70 Expositions - décembre 2025 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 29 décembre 2025

Fabienne Verdier à la Cité de l'architecture


J'ai beau être parisien et depuis si longtemps, il existe tant d'endroits extraordinaires que je ne connais pas. Ainsi j'ignorais totalement la Cité de l'architecture et du patrimoine place du Trocadéro. Son entrée jouxte celle du Théâtre de Chaillot, à sa gauche. Ouverte depuis 2007, elle a succédé au musée des Monuments français en absorbant un endroit que j'avais énormément fréquenté du temps de Henri Langlois, la Cinémathèque française. Le plus grand musée d’art monumental du monde est effectivement immense. Il fallait bien cela pour accueillir les moulages réalisés à partir des créations d’origine, dont ils reproduisent la taille réelle. "Fragments d’abbayes, parcelles de cathédrales, détails d’églises dont la patine imite la pierre, le bois ou le métal", c'est mille ans de notre patrimoine national qui s'élèvent devant nous. Sous la verrière d’origine ou derrière les hautes baies vitrées qui s’ouvrent sur les jardins du Trocadéro et la tour Eiffel, on découvre le portail de l’église-abbatiale de Moissac, l'ange de Reims, le Gros Horloge de Rouen, la fontaine des Innocents à Paris ou celle de Neptune à Nancy. La collection des maquettes est fascinante. Et au milieu de tout cela, s'exposent les tableaux de Fabienne Verdier !


Il fallait bien le pinceau monumental de la peintre pour rivaliser avec les merveilles architecturales de notre patrimoine. Ses études en Chine l'ont fortement impressionnée, mais les expressionnistes abstraits et minimalistes américains lui ont aussi permis de s'en affranchir. Ce n'est pas le dripping de Pollock, mais son walking painting qui renouvellera son geste intuitif. Elle avait déjà coupé le manche de son grand pinceau pour y greffer un guidon de vélo, elle invente un tube géant suspendu qu'elle dirige au gré de son inspiration. Les liens avec l'improvisation musicale sont évidents. Son exposition Mute présente une quarantaine de tableaux réalisés au cours des trente dernières années qui dialoguent merveilleusement avec les moulages de la Cité de l'architecture.


À l'étage supérieur, le Chromoscope explore l’histoire du color field américain de la même manière, confrontation des époques et des origines géographiques qui fait ressortir la magie de l'art. Vingt-trois tableaux monumentaux sont donc accrochés dans la Galerie des peintures murales. Ma photo montre un détail de Isaac et Abraham de Jules Olitski. On peut également s'intéresser à l'exposition Paris 1925 : l'Art déco et ses architectes ou visiter un appartement de la Cité radieuse marseillaise de Le Corbusier. Au sous-sol, Quartiers de demain évoque dix quartiers prioritaires de la politique de la ville en France pour espérer améliorer la qualité de vie des habitants ! Dans le hall d'entrée, Spanish Dancer de Larry Poons reprend les principes du color painting en revendiquant le mouvement de l'expression lyrique.


Derrière les immenses baies vitrées la nuit tombe sur Paris. J'ai encore tout à découvrir.

→ Mute de Fabienne Verdier, jusqu'au 8 mars
Chromoscope, jusqu'au 16 février
Paris 1925 : l'Art déco et ses architectes, jusqu'au 29 mars
Quartiers de demain, jusqu'au 30 mars

jeudi 25 décembre 2025

Joyeux Noël...


Expo M.C. Escher à la Monnaie de Paris, allez-y avec les enfants !
Jusqu'au 1er mars...

J'en profite pour souhaiter un joyeux Noël à celles et ceux qui sont protégés de la barbarie, de la guerre, de la famine et de la misère ! C'est le terme joyeux qui est encombrant. Un peu comme Aragon expliquant qu'il avait écrit Il n'y a pas d'amour heureux pendant l'occupation nazie et que s'il avait écrit le contraire il se serait considéré comme un salaud. On pourrait simplement se souhaiter un Noël... Et de l'amour, parce que de l'amour cela peut se souhaiter quelles que soient les conditions d'oppression ou d'exploitation.

samedi 20 décembre 2025

Plus jamais ça de Joe Sacco et Art Spiegelman


Never Again!.. And Again… And Again… est une œuvre très courte (trois planches à ce que j'en sais) publiée dans The New York Review of Books et reprise ensuite par huit médias dans le monde comme Le 1, The Guardian ou El País. Il ne s’agit pas d’une longue bande dessinée et elle n'est pas publiée sous la forme d'un livre autonome.


Les planches originales et des crayonnés sont exposés à la Galerie Martel, 17 rue Martel, Paris 10ᵉ, du mardi au samedi, 14h30-19h jusqu’au 17 janvier 2026, et certaines œuvres sont mises en vente au profit d’associations humanitaires. On peut les admirer ou les acquérir sur cette page.


Je me reconnais évidemment dans les propos ou préoccupations de ces deux auteurs que j'admire depuis toujours. Joe Sacco et Art Spiegelman font partie de mes héros. Je dois sans cesse répéter que je dois ma morale à mon grand-père gazé à Auschwitz et à mon père qui a sauté du train qui l'emmenait vers les camps de la mort, sans parler du reste de ma famille qui œuvra dans la résistance au nazisme. Le sionisme qui aboutit au génocide en Palestine est la destruction de tout ce qui m'a construit, et c'est encore grâce à mes ancêtres que je me lève aujourd'hui contre l'horreur commise par les criminels, l'aveuglement de celles et ceux qui les soutiennent et l'inaction complice de nos gouvernements.

P.S.: Les planches réalisées ensemble par Art Spiegelman et Joe Sacco sont également publiées dans le livre "100 dessins pour Gaza" aux éditions Massot, à paraître début janvier : https://fr.ulule.com/100cartoonsforgaza/
P.P.S.: Expo prolongée jusqu'au 17 janvier... L’ensemble des 165 œuvres a été vendu et le montant total des fonds récoltés au profit de l’UNICEF dépasse 80 000 euros.

mardi 2 décembre 2025

Musée Cernuschi, les arts de l'Asie


Samedi, comme nous sortions du délicieux brunch préparé par Mine dans le quartier des Batignolles et que nous avions rendez-vous plus tard à Belleville pour l'exposition des Chaises abandonnées de Carol Müller, Christiane a eu l'idée de me faire découvrir le Musée Cernuschi consacré aux arts de l'Asie dont je ne connaissais que l'entrée, voisine de la Scam, avenue Vélasquez. Tout à côté, les cordes qui tombaient sur le Parc Monceau étaient dissuasives de la moindre promenade.


Nous étions a priori intéressés de visiter l'exposition sur l'estampage intitulée Chine. Empreintes du passé et sous-titrée Découverte de l’antiquité et renouveau des arts. 1786-1955 qui se tient jusqu'au 15 mars 2026. "Des lettrés et des moines archéologues parcouraient montagnes et sanctuaires en quête d’inscriptions antiques gravées sur la pierre ou coulées dans le bronze. Ces signes et formes archaïques inspirent des œuvres dont la modernité naît de l’association inédite entre calligraphie, peinture et estampage : une rencontre qui témoigne de la révolution visuelle en cours dans la Chine du XIXe siècle... L'estampage est une technique consistant à appliquer sur les stèles des feuilles de papier humides qui épousaient creux et reliefs avant de les recouvrir d’une couche d’encre qui permettait de révéler le détail des graphies. Cette méthode d’abord utilisée pour conserver textes et inscriptions va progressivement être utilisée pour transmettre l’image de bas-reliefs historiés, de sculptures, et même de vases rituels dans leurs trois dimensions. En cet âge pré-photographique, l’estampage était un vecteur capital de reproduction et d’étude des vestiges du passé, dont la diffusion était assurée par le livre illustré..." C'est évidemment magnifique et fascinant. Christiane joue même avec quelques tampons pour agencer une rapide petite composition florale.


Comme je n'étais encore jamais venu au Cernuschi j'en ai profité pour visiter les collections chinoises, japonaises, coréennes et vietnamiennes (entrée gratuite). J'ai évidemment été très impressionné par le vase à alcool "you" dit "La Tigresse" de l'époque Shang (vers 1500 - vers 1050 av. J.-C.). Ce voyage en Orient m'ayant fait rêver, je suis reparti avec Le grand livre de la cuisine japonaise de Laure Kié qui me semble très clair et me fait déjà lécher les babines.


Je prends quelques photos pour illustrer mon article ou conserver les images qui m'ont le plus marqué. Je pense aussi à Elsa avec les deux vases wenjiu zun ornés d'acrobates et à Sacha Gattino pour deux cloches en bronze. Mon camarade, fondu de percussion, précise que l'une d'elles est un modèle qui fait normalement partie d’un ensemble accordé, les premiers carillons au monde (vers 1500 avant J.C.), et sa particularité est de produire deux notes, soit un demi-ton selon l’endroit où on la percute. Il en possède 500 de 44 pays, de cette époque-là jusqu'à aujourd’hui, dont une cinquantaine zoomorphes ou anthropomorphes !