70 Humeurs & opinions - mars 2026 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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lundi 23 mars 2026

Bagnolet conquise


Depuis 50 ans que je vote j'ai rarement vu le candidat que je soutenais gagner une élection. C'est peut-être même la première fois. Je figurais en queue de la liste menée par Edouard Denouel à Bagnolet et je me suis particulièrement investi dans la campagne qu'il a menée, soutenu par LFI, EELV, Assemblée de Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun. La semaine dernière étaient venus à la rescousse Marine Tondelier, Assa Traoré, Bally Bagayoko (le nouveau maire de Saint-Denis) et Mohamed Gnabaly (l'un des vice-présidents de l’Association des maires de France). Il fallait absolument déboulonner le maire sortant PS Tony Di Martino dont la gestion de la ville était calamiteuse avec ses deux mandats successifs. De son côté il avait fait alliance avec le PCF moribond, l'horrible Raquel Garrido et Pierre Vionnet dont le retournement de veste me levait le cœur. Pour sa liste dite citoyenne qui accueillait toutes sortes de personnes dont des racistes patentés (ou très tentés puisqu'il n'y avait aucune liste de droite à Bagnolet) Di Martino lui avait offert 18 sièges (au lieu des 9 que la loi lui octroyait ou des 11 proposés par Denouel) et de lui laisser la ville à mi-mandat ! Vionnet serait devenu maire dans trois ans avec 15% des voix. J'aurais accepté de perdre une fois de plus les élections, mais j'ai toujours eu la trahison en travers de la gorge, car Vionnet avait fait toute sa campagne contre celui qu'il appelait Don Martino. Il est certain que le nouveau maire va avoir du pain sur la planche pour assainir la ville tombée de Charybde en Scylla. Nous aurons aussi à nous coltiner ceux qui soutenaient Di Martino, en particulier le maire PCF de Montreuil Patrice Bessac qui est président d'Est Ensemble et le député Alexis Corbière dont la qualité première est l'absence, mais nous espérons bien redonner des couleurs à la ville en reprenant tout ce que l'ancien maire a négligé. La presse présente la victoire d'Edouard Denouel comme écologiste, c'est vrai même s'il vient de LFI ! L'écologie n'est viable que dans une perspective révolutionnaire. Aïe, le terme fait peur, or je n'imagine pas que nous sortions du marasme politique et social sans une refonte totale du système qui nous oppresse et nous formate. La liesse hier soir à la Mairie de Bagnolet faisait chaud au cœur.

mercredi 18 mars 2026

De déception en déception, et puis...


Il faisait beau. J'ai enfourché mon vélo pour aller au Grand Palais à la présentation de l'exposition Nan Goldin, This Will Not End Well. On verra que cela ne finit pas forcément mal, mais la journée ne s'est pas passée comme sur des roulettes. Au niveau du BHV la courroie d'une de mes sacoches s'est prise dans la chaîne et l'a fait dérailler. Me voilà à genoux en train d'essayer désespérément de la replacer au milieu de la rue de Rivoli. Sans succès. J'ai juste réussi à tartiner mes gants de cambouis. J'ai donc remonté l'engin jusqu'au Réparateur de bicyclette boulevard Sébastopol qui m'ont dépanné aussitôt. (Photo : Still from Sirens, 2019-2020 © Nan Goldin)

Comme je suis un peu essoufflé, j'oublie la nouvelle ahurissante du matin, la trahison de la tête de liste Réussir Ensemble à Bagnolet. Franchement je croyais Pierre Vionnet un type honnête lorsqu'il m'a assuré que jamais il ne rallierait le maire sortant Tony Di Martino. Il avait fait toute sa campagne contre lui et ses méthodes. J'avais déjà constaté que les élections municipales ressemblent plus au marché de l'emploi qu'à des engagements politiques au service des citoyens. Il a donc négocié son appui contre 18 sièges (au lieu des 9 que les résultats lui octroyaient) et un passage de bâton de maréchal à mi-mandat. Drôle de démocratie où l'on nous choisit le prochain maire pour dans trois ans sans qu'il ait été élu, un gars qui n'a récolté que 15% des suffrages. Les communistes qui avaient la moitié de représentants dans la liste Di Martino sont évidemment les dindons de la farce. Quelle tambouille ! On ne va pas s'affoler pour autant, Edouard Denouel, à la tête de la liste Bagnolet Collectif que je soutiens (avec EELV, LFI, Assemblée des Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun), peut espérer que les électeurs qui ont voté pour Vionnet contre Di Martino ne tomberont pas dans le panneau, voire que les trotskistes des trois petites listes relèvent leurs manches, le poing levé contre le PS et ses magouilles. Ce n'est pas gagné, mais si les Bagnoletais en ont vraiment marre du système Di Martino, il va falloir qu'ils aillent voter dimanche prochain.

C'était un petit a-parte, parce que j'ai garé mon vélo et que je me dirige vers l'exposition de Nan Goldin. Si j'aime beaucoup son travail, je ne vois pas l'intérêt de ces six écrans de taille moyenne où sont projetés des diapositives ou des petits sujets vidéo sur des musiques préexistantes choisies sans lien avec les propos. Quand je pense que j'ai pu parfois être critique avec les images de 9 mètres sur 9 que nous projetions au Théâtre Antique d'Arles avec des musiciens en direct ! Les thèmes sont ici tirés par les cheveux, ça passe du coq à l'âne, une logorrhée visuelle et sonore sans queue ni tête. La photographe, qui avait réalisé il y a quatre ans l'intéressant documentaire Toute la beauté et le sang versé, qualifie son diaporama fourre-tout de “films composés de photos”. Au secours ! On essaie bien de nous faire avaler que Marty Supreme ou Le testament d'Ann Lee sont des films formidables...


J'espère me remonter le moral en marchant jusqu'aux expositions Eva Jospin et Claire Tabouret. C'est intéressant, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. En période de disette on se contente de peu. Je ne regrette pas d'y être allé, mais je n'en garderai probablement aucun souvenir. Les grottes de carton d'Eva Jospin sont sympas, c'est du boulot, mais cela me fait penser aux chefs d'œuvre des maîtres artisans. Quant aux vitraux de Claire Traboulet, c'est tout de même d'une grande banalité.

Je remonte sur mon vélo pour aller déjeuner japonais rue Sainte Anne, cela devrait me requinquer, mais la plupart des restaurants ont terminé leur service. C'est là que je décide d'inverser la tendance. Doù le "et puis" de mon titre. Donc épuisé, je fais quelques courses de produits frais chez ACE Mart : poulpe et calamars pimentés en saumure, feuilles de sésame épicées, salade aux algues fraîches, kimchi. En face ils ont une nouvelle succursale où j'achète un kimbap et un onigiri que je dégusterai au soleil à la maison quand je serai rentré. Comme un bonheur n'arrive jamais seul, en grimpant la rue Pelleport je croise Hervé Legeay. Nous avons toujours mille histoires à nous raconter en riant de l'absurdité du monde. Puisque j'ai décidé de redevenir positif, j'ajoute que le réparateur de vélo ne m'a pris que 8 euros.


Je digère mon repas coréen en écoutant le formidable disque du Moment's Notice Trio que György Kurtág Jr m'a envoyé. Avec le génial joueur de cymbalum Miklós Lukács et le lyrique László Göz au trombone, à la trompette basse, à l'ocarina et aux coquillages, mon camarade synthésiste joue du clavier qu'il transforme avec des pédales d'effets. Leur Creation, parue sur le label hongrois BMC en 2019, m'enthousiasme autant que le duo de György avec le contrebassiste Barre Phillips chroniqué récemment ou les disques de Lukács comme son trio avec Mathias Lévy et Mátyás Szandai s'appropriant Bartók. J'aime ne pas savoir qui joue, si c'est acoustique ou électronique, j'adore la liberté qu'ils empoignent à pleines mains et qui enchante mes oreilles, comme les surprises qu'elle engendre. L'improvisation n'est pas un style, je le répète, c'est une manière de vivre, d'exprimer l'instant avec des sons, de les organiser comme des cathédrales ou de petites huttes. C'est enregistré en public à Budapest, sept pièces de I à VII, libre aux auditeurs de se faire leur propre cinéma.

Et faites barrage à l'extrême-droite autant que possible, sans oublier pour autant que le surnom de Glucksmann est Macron II.

mardi 17 mars 2026

Où l'espoir va se nicher


J'avais rédigé le petit texte ci-dessous le 13 juin 2013. Quel rapport avec les élections municipales ? Aucun, si ce n'est mon engagement politique. Comme tout le monde, ou presque, je me sens impuissant devant la dérive des continents comme des incontinents. Face aux situations nationales ou internationales qui nous échappent ou des dirigeants qui ne respectent pas le vote des citoyens, nous pouvons nous engager tout de même localement, avec nos proches, nos voisins...
Horrifié par la manipulation d'opinion qu'exercent les médias aux mains de milliardaires réactionnaires qui défendent leur pré carré, en particulier le prétendu antisémitisme de LFI, j'ai accepté de figurer sur la liste électorale de ma ville qui m'apparaissait la seule capable de lui redonner une morale. Il fallait absolument se débarrasser du maire socialiste à la gestion désastreuse depuis douze ans, d'autant qu'il est associé au PCF, parti du précédent maire qui nous a endettés jusqu'à plus soif et qui joue là ses dernières cartouches avant coma profond ainsi qu'à Raquel Garrido qui mérite les pires qualificatifs. Ces trois-là se sont tirés dans les pattes à qui mieux-mieux pendant toutes ces dernières années, et les voilà qui prétendraient s'entendre pour continuer à ruiner la ville. L'autre liste, dite citoyenne, arrivée troisième, se place sur le marché de l'emploi des tambouilles électorales, gangrénée par des racistes qui n'ont pas trouvé ailleurs où se glisser vu qu'à Bagnolet il n'y a pas de liste du centre, de droite ou d'extrême-droite. Je ne parle pas des listes NPA, LO et Parti des Travailleurs dont le score est symbolique quoique important pour le second tour. Car la liste, où je figurais tout en bas, menée par Édouard Denouel et soutenue par LFI, EELV, Assemblée de Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun, est arrivée première ! Esprit indépendant, cela ne m'est presque jamais arrivé depuis plus de cinquante ans où je participe, plein de doutes voire radicalement critique, au système de la démocratie indirecte. On verra bien dimanche prochain, mais j'espère que les Bagnoletais se bougeront pour redonner des couleurs à leur ville.

LA CRISE A BON DOS

Aujourd'hui toute négociation salariale ou budgétaire se voit imputée une équation à une inconnue qu'on appelle la crise. Chaque patron ou client renvoie ses employés ou ses fournisseurs à un système pyramidal en amont qu'il se trouve contraint d'appliquer en aval. Il prétendra ne pas pouvoir payer le travail à sa juste valeur sous prétexte que ses subventions ont baissé ou qu'il est lui-même en butte à des restrictions. Le travailleur n'a évidemment aucun contrôle sur la manière dont est ventilé le budget, ce qui n'a rien de nouveau. Le capitalisme est toujours basé sur la plus-value. Le patron paye le travail à un prix, mais le facture majoré d'une somme qu'il s'attribue. Cet argent est destiné aux frais de fonctionnement de son entreprise, mais la plupart du temps il sert à payer des salaires mirobolants à la direction ou à ses actionnaires. La transparence étant devenu un exercice de style, il pourra présenter aux critiques des tableaux justifiant la peau de chagrin. Si chacun connaît bien ce que je viens d'expliquer de façon très schématique, il n'empêche que la crise a bon dos de réduire les budgets alloués par exemple à la culture, licencier les ouvriers à tour de bras, saccager tout ce qui n'est pas d'un rendement immédiat et juteux. Dans les secteurs où l'emploi n'est pas constant comme dans le spectacle, on ne ferme pas les usines, mais on baisse les salaires des travailleurs en CDD (contrat à durée déterminée) de manière totalement délirante. Il n'est pas rare que les réductions entre l'an passé et cette année atteignent jusqu'à 60%. Dans les entreprises où ces coupes sont dramatiquement pratiquées on constatera souvent que les salaires des dirigeants pourront même augmenter. Sans organisation syndicale conséquente ou solidarité de bon sens, les jeunes arrivés récemment sur le marché du travail n'ont pas d'autre choix que de casser les prix. La qualité s'en ressentira forcément, mais nous vivons une époque dont c'est le cadet des soucis des nantis à la tête de l'économie, locale ou internationale.
Comment réagir face à ce marasme ? Certains choisiront de bâcler ou de saboter, mais c'est se tirer une balle dans le pied. Si l'on ne se contente pas de gagner sa vie, l'amour du travail bien fait est tout ce qu'il reste au travailleur. Face aux compressions de personnel et aux exigences de rendement, on assiste aux comportements les plus absurdes : agressivité et incompétence sont trop souvent devenues l'apanage de notre administration. Les suicides sont de plus en plus courants. En matière de relations humaines, c'est la dégringolade. Constatez comment sont reçus les chômeurs à Pôle-Emploi. Ses préposés, pourtant eux-mêmes salariés, leur font souvent sentir avec mépris qu'ils sont des assistés, quand les vrais assistés sont les actionnaires des sociétés dont les bénéfices ne sont le fruit d'aucun travail. La grève est un crève-cœur qu'il serait judicieux de faire évoluer vers une grève du zèle. Par exemple, au lieu d'arrêter les transports en commun on pourrait les rendre gratuits. C'est illégal. Mais qui a décidé que c'était illégal ? Le droit de grève le fut longtemps. Si la pente de la courbe exponentielle qui rabote tous les anciens acquis se fait de plus abrupte il ne faudra pas s'étonner que la colère finisse par éclater. Ce rapide survol de l'exploitation de l'homme par l'homme peut s'étendre à toutes les espèces de la planète et à ses ressources les plus élémentaires. Devant autant de cynisme, de gâchis et d'injustice, la révolution [inscrite sur mon collage de 1968 retrouvé à la cave !] est de plus en plus [nécessaire, même si cette perspective semble bien lointaine].

mercredi 4 mars 2026

Pôle-Emploi, dernière étape


Il y aura de nombreux points d'exclamation dans l'histoire que je vais raconter aujourd'hui. Pour arriver au bout de mes peines [cet article date du 17 octobre 2013 et pour les âmes sensibles je "spoile" que ça finit bien !], il m'aura fallu beaucoup de courage, d'entêtement, de patience, d'humour, de persévérance, de résistance et du temps, beaucoup de temps qui l'eut été plus intelligent et productif de passer autrement.

[J'espérais donc que c'était le dernier billet que j'écrivais] sur mes aventures d'intermittent du spectacle voué à la retraite dans un avenir plus ou moins proche. J'aurai comptabilisé les trimestres nécessaires le 1er avril 2015. Ce n'est pas une blague. J'ai déjà publié quelques épisodes de cette Passion des temps modernes : La retraite au flan bof, Overdose d'incompétence, Assez d'hics !, Rebelote à Pôle-Emploi. Il semble que je sois enfin tombé sur un salarié compétent de cette officine. Cela se termine toujours ainsi, mais il faut s'accrocher !

J'ai déjà expliqué ici que mes courriers ne parviennent jamais à mon agence locale de Pantin : comme ils sont filtrés par l'agence régionale de Bobigny qui ne les fait pas suivre, je les dépose dans leur boîte aux lettres ! D'où d'indispensables visites que je commets régulièrement le mercredi matin dès 9h (en arrivant une demi-heure plus tôt) pour ne pas me coltiner des queues de quarante personnes. Le mercredi est le jour le moins fréquenté, remercions les enfants en âge scolaire ! La question épineuse concernait le maintien de mes allocations à l'approche de la retraite. En effet il est important de savoir qu'à partir de 60 ans et des poussières nous pouvons bénéficier des allocations, jusqu'à l'obtention du nombre suffisant de trimestres pour bénéficier de sa retraite à taux plein, sans avoir besoin de réunir les sempiternels 43 cachets minimum de 12 heures (ou 507 heures). Il suffit de continuer à pointer et cela devrait aller comme sur des roulettes.

Sauf que Pôle-Emploi m'écrivait systématiquement, vous allez comprendre que cet adverbe est le seul correct, que je devais justifier de 9000 heures de travail dont 1521 dans les 3 dernières années ou d'au moins 15 ans d'activité, et, seconde condition, d'au moins 100 trimestres d'assurance vieillesse tous régimes confondus (cette condition a déjà été abordée lors de mes précédents articles et résolue !). Réunissant toutes ces conditions, et bien d'autres mais je vous fais grâce de moult détails de taille, je fus surpris que l'on me réponde à quatre reprises que non, sans pour autant m'en expliquer la raison. Car je totalise plus du double d'heures requises et près de 40 ans d'activité salariée ! Je réclamais, on me répondait toujours la même chose. J'ai fini par avoir une personne diligente au 3949 pour m'apprendre que Pôle-Emploi n'avait trace de moi que depuis juin 1999, soit 25 ans de carrière égarés ! Pour une fois je pris l'absurde nouvelle avec le sourire puisque j'avais consciencieusement conservé toutes mes feuilles de salaire, classées année par année. Comme il n'y a aucun contact possible entre le service téléphonique de Pôle-Emploi et leurs agences il me fut conseillé de faire des photocopies des années manquantes et de m'y déplacer. Vu le nombre inimaginable de feuilles, j'y suis allé avec mes originaux dans une brouette. En me voyant arriver avec un énorme carton la jeune fille de l'accueil me demanda ce que je venais livrer. Je clamai haut et fort que c'était les 25 ans de carrière que Pôle-Emploi avait perdu. Devant le scandale évoqué je fus reçu illico et l'on me donna un double rendez-vous, soit deux fois 45 minutes qui se suivent. Trois quarts d'heure est l'unité de rendez-vous à Pôle-Emploi.

Si vous avez réussi à me suivre jusqu'ici c'est maintenant le plus savoureux. Un logiciel informatique (qui ne fait toujours pas les additions, c'est au préposé de compter sur ses doigts) a remplacé le précédent que les plus jeunes employés sont incapables d'utiliser. Or celui-ci ne remonte pas au delà de 1999, le suivant non plus évidemment ! Les archives sont inaccessibles à l'un comme à l'autre. Si vous avez le sens des chiffres vous comprendrez qu'un système qui doit vérifier que l'intermittent a bien 15 ans d'ancienneté, mais qui ne peut remonter que 14 ans en arrière, provoque des crises, d'hilarité ou dramatiques selon les dispositions du sujet. J'aimerais savoir qui a réalisé les deux systèmes informatiques et combien ils furent facturés. Cela sent le scandale à plein nez...

Il ne reste donc qu'une solution, apporter suffisamment de feuilles de salaire antérieures à la date absurde. Le préposé aura la gentillesse de les rentrer une par une dans sa machine et de les photocopier. Heureusement il me manquait seulement 500 heures pour arriver au compte et ma brouette s'avéra exagérée en regard des exigences administratives. Si aucun de mes employeurs ne remplit de manière fantaisiste les AEM je ne suis plus susceptible de retourner jamais faire la queue à Pôle-Emploi, ce qui est un peu triste puisque je ne pourrai plus faire rire mes camarades en leur détaillant ses rouages kafkaïens. Heureusement l'administration française a d'autres ressources !

P.S.: à ma sortie de l'IDHEC en 1974 le réalisateur Louis Daquin, alors directeur des études, m'appela dans son bureau : "je ne t'ai probablement rien appris pendant ces trois ans, mais je vais te donner un conseil fondamental : conserve précieusement toutes tes feuilles de salaire en les classant année par année. Je repense souvent à la bienveillance de ce vieux syndicaliste qui prit sa retraite en 1977 et mourrut trois ans plus tard.

P.P.S.: il y a maintenant plus de dix ans, ayant commencé jeune et arrivant à taux plein, j'accédai au régime merveilleux de la retraite, merveilleux en ce qui concerne le stress car cela ne changea en rien mes activités. Il fallut encore néanmoins une huitaine de mois (le marathon continua donc quelque temps, car il manquait la réponse d'une caisse à laquelle je n'avais jamais cotisé !) avant que les sous tombent régulièrement chaque début de mois !

lundi 2 mars 2026

Souvenir de Pôle-Emploi


Aujourd'hui le MEDEF tente de faire passer de 507 à 557 le nombre d'heures nécessaire sur 12 mois pour accéder aux droits des intermittents du spectacle. Ceux-ci n'ont pas l'intention de se laisser faire... Pour ma part, depuis cet article du 31 mai 2013 qui avait été en une de Mediapart, j'ai heureusement changé de régime, passant de celui d'intermittent à celui de retraité, mais je reste évidemment solidaire de mes camarades plus jeunes. Pour évaluer un budget quel qu'il soit, on ne peut le regarder pas le petit bout de la lorgnette, car c'est l'économie dans son ensemble qui est à considérer, et non secteur par secteur.

Depuis la veille j'avais les boyaux façon scoubidou. L'idée d'aller faire la queue à huit heures du matin à Pôle-Emploi pour faire valoir mes droits m'était absolument insupportable. Devant le rideau de fer les chômeurs sont en colère contre l'inorganisation systématique de l'agence qui se livre à toutes sortes d'humiliations scandaleuses et totalement improductives. Si certains comprennent les enjeux financiers dont tous les citoyens sont victimes, la plupart s'insurge contre la publicité faite au mariage pour tous qu'ils jugent camoufler les véritables problèmes. Une jeune Polonaise regrette les promesses de Sarkozy sur la retraite. Un titi parisien se demande comment il va nourrir sa famille si ses indemnités sont encore retardées. Pendant ce temps-là l'argent travaille, il ne chôme pas, les termes sont impropres, il copule et fait des petits. Françoise me reprochera de ne pas avoir mis sur le tapis le revenu de base pour tous pour lequel les Suisses vont bientôt voter par référendum. Comme il n'y a pas de distributeur de numéros à l'entrée on est obligés de faire le pied de grue debout les uns derrière les autres. La grille s'ouvre. Une femme demande à aller aux toilettes. Un employé qui a déjà enfilé les sandales et T-shirt de ses vacances lui répond agressivement qu'il n'y en a pas alors que la pancarte est devant nous. Comme elle insiste, l'abruti lui répond que c'est fermé pour cause de plan Vigipirate et qu'il n'a pas le code ! Le ton monte. C'est pourtant un endroit public et certains attendront là plus de deux heures. On essaie de calmer le jeu en expliquant que si les préposés sont si odieux c'est que leur hiérarchie ne doit pas les ménager.
Cette fois j'ai affaire à un employé bienveillant. Aucun de mes courriers ne leur parvient depuis huit mois. Ses collègues toujours charmants qui répondent au 3949 n'ont aucun autre moyen de communication avec les agences locales que le mail. Leur seul latitude est la consultation de mon dossier et la constatation des faits : je n'aurais jamais répondu, etc. À tous les niveaux de cette chaîne brisée les interlocuteurs sont anonymes, ne permettant aucun suivi personnalisé. Il faut chaque fois tout reprendre au début. L'employé me raconte que leur logiciel a changé en 2009 et que seuls les anciens ont accès à ce qui est antérieur dans mon dossier ! Il m'explique aussi que le courrier posté à mon agence locale est détournée par le centre régional censé le redistribuer, mais ne le fait pas. Pourquoi ? Je vous laisse deviner. Plutôt que de faire perdre du temps à tout le monde en se fendant chaque fois d'une visite pour décoincer la situation, soit une croix à cocher pour valider l'indemnisation, il me susurre que la solution la plus simple consisterait à déposer simplement mes réponses dans la boîte aux lettres de l'agence locale pour éviter le filtrage absurde qui nous est à tous imposé. On marche sur la tête.

Photo prise à l'exposition Winshluss, un monde merveilleux au Musée des Arts Décoratifs, 2013.