70 Multimedia - mai 2024 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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vendredi 31 mai 2024

JJ en hongrois


Il y a quelques jours mon alerte Talkwalker, outil de veille et d'analyse des médias, sorte d'équivalent à Google en plus efficace, me signale un article Wikipedia consacré à Bernard Vitet en hongrois. Je ne connaissais pas la popularité en Hongrie de mon camarade disparu il y a déjà dix ans. Mais hier matin me voilà à mon tour épinglé dans cette langue dont je ne parle pas un mot et pays pour moi un peu mythique où je ne suis jamais allé.
Il rime avec les musiciens Béla Bartók, György Ligeti, Franz Liszt, Csaba Palotaï, Zoltán Kodály, Péter Eötvös, Miklós Rózsa, Elek Bacsik, György Kurtág père et fils, les cinéastes Béla Tarr, Miklós Jancsó, Márta Mészáros, Béla Balázs, Emeric Pressburger, Michael Curtiz, Paul Fejos, André de Toth, Alexandre Korda, István Szabó, László Nemes, Kornél Mundruczó, les comédiens Peter Lorre, Béla Lugosi, Zsa Zsa Gábor, le peintre Victor Vasarely, les photographes Brassaï, André Kertész, Robert Capa, l'ami Peter Gabor et le label de disques BMC... J'écris "riment" parce qu'il y a quelque chose de commun à tous ces noms, une sorte de mélancolie mystérieuse, d'invention baroque que je ne m'explique pas.
En cherchant comment mon nom est arrivé là, je comprends qu'il s'agit de la traduction du Wikipedia allemand, majoritairement extraite des versions française ou anglo-américaine. Mais il y est spécifié des évènements spécifiques liés à mes interventions en Allemagne, et les articles allemand et hongrois se focalisent sur mon travail multimedia et sur ma discographie personnelle, laissant de côté, entre autres, l'immense coffre au trésor d'Un Drame Musical Instantané.
Je n'aime pas beaucoup la photo qu'avait prise Étienne Brunet et qui illustre toutes les versions, mais bon, on fait avec, même si les Hongrois se trompent de 40 ans pour la dater. La Toile fait voyager dans le temps comme dans l'espace. Je savais que mes disques étaient plutôt bien distribués en Allemagne. Peut-être le sont-ils aussi en Hongrie ? Ce n'est pas moi qui m'en occupe. Tout cela reste assez mystérieux.

jeudi 23 mai 2024

Meeting Philip (K. Dick), chef d'œuvre d'Eric Vernhes


Devant la nouvelle installation d'Eric Vernhes je suis resté scotché sur le fauteuil où je m'étais assis pour assister aux seize minutes de spectacle total. Créé à Vidéoformes (Clermont-Ferrand), le totem Meeting Philip est parti pour Montréal où est organisée la Biennale Elektra. On le retrouvera certainement à Paris à l'automne. En attendant, j'essaie de me remémorer l'impression que cette installation me fit, probablement le chef d'œuvre d'Eric Vernhes, qui a pourtant à son compte un nombre incroyable de pièces aussi différentes qu'époustouflantes. Devant nous, un magnétophone à bandes 4 pistes ressemble à une tête qui montre les dents, affublé de deux écrans comme d'immenses oreilles dont le son puissant sort en stéréo, d'un ventilateur qui nous décoiffe, d'une machine à fumée, de projecteurs qui nous font tourner la tête et de lumières qui sortent dont on ne sait où. Il est logique que son exposition du discours de Metz de l'auteur de science-fiction complètement allumé Philip K. Dick soit hallucinante. En 1977 la réception de sa prestation en avait désarçonné plus d'un...


Dans ce petit Portrait de 3'50, Eric Vernhes explique très bien les tenants et aboutissants de sa sculpture vivante audiovisuelle. Il a œuvré sans ambages et sans aucun mysticisme en s'appuyant sur la voix de Dick qu'il a mis en son et lumière de manière puissante. Cela pourrait défriser certains Dickiens, mais cette absence totale de jugement produit un effet saisissant quand les meilleures adaptations de ses romans sont souvent reléguées à des aspects anecdotiques rendant difficilement les méandres de la pensée de l'auteur.


Eric Vernhes a composé la musique électroacoustique, créé les vidéos, construit la sculpture de métal, programmé l'ensemble grâce à des programmes génératifs originaux. On appelle cela un artiste complet ! Il fallait bien cela pour évoquer l’existence d’une pluralité d’univers parallèles, du point de vue de Dick une réalité et non une fiction. "Pour lui, il ne faisait aucun doute que notre monde était issu d’un programme informatique dont le concepteur (Dieu, programmeur-reprogrammeur), changeait épisodiquement des variables dans le passé, ce qui perturbait le déroulement de notre temps présent et donnait naissance à d’autres univers uchroniques et divergents. Les impressions de « déjà-vu » résulteraient directement de cette « reprogrammation ». Il entreprit ensuite de faire le récit de ses propres « glissements » d’un univers à l’autre, affirmant que dans l’un de ces mondes, il avait été assassiné par l’administration de Richard Nixon. Dans un autre encore, il avait rencontré Aphrodite dans un paysage pré-chrétien dont la description ressemblait à une illustration de comic-book. Dans Meeting Philip, installation artistique visuelle et sonore, l’artiste ne répond pas à la question de la crédibilité du récit de K. Dick, mais considère plutôt que cette question est sans objet. Confronté aux nombreuses facettes de la personnalité de K. Dick, à ses errements et ses fulgurances, il prend le parti de l’écrivain face au prophète auto-proclamé. Le second (qui n’a jamais convaincu personne) n’est finalement que l’outil du premier (qui est reconnu comme génial)."


J'avoue qu'assister à Meeting Philip me rappela mes premières expériences lysergiques, mais cette fois sans aucun produit chimique.

mercredi 22 mai 2024

Newsletter de mai 2024


J'ai publié hier ma troisième newsletter de l'année. Elle est surtout axée sur la version plein air de mes Apéro Labo. C'est également le troisième de l'année après les trios Birgé-Hoang-Lévy et Birgé-Desbrosses-Meteier qui ont donné lieu aux albums Apéro Labo 1 et Codex. Cette fois je serai le seul musicien, mais j'ai invité les danseurs Didier Silhol et Cléo Laigret à se produire au milieu du jardin, en espérant qu'il fera beau. Les spectateurs seront disséminés un peu partout, encerclés par les grands bambous, le palmier, le charme, le noisetier, etc. Il y aura même des places aux fenêtres qui tiendront lieu de balcon ! Didier et Cléo pratiquent la danse-contact-improvisation. De mon côté je me disperserai selon les instruments que je pense utiliser : Terra, Tenori-on, shahi baaja, clavier, flûtes, trompette à anche, percussion, etc., leur choix étant induit par les propositions jardinières du public ! J'ignore encore ce que nous offrirons à déguster et à boire aux trente veinards qui auront réservé suffisamment tôt.

Le reste de la newsletter est consacré à l'annonce de la publication du coffret 3 CD commémorant le 40e anniversaire du label ADN/Recommended Records Italia auquel je participe avec Gwennaëlle Roulleau, de la version anglaise de la bande dessinée Underground, un nouvel article de la revue slovène It's Psychedelic Baby Magazine, etc.

mardi 21 mai 2024

Séduire Marie avec l'intelligence artificielle


L'IA ne date pas d'hier. En musique nous avons utilisée l'intelligence artificielle dès la première application musicale sur ordinateur, à la fin des années 80. On appelait cela composition aléatoire ou bien calcul de probabilités. Le manuel parlait de réseaux neuronaux. En 1990, Luc Courchesne avait créé une vidéo incroyable qui permettait de dialoguer avec une jeune Québécoise. Nous étions tous un peu amoureux de Marie. Portrait no. 1 était à la base une installation vidéo interactive. Je l'avais découverte sur un petit CD-Rom avant qu'elle ne soit portée sur Internet. Je me souviens que quelques années plus tard Pierre Lavoie m'avait proposé de rencontrer à Paris la comédienne Paule Ducharme qui tenait le rôle de Marie. Il m'avait prévenu qu'évidemment elle avait vieilli. Nous avions tous vieilli et cela ne s'est pas arrangé. Le rendez-vous ne put se faire. Or le miracle du cinéma nous permet de voyager dans le temps. On peut même imaginer y rester éternellement comme dans L'invention de Morel, l'extraordinaire roman d'Adolfo Bioy Casares paru en 1940. La création de Luc Courchesne, que j'étais passé voir à l'Université de Montréal où il enseignait, reste toujours aussi troublante. C'était bien avant Samantha dans le film HER et ChatGPT-4o. La Fondation Langlois permet toujours de dialoguer avec l'impertinente et diablement séduisante Marie. Le jeu était de rester le plus longtemps avec elle, avant qu'elle ne prenne congé ! Lorsque j'eus vingt ans, sortant très jeune de l'Idhec, je compris que la reconnaissance de mon travail serait forcément longue à venir. Il fallait laisser des traces. Je suis heureux de pouvoir revoir Marie aujourd'hui.

jeudi 9 mai 2024

Le pet de Toulouse-Lautrec


Henri avait vingt ans. Son autoportrait de dos ressemble plutôt à un Norman Rockwell qui naîtra trente ans plus tard. Un instantané sur la toile, le temps de le peindre est plus long. Les impertinences de Toulouse-Lautrec sont légion, mais le peintre réussit tout de même à rendre son tableau olfactif. Il me rappelle aussi les deux cartes à gratter en Odorama de John Waters pour son film Polyester. J'ai dans ma bibliothèque un ouvrage complet sur Joseph Pujol, dit Le pétomane ! L'humour potache me fait rire parfois. C'est particulièrement savoureux lorsqu'il émane d'une célébrité. L'œuvre est l'un des clous de la collection Cligman au Musée d'Art Moderne de Fontevraud.


Et le jeune Henri d'enfoncer le clou du nuage en inscrivant une petite phrase sur la toile blanche. Comment assumer d'être le rejeton du comte Alphonse Charles de Toulouse-Lautrec-Monfa et d'Adèle Zoë Tapié de Céleyran, cousins au second degré ?! Cette consanguinité serait à l'origine de sa pycnodysostose, une maladie génétique des os qui l'empêche de grandir (à moins que ce soit une ostéogenèse imparfaite, allez savoir). Le fiston aime provoquer son monde. Il zézaye dans les salons, se fait photographier nu sur la plage de Trouville-sur-Mer, en enfant de chœur barbu, avec le boa de Jane Avril ou louchant en habit japonais. Il sombrera dans l'alcoolisme, ce qui n'arrange pas sa condition de syphilitique. Tout cela n'empêche pas son génie artistique de se développer, bien au contraire. Il meurt hélas à 36 ans.