Perception de Hélène Duret / Garden of Silences de Janinet, Henriksen, Vuillermoz, Lucaciu
Par Jean-Jacques Birgé, mardi 21 avril 2026 à 00:03 :: Musique :: #6154 :: rss

Quel plaisir de découvrir l'inspiration des nouvelles générations ! Ils et elles prennent de la bouteille, de celles qu'on aura jetées à la mer et d'où sort parfois quelque génie. D'abord on inspire, ensuite on expire. Avec le temps on apprend à jouir de l'instant présent. Les regrets ne servent à rien et les espoirs sont toujours bénéfiques tant qu'on y met tout son cœur. On sait bien comment cela finira. Alors on avance, toujours et encore, en profitant du partage qu'offrent les rencontres. La musique est un médium de rêve pour celles et ceux qui en ont le désir. Ce sont des pessimistes gais. L'obscurité suit la lumière et chaque matin contient son lot de promesses. La clarinettiste et compositrice Hélène Duret a eu l'excellente idée de demander au tromboniste allemand Nils Wogram de rejoindre son quintet Synestet pour cette Perception qui annonce l'avènement de la sensation. Comme c'est le quatrième album de cette formation, on reconnaît le saxophoniste ténor Sylvain Debaisieux, le guitariste Benjamin Sauzereau, le contrebassiste Fil Caporali et le batteur Maxime Rouayroux. Pas de vagues, mais l'océan suit inexorablement l'horaire des marées. Avec la délicatesse d'une promenade le long de la plage, sable fin qui glisse sous les pas ou, s'il est mouillé, s'enfonçant doucement avant de reprendre sa forme derrière soi. Plastique élastique, comme une balle de tennis où l'on a enfoncé le doigt.
J'avais enregistré deux très jolis albums avec Hélène, Le songe de la raison en trio avec la harpiste Rafaelle Rinaudo en 2023, et Titres en trio avec le pianiste Alexandre Saada l'année suivante. Jamais encore avec le violoniste Clément Janinet dont j'avais chroniqué son O.U.R.S. en 2018, puis Ornette Under The Repetitive Skies III, La litanie des cimes, ou encore Sounds of Brelok et Folk Songs des Space Galvachers.
Avec Garden of Silences je retrouve son goût pour les mélodies anciennes, qu'elles soient de terroir ou historiquement baroques. Dans notre époque troublée par l'absurdité des hommes il y a définitivement un besoin de tranquillité chez les artistes qui soufflent sur les braises simplement pour réchauffer les cœurs. Le violon de Clément Janinet compose avec la trompette du Norvégien Arve Henriksen dont le son magiquement flûté renvoie à un Moyen-Âge beaucoup plus tendre que ne sera la Renaissance, l'accordéon de la Provençale Ambre Vuillermoz au soufflet oscillant entre musiques ancienne et contemporaine, et la contrebasse de l'Allemand Robert Lucaciu dont les cordes confèrent la gravité qu'il mérite à ce quartet européen dont le jazz va puiser ses racines au jardin de Marin Marais, Dietrich Buxtehude ou John Dowland. C'est extrêmement beau et reposant, laissant imaginer des temps plus cléments. Janinet, pour couronner le tout, joue parfois du nyckelharpa, un instrument à cordes frottées utilisé dans la musique traditionnelle suédoise. S'il compose la plupart des titres, les arrangements sont dus au groupe. Il souffle dans le jazz une incontournable camaraderie alors que ses variations privilégient généralement l'expression individuelle. Puisque l'on inspire et expire, il s'agit bien de respiration. Garden of Silences avance à contre-courant de la suffocation d'une époque qui s'emballe.
→ Hélène Duret - Synestet, Perception, CD Igloo, sortie le 24 avril 2026
→ Clément Janinet, Arve Henriksen, Ambre Vuillermoz, Robert Lucaciu, Garden of Silences, CD BMC, dist. Socadisc, sortie le 1er mai 2026
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