70 Multimedia - mars 2026 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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jeudi 19 mars 2026

Dépaysages Côté Court


Voilà, la musique jouée avec Vincent Segal au violoncelle et Antonin-Tri Hoang au sax alto et à la clarinette basse, [le 9 juin 2013] au Ciné 104 de Pantin à l'occasion du Focus Jacques Perconte dans le cadre du festival Côté Court, est en ligne, comme les [105 aujourd'hui] autres albums GRRR inédits, en écoute et téléchargements gratuits ! Comme j'avais posé le petit Nagra par terre sous la table, le mixage est un peu déséquilibré en faveur des anches, mais cela n'empêche pas de prendre du plaisir à l'écoute de ces quarante minutes de composition instantanée... Pour la première fois Jacques Perconte manipulait ses images depuis son iPhone, sans aucun fil à la patte, et l'écran large réfléchissait ses somptueuses couleurs en haute définition et format 2.39. Sur Facebook Bidhan Jacobs a publié 11 instantanés photographiques du spectacle...


Nous ne nous étions donnés aucune consigne musicale, faisant confiance à notre enthousiasme à nous retrouver ensemble pour ce nouveau Dépaysages. Qu'est-ce que l'improvisation si ce n'est réduire au minimum le temps entre la composition et l'interprétation ? Le mot "improvisation" laisse parfois croire à quelque création spontanée alors que c'est le fruit de tant d'années de pratique, pas seulement musicale ! Très préoccupé par l'architecture de la musique, j'ai ainsi toujours préféré le terme de "composition instantanée". C'est la raison pour laquelle nous avions nommé notre collectif historique Un Drame Musical Instantané, la notion de drame faisant référence à l'art dramatique et non à quelque lugubre dessein !
L'improvisation n'est pas non plus un genre musical, même si trop souvent les réflexes ou des règles absurdes finissent par créer de nouvelles lois qui figent la composition instantanée dans des formes tragiquement prévisibles. Le choix de mes partenaires de jeu n'est dicté que par le désir d'être surpris, ils possèdent une culture musicale et extra-musicale qui les laisse libres de citer des influences les plus variées, comme dimanche l'opéra Didon et Énée d'Henry Purcell !
En première partie, Jacques Perconte projetait plusieurs courts-métrages dont Árvore Da Vida (L'arbre de vie) dont j'ai composé la musique pour orchestre à cordes, et je me rendais compte comment j'avais été influencé par les cinéastes Alfred Hitchcock et Michael Snow. Le premier prétendait filmer les scènes de sexe comme des scènes de crime et réciproquement, le second laissait imaginer la mort hors-champ pendant le long zoom de Wavelength. Face à ce qui pouvait sembler de prime abord immuable j'ai cherché à structurer le film par la partition, et pour cela j'ai dû interroger les différentes composantes de l'image, supposer les intentions de l'auteur, choisir une instrumentation cohérente. Nous n'avons pas procédé autrement dimanche, même si nous étions dans l'urgence. Écoutez !

Article du 11 juin 2013

mardi 10 mars 2026

Michel Houellebecq, Rétablissement des faits à l'appui


Je me demande parfois si j'ai existé. Pour le présent aucun doute. Je suis bien là. Mais chaque fois que sort un nouveau disque avec Michel Houellebecq la presse fait l'impasse sur notre collaboration commencée en 1996, alors qu'elle anticipait la suite, en particulier son immense notoriété. Je découvre que sur l'album Souvenez-vous de l'Homme qui sort ces jours-ci Michel reprend, bien heureusement, la diction mise au point pour notre Établissement d'un ciel d'alternance, ici enrobée d'un accompagnement composé par Frédéric Lo qui rappelle les célèbres arrangements de Jean-Claude Vannier, bien que ce ne soit pas pour autant Melody Nelson. Si aucune de mes réalisations n'a jamais bénéficié d'un soutien de communication autre qu'agi par mes soins, j'ai eu parfois la chance d'émerger magiquement du bruit ambiant. Être indépendant permet de faire ce qu'on veut, mais le prix à payer est de vivre à l'ombre de l'éphémérité des spotlights. C'est l'underground, comme m'y croquent Nicolas Moog et Arnaud Le Gouëfflec dans leur remarquable somme bande dessinée. Ainsi je me dois de republier l'article que j'avais écrit le 6 septembre 2018, histoire de rétablir les faits, d'autant que je suis très fier de ce que nous avions réalisé ensemble, en marge de la mode dont la nature est de passer.

Dans Le Nouveau Magazine Littéraire qui rassemble un dossier Chanson dans son numéro de septembre 2018, Gonzague Dupleix [évoquait] les incartades musicales de Michel Houellebecq dont évidemment celles de notre collaboration depuis 1996 jusqu'à son exposition au Palais de Tokyo dix ans plus tard où je m'étais occupé du juke-box dans une salle transformée en bar pour fumeurs. L'an passé, j'avais également participé à son Cahier de l'Herne que l'on peut considérer comme un nouveau Houellebecq tant il recèle de pépites. Suite à cet article je préfère rétablir l'ordre des évènements et préciser les faits preuves à l'appui pour ne pas que la légende prime sur la réalité.
Pour commencer, rétablissons la chronologie. La soirée du Café de Flore où je le conduis pour qu'il reçoive son Prix a précédé (et non l'inverse) le concert de la Fondation Cartier où nous jouions en première partie de Patti Smith. Nous avons enregistré deux CD, le premier en public au Théâtre du Rond-Point dans le cadre des Poétiques de Radio France, le second sur GRRR, mon propre label, à la demande de Michel. Le Prix de Flore se tient au moment du premier, le concert fêtant le Xe anniversaire des Inrocks plusieurs mois plus tard, le lendemain de l'enregistrement d'Établissement d'un ciel d'alternance qui faisait office pour nous de répétition, seuls dans le studio. Si la musique du premier, Le sens du combat, était instantanée avec la participation de la soprano Martine Viard, le second en duo est totalement écrit. On se reportera à mes articles (liens ci-dessus) pour plus de précisions !
Je suis surpris de constater que le seul CD conseillé à l'écoute dans l'article du Magazine Littéraire est Présence humaine, fruit de la collaboration de Houellebecq avec Bertrand Burgalat que le poète n'affectait pas vraiment, à tel point qu'il décida de l'exclure de son exposition pour ne proposer que celles avec Iggy Pop, Jean-Louis Aubert et la nôtre. Gonzague Dupleix rappelle les mots de Houellebecq dans le texte manuscrit qui figure dans le livret d'Établissement d'un ciel d'alternance : « J’ai donné pas mal de lectures de poésie réussies ; c’est peut-être même ce que j’ai le mieux réussi dans ma vie, les lectures de poésie. J’ai commencé comme ça, je finirai comme ça, probablement. Mes collaborations avec les musiciens ont par contre été souvent ratées. Ceux qui étaient là lors de ce concert auront donc assisté à quelque chose d’assez rare dans ma vie : une collaboration avec un musicien, réussie.» Et le journaliste de conclure en enfonçant le clou : « Mais là on s'aventure bien au delà des bouées. Car combien de travaux jugés inaboutis ont été portés aux nues pour combien de chefs d'œuvre foulés aux pieds ? Michel Houellebecq est vaniteux, il aime qu'on l'applaudisse, il l'a de nombreuses fois dit. Qu'il soit donc tenu responsable d'un album culte.» Malgré cela, le disque signalé à écouter par le responsable de l'iconographie est une fois de plus celui de Burgalat, contredisant les propos de l'un et de l'autre ! Je n'ai évidemment pas la force de frappe du service de communication de son label Tricatel...
J'ai dit, écrit et répété que quoi que vous pensiez de l'écrivain, de ses propos publics, de ses romans, il faut absolument écouter la remarquable interprétation qu'il fit de ses poèmes dans Établissement d'un ciel d'alternance. Parlons-en ensuite, et de la musique qui l'accompagne, au lieu de ressasser les mêmes lieux communs qui n'ont rien à voir avec cette œuvre, que ce soit sur sa carrière discographique ou sur le sens du combat. Précisons enfin qu'à aucun moment il ne s'est agi dans notre cas heureusement de chansons, mais d'une récitation que nous rapprochâmes plutôt du slam. C'est un travail auquel je tiens beaucoup et qui fait suite aux nombreuses lectures et spectacles où j'ai marié littérature et musique... [Jusqu'à la plus récente avec le comédien Denis Lavant et le saxophoniste Lionel Martin, Les déments venant de recevoir un Coup de cœur de l'Académie Charles Cros !]