The Mountain par Gorillaz
Par Jean-Jacques Birgé, jeudi 5 mars 2026 à 03:37 :: Musique :: #6119 :: rss

J'évoque rarement des disques qui font la une, d'autres savent très bien le faire, mais j'ai beaucoup aimé The Mountain, le nouvel album de Gorillaz. Écouté une première fois, j'ai eu aussitôt envie de le remettre sur la platine. Ce désir ne me trompe pas. La seconde fois me permet d'analyser les raisons de mon choix. Si l'influence de l'Inde est permanente, je n'ai pas perçu tout de suite le thème de la mort, probablement parce que les paroles anglo-saxonnes ne me sont pas toujours évidentes et, surtout, par leur approche franchement joyeuse de convoquer les disparus. Mon goût pour le mélange des genres, ici la musique indienne et la pop anglaise, pour l'usage de reportages sonores, pour le travail de post-production sur les voix et les instruments qui m'ont rappelé, par exemple, The Carnival de Wyclef Jean que m'avait conseillé Robert Wyatt, est comblé. Les mélodies et les filtres vocaux, l'orchestration qui mêle instruments électriques, le sitar d'Anoushka Shankar, cordes symphoniques, chœurs, etc. situent l'ensemble sur la voie inaugurée par les Beatles quarante ans plus tôt, en particulier avec le disque Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, le premier album-concept, travail de studio loin de la scène.
Gorillaz a la particularité d'être un duo formé d'un musicien, Damon Albarn (musicien et compositeur du groupe Blur), et d'un graphiste, Jamie Hewlett (auteur de bande dessinée). Sa vidéo de The Mountain est explicitement inspirée par Le livre de la jungle de Disney. L'album est à la fois de maintenant (sic) et d'hier par l'utilisation de voix d'amis disparus comme l'acteur-réalisateur Dennis Hopper, le chanteur de soul Bobby Womack, les rappeurs Proof et David Jolicoeur de De La Soul, le batteur Tony Allen ou le leader de The Fall Mark E. Smith. Si leur séjour en Inde est partout présent comme avec le flûtiste Ajay Prasanna, la célèbre chanteuse Asha Bhosle, la fanfare Hindu Jea Band Jaipur (que l'on retrouve sur le deuxième disque dans la version dite "de luxe"), les chanteurs Pamela Jain et Niloy Ahsan, participent aussi les deux frères des Sparks, le groupe de rock Idles, Paul Simonon (The Clash), Johnny Marr (The Smiths), les rappeurs Yassiin Bey (Mos Def), Black Thought (The Roots) et l'Argentin Trueno ainsi que le DJ Bizzarap, le chanteur syrien Omar Souleyman, le Gallois Gruff Rhys (Super Furry Animals), la chanteuse américaine Kara Jackson, etc.
Malgré ou peut-être grâce à ces si nombreux invités de marque, The Mountain jouit d'une belle unité, une sorte de poème symphonique ou de film sonore qui nous plonge dans les couleurs et les parfums d'une Inde de rêve, mais aussi à Bénarès où l'on brûle les corps des défunts avant de disperser leurs cendres dans le Gange. Gorillaz arrive à montrer que la mort fait partie de la vie, une étape parmi les autres. C'est aussi une manière pour les deux artistes d'accepter celles des êtres aimés, et peut-être la leur. En musique. Quoi de plus beau ?
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