70 Musique - juillet 2025 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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jeudi 10 juillet 2025

Zappeurs-Pompiers 2 (1989)


Comme un condensé de mouvements passés à la moulinette des mots, le programme annonçait : "Dans les quartiers d'isolement toutes les chaînes se valent. Le nombre passe l'uniforme, plus y en a moins y en a. La télécommande brûle les doigts, on finit par zapper sa vie et celle des autres. Et puis on allume la musique, pour que ça glisse. En couleurs. Quand l'objectif est un miroir l'arroseur arrosé s'écrit sur le noir du ciel avec un micro de lumière. Vertige du direct. Les pirates hachent le programme qui rend son jus. Plein feu, salut."
Zappeurs-Pompiers 2 faisait évidemment suite à un numéro 1 qui s'était improvisé avec la chorégraphe Lulla Card (aujourd'hui Lulla Chourlin) et le comédien Éric Houzelot. Le 12 juin 1989 le second volet est créé pour l'ouverture des 38e Rugissants au Cargo à Grenoble. Lulla Card danse une paluche à la main, Guy Pannequin (des Macloma) fait le clown et Un Drame Musical Instantané signe musique et zapping en direct sur grand écran à cette époque des tout débuts de la télévision par satellite.


Zappeurs-Pompiers 2 était un spectacle sur la télévision, un spectacle dont la règle d'or était le direct. Il prétendait répondre à l'envahissement de nos vies par cette étrange lucarne, mystérieux trou noir qui aspire tous ceux qui passent à sa proximité. Non contente de ravir tous les publics, la télévision était censée générer de nouvelles pratiques de vie. Il ne restait plus aux créateurs qu'à s'y insérer ou bien encore à produire des spectacles vivants où le gigantisme et le risque sont la caution d'un instant différent et immédiatisable. Les temps ont changé, les médias aidant, mais le formatage des ciboulots est toujours au programme.
La captation n'est pas fameuse, mais elle permet d'entendre et de voir cette incroyable création où Bernard Vitet (trompette, voix, trompette à anche, flûte), Francis Gorgé (instruments de synthèse, guitare, programmation, flûte) et moi (instruments de synthèse, voix, zapping, flûte) n'avions froid ni aux yeux ni aux oreilles. C'était aussi le temps où le théâtre musical était à la mode. Nous en publiâmes une version CD intitulée Qui vive ? dont la pochette, une de mes préférées, est de Massimo Mattioli.

Article du 5 mars 2013

mardi 8 juillet 2025

Chansons au long cours


Dernière séance de studio avant les vacances, j'enregistre le quintet réuni par mon ami Didier Silhol. Nous nous connaissons depuis plus de quarante ans. Habituellement il est chorégraphe et danseur, spécialisé dans la danse-contact-improvisation. L'an passé je l'avais accompagné pour une Garden Party avec un autre danseur, Cléo Laigret, dans le cadre de mes Apéro Labo. La plupart des artistes avec qui je collabore ont plus d'une corde à leur arc. Didier a cette fois écrit des chansons, paroles et musique pour la plupart. Il a donc retrouvé le jardin pour préparer l'enregistrement de ce qui deviendra probablement un disque. Étaient présents Claire Marchal aux flûtes, Raphaël Godeau à la guitare et Joe Quitzke aux percussions, tandis qu'Alice Lockwood et Didier chantaient.


Après le récent duo/trio de Claire et Raphaël, c'était un nouvel exercice pour moi qui n'ai pas l'habitude d'enregistrer des musiciens sans participer à la création, qui plus est sans aucun instrument électrique. Je m'en remis néanmoins à la méthode consistant à placer les micros aux bons endroits et de faire confiance aux musiciens. Trois Neumann, deux Schoeps et un Royer feraient l'affaire. Il ne resterait plus qu'à mixer pour rééquilibrer les voies et les placer dans un espace qui n'aurait d'imaginaire que le fait de les y téléporter informatiquement. Cela consiste en une réverbération à convolution. Il suffit de choisir la salle ou le théâtre qui convienne à leur musique.


Je suis épaté par Didier, pour ses compositions comme pour la direction de l'ensemble. S'il était venu régulièrement cette année travailler au piano, le projet ne date pas d'hier, puisqu'en 2017 nous avions déjà enregistré ses quatre enfants les plus âgés dans cette perspective. J'ai rarement perçu autant d'amour filial de part et d'autre. Chaque fois les protocoles sont très précis. Évidemment je ne veux rien déflorer, juste préciser que c'est entre la chanson française, la musique traditionnelle et l'improvisation libre !

lundi 7 juillet 2025

Les déments sur Jazz'Halo


La poésie et le jazz sont le yin et le yang l'un de l'autre, les poètes du Beat en savaient quelque chose. Par la suite, beaucoup leur ont emboîté le pas. « Les Déments » du multi-instrumentiste Jean-Jacques Birgé et du saxophoniste ténor Lionel Martin apportent leur propre variation avec le narrateur Denis Lavant.

Ils utilisent pour ce faire des textes empruntés à Marcel Moreau (“M'accordez-vous ?”), André Martel (“Cantode du Lobélisque”), Xavier Grall (“Les Déments”) et André Schlesser (“Petit Chien Sans Ficelle”). Autant de noms qui résonnent à l'oreille de ceux qui connaissent la littérature francophone.

Les quatre pièces sont conçues comme un jeu d'écoute, Lavant déclamant les textes dans toute leur férocité. Musicalement, cela ressemble à la bande-son d'un sketch sombre en marge de la société. Les sons des galeries d'images de « l'exploration urbaine » surgissent presque automatiquement. Il s'agit également de « sonorités étranges » indiquant « des endroits maudits ». Philip Glass et Steve Reich, ainsi que le dadaïsme, sont d'autres références applicables ici.

Une bonne connaissance de la langue française est nécessaire pour apprécier pleinement cette pièce radiophonique noire. Une coproduction du label Ouch ! avec le label d'avant-garde et anarchiste de Birgé, GRRR, qui célèbre cette année son 50e anniversaire.

Georges Tonla Briquet, traduction automatique de la revue flamande Jazz'Halo
Double CD sur Bandcamp

jeudi 3 juillet 2025

Autant de cordes que de feuilles sur L'arbre de vie


Depuis notre première collaboration sur Dépaysages et cet article du 4 mars 2013, Jacques Perconte a réalisé en 2020 le magnifique MEG 2152, troisième épisode de mon film Perspectives du XXIIe siècle.

Ton sur ton. Mouvement imperceptible des feuilles. Il faut que je compose avec tout ce vert. Rejet de toute analogie électronique, le fantasme symphonique me hante depuis toujours. Les cordes s'imposent comme une évidence pour leur légèreté foisonnante, rebonds des archets ou tirés-poussés très courts et frénétiques. Je fais courir mes doigts. On entendra ce que l'on peut seulement deviner derrière les buissons. Une présence. Celle de Jacques Perconte ? Un animal ? Sanglier ou scarabée ! Les petits font parfois beaucoup de bruit. Inquiétant si l'on résiste, fascinant si l'on se laisse aller à la rêverie. Le thème de L'arbre de vie valide cette vie grouillante et invisible. On entendra la sève couler dans ses veines. J'empile les vertèbres après les avoir dessinées une à une. L'inconscient fonctionne à l'intuition. J'enregistre sans vraiment savoir, cherchant les effets d'orchestre, la vibration, la vie même, ce n'est jamais simple. À la fin de la séance je jette tout ce que j'ai fait et je recommence dans la continuité, par touches successives. Il ne me reste plus qu'à associer les séquences avec les différents mouvements de l'arbre qui cache la forêt. Quelques pas, une respiration, le son d'un bol chantant. L'imposante structure cède la place au synchronisme accidentel.


Jacques me demande de retenir l'entrée des cordes avec le bruit des feuilles que j'ai déjà placé ailleurs et d'ajouter des basses pour faire exister la terre sous le ciel. On aperçoit l'une et l'autre sous les compressions successives, ou leurs représentations saturées, touches de jaune, de bleu, de rose. Je puise cette dialectique des éléments dans les quelques prises laissées de côté, hors-champ. Tout est déjà là, les évocations m'ont été inspirées dans les jours qui précèdent. Reste à soigner les articulations. Je découvre le titre l'avant-veille de la première : Árvore Da Vida.

mercredi 2 juillet 2025

Synths, sax & situationists


La scène musicale underground française de 1968 à 1978. Absolument passionnant, et d'une rare rigueur (plus de 50 entretiens), 530 pages, préfaces de Steven Stapleton (Nurse With Wound) et myself, sortie août 2025 - ce serait bien que ce soit traduit en français, parce que c'est un Australien, Ian Thompson, qui s'en est chargé ! En couverture la célèbre photo de Patrick Vian (Red Noise) par Claude Palmer.

Un petit film de présentation ici.

En août sortira également un coffret de 5 CD de Nurse With Wound où figure un remix concocté par mes soins, remix que l'on trouvera auparavant sur un EP de 4 titres, promo tirée à 300 exemplaires. Quant à Patrick Vian (fils de Boris), au début des années 70 j'assurais avec H Lights le light-show de son groupe Red Noise et du Vieux Berthoulet.