70 mars 2026 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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mardi 31 mars 2026

Saine lecture


Les toilettes sont une salle d'attente comme les autres. Ne rien y proposer à lire tient du non-sens ou de l'urinoir. C'est aussi une autre manière d'illustrer notre passage à Montpellier avec des amis chez qui nous sommes comme coq en pâte. Plutôt qu'une pile de revues ils proposent à notre concentration quelques aphorismes choisis collés au milieu d'icônes et de dentelles chinoises en papier rouge. Ainsi les papiers découpés murmurent :
- Pour la France d'en haut des couilles en or. Pour la France d'en bas des nouilles encore.
- Un crédit à long terme, ça veut dire que moins tu peux payer plus tu payes. (Coluche)
- Je pose mon argent à la banque qui le perd en bourse. J'en donne à l'État qui rembourse ma banque. C'est bien fait le capitalisme !
- Drôle de monde où l'on "gère" les enfants et où l'on "rassure" les marchés !
- Si nous avons chacun un objet et que nous les échangeons nous aurons chacun un objet. Si nous avons chacun une idée et que nous les échangeons, nous aurons chacun deux idées. (proverbe chinois)
- Il n'existe que deux choses infinies : l'univers et la bêtise humaine... Mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue. (A. Einstein)
- Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux. (A. Allais)
- Si vous voulez que vos rêves se réalisent, ne dormez pas. (proverbe juif)
- Nous ne résoudrons pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés. (A. Einstein)
- Si tu ne choisis pas ta vie, le choix se fera sans toi par un chemin taillé à même ta chair. (J. Bousquet)
- Il vaut mieux pomper même s'il ne se passe rien que de risquer qu'il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas. (principe de précaution shadok)
Etc.

Article du 17 juillet 2013

lundi 30 mars 2026

La tempête de Giorgione (2010)


Énorme surprise d'apprendre que la collection de films sur l'art dont je suis à l'origine avec le producteur Dominique Playoust [était] exposée à Séoul en Corée [depuis le jour de cet article, le 12 juin 2013, jusqu'à fin septembre de cette année-là], au fameux Hangaram Museum, Seoul Arts Center sous le titre Musée secret : Révélations, une odyssée numérique dans la peinture.


Un impressionnant orage éclate sur Paris tandis que je sonorise La tempête avec Pierre Oscar Lévy. Le tableau de Giorgione est une pure mise en scène de théâtre. Je jongle entre le tonnerre et la plaque de tôle. Les trois coups résonnent avant que la femme nue ne gronde. Le public applaudit le véritable éclair qui zèbre le ciel peint, mais en fait c'est la pluie... J'ai bien fait attention au décalage entre l'éclair et le tonnerre. Tout au long du film la partition sonore est calée de manière à jouer au mieux des effets théâtraux.

Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique et partition sonore - Jean-Jacques Birgé
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © Archives Alinari, Florence, dist. RMN / Fratelli Alinari, BEN Raffaello Bencini, Archives Alinari, Florence
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé d'abord au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

vendredi 27 mars 2026

Simulation d'espaces par le son


Sonoriser des simulations 3D de bâtiments pour des concours d'architecture consiste à faire exactement le contraire de ce que j'ai l'habitude de faire dans mon travail de création. Au lieu de transposer la réalité poétiquement ou de m'en échapper franchement, je dois composer des ambiances ou des évènements réalistes à partir de bruitages à l'origine isolés. Si ces films urbanistiques donnent l'impression que les constructions existent déjà ou du moins permettent aux décideurs de s'en faire une idée, leurs images ressemblent tout de même à des films d'animation, même hypersophistiqués comme ceux pour lesquels je travaille. Le rôle du son est alors d'accentuer l'hyperréalisme en créant une partition sonore qui, elle, sonne absolument vraie.
Je commence toujours par chercher les ambiances adéquates. Les extérieurs dépendent du pays, du quartier, de la distance de la caméra, de l'angle choisi, panoramiques ou survols, etc. Les intérieurs sont plus complexes à traiter, car il faut parfois tricher avec la réverbération. Je peux aller piocher dans ma sonothèque ou partir en reportage pour trouver des ambiances proches de celles que l'architecte a imaginées. Il faut généralement ajouter des automobiles et caler les pas un par un en choisissant méticuleusement les sols foulés. Chaque bâtiment nécessite ensuite des sons particuliers, préfecture de police, palais de justice, médiathèque, ensemble en Guyane, etc. S'il est relativement facile d'agiter des bambous dans le vent ou de faire chanter un lipaugus vociferans dit piauhau hurleur, le traitement des voix est toujours un sujet épineux. On ne doit pas comprendre les mots sans pour autant faire du gromelot tatiesque. Pour les cas très spécifiques je suis parfois obligé de faire appel à des acteurs pour qui j'écris des dialogues de circonstance. Le ton des voix donne celui de la scène. C'est aussi un travail chirurgical. Dernière étape, le mixage joue des perspectives, des dimensions, des intentions des architectes... Ça doit filer sans accroc ! Si ce travail est contradictoire avec mes créations sonores personnelles il est excitant de faire vivre des ouvrages de Renzo Piano ou Jean-Michel Wilmotte qui n'existent pas encore ou n'existeront peut-être jamais. [L'un et l'autre ont finalement gagné leur concours.]

Après cet article du 17 septembre 2013, j'en ai publié un autre le 3 février 2015 sur deux nouvelles réalisations :

Musique et design sonore pour le [futur] Centre des Congrès de Rennes


Avec Sacha Gattino nous formons de temps en temps un amusant numéro de duettistes lorsqu'il s'agit d'honorer des commandes. Après des concerts en trio avec le plasticien Nicolas Clauss et la formation du groupe El Strøm avec la chanteuse Birgitte Lyregaard, nous avons en effet cosigné la musique d'un clip pour une montre Chanel, le design sonore de l'exposition Jeu Vidéo à La Cité des Sciences et de l'Industrie et celui de l'application iPad Balloon des Éditions Volumiques pour lesquelles je viens de terminer le son des trois nouvelles applications de la collection Zéphyr avant de m'atteler au Monde de Yo-Ho, jeu de plateau avec pirates et smartphones...
Entre temps nous avons composé une musique entraînante illustrant la construction du futur Palais des Congrès de Rennes Métropole par Jean Guervilly, Françoise Mauffret, David Cras, Alain Charles Perrot & Florent Richard. Si les morceaux "à la manière de" sont toujours intéressants à réaliser, ils nous permettent de penser différemment. L'exercice de style portait cette fois sur Game of Thrones, demande explicite de notre client. Le travail 3D de Platform Motion (pour qui j'ai réalisé, entre autres, les bandes-sons de la DRPJ Paris Batignolles par Wilmotte & Associés SA et du Pavillon France de l'Exposition Universelle Milan 2015 par X-TU/ALN/Studio Adeline Rispal) montrant les différentes étapes de construction pour présenter le couvent des Jacobins est excitant. À nous de rendre actuelle l'anticipation ! Nous dansons d'un pied sur l'autre entre un passé héroïque et une prouesse technique de notre temps.


Le second film réalisé cette fois par Artefacto consiste en une visite des espaces intérieurs du futur Palais des Congrès. La musique est répétitive et cristalline. Le fil conducteur léger et contemporain déroule son fil d'Ariane de salle en salle. Des évènements sonores et musicaux viennent s'y poser comme les petits oiseaux sur les fils télégraphiques ou le linge propre qui sèche sous le vent.


Sacha vivant actuellement à Rennes, nous travaillons le plus souvent à distance. Le téléphone et Internet font partie de notre panoplie instrumentale. Nous nous envoyons les pièces du puzzle au fur et à mesure, les redessinant chacun son tour, intégrant les jongleries l'un de l'autre et réciproquement !

jeudi 26 mars 2026

Quand reviendra-t-il le temps des cerises ?


J'ai beaucoup écrit ces derniers temps, sans compter la campagne des municipales en laquelle je me suis impliqué et qui a porté ses fruits, puisque le candidat soutenu par LFI, EELV, Les écolos solidaires, etc. a vaincu le maire sortant PS qui s'était acoquiné avec le PCF, Raquel Garrido et une équipe qui avait retourné sa veste au dernier moment. Les médias à 90% à la solde du Capital présentent Edouard Denouel comme un écologiste, ce qu'il est entre autres, mais il est en réalité issu de LFI, sauf que tout ce qui peut minimiser leur succès est bon à prendre. Et je ne parle pas du racisme explicite à l'encontre des maires de Saint-Denis, La Courneuve ou Le Blanc-Mesnil. Comme eux, notre nouveau maire répond avec dignité aux attaques et coups bas qui n'ont pas fini de pleuvoir. Maintenant il va falloir prouver aux citoyens par les faits que c'est le bon choix !
Alors pas de fruits aujourd'hui, mais des fleurs. D'abord celles que Christiane a plantées devant la maison et qui donnent un parfum de printemps au jardin. J'ai même plusieurs fois déjeuné dehors la semaine dernière. Ensuite je profite d'une accalmie dans le boulot pour bricoler ici ou là. Puisque l'adhésif imperméable que j'ai collé sur le réservoir d'eau de pluie a tenu tout l'hiver j'ai terminé le travail hier après-midi. C'est plus gai qu'un gros truc beige. J'ai horreur du beige, du gris, des couleurs pastel. Pas franches du collier. À part le blanc éclatant, autant miser sur des couleurs vives qui éclaboussent de lumière. C'est pareil pour la musique, il faut que ça claque. Pas forcément que ça brille. Le mat est souvent plus élégant. Ou alors noir. L'obscurité, l'inconnu, le mystère, l'attente, les bruits d'une nuit sans lune... Je pense que c'est pour ces raisons que j'aime les fleurs, les fruits, les pays tropicaux, les piments, les éclairs. Burano (où je retourne bientôt) m'avait donné envie de peindre ma maison en bleu, ou le mur en orange. Si vous me connaissez vous avez vu comment je m'attife ! Comme le reste de la maison, le vif s'oppose à la mort. Il sera toujours temps de repasser au noir. En attendant, quand reviendra-t-il le temps des cerises ?

mercredi 25 mars 2026

Les crimes du musette


Les Primitifs du Futur (quel beau nom de groupe !) sont de doux archéologues qui ont trouvé, il y a déjà 40 ans, un tunnel pour traverser le temps et rapporter des émotions qui n'ont plus cours, mais qu'ils réveillent le temps d'un disque entre copains. Si Robert Crumb les gratifie chaque fois d'une magnifique pochette, les nouvelles histoires qu'ils racontent sont en noir et blanc, des petits courts métrages au parfum suranné qui nous renvoient à l'époque des gigolos et des gigolettes, une époque que plus aucun/e d'entre nous n'a connue. À la tête de ce world musette tendre et délicat, Dominique Cravic convoque une bande de joyeux lurons un peu nostalgiques qui apportent leur obole les uns après les autres, les uns pour les autres, les uns avec les autres. Sur l'épais livret le trombinoscope en montre plus de soixante dix : Hervé Legeay, Vincent Segal, Raúl Barboza, Daniel Colin, Gp Crimoni, Véronique Fèvre, Berry Hayward, Daniel Huck, Alain Jean-Marie, Jean-Jacques Milteau, Dominique Pifarely, Sanseverino, Yves Torchinsky, Tony Truant, Francis Varis, Jean-Philippe Viret et toutes celles et tous ceux que je ne connais pas... Leurs chansons se passent à Montmartre ou Saint-Germain-des-Prés avant que les touristes les avalent, au Jardin du Luxembourg, Porte d'Orléans, boulevard Sébastopol, sur les rives de la Seine. En tout cas, ça c'est Paris !

→ Dominique Cravic et Les Primitifs du Futur, Les crimes du musette, CD Buda Musique, dist. Socadisc, sortie le 22 mai 2026

mardi 24 mars 2026

Avant Toute sur Bandcamp


C'est agréable de découvrir un article sur mon travail à une époque où la presse spécialisée ou généraliste fait portion congrue à la culture. Comme toujours en ce qui me concerne, l'étranger est plus disert, ce qui m'a souvent permis de vivre de mon art. Cette fois il s'agit de ma préhistoire, Avant Toute, l'enregistrement qui a précédé mon premier disque, le cultissime Défense de. C'était en 1974. Francis et moi venions d'avoir 22 ans. Nous n'avions encore aucune ambition d'en faire notre métier, mais c'était déjà notre passion...

Préserver la scène underground française : guide du Souffle Continu
L'article d'Erick Bradshaw, paru hier 23 mars sur Bandcamp, aborde 8 disques publiés par Souffle Continu Records dont notre Avant Toute !

La devise sans détours de Souffle Continu Records, « Les trésors de l’underground français depuis 2014 », ne donne qu’un aperçu de ce qui se cache sous la surface de ce remarquable label de rééditions. Souffle Continu a déniché, dépoussiéré et même compilé de nouvelles sorties issues de la scène underground française des années 1970, qui s’étendait à l’époque (récemment documentée dans le livre Synth, Sax & Situationists (The French Musical Underground 1968-1978)). L’une des principales préoccupations de Souffle Continu est la scène free jazz parisienne, initialement nourrie par des labels comme BYG, qui a donné naissance à l’underground radical et psychédélique qui s’est épanoui dans les années 70. Le label s’engage à représenter toute l’étendue de cette scène, peuplée aussi bien de Français que d’expatriés.
Dans ce guide, l’accent est mis sur les artistes français qui ont créé une musique visionnaire et inclassable, mêlant des éléments d’improvisation libre, de jazz, de rock progressif et de musique concrète. Tout comme leurs contemporains de la scène krautrock allemande, nombre de ces artistes étaient les enfants de la génération qui a vécu la Seconde Guerre mondiale, et ils voulaient désespérément se libérer des chaînes du passé et aller de l’avant vers l’avenir. La musique présentée ci-dessous reste innovante, même cinquante ans plus tard.

Avant Toute de Birgé Gorgé

La collaboration du synthétiste Jean-Jacques Birgé et du guitariste Francis Gorgé a donné naissance à l’une des versions les plus féroces de la musique expérimentale française. Tandis que Birgé arrache des sons à son synthétiseur ARP 2600, le jeu de guitare de Gorgé oscille entre un blues psychédélique gémissant et une déformation intense et mutilée des cordes. Les paysages sonores tumultueux et anarchiques que Birgé et Gorgé déchaînent sont le yang anarchique qui s’oppose au yin placide de Fripp et Eno. Sur « CXLII », la guitare émaillée de Gorgé surfe sur l’arpégiateur ARP de Birgé jusqu’à se fondre en une mare de fréquences radio à ondes courtes, tandis que les déformations sonores à la sauve-qui-peut de « Un Coup De Groutchmeu » voient le synthé et la guitare se talonner comme s’ils étaient engagés dans un jeu mortel du chat et de la souris. Le morceau final épique, « La Corde Lisse », présente des similitudes avec leurs compatriotes de Lard Free ou l’Italien Franco Battiato. Quelques mois après avoir réalisé ces enregistrements – qui sont restés inédits jusqu’en 2016 –, Birgé et Gorgé se sont associés à l’énigmatique batteur Shiroc pour Défense De, un album classique du rock expérimental français. L’année suivante, Birgé et Gorgé, accompagnés du trompettiste et inventeur d’instruments Bernard Vitet, ont formé Un Drame Musical Instantané, un collectif musical qui a composé des partitions et s’est produit en concert pendant des décennies, jusqu’à aujourd’hui.

lundi 23 mars 2026

Bagnolet conquise


Depuis 50 ans que je vote j'ai rarement vu le candidat que je soutenais gagner une élection. C'est peut-être même la première fois. Je figurais en queue de la liste menée par Edouard Denouel à Bagnolet et je me suis particulièrement investi dans la campagne qu'il a menée, soutenu par LFI, EELV, Assemblée de Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun. La semaine dernière étaient venus à la rescousse Marine Tondelier, Assa Traoré, Bally Bagayoko (le nouveau maire de Saint-Denis) et Mohamed Gnabaly (l'un des vice-présidents de l’Association des maires de France). Il fallait absolument déboulonner le maire sortant PS Tony Di Martino dont la gestion de la ville était calamiteuse avec ses deux mandats successifs. De son côté il avait fait alliance avec le PCF moribond, l'horrible Raquel Garrido et Pierre Vionnet dont le retournement de veste me levait le cœur. Pour sa liste dite citoyenne qui accueillait toutes sortes de personnes dont des racistes patentés (ou très tentés puisqu'il n'y avait aucune liste de droite à Bagnolet) Di Martino lui avait offert 18 sièges (au lieu des 9 que la loi lui octroyait ou des 11 proposés par Denouel) et de lui laisser la ville à mi-mandat ! Vionnet serait devenu maire dans trois ans avec 15% des voix. J'aurais accepté de perdre une fois de plus les élections, mais j'ai toujours eu la trahison en travers de la gorge, car Vionnet avait fait toute sa campagne contre celui qu'il appelait Don Martino. Il est certain que le nouveau maire va avoir du pain sur la planche pour assainir la ville tombée de Charybde en Scylla. Nous aurons aussi à nous coltiner ceux qui soutenaient Di Martino, en particulier le maire PCF de Montreuil Patrice Bessac qui est président d'Est Ensemble et le député Alexis Corbière dont la qualité première est l'absence, mais nous espérons bien redonner des couleurs à la ville en reprenant tout ce que l'ancien maire a négligé. La presse présente la victoire d'Edouard Denouel comme écologiste, c'est vrai même s'il vient de LFI ! L'écologie n'est viable que dans une perspective révolutionnaire. Aïe, le terme fait peur, or je n'imagine pas que nous sortions du marasme politique et social sans une refonte totale du système qui nous oppresse et nous formate. La liesse hier soir à la Mairie de Bagnolet faisait chaud au cœur.

vendredi 20 mars 2026

L'arbitraire en musique


Il existe des milliers de manières de composer la musique d'un film, mais aucune ne peut être arbitraire. En analysant le sujet, son contexte et les intentions du réalisateur, la réponse s'écrit d'elle-même. Entendre que la page blanche n'existe pas et que les solutions découlent de l'analyse attentive de ce qui est exprimé, suggéré ou refoulé... Trop nombreux cinéastes prennent hélas les spectateurs pour des demeurés en réclamant que l'on appuie les effets. Et le compositeur de surligner au marqueur fluo telle scène sentimentale ou la poursuite impitoyable ! Il m'a toujours semblé préférable de jouer la complémentarité plutôt que l'illustration mécaniste. Et déjà pointe la question préalable à savoir la nécessité ou pas de recourir à la musique dans un film ? S'interroger sur son propos c'est prendre l'affaire par le bon bout, renvoyant le conteur à zéro, d'autant qu'en la matière les habitudes ne peuvent être autrement que mauvaises. Déceler la spécificité de l'œuvre en cours exige d'abord que l'on pose pas mal de questions à son auteur. Aux substantifs, adjectifs et verbes révélés on opposera les siens pour composer une nouvelle syntaxe, propre à chaque aventure. Car l'intérêt de travailler sur des œuvres qui ne sont pas exclusivement les nôtres consiste à se surprendre en abordant des rivages insoupçonnés. Les querelles d'ego sont déplacées lorsqu'il s'agit de rendre l'objet rêvé le plus crédible possible. Et chacun d'y mettre du sien.

Combien de fois ai-je écrit que toute musique fonctionne avec n'importe quel film, mais le sens varie d'une association à une autre ! Jouant d'un médium sans paroles le musicien influe généralement sur les émotions, quitte à en rajouter une couche, mais sa responsabilité est justement la maîtrise du sens. Raison pour laquelle la place même de la musique, à savoir son apparition magique tombant de je ne sais quel ciel mystique, est primordiale. D'où mon attirance possible pour celle (dite diégétique) qui se présente in situ, jouée par des musiciens à l'image ou quelque machine reproductrice... Passé ce cas de figure qu'affectait par exemple Jean Renoir, il m'est très tôt apparu que la musique ne pouvait se concevoir coupée du reste de la bande-son. La partition sonore englobe les voix, les bruits, les ambiances et la musique s'il y a lieu d'être. Que l'on vive en ville ou à la campagne, nous sommes quasiment interdits de silence. On appellera donc nos moments de calme, pauses ou respirations...

Si, [lors de cet article du 14 juin 2013, j'évoquais] la musique de film, c'est que [je travaillais alors] à commenter des images dans des champs extrêmement variés, soit le film de Françoise Romand sur Ella & Pitr intitulé Baiser d'encre, plusieurs montages photographiques pour les Rencontres d'Arles, un parcours en autocar à travers la Camargue, l'interface du Jeu de la vie et le design sonore de l'exposition Le gameplay s'exhibe avec cette fois Sacha Gattino pour la Cité des Sciences, le live avec Jacques Perconte, etc. Mais j'aurais pu tout aussi bien traiter de n'importe quel art appliqué avec la même approche. Que la musique participe à un autre projet que cinématographique, ou qu'un graphiste, un écrivain ou un scénographe collabore à une œuvre impliquant différents créateurs, les question sont identiques : comment puis-je être utile à l'entreprise collective et quelle méthode employer pour la servir au mieux ?

jeudi 19 mars 2026

Dépaysages Côté Court


Voilà, la musique jouée avec Vincent Segal au violoncelle et Antonin-Tri Hoang au sax alto et à la clarinette basse, [le 9 juin 2013] au Ciné 104 de Pantin à l'occasion du Focus Jacques Perconte dans le cadre du festival Côté Court, est en ligne, comme les [105 aujourd'hui] autres albums GRRR inédits, en écoute et téléchargements gratuits ! Comme j'avais posé le petit Nagra par terre sous la table, le mixage est un peu déséquilibré en faveur des anches, mais cela n'empêche pas de prendre du plaisir à l'écoute de ces quarante minutes de composition instantanée... Pour la première fois Jacques Perconte manipulait ses images depuis son iPhone, sans aucun fil à la patte, et l'écran large réfléchissait ses somptueuses couleurs en haute définition et format 2.39. Sur Facebook Bidhan Jacobs a publié 11 instantanés photographiques du spectacle...


Nous ne nous étions donnés aucune consigne musicale, faisant confiance à notre enthousiasme à nous retrouver ensemble pour ce nouveau Dépaysages. Qu'est-ce que l'improvisation si ce n'est réduire au minimum le temps entre la composition et l'interprétation ? Le mot "improvisation" laisse parfois croire à quelque création spontanée alors que c'est le fruit de tant d'années de pratique, pas seulement musicale ! Très préoccupé par l'architecture de la musique, j'ai ainsi toujours préféré le terme de "composition instantanée". C'est la raison pour laquelle nous avions nommé notre collectif historique Un Drame Musical Instantané, la notion de drame faisant référence à l'art dramatique et non à quelque lugubre dessein !
L'improvisation n'est pas non plus un genre musical, même si trop souvent les réflexes ou des règles absurdes finissent par créer de nouvelles lois qui figent la composition instantanée dans des formes tragiquement prévisibles. Le choix de mes partenaires de jeu n'est dicté que par le désir d'être surpris, ils possèdent une culture musicale et extra-musicale qui les laisse libres de citer des influences les plus variées, comme dimanche l'opéra Didon et Énée d'Henry Purcell !
En première partie, Jacques Perconte projetait plusieurs courts-métrages dont Árvore Da Vida (L'arbre de vie) dont j'ai composé la musique pour orchestre à cordes, et je me rendais compte comment j'avais été influencé par les cinéastes Alfred Hitchcock et Michael Snow. Le premier prétendait filmer les scènes de sexe comme des scènes de crime et réciproquement, le second laissait imaginer la mort hors-champ pendant le long zoom de Wavelength. Face à ce qui pouvait sembler de prime abord immuable j'ai cherché à structurer le film par la partition, et pour cela j'ai dû interroger les différentes composantes de l'image, supposer les intentions de l'auteur, choisir une instrumentation cohérente. Nous n'avons pas procédé autrement dimanche, même si nous étions dans l'urgence. Écoutez !

Article du 11 juin 2013

mercredi 18 mars 2026

De déception en déception, et puis...


Il faisait beau. J'ai enfourché mon vélo pour aller au Grand Palais à la présentation de l'exposition Nan Goldin, This Will Not End Well. On verra que cela ne finit pas forcément mal, mais la journée ne s'est pas passée comme sur des roulettes. Au niveau du BHV la courroie d'une de mes sacoches s'est prise dans la chaîne et l'a fait dérailler. Me voilà à genoux en train d'essayer désespérément de la replacer au milieu de la rue de Rivoli. Sans succès. J'ai juste réussi à tartiner mes gants de cambouis. J'ai donc remonté l'engin jusqu'au Réparateur de bicyclette boulevard Sébastopol qui m'ont dépanné aussitôt. (Photo : Still from Sirens, 2019-2020 © Nan Goldin)

Comme je suis un peu essoufflé, j'oublie la nouvelle ahurissante du matin, la trahison de la tête de liste Réussir Ensemble à Bagnolet. Franchement je croyais Pierre Vionnet un type honnête lorsqu'il m'a assuré que jamais il ne rallierait le maire sortant Tony Di Martino. Il avait fait toute sa campagne contre lui et ses méthodes. J'avais déjà constaté que les élections municipales ressemblent plus au marché de l'emploi qu'à des engagements politiques au service des citoyens. Il a donc négocié son appui contre 18 sièges (au lieu des 9 que les résultats lui octroyaient) et un passage de bâton de maréchal à mi-mandat. Drôle de démocratie où l'on nous choisit le prochain maire pour dans trois ans sans qu'il ait été élu, un gars qui n'a récolté que 15% des suffrages. Les communistes qui avaient la moitié de représentants dans la liste Di Martino sont évidemment les dindons de la farce. Quelle tambouille ! On ne va pas s'affoler pour autant, Edouard Denouel, à la tête de la liste Bagnolet Collectif que je soutiens (avec EELV, LFI, Assemblée des Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun), peut espérer que les électeurs qui ont voté pour Vionnet contre Di Martino ne tomberont pas dans le panneau, voire que les trotskistes des trois petites listes relèvent leurs manches, le poing levé contre le PS et ses magouilles. Ce n'est pas gagné, mais si les Bagnoletais en ont vraiment marre du système Di Martino, il va falloir qu'ils aillent voter dimanche prochain.

C'était un petit a-parte, parce que j'ai garé mon vélo et que je me dirige vers l'exposition de Nan Goldin. Si j'aime beaucoup son travail, je ne vois pas l'intérêt de ces six écrans de taille moyenne où sont projetés des diapositives ou des petits sujets vidéo sur des musiques préexistantes choisies sans lien avec les propos. Quand je pense que j'ai pu parfois être critique avec les images de 9 mètres sur 9 que nous projetions au Théâtre Antique d'Arles avec des musiciens en direct ! Les thèmes sont ici tirés par les cheveux, ça passe du coq à l'âne, une logorrhée visuelle et sonore sans queue ni tête. La photographe, qui avait réalisé il y a quatre ans l'intéressant documentaire Toute la beauté et le sang versé, qualifie son diaporama fourre-tout de “films composés de photos”. Au secours ! On essaie bien de nous faire avaler que Marty Supreme ou Le testament d'Ann Lee sont des films formidables...


J'espère me remonter le moral en marchant jusqu'aux expositions Eva Jospin et Claire Tabouret. C'est intéressant, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. En période de disette on se contente de peu. Je ne regrette pas d'y être allé, mais je n'en garderai probablement aucun souvenir. Les grottes de carton d'Eva Jospin sont sympas, c'est du boulot, mais cela me fait penser aux chefs d'œuvre des maîtres artisans. Quant aux vitraux de Claire Traboulet, c'est tout de même d'une grande banalité.

Je remonte sur mon vélo pour aller déjeuner japonais rue Sainte Anne, cela devrait me requinquer, mais la plupart des restaurants ont terminé leur service. C'est là que je décide d'inverser la tendance. Doù le "et puis" de mon titre. Donc épuisé, je fais quelques courses de produits frais chez ACE Mart : poulpe et calamars pimentés en saumure, feuilles de sésame épicées, salade aux algues fraîches, kimchi. En face ils ont une nouvelle succursale où j'achète un kimbap et un onigiri que je dégusterai au soleil à la maison quand je serai rentré. Comme un bonheur n'arrive jamais seul, en grimpant la rue Pelleport je croise Hervé Legeay. Nous avons toujours mille histoires à nous raconter en riant de l'absurdité du monde. Puisque j'ai décidé de redevenir positif, j'ajoute que le réparateur de vélo ne m'a pris que 8 euros.


Je digère mon repas coréen en écoutant le formidable disque du Moment's Notice Trio que György Kurtág Jr m'a envoyé. Avec le génial joueur de cymbalum Miklós Lukács et le lyrique László Göz au trombone, à la trompette basse, à l'ocarina et aux coquillages, mon camarade synthésiste joue du clavier qu'il transforme avec des pédales d'effets. Leur Creation, parue sur le label hongrois BMC en 2019, m'enthousiasme autant que le duo de György avec le contrebassiste Barre Phillips chroniqué récemment ou les disques de Lukács comme son trio avec Mathias Lévy et Mátyás Szandai s'appropriant Bartók. J'aime ne pas savoir qui joue, si c'est acoustique ou électronique, j'adore la liberté qu'ils empoignent à pleines mains et qui enchante mes oreilles, comme les surprises qu'elle engendre. L'improvisation n'est pas un style, je le répète, c'est une manière de vivre, d'exprimer l'instant avec des sons, de les organiser comme des cathédrales ou de petites huttes. C'est enregistré en public à Budapest, sept pièces de I à VII, libre aux auditeurs de se faire leur propre cinéma.

Et faites barrage à l'extrême-droite autant que possible, sans oublier pour autant que le surnom de Glucksmann est Macron II.

mardi 17 mars 2026

Où l'espoir va se nicher


J'avais rédigé le petit texte ci-dessous le 13 juin 2013. Quel rapport avec les élections municipales ? Aucun, si ce n'est mon engagement politique. Comme tout le monde, ou presque, je me sens impuissant devant la dérive des continents comme des incontinents. Face aux situations nationales ou internationales qui nous échappent ou des dirigeants qui ne respectent pas le vote des citoyens, nous pouvons nous engager tout de même localement, avec nos proches, nos voisins...
Horrifié par la manipulation d'opinion qu'exercent les médias aux mains de milliardaires réactionnaires qui défendent leur pré carré, en particulier le prétendu antisémitisme de LFI, j'ai accepté de figurer sur la liste électorale de ma ville qui m'apparaissait la seule capable de lui redonner une morale. Il fallait absolument se débarrasser du maire socialiste à la gestion désastreuse depuis douze ans, d'autant qu'il est associé au PCF, parti du précédent maire qui nous a endettés jusqu'à plus soif et qui joue là ses dernières cartouches avant coma profond ainsi qu'à Raquel Garrido qui mérite les pires qualificatifs. Ces trois-là se sont tirés dans les pattes à qui mieux-mieux pendant toutes ces dernières années, et les voilà qui prétendraient s'entendre pour continuer à ruiner la ville. L'autre liste, dite citoyenne, arrivée troisième, se place sur le marché de l'emploi des tambouilles électorales, gangrénée par des racistes qui n'ont pas trouvé ailleurs où se glisser vu qu'à Bagnolet il n'y a pas de liste du centre, de droite ou d'extrême-droite. Je ne parle pas des listes NPA, LO et Parti des Travailleurs dont le score est symbolique quoique important pour le second tour. Car la liste, où je figurais tout en bas, menée par Édouard Denouel et soutenue par LFI, EELV, Assemblée de Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun, est arrivée première ! Esprit indépendant, cela ne m'est presque jamais arrivé depuis plus de cinquante ans où je participe, plein de doutes voire radicalement critique, au système de la démocratie indirecte. On verra bien dimanche prochain, mais j'espère que les Bagnoletais se bougeront pour redonner des couleurs à leur ville.

LA CRISE A BON DOS

Aujourd'hui toute négociation salariale ou budgétaire se voit imputée une équation à une inconnue qu'on appelle la crise. Chaque patron ou client renvoie ses employés ou ses fournisseurs à un système pyramidal en amont qu'il se trouve contraint d'appliquer en aval. Il prétendra ne pas pouvoir payer le travail à sa juste valeur sous prétexte que ses subventions ont baissé ou qu'il est lui-même en butte à des restrictions. Le travailleur n'a évidemment aucun contrôle sur la manière dont est ventilé le budget, ce qui n'a rien de nouveau. Le capitalisme est toujours basé sur la plus-value. Le patron paye le travail à un prix, mais le facture majoré d'une somme qu'il s'attribue. Cet argent est destiné aux frais de fonctionnement de son entreprise, mais la plupart du temps il sert à payer des salaires mirobolants à la direction ou à ses actionnaires. La transparence étant devenu un exercice de style, il pourra présenter aux critiques des tableaux justifiant la peau de chagrin. Si chacun connaît bien ce que je viens d'expliquer de façon très schématique, il n'empêche que la crise a bon dos de réduire les budgets alloués par exemple à la culture, licencier les ouvriers à tour de bras, saccager tout ce qui n'est pas d'un rendement immédiat et juteux. Dans les secteurs où l'emploi n'est pas constant comme dans le spectacle, on ne ferme pas les usines, mais on baisse les salaires des travailleurs en CDD (contrat à durée déterminée) de manière totalement délirante. Il n'est pas rare que les réductions entre l'an passé et cette année atteignent jusqu'à 60%. Dans les entreprises où ces coupes sont dramatiquement pratiquées on constatera souvent que les salaires des dirigeants pourront même augmenter. Sans organisation syndicale conséquente ou solidarité de bon sens, les jeunes arrivés récemment sur le marché du travail n'ont pas d'autre choix que de casser les prix. La qualité s'en ressentira forcément, mais nous vivons une époque dont c'est le cadet des soucis des nantis à la tête de l'économie, locale ou internationale.
Comment réagir face à ce marasme ? Certains choisiront de bâcler ou de saboter, mais c'est se tirer une balle dans le pied. Si l'on ne se contente pas de gagner sa vie, l'amour du travail bien fait est tout ce qu'il reste au travailleur. Face aux compressions de personnel et aux exigences de rendement, on assiste aux comportements les plus absurdes : agressivité et incompétence sont trop souvent devenues l'apanage de notre administration. Les suicides sont de plus en plus courants. En matière de relations humaines, c'est la dégringolade. Constatez comment sont reçus les chômeurs à Pôle-Emploi. Ses préposés, pourtant eux-mêmes salariés, leur font souvent sentir avec mépris qu'ils sont des assistés, quand les vrais assistés sont les actionnaires des sociétés dont les bénéfices ne sont le fruit d'aucun travail. La grève est un crève-cœur qu'il serait judicieux de faire évoluer vers une grève du zèle. Par exemple, au lieu d'arrêter les transports en commun on pourrait les rendre gratuits. C'est illégal. Mais qui a décidé que c'était illégal ? Le droit de grève le fut longtemps. Si la pente de la courbe exponentielle qui rabote tous les anciens acquis se fait de plus abrupte il ne faudra pas s'étonner que la colère finisse par éclater. Ce rapide survol de l'exploitation de l'homme par l'homme peut s'étendre à toutes les espèces de la planète et à ses ressources les plus élémentaires. Devant autant de cynisme, de gâchis et d'injustice, la révolution [inscrite sur mon collage de 1968 retrouvé à la cave !] est de plus en plus [nécessaire, même si cette perspective semble bien lointaine].

lundi 16 mars 2026

Vierge aux rochers de Leonardo da Vinci (2010)


Enfant je ne connaissais Léonard de Vinci que pour ses tableaux dont forcément la Joconde. Plus tard j'ai su qu'il faisait partie de la famille de touche-à-tout que j'adoptai vers mes vingt ans, tels Jean Cocteau, Boris Vian ou Frank Zappa. Si j'ai lu l'intégrale du premier, je me suis passé en boucle les chansons du second et le troisième, rencontré à plusieurs reprises entre 1969 et 1972, m'initia à la musique. Quant à Leonardo nous lui avons rendu hommage avec Nicolas Clauss en imaginant sa Machine à rêves, œuvre pour iPad commandée par la Cité des sciences et de l'industrie.


Dans son film Pierre Oscar Lévy ne montre jamais la Vierge aux rochers dans son ensemble. J'ai d'abord fabriqué la grotte avec ses ruissellements et sa rivière souterraine. Elsa est venue poser sa voix dans mon décor pseudo réaliste avant que je ne la remplace par un courant d'air que j'ai traité de façon à ce qu'il rappelle son murmure bouche fermée. Je souhaitais que la musique agisse comme une vague réminiscence, une berceuse qui plonge la Vierge elle-même dans le sommeil...

Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Musique - Jean-Jacques Birgé, avec la participation de Elsa Birgé
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © RMN / Franck Raux
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

Article du 4 juin 2013

vendredi 13 mars 2026

Le paradoxe de Michel Portal


Écoutant le troisième volet de l’émission « Les grands entretiens » d’Yvan Amar avec Michel Portal, est venue l’envie d’apporter quelques précisions qui firent défaut à la mémoire de Portal. D’abord le disque Free Jazz est l’œuvre du pianiste François Tusques et elle date de 1965, soit sept ans avant le célèbre concert du Unit à Châteauvallon. Y participaient le trompettiste Bernard Vitet, le saxophoniste François Jeanneau, Portal à la clarinette basse, le contrebassiste Beb Guérin et le batteur Charles Saudrais. Colette Magny en était la directrice artistique ! Ce n’est pas aussi free que ce que le jazz va devenir, mais ce sont en France les prémisses. En 1971, sur le même label de Gérard Terronès, Futura, suivront par exemple Tacet de Jean Guérin et La guêpe de Bernard Vitet. La liberté est plus explicite, mais c’est avec le Unit, qui au début ne s’appelait pas le Michel Portal Unit, ou avec le New Phonic Art, qui rassemble des musiciens de musique contemporaine, que l’improvisation devint libre et totale.
Michel Portal figure alors le modèle pour de nombreux jeunes compositeurs de l’instantané dont je fis partie. Alors qu’il revendique d’avoir terriblement peur, c’est un angoissé de première, il prend le risque de jouer avec des musiciens qui le mettent en danger. Chaque concert est radicalement différent. J’avais pris l’habitude des surprises avec chaque sortie d’album de Frank Zappa, et là je suis servi. Le début des années 70 est l’époque de tous les possibles. Il invite alors souvent des musiciens d’univers très différents comme Jacques Berrocal, Didier Malherbe ou Jean Schwartz dont le jeu l’oblige à se renouveler sans cesse. J’ai suivi cette voie jusqu’à aujourd’hui pour ne jamais m’endormir. La liberté est totale, elle offre la possibilité de jouer en do majeur ou à douze tons, de tenir un rythme ou de semer le chaos, de jongler avec le bruit ou d’intégrer tous les sons du monde.


Mais la question de l’autorat et des droits afférents titille les protagonistes qui se crêpent le chignon en revendiquant tel ou tel thème, d’autant que Portal les dépose sous son nom à la Sacem. Le Unit alors composé de Vitet, Beb Guérin, Léon Francioli et Pierre Favre (et la chanteuse Tamia à Châteauvallon 72), dont Portal dit longtemps que c’était son meilleur groupe et qu’il regrettait sa dissolution, explosa en direct devant la télévision allemande au grand dam des organisateurs qui ne comprenaient pas ses petits Français en colère. Vingt ans plus tard, Portal m’expliqua qu’il revint à la composition préalable pour ne plus avoir ses questions de droits d’auteur sur les bras, ce qui ne l’empêcha pas de souvent déléguer à d’autres sous couvert d’anonymat, en particulier pour ses musiques de film. Maître de l’improvisation, dès 1980, date de la mort de Beb, il se tourna vers un jazz moderne, somme toute plus orthodoxe, nous expliquant, que ses choix seraient dorénavant liés à ses besoins d’argent. Il avait déjà abandonné la variété, la musique classique, dont son interprétation de Mozart à la clarinette est mémorable, et la musique contemporaine. Dans les décennies qui suivirent, le succès commercial se vérifia et sa renommée ne fit que grandir jusqu'à sa mort le 12 février dernier.
Sur la page de mon site où je remercie les centaines de personnes qui m'ont accompagné dans ma vie professionnelle, je fais une dédicace spéciale à Frank Zappa, John Cage, Robert Wyatt et Michel Portal dont les encouragements furent précieux à mes débuts. Lorsque je réécoute ses enregistrements des concerts des années 70 je me rends compte à quel point ils influencent encore les jeunes improvisateurs et trices, le plus souvent sans qu'ils ou elles sachent à qui ils le doivent. Portal fut le révélateur en France d’un courant qui n’est pas prêt de s’éteindre.

jeudi 12 mars 2026

Saint Joseph charpentier de Georges De La Tour (2010)


Pierre Oscar Lévy jouait le rôle de Saint Joseph charpentier dans le tableau de Georges de La Tour, soufflant comme un bœuf face à l'enfant interprété quelques jours plus tôt par Sonia Cruchon. Pour les bruitages, il plia sa ceinture pour imiter le bruit des semelles, mouilla la mèche de la bougie avant de l'allumer et fit un trou avec une vrille dans mon tambour de bois. Tout est très délicat, les souffles sont proches du silence.


De La Tour m'est cher, un peu trop si je me souviens de la correspondance avec le musée Paul Getty à Los Angeles lorsqu'en 1981 nous avions voulu illustrer la pochette du disque À travail égal salaire égal avec la Rixe de musiciens. Bernard Vitet avait auparavant suggéré ce tableau pour un album du Unit mais Michel Portal avait refusé la proposition, trouvant probablement que la scène était trop proche de ce que le Unit vivait alors et qui allait le pousser à l'éclatement. Quelques années plus tard, cela ne pouvait par contre qu'enchanter Francis Gorgé et moi qui trouvâmes que cela collait parfaitement avec notre propos, critique que nous avions entamée avec la constitution de notre grand orchestre composé de 16 musiciens.


Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Partition sonore - Jean-Jacques Birgé, avec la participation de Pierre Oscar Lévy et Sonia Cruchon
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © RMN / Gérard Blot
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

Article du 30 mai 2013

mercredi 11 mars 2026

L'annonce du pavot


On dirait un petit four à la violette avec cœur en pâte d'amande et corolle en paillettes de chocolat amer sur pétales de mangue. La fleur de pavot fait délirer si l'on en abuse. Il suffit de s'approcher des choses ou de s'en éloigner pour qu'elles prennent un autre sens. Certains tentent de théoriser l'unification de l'infiniment petit et de l'infiniment grand. Plus ou moins l'infini (±∞) me fascinait déjà au lycée. Plus tôt je retournais mes jouets pour les transformer en quelque chose d'autre, ce qui me faisait rêver. Adolescent, je restais des heures le nez en l'air avec les pieds sur le bureau de ma chambre. Le monde défilait comme dans l'Atlas Mondial dont les pages palissaient à force d'en scruter les détails. Une abeille s'est approchée, elle s'est mise à table. Tandis que je la contemplais elle m'a susurré une autre histoire, un récit de voyage qui renvoyait Googlemaps à sa poésie de comptable. Ça sent les vacances, les nuits étoilées où aucun lampadaire ne vient gâcher l'écran d'épingles en 3D temps réel. Sur son chemin l'hyménoptère voit des milliers de détails qui m'échappent. J'imagine le pollen, des odeurs qui flottent, des phéromones dont on pourrait assimiler les ondes à des couleurs ou à des sons. Je quitte mon apnée synesthésique pour m'ouvrir au monde qui s'offre à ceux et celles qui y veillent. [...] Nous avançons, prêts à nous battre s'il le faut pour conquérir ce qu'on nous vole, mais c'est la douceur que nous visons, le festin partagé, le monde dont nous ne sommes chacun et chacune qu'un atome. Que c'est beau une fleur !

Article du 10 juin 2013

mardi 10 mars 2026

Michel Houellebecq, Rétablissement des faits à l'appui


Je me demande parfois si j'ai existé. Pour le présent aucun doute. Je suis bien là. Mais chaque fois que sort un nouveau disque avec Michel Houellebecq la presse fait l'impasse sur notre collaboration commencée en 1996, alors qu'elle anticipait la suite, en particulier son immense notoriété. Je découvre que sur l'album Souvenez-vous de l'Homme qui sort ces jours-ci Michel reprend, bien heureusement, la diction mise au point pour notre Établissement d'un ciel d'alternance, ici enrobée d'un accompagnement composé par Frédéric Lo qui rappelle les célèbres arrangements de Jean-Claude Vannier, bien que ce ne soit pas pour autant Melody Nelson. Si aucune de mes réalisations n'a jamais bénéficié d'un soutien de communication autre qu'agi par mes soins, j'ai eu parfois la chance d'émerger magiquement du bruit ambiant. Être indépendant permet de faire ce qu'on veut, mais le prix à payer est de vivre à l'ombre de l'éphémérité des spotlights. C'est l'underground, comme m'y croquent Nicolas Moog et Arnaud Le Gouëfflec dans leur remarquable somme bande dessinée. Ainsi je me dois de republier l'article que j'avais écrit le 6 septembre 2018, histoire de rétablir les faits, d'autant que je suis très fier de ce que nous avions réalisé ensemble, en marge de la mode dont la nature est de passer.

Dans Le Nouveau Magazine Littéraire qui rassemble un dossier Chanson dans son numéro de septembre 2018, Gonzague Dupleix [évoquait] les incartades musicales de Michel Houellebecq dont évidemment celles de notre collaboration depuis 1996 jusqu'à son exposition au Palais de Tokyo dix ans plus tard où je m'étais occupé du juke-box dans une salle transformée en bar pour fumeurs. L'an passé, j'avais également participé à son Cahier de l'Herne que l'on peut considérer comme un nouveau Houellebecq tant il recèle de pépites. Suite à cet article je préfère rétablir l'ordre des évènements et préciser les faits preuves à l'appui pour ne pas que la légende prime sur la réalité.
Pour commencer, rétablissons la chronologie. La soirée du Café de Flore où je le conduis pour qu'il reçoive son Prix a précédé (et non l'inverse) le concert de la Fondation Cartier où nous jouions en première partie de Patti Smith. Nous avons enregistré deux CD, le premier en public au Théâtre du Rond-Point dans le cadre des Poétiques de Radio France, le second sur GRRR, mon propre label, à la demande de Michel. Le Prix de Flore se tient au moment du premier, le concert fêtant le Xe anniversaire des Inrocks plusieurs mois plus tard, le lendemain de l'enregistrement d'Établissement d'un ciel d'alternance qui faisait office pour nous de répétition, seuls dans le studio. Si la musique du premier, Le sens du combat, était instantanée avec la participation de la soprano Martine Viard, le second en duo est totalement écrit. On se reportera à mes articles (liens ci-dessus) pour plus de précisions !
Je suis surpris de constater que le seul CD conseillé à l'écoute dans l'article du Magazine Littéraire est Présence humaine, fruit de la collaboration de Houellebecq avec Bertrand Burgalat que le poète n'affectait pas vraiment, à tel point qu'il décida de l'exclure de son exposition pour ne proposer que celles avec Iggy Pop, Jean-Louis Aubert et la nôtre. Gonzague Dupleix rappelle les mots de Houellebecq dans le texte manuscrit qui figure dans le livret d'Établissement d'un ciel d'alternance : « J’ai donné pas mal de lectures de poésie réussies ; c’est peut-être même ce que j’ai le mieux réussi dans ma vie, les lectures de poésie. J’ai commencé comme ça, je finirai comme ça, probablement. Mes collaborations avec les musiciens ont par contre été souvent ratées. Ceux qui étaient là lors de ce concert auront donc assisté à quelque chose d’assez rare dans ma vie : une collaboration avec un musicien, réussie.» Et le journaliste de conclure en enfonçant le clou : « Mais là on s'aventure bien au delà des bouées. Car combien de travaux jugés inaboutis ont été portés aux nues pour combien de chefs d'œuvre foulés aux pieds ? Michel Houellebecq est vaniteux, il aime qu'on l'applaudisse, il l'a de nombreuses fois dit. Qu'il soit donc tenu responsable d'un album culte.» Malgré cela, le disque signalé à écouter par le responsable de l'iconographie est une fois de plus celui de Burgalat, contredisant les propos de l'un et de l'autre ! Je n'ai évidemment pas la force de frappe du service de communication de son label Tricatel...
J'ai dit, écrit et répété que quoi que vous pensiez de l'écrivain, de ses propos publics, de ses romans, il faut absolument écouter la remarquable interprétation qu'il fit de ses poèmes dans Établissement d'un ciel d'alternance. Parlons-en ensuite, et de la musique qui l'accompagne, au lieu de ressasser les mêmes lieux communs qui n'ont rien à voir avec cette œuvre, que ce soit sur sa carrière discographique ou sur le sens du combat. Précisons enfin qu'à aucun moment il ne s'est agi dans notre cas heureusement de chansons, mais d'une récitation que nous rapprochâmes plutôt du slam. C'est un travail auquel je tiens beaucoup et qui fait suite aux nombreuses lectures et spectacles où j'ai marié littérature et musique... [Jusqu'à la plus récente avec le comédien Denis Lavant et le saxophoniste Lionel Martin, Les déments venant de recevoir un Coup de cœur de l'Académie Charles Cros !]

lundi 9 mars 2026

Ça me fait suer


Le sauna asséchant mes yeux encore fragilisés par la conjonctivite malgré les compresses efficaces de camomille suggérées par Pascale, je suis condamné à gravir des chemins de sable dans le sud de la Nouvelle-Zélande. J'ai beau pédaler comme un beau diable, je n'arrive jamais à dépasser ma coach sauf lorsqu'elle s'efface devant moi pour me permettre d'apprécier le paysage. De toute manière ma cadence est largement en dessous de ce que l'écran exige. J'ai coupé le son de l'application au profit de Radio Libertaire tant que leur robot évite les chanteurs à texte ringards, sinon je fais tourner des disques. Depuis que j'ai installé ce vélo au second étage je n'ai plus de lumbago, mais je pèse plus lourd. Est-ce que les muscles ont remplacé la graisse ou ma gourmandise me transforme-t-elle en petit gros ? Ne me dites pas, je sais bien que le flan de chez Miyam ou le chocolat des cisterciennes de l'Abbaye de Bonneval poussent à l'indiscipline. Il est difficile de se battre sur tous les fronts. Même en passant du temps sur la selle les calories perdues ne suffisent pas. Il faudrait que j'apprenne à manger moins et moins vite. Question vitesse, mes gambettes jouent les danseuses. Mon cœur ne risque pas de crever le plafond. La promenade me fait déjà bien suer. Lorsque la flemme montre son nez je me rappelle les trente ans où mon corps me faisait penser que j'en avais quatre-vingt-dix. C'est du passé. On peut donc rajeunir en vieillissant ! À moins que je radote et toute mon histoire s'écroule lamentablement.

vendredi 6 mars 2026

Love Is the Song We Sing: San Francisco Nuggets 1965–1970


Choisissant quelques disques dans l'ancien appartement de ma compagne je tombe sur un coffret Nuggets édité en 2007 par le label Rhino intitulé Love Is the Song We Sing: San Francisco Nuggets 1965–1970. Comme j'avais déjà acquis en 1998 le célèbre coffret de 4 CD Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 1965–1968, je glisse dans mon grand sac ce superbe bouquin de 120 pages bourré de photographies et surtout 4 autres CD dont je ne connais pas les groupes qui y figurent pour la plupart. Christiane me raconte qu'Edgard Garcia lui avait offert pour son anniversaire. Pas étonnant de la part de celui qui dirigea pendant plus de 30 ans l'association Zebrock et vient de prendre sa retraite !
Écouter les quatre volumes à la suite me replonge dans mon adolescence, une madeleine qui renvoie à une époque paradisiaque si on la compare à l'enfer actuel. C'était pourtant l'époque de la guerre du Vietnam, mais l'utopie Peace & Love régnait sur la côte ouest. Nous étions certainement naïfs, mais notre jeunesse s'épanouissait au Flower Power. Dans mon roman USA 1968 deux enfants j'ai raconté mon voyage initiatique qui me conduit entre autres à San Francisco. Même si ce qu'on appelle le Summer of Love date de l'année précédente, je ressens les sensations d'alors au son des solos de guitare planants, du folk électrique et de l'insouciance qui nous faisait rêver.

Extraits :
La jolie maison de bois des Rambo est au croisement de la 36e Avenue et de Geary. Derrière, depuis leur terrasse nous avons une vue dégagée sur San Francisco. Ils possèdent aussi un jardin où pousse de la marijuana. Joint et terrasse forment une bonne association. Non seulement Peter me fait fumer, mais il me donne des graines à planter sur mon balcon lorsque je serai rentré à Paris...
La musique est partout. Je suis aux anges. Peter joue de la guitare électrique. J'ai un petit faible pour sa sœur Bretta qui est plus âgée que moi et tient la flûte dans leur groupe. Ce sont nos San Francisco Nights chantées par Eric Burdon and The Animals. Je m'achète les albums Crown of Creation de Jefferson Airplane, Have a Marijuana de David Peel and The Lower East Side et The Beat Goes On des Vanilla Fudge. Les collages de documents historiques et les démarquages de ce dernier, album considéré comme raté par le groupe, m'influenceront considérablement dans mes choix musicaux...
Les disques américains ont des pochettes cartonnées beaucoup plus épaisses que les pressages anglais ou français. Dans la journée, nous allons visiter le campus de l'Université de Berkeley, avec Dave, Tita et Bretta. C'est le haut-lieu de la contestation étudiante californienne. En matière de manifestation, la spécialité locale consiste à s'asseoir par terre et à ne plus bouger, ce sont les sit-in. Mais Peter s'apprête à partir à Chicago pour manifester contre la guerre du Viêt Nam pendant la Convention Démocrate où, la semaine prochaine, auront lieu des évènements d'une rare violence. Les hippies céderont la place aux yippies, plus politisés. Pour l'instant, c'est calme, il n'y a que des banderoles et une atmosphère bon enfant typique de la côte ouest...
Pour descendre au Fillmore West, Peter conduit comme un fou. Il nous la joue Bullitt ! Le film ne sortira que dans trois mois, mais ce sont les mêmes tremplins : les rues très en pente croisent des rues planes, si bien qu'à chaque intersection les quatre roues de la voiture décollent et vont s'écraser plus loin sur la chaussée pentue. Je n'en mène pas large et je suis soulagé d'arriver entier au concert du Grateful Dead, d'autant que je suis en compagnie de Bretta. Dans l'obscurité le théâtre me paraît immense, tapissé des projections du light-show Holy See.
Alors que nous pénétrons au Fillmore, le groupe Kaleidoscope est déjà sur scène, mêlant différentes influences pour accoucher de longs solos distordus. Suit It’s A Beautiful Day, mais le clou du spectacle est le Grateful Dead avec Jerry Garcia à la guitare. Le concert dure des heures. On plane. Les improvisations dessinent des arabesques sensées rappeler un trip au LSD. Combien de fois écouterons-nous bientôt leur Dark Star et le Happy Trails du Quicksilver Messenger Service, et puis bien entendu les Doors, Hendrix, Janis Joplin ? Je ressors abasourdi de l'expérience. Comme je raconte à Peter mon émoi à l'écoute du disque des Mothers of Invention découvert à Cincinnati, il me fait cadeau de ses exemplaires des deux précédents, Freak Out! et Absolutely Free, qu'il trouve trop farfelus. Ce triptyque aura sur moi des répercussions considérables. De son côté, Peter construira sa cabane au Canada du côté de Vancouver pour échapper au service militaire et à la guerre du Viêt Nam, Bretta étudiera les civilisations mayas et incas, Masa deviendra toubib comme ses parents...
Pendant la seconde guerre mondiale, après l'attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, Oskar Naylor Rambo et Frances Kimura ont passé presque deux ans internés dans un camp de concentration aux États-Unis, sous prétexte qu'elle était d'origine japonaise. Si elle avait abandonné ses études de médecine, lui a continué, pathologiste comme Frederik Bornstein. Il a appris le swahili en Afrique et s'occupe, entre autres, de soigner les Black Panthers. Le flic qui avait tiré sur un enfant noir a répondu que le môme fuyait ; de son côté le môme a dit qu'il avait couru parce que le flic lui faisait peur. Les Rambo sont les premiers Américains avec qui nous partageons le même point de vue politique...

Parmi les 77 morceaux du coffret je reconnais évidemment Country Joe & The Fish, le Grateful Dead, Blue Cheer, mais je ne connais pas ces versions publiées exclusivement sur single (45 tours) et retrouver Jefferson Airplane, It's A Beautiful Day, Steve Miller Band, Santana ou Moby Grape au milieu de groupes dont je n'ai jamais entendu parler me fait oublier la folie meurtrière de Trump, blanc-seing à toutes les brutes du futur, et la complicité imbécile de la plupart de la classe politique française qui ouvre la porte au fascisme plutôt qu'encourager la seule force de gauche susceptible de nous sortir de la fange actuelle. On découvre ainsi un inédit des Warlocks avec Jerry Garcia, Bob Weir et Phil Lesh, Grace Slick avec The Great! Society, ou un inédit de Janis Joplin avec Big Brother & The Holding Company... Les textes du livre s'adressent essentiellement aux amateurs qui n'ont pas connu cette époque psychédélique où tout nous semblait possible, comme si le monde nous ouvrait les bras, un temps où l'adolescence pouvait s'épanouir les oreilles pleines de promesses.
Je ne ressens pourtant aucune nostalgie parce que j'ai toujours été curieux de grandir et de voir comment le monde se transforme, même s'il est terriblement contrariant sur l'espèce humaine. C'est juste délicieux de voyager dans le temps comme lorsqu'on va au cinéma ou qu'on lit un livre qui vous transporte ailleurs.

jeudi 5 mars 2026

The Mountain par Gorillaz


J'évoque rarement des disques qui font la une, d'autres savent très bien le faire, mais j'ai beaucoup aimé The Mountain, le nouvel album de Gorillaz. Écouté une première fois, j'ai eu aussitôt envie de le remettre sur la platine. Ce désir ne me trompe pas. La seconde fois me permet d'analyser les raisons de mon choix. Si l'influence de l'Inde est permanente, je n'ai pas perçu tout de suite le thème de la mort, probablement parce que les paroles anglo-saxonnes ne me sont pas toujours évidentes et, surtout, par leur approche franchement joyeuse de convoquer les disparus. Mon goût pour le mélange des genres, ici la musique indienne et la pop anglaise, pour l'usage de reportages sonores, pour le travail de post-production sur les voix et les instruments qui m'ont rappelé, par exemple, The Carnival de Wyclef Jean que m'avait conseillé Robert Wyatt, est comblé. Les mélodies et les filtres vocaux, l'orchestration qui mêle instruments électriques, le sitar d'Anoushka Shankar, cordes symphoniques, chœurs, etc. situent l'ensemble sur la voie inaugurée par les Beatles quarante ans plus tôt, en particulier avec le disque Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, le premier album-concept, travail de studio loin de la scène.


Gorillaz a la particularité d'être un duo formé d'un musicien, Damon Albarn (musicien et compositeur du groupe Blur), et d'un graphiste, Jamie Hewlett (auteur de bande dessinée). Sa vidéo de The Mountain est explicitement inspirée par Le livre de la jungle de Disney. L'album est à la fois de maintenant (sic) et d'hier par l'utilisation de voix d'amis disparus comme l'acteur-réalisateur Dennis Hopper, le chanteur de soul Bobby Womack, les rappeurs Proof et David Jolicoeur de De La Soul, le batteur Tony Allen ou le leader de The Fall Mark E. Smith. Si leur séjour en Inde est partout présent comme avec le flûtiste Ajay Prasanna, la célèbre chanteuse Asha Bhosle, la fanfare Hindu Jea Band Jaipur (que l'on retrouve sur le deuxième disque dans la version dite "de luxe"), les chanteurs Pamela Jain et Niloy Ahsan, participent aussi les deux frères des Sparks, le groupe de rock Idles, Paul Simonon (The Clash), Johnny Marr (The Smiths), les rappeurs Yassiin Bey (Mos Def), Black Thought (The Roots) et l'Argentin Trueno ainsi que le DJ Bizzarap, le chanteur syrien Omar Souleyman, le Gallois Gruff Rhys (Super Furry Animals), la chanteuse américaine Kara Jackson, etc.
Malgré ou peut-être grâce à ces si nombreux invités de marque, The Mountain jouit d'une belle unité, une sorte de poème symphonique ou de film sonore qui nous plonge dans les couleurs et les parfums d'une Inde de rêve, mais aussi à Bénarès où l'on brûle les corps des défunts avant de disperser leurs cendres dans le Gange. Gorillaz arrive à montrer que la mort fait partie de la vie, une étape parmi les autres. C'est aussi une manière pour les deux artistes d'accepter celles des êtres aimés, et peut-être la leur. En musique. Quoi de plus beau ?

mercredi 4 mars 2026

Pôle-Emploi, dernière étape


Il y aura de nombreux points d'exclamation dans l'histoire que je vais raconter aujourd'hui. Pour arriver au bout de mes peines [cet article date du 17 octobre 2013 et pour les âmes sensibles je "spoile" que ça finit bien !], il m'aura fallu beaucoup de courage, d'entêtement, de patience, d'humour, de persévérance, de résistance et du temps, beaucoup de temps qui l'eut été plus intelligent et productif de passer autrement.

[J'espérais donc que c'était le dernier billet que j'écrivais] sur mes aventures d'intermittent du spectacle voué à la retraite dans un avenir plus ou moins proche. J'aurai comptabilisé les trimestres nécessaires le 1er avril 2015. Ce n'est pas une blague. J'ai déjà publié quelques épisodes de cette Passion des temps modernes : La retraite au flan bof, Overdose d'incompétence, Assez d'hics !, Rebelote à Pôle-Emploi. Il semble que je sois enfin tombé sur un salarié compétent de cette officine. Cela se termine toujours ainsi, mais il faut s'accrocher !

J'ai déjà expliqué ici que mes courriers ne parviennent jamais à mon agence locale de Pantin : comme ils sont filtrés par l'agence régionale de Bobigny qui ne les fait pas suivre, je les dépose dans leur boîte aux lettres ! D'où d'indispensables visites que je commets régulièrement le mercredi matin dès 9h (en arrivant une demi-heure plus tôt) pour ne pas me coltiner des queues de quarante personnes. Le mercredi est le jour le moins fréquenté, remercions les enfants en âge scolaire ! La question épineuse concernait le maintien de mes allocations à l'approche de la retraite. En effet il est important de savoir qu'à partir de 60 ans et des poussières nous pouvons bénéficier des allocations, jusqu'à l'obtention du nombre suffisant de trimestres pour bénéficier de sa retraite à taux plein, sans avoir besoin de réunir les sempiternels 43 cachets minimum de 12 heures (ou 507 heures). Il suffit de continuer à pointer et cela devrait aller comme sur des roulettes.

Sauf que Pôle-Emploi m'écrivait systématiquement, vous allez comprendre que cet adverbe est le seul correct, que je devais justifier de 9000 heures de travail dont 1521 dans les 3 dernières années ou d'au moins 15 ans d'activité, et, seconde condition, d'au moins 100 trimestres d'assurance vieillesse tous régimes confondus (cette condition a déjà été abordée lors de mes précédents articles et résolue !). Réunissant toutes ces conditions, et bien d'autres mais je vous fais grâce de moult détails de taille, je fus surpris que l'on me réponde à quatre reprises que non, sans pour autant m'en expliquer la raison. Car je totalise plus du double d'heures requises et près de 40 ans d'activité salariée ! Je réclamais, on me répondait toujours la même chose. J'ai fini par avoir une personne diligente au 3949 pour m'apprendre que Pôle-Emploi n'avait trace de moi que depuis juin 1999, soit 25 ans de carrière égarés ! Pour une fois je pris l'absurde nouvelle avec le sourire puisque j'avais consciencieusement conservé toutes mes feuilles de salaire, classées année par année. Comme il n'y a aucun contact possible entre le service téléphonique de Pôle-Emploi et leurs agences il me fut conseillé de faire des photocopies des années manquantes et de m'y déplacer. Vu le nombre inimaginable de feuilles, j'y suis allé avec mes originaux dans une brouette. En me voyant arriver avec un énorme carton la jeune fille de l'accueil me demanda ce que je venais livrer. Je clamai haut et fort que c'était les 25 ans de carrière que Pôle-Emploi avait perdu. Devant le scandale évoqué je fus reçu illico et l'on me donna un double rendez-vous, soit deux fois 45 minutes qui se suivent. Trois quarts d'heure est l'unité de rendez-vous à Pôle-Emploi.

Si vous avez réussi à me suivre jusqu'ici c'est maintenant le plus savoureux. Un logiciel informatique (qui ne fait toujours pas les additions, c'est au préposé de compter sur ses doigts) a remplacé le précédent que les plus jeunes employés sont incapables d'utiliser. Or celui-ci ne remonte pas au delà de 1999, le suivant non plus évidemment ! Les archives sont inaccessibles à l'un comme à l'autre. Si vous avez le sens des chiffres vous comprendrez qu'un système qui doit vérifier que l'intermittent a bien 15 ans d'ancienneté, mais qui ne peut remonter que 14 ans en arrière, provoque des crises, d'hilarité ou dramatiques selon les dispositions du sujet. J'aimerais savoir qui a réalisé les deux systèmes informatiques et combien ils furent facturés. Cela sent le scandale à plein nez...

Il ne reste donc qu'une solution, apporter suffisamment de feuilles de salaire antérieures à la date absurde. Le préposé aura la gentillesse de les rentrer une par une dans sa machine et de les photocopier. Heureusement il me manquait seulement 500 heures pour arriver au compte et ma brouette s'avéra exagérée en regard des exigences administratives. Si aucun de mes employeurs ne remplit de manière fantaisiste les AEM je ne suis plus susceptible de retourner jamais faire la queue à Pôle-Emploi, ce qui est un peu triste puisque je ne pourrai plus faire rire mes camarades en leur détaillant ses rouages kafkaïens. Heureusement l'administration française a d'autres ressources !

P.S.: à ma sortie de l'IDHEC en 1974 le réalisateur Louis Daquin, alors directeur des études, m'appela dans son bureau : "je ne t'ai probablement rien appris pendant ces trois ans, mais je vais te donner un conseil fondamental : conserve précieusement toutes tes feuilles de salaire en les classant année par année. Je repense souvent à la bienveillance de ce vieux syndicaliste qui prit sa retraite en 1977 et mourrut trois ans plus tard.

P.P.S.: il y a maintenant plus de dix ans, ayant commencé jeune et arrivant à taux plein, j'accédai au régime merveilleux de la retraite, merveilleux en ce qui concerne le stress car cela ne changea en rien mes activités. Il fallut encore néanmoins une huitaine de mois (le marathon continua donc quelque temps, car il manquait la réponse d'une caisse à laquelle je n'avais jamais cotisé !) avant que les sous tombent régulièrement chaque début de mois !

mardi 3 mars 2026

Barre Phillips & György Kurtág Jr. bien ensemble


Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'Un Drame Musical Instantané ait invité György Kurtág Jr. en 1992 à improviser ensemble avec le violoncelliste Didier Petit sur l'album Opération Blow Up. En lisant les notes de pochette de son duo avec le contrebassiste Barre Phillips j'ai l'impression de me lire, et pour l'avoir revu il y a quelques années je partage avec lui la nécessité du geste instrumental lorsque nous jouons des instruments électroniques. L'improvisation est à la source de sa démarche, mais c'est évidemment après des années de recherche sur les timbres et la manière de les agencer. D'où ma préférence pour le terme "composition instantanée". Et entre Barre et lui l'écoute tient lieu de partition, et c'est encore l'écoute qui permet aux auditeurs de s'approprier les images mentales qu'elle suscite. Je ne sais plus pourquoi nous n'avons pas concrétisé le projet que nous avions avec Barre Phillips, peut-être qu'à l'époque il était dans un mood trop jazz pour nous, mais je me souviens que sa visite au studio du boulevard Ménilmontant fut des plus agréables.
Et puis, en 2014, eut lieu cette rencontre entre lui et György à l'Opus Jazz Club de Budapest. J'imagine que le synthésiste avait préparé des sons qui collent avec l'inventivité du contrebassiste. Sur un synthétiseur un son c'est un programme, un mode de jeu, un instrument, une pièce, un grand nombre de pièces possible. György avait trois claviers pour passer rapidement d'un timbre à un autre. C'était chose plus simple pour Barre qui pouvait délaisser l'archet pour les pizz sans temps mort et sans regarder où il met les doigts. Ici chacun prend son temps, rebondissant aux propositions de l'autre convive. La variété des sons électroniques oblige le contrebassiste à échapper à ses propres conventions. On ne sent jamais d'où vient ce que l'on entend, on s'en fiche, peut-être parce que les sons des synthés se rapprochent de timbres acoustiques. Là encore c'est exactement ce que je cherche aussi à produire. Ainsi cela me plaît énormément. Les joueurs de synthé sont si souvent mal perçus par leurs collègues qui ne comprennent pas la logique de ces instruments-mondes. En ont-ils peur ou sont-ils simplement perdus devant cette tour de Babel ? Pour Togetherness, György et Barre ont remonté le concert de leurs anniversaires, 60 et 80 ans alors. C'est ce que j'aimais faire aussi avant mes Pique-nique au Labo où la logique s'est imposée d'elle-même, mais sans bouleverser la chronologie ni couper les rares maladresses. Comme disait Luc Ferrari dans une de mes radiophonies : "Malheureusement c'est comme ça qu'on le joue !". Sur leur album s'enchaînent dix-huit titres. Dans ce cas de figure les titres, forcément choisis a posteriori, représentent une des innombrables interprétations qui se découvrent bien après que l'on ait figé l'instant par la magie de l'enregistrement. Dix ans plus tard, un an après la mort de Barre, on se laisse porter par le flot merveilleux de ces deux rêveurs.

→ Barre Phillips - György Kurtág Jr., Togetherness, CD BMC 11€, dist. Socadisc

lundi 2 mars 2026

Souvenir de Pôle-Emploi


Aujourd'hui le MEDEF tente de faire passer de 507 à 557 le nombre d'heures nécessaire sur 12 mois pour accéder aux droits des intermittents du spectacle. Ceux-ci n'ont pas l'intention de se laisser faire... Pour ma part, depuis cet article du 31 mai 2013 qui avait été en une de Mediapart, j'ai heureusement changé de régime, passant de celui d'intermittent à celui de retraité, mais je reste évidemment solidaire de mes camarades plus jeunes. Pour évaluer un budget quel qu'il soit, on ne peut le regarder pas le petit bout de la lorgnette, car c'est l'économie dans son ensemble qui est à considérer, et non secteur par secteur.

Depuis la veille j'avais les boyaux façon scoubidou. L'idée d'aller faire la queue à huit heures du matin à Pôle-Emploi pour faire valoir mes droits m'était absolument insupportable. Devant le rideau de fer les chômeurs sont en colère contre l'inorganisation systématique de l'agence qui se livre à toutes sortes d'humiliations scandaleuses et totalement improductives. Si certains comprennent les enjeux financiers dont tous les citoyens sont victimes, la plupart s'insurge contre la publicité faite au mariage pour tous qu'ils jugent camoufler les véritables problèmes. Une jeune Polonaise regrette les promesses de Sarkozy sur la retraite. Un titi parisien se demande comment il va nourrir sa famille si ses indemnités sont encore retardées. Pendant ce temps-là l'argent travaille, il ne chôme pas, les termes sont impropres, il copule et fait des petits. Françoise me reprochera de ne pas avoir mis sur le tapis le revenu de base pour tous pour lequel les Suisses vont bientôt voter par référendum. Comme il n'y a pas de distributeur de numéros à l'entrée on est obligés de faire le pied de grue debout les uns derrière les autres. La grille s'ouvre. Une femme demande à aller aux toilettes. Un employé qui a déjà enfilé les sandales et T-shirt de ses vacances lui répond agressivement qu'il n'y en a pas alors que la pancarte est devant nous. Comme elle insiste, l'abruti lui répond que c'est fermé pour cause de plan Vigipirate et qu'il n'a pas le code ! Le ton monte. C'est pourtant un endroit public et certains attendront là plus de deux heures. On essaie de calmer le jeu en expliquant que si les préposés sont si odieux c'est que leur hiérarchie ne doit pas les ménager.
Cette fois j'ai affaire à un employé bienveillant. Aucun de mes courriers ne leur parvient depuis huit mois. Ses collègues toujours charmants qui répondent au 3949 n'ont aucun autre moyen de communication avec les agences locales que le mail. Leur seul latitude est la consultation de mon dossier et la constatation des faits : je n'aurais jamais répondu, etc. À tous les niveaux de cette chaîne brisée les interlocuteurs sont anonymes, ne permettant aucun suivi personnalisé. Il faut chaque fois tout reprendre au début. L'employé me raconte que leur logiciel a changé en 2009 et que seuls les anciens ont accès à ce qui est antérieur dans mon dossier ! Il m'explique aussi que le courrier posté à mon agence locale est détournée par le centre régional censé le redistribuer, mais ne le fait pas. Pourquoi ? Je vous laisse deviner. Plutôt que de faire perdre du temps à tout le monde en se fendant chaque fois d'une visite pour décoincer la situation, soit une croix à cocher pour valider l'indemnisation, il me susurre que la solution la plus simple consisterait à déposer simplement mes réponses dans la boîte aux lettres de l'agence locale pour éviter le filtrage absurde qui nous est à tous imposé. On marche sur la tête.

Photo prise à l'exposition Winshluss, un monde merveilleux au Musée des Arts Décoratifs, 2013.