Jean-Jacques Birgé

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mercredi 31 août 2022

Provisoire


J'aime le changement. Comme changer d'angle. Varier les points de vue. C'est à la fois indispensable et inéluctable. Il y a pourtant des mouvements qui me rendent triste. Des départs. La mort des uns. Ou d'autres leur temps. Révolus. Des émotions qu'on ne revivra plus. Du moins pas comme on les a vécues. Des complicités perdues à jamais. Dans L'isolement des Méditations poétiques Lamartine écrit "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé". Il n'a que trente ans et encore quarante-huit à vivre. Combien manqueront à l'appel entre temps ? Le désert est peuplé de disparus. Des femmes que j'ai aimées. Des amis si proches que nous faisions corps. Elles comme ils ont emporté ce que nous avions en partage. J'ai hérité de tant de souvenirs que je pourrais encore écrire pendant cent ans. Nos jours sont heureusement comptés. Nuages et poussière. Lorsque c'est trop douloureux, je frappe mes claviers. Touches noires et blanches, ou qui s'éclairent quand tombe le soir. Et je chante. Dans Le mariage de Figaro Beaumarchais écrit "Tout finit en chansons". J'ai été marié deux fois, deux fois divorcé, c'est pour l'état civil. Bien en deçà de la vérité. Combien de ruptures, autant d'alliances, encore plus de rencontres ! Il faut que j'assume les codas tant j'aime les débuts, même si rien ne vaut les opéras interminables, les transes qui vous font tourner encore et encore après des années et des années, toujours. Si j'aime l'instantanéité, je n'apprécie guère l'éphémérité. Mon goût pour la vectorisation peut s'exprimer ainsi. Les segments ne m'intéressent pas. Le vecteur c'est aller vers, c'est y croire. Sans s'arrêter. Sans ne jamais atteindre son but. Même si tout a une fin. Et que c’est une chanson.

vendredi 26 août 2022

Sciatique bloquante


Je me serais bien passé d'écrire un second article ce matin. Impossible de bouger. Je me tiens aux murs pour avancer ou bien je glisse sur le côté, mais, pieds nus, ce n'est pas simple. Les analgésiques (Tramadol Paracétamol) ne font pas d'effet. D'habitude ça marche. Pas eu aussi mal depuis des lustres. En prenant mon temps, j'ai réussi à m'habiller, à descendre et ouvrir la porte d'entrée si ça sonne. Rester au rez-de-chaussée. Je suis assis devant mon clavier, relié au monde par un fil virtuel. Rdv chez l'ostéo lundi matin, mais d'ici là comment faire ? Heureusement j'ai des voisins sympas et compatissants. J'essaie d'apprivoiser la douleur en la décrivant. Fesse gauche : très localisé, c'est lourd, rond, tremblant. La canne m'aide un peu si je dois traverser la pièce, mais le sol est glissant. J'ai l'impression qu'il vaut mieux que je bouge plutôt que rester immobile, même couché. Si j'y arrive. C'est un mauvais moment à passer. Ma laxité m'a toujours joué des tours. Avec la gym et le sauna je n'ai plus jamais de lumbagos, mais l'épanchement de synovie récent m'a probablement déséquilibré. C'est une histoire de dominos, de dos minot. En vieillissant je gère tout mieux qu'avant. Il faut bien cela pour compenser.

mercredi 24 août 2022

18ème année du blog


C'est reparti pour un tour. On me demande souvent comment j'ai l'inspiration d'écrire chaque jour un nouvel article depuis 17 ans. Même s'il possède des spécialités, le blog est généraliste, ce qui déjà laisse un champ large. Ensuite je ne me force jamais. Il faut que les mots s'inscrivent librement sur la page. Aucun article de complaisance, si ce n'est avec moi-même ! Les sujets peu ou pas abordés du tout par la presse sont privilégiés. Je chronique de préférence le travail de jeunes artistes méconnus ou de vieux oubliés, des produits de niche, des objets inclassables, toujours dans un esprit positif. Éviter de blesser qui que ce soit par un article négatif. Choisir ce qu'on aime aide à trouver l'inspiration. Il m'arrive de temps en temps de déroger à cette règle lorsque je prends le contrepied de ce qui est diffusé à grande échelle. Un bon coup de gueule est parfois salutaire. La doxa me fait braire. Je développe une aversion particulière pour travail famille patrie ou l'hypocrite liberté égalité fraternité. L'injustice me fait grimper aux rideaux. En vieillissant je fais cela plus sereinement. Ayant participé à de nombreux journaux et revues, j'apprécie la liberté totale que m'offre ce journal extime. Je ne suis jamais réécrit, mais j'ai souvent bénéficié d'une première lectrice qui pointait mes à-peu-près ou mes répétitions. Internet permet aussi de corriger instantanément la moindre erreur. Je vérifie mes sources, c'est probablement ce qui me prend le plus de temps. Trois heures par jour. Comme je dors à peine plus, il me reste un temps considérable pour faire de la musique, rêvasser ou aller me promener. J'écoute, regarde, lis tout ce que je reçois. Parfois je zappe lorsqu'il y a maldonne. C'est un travail de veille incessant pour dégotter des œuvres importantes passées à l'as ou pour essayer de comprendre le sens des choses, une raison de vivre. J'évoque aussi mon propre travail. La première personne du singulier est capitale. Glisser du personnel dans l'universel et réciproquement est la règle que je me suis fixée. Ne rien écrire sans un point de vue qui me soit propre. Changer d'angle.
Incapable de me fondre dans un moule, je pratique par contre facilement l'autodiscipline. Cela commence très tôt le matin en fouillant les nouvelles sur la Toile. Mes idées les plus personnelles peuvent ensuite surgir pendant le passage au sauna où je suis seul, coupé du monde extérieur. C'est encore plus facile si je sors de ma caverne et arpente le monde. J'en prends alors plein la figure. C'est le retour du social. J'ai également la chance d'avoir des rabatteurs, ami/e/s fidèles qui m'indiquent des chemins de traverse. Le plus important est la première ligne, le fil se déroule ensuite tout seul. Si je me relis, c'est à haute voix que c'est le plus efficace. Question de rythme. Il faut que ça swingue. Je suis toujours surpris que les billets les plus intimes, si impudiques que j'hésite à les publier, sont ceux qui rencontrent le plus de sympathie. Mes limites sont fixées par le regard de ma fille que je ne souhaite pas bouleverser. Peut-être qu'avec le temps, si je continue encore longtemps, je pourrais m'en affranchir. Il y a certains tabous que je n'aborde qu'oralement, mais je me pose mille questions. Penser par soi-même interroge systématiquement ce qui est couramment admis. Nous sommes fragiles. J'ai parfois le vertige. Avoir produit plus de 5000 articles risque la répétition, le rabâchage (sic). Je me dis qu'il y a des choses qu'il est important de ressasser, que mes lecteurs et lectrices ne sont pas si assidus, qu'il faut enfoncer le clou. Dans cet esprit, depuis peu je publie de très anciens articles que je mets à jour, en particulier les liens. Et puis, c'est comme une chanson, ici il y a des couplets, mais aussi des refrains.

Illustration : l'encyclopédiste par Louis-Michel van Loo (détail)

mardi 9 août 2022

Les gardiens du temple


Lorsqu'on vit avec des chats on se demande toujours qui sont les maîtres. Dans la plupart des cas les félins ont domestiqué les humains qui leur prodiguent caresses, massages, plus le gîte et le couvert, sans aucune contrepartie. Comme je descends dans le Massif Central, en mon absence mes amis s'occupent donc des bestioles et de la maison.


Django est souvent en vadrouille, de jour comme de nuit. Mais si je ne suis pas là il ne rapporte aucun trophée, cadeau qu'il dépose bien en évidence sur la moquette blanche. Je préfère cela à sa lubie de venir jongler avec une souris sur le lit vers trois heures du matin. Il est parfaitement sociable. Ni l'un ni l'autre ne mordent, ne griffent ni ne volent.


Oulala est plus timide, mais tout de même moins craintive que lorsqu'elle était plus jeune. Ils ont environ six ans. Ces derniers temps c'est la plus câline, mais je ne comprends rien à ce qu'elle me raconte alors que Django est très clair. Les chatières étant équipées de systèmes à puce pour éviter les déconvenues du passé, ils vont et viennent comme ça leur chante, mais Oulala ne quitte jamais le territoire. Un de ses fils, Milkidou, qui habite en face, vient squatter régulièrement le jardin...
À peine ai-je terminé mon petit article que je m'aperçois qu'hier 8 août était marqué par la Journée Internationale du Chat. Qu'est-ce qu'on invente pas comme trucs idiots ! Comme dans De l'autre côté du miroir je préfère fêter les non-anniversaires aux anniversaires, 364 contre un, y a pas photo ! Enfin, tout de même un peu, puisque je n'ai pas résisté, au risque d'une surchauffe des serveurs...