70 Perso - février 2026 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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vendredi 13 février 2026

Qui perd gagne


Après m'être fait une raison que l'un de mes vieux ordis sur lequel tournaient quelques applis de mon cru était fichu, bon pour la casse, et m'en être ouvert dans cette colonne, plusieurs amis m'ont gentiment conseillé de remplacer le défunt par un petit disque dur SSD et de vérifier si je ne possédais pas des copies de sécurité de ce qui m'importait. Je les en remercie grandement. J'ai donc tournevissé, retrouvé les disques d'installation de tous les systèmes successifs dont le plus approprié, ainsi que nombreuses copies de sécurité sur différents supports, y compris l'ensemble de mes CD-R et DVD-R indexés comme il se doit pour pouvoir récupérer un fichier qui parfois peut avoir trente ans. Utilisant ces machines depuis même bien avant, j'avais tout simplement oublié qu'on pouvait encore les réparer soi-même et comment elles fonctionnaient. Dans une niche obscure, en m'y enfonçant à quatre pattes avec une lampe frontale, j'ai découvert des disques durs datant de Mathusalem. L'informatique évolue si rapidement qu'on oublie les pratiques de jadis. Ayant pris l'habitude de perdre la mémoire, de perdre des objets auxquels je tenais, de perdre des amis qui nous manquent tant, de perdre mon temps (ce que je ne savais pas faire plus jeune), de perdre ma voix (pas trop souvent, c'est vraiment angoissant, surtout pour un bavard), j'ai fini par comprendre que c'est simplement jouer à qui perd gagne. Ce n'est pas forcément grave ou négatif. On a besoin de faire le ménage, ou de l'accepter, et cela aide à se réveiller vierge chaque matin.


Cela me rappelle la musique que j'avais choisie pour accompagner les photos des Arlésiens qui avaient tout perdu lors de graves inondations de 2003 lorsque je m'occupais des Soirées des Rencontres au Théâtre Antique. I lost a sock, la sublime première pièce de Lost Objects par Bang On A Can me fait toujours le même effet. Bouleversant et vertigineux.

L'autocollant translucide est d'Ella & Pitr.

mardi 10 février 2026

Disparition


Comme je le racontais hier lundi à la fin de mon article sur le sublime film de 24 heures a Clock (dont je pensais qu'il intéresserait beaucoup plus de monde !), le disque dur de mon vieux MacBook Pro a rendu l'âme. J'ai fait tout ce que je pouvais pour le sauver, mais c'était peine perdue. J'ai rebooté de plusieurs manières, sans succès. J'ai extrait le disque pour tenter de le faire monter sur un dock, calme plat. En fait, pas vraiment. J'entends un petit grésillement et un toc toc qui vient de ses entrailles. Je n'ai plus qu'à l'emporter à la déchèterie.
Ce qui m'ennuie profondément est ce que j'ai perdu dans cette mort prévisible, car il y avait bien une ou plusieurs raisons de conserver ce vieux modèle parmi tous ceux que je garde, l'un pour pouvoir ouvrir ma collection de CD-Roms, un autre pour la liste des centaines de CD-R indexés avec mes plus anciennes archives numériques ou les vieux .doc illisibles sur des machines plus récentes, etc. Je n'ai surtout plus accès à des œuvres multimedia auxquelles j'ai participé et qui fonctionnaient encore sous de vieux systèmes, comme les modules interactifs du CielEstBleu, de FlyingPuppet, Alphabet, Machiavel, La Pâte à Son, FluxTune, etc. D'autre part je ne pourrai plus jamais jouer de la Mascarade Machine qu'Antoine Schmitt avait programmée et dont je me servais comme d'un Theremin pour transformer en direct des émissions de radio en mélodie tout en agitant les mains comme des marionnettes devant la webcam de l'ordi.
Il y a très longtemps, j'avais cassé un vase auquel je tenais beaucoup. Ma mère me répondit qu'il fallait que je m'habitue à perdre ce à quoi je tiens. Tant d'objets, mais, plus douloureux, les amis. J'ai fini par prendre cela à la légère. Je suis un peu contrarié, mais tout disparaîtra de toute manière avec moi. Du moins pour moi. Pour les autres je continue à laisser des traces. Dans quel but ? Allez savoir. Peut-être pour me faire croire à l'immortalité, ou du moins à ce que tout ce que j'ai amassé ou créé perdure au delà de ma propre disparition.