70 Cinéma & DVD - janvier 2026 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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vendredi 16 janvier 2026

"Top Ten" de films récents


Quelques mots vite fait, parce que je prends le train ce matin, sur des films récents, peu évoqués dans cette colonne puisque j'essaie de n'écrire que sur des sujets peu traités sur les médias en général. Certains méritent tout de même d'être signalés, car ils m'ont plu ou touché.


Tout le monde s'accorde à porter au pinacle le nouveau film de Paul Thomas Anderson, Une bataille après l'autre (A Battle After Another). On ne s'ennuie en effet pas une seconde dans ce film d'action où les acteurs Leonardo Di Caprio et Sean Penn sont formidables et dont le propos politique reflète le danger suprémaciste blanc des USA. Il tombe à pic, un peu comme Eddington d'Ari Aster, moins drôle, mais grosse production américaine aussi intéressante sur la dérive de ce pays aux mains d'un dangereux sociopathe.


Pardonnez-moi si chaque fois je ne dis pas grand chose, d'une part parce que je déteste déflorer les films, d'autre part parce qu'il y en a tout de même pas mal qui valent le détour comme Franz K. (Franz) d'Agnieszka Holland, une immense cinéaste dont on ne cessera de découvrir l'œuvre. Son nouveau film n'est pas un biopic à la noix comme c'est souvent le cas du genre, mais une remarquable évocation de la vie et l'œuvre de Kafka, perception extrêmement personnelle, du grand art où les époques, le réel et la fiction s'interpénètrent avec une intelligence du montage et des effets absolument géniale. Les lecteurs de Kafka jubileront, les autres se laisseront porter par ce tourbillon d'humour tragique.


Aïe aïe aïe, cela va faire beaucoup de bandes-annonces si j'illustre chaque petit clin d'œil avec ! Le film indien Santosh de la réalisatrice Sandhya Suri est un excellent polar sur une jeune fliquette confrontée à la corruption de sa hiérarchie machiste.


Un simple accident (ek tasadof-e sadeh) est le 12e long métrage de l'Iranien Jafar Panahi. J'ai envie d'écrire "égal à lui-même" et il faut le faire quand on est interdit d'exercer son métier dans l'Iran actuel. Palme d'Or à Cannes, il pose une fois de plus un cas de conscience. Excellent, comme tous les films cités ici.


Rental Family - dans la vie des autres (Rental Family), comédie dramatique nippo-américaine co-écrite et réalisée par la Japonaise Mitsuyo Miyazaki connue sous le nom de Hikari. Contrairement à Lost in Translation que j'avais trouvé totalement à côté de la plaque, Rental Family aborde la société japonaise avec intelligence et sensibilité au travers du regard et de l'expérience de l'Américain joué par Brendan Fraser.


The Mastermind, le nouveau film de l'Américaine Kelly Reichardt est dans la veine des précédents. C'est un peu logique lorsque les cinéastes ont leur propre style plutôt que d'obéir aux lois du marché. Une histoire de ratage donc, dans le milieu de l'art. Humour amer.


J'ai beaucoup aimé Black Dog du Chinois Guan Hu, un très beau film, entre drame et thriller, avec des chiens évidemment. Par son titre, Black Dog, il me fait évidemment penser à White Dog, film injustement malaimé de Samuel Fuller et, par extension, à l'époustouflant White God du Hongrois Kornél Mundruczó. Des chiens surprenants...


Miroirs n°3 tient, lui, son titre d'une pièce pour piano de Ravel, Une barque sur l'océan. Christian Petzold continue à chercher ce qui se cache derrière les choses, les ombres derrière la lumière des hommes.


Oh la la, celle de Nouvelle vague de Richard Linklater est la dixième bande-annonce de ce Top Ten. Je vais m'arrêter là avec cette comédie réussie sur le tournage d'À bout de souffle en noir et blanc et en français par un réalisateur qui ne parle pas la langue.


En signalant tout de même le documentaire de création Bono: Stories Of Surrender d'Andrew Dominik, très réussi one-man stage show, L'intermédiaire (Relay) de David Mackenzie, thriller original à rebondissements, The Gorge, blockbuster de Scott Derrickson, et quelques séries comme le charmant québecois Empathie, les deux saisons de The Gold, les incontournables Des vivants (surtout les deux premiers épisodes, après ça ressemble à En thérapie) et Adolescence, His and Hers, The Lowdown, la saison 3 de The Diplomat, etc. J'en oublie des quantités, d'autant que ma cinéphilie m'emmène plutôt vers de vieux films... Et puis, quand je pense que je voulais faire court !

lundi 12 janvier 2026

L'étrangleur de Boston


Inventer des formes qui collent au sujet n'est pas chose si courante dans le cinéma d'aujourd'hui. Quelques cinéastes continuent à mettre systématiquement leur titre en jeu en renouvelant chaque fois leur manière de filmer au risque de décevoir leurs fans. C'est rarement la compromission ou l'usure qui figent un auteur, mais sa générosité envers ceux qui ont aimé ses œuvres précédentes. Le succès peut devenir ainsi un frein à l'invention. Quoi qu'il en soit, si le style est souvent dicté par ses maladresses, il n'y a pas meilleur choix pour les contourner que d'imaginer un angle d'approche qui colle au sujet.
En 1968, le split-screen (écran divisé) utilisé par Richard Fleischer dans L'étrangleur de Boston (The Boston Strangler) est le miroir brisé du schizophrène que l'enquêteur joué par Henry Fonda cherche à identifier. Le procédé sera utilisé la même année par Norman Jewison pour L'affaire Thomas Crown dans un propos très différent : un tueur en série qui terrorisa Boston au début des années 60 pour le premier, un hold-up chronométré pour le second.


L'étrangleur de Boston est un thriller captivant par ses aspects documentaires autant que par l'interprétation magistrale de Tony Curtis dans un rôle dramatique à contre-emploi. Le personnage d'Albert DeSalvo a existé, même si le scénario diverge sur quelques détails. Fleischer tourne probablement là son meilleur film. L'intrigue est traitée comme un fait-divers en marge des évènements historiques qui marquent l'époque tels la marche sur la Lune ou l'assassinat de J.F. Kennedy. Fleischer cherche à comprendre comment le criminel a pu tuer une douzaine de femmes, sans ne jamais tomber dans le psychologisme qu'Hitchcock aurait servi sur un plateau. Si l'énigme reste entière, le rôle de la société est remarquablement disséqué : responsabilité des médias, opinion publique, état d'esprit des victimes, méfiance envers la population homosexuelle, etc. Lorsqu'un fou criminel est arrêté, les témoignages des voisins évoquent presque toujours un garçon charmant et serviable ou un bon père de famille. La force de nombreux malfaisants est justement qu'ils n'en ont pas l'air ! L'étrangleur de Boston, [qu'on peut encore trouver d'occasion] en DVD et Blu-Ray remasterisé en même temps qu'un autre excellent polar de Richard Fleischer, Les inconnus dans la ville (Violent Saturday, 1955), possède une modernité que peu de films actuels assument, trop enclins à vouloir en mettre plein la vue et étouffant la réflexion sous des effets artificiels de plus en plus formatés.

Article du 30 avril 2013