70 Multimedia - décembre 2025 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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mercredi 31 décembre 2025

100 dessins pour Gaza


Le 20 décembre dernier j'avais reproduit trois planches réalisées ensemble par Art Spiegelman et Joe Sacco intitulées Never Again!.. And Again… And Again… (Plus jamais ça...) et acquis un des croquis exposés jusqu'au 17 janvier à la Galerie Martel en soutien aux journalistes palestinien/nes. Adhi Vroumah me signala aussitôt que les planches en question seraient reproduites en français dans le livre 100 dessins pour Gaza qui réunirait 126 dessinateurs/trices de presse, illustrateurs et auteurs BD du monde entier pour dénoncer le génocide en cours, et publié par les Éditions Massot. J'ai donc reçu hier l'ouvrage dont les droits d'auteur/ices et bénéfices seront reversés aux journalistes palestinien/nes. Au moment de son impression, 250 journalistes avaient déjà été tués et plus de 500 blessés par l'armée israélienne qui interdit tout accès à la presse internationale sur ce territoire.
Cela m'ennuie de ne citer aux côtés de Spiegelman et Sacco qu'Altan, Aurel, Ben Jennings, Angel Boligán, De Moor, Emil Ferris, Philippe Geluck, Marilena Nardi, Siné, Ann Telnaes (prix Pulitzer 2025), Willem, Winshluss, Wozniak, Mohammad Sabaneeh, Safaa Odah alors qu'ils sont plus d'une centaine, à l'initiative de Sié, dessinateur de presse ayant travaillé pour Siné Mensuel, Causette et Médiapart.


La qualité des dessins de presse est la concision des éléments pour produire une réflexion profonde. Qu'ils jouent sur la terreur, l'empathie ou l'humour, la dialectique du montage y est contenue tout entière par un jeu de références qui renvoient à notre compréhension des enjeux. Certains jouent sur les mots, d'autres détournent une évidence. L'effet doit être rapide et durable. Organisés alphabétiquement, la suite des scènes produit néanmoins des effets étonnants.
La dénonciation du laisser faire de la plupart de nos gouvernements est consternant. L'horreur tient-elle de l'absurde ou d'un calcul cynique pire que tout ce qu'on peut imaginer ? Chacun/e y répond à sa façon le temps et l'espace d'une page. La somme des interventions témoigne d'un fossé entre la mobilisation de la société civile et les politiciens élus par les peuples dans des démocraties qui n'en ont que le nom. L'ouvrage est si dense et puissant qu'il nécessite que l'on y revienne en plusieurs fois, goutte à goutte du sang versé par des assassins avec la complicité de la plupart de nos dirigeants et de ceux dont ils sont les pantins.

mardi 23 décembre 2025

Underground in Montreuil


Il y avait longtemps que nous ne nous étions pas vus avec Ève Risser qui désirait me montrer comment elle avait arrangé son chez-elle et, surtout, me faire découvrir l'A.E.R.I. à Montreuil, un lieu associatif incroyable, en particulier certains dimanches surpeuplés où des musiciens jouent simultanément sur plusieurs scènes, jazz, rock, rap, électro, musique africaine, etc., sans que leurs sonos puissantes se perturbent les unes les autres, ce qui est moins sûr pour les habitants du quartier qui évidemment se plaignent des nuisances sonores. C'est tout l'un ou tout l'autre. Soit on trouve l'ambiance absolument géniale, digne du Berlin des années magiques, soit on est excédé par la promiscuité envahissante de cet endroit bouillonnant.
Sur son site on peut lire : "A.E.R.I. est une utopie réelle en expérimentation permanente, un espace d’entraide, de rencontre, de création, de lutte et de mise en commun. Un espace où nous inventons et mettons en forme un rêve collectif, où se mènent, se croisent et se frottent des actions politiques, culturelles, sociales, artistiques, éducatives et sportives. Un lieu où l’on invente des nouvelles façons de faire, où l’on invente d’autres rapports aux autres et à soi, où l’on improvise notre bonheur. Les rêves d’AERI s’articulent autour des principes d’autonomies, d’égalités et d’ouverture. Nos portes sont ouvertes à tou.te.s les habitant.e.s du quartier !"
Comme je suis épaté par le public enthousiaste, dont un nombre étonnant de camarades que je ne m'attendais pas à trouver là, Antonin-Tri, venu avec son bébé qui danse dans sa poussette, me répond que là c'est calme par rapport au passé où la foule était si compacte qu'on ne pouvait s'y mouvoir et que l'association a freiné la pub de ses évènements. Sur le site s'expose néanmoins un planning type de la semaine, un appel aux dons, voire à s'y impliquer, et un numéro de téléphone pour en connaître l'actualité.


Je crois comprendre que les événements spectaculaires se déroulent certains dimanches. On y écoute de la musique, on mange, on boit, on fume, on y fait des rencontres. La scénographie change chaque mois. Dans la plus grande salle, des dizaines d'écrans à leds sont suspendus au-dessus des convives, actionnés par les enfants qui s'amusent comme des fous à tirer sur des cordes comme des sonneurs de cloches pour les faire bouger. Des geeks de l'informatique marchent sur les pas de Nam June Paik. On croise des comédiens maquillés, des clowns et des jeunes de tous les âges, des plus récents aux plus avancés ! Beaucoup de bruit, mais vraiment pas pour rien ! J'écoute Ève improviser au piano avec le batteur Antonin Leymarie, le percussionniste Ibrahima Diabate et le trompettiste Oscar Viret avant d'affronter sur mon vélo les cataractes de pluie qui tombent sur la nuit.