70 Pratique - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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mardi 9 décembre 2025

Mehr Licht !


Ayant remplacé la vieille armoire à pharmacie du premier étage, j'en ai démonté les miroirs pour les placer à des endroits stratégiques qui renvoient la lumière de l'extérieur. Il y en a déjà partout dans le jardin, parfois derrière les feuilles, lui donnant une impression de profondeur. J'ai commencé par en disposer un étroit entre les deux fenêtres du studio, soit entre les deux parois qui participent à son isolation sonore (c'est une boîte dans la boîte) ; comme elles sont exposées à l'est et encastrées sous le auvent, le petit miroir éclaire un peu la pièce. Le jeu est de le rendre invisible pour n'en conserver que l'effet.


J'ai placé les deux autres derrière les étagères de la cabine qui est forcément exiguë. Il y en avait déjà un grand tout au fond. Sous certains angles elle semble beaucoup plus spacieuse. Elle abrite des centaines d'instruments du plus gros, le piano, aux plus petits, des appeaux d'oiseaux. Les tiroirs en sont pleins. Les plus beaux, violons ou cors, sont rangés dans leurs boîtes. Certains sont plutôt encombrants comme les synthés vintage, les guitares ou le frein, une contrebasse à tension variable construite par Bernard Vitet. Sur les étagères ou dans les tiroirs, je les ai regroupés par famille, les percussions en bois ou celles en métal, les flûtes, les vents, les guimbardes, etcétéra. Dans les pièces les plus lumineuses de la maison il n'y a aucun miroir, même minuscules. C'est inutile et j'aime bien caractérisé chaque espace. Seuls des tableaux sont accrochés au rez-de-chaussée, tandis qu'au premier les murs sont blancs avec absolument rien d'affiché si ce n'est les bibliothèques qui occupent des pans entiers (il y en a sept en tout, toutes thématiques !). Même chose dans l'escalier, la première volée de marches est vierge alors que des œuvres habillent la montée jusqu'au deuxième étage éclairée par un vélux. Ma préférée est l'ange d'Ella & Pitr qui perd l'équilibre et semble dégringoler.


Pour ma part je ne tombe qu'en montant (j'ai enfin compris ces jours-ci que, prenant les virages à la corde, j'accroche mon bout de pied sur l'étroitesse des marches qui tournent en colimaçon), comme la semaine dernière en venant du sous-sol où je me suis esquinté deux doigts et arraché un ongle en m'accrochant aux tuyaux ! Il y a évidemment des miroirs à la cave, et je n'avais pas enfilé mes gants de caoutchouc (comme l'avançait Jean Cocteau, "les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images.", mais, du Sang d'un poète à Orphée, sa phrase que je préfère reste "regardez-vous toute votre vie dans un miroir, et vous verrez la mort travailler, comme des abeilles dans une ruche de verre"). Mehr Licht ! (bon d'accord, là ce sont les derniers mots de Goethe sur son lit de mort ; ce qui devint le titre d'un album étonnant de Bernard, et correspond peut-être mieux au sens de mon article, toujours plus de lumière).

jeudi 4 décembre 2025

Couleurs d'automne


De la pluie ou des températures on ne peut plus se fier à la météo depuis que les humains ont été remplacés en grande partie par des machines, mais pour l'instant les saisons résistent au changement climatique. Le ginkgo biloba passe doucement du vert au jaune, des bords de la feuille vers la tige. Les piridions rouge orangé du cotonéaster tâchent les dalles, écrasés sous nos pas. Le laurier reste vert, mais il faut l'empêcher de se propager partout dans le jardin. Sur la photo prise du premier étage je ne vois rien d'autre si ce n'est les bambous qui sont aussi persistants que le palmier. Des verts et des noirs ! Que faire de toutes les immenses tiges mortes que j'ai coupées au fil des années et qui ont séché au garage ? Quant au palmier de Chine, mon échelle est trop petite pour que je continue à en couper les palmes fânées ; un voisin en a certainement une, mais ce n'est pas simple de l'adosser au tronc rond. Tout cela grandit évidemment année après année. Certains arbres meurent, asphyxiés par les plus tenaces. La glycine étouffe progressivement, mais sûrement, le lavatère et l'églantier.

Je ne vais pas faire tout le tour du jardin, mais je suis surpris qu'il reste des fleurs à cette saison. Sans être pourtant un contemplatif, je peux absorber la nature comme une source infinie d'énergie. Je ne pense pas avoir la main verte, mais les plantes me parlent. Elles communiquent déjà entre elles. Je répète à mon petit-fils de ne pas arracher les feuilles pour rien. Elles sont vivantes. Les végétariens ont une imagination limitée. C'est parce qu'elles nous ressemblent moins que les animaux que nous faisons la sourde oreille. Je leur parle à mon tour, je les caresse, je les nourris parfois. Mais je fais cela avec tous les objets. C'est mon côté animiste. Tous ces électrons excités comme des puces ! Rien ne se perd, rien ne se crée. Les atomes vont et viennent. Je ne suis pas sûr scientifiquement de ce que je raconte, mais c'est une idée généreuse d'étendre la vie à tout ce qui bouge et ne bouge pas. La majorité des humains croient bien dans un truc encore plus absurde qu'ils appellent dieu ! Là, pas de jaloux, pas de guerre, même pas de polythéisme, on vit avec.

mercredi 26 novembre 2025

Ça chauffe !


Depuis que j'avais transformé le sauna infra-rouge, dont la centrale avait grillé suite à une infiltration d'eau dans le toit, par un poêle traditionnel, je ne pouvais plus y écouter de musique. L'électricité n'alimente que les résistances qui chauffent les pierres volcaniques. Une lampe sans fil me permet de choisir la couleur de la lumière lorsque j'en ai besoin, surtout les mois d'hiver où la nuit tombe plus tôt. C'est, par exemple, utile pour vérifier la température sur le cadran accroché au mur. Mes voisins dont la séance hebdomadaire est quasi rituelle m'ont astucieusement suggéré d'acquérir une petite enceinte Bluetooth connectée à mon smartphone que je laisse dehors. Par contre je pose l'enceinte à l'intérieur. La chaleur, tout à fait tolérable sur le sol, ne risque pas de l'abîmer. Elle est waterproof, mais pas fireproof ! Le son est excellent, du moins pour un si petit machin. Boycottant les plateformes type Spotify ou Deezer, j'écoute des disques sur Bandcamp (aujourd'hui Sacha Gattino), les émissions de France Culture, ou encore Radio Libertaire (qui n'a pas de pub) comme je le faisais dans le passé. La méditation n'étant pas mon fort, surtout dans ces conditions, je m'aperçois que cet accompagnement musical m'incite à suer un peu plus longtemps. L'hiver, le thermomètre monte plus haut, jusqu'à 95° !

lundi 24 novembre 2025

Manuel de survie (3)


En 2017 j'avais chroniqué le Manuel de survie qui trône dans la pièce éponyme, celle du trône. Jeudi dernier, le gouvernement de l'employé des banques, royaliste de surcroît, publie un petit fascicule en ligne qui lui fait concurrence. En corrélation avec les propos alarmistes et cyniques de son chef d’état-major des armées, on comprendra qu'il s'agit avant tout de faire peur à la population pour l'empêcher de réfléchir aux véritables questions qui pourraient lui donner la drôle d'idée de se révolter en votant pour un candidat de gauche, toujours caricaturé avec un couteau entre les dents, ou en descendant dans la rue. Il y a évidemment le danger d'un conflit qui éviterait d'envoyer les citoyens vers les urnes pour conserver le pouvoir, mais la France n'est pas l'Ukraine. Nous voguons en plein roman d'anticipation, même si l'actualité nous montre que le pire peut malgré tout arriver. On le constate aux États Unis ou à Gaza. L'impossible est devenu le réel. Lorsqu'il s'agit d'art, c'est sublime. En politique, les actes criminels de nos dirigeants sont moins sympathiques. Les flux migratoires générés par les conflits, alimentés devinez par qui, ou par les catastrophes météorologiques dus au réchauffement climatique, produit devinez par qui, s'intensifiant, la tendance extrême-droitière séduit même chez les bien-pensants et les victimes inconscientes. [A parte tandis que je tape ces lignes, je viens de tuer un moustique, étrange à cette période de l'année !] Le capitalisme a besoin de diaboliser un adversaire pour perdurer. Le terroriste musulman a remplacé le dangereux bolchévique dans les films hollywoodiens comme dans le roman national, bien que Poutine lui redonne du galon.
Donc Tous responsables : un guide pour mieux faire face aux risques arrive à point nommé. Il a néanmoins une certaine utilité si l'on pense aux dangers que représente notre industrie vétuste, que ce soit nos centrales nucléaires ou les usines "Seveso" qui fleurissent sur notre territoire. Les municipalités ne sont pas du tout prêtes à gérer une catastrophe, comme on l'a constaté, par exemple, lors de l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen en 2019. On a vu aussi comment la pandémie du Covid a pris de cours l'ensemble de la planète. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises, qu'elles soient écologiques (hélas les plus probables et les plus terribles, mais on fait comme si de rien) ou politiques (de celles-là on finit toujours par s'en sortir, mais après combien de morts ?). Personne n'y échappe. Les milliardaires eugénistes qui se font construire des bunkers dans des îles privatisées tomberaient forcément sous les coups de leurs employés de maison ou de leur service de sécurité !

J'ai donc lu le fascicule publié sur impots.gouv basé sur la résilience, concept à la mode évitant de pointer les responsabilités en amont. Il y a aussi une version plus imagée, intitulée Tous responsables. Ils sont plutôt de bon conseil. En homme prévoyant, prêt à confronter tous les aléas du quotidien, je crois avoir coché toutes les cases, mais à mon petit niveau c'est pour profiter au mieux de la vie et non dans la perspective d'une catastrophe générale et flippante. Si vous n'y aviez pas pensé, le guide peut donc être utile, mais méfions-nous des circonstances où il est publié et continuons à nous battre contre les gouvernements qui nous envoient dans le mur...

Comme cet article est susceptible de produire l'effet inverse de celui que je m'étais assigné, je recopie ici un extrait de Manuel de survie (1) (le second épisode concernait le confinement) qui remet les choses en place, du moins telles que je les conçois :


Didier est ressorti hilare d'un petit séjour hygiénique dans la boîte verte où se trouve un des lieux d'aisance de la maison. J'y laisse toujours de la lecture instructive comme les vieux numéros de la revue Schnock ou des fascicules publiés par la Préfecture de Police. Il était tombé sur le Manuel de survie de Joshua Piven et David Borgenicht que ma fille m'avait offert il y a longtemps pour je ne sais quel anniversaire. Elsa, connaissant les exploits sportifs de mon enfance et mon goût pour tout ce qui peut être pratique, ne pouvait pas tomber mieux.
Danseur, Didier fut particulièrement sensible à l'article Comment sauter dans un train en marche quand on se trouve sur le toit. Les auteurs conseillent de ne pas essayer de se tenir debout, de se mettre à plat ventre dans les virages ou à l'approche d'un tunnel, d'accompagner le balancement du train avec son corps, latéralement et en avant, et une fois l'échelle trouvée de descendre rapidement. Pour moi, c'était une évidence.
Il y a plus Sioux. Comment survivre à une morsure de serpent venimeux, se débarrasser d'un requin, échapper à un puma, un alligator ou des abeilles tueuses m'en apprennent long comme le bras. Comme gagner un combat à l'épée, encaisser un coup de poing, sauter d'un immeuble dans un container, faire une trachéotomie, détecter un colis piégé, faire atterrir un avion, survivre à un tremblement de terre ou à un naufrage, etc. Mais me souviendrai-je de ma lecture si mon parachute ne s'ouvre pas ou si je dois sauter dans une voiture en marche depuis une moto ? Pas question alors d'ouvrir le manuel que j'aurai précautionneusement glissé dans ma poche ! Il faut donc que j'apprenne par cœur comment démarrer une voiture sans clé de contact ou que faire si une dame accouche dans un taxi.

vendredi 7 novembre 2025

De la mémoire et des bosses


Comment se fait-il qu'après 25 ans de pratique dans ma maison je me cogne toujours aux mêmes endroits ? Pourquoi suis-je incapable de me souvenir des trois bas de plafond qui font de moi un bas du front ? Je m'assomme donc régulièrement, mais heureusement pas très souvent, sous l'escalier de la cave, en remontant du garage et en entrant dans le petit local jardin. Ce sont évidemment des impasses où l'on marche souvent à reculons, ou sinon des passages un peu bizarres. Le coup est douloureux sur l'instant, on voit trente-six chandelles comme Roger Rabbit au début du film de Zemeckis, début à la Tex Avery dont je ne me lasse pas, mais la douleur passe vite. Seule la bosse se rappelle à votre bon souvenir. Pour éviter de me casser une fois de plus le petit orteil gauche, j'ai placé des pots de fleurs aux endroits stratégiques du jardin, mais je ne peux éviter certaines embûches si je marche pieds nus. Il serait par contre ridicule que je porte un chapeau lorsque je pénètre dans les endroits reculés du pavillon.
Quant à se souvenir des dangers domestiques qu'ils représentent, je sens bien que ma mémoire n'est plus aussi affûtée qu'elle le fut. J'ai du mal à associer un nom et un visage, je cherche des mots courants, je pose mes lunettes n'importe où, etcétéra. Le ciboulot se comporte peut-être comme un disque dur. Sa capacité de stockage ne serait pas expansive ? Plus on vieillit, plus le nombre d'informations est grand. En jetons-nous alors d'anciennes pour faire de la place aux nouvelles ? Il paraît pourtant que l'on peut récréer de synapses à tout âge. Nous sommes néanmoins tentés de réécrire notre histoire. À force de la raconter, nous la figeons sous une forme confortable. La répétition ne favorise pas l'imagination. Déménager permet, par exemple, de préserver des souvenirs en les situant géographiquement. Ainsi je me souviens de très nombreuses choses, plutôt rattachées à des localisations, vécues jusqu'à cinq ans. Je fais abstraction des délires somnambuliques de mon enfance que j'assimile peut-être à tort à l'épreuve de ma naissance. On se raconte parfois des histoires auxquelles on finit par croire. Les photographies apparues ces dernières années sur le Net m'ont permis de me rassurer, je n'avais rien inventé ! Par contre, lorsqu'on compare le souvenir très ancien de deux personnes, il arrive que les versions ne correspondent pas du tout. Inconsciemment les uns ou les autres réécrivons l'histoire, et les deux protagonistes de ne pas démordre de leur interprétation dont l'incompatibilité peut se révéler troublante. Les optimistes ont tendance à se rappeler les bons moments de leur existence, les pessimistes à noircir le trait. Voilà donc comment une bosse me fait divaguer tout en ravivant ma mémoire !

Illustration : gros plan d'une œuvre de Sheila Hicks au Musée du Quai Branly

dimanche 26 octobre 2025

Soucis sauvages


Adorable attention de Roland, un voisin du quartier, qui sème des graines le long des maisons. Je ne pensais pas que les soucis prendraient devant la porte du garage, mais voilà de quoi égayer l'automne. Ceux qui bénéficient de plus de soleil ont le droit à des coquelicots. Plus haut dans la rue, Roland réalise depuis des années une composition florale dans un bac de la mairie qui ne s'en occupe pas. Il doit aussi demander aux cantonniers qui balaient de préserver ses plantations sauvages et les voitures arroseuses pourraient leur être fatales en arrachant tout ce qui se trouve à proximité du jet. Le seul problème avec les fleurs et les herbes qui poussent le long des murs, c'est qu'ils attirent les chiens qui chient et les humains qui pissent. Arroser ces bouquets leur donne probablement l'impression de faire cela dans la nature. Il est vrai que l'urine apporte azote, phosphore et potassium, à condition qu'elle soit diluée. Un autre souci, c'est que les automobilistes pensent qu'aucun véhicule n'entre ni ne sort d'un endroit aussi fleuri. En ce moment, de l'autre côté du mur, ce sont les fleurs de yucca qui s'épanouissent en énormes grappes de cloches blanches...

jeudi 23 octobre 2025

Un problème de robinets


Si mon titre se réfère à une célèbre question d'arithmétique, me revient aussitôt la mélodie "Deux robinets coulent dans un réservoir !", le texte de Colette mis en musique par Ravel entre 1919 et 1925 dans L'enfant et les sortilèges. J'en possède plusieurs versions tant j'adore cet opéra d'une inventivité incroyable. J'ai un faible pour les fantaisies hirsutes de cette époque comme Les mamelles de Tirésias (1917) de Poulenc d'après la pièce d'Apollinaire qui a d'ailleurs donné le terme "surréaliste".
J'avais donc un problème de robinets. Dans la cuisine c'était un col de cygne fixe qui ne permettait pas d'arroser les parois des deux éviers, et ceux des salles de bain étaient en plus si bas qu'il était impossible de s'y pencher sans risquer un tour de rein. Alors je leur ai rajouté un petit accessoire absolument génial si l'on ne veut pas remplacer tout le système, d'autant que chacun ne m'a coûté que treize euros. C'est un "mousseur robinet, aérateur de robinet rotatif à 1080°, aérateur à tamis à économie d'eau, rallonge de robinet buse mélangeuse 2 jets, aérateurs universels pour robinets de cuisine et salle de bain" ! On dit que cela ne s'invente pas, mais c'est tout le contraire, l'objet se serait-il retrouvé au Concours Lépine ? Il s'installe extrêmement facilement, mais j'ai dû tout de même, sur l'un des trois, entourer le pas de vis avec du Téflon pour ne pas que cela goutte. Les chats qui boivent au robinet n'y ont vu que du feu, c'est pourtant bien de l'eau qu'ils goûtent, et je peux désormais orienter mes robinets dans tous les sens, ce qui est très pratique !
Il me semble utile, voire astucieux, d'améliorer le confort de la maison, lorsqu'on y constate des gestes contrariés qui se répètent au fil des années. J'ai récemment évoqué ici les rampes, j'ai glissé sur le tapis de douche, manié la raquette anti-moustiques (cette année ils sont minuscules, rapides et virulents), rasé les bouloches, étendu les livraisons (depuis que j'ai donné ma voiture à ma fille), et fait surtout en sorte que les pertes générées par l'ancienneté (mon anniversaire approche) soient contrebalancées par une meilleure gestion du corps et des émotions. Si l'on fait abstraction des absurdités et des monstruosités de l'espèce humaine, je pourrais dire que la vie est belle.

mardi 14 octobre 2025

Faut pas tomber


"Faut pas tomber" est le leitmotiv de celles et ceux qui souhaitent faire durer le plaisir. Entre le col du fémur, l'ostéoporose, le traumatisme crânien et tutti quanti, la chute est un toboggan vers la fin, surtout lorsqu'on a atteint un âge canonique. À vélo je porte un casque, piéton je regarde à gauche et à droite. Quant aux escaliers on se référera à Cécile Sorel au Casino de Paris lançant à Mistinguett : "l'ai-je bien descendu ?". J'aurai donc attendu vingt-cinq ans pour installer une rampe dans l'escalier qui mène au dernier étage. L'ange d'Ella & Pitr dont on aperçoit le pied fébrile avait perdu l'équilibre depuis longtemps, en en voyant de toutes les couleurs, or tel Jean Cocteau dans Le testament d'Orphée il reprend chaque fois sa place par un mouvement inversé qui tient du voyage dans le temps. C'est d'ailleurs de là, une faille spatio-temporelle comme la mémoire en est experte, que viennent les deux Pierrot en albâtre posés sur les marches. Ils me rappellent la chambre de ma grand-mère avenue Constant-Coquelin, une impasse du 7ème arrondissement où, enfant, je passais mes jeudis. Lorsqu'elle se réveillait de sa sieste, nous avions le droit à une pastille Vichy de la bonbonnière posée sur sa table de nuit ou un bonbon d'une boîte posée sur les draps dans la grande armoire. Il n'y a donc plus qu'à s'accrocher convenablement pour continuer à s'afficher ici.

mercredi 24 septembre 2025

Remèdes de grand-mère


L'année dernière j'ai commencé à avoir mal au genou avant que la douleur s'amplifie au point de m'empêcher de dormir. Le scanner et l'IRM ont confirmé une absence quasi totale de cartilage entre le fémur et le tibia. Après piqûre de corticoïde puis infiltration d'acide hyaluronique je me suis remis à gambader comme un cabri. L'idée est évidemment d'éviter toute opération, la moitié des amis qui l'ont pratiquée sont heureux et l'autre moitié a encore plus mal qu'auparavant, sans compter une maladie nosocomiale catastrophique. Le rhumatologue, à qui je demandai si le petit coussin artificiel n'allait pas se tasser, me répondit que je revienne le voir dans un an, un an et demi, lorsque j'aurai à nouveau mal et que l'on recommencerait. Jusque là je pensais que l'arthrose était un truc en plus alors que c'est le contraire. Cet été, pendant nos vacances où il nous est arrivé de marcher jusqu'à six heures d'affilée, la douleur a remontré le bout de son nez. J'étais essentiellement inquiet d'arriver au bout et me massais régulièrement avec du Ketum. Cela a tenu.
À son retour des Philippines, Vilma m'a rapporté une petite bouteille d'huile en m'indiquant d'y faire macérer deux noyaux d'avocat râpés avec quelques feuilles de laurier, des clous de girofle, un citron avec son zeste coupés en petits morceaux et un peu d'alcool, et de me masser matin et soir avec. Elle, qui avait du mal à monter ou descendre un escalier, ne ressentait plus aucune gêne après un mois de ce traitement. N'ayant rien à perdre, je suivis donc la prescription et après une semaine seulement mon genou est comme neuf, du moins au niveau de la sensation. Cela ne remplacera pas le cartilage manquant. On verra bien comment cela évolue, mais pour l'instant, après trois semaines de ce traitement, c'est quasi magique.
Comme j'en suis aux remèdes de grand-mère, et que je suis tout de même conscient que la médecine allopathique s'appuie souvent sur la nature quitte à l'imiter avec des substances de synthèse, je signale une autre petite aventure qui m'est récemment arrivée. Il était minuit, j'étais couché, lorsque j'ai entendu une machine tourner. Je suis même allé ouvrir la fenêtre sur la rue pour l'identifier. Rien, mais le pouf pouf pouf qui n'affectait que mon oreille droite était synchrone à mes battements cardiaques ! Je suis descendu interroger ChatGPT qui m'a décrit les symptômes d'acouphènes pulsatiles. Les jours suivants le rythme revenait dans mon oreille et repartait. J'avais pris l'avion deux jours plus tôt et enfoncé un coton-tige dans la foulée. Un post-scriptum doctissimesque soulignait que certaines personnes se mettaient de l'huile d'olive dans l'oreille ! Je m'emparai donc de la burette de la cuisine et buvardai dix minutes plus tard. Les acouphènes disparurent instantanément sans ne jamais revenir. Attention, ce sont des pulsatiles, pas une sinusoïde aiguë ou je ne sais quoi d'autre.
Parmi d'autres expériences récentes un remède chinois fourni par Sun Sun eut raison de crampes intestinales persistantes, peut-être après avoir ingéré une dose de piment irraisonnable. Ce n'est pas la première fois que la pharmacopée chinoise me sort d'embarras. Là c'était des granules de la taille de petits plombs de chasse dans un tube en verre, comme ceux qui m'avaient fait passer une toux persistante qu'aucun médecin n'avait enrayée. Sinon j'ai eu souvent recours au sirop qu'on trouve partout à Belleville et qui est génial contre les maux de gorge.
L'avantage de ces machins est l'absence d'effets secondaires graves. Mes amis allopathes évoquent l'éventualité de l'effet placebo. Qu'importe si ça marche ! Tous les médicaments ne soulagent pas tous les patients. Si la médecine occidentale a à son actif des découvertes fondamentales aux résultats parfois exclusifs, elle se croit seule efficace et se rit de l'acuponcture, de l'ostéopathie, de la magnétothérapie, des huiles essentielles, des plantes, etc. Didier, que j'ai convaincu d'acquérir un pistolet masseur, peut danser à nouveau sans douleurs au pied. Je ne vais pas faire l'inventaire de tout ce qu'on peut faire soi-même simplement au lieu de courir chez le médecin ou de grimper sur la table d'opération. Mais aujourd'hui je danse !

mercredi 9 juillet 2025

Are you experienced ?


À Nantes, au Jardin Extraordinaire, Eliott m'affirme que c'est un crapaud parce qu'il a des pustules sur le dos. Plus loin des grenouilles, plus menues que lui, s'ébattent. Course-poursuite et chevauchements de rigueur. Est-ce la saison des amours ? Je ne me risque pas à leur faire un bisou, car je n'ai jamais été fan de la polygamie. Jeune homme, je me souviens avoir vécu deux semaines avec trois filles de mon âge, une à chaque étage. C'était accidentel, concours de circonstances lié à mon sens de l'hospitalité. Cela peut paraître fantasmatique, mais je n'en ai absolument pas profité, car je culpabilisais en pensant aux deux autres lorsque j'étais avec chacune d'entre elles. Les années 70 rendaient ces situations plutôt banales. Nous ne nous formalisions pas de la liberté que nous accordions les un/e/s aux autres, ce qui ne signifie pas que nous étions plus heureux pour autant. J'avais beau avoir passé deux jours avec une fille, cela ne me faisait pas particulièrement plaisir que ma compagne officielle rentre de Lyon en me racontant qu'elle avait fait l'amour tout le week-end avec un Tahitien "beau comme un dieu". Pour être positif, disons que cela avait le mérite d'être expérimental. Jimi Hendrix chantait : Are you experienced ? Nous l'étions, par tous les sens. Cela ne faisait pourtant pas de nous de meilleurs amants. Nous ne confondions pas la sexualité avec l'amour, sentiment plus rare. J'ai l'impression qu'il m'aura fallu des années pour en apprécier toutes les subtilités, alors que mon romantisme de midinet n'a probablement pas beaucoup évolué.

lundi 26 mai 2025

Eastern (western de l'est parisien)


Les terrassiers qui défoncent notre rue ont beaucoup d'humour si j'en crois les tuyaux entassés devant notre porte d'entrée. Je devrais plutôt écrire de sortie, même si l'opération semble hasardeuse. Les ouvriers remplacent les tubes en grès gris de plus d'un siècle que les mouvements de terrain ont fendus ou cassés. Les eaux usées s'en allaient dans le sol. Ce ne sont pas seulement ceux d'assainissement qui laissent échapper des tonnes d'eau. On ne peut imaginer la quantité d'eau potable gaspillée ainsi. Aujourd'hui les fuites se décèlent néanmoins facilement avec un micro et un casque sur les oreilles. Dans notre rue, enfouis à trois mètres cinquante, à proximité d'un monstrueux tuyau de gaz qui s'il explosait rayerait le quartier de la carte et d'une ligne électrique de 225 000 volts alimentant la capitale, ils exigent une expertise minutieuse et des machines capables de creuser aussi profondément. À propos de catastrophe, dans la pièce Des haricots la fin sur le disque Qui vive ? j'avais intégré le bouleversant reportage en direct de l'explosion de la rue Raynouard le 17 février 1978. Une fuite d’eau y aurait justement provoqué l’affaissement du trottoir et le percement de la canalisation de gaz située sous la chaussée, bilan douze morts et une soixantaine de blessés dont plusieurs sapeurs-pompiers. Ce ne fut pas la seule à Paris, cela s'est encore produit rue de Trévise en 2019 et rue Saint-Jacques en 2023. Ici le plus dangereux serait un affaissement de terrain pendant que les ouvriers sont au fond. Il n'y a pas que l'asphyxie. Le responsable m'explique que les enfants qui s'enfouissent sur la plage risquent une compression de la cage thoracique sous le poids du sable. Pour un billet d'humour, vous repasserez ! Enfin, certains le prennent autrement...


Avec surprise je découvre sur FaceBook une photo de mon chat où il est stipulé que c'est le "boss" de la rue. Il a profité des travaux et de l'absence automobile pour poser devant Brahim. Il ne manque que l'accompagnement musical d'Ennio Morricone pour que Django soigne son rôle ! Devant les nombreux like qu'il engendre je me dis ne plus avoir à m'inquiéter quand il s'aventure dans le quartier, entre autres à chasser les rongeurs qu'il rapporte généreusement à la maison, maintenant que le gros gris est connu comme le loup blanc.

mardi 6 mai 2025

Massacre à la tronçonneuse


J'ai la chance d'avoir des voisins hyper sympas qui me donnent un coup de main lorsque ce ne serait plus du tout raisonnable que je m'y colle seul. Je ne pourrai jamais leur rendre la pareille puisque dans vingt ans ils auront l'âge que j'ai aujourd'hui. J'espère seulement qu'ils auront de nouveaux bras quand il faudra poser un linoleum à la cave ou abattre un arbre comme dimanche. Heureusement il y a mille et une manières de s'entraider. Je m'y emploie. La grêle de samedi n'avait pas fait trop de dégâts, il avait juste fallu balayer les feuilles cisaillées et les fleurs coupées, ce qui représente plus de boulot qu'on ne peut l'imaginer. Le bouleau ayant rendu l'âme à la dernière sécheresse, le charme se portant fidèle à lui-même, les bambous accusant le coup, nous nous sommes attaqués au tamaris bien mal en point pour la première fois en vingt-cinq ans. Éric s'est donc emparé de la tronçonneuse et s'est mis à trancher à tout-va. Mais tout ne va pas si bien si l'on sectionne la fibre qui me relie à Internet ! Je l'avais pourtant averti de faire attention, mais le câble ressemble à une des dizaines de brindilles qui sautent comme un feu d'artifice sous la lame. Donc le soir vers 22 heures je m'aperçois que la box affiche un trait blanc qui ne dit rien de bon, plus de réseau ! Perché sur un escabeau je constate les dégâts à la lampe de poche et laisse un message aussitôt à Orange dont l'excellent service après-vente explique peut-être que le prix de l'abonnement est nettement plus élevé que chez Free. Le lendemain matin leur technicien vint armé d'une cliveuse de fibre optique, d'une soudeuse idoine, d'un nettoyant à alcool isopropylique, de manchons de protection thermorétractables et d'un boîtier d'épissure. Encore fallait-il qu'il y ait assez de mou (pas pour les chats qui s'en fichent comme du déclin de l'empire américain, même s'ils passent une partie de la journée perchés en haut du mur), soit environ 30 centimètres de chaque côté. C'était juste, mais la connexion avec le monde est revenue, d'autant que j'en avais sérieusement besoin pour diverses tâches dont l'envoi à Sonia de la musique du second épisode sur la cybersécurité que je terminai de ce pas pour un site web destiné aux 13-18 ans.

samedi 19 avril 2025

Les approximations de la météo


Depuis quelque temps j'ai l'impression de ne plus pouvoir me fier du tout à la météo. Est-ce une idée réactionnaire comme de penser que c'était toujours mieux avant ? La mémoire est volatile et l'on a souvent oublié les misères traversées. Par exemple, j'ai beau vieillir, comme tout le monde, il me semble que la dégénérescence physique peut largement s'équilibrer par une meilleure gestion de son corps. C'est pareil avec le ciboulot. Les neurones s'éteignent, mais l'on devient plus sage, c'est du moins une option envisageable à condition d'y travailler. Il n'empêche que le cerveau ressemble à un disque dur et il lui arrive d'atteindre ses limites, à savoir que plus le temps passe, plus la masse d'informations prend de la place. Alors on jette des souvenirs pour pouvoir continuer à en engranger. Comme je l'avais expliqué à ma fille qui préparait une dissertation sur le sujet, il faudrait une vie aussi longue que celle que l'on a vécue pour se souvenir de tout. Lorsque j'étais étudiant à l'Idhec je pensais avoir une perception assez complète de l'histoire du cinéma, or cette histoire, passée de cinquante ans à plus d'un siècle, me donne l'impression de ne plus connaître grand chose. En cette période de vacances où la météo est déterminante pour celles et ceux qui ont à la chance d'en prendre, cette digression interroge le planning de nos activités. Ainsi il était question qu'il pleuve toute la semaine et la prochaine, et ma fille s'est retrouvée sous la neige avec un ciel bleu, et là où nous sommes le dessin d'un beau soleil s'est soudain substitué à celui d'une averse.
Les spécialistes peuvent évoquer la physique du chaos, des modèle complexes intégrant température, pression, humidité, vent, etc., les microclimats, le relief, ou la mer, on a beau utiliser des stations météo hyper sophistiquées, des ballons-sondes, des satellites, des avions, des bateaux dont les résultats sont injectés dans des ordinateurs hyper puissants, les modèles de prévision comme ARPEGE, GFS, IFS, ICON ne sont pas vraiment fiables. La météorologie n'est pas une science exacte. L'interprétation par des météorologues est déterminante et il y en a beaucoup moins qu'avant. Les machines ont trop souvent remplacé ces poètes du climat, j'écris poètes parce que les météorologues que j'ai rencontrés dans le passé me donnaient cette impression. Ils me rappelaient la manière dont les artistes envisagent leurs œuvres, avec une part de somnambulisme, une part de bon sens, une part de subjectivité qu'on appelle l'expérience. Dans aucun domaine, jamais les machines, jamais l'intelligence artificielle ne remplaceront l'intuition humaine lorsqu'elle est vécue par des rêveurs sachant envisager l'impossible.

jeudi 20 mars 2025

Construire un arc musical


Parmi les petits sujets tournés en 1993 pour mon film Idir & Johnny Clegg a capella je n'avais jamais regardé le petit bonus inédit où Clegg fabrique des arcs musicaux avec les bambous de son jardin. Je l'ai conservé ici dans la continuité comme s'il s'agissait d'un didacticiel. Il n'y aurait qu'à suivre chacune des étapes. Une petite démonstration de lutherie roots.


Collectionneur de tout ce qui peut produire du son et virtuose de la guimbarde, je n'osai pourtant pas demander à Clegg de m'offrir l'un de ces arcs ou de m'en construire un tant cela lui avait donné du mal. Mais je possédais au moins le mode d'emploi. Vingt ans plus tard, les bambous de mon jardin ont largement atteint la maturité requise. Eux, moi pas.

P.S. : Pendant que j'y suis, voici le film en version française (les sous-titres sont pour Clegg, dans la version angaise ils sont pour Idir !), tel que diffusé dans le cadre de Là-bas si j'y suis...



Article du 28 février 2013

mardi 11 février 2025

J'avoue tout


Comment gérer la douleur ? Pour commencer, elle est inévaluable. Chacun, chacune a ses limites et sa manière de la supporter. Il peut être légitime de se plaindre d'un petit bobo comme d'une maladie grave. Sur la sellette il vaut mieux placer la plainte, parce qu'elle implique les autres. Partager ses angoisses, exprimer ses turpitudes soulage, mais à quel prix ? Je pense parfois au film The Disorderly Orderly (Jerry chez les cinoques) où Jerry Lewis attrape le moindre symptôme que ses patients lui racontent. L'empathie peut permettre au transfert d'opérer. Tout dépend de l'état de la personne à qui l'on s'adresse. Dans les périodes critiques se révèle la fragilité de chacun. On marche sur des œufs alors que l'on n'est plus soi-même, diminué par les assauts de la douleur. Si la mort ou la perspective d'une extrême dégénérescence n'y sont pas associées, reste comment l'endurer. Évidemment on s'inquiète, mais le chatgépétage ou la consultation auprès des professionnels compétents ne règle pas forcément la question, surtout si l'on ne comprend pas la cause du mal. Décrire la douleur avec des mots, le plus précisément possible, tend à l'apprivoiser. J'ai ainsi plusieurs fois fait référence à la lecture du Bras cassé de Henri Michaux qui changea ma vie lorsque j'avais vingt ans. Si la pratique de l'EMDR (intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires) m'a sorti plus d'une fois d'un mauvais pas, je ne rechigne pas à avaler un analgésique puissant pour que la douleur ne se propage pas au delà de son centre névralgique, et mon ostéo préféré fait des miracles. Il n'échappera à personne que ces quelques réflexions sont générées par ma récente raideur du cou dont l'effet épouvantable agissait vingt-quatre heures sur vingt quatre, m'empêchant donc de dormir plusieurs jours d'affilée. J'utilise l'imparfait pour conjurer le sort, mais la radio montre bien une arthrose cervicale prédominante en C4-C5 ! On tombe facilement sur la théorie des dominos. Il est indispensable de circonscrire le mal. Entre le manque de sommeil et les effets secondaires du tramadol-paracétamol mon cerveau s'embue quelque peu. Alors, puisqu'il n'y a pas mort d'homme, je me dis que si la douleur me torture littéralement, j'avoue tout. Rien ne m'empêchera de parler ! Celles et ceux qui connaissent le bavard invétéré riront de l'allusion.

mardi 21 janvier 2025

Des oiseaux, petits et gros


Uccellacci e uccellini est probablement mon film de Pier Paolo Pasolini préféré, pour une quantité de raisons. Tourné en 1966, il commence avec l'un des plus beaux génériques de film, entièrement chanté sur une musique d'Ennio Morricone. Ce film marxiste est magiquement interprété par Totò et Ninetto Davoli, dont toutes les participations à des courts ou longs métrages de Pasolini sont sublimes. Et puis il y a les oiseaux. Un corbeau, doué de la parole, leur raconte l'histoire de frère Ciccillo et de frère Ninetto (eux aussi interprétés par les deux comédiens), des moines franciscains à qui Saint François d'Assise ordonne d'évangéliser les faucons (les puissants) et les passereaux (les humbles). À eux d'en trouver les moyens !


Je suis mal placé pour évangéliser qui que ce soit, à commencer par moi-même, mais j'ai toujours essayé de communiquer avec les animaux, du plus petit au plus gros, et à défaut d'y arriver j'adore les regarder vivre. Cela explique mon récent voyage dans l'Amazonie profonde. Sans avoir besoin d'aller jusque là, j'ai finalement installé une mangeoire au centre du jardin. Aussitôt une dizaine de mésanges se sont précipitées sur les cacahuètes, se confrontant à un merle essayant de faire la loi. Les boules de graisse et les graines de tournesol ont beaucoup moins de succès. Les boules sont composées de flocons d'avoine et de blé, de la graisse de bœuf, d'huile de tournesol, etc. Plus timides, ont suivi les rouges-gorges. Puis les geais et les tourterelles, mais seulement dans l'assiette horizontale. Les corbeaux, probablement trop lourds, gardent leurs distances. Certains volatiles préfèrent céder au mythe de Narcisse en se pavanant devant les miroirs disséminés partout dans le jardin. Le mât mesure deux mètres quarante, empêchant nos chats de croquer les petites bêtes. Ma fascination pour le ballet des petites ailles m'identifierait à "un enfant de cinq ans et demi". Depuis que j'ai installé le perchoir je passe mon temps aux différents postes d'observation entourant le jardin.

mercredi 23 octobre 2024

Boucles d'oreilles


N'étant pas très bricoleur je ressens une immense fierté lorsque je réussis à fabriquer quelque chose avec mes dix doigts. J'avais déjà construit un portique à trois étages pour accrocher les cintres sans aucun clou ni vis, grâce à un système d'échafaudage que Raymond avait récupéré d'un décor de théâtre. Me souvenant des vendeurs de bijoux à Cuzco, j'ai eu l'idée de remplacer la boîte où il est difficile de choisir ses boucles d'oreilles par une planche où j'ai enfoncé une soixantaine de clous pour que ma compagne y voit plus clair. Elle y a ajouté quelques colliers. L'objet est devenu le véritable clou de la salle de bain.

vendredi 11 octobre 2024

Mes grelots


Un clip vidéo très tendre réalisé par Sonia Cruchon [en octobre 2012] sur une musique de El Strøm, "en hommage à celles qui nous apprennent à marcher".
Avec la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard, le polyinstrumentiste Sacha Gattino (harmonicas, métalophone, clavier/échantillonneur) et moi-même (trompette à anche, synthétiseur, grelots, guimbardes, harmonica). Les images sont de Jean Cruchon, Florence Mourey et Sonia qui signe également le montage.


C'est fou le nombre de petits êtres qui sont nés autour de nous cet été. On pense aux mamans qui font tout le boulot, même si les "nouveaux pères", comme on nous appelait il y a [quarante] ans, s'y collent autant qu'ils peuvent. Lorsque vient le temps de marcher, le pire est passé, entendez les deux premiers mois que nous oublions très vite et qui nous ont tous et toutes pris de court ! [Rappel récent avec la naissance de ma petite-fille !] Le pire est évidemment aussi le meilleur. Je me souviens avoir vraiment pris mon pied à partir de six mois quand la mère de ma fille s'épanouissait depuis longtemps. À un an c'était parti, le moment de la marche évoqué par Sonia dans son très joli film. Les ennuis commencent avec la puberté. Nous avons craqué entre seize et dix-neuf, et puis tout est redevenu gérable, mais nous ne pouvions plus faire grand chose qu'être là. Et là on n'en finit jamais. Et à leur tour ils continuent à apprendre à marcher, mais seuls, et cela prend toute une vie, la leur cette fois.

Article du 17 octobre 2012

lundi 16 septembre 2024

Fraude SNCF


Lorsque je rends visite à ma fille qui habite en Pays de Loire, je dois prendre un TER après ou avant le TGV, selon le sens du trajet. Or cela fait plusieurs fois que mon TER est annulé sous prétexte de problème technique. Lorsque je viens de Paris, je dois prendre un taxi qui augmente le coût et la durée du voyage, mais si je dois rejoindre Nantes je raterais ma correspondance si l'on ne me conduisait pas en catastrophe à la station de tramway Gare Maritime. Cette mésaventure arrive aussi de temps en temps à Lulu le matin alors qu'elle se rend au lycée. On est parfois prévenu par un SMS ou un mail, mais c'est généralement trop tard. De deux choses l'une, ou l'entretien des machines est à revoir, ou bien la SNCF se fiche de nous, probablement parce qu'elle estime qu'il n'y a pas assez de voyageurs. Et ce, toujours au dernier moment ! Je pourrais me faire rembourser les deux euros de ma réservation, mais le labyrinthe en ligne est tel qu'il est préférable d'abandonner. Pourquoi la SNCF ne rembourse-t-elle pas automatiquement, puisqu'elle a tous les renseignements le permettant. Tout cela flaire l'arnaque et je me demande chaque fois si ce n'est pas délibéré pour que les usagers râlent et acceptent plus facilement la privatisation des services publics.

mercredi 11 septembre 2024

Spun, le fauteuil-toupie


Voyager permet d'avoir un regard différent sur les gens et leur manière de vivre. C'est parfois cruel ou déstabilisant. Je me souviens de ma fille, petite, nous demandant de partir en vacances pour une fois dans un pays "pas pauvre". La comparaison peut paraître douteuse, tant pis, mais de même que les zoos sont des lieux paradoxaux si l'on aime les animaux, permettant d'appréhender d'autres réalités que sa quotidienneté, visiter des pays très différents du nôtre permet de changer de point de vue, et, en ce qui nous concerne, de se rendre compte du paradis où nous avons malgré tout la chance de grandir.
Passé cette considération qui mériterait d'être creusée sérieusement, de chaque voyage on tire des enseignements très variés, certains bouleversants, d'autres plus anecdotiques. Par exemple, notre récent périple au Pérou m'a fait m'interroger une fois de plus sur la violence de l'humanité à la lueur de l'histoire du pays, sur la différence entre la capitale essentiellement habitée par des blancs (peut-on encore s'exprimer ainsi ?) et le reste du pays par les descendants des Incas et des peuples qui les ont précédés, ou sur le poumon vert de l'Amazonie. J'ai évidemment été saisi par le silence de cette forêt immense, troublé par les climats extrêmes du pays, et séduit de retrouver sur les hauts plateaux d'autres rêves d'enfance liés à la lecture des aventures de Tintin. J'en ai aussi rapporté la recette du ceviche et du pisco sour, apprécié la finesse délicate de la laine d'alpaga, et la visite du Musée d'Arts de Lima, le MALI, m'a fait craquer pour un fauteuil Spun, puisque je reste un pur produit de la société de consommation malgré mes rebuffades.


De m'y être balancé pendant une demi-heure, de m'y être reposé tranquillement ou de m'être renversé brusquement sans jamais tomber, m'a donné envie d'en acquérir un pour le jardin. Il pourrait aussi bien investir la maison, mais il demande tout de même un peu d'espace. Création de l'artiste et designer anglais Thomas Heatherwick, éditée par la marque design italienne Magis, Spun est une toupie géante en polyéthylène moulé par rotation, aussi ludique que confortable.


Je l'ai commandé rouge, d'une part parce que j'ai trouvé un site moins cher, d'autre part parce que la maison explose de couleurs, même si le bleu de la façade sud s'est beaucoup affadi au soleil. Ce fauteuil donne une irrépressible envie de l'essayer, certes avec un peu d'appréhension au départ, mais vite domptée dès que l'on s'y love.