70 Multimedia - octobre 2025 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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vendredi 31 octobre 2025

Marc-Antoine Mathieu à la loupe


Pour son nouvel opus, L'infiniment moyen et plus si infinités dans les limites finies d'une édition minimaliste, Marc-Antoine Mathieu propose cette fois un bande dessinée de 2 cm2, qui ne peut donc se lire que d'un œil en fermant l'autre. Un physicien et un philosophe y dialoguent sur l'infini et l'infiniment petit. On a certes l'impression qu'ils enculent les mouches. La loupe est fournie pour ce faire. Mais plus on avance dans le récit, plus l'abîme s'ouvre sous nos pieds, euh, nos yeux. Choisir alors entre le vertige et la migraine !
Mes huit dictionnaires Larousse Lilliput (1961) pouvaient se lire à l'œil nu, mais une loupe était déjà fournie avec la cultissime BD Saga de Xam (1969), et le manuscrit du Voyage du mauvais larron de Georges Arnaud (1951), dont j'ai hérité une page autographe écrite sur le cargo où l'auteur était passager clandestin, explose les limites de l'infiniment petit...

→ Marc-Antoine Mathieu, L'infiniment moyen et plus si infinités dans les limites finies d'une édition minimaliste, 88 pages, livré avec une loupe, sous coffret, 21,50€. Une version numérique est proposée à 14,99€, mais j'ai bien l'impression que c'est une blague. Par contre, à la fin du mini-livre, le digicode renvoie à un Hyperrêve où les bulles de dialogue glissent malicieusement dans le cosmos...
→ Sur ce Blog, Marc-Antoine Mathieu en 5 articles (2011-2022) et Kafka : Denis Lavant, Marc-Antoine Mathieu et Wilfried Wendling (2024)

vendredi 24 octobre 2025

L'Empire n'a jamais pris fin - Tome 2


J'ai eu beau avoir comme professeur d'histoire-géographie, et chacun deux ans de suite, le communiste Jean Gacon et l'écrivain Louis Poirier, plus connu sous le nom de Julien Gracq, en particulier pour avoir refusé le Prix Goncourt en 1951 pour Le rivage des Syrthes, je n'ai pas particulièrement brillé dans ces matières au Lycée Claude Bernard à Paris. Bon élève, on m'avait astucieusement collé le latin, puis l'allemand en seconde langue, avant de m'orienter vers la section scientifique, ce qui ne fut certainement pas une idée géniale, même si j'en garde un esprit mathématique utile en musique. J'eus en effet mon Bac C avec 2 en maths et 5 en physique, repêché miraculeusement par des notes faramineuses en français, philo, langues... et gymnastique ! C'est dire si je jubile de comprendre un peu mieux l'Histoire de "ce que nous sommes habitués à appeler la France" en suivant sur le web-media Blast les épisodes contés par Pacôme Thiellement, d'autant que je partage en général son analyse pour ce que j'en sais et ce que j'en suis. Beaucoup de choses que mon esprit critique soupçonnait y trouvent leur explication. J'avais déjà évoqué ici sa série Infernet, et la première saison de L'empire n'a jamais pris fin, or débute le premier épisode de sa troisième et dernière saison (ou quinzième épisode en l'état), De Napoléon à Macron : l’arnaque (totale) des "grands hommes" dont on peut également trouver le texte sur Blast.


Épaulé par une équipe dévouée, dont les réalisateurs Mathias Enthoven et Ameyes Aït-Oufella, et évidemment les historiens Marie-Aimée Romieux, Raphaël Carbonne et Karl Zimmer, Thiellement ne prétend pas l'être. Sans non plus revendiquer objectivité et exhaustivité, il se proclame exégète et, en excellent conteur, multipliant les références youtubesques en clins d'œil aux plus ou moins jeunes générations, revoit avec une impertinence nécessaire et un humour très rock 'n roll l'Histoire qu'on nous a cachée, puisque celle apprise à l'école privilégiait toujours celle des puissants au détriment de celle du peuple. Souvent lorsque j'essaie d'expliquer les tenants et aboutissants des conflits, révolutions ou génocides, on me répond que c'est compliqué, façon de surtout ne pas s'engager. Ce n'est pas compliqué, mais complexe, et Thiellement décortique les rouages infernaux qui nous ont menés là où nous en sommes. La logique, fut-elle parfois vêtue d'attributs poétiques, est imparable. Thiellement en irritera forcément certains, en particulier les défenseurs du roman national, mais il en fascinera beaucoup d'autres, parce que les mécanismes du pouvoir sont les mêmes depuis César et probablement bien avant, et parce qu'il n'y a pas de fiction plus délirante que le réel.


Pour ceux qui n'ont encore rien vu ni lu de cette saga, je conseille de commencer par le premier épisode de la saison 1, De César à Macron. La publication des tomes 1 et 2 corrige ou précise les textes des épisodes, expurgés des inserts facétieux façon coccinelle de Gotlib (et parfois spécieux) qui ponctuent les émissions dont la durée est chaque fois celle d'un long métrage. Chapitres courts, simples à lire. Le livre permet de revenir facilement sur tel ou tel passage de notre Histoire, voire de les annoter pour la version papier, parce que c'est du lourd. Le tome 2 offre un long bonus biographique sur le Marquis de Sade.

L'empire n'a jamais pris fin - Tome 1, Massot Éditions & Blast, 20,90€ (ePub 9,99€)
L'Empire n'a jamais pris fin - Tome 2 De Rabelais à la révolution suivi de Quid de Sade ?, Massot Éditions & Blast, 22,90€ (ePub 9,90€)

mercredi 8 octobre 2025

Roger Ballen en couleurs


Découverte grâce à son exposition à la Halle Saint-Pierre, l'œuvre de Roger Ballen provoque en moi mille variations psychiques qui m'emballent totalement. En 2019, avec le contrebassiste américain Nicholas Christenson et le clarinettiste Jean-Brice Godet nous avions choisi certaines de ses photos comme sujets de nos improvisations. L'album Duck Soup plut tant au photographe sud-africain que trois ans plus tard il sonorisa son exposition à la Biennale de Venise (représentant son pays) avec nos compositions instantanées ! Dans l'ouvrage Le monde selon Roger Ballen il avait déjà publié des photographies en couleurs, mais cette fois il n'y en a plus aucune en noir et blanc comme il s'en ait barbouillé pendant cinquante ans. Je ne résiste donc pas devant le superbe Spirits and Spaces qui vient de sortir chez l'éditeur Thames & Hudson.
Les 91 Illustrations grand format sont des instants figés d'installations scénographiques où évoluent parfois des bestioles qui peuvent terrifier : rats, reptiles, oiseaux, humains, etc. Certains sont vivants, d'autres empaillés. S'il se réclame de Cartier Bresson, Walker Evans, Diane Arbus et Elliot Erwitt, ses nouvelles photographies me font penser aux natures mortes de Joel-Peter Witkin, mais, contrairement au photographe américain qui fraie avec le morbide, ses hominidés sont essentiellement des mannequins ! Ballen cite aussi fort à propos Beckett, Kafka, Jung et Artaud. La ligne jaune est tout de même savamment dépassée. Il abandonne là le réalisme social pour une mise en scène graphique tout aussi psychologique, renvoyant à de sombres fantasmes. Ses tableaux "vivants" oscillent entre l'énigme de l'inconscient et l'absurdité de la réalité. Ces photos s'inspirent de ses installations mises en scène, narrations qui laissent au spectateur la liberté, certes cadrée, de son interprétation. Chaque image réclame qu'on prenne le temps d'en faire le tour. L'intégration de dessins rappelant l'art brut me rappelle également les contrastes de certaines œuvres du couple Ella & Pitr, sauf qu'ici, si l'on approche le conte de fées, c'est sa version cauchemardesque originale qui nous est infligée. Dans la perspective intime et impudique de l'artiste égocentrique, les six chapitres intitulés Enfance, Spectre, Âme, Ombre, Libido et Chaos poussent le lecteur dans ses propres retranchements, sans que l'auteur sache exactement quels fantômes révèlent ses photographies. Vous m'en direz tant.

jeudi 2 octobre 2025

À la découverte du patrimoine méconnu d'Île-de-France - Épisodes 5 et 6


Après La Maison Fournaise, Les sports nautiques d'autrefois, Air, terre, mer, des moyens de transports originaux et l'Hôtel industriel Mozinor à Montreuil, j'ai sonorisé deux nouveaux épisodes de la web-série Étonnant patrimoine mis en ligne sur la chaîne YouTube de la DRAC Île-de-France.


Le Jardin du Point du Jour à Verdelot (Seine-et-Marne) fait partie des 46 "Jardins Remarquables » d’Île-de-France. La place de la musique y est comme chaque fois une discrète toile de fond, mais je me suis amusé à composer là des pièces légères au clavier sur fond de petits oiseaux.


Pour Les devantures de magasins parisiens, la DRAC a choisi une ancienne boucherie, la plus ancienne chocolaterie et une ancienne crèmerie, trois exemples de devantures protégées au titre des monuments historiques. C'est chaque fois un exercice de style de trouver l'ambiance musicale qui collera au sujet. Lorsque je ne compose pas un petit quelque chose de nouveau, il m'arrive de puiser dans le fond de mes archives, ici une valse musette très parisienne, un piano impressionniste entraînant et un orchestre à cordes un peu emphatique.

Vitrine : "À la Mère de Famille", la plus ancienne chocolaterie de Paris (9e arrondissement) © Alexandre Guirkinger