté sordide de l'histoire. Mais, d'une certaine manière, Laughton le transformera en un conte de fée, poussé par la production et les ligues de vertu de l'époque (on connaît pourtant la cruauté des contes de Perrault !). Le rôle tenu par Robert Mitchum ne pouvait être que celui d'un "faux" prêcheur et il était hors de question que le film finisse mal, du moins pour les deux enfants, John et Pearl.
Robert Gitt présente donc les rushes dans l'ordre chronologique du film. Laughton laissant tourner la caméra pour ne pas interrompre la concentration des comédiens, on l'entend les diriger hors-champ, tout comme le reste de l'équipe. Signalons encore l'extraordinaire lumière, quasi expressionniste, de Stanley Cortez à qui l'on doit également celle de La splendeur des Amberson d'Orson Welles, Shock Corridor et The Naked Kiss de Samuel Fuller...
Charles Laughton directs "The Night of The Hunter" est une véritable expérience cinématographique. Au delà de la leçon de direction d'acteurs ou des explications sur les effets spéciaux, il distord le temps par la répétition des scènes, l'intégralité des prises avant montage et évidemment la durée de cette exposition fascinante. Presque comme du Michael Snow. Gitt insère également au fur et à mesure le pédigrée de chaque intervenant jusqu'à la fin où il évoque leur futur.


Surprise de trouver le documentaire sur YouTube et de le partager avec vous, car souvent je suis obligé de vous laisser chercher seuls les films dont je parle, ce qui n'est pas forcément aussi simple que pour moi. Il manque évidemment les sous-titres français, mais le document est si éloquent qu'il mérite d'être découvert comme une variation du chef d'œuvre, unique film de Charles Laughton qui n'en tourna aucun autre, suite à l'échec cuisant au moment de sa sortie en 1955. Fabuleux comédien et metteur en scène de théâtre, né en 1899 en Grande Bretagne et naturalisé Américain en 1950, il continua sa carrière cinématographique en jouant encore dans Témoin à charge de Billy Wilder, Spartacus de Stanley Kubrick, et Tempête à Washington d'Otto Preminger l'année de sa mort en 1962.

samedi 20 décembre 2025

Plus jamais ça de Joe Sacco et Art Spiegelman


Never Again!.. And Again… And Again… est une œuvre très courte (trois planches à ce que j'en sais) publiée dans The New York Review of Books et reprise ensuite par huit médias dans le monde comme Le 1, The Guardian ou El País. Il ne s’agit pas d’une longue bande dessinée et elle n'est pas publiée sous la forme d'un livre autonome.


Les planches originales et des crayonnés sont exposés à la Galerie Martel, 17 rue Martel, Paris 10ᵉ, du mardi au samedi, 14h30-19h jusqu’au 17 janvier 2026, et certaines œuvres sont mises en vente au profit d’associations humanitaires. On peut les admirer ou les acquérir sur cette page.


Je me reconnais évidemment dans les propos ou préoccupations de ces deux auteurs que j'admire depuis toujours. Joe Sacco et Art Spiegelman font partie de mes héros. Je dois sans cesse répéter que je dois ma morale à mon grand-père gazé à Auschwitz et à mon père qui a sauté du train qui l'emmenait vers les camps de la mort, sans parler du reste de ma famille qui œuvra dans la résistance au nazisme. Le sionisme qui aboutit au génocide en Palestine est la destruction de tout ce qui m'a construit, et c'est encore grâce à mes ancêtres que je me lève aujourd'hui contre l'horreur commise par les criminels, l'aveuglement de celles et ceux qui les soutiennent et l'inaction complice de nos gouvernements.

P.S.: Les planches réalisées ensemble par Art Spiegelman et Joe Sacco sont également publiées dans le livre "100 dessins pour Gaza" aux éditions Massot, à paraître début janvier : https://fr.ulule.com/100cartoonsforgaza/
P.P.S.: Expo prolongée jusqu'au 17 janvier... L’ensemble des 165 œuvres a été vendu et le montant total des fonds récoltés au profit de l’UNICEF dépasse 80 000 euros.

vendredi 19 décembre 2025

Le testament de Frank Zappa


Je redécouvre le premier disque posthume de Frank Zappa après une trentaine d'années sans l'avoir réécouté. Civilization, Phaze III est de la trempe de mes préférés, soit les débuts des Mothers (1968 - particulièrement We're Only In It, Lumpy Gravy et Uncle Meat) et la fin avec l'Ensemble Modern (1993), avec l'utilisation du Synclavier, donc sa "serious music". Comme c'est le dernier qu'il a achevé et qu'il correspond à son rêve de toujours, on peut le considérer comme son testament.
Zappa alterne des parties dialoguées enregistrées en 1967 puis 1991, et des musiques réalisées avec l'Ensemble Modern l'année suivante, surtout des samples de l'orchestre allemand injectés dans le Synclavier. L'œuvre représente une maîtrise de la technique d'échantillonnage, sans que l'on sache ce qui est interprété en direct ou recomposé. Zappa gardait tout, montait, mixait sans cesse. En 1967, ayant découvert les propriétés des cordes du piano vibrant en sympathie, il avait imaginé le "piano people" en demandant à Eric Clapton, Rod Stewart, Tim Buckley, Motorhead Sherwood, Roy Estrada, Spider Barbour (leader des Chrysalis), All-Night John (le manager du Studio Apostolic), Louis Cuneo (pour son rire qui sonnait "comme un dindon psychotique") et d'autres de s'y pencher. De nombreux invités célèbres venaient lui rendre visite et il en profitait pour les intégrer à son œuvre expansive. On se souvient du concert avec John Lennon et Yoko Ono ou de Jimi Hendrix sur la pochette de We're Only In It For The Money, mais il y eut aussi des jazzmen comme Archie Shepp, Don Cherry ou Roland Kirk, sans parler de tous les musiciens passés par son orchestre, et les groupes avec qui il improvisa au Festival d'Amougies. Zappa reprend l'idée du piano en 1991 avec sa fille Moon Unit, Michael Rappaport, Ali N. Askin, Todd Yvega et la section complète des cuivres de l'Ensemble Modern, cette fois dans le Bösendorfer Imperial (mon piano préféré évidemment !) du studio UMRK, l'Utility Muffin Research Kitchen au sous-sol de sa maison sur les hauteurs de Hollywood.


La particularité de sa musique "sérieuse" (sérieuse en opposition au rock, pas la même audience) est qu'elle fut majoritairement conçue et enregistrée pour des disques, car rarement jouée en public. Inspiré par Varèse, Webern et Stravinski, c'est probablement ce qu'il a réalisé de plus personnel. La musique est à la fois très physique avec des changements de rythmes brusques, mélodique (Zappa ne craint pas plus la tonalité que l'atonalité), timbrale (la variété de sons est incroyable), dramatique (il a souvent une idée derrière la tête), bruitiste (comme les bulles), fondamentalement symphonique. Il y use des ressources du studio, effets et ciseaux, comme il l'a toujours fait.
Le double CD porte le chiffre III, car Zappa imaginait cet "opéra-pantomime en deux actes" comme un troisième chapitre après We're Only In It et Lumpy Gravy qui datent de vingt-cinq ans plus tôt. Il en rêvait accompagné de chorégraphies inexplicables, sur des sujets comme les moteurs, les cochons, les poneys, l'eau noire, le nationalisme, la fumée, la musique, la bière et diverses formes d'isolement, avec un décor mobile automatisé. Son livret, montage "à la Burroughs", en précise d'ailleurs la scénographie tout le long. Zappa réussit à boucler ce 63ème album avant de mourir à 52 ans d'un cancer de la prostate le 4 décembre 1993, il sortira le 31 octobre 1994, suivi d'innombrables inédits.

jeudi 18 décembre 2025

Le blues moderne d'Étienne Brunet


Pour annoncer la sortie de Ear Asphyxia, son nouvel album solo, le saxophoniste Étienne Brunet fustige l'époque où l'oreille est asphyxiée par les réseaux a-sociaux, l'absence d'écoute de la presse qui a perdu ses supports, l'isolement des musiciens qui ont oublié que seule la solidarité permet de s'en sortir, du moins à long terme, le concept de playlist inadapté à la notion d'album, les replis communautaires contraires à la qualité universelle de la musique, le marketing qui passe l'art au rayon des cosmétiques et tutti quanti. Marcher en dehors des clous n'a jamais profité aux musiciens vivants. Seule la mort leur rend grâce. Mais comme le rappelait Frank Zappa sur ses premiers disques en citant Edgard Varèse, "le compositeur d'aujourd'hui refuse de mourir". On sait que se plaindre n'est pas forcément très adroit quand on ne prête qu'aux riches, mais Étienne Brunet n'a le choix que de la sincérité comme tous les vrais artistes. Alors, pour continuer à arpenter les chemins créatifs qui le caractérisent, il est allé voir ailleurs s'il y était. Cela n'a pas vraiment changé la donne, mais depuis plusieurs années il passe la moitié de son temps en Thaïlande où il est parti à la rencontre des musiciens du cru. Là-bas, au moins, il ne se fait pas d'illusion sur celles qu'on a perdues. En jouant du changement d'angle qu'impose la longitude il peut garder les yeux ouverts et les oreilles à l'affût.


Il livre ainsi un disque enregistré seul sur son saxophone soprano recourbé, Ear Asphyxia. On pense évidemment à Steve Lacy dont il est resté un grand admirateur. Sauf qu'Étienne Brunet est passionné par ce qu'apporte la nouvelle lutherie. Alors de temps en temps il hisse son pavillon dans une pédale d'effets ou il le troque contre un sax électronique EMEO. Et puis il creuse aussi le son des origines, et le voilà au kaen, un orgue à bouche thaï qui fait tourner la tête quand on en souffle comme un ensemble de cuivres. Ou encore, il s'est toujours amusé à triturer la vidéo en pensant naïvement que ses élucubrations surréalistes attireront le chaland qui passe. Or les amateurs de jazz détestent ce qui est fabriqué avec les logiciels d'intelligence artificielle, maldonne Nam June Paik ! Parce que c'est bien du jazz qu'il enregistre de mars à avril 2025 au Big Buddha Park de Jomtien Beach et au Thai Music Maker de Bangkok. Un jazz où la ligne joue sur les obliques, en figures courbes, en coupes serrées, seul sur la plage ou au coin d'une rue comme les gars qui ont le blues chevillé au corps et qui ont l'absolue nécessité de le crier à la face du monde. Ils jettent une bouteille à l'amer. Promeneur, tu peux la ramasser sur les plateformes renégates (Spotify, AppleMusic, Deezer), ou mieux sur Bandcamp qui reste un système vertueux. Étienne Brunet met également à jour son site qui rappelle ou révèle tout ce qu'il a entrepris depuis un demi-siècle, souvent à contre-courant ou à contre-temps, mais les poètes s'en fichent, c'est à cela qu'on les reconnaît, à la ligne de fuite qui vous court après, indispensable, vitale, suspendue, oui ce sont bien des points de suspension...

mercredi 17 décembre 2025

Catherine Ribeiro, la transe retrouvée


Saut d'obstacles, toboggan, danse de Saint-Guy, la gymnastique qui consiste à vivre n'évite pas la marche arrière. Après l'apprentissage s'invite la rébellion. Mais plus on avance plus on recule. On passe sa vie à fuir le passé et y revenir. Le futur, lui, n'existe pas. Il ne se conjugue pas au présent quand le passé ne cesse de se rappeler à notre bon souvenir. Loin de toute nostalgie, la curiosité ou la nécessité poussent à déterrer les racines de l'être complexe que nous sommes devenu. Notre mémoire est saturée. Il faudrait une autre vie pour se souvenir de la sienne. On réécrit sans cesse l'histoire. On la réduit. On la fige. La vérité est une savante construction d'oublis et de dénis, de fausses pistes et de croisements, de retours en arrière et de projections, de rêves et de désillusions, de notes exhumées et de corbeille à papier. S'il leur arrive d'être révélés, les vestiges du passé découvrent parfois un bout du chemin que nous avions emprunté. Ce qui avait paru inné ou choisi s'avère dicté par la rencontre. Les plus déterminantes peuvent nous entraîner loin des avenues surpeuplées où le monde marche au pas, ou bien nous enrôler dans les armées conventionnées où le doute n'aura plus jamais voix au chapitre. On quitte le monde de l'enfance quand, vers six ans, la réponse anticipe toute question. L'école broie les poupées gigognes que l'on appelle pourquoi. La suite semble irréversible, sauf aux poètes, amateurs fidèles d'un monde auquel ils ne peuvent croire. Certains le paient de leur vie, prématurément ; d'autres s'en nourrissent, avidement. Subtil équilibre. Rien n'est immuable. Rien n'est éternel. Un jour, la marée rapporte ce que l'on croyait oublié. Cocteau témoigne : en bas, la mer ce matin recopie cent fois le verbe aimer.



Catherine Ribeiro était un vague souvenir, un nom écrit sur le sable. Une photo où l'ami Claude Thiébaut servait le vin à la tablée. Comment s'était-il retrouvé au percuphone, l'un des instruments incroyables construits par Patrice Moullet, le frère de Luc ? Catherine Ribeiro était ma troisième voix, avec Brigitte Fontaine et Colette Magny. Sérieuse rockeuse en transe quand la fragile Brigitte et la solide Colette incarnaient le jazz, le free et un certain contempo qui ne trouverait jamais son nom. Tout cela n'était qu'illusion. Ces trois prêtresses marchaient toutes sur la corde raide, vocale, politique, lyrique, révolutionnaire, parfois tombaient, se relevaient toujours. Ces muses me donnèrent le courage de gueuler dans notre désert encombré. D'avoir joué avec les deux autres, j'oubliai celle qui hurlait le plus fort, de sa voix chaude de pasionaria meurtrie, la plus psychédélique aussi. Il était logique qu'en abandonnant nos expériences lysergiques nous la délaissions pour de nouvelles aventures. La douleur s'apprivoise. N'est-ce pas, les filles ?
Un coffret rassemble les quatre premiers albums de Catherine Ribeiro et du groupe Alpes : n°2, Âme debout, Paix, Le rat débile et l'homme des champs (1970-74, Mercury). Avec 2bis qui les précède, ils me renvoient à mon adolescence, toujours présente. Comme Répression ou Comme à la radio. Colette est morte en 1997 ; il serait temps que la jeunesse la découvre. Catherine s'est fait discrète, ne retrouvant jamais la fougue de la sienne, avec ses rythmes envoûtants et les envolées électriques du cosmophone furieusement côte ouest. Seule Brigitte a survécu, renaissant de ses cendres [en 1995]. La persévérance garantit la persistance. Mais après ? Après, on ne sait rien. Voilà pourquoi on avance toujours en jetant un œil dans le rétro.

P.S. : Suite à cet article du 23 avril 2013, Catherine Ribeiro laissa un commentaire sur Mediapart, miroir de ce blog :
"En ce temps là, j'avais l'espérance folle ou la folle espérance... En ce temps là, j'avais les audaces des timides... En ce temps là, je croyais aux vertus de la poésie comme source d'éveil... En ce temps là, j'avais la patience impatiente... En ce temps là, j'apprenais à découvrir les pièges tendus par les grands manipulateurs... En ce temps là, j'allais boire à la source pour découvrir la lumière... En ce temps là, je ne savais rien du temps qui passe... En ce temps là, j'appris à désapprendre pour aller à l'essentiel..." Catherine RIBEIRO.
Elle est décédée depuis, à Martigues le 23 août 2024, à l'âge de 82 ans.

mardi 16 décembre 2025

Le musée de la musique à Paris


Emmener des enfants visiter des musées est toujours surprenant, entre ce que nous pensons épatant et ce qui les attire intimement. Il faut tout de même que je me batte chaque fois pour que la virtualité des vidéos ne prenne pas le pas sur la présence des objets. Même le parcours enfant du Musée de la Musique à la Porte de Pantin où il est nécessaire de porter un casque, une télécommande, un livre-jeu et un crayon noir distrait Eliott qui a sept ans. Nous l'abandonnons rapidement pour ouvrir grands les yeux et les oreilles. Pour lui l'opportunité de gratter quelques cordes, de frapper un immense gong très grave, de jouer du Theremin ou de la batterie électronique enterre la beauté des formes, des marquèteries ou l'ingéniosité des factures.
Heureusement nous admirons la nouvelle présentation du Musée de la Musique où je n'étais pas retourné depuis sa création il y a trente ans. Les instruments du monde sont cette fois intégrés à ceux de l'occident. La visite chronologique, de la fin du XVIe siècle à nos jours, offre un spectacle fabuleux qui tient à la fois de l'histoire des inventions, du savoir-faire des artisans et de la poésie des rêveurs. Eliott est évidemment fasciné par la démesure de certaines pièces comme l'octobasse, des contrebassons et des flûtes immenses qui nécessitent qu'on monte sur un tabouret pour être à leur niveau. Les percussions apparaissent comme plus faciles d'accès, d'autant qu'il a pris des cours de batterie et de gamelan avec Will Guthrie.


Nicolas Chedmail, dont un spat' est au Musée de Bruxelles, m'explique que les cors omnitoniques n'ont jamais été véritablement joués. Les luthiers s'essaient parfois à des prototypes qui ne seront jamais adoptés par les musiciens. D'autres finissent par envahir toute la musique populaire comme les guitares électriques ou les synthétiseurs. En dehors du studio de Pierre Henry reconstitué au sous-sol, on peut admirer le premier Theremin, la console 116 C du GRM, l'UPIC de Iannis Xenakis, l’ordinateur 4X développé par l’Ircam, le premier Moog, mon vieil ARP 2600, etc. Dans les étages inférieurs on appréciera les collections de clavecins, de harpes, de cordes, de vents, de bois et de percussions. Dimanche une claveciniste faisait d'ailleurs la démonstration in vivo de son instrument. Le musée recèle plus de 9000 pièces.
La différence fondamentale avec ma petite collection ou celle, plus incroyable, de mon camarade Sacha Gattino, c'est que les nôtres sont joués. Je me souviens de mon chagrin lors de l'après-midi passé dans le gigantesque cylindre du Quai Branly en compagnie de l'ethnomusicologue Madeleine Leclair où je n'étais pas autorisé à faire sonner grand chose malgré quelques transgressions ! C'est le paradoxe de tels musées, car, comme les colliers de perles, les instruments de musique doivent être joués pour rester en vie. Quelques uns sont utilisés malgré tout, mais rarement. À la Cité de la Musique on en prend plein les yeux, mais les oreilles sont bridées, malgré les nombreux dispositifs qui fonctionnent comme des leurres.
Les nombreux prototypes inventés par des savants fous sont également absents de la plupart des musées de la musique du monde, que ce soit la clarinette à coulisse acquise Place des Vosges chez le Boucher, le percuphone de Patrice Moullet, le daxophone de Hans Reichel, les créations en PVC de Nicolas Bras, l'orchestre de Harry Partch, l'orgue à feu, la trompette à anche de Bernard Vitet, les jouets électroniques customisés, etc. Et pourquoi pas la meute de cent lapins connectés de notre opéra Nabaz'mob !

lundi 15 décembre 2025

Anatomy avec Edward Perraud (2013)


Après notre concert au Triton avec Antonin-Tri Hoang, Edward Perraud m'avait proposé de nous voir en studio le mois suivant. Nos Rêves et cauchemars nous avaient donné furieusement envie d'enregistrer une séance laboratoire comme celles que je mène depuis 2010 avec de jeunes musiciens et musiciennes aussi divers que Alexandra Grimal, Antonin-Tri Hoang, Fanny Lasfargues, Birgitte Lyregaard, Sacha Gattino, Ravi Shardja, Vincent Segal [et beaucoup d'autres depuis cet article du 12 avril 2013]... Chaque fois marquées par la publication d'un album en édition numérique, écoute et téléchargement gratuits sur le site drame.org [ou sur Bandcamp].

D'une certaine manière ces sessions figurent la suite du projet Urgent Meeting mené par le Drame il y a vingt ans. Nous avions proposé à des musiciens d'horizons extrêmement divers de venir chez nous enregistrer une pièce sur un thème proposé au choix. D'habitude, on se rencontre pour jouer. Il s'agissait de jouer pour se rencontrer. On s'installait le matin, nous les invitions à déjeuner dans un bon restaurant et nous enregistrions ensemble l'après-midi. Trente-trois répondirent à notre invitation et non des moindres : Colette Magny, Raymond Boni, Geneviève Cabannes, Didier Malherbe, Michèle Buirette, Pablo Cueco, Youenn Le Berre, Michael Riessler, Laura Seaton, Mary Wooten, Jean Querlier, François Tusques, Dominique Fonfrède, Michel Godard, Gérard Siracusa, Yves Robert, Denis Colin, Louis Sclavis, Vinko Globokar pour un premier CD, Brigitte Fontaine, Frank Royon Le Mée, Henri Texier, Valentin Clastrier, Joëlle Léandre, Michel Musseau, Stéphane Bonnet, Jean-Louis Chautemps, György Kurtag, Didier Petit, Luc Ferrari, Hélène Sage, Carlos Zingaro, René Lussier pour le second volume intitulé Opération Blow Up. La musique avait été un prétexte pour tenter de comprendre ce que signifie d'être musicien, de composer dans l'instant et d'appréhender sous des angles différents le monde où nous évoluons.


La journée et la soirée du 4 avril 2013 passées avec Edward Perraud furent une extraordinaire partie de plaisir. Seule notre autodiscipline nous permit de mettre dans la boîte 76 minutes d'un duo échevelé. Nous avions tant de choses à nous raconter ! Nous le fîmes donc en paroles pendant les pauses et en musique pour dix pièces portant chacune le titre d'une partie du corps, sujet convenu quelques minutes avant d'entamer notre marathon. Nous oubliâmes ainsi étonnamment les mains et les bras qui nous permettent pourtant ces surprenantes acrobaties ou les oreilles par quoi commence toute musique. Se succèdent Cou, Tête, Poitrine, Nombril, Poils, Sexe, Jambes, Chevilles, Nez Bouche et Cerveau. J'aurai déjà écrit ces lignes sans qu'il n'en sache rien lorsqu'Edward m'enverra la pochette de l'album qu'il viendra de réaliser. Bras et jambes réintègrent ainsi physiquement Anatomy. Pour les oreilles nous nous fions aux vôtres ! De son côté Françoise Romand nous tira le portrait. Il est maintenant évident que nous n'en resterons pas là !

Dernière chose : Anatomy est en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org, et sur Bandcamp.

vendredi 12 décembre 2025

Parmi les 25 albums de l'année par Franpi


Le choix de Franpi du 1er décembre m'avait échappé. Cela me fait très plaisir qu'il ait élu ANIMAL OPÉRA, un album qui ne ressemble à aucun autre, même aux miens, parce qu'il a été étrangement réalisé sans aucun musicien, même pas moi. Y figurent en effet l'opéra pour 100 lapins connectés NABAZ'MOB ainsi que L'AUBE À SHIMIYACU enregistré en Amazonie avec des milliers d'insectes !


Contrairement à nombreux de mes disques que certains considèrent maximalistes, ANIMAL OPÉRA est une œuvre contemplative d'une grande richesse de timbres néanmoins, on ne se refait pas. Cette fois, minimalisme et drone ont quelque chose d'hallucinatoire. Et puis le design graphique d'Étienne Mineur est merveilleux. On le trouve sur Bandcamp (aujourd'hui vendredi tous les achats vont à 100% au label, le mien s'appelle GRRR, c'est bien aussi pour mes bestioles...).

La QRcodemanie


Les musiciens tombaient déjà dans le panneau des plateformes comme Spotify qui ne connaissent que le format chanson au détriment de l'album concept, ne rétribuent pratiquement pas les artistes et sont de plus en plus inondés de morceaux bidons formatés à l'IA, les voilà qui se jettent sur les QR codes pour faire écouter leurs musiques ! Sans évoquer le manque généré par les albums dématérialisés qui font abstraction des notes de pochette, du graphisme et du plaisir de l'objet physique, par les pochettes en carton minimales envoyées à la presse avec des feuillets indigents, sommes-nous réduits à écouter sur le haut-parleur de notre smartphone ou en nous isolant sous un casque audio ? Il est certain que peaufiner le son quand on imagine la pauvreté des systèmes de restitution ne profite pas aux musiques dont la qualité sonore est une composante fondamentale de la composition.
Peut-être m'y prends-je mal, mais je flashe le QR code sur mon smartphone et je ne sais pas le faire sur mon ordinateur qui, lui, est relié à ma chaîne hi-fi par un convertisseur numérique-analogique ? Pour écouter les disques vers lesquels renvoient les QR codes imprimés sur leurs cartes de visite, je dois rivaliser d'astuce pour retrouver les liens vers leurs sites web. Ce qui est supposé faciliter l'écoute la complique considérablement.
Suite à cette gymnastique particulièrement énervante, je peux enfin découvrir le prochain album du groupe Buck, une musique très tonique, explosive comme ils disent, mais rien de cinématographique comme ils le prétendent, encore un terme revendiqué erronément sur les trois quarts des albums que je reçois. Leur formidable énergie entre jazz et rock rappelle l'entrain époustouflant de la jeunesse, ivre de sensations extrêmes. Simon Girard au trombone, Léo Ouillon au sax ténor, Yann Paulet aux sax baryton et alto, Nicolas Mondon à la guitare, Nans Paulet au tuba et Thomas Pierre à la batterie interprètent une musique de groupe (héritée du rock) sans léser les solistes (tradition du jazz). Ils vous propulsent en l'air comme si un rouleau-compresseur vous écrasait au plafond !
Le dos de la carte de visite de La drave ressemble à une jolie carte du tarot, c'est déjà ça, l'image de la jeune fille conduisant un tronc d'arbre sur un cours d'eau accompagne opportunément le quartet formé par Zoïa Tescher à la batterie, Zdeněk Tománek au sax soprano, Basile Tuauden à la basse et Vincent Audusseau au piano Rhodes, à l'harmonium et qui compose ce jazz bretonnant très joli. Je ne trouve pas comment écouter l'album autrement que sur le smartphone, alors je me contente des trois titres trouvés sur le Net.
Souvent les QR codes renvoient à des clips. La vidéo minuscule, lorsqu'elle n'est pas créative, se conçoit, mais jamais le son. Je me penchent tout de même sur celles de Audusseau en duo avec le trompettiste Clément Lemennicier... Voilà vingt ans que les organisateurs de spectacles exigent de voir la musique : auraient-ils perdu confiance en leurs oreilles ? Cela me rappelle Edgard Varèse se moquant des spectateurs qui avaient besoin de voir ce qui se passe dans la fosse ! Cela peut pourtant être pédagogique. Aujourd'hui, sur les écrans, on croit voir, on n'entend rien. Les QR codes ne sont pas une si mauvaise idée, mais il faut trouver le moyen de les ouvrir facilement sur un système plus adéquat qu'un smartphone. Je crains de ne pouvoir y échapper pour un projet en cours et cela me contrarie.
Les albums évoqués ici ne paraîtront qu'au printemps 2026.

jeudi 11 décembre 2025

La leçon de piano et les films d'Edward Yang


J'attendais d'avoir vu l'intégralité des films du coffret Edward Yang pour en parler, d'autant que l'édition Prestige de Yiyi, qui n'en fait pas partie mais qui est sortie en même temps, est déjà épuisée. Or je n'ai encore eu le temps de regarder que Confusion chez Confucius et Mahjong qui m'ont emballé. Comme j'avais déjà projeté A Brighter Summer Day (mon préféré) et Taipei Story, précédemment publiés par Carlotta comme tous les autres, et lu l'excellent livre de Jean-Michel Frodon qui lui est consacré, je commence à avoir une petite idée du style et des propos de Yang ! Si son cinéma est absolument passionnant, son regard acéré sur la société taïwanaise ne me donne pas du tout envie d'y aller (mais comme le dit François Picard qui est à Taïwan, aurais-je envie d'aller en France au vu des films de Chabrol !). L'immaturité des protagonistes y est consternante, surtout les jeunes mâles. Au travers de récits complexes qui bousculent les personnages englués dans la ville, le cynisme et la vénalité de la nouvelle bourgeoisie y sont révélés avec férocité, comme la différence de classes ou d'origines historiques...


Ainsi j'ai déserté un temps le cinéma de Yang pour revoir La leçon de piano (The Piano) de la Néo-zélandaise Jane Campion. En 1993 j'avais trouvé le film trop beau, trop esthétique. Aujourd'hui je tombe sous le charme de cette histoire d'amour où l'irrépressibilité du désir sexuel défie les usages, où la seule échappatoire de la jungle inextricable est une plage bousculée par les vagues, où le silence et la musique se substituent à la parole, où l'écart des civilisations révèlent l'arbitraire des codes. La lumière froide de Stuart Dryburgh noie les corps dans l'épaisse végétation humide. Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill et la très jeune Anna Paquin dont c'est le premier rôle (future Sookie Stackhouse de la série True Blood) y sont exceptionnels, du moindre geste au plus bref regard. Tout est magnifiquement suggéré.

→ Jane Campion, La leçon de piano, coffret Carlotta Ultra Collector - UHD + Blu-ray + Livre, 55€. En plus des bonus (dont un court métrage de 2006, Le journal de l'eau) que l'éditeur Carlotta soigne toujours, le film, qui avait obtenu la Palme d'or à Cannes, trois Oscars et nombreuses autres récompenses, est accompagné d'un livre de 200 pages de Mélanie Boissonneau, Il y a un silence : la leçon de piano de Jane Campion.
→ Edward Yang, coffret de 4 films (In Our Time, The Terrorizers, Confusion chez Confucius, Mahjong), plus d'excellents suppléments avec Jean-Michel Frodon, Thierry de Peretti, Virginie Ledoyen, Blu-Ray Carlotta 50€
→ Jean-Michel Frodon, Le cinéma d'Edward Yang, 304 pages (inclus photos), ed. Carlotta 20€

mercredi 10 décembre 2025

Lever du jour sur Bagnolet


Ce matin la lumière se prête à évoquer tout ce que j'aime. La mer, la musique, les livres, la nature, l'exotisme, la nourriture (les bambous, ça se mange aussi !), home sweet home, les ruines, le voyage, le ciel... Je n'ai peut-être pas tout vu à Hiroshima. Un reflet. En attendant nous sommes sur l'ancien territoire de chasse du peintre Jacques-Louis David. Les oiseaux sont hors-champ. Cela s'appelle l'aurore.

GRRR Animé (2013)


[Au moment de cet article du 20 mars 2013 on me racontait que ce sixième album numérique paru chez GRRR depuis le début de cette année-là plaisait] particulièrement aux jeunes auditeurs, entendre par là en-dessous de quarante ans. C'est ainsi, plus on avance dans la vie, plus les jeunes vieillissent… Lorsque j'avais vingt ans, une femme de trente représentait LA femme. Et comme j'ai pu en être amoureux ! Avec le temps, les trentenaires m'ont l'air de gamines… Cela n'enlève rien à leurs qualités humaines ou professionnelles. Lorsque je lis le pédigrée de mes deux camarades de jeu c'est moi qui suis le bambin de la bande, autodidacte avançant tant bien que mal, obligé d'inventer pour pallier mes incompétences.
Fanny Lasfargues et Antonin-Tri Hoang [avaient déjà en 2013] une maturité musicale qui leur laisse choisir leur voie au milieu des infinies propositions que le métier pourrait leur suggérer. Ils ont su jusqu'ici résister au formatage que les écoles et les usages imposent. Que dis-je ils ont su, ils ont dû ! Que de mauvaises manières la mode et la critique autorisée voudraient nous faire imiter, tant dans nos vies que dans notre art… Ces agents de la circulation n'ont d'autre arme que de taire ce qui se joue autrement. Toute une après-midi je me suis donc roulé par terre avec Fanny et Antonin comme les enfants rêveurs que nous sommes restés.
Comme les cinq autres albums déjà parus cette [année-là], Animé est un recueil de compositions instantanées qu'il est coutume d'appeler improvisations, mais le terme étant devenu un genre aux mains d'ayatollahs s'interdisant toute mélodie tonale ou rythme soutenu, je préfère léviter, avec ou sans apostrophe, au-dessus de cette mêlée informe où une chatte ne reconnaîtrait pas ses petits. Voilà, tous les coups sont permis, à savoir que la règle est celle de la conversation, où l'on se répond, s'interrompt, s'unit, un art du partage où les critiques sont toujours constructives, parce qu'avant de produire on aime d'abord être ensemble.
Fanny Lasfargues avait apporté sa basse électroacoustique à cinq cordes et une ribambelle de pédales d'effets que je n'ai pas pris le temps de lorgner tant j'étais concentré sur la musique qui se composait dans l'instant. Antonin-Tri Hoang qui avait déjà participé aux agapes de GRRR avec Vincent Segal ou avec Edward Perraud soufflait alternativement dans ses clarinettes ou son alto, et j'attends le jour où je le verrai emboucher les trois à la fois façon Kirk !
[...] L'album était en ligne le lendemain-même de son enregistrement, comme chaque fois… Lucky Luke de l'édition phonographique virtuelle, j'imaginai les titres et je choisis une photo qui me rappelle le glitch de certaines de nos pièces, distorsion du temps où l'accident renvoie aussi bien à la vie qu'à la mort, l'ambulance et ses sirènes laissant espérer une suite à cette belle plante, le son du pot cassé rappelant notre partie de jonglage où rattraper les balles ou les manquer rapporte le même nombre de points. Cinquante cinq minutes en écoute et téléchargement gratuits comme les [106] autres albums offerts gracieusement sur le site drame.org, [et les 83 mis en ligne depuis sur Bandcamp]...

mardi 9 décembre 2025

Mehr Licht !


Ayant remplacé la vieille armoire à pharmacie du premier étage, j'en ai démonté les miroirs pour les placer à des endroits stratégiques qui renvoient la lumière de l'extérieur. Il y en a déjà partout dans le jardin, parfois derrière les feuilles, lui donnant une impression de profondeur. J'ai commencé par en disposer un étroit entre les deux fenêtres du studio, soit entre les deux parois qui participent à son isolation sonore (c'est une boîte dans la boîte) ; comme elles sont exposées à l'est et encastrées sous le auvent, le petit miroir éclaire un peu la pièce. Le jeu est de le rendre invisible pour n'en conserver que l'effet.


J'ai placé les deux autres derrière les étagères de la cabine qui est forcément exiguë. Il y en avait déjà un grand tout au fond. Sous certains angles elle semble beaucoup plus spacieuse. Elle abrite des centaines d'instruments du plus gros, le piano, aux plus petits, des appeaux d'oiseaux. Les tiroirs en sont pleins. Les plus beaux, violons ou cors, sont rangés dans leurs boîtes. Certains sont plutôt encombrants comme les synthés vintage, les guitares ou le frein, une contrebasse à tension variable construite par Bernard Vitet. Sur les étagères ou dans les tiroirs, je les ai regroupés par famille, les percussions en bois ou celles en métal, les flûtes, les vents, les guimbardes, etcétéra. Dans les pièces les plus lumineuses de la maison il n'y a aucun miroir, même minuscules. C'est inutile et j'aime bien caractérisé chaque espace. Seuls des tableaux sont accrochés au rez-de-chaussée, tandis qu'au premier les murs sont blancs avec absolument rien d'affiché si ce n'est les bibliothèques qui occupent des pans entiers (il y en a sept en tout, toutes thématiques !). Même chose dans l'escalier, la première volée de marches est vierge alors que des œuvres habillent la montée jusqu'au deuxième étage éclairée par un vélux. Ma préférée est l'ange d'Ella & Pitr qui perd l'équilibre et semble dégringoler.


Pour ma part je ne tombe qu'en montant (j'ai enfin compris ces jours-ci que, prenant les virages à la corde, j'accroche mon bout de pied sur l'étroitesse des marches qui tournent en colimaçon), comme la semaine dernière en venant du sous-sol où je me suis esquinté deux doigts et arraché un ongle en m'accrochant aux tuyaux ! Il y a évidemment des miroirs à la cave, et je n'avais pas enfilé mes gants de caoutchouc (comme l'avançait Jean Cocteau, "les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images.", mais, du Sang d'un poète à Orphée, sa phrase que je préfère reste "regardez-vous toute votre vie dans un miroir, et vous verrez la mort travailler, comme des abeilles dans une ruche de verre"). Mehr Licht ! (bon d'accord, là ce sont les derniers mots de Goethe sur son lit de mort ; ce qui devint le titre d'un album étonnant de Bernard, et correspond peut-être mieux au sens de mon article, toujours plus de lumière).

lundi 8 décembre 2025

La Légende de Baahubali


Les films de S.S. Rajamouli sont absolument incroyables, fresques grandioses adaptant les grands mythes de l'Inde. Si, une demi-douzaine d'années plus tard, RRR transposera la saga de Rāma dans les années 1920 en révolte contre le colonialisme britannique, La Légende de Baahubali (2015-2017) épouse la fantasmagorie de la grande épopée hindoue du Mahabharata en un péplum époustouflant qui mêle les films de gladiateurs, du Seigneur des anneaux, les acrobaties du cinéma chinois, les chorégraphies à grand spectacle, la musique symphonique façon Star Wars et les effets spéciaux et pyrotechniques à la sauce curry. En rénovant ses mythes fondateurs, ces films de l'Inde du sud, Tollywood parlé et chanté en langue télougoue, revendiquent clairement un nationalisme exacerbé qui hante l'Inde d'aujourd'hui. Comme tout film populaire indien, le nombre de chansons et la chute sont fixés, et le manichéisme de Rajamouli oppose deux héros, le gentil et le méchant. Produit par un producteur hindi, Baahubali rencontre un succès phénoménal dans tout le pays avec plus de cent millions d'entrées. Il est certain qu'on imagine mal les séances où les spectateurs lancent des confetti et hurlent pendant les cinq heures et demie que durent en tout les deux parties ! Si le cinéma tamoul est plus axé sur l'expérimental, le cinéma télougou est carrément commercial, le cinéma hindi se trouvant entre les deux. Les dialogues ont d'ailleurs été tournés dans les trois langues ! Baahubali ou RRR rivalisent sans problème avec les films d'action américains auxquels ils rendent hommage tout en conservant les spécificités du cinéma populaire local. On en prend plein les yeux et les oreilles, fascinés par un voyage onirique qui fait abstraction de tout réalisme tout en s'appuyant sur une réalité ancestrale.


Remasterisée et remontée par le réalisateur, j'imagine que cette nouvelle version, un peu plus courte que l'originale, vise un public international qui devrait tomber sous le charme de cette saga pas plus naïve que les contes de notre enfance ou les blockbusters américains dont la cible a quinze ans d'âge culturel.

→ S.S. Rajamouli, La Légende de Baahubali, Édition Prestige Limitée Blu-ray + Memorabilia Carlotta, 45€

vendredi 5 décembre 2025

Kvas ?


Kvas ressemble à une interrogation en allemand, genre "quoi ?". Oui, qu'est-ce que c'est ? Pendant notre périple de l'été dernier dans les pays baltes nous avons été séduits par cette boisson lactofermentée ancestrale, déjà populaire au Moyen Âge dans toute l'Europe. Une boisson qui lui ressemble existait en Égypte 3 000 ans av. J.C. et les Grecs l’appelaient zithos (à base d'orge). Elle s'écrit aussi kvass, kwas ou kwass, mais les Lituaniens l'appellent gira, les Estoniens kali, et elle est très populaire dans les pays de l'Est (квас en russe, biélorusse et ukrainien). En Pologne d'où viennent celles que j'ai trouvées via Internet c'est kwas chlebowy ! Elle me semble appartenir à la famille des boissons fermentées et pétillantes comme le komboucha ou le kéfir. Il y en a autant de différentes que des bières, car si on la trouve en bouteilles, j'avais pris l'habitude d'en boire à la pression, donc artisanales. On peut même la confectionner soi-même, mais je ne m'y suis pas encore attelé. Le goût peut rappeler le Coca, mais cela n'a évidemment rien à voir.
Je pensais qu'on le préparait avec du pain de seigle, du miel et de l'eau, mais il en existe au blé, à l'orge ou à la betterave. À Liepāja en Lettonie l'auberge Hoijeres Krogs nous en a servi selon d'exquises recettes médiévales aux fruits ou à la menthe, très différentes de ce que nous avions goûté. Si je me lance, la recette est la suivante, pas si compliquée, mais un peu fastidieuse : préchauffez le four à 180°C, coupez 500 grammes de pain de seigle rassis ou toasté en petits morceaux et placez-les sur une plaque allant au four pendant 20 minutes, portez 4 litres d’eau à ébullition, à la sortie du four placez le pain dans un grand saladier et versez l’eau par-dessus, laissez reposer pendant 4 heures, filtrez puis ajoutez 60g de sucre, 200g de miel, 15 g de levure sèche boulangère, le zeste et le jus de deux citrons, remuez et laissez fermenter pendant 24 h à l’air libre en couvrant avec un torchon, réservez au réfrigérateur dans une bouteille pendant 3 à 4 jours avant de le consommer ! Mais il y a d'autres recettes...
On l'utilise également pour faire des soupes froides, mais alors là je patauge. Par exemple, la botvinia est constituée de poisson, d’oseille, de ciboulette et d’ortie, et l’okrochka est à base de légumes, d’aromates, et de viande ou de poisson. Il y a toute une histoire à propos du kvas qui était une boisson de paysans. Dans Guerre et paix Léon Tolstoï évoque comment les nobles russes ne voulant plus parler la langue de Napoléon l'adoptent pour remplacer le Champagne français ! D'où son usage populaire pour qualifier le nationalisme réactionnaire ! Mais chez nous c'est la révolution depuis qu'on a découvert cette boisson désaltérante non alcoolisée qui peut aussi rappeler la limonade.

jeudi 4 décembre 2025

Couleurs d'automne


De la pluie ou des températures on ne peut plus se fier à la météo depuis que les humains ont été remplacés en grande partie par des machines, mais pour l'instant les saisons résistent au changement climatique. Le ginkgo biloba passe doucement du vert au jaune, des bords de la feuille vers la tige. Les piridions rouge orangé du cotonéaster tâchent les dalles, écrasés sous nos pas. Le laurier reste vert, mais il faut l'empêcher de se propager partout dans le jardin. Sur la photo prise du premier étage je ne vois rien d'autre si ce n'est les bambous qui sont aussi persistants que le palmier. Des verts et des noirs ! Que faire de toutes les immenses tiges mortes que j'ai coupées au fil des années et qui ont séché au garage ? Quant au palmier de Chine, mon échelle est trop petite pour que je continue à en couper les palmes fânées ; un voisin en a certainement une, mais ce n'est pas simple de l'adosser au tronc rond. Tout cela grandit évidemment année après année. Certains arbres meurent, asphyxiés par les plus tenaces. La glycine étouffe progressivement, mais sûrement, le lavatère et l'églantier.

Je ne vais pas faire tout le tour du jardin, mais je suis surpris qu'il reste des fleurs à cette saison. Sans être pourtant un contemplatif, je peux absorber la nature comme une source infinie d'énergie. Je ne pense pas avoir la main verte, mais les plantes me parlent. Elles communiquent déjà entre elles. Je répète à mon petit-fils de ne pas arracher les feuilles pour rien. Elles sont vivantes. Les végétariens ont une imagination limitée. C'est parce qu'elles nous ressemblent moins que les animaux que nous faisons la sourde oreille. Je leur parle à mon tour, je les caresse, je les nourris parfois. Mais je fais cela avec tous les objets. C'est mon côté animiste. Tous ces électrons excités comme des puces ! Rien ne se perd, rien ne se crée. Les atomes vont et viennent. Je ne suis pas sûr scientifiquement de ce que je raconte, mais c'est une idée généreuse d'étendre la vie à tout ce qui bouge et ne bouge pas. La majorité des humains croient bien dans un truc encore plus absurde qu'ils appellent dieu ! Là, pas de jaloux, pas de guerre, même pas de polythéisme, on vit avec.

mercredi 3 décembre 2025

Retour au Mans pour le Salon des Allumés


En allant au Mans pour le salon des Allumés du Jazz en tant que producteur des disques GRRR, je pensais essentiellement y retrouver des camarades pas vus depuis longtemps plutôt qu'y vendre mes précieuses galettes. C'était couru d'avance, mais peu couru par la population mansoise, pas plus hélas que parisienne, même si Le Mans est à moins d'une heure de TGV de la capitale. Question de budget certes, mais la décentralisation ne me semble ici peu encline à faire découvrir des musiques, pourtant absolument passionnantes, d'autant qu'elles échappent résolument au marché du disque, un territoire artistiquement sinistré depuis la dématérialisation des supports, les plateformes d'écoute façon Spotify et la politique Kleenex des majors. J'avancerais même que c'est ce qui se fait de plus créatif en France, voire en Europe, osons même la planète, et que l'association des Allumés, qui rassemble une soixantaine de labels de disques, en est un acteur essentiel. Raison de plus pour défendre sa démarche exemplaire en suggérant quelques transformations dans son organisation à laquelle je ne participe malgré tout plus depuis longtemps. La plupart des camarades producteurs partageaient l'idée de revenir à Paris l'an prochain et de renommer Les Allumés en laissant tomber sa particule qui fait fuir la majorité des jeunes et moins jeunes alors que la plupart de ces musiques ont pris le large et produisent des œuvres largement plus allumées que jazz justement. C'est amusant de constater que c'était déjà mes revendications lorsque j'étais actif au sein de l'association. J'imagine que ce débat alimentera les prochains conseils d'administration. En tout cas c'était formidable de voir et entendre la vitalité des labels de mes camarades et de les retrouver en marge des concerts qui se tenaient là pendant deux jours.
Le premier auquel j'assistai est un ensemble créé pour l'occasion, le Jazz Composers Allumés Orchestra, nommé en clin d'œil au JCOA fondé par Carla Bley et Michael Mantler. Il distillait d'ailleurs une ambiance festive proche de celle de son modèle, particulièrement quand François Corneloup tint la baguette virtuelle. La pianiste Eve Beuvens, la violoniste alto Elisa Arciniegas et le saxophoniste Camille Secheppet avaient composé trois autres pièces interprétées par des pros et des amateurs (coordinateur Cédric Thimon).


Les percussionnistes Pablo Cueco et Mirtha Pozzi avaient invité Jean-Brice Godet à la clarinettiste contrebasse et le rappeur L'1consolable à jouer quelques poèmes de Benjamin Péret et d'extraits de la revue semestrielle OUF qui vient de paraître aux éditions Qupé. Vingt euros ce n'est pas cher pour cet ouvrage collectif de fictions autour d'un thème, agrémenté de plein de dessins, et de musique via des QR codes. Le premier numéro évoque Après l'ordinateur..., le prochain sera autour de la faute. 240 pages occupées par une quarantaine d'auteurs et d'autrices. Il est évidemment emprunt d'humour sucré et d'onirisme salé.


Le dernier concert auquel j'assistai, lorsque je ne faisais pas le pied de grue devant la table où étaient disposées les dernières nouveautés GRRR, était le quintet formé par Jacky Molard, Hélène Labarrière, François Corneloup, Catherine Delaunay et Jean-François Pauvros improvisant plus ou moins autour de L'Internationale ! Tout au long de la journée j'ai eu le plaisir de croiser tous ceux-là, nombreux sont à la fois musiciens et producteurs, ainsi que Jean Rochard, Christelle Raffaëlli, Quentin Rollet, Xavier Garcia, Françoise Bastianelli, Bruno Tocanne, Jean-Marc Foussat, Michel Dorbon...

mardi 2 décembre 2025

Musée Cernuschi, les arts de l'Asie


Samedi, comme nous sortions du délicieux brunch préparé par Mine dans le quartier des Batignolles et que nous avions rendez-vous plus tard à Belleville pour l'exposition des Chaises abandonnées de Carol Müller, Christiane a eu l'idée de me faire découvrir le Musée Cernuschi consacré aux arts de l'Asie dont je ne connaissais que l'entrée, voisine de la Scam, avenue Vélasquez. Tout à côté, les cordes qui tombaient sur le Parc Monceau étaient dissuasives de la moindre promenade.


Nous étions a priori intéressés de visiter l'exposition sur l'estampage intitulée Chine. Empreintes du passé et sous-titrée Découverte de l’antiquité et renouveau des arts. 1786-1955 qui se tient jusqu'au 15 mars 2026. "Des lettrés et des moines archéologues parcouraient montagnes et sanctuaires en quête d’inscriptions antiques gravées sur la pierre ou coulées dans le bronze. Ces signes et formes archaïques inspirent des œuvres dont la modernité naît de l’association inédite entre calligraphie, peinture et estampage : une rencontre qui témoigne de la révolution visuelle en cours dans la Chine du XIXe siècle... L'estampage est une technique consistant à appliquer sur les stèles des feuilles de papier humides qui épousaient creux et reliefs avant de les recouvrir d’une couche d’encre qui permettait de révéler le détail des graphies. Cette méthode d’abord utilisée pour conserver textes et inscriptions va progressivement être utilisée pour transmettre l’image de bas-reliefs historiés, de sculptures, et même de vases rituels dans leurs trois dimensions. En cet âge pré-photographique, l’estampage était un vecteur capital de reproduction et d’étude des vestiges du passé, dont la diffusion était assurée par le livre illustré..." C'est évidemment magnifique et fascinant. Christiane joue même avec quelques tampons pour agencer une rapide petite composition florale.


Comme je n'étais encore jamais venu au Cernuschi j'en ai profité pour visiter les collections chinoises, japonaises, coréennes et vietnamiennes (entrée gratuite). J'ai évidemment été très impressionné par le vase à alcool "you" dit "La Tigresse" de l'époque Shang (vers 1500 - vers 1050 av. J.-C.). Ce voyage en Orient m'ayant fait rêver, je suis reparti avec Le grand livre de la cuisine japonaise de Laure Kié qui me semble très clair et me fait déjà lécher les babines.


Je prends quelques photos pour illustrer mon article ou conserver les images qui m'ont le plus marqué. Je pense aussi à Elsa avec les deux vases wenjiu zun ornés d'acrobates et à Sacha Gattino pour deux cloches en bronze. Mon camarade, fondu de percussion, précise que l'une d'elles est un modèle qui fait normalement partie d’un ensemble accordé, les premiers carillons au monde (vers 1500 avant J.C.), et sa particularité est de produire deux notes, soit un demi-ton selon l’endroit où on la percute. Il en possède 500 de 44 pays, de cette époque-là jusqu'à aujourd’hui, dont une cinquantaine zoomorphes ou anthropomorphes !

lundi 1 décembre 2025

Hommage à Zao Wou Ki : il ne fait jamais nuit (2010)


Hommage à Zao Wou Ki décédé le 9 avril 2013 à 93 ans... C'était le seul de la série à être encore en vie lorsque nous avons réalisé Révélations...

Film de Pierre Oscar Lévy pour l'exposition Révélations, une odyssée numérique dans la peinture au Petit Palais.

Pour la musique j'ai fait tomber des grains de riz sur toutes sortes d'instruments et cassé un rhombe en heurtant le mur du studio ! Vincent Segal est au violoncelle...

Notes d'aujourd'hui lundi 1er décembre 2025 : Détail étonnant ou amusant, la musique ressemble beaucoup à celle de l'ensemble Ensemble que je chroniquais jeudi dernier ! Seconde coïncidence, nous avons remarqué une donation de Françoise Marquet-Zao d'un estampage de la collection Zao Wou Ki au Musée Cernuschi, exposition visitée samedi dont je reparlerai bientôt !


Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Musique - Jean-Jacques Birgé, avec la participation de Vincent Segal
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © Archives Zao Wou Ki, Paris / Photo Dennis Bouchard
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.