Découvertes du label Neuma (5)
Par Jean-Jacques Birgé, lundi 16 février 2026 à 08:10 :: Musique :: #6077 :: rss

Chaque nouvelle récolte du label Neuma est étonnante, pour ne pas dire détonante.
Avec ses mesures complexes et dynamiques, le Rock Galaxy du compositeur Zack Browning se pose en héritier d'Igor Stravinski ou Krzysztof Penderecki. Par son travail sur les percussions il rappelle aussi Edgard Varèse ou Harry Partch. En s'appuyant sur des carrés magiques (dates de naissance, événements historiques, etc.) il crée sa propre histoire quelle que soit l'instrumentation. Qu'importe soient-ils, que ce soit les dates d'apparition de la Vierge Marie à Fatima ou la date de naissance de Rosa Parks et des États confédérés, ils lui permettent de choisir ses variations rythmiques et timbrales. Sol Prophecy est composé pour deux pianos et deux percussions, Cosmic Changes pour flûte et harpe, Mercury Music pour percussion, Rock Galaxy pour marimba et quatuor à cordes, Upscale Jammer pour piano, Fate and Fusion pour vibra et marimba, Jupiter LVB pour quintet à vent, Moon Venus pour un ensemble de percussion, mais la suite des pièces donne à l'album une agréable unité. Le goût des compositeurs contemporains pour les titres astronomiques m'étonnera toujours. Comme s'ils cherchaient le musique des sphères ! Mais depuis le temps, ils devraient savoir que c'est un vœu pieux et se cantonner à la sérendipité. Trompettiste classique et pianiste pop, Zack Browning trouve sa voie dans le sillage vivifiant des nouveaux compositeurs américains issus de l'école minimaliste.
Avec leurs Ecstatic Visions la soprano Stephanie Lamprea, originaire de Colombie et des États Unis mais vivant en Écosse, et l'électronicien écossais Alistair MacDonald jouent évidemment sur les possibilités de la voix féminine associée aux nouvelles technologies, pas seulement instrumentales, puisque le compositeur anglais Robert Laidlow a même recours à ChatGPT pour inventer de nouvelles mythologies (né en 1994, disons que c'est de son âge). Les visons extatiques d'Alistair MacDonald vont, elles, puiser dans la liturgie de Hildegarde von Binden, figure moderne du XIIe siècle, et celles de la Porto-ricaine Angélica Negrón chez la nonne du XVIIe Juana Inés de la Cruz, amen ! Les éructations vocales et les nappes cosmiques d'Ellipsis de la Canadienne Wende Bartley correspondent à trois phases de la lune ou trois âges d'une femme, mais tout cela reste un peu trop planant pour moi. The Fury of Beautiful Bones d'Eric Chasalow sur des poèmes d'Anne Sexton, se heurtant aux sons électroniques, sont plus proches du sprechgesang ou d'une Cathy Berberian. Le disque devient donc de plus en plus hirsute jusqu'aux Post-Singularity Songs de Robert Laidbow qui a même recours à des effets de transposition, de renversement, de saturation et à des éclats electro... La tradition de la voix contemporaine du siècle dernier se mêle habilement à l'électronique remplaçant sur cet album l'orchestre de chambre.
The Drummer of Tedworth est un opéra psychédélique, surréaliste et fantastique de Sean Noonan avec le London Symphony Orchestra conduit par Jack Sheen, mais le batteur-récitant réclame l'avant-scène en renvoyant simplement l'orchestre à l'un des rôles de ce nouveau Pierre et le loup, comme le cinquième membre du percussionniste ! Et voilà Olis qui revient sous la forme d'un fantôme batteur hantant la population, avec les esprits farceurs et les réfugiés martiens (le livret est ici). L'œuvre de 88 minutes se déroule en deux actes et 21 scènes. « L'orchestre devient un personnage du récit, un voyage immersif dans le chaos existentiel et l'absurdité. » La question est posée : « faut-il résister à l'existence ou embrasser sa beauté chaotique ? » The Drummer of Tedworth rappelle explicitement les délires de Frank Zappa (Noonan avait déjà composé l'opéra rock Zappanation en 2018 et il reprend carrément le finale de 200 Motels dans le sien) ou le Magicien d'Oz. J'avais déjà beaucoup aimé l'album Inherit A Memory du batteur-récitant Sean Noonan en trio avec Matthew Bourne et Michael Bardon. C'est là l'aboutissement de son concept "une voix, un tambour, plein d'histoires". Si tous les styles de musique s'entrechoquent comme des autos tamponneuses faisant des étincelles au plafond, on suit avec ravissement le fantasme du compositeur, un sacré coquin !
Les trois albums sortent le 20 février 2026 sur le label de disques Neuma, 15$ chaque.
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