
Il faisait beau. J'ai enfourché mon vélo pour aller au Grand Palais à la présentation de l'exposition Nan Goldin,
This Will Not End Well. On verra que cela ne finit pas forcément mal, mais la journée ne s'est pas passée comme sur des roulettes. Au niveau du BHV la courroie d'une de mes sacoches s'est prise dans la chaîne et l'a fait dérailler. Me voilà à genoux en train d'essayer désespérément de la replacer au milieu de la rue de Rivoli. Sans succès. J'ai juste réussi à tartiner mes gants de cambouis. J'ai donc remonté l'engin jusqu'au Réparateur de bicyclette boulevard Sébastopol qui m'ont dépanné aussitôt.
(Photo : Still from Sirens, 2019-2020 © Nan Goldin)
Comme je suis un peu essoufflé, j'oublie la nouvelle ahurissante du matin, la trahison de la tête de liste Réussir Ensemble à Bagnolet. Franchement je croyais Pierre Vionnet un type honnête lorsqu'il m'a assuré que jamais il ne rallierait le maire sortant Tony Di Martino. Il avait fait toute sa campagne contre lui et ses méthodes. J'avais déjà constaté que les élections municipales ressemblent plus au marché de l'emploi qu'à des engagements politiques au service des citoyens. Il a donc négocié son appui contre 18 sièges (au lieu des 9 que les résultats lui octroyaient) et un passage de bâton de maréchal à mi-mandat. Drôle de démocratie où l'on nous choisit le prochain maire pour dans trois ans sans qu'il ait été élu, un gars qui n'a récolté que 15% des suffrages. Les communistes qui avaient la moitié de représentants dans la liste Di Martino sont évidemment les dindons de la farce. Quelle tambouille ! On ne va pas s'affoler pour autant, Edouard Denouel, à la tête de la liste
Bagnolet Collectif que je soutiens (avec EELV, LFI, Assemblée des Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun), peut espérer que les électeurs qui ont voté pour Vionnet contre Di Martino ne tomberont pas dans le panneau, voire que les trotskistes des trois petites listes relèvent leurs manches, le poing levé contre le PS et ses magouilles. Ce n'est pas gagné, mais si les Bagnoletais en ont vraiment marre du système Di Martino, il va falloir qu'ils aillent voter dimanche prochain.
C'était un petit a-parte, parce que j'ai garé mon vélo et que je me dirige vers l'exposition de
Nan Goldin. Si j'aime beaucoup son travail, je ne vois pas l'intérêt de ces six écrans de taille moyenne où sont projetés des diapositives ou des petits sujets vidéo sur des musiques préexistantes choisies sans lien avec les propos. Quand je pense que j'ai pu parfois être critique avec les images de 9 mètres sur 9 que nous projetions au Théâtre Antique d'Arles avec des musiciens en direct ! Les thèmes sont ici tirés par les cheveux, ça passe du coq à l'âne, une logorrhée visuelle et sonore sans queue ni tête. La photographe, qui avait réalisé il y a quatre ans l'intéressant documentaire
Toute la beauté et le sang versé, qualifie son diaporama fourre-tout de “films composés de photos”. Au secours ! On essaie bien de nous faire avaler que
Marty Supreme ou
Le testament d'Ann Lee sont des films formidables...

J'espère me remonter le moral en marchant jusqu'aux
expositions Eva Jospin et Claire Tabouret. C'est intéressant, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. En période de disette on se contente de peu. Je ne regrette pas d'y être allé, mais je n'en garderai probablement aucun souvenir. Les grottes de carton d'Eva Jospin sont sympas, c'est du boulot, mais cela me fait penser aux chefs d'œuvre des maîtres artisans. Quant aux vitraux de Claire Traboulet, c'est tout de même d'une grande banalité.
Je remonte sur mon vélo pour aller déjeuner japonais rue Sainte Anne, cela devrait me requinquer, mais la plupart des restaurants ont terminé leur service. C'est là que je décide d'inverser la tendance. Doù le "et puis" de mon titre. Donc épuisé, je fais quelques courses de produits frais chez ACE Mart : poulpe et calamars pimentés en saumure, feuilles de sésame épicées, salade aux algues fraîches, kimchi. En face ils ont une nouvelle succursale où j'achète un kimbap et un onigiri que je dégusterai au soleil à la maison quand je serai rentré. Comme un bonheur n'arrive jamais seul, en grimpant la rue Pelleport je croise
Hervé Legeay. Nous avons toujours mille histoires à nous raconter en riant de l'absurdité du monde. Puisque j'ai décidé de redevenir positif, j'ajoute que le réparateur de vélo ne m'a pris que 8 euros.

Je digère mon repas coréen en écoutant le formidable disque du Moment's Notice Trio que
György Kurtág Jr m'a envoyé. Avec le génial joueur de cymbalum
Miklós Lukács et le lyrique
László Göz au trombone, à la trompette basse, à l'ocarina et aux coquillages, mon camarade synthésiste joue du clavier qu'il transforme avec des pédales d'effets. Leur
Creation, parue sur le label hongrois BMC en 2019, m'enthousiasme autant que le duo de György avec le contrebassiste Barre Phillips chroniqué récemment ou les disques de Lukács comme son trio avec Mathias Lévy et Mátyás Szandai s'appropriant Bartók. J'aime ne pas savoir qui joue, si c'est acoustique ou électronique, j'adore la liberté qu'ils empoignent à pleines mains et qui enchante mes oreilles, comme les surprises qu'elle engendre. L'improvisation n'est pas un style, je le répète, c'est une manière de vivre, d'exprimer l'instant avec des sons, de les organiser comme des cathédrales ou de petites huttes. C'est enregistré en public à Budapest, sept pièces de I à VII, libre aux auditeurs de se faire leur propre cinéma.
Et faites barrage à l'extrême-droite autant que possible, sans oublier pour autant que le surnom de Glucksmann est Macron II.