Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 20 juin 2022

1001 nuits


Les lignes qui suivent ont été écrites la semaine dernière alors qu'il faisait extrêmement chaud. La température est tombée, mais ce n'est que partie remise. Très probablement en pire, puisque les gouvernements ne font rien, cédant aux industriels adeptes d'un capitalisme criminel et suicidaire, ou tout simplement dans le déni de la crise climatique dont nous ne percevons que les premiers soubresauts...

Jonathan avance que le seul moyen d'éviter les moustiques est de laisser le ventilateur tourner toute la nuit. Sa solution est efficace, mais d'une part elle est énergivore, d'autre part le moteur fait du bruit. En Asie, je préférais toujours une chambre avec palles plutôt que ce maudit air conditionné qui pollue nos bronches autant que le reste. Or ici, à la maison, on ne peut pas rêver mieux que la moustiquaire avec ses voiles prometteuses de mille et une nuits. J'ai installé un cadre en bambou que je remonte l'hiver et auquel j'accroche le parallélépipède blanc à la première piqûre. C'est donc après une nuit cloqueuse et gratteuse que j'ai compris que la saison de la chasse était ouverte. À l'extérieur du baldaquin les raquettes électriques sont prêtes. La moustique est l'un des rares animaux pour qui je n'ai aucune empathie. J'avoue apprécier la détonation lorsque le culicidé tente la traversée des mailles métalliques.
S'il faut m'empêcher de dormir, les chats s'en chargent. 3 heures du matin. Django est monté sur le lit pour jongler avec une souris. Je le fiche dehors, lui et sa proie. Jusqu'ici il avait toujours préféré la moquette claire du salon. C'est là qu'il la croque. 4 heures. Au tour d'Oulala de gratter à la porte parce qu'évidemment elle est fermée pour empêcher les agapes félines. 5 heures. Tous les deux font des glissades sous le lit sur le plancher bien lisse. Je rêve de nuits sans à-coup, où je dormirais d'une traite. Même si j'ai appris que les nuits complètes étaient une invention récente. Avant l'électricité et l'industrialisation, les gens se levaient une ou deux heures au milieu de la nuit, vaquaient à leurs occupations, professionnelles, ménagères ou amoureuses, et repartaient se coucher. C'est ce que je fais en cas d'insomnie. J'avais passé du temps à recouvrir de baume du tigre les démangeaisons. Rien ne sert de se tourner dans tous les sens. Les prochaines nuits auront le parfum de Shéhérazade.

jeudi 9 juin 2022

Le masseur à toute épreuve


Possédant toute une panoplie d'instruments de torture soulageant mes douleurs vertébrales depuis que je poussai mon premier grand cri japonais en 1983 à ne pas me relever, toute nouvelle acquisition prouvant son efficacité est une bénédiction scientifique aux pouvoirs magiques. J'ai déjà répertorié ici la plupart des articles concernant mon dos fragile. Il y a six ans, la construction du sauna infra-rouge, dont je profite des bienfaits chaque matin, m'avait permis d'abandonner quasiment toute prise de drogue. Or, depuis que j'ai décidé de me remuscler, je fréquente un centre de sport en bas de la rue. Cela me coûte 40 euros par mois avec une demi-heure de coach personnel hebdomadaire. Celui-ci m'a conseillé d'utiliser un pistolet de massage, outil longtemps réservé au milieu hospitalier. J'ai choisi la marque de référence, les utilisateurs se plaignant des pannes des modèles économiques chinois. Le Theragun (modèle Prime, le plus simple - désolé pour le nom qui peut sonner agressif !) a l'avantage de posséder une poignée triangulaire facilitant l'accès à toutes les zones du corps et une application smartphone le contrôlant en Bluetooth si besoin. Or le résultat est tout bonnement époustouflant. Que ce soit en amont ou en aval d'un effort, l'effet est immédiat. Trente secondes ou une minute de ce marteau piqueur suffisent souvent à faire disparaître mes douleurs à la main (pouce à gâchette), au bras (tendinite), au cou (torticolis), au dos (mon ostéopathe me rassure, je peux même l'appliquer directement sur ma colonne vertébrale). L'objet a supprimé instantanément mes courbatures après notre randonnée de dix-huit kilomètres dans les Cévennes. Il a beau être lourd (il existe un modèle de voyage), où que j'aille je le glisse dans ma valise. J'adore ce genre de trucs magiques.

mardi 3 mai 2022

Incendies


Lorsque je pense à un incendie c'est le film de Denis Villeneuve d'après Wajdi Mouawad qui me vient d'abord à l'esprit. Incendies est sorti l'année d'après les deux incendies évoqués dans cette colonne et repris aujourd'hui ci-dessous. De son côté, Mouawad avait réalisé Littoral en 2004, un film tout aussi fort. Avec son roman Anima qui m'avait laissé k.o., ce sont ses trois œuvres sur lesquelles je peux revenir facilement, la majorité s'étant jouée au théâtre.
D'autres incendies m'ont marqué particulièrement. Celui du Reichstag aida Hitler à arriver au pouvoir en Allemagne en accusant les communistes, comme jadis celui de Rome permit de persécuter les Chrétiens. Celui de ma tante Ginette, où elle perdit la vie, détruisit toutes les archives de ma famille paternelle. Celui de Notre-Dame me rappela mon enregistrement, un premier mercredi du mois à midi, depuis sa haute tour avant qu'elle ne soit grillagée, des sirènes de Paris, ville à laquelle je suis attaché comme faisant partie de moi-même. Un autre jour, je mis accidentellement le feu à la maison en tulle dans laquelle nous jouions avec Francis et Bernard lors d'un concert d'Un drame musical instantané ; j'eus les deux mains brûlées au second degré pour avoir étouffé le nylon sans autre ustensile ; un mois de convalescence ! Les brûlures sont si douloureuses que, depuis, j'appris à contrôler la douleur. Les seules flammes que je regarde encore avec fascination sont celles de l'âtre. On peut les entendre, ralenties, dans la pièce du Drame, Les gueules cassées, qui avait été reprise dans le CD K.I.M. Miyage du label Tigersushi. J'aurais pu ajouter Farenheit 451. Tout feu tout flammes, je me reconnais bien dragon, à renaître éternellement de mes cendres....



Quand ta case brûle, rien ne sert de battre le tam-tam

En photographiant un rescapé de l'incendie qui a ravagé l'appartement de Jonathan à New York, un titre me vient immédiatement à l'esprit. Il faisait partie de Sic Tui (Sept Improvisations Courtes sur Thèmes fixes pour Un Instrument), enregistré entre le 24 décembre 1974 et le 13 octobre 1975. Quand ta case brûle, rien ne sert de battre le tam-tam, pour flûte seule, date donc du 1er mars 1975. Les autres pièces, pour orgue à bouche, piano, percussion, sons électroniques, saxophone alto et synthétiseur s'intitulaient respectivement À l'usage des jeunes générations / Jusqu'à penser devoir t'effacer (critique) / Par l'insurrection armée, s'il le faut ; par le terrorisme si c'est nécessaire / Jusqu'à l'effacement (autocritique) / Merde, dit-il, je viens de marcher sur le visage de Dieu ! / De le traquer avec des gobelets, de le traquer avec soin. Une huitième pièce, Hic Tui, devait réunir l'ensemble des instruments, mais je crois ne l'avoir jamais enregistrée.
J'ai toujours adoré trouver des titres, pour mon propre usage ou pour les camarades, et le blog m'offre le plaisir de m'y adonner quotidiennement. Selon les jours, il illustre ou apporte un contrepoint à l'image ou au texte qu'il introduit. Ces trois éléments forment une dialectique dont je ne peux d'ailleurs me passer pour aucun de mes actes, recherchant systématiquement l'antithèse ou le complément avant de tirer le moindre début de conclusion.
Un court-circuit aurait donc mis le feu à ce qui tenait lieu d'appartement à Jonathan dans l'East Village, deux petites pièces où s'amoncellent les livres sur le cinéma et les notes de recherche. Le soir, par un astucieux système de poulies, notre ami faisait descendre son lit au-dessus de son bureau, à quelques centimètres de l'écran de l'ordinateur. Les pompiers ont tout jeté par la fenêtre. Jonathan dut réordonner chaque page après les avoir fait sécher, car on oublie que l'extinction par noyade est souvent plus ravageuse que l'incendie lui-même, du moins s'il est circonscrit. Une société spécialisée a même pu récupérer le contenu de son disque dur après un vol plané de six étages. L'ami américain a trouvé refuge chez des amis de Brooklyn [...] (article du 18 juillet 2009).



Le petit chaperon rouge renaît de ses flammes

Après le terrible incendie qui avait ravagé leur stock, les archives et les machines, Æncrages & Co [rééditait] l'Anthologie du projet MW, soit cinq volumes, fruits d'une collaboration de plus de dix ans entre Robert Wyatt, sa compagne Alfreda Benge et le peintre Jean-Michel Marchetti. Les 240 pages sont accompagnées d'un CD original 8 titres composé de six reprises par Pascal Comelade dont une avec Wyatt, de Heaps of Sheep par Ryk Van Den Bosch & Co auquel participe la famille Marchetti et d'un entretien en français avec Wyatt. Contrairement aux ouvrages originaux, seule la couverture est ici imprimée en typographie, mais le prix du livre (21,90€ avec le port) n'est pas non plus le même, d'autant que l'incendie les a rendus introuvables.
Épuisé depuis cet article du 12 avril 2009, l'ouvrage est hélas beaucoup plus cher aujourd'hui.
La traduction française des 80 chansons par Marchetti qui a réalisé toutes les illustrations excepté trois autoportraits de chacun des trois protagonistes permet de pénétrer dans le monde verbal du musicien anglais dès lors que l'on ne maîtrise pas parfaitement la langue de Shakespeare et ses déclinaisons pataphysicennes. Les images troubles et griffonnées du peintre réfléchissent les textes ivres d'un auteur fragile, écorché vif. Les mots se cognent les uns contre les autres. On ne s'attend pas à tant de chaos sur les mélodies angéliques qui planent comme des évidences. Je regrette parfois que la traduction n'adopte pas la scansion initiale pour que je puisse chanter en karaoké simili peub. Histoire que paroles et musique fassent la paix et révèlent leur secret accord. Mais l'énigme reste entière. Comme une étoile mystérieuse.

vendredi 29 avril 2022

Jamais deux fois le même tour


Enfant je pratiquais la prestidigitation. Je savais qu'il ne fallait jamais refaire deux fois le même tour. La seule exception est de rater intentionnellement la manipulation pour épater d'autant plus la galerie, et cela fait même souvent partie du "truc". Parce qu'il y a toujours un "truc" ! L'étonnement risque de ne pas fonctionner la seconde fois, voire de dévoiler la supercherie. Or j'ai tendance à penser que tout dans la vie devrait obéir à cette règle d'or : ne jamais recommencer deux fois le même tour.
Nous avons hélas tendance à nous répéter. On ne change pas de névrose. Nous nous en apercevons souvent trop tard, quand l'affaire est close. Dans le meilleur des cas les similitudes nous sautent aux yeux. Ce n'est pas si grave tant qu'on y trouve son "conte", l'histoire que nous nous inventons et qui fait passer le rêve à la réalité.
Je n'ai jamais compris les artistes qui ont trouvé leur "truc" et le répètent inlassablement dès lors qu'il a marché. Ce sont pourtant la très grande majorité. Dévier de cette règle est rarement facteur de succès. Le public préfère reconnaître à connaître. Ceux qui remettent systématiquement leur titre en jeu sont ceux que je préfère. Ils font forcément partie des touche-à-tout, de ceux qu'on appelle "de génie" lorsqu'on est bien intentionné. Contrairement aux États-Unis par exemple, la France apprécie rarement ces curieux qui changent de matière sans pour autant changer de style. Cette translation est moins facilement lisible.
Dans mon travail se pose la même question. Comment puis-je continuer à exprimer ma passion pour mon art sans me lasser de mes trouvailles ? Comment me renouveler, sachant que je suis incapable de dévier de mes motivations fondamentales ? Elle ne sont pas seulement d'ordre esthétique. Depuis que je suis tout petit, il s'est avant tout agi de changer le monde, de le rendre meilleur. Je ne lâche pas, même si vous imaginez que le constat est catastrophique. Cocteau disait avec dédain que certains s'amusent sans arrière-pensées. Je ne peux concevoir qu'aucun artiste puisse y déroger. Pas seulement les artistes. Qui que ce soit.


Renouveler ma palette est une manière parmi d'autres de sortir de ma zone de confort. Acquérir de nouveaux outils ou des instruments que je ne maîtrise pas m'aide à changer d'angle. [À partir d'ici, mes notes sont plus techniques et risquent de larguer les lecteurs/trices non porté/e/s sur l'instrumentation électronique, vous pouvez sauter au dernier paragraphe !] Ces derniers temps j'ai été servi. Les machines conçues et fabriquées par les Russes de chez Soma m'ont ouvert des portes dont je soupçonnais malicieusement l'existence. Trier les sons achetés pour les moteurs Kontakt, Soundpaint ou Equator sont autant de promesses de pièces nouvelles. Je me demandais surtout si je pourrais échapper à mon passé en utilisant la récente réplique de mon ancien synthétiseur, l'ARP 2600. J'ai commencé par essayer mes patches des années 70 que j'avais pieusement conservés. Cela m'a permis de comprendre ma façon d'alors d'aborder la synthèse musicale. Il faut bien souligner le potentiel pédagogique d cet appareil. Les circuits que j'inventais révèlent mon esprit tortueux, à brancher des entrées avec des entrées, des sorties avec des sorties, à tripatouiller les tensions de drôles de manières, comme si les synapses de mon cerveau étaient calqués sur mes programmations. J'ai fini par m'en lasser. Le passé a ses qualités biographiques, mais il n'engage à rien quand la marche est vectorielle. Il fallait trouver autre chose. J'ai donc modifié le set-up de mon installation dans le studio.
Depuis près de 40 ans mon Ultra-Harmoniseur Eventide H3000 fait partie de ma palette de base. Je l'emporte partout et il est branché en parallèle sur la table de mixage, exactement comme la réverbération, pour pouvoir l'affecter à n'importe quelle voie. Récemment j'ai ajouté le Cosmos, une sorte de looper-délai aléatoire à ces deux envois auxiliaires. Ma petite révolution a consisté à débrancher le H3000 et le remplacer par la pédale H9Max du même constructeur. Il fallait oser. J'ai toujours pensé être incapable de m'en passer. Quelle claque ! En affectant l'H9 et un petit clavier doté d'un arpégiateur-séquenceur à l'ARP (élément qui n'existait pas sur mon ancien instrument, acquis en 1973 et revendu stupidement en 1995), je me retrouve avec un synthétiseur entièrement nouveau qui me permettra de créer des pièces inimaginables jusqu'ici. Si l'on ajoute les SOMA (radio FM intégrée à l'Enner, KaossPad sur le Lyra-8) et la possibilité de transformer ça et le reste (des centaines d'instruments acoustiques et électroniques) avec le Cosmos et l'H9, j'en attrape le vertige.
Je vais bientôt pouvoir tester tous ces sons qui m'échappent encore. J'espère reprendre mes sessions improvisées dès le mois de mai. Le prochain album, probablement intitulé Scénographie, s'inspirera de photogrammes de films, une autre manière de continuer (la démarche originelle et le processus de ces rencontres) en changeant (les sollicitations anecdotiques)... À ce propos, j'aborderai prochainement la question du cadre et du hors-champ, et donc de l'incomplétude narrative et de l'interprétation individuelle.

vendredi 25 février 2022

Le spectre, hypothèse révolutionnaire


Notre vie semble réglée sur du papier à musique, mais les portées sont autrement plus complexes, sans compter le paquet de bémols à la clef. Cycle menstruel ou éternel recommencement de l'Histoire, persistance des comportements névrotiques ou saisons, mouvement des planètes ou rénovation du vivant, rien n'y échappe. Si tout ce qui vit sur la Terre suit des lois cycliques, la répétition n'en est pas moins improbable, car aucun des cycles ne possède la même fréquence. Considérons cette superposition d'ondes comme un sandwich tunisien, un mille feuilles où chaque couche a son propre rythme. Pour qu'existe une révolution complète il serait nécessaire qu'elles se retrouvent ensemble à un nœud de vibration commun à toutes, cas de figure plus qu'incertain dès lors que l'on embrasse un système relativement large. De même, la synchronisation de plusieurs creux ou bosses produit des crêtes induisant des phases de dépression ou d'excitation. La représentation de la vie peut ainsi ressembler à un spectre, comme celui de la lumière ou du son, dont les couches harmoniques dessinent le timbre.
La première image, celle du spectre sonore, a été réalisée en 1999 par Aphex Twin avec le célèbre logiciel Metasynth d'Eric Wenger. On peut entendre le résultat sur le single Windowlicker. Remarquons que Wenger est également l'auteur de l'application Bryce : lorsque ce ne sont pas les cycles, nous avons affaire aux fractales, ce qui, dans notre exposé, revient à peu près au même, et rebelote.


La seconde est mon test d'audition que je subis avec curiosité hier matin au Centre Médical de la Bourse. Bilan : largement supérieur à la moyenne de mon âge. Comme c'est dit élégamment ! Avec une perte de l'oreille gauche autour des 4 kHz. Et rebelote, vous disais-je.

Article du 9 juillet 2009

lundi 7 février 2022

Lire aux cabinets


Lire au cabinets est le titre d'un opuscule d'Henry Miller écrit en 1952. Prétexte à d'intéressantes réflexions sur la lecture, les cinquante pages de ce petit livre rose (ed. Allia, 6,10€) interrogent le temps que pour la plupart nous ne prenons pas. Il monte en épingle notre solitude nécessaire et le besoin de faire plusieurs choses à la fois. Certaines peuvent sembler stériles comme choisir des ouvrages sans réelle consistance pour nous accompagner dans l'expulsion de nos selles, mais lire en mangeant pose des questions du même ordre. Pour mon propre usage, je retiens essentiellement que j'aurais préféré, n'en déplaise à l'auteur, me pencher sur son ouvrage, chapitre 13 des Livres de ma vie, assis sur la rondelle plutôt que suant au soleil. Rien ne me conforte plus que de choisir le livre exact qui rime avec l'activité présente, le paysage traversé, l'humeur du moment. Nicolas emporta Les enfants de minuit dans son périple indien comme je relisais Sophocle et Platon dans les îles grecques. Il en est de même pour mes accompagnements musicaux, en voiture ou à la maison ; je choisis du rock dans les grands parcs américains, de la musique bretonne au Finistère, du rap lao à la frontière chinoise, le premier mouvement de la première symphonie de Charles Ives si je suis totalement déprimé, Dario Moreno pour un réveil musclé, etc. Il n'y a que le cinéma que j'aborde à contrepied pour briser ma journée marathon et me plonger dans un autre monde, quasi schizophrène, encourageant la passivité. Quant aux cabinets, j'alterne la lecture des magazines avant de tirer la chasse et les ficher à la poubelle et la respiration ventrale, sachant bien qu'il n'existe aucun rapport de cause à effet entre la lecture et la défécation. Leur seul point commun est une pratique exigeant détente et concentration.

Republication de cet article du 31 mai 2009 qui m'évite ainsi un surcroît de travail alors que ce week-end j'ai répondu à un entretien-fleuve en anglais pour un magazine slovène, plus un article pour l'Université de Saint-Étienne...

lundi 6 décembre 2021

Le tamis de la correspondance


Depuis cet article du 26 juillet 2009, comme beaucoup j'ai des problèmes à suivre les messages qui arrivent sur toutes sortes d'applications, telles Messenger, Messages, WhatsApp, Signal, LinkedIn, Twitter, Instagram, etc. puisque je suis inscrit ici et là en plus des douze adresses mail (sic) et de ma boîte aux lettres postale homologuée pour recevoir des petits paquets physiques. Sans parler de ce qui va mourir dans les indésirables ou filtrés en amont par mes différents fournisseurs d'accès ! Quant au téléphone fixe, il est squatté par des camelots ignorant que je me suis inscrit à l'inutile BlocTel. J'ai donc fini par livrer mon numéro de portable que je réservais à mes intimes, mais comme si je ne l'emporte pas dans ma poche lorsque je suis à la maison, je rate la plupart des appels, alors que j'ai semé des fixes un peu partout...

Envoyer des mails n'est plus une méthode fiable pour correspondre. Spams ou afflux considérable de courrier risquent de faire passer à la trappe des messages importants.
Avant l'ère informatique, écrire une lettre à la main ou dactylographiée impliquait une démarche signifiante, d'autant qu'elle nécessitait de s'appliquer lisiblement, de rédiger une enveloppe, d'y coller un timbre et de passer à la poste. Il suffit aujourd'hui de taper quelques mots et d'appuyer sur un bouton. La gratuité profite à la frénésie. Quand je pense qu'à l'avènement des mails certains ont prétendu que cela allait tuer l'écrit !
La quantité délirante de spams publicitaires et autres imbécilités absorbe des messages importants sans que l'on comprenne pourquoi le filtre a dirigé tel ou tel dans la poubelle qu'il sera bien imprudent de vider sans en vérifier le contenu.
Ces derniers temps, au lieu de me plaindre des centaines de spams envahissant mon dossier d'indésirables, je me suis systématiquement désinscrit, réduisant leur nombre au moins par dix. Il faut d'ailleurs que je pense à coller une étiquette "Pas de publicité" sur ma boîte aux lettres pour la soulager elle aussi. (fait depuis cet article du 26 juillet 2009)
Envoyer un SMS, décrocher son téléphone ou se fendre d'une missive postale est aujourd'hui beaucoup plus prudent si l'on veut être certain de toucher son correspondant.
Lorsque je désire que mon courrier ressorte du lot distribué par le facteur, je colle un timbre de collection plutôt qu'une banale Marianne, personnalisant l'enveloppe en fonction du destinataire. Ma petite collection de timbres en vigueur (ils le sont tous hormis ceux édités par le Gouvernement de Vichy) rassemble trois Tex Avery (le loup, Droopy et la pin-up), un Auguste, la baie d'Halong, un mammouth, Henner et Garouste... Les augmentations régulières m'obligent néanmoins à compléter le tarif par des Marianne à centimes [Françoise m'écrit que cela n'existe plus].
Lorsque je veux être certain d'être lu, je choisis également une carte postale qui marquera le coup parmi une seconde collection, toujours d'images. Par exemple, L'origine du monde de Courbet génère immanquablement une réponse !
Quant à Internet, les réseaux sociaux, comme le mal fichu et odieux FaceBook, s'avèrent plus fiables que le mail traditionnel. [...] Pour ne pas être submergé par le nombre et préserver une qualité de la relation, j'ai pris l'habitude de n'accepter que les personnes que je connais ou dont les informations m'en donnent envie. J'envoie sinon un mail intitulé "Qui êtes-vous ?" en copiant-collant le message : "Avant d'accepter une demande d'amis, je pose cette question à tous ceux et à toutes celles que je ne connais pas, quand ma mémoire fait défaut ou que les informations de FaceBook ne me permettent pas de l'apprendre."
L'autre méthode consiste à posséder un nombre dément d'adresses mail dédiées chacune à une activité, mais si l'on se connecte avec son smartphone cela peut s'avérer fastidieux. On choisira.
Le Blog peut aussi être considéré comme une manière de communiquer sans être obligé de radoter. Je l'espère. Il y a mille façons d'écrire, de parler, d'échanger, de voir et d'entendre, mais il n'y en a qu'une pour vivre véritablement, il faut sortir, marcher, étreindre pour ressentir ce qui ne peut s'écrire.

lundi 22 novembre 2021

Pourboire


Cette petite histoire m'avait fait réfléchir... Les démunis se sont largement multipliés depuis cet article du 7 janvier 2009. Le réchauffement climatique en accroîtra considérablement le nombre, sous l'emprise du capitalisme international qui s'est refait une nouvelle jeunesse sur le dos de la pandémie, pandémie économique et sociale plus que virale, les victimes dépassant largement les chiffres des hospitalisés et des défunts. Le pouvoir peut jouer avec les statistiques comme cela l'arrange, les dégâts sont perceptibles chez la population dans son ensemble, en partie psychologiquement.

Je venais enregistrer un entretien à France Musique avec Franck Médioni pour sa nuit Charles Mingus. J'avais dans ma musette les séances dirigées par Edgard Varèse avec entre autres Mingus et Macero, et l'interprétation d'Un Drame Musical Instantané de ''Don't Be Afraid, The Clown Is Afraid Too''. Il faisait plutôt froid. Comme j'étais un peu en avance à Radio France je suis allé boire un thé citron aux Ondes. Je lisais tranquillement le journal. On y parlait poussières d'étoiles et braquages de mômes. J'entends une vieille dame derrière moi demander au garçon s'il peut lui réserver sa table à l'année. Il semble que ce ne soit pas la première fois qu'elle lui adresse cette requête. Je me demande même si elle ne lui fait pas des avances. La voici qui se lève pour me parler :
- Je ne voudrais pas vous déranger, mais savez-vous ce qu'il est d'usage de laisser comme pourboire pour le service ? 10 ou 15% ?
- Depuis 1987, le service est compris dans les cafés et les restaurants. Si vous êtes contente de l'accueil vous pouvez toujours laisser un pourboire, mais rien ne vous y oblige...
- Il n'y a pas de taux précis ?
- Vous pouvez donner ce que vous voulez puisqu'il n'y aucune obligation.
- Le garçon ne me fera pas la tête ?
- Non, moi-même je ne laisse rien depuis que le service est inclus, sauf si je suis très content...
- Ah bon, et les taxis ?
- J'ai l'habitude de laisser 10%, mais rien d'obligatoire non plus...
- Vous avez le regard droit. C'est ce que je vais faire. Peut-être vaut-il mieux que je le donne à un pauvre. Vous n'en avez pas besoin, vous-même ?
- Euh, non, pas vraiment !
- Alors j'y vais de ce pas...
Le temps de dire ouf et je vois trottiner cette vieille dame indigne sur le trottoir comme une antilope avec son vison et son chapeau sur les oreilles.
Oui c'est elle, sur son fauteuil, là, tout au fond à la terrasse...

Le pourboire est propre aux pratiques des pays du sud dont nous faisons partie. Dans ceux du nord il est souvent considéré avilissant.

mercredi 20 octobre 2021

Boîte à outils


Je ne suis pas bricoleur pour deux sous. De plus, détestant travailler avec des gants je m'esquinte les mains jusqu'à avoir des crevasses sur les deux côtés de mes ongles, une catastrophe pour ensuite jouer de mes instruments. Mais la folie du bricolage me prend de temps en temps, sans que je m'y sois préparé. C'est par exemple les jours où j'ai mis mes plus beaux habits que l'envie de jardiner m'attrape. Comme je m'en suis déjà expliqué, je suis alors incapable de m'arrêter, fonçant comme un taureau jusqu'à épuisement. Il y a quelques années j'avais d'ailleurs raconté mon essai au mortier ! Mais je ne suis pas non plus complètement manche, c'est juste que je déteste cela, en particulier ce qui salit, comme la peinture...
Hier matin sept heures. Je décide de replacer les trois lustres au plafond de la cuisine dont la peinture est sèche. J'enchaîne avec des rangements compliqués au grenier qui m'oblige à ramper, l'arrachage des pieds de tomates finalement atteints par le mildiou, le balayage des feuilles mortes, la fabrication du yaourt maison et la cuisson de cinq kilos de tomates vertes en vue d'un chutney dont je raffole évidemment. Sucre roux, vinaigre balsamique, oignons, pommes, gingembre, raisins secs, sel, piments, tout ça bio, cela va de soi... J'ai heureusement toujours plaisir à cuisiner !


Comme il reste la bibliothèque de caisses à monter demain et que j'en suis délicatement dispensé, je pense à la chanson Le bricoleur écrite par Georges Brassens et popularisée par Patachou... Ce n'est pas une coïncidence puisque ma fille Elsa la chantera, entre autres, après-demain vendredi avec la Compagnie des Musiques à Ouïr de Denis Charolles, au Centre Georges Pompidou de Vincennes dans le cadre du Festival de Marne pour le centième anniversaire du poète...


Il aura fallu 49 ans pour découvrir la version de l'auteur qui l'avait écrite pour Patachou en 1952, l'année de ma naissance. J'apprends aussi que c'est elle qui le persuada d'interpréter lui-même ses chansons, Brassens, grand agoraphobe, y allant à reculons !

mardi 30 mars 2021

Explosion de cosses


Hier soir, à la nuit tombante, les cosses de la glycine n'arrêtaient pas d'exploser. Il y a quelques années j'avais longuement cherché d'où venaient ces pétards lancés par des gosses malicieux. Cela me changeait des coups de sonnette de la sortie d'école. Les garnements courent si vite que le temps d'ouvrir la porte ils ont déjà disparu. Ils ont au moins le mérite de me donner l'heure. Et ce soir il n'y a pas de vent. Le couvre-feu les a envoyés au pieu. J'attends qu'ils dorment. Tous les carillons du jardin sont muets. Bientôt, c'est le nom du personnage peint par Ella et Pitr sur la façade, Bientôt a sorti sa trompette, mais il ne trouve pas ses lèvres. C'est la question qui inquiète les mômes qui passent sur le trottoir d'en face. Où donc ai-je la tête ? Ailleurs, c'est certain. Là où vogue mon cœur. C'est vous qui jouez de la trompette ? Parfois, que je réponds avec un grand sourire. J'avais choisi le bleu en photographiant le ciel un jour où l'azur était saturé. Le caleçon de Bientôt est raccord avec le mur orange que l'on ne voit pas, là, puisque c'est de l'autre côté. De l'autre côté de quoi ? De l'autre côté du pont, d'où viennent les fantômes. Drôle d'endroit pour une rencontre. Les fantômes, c'est le passé. Bientôt annonce les grandes nouvelles. Il s'envole et nous venge. Si les oiseaux s'en mêlent ! Et la glycine, clac, clac ! Ça n'arrête pas. En musique, le pont sert de transition entre deux parties d'une œuvre. Comme celui que Bernard avait composé pour My Way et qu'il n'a pas signé. Comme d'habitude ! Je préfère citer I know where I'm going, c'est ma façon à moi de rêver. Les vagues. Et la trompette de Bernard. Ella et Pitr non plus n'ont pas signé là-haut. À quoi bon ? Qui d'autre serait grimpé sur une échelle de douze mètres pour m'annoncer que la vie réserve bien des surprises ? Et en fanfare, avec ça ! Enfin, mieux vaut parler doucement. On ne sait jamais ce qui vous attend. Bientôt, clac, clac, clac ! Je retiens mon souffle. C'est de l'apnée juvénile. Je n'entends que mon sang, va-et-vient d'impatience. Boum, boum. Bientôt, qu'on vous dit. Enfin, qu'on me dit surtout à moi. Il faut des phrases assez larges pour faciliter les doubles sens. Vous n'auriez pas un petit vélo dans la tête ? Cela se pourrait bien, que je réponds en clignant de l'œil.

jeudi 11 février 2021

De la responsabilité des formateurs


Douze ans plus tard, j'ignore ce que sont devenus ces étudiants tandis que leurs successeurs sont sacrifiés sur l'autel de la crise. À l'âge où l'on affirme ses choix et ses révoltes, à l'âge où l'on passe des pactes et où la sérendipité accouche de mystères et d'énigmes qu'ils mettront leur vie à dénouer, on les isole, on les parque, on les affame, on les assassine, l'air de rien... Sous prétexte de protéger les anciens ? D'éviter l'hécatombe ? On ne protège pourtant pas les anciens, et l'hécatombe ressemble aux dominos qui tombent en rafale sans ne plus s'arrêter tant ils sont nombreux...

Article du 5 mars 2008

Lors d'un workshop comme celui auquel je participe aux Beaux-Arts de Quimper, il est évidemment épuisant d'enchaîner les projets des étudiants les uns après les autres. Après l'exposé de chacun, il est indispensable d'avoir au moins une idée ou une remarque intelligente. C'est du moins l'enjeu que je me fixe chaque fois. J'essaie de comprendre, m'interdisant de juger, critiquant sans ne jamais acculer un étudiant ou une étudiante dont le travail peut sembler insuffisant ou abscons. Je me sers de tout ce que je trouve dans leur projet ou leur discours pour digresser sur des considérations plus larges qui fassent sens pour l'ensemble des présents. Chaque participation a valeur d'exemple pour tous, aussi leur demande-je d'être attentifs lors de l'énoncé de chaque travail personnel. Il est important que tous les étudiants puissent intervenir sur les exercices ou les œuvres des uns les autres, qu'ils suggèrent et s'interrogent. Je cherche moi-même à comprendre les motivations, les enjeux et la finalité de chaque projet. À la manière des petits enfants, j'égraine les pourquoi. Je me fiche des tâtonnements techniques et des maladresses. Seule m'importe l'originalité de la démarche ou plus exactement la manière dont chacun doit penser par soi-même. J'insiste aussi sur le fait que "ce qui est important n'est pas le message, mais le regard"...
La provocation n'est pas absente de mes interventions, outrepassant les raisons de ma venue, soit le rapport des sons et des images, ici l'utilisation du son dans les œuvres plastiques. Qu'est-ce qu'un artiste ? Y a-t-il toujours une souffrance en amont ? Parfois cachée, elle ne se révélera souvent qu'avec le temps. Quel modèle économique pourra permettre à ces jeunes gens de vivre de leur art lorsqu'ils seront jetés dans la vie active ? Je mets les pieds dans le plat en abordant le tabou de la technique ou de l'argent, des droits d'auteur et de la propriété... Karine et Christine réagissent au doigt et à l'œil. Ensemble, nous dessinons doucement le paysage apparemment inextricable que certains ou certaines arriveront peut-être à apprivoiser. J'aimerais être propulsé dans dix ans pour voir ce que seront devenus les plus créatifs, les atypiques, les révoltés...

samedi 30 mai 2020

Si j'ai bon dos ? [archives]


Articles des 9 juillet 2006, 11 novembre 2007, 20 mars 2010, 11 décembre 2012, 5 avril 2013, 13 et 24 mai 2013, 10 février 2014, 2 mai 2016, 21 février 2017, 21 avril 2020
Quitte à publier d'anciens articles, j'ai choisi de les regrouper par thèmes. Aujourd'hui c'est copieux !

APPUYEZ LÀ OÙ ÇA FAIT MAL (2006)

Passé le massage de confort, je n'ai jamais compris comment ça fonctionnait. L'ostéopathie reste assez mystérieuse, en particulier l'ostéopathie crânienne. Les praticiens ont du mal à l'expliquer lorsqu'on leur pose des questions. Bien sûr que c'est efficace, mais pourquoi ? Au pire, on vous sert un discours baba de comptoir où se croisent méridiens et énergie. Pour les patients, il y a les kinés, jugés souvent basiques, et les ostéos qui font craquer ou pas, mais craquer quoi ? Les termes sont souvent impropres, on ne se déplace pas une vertèbre sans se retrouver en chaise roulante. On peut se coincer un nerf, mais la plupart du temps ce sont des micro-entorses, des tensions musculaires qui vous font prendre des positions antalgiques, de quoi ressembler à un bonzaï. Le bruit serait simplement du gaz accumulé entre les articulations. Que les spécialistes m'écrivent, ils ont gagné. Comprendre, nous ne demandons que cela.
Lorsque j'avais 18 ans, je portais ma sono qui pesait 60 kilos par élément de 1,80m. Il m'arrivait de me faire mal en chargeant la voiture en porte-à-faux et ça passait en deux ou trois jours. À 31, à la fin d'une répétition vers 4 heures du matin, je me suis coincé le dos pour la première fois. Les ennuis avaient commencé. J'ai d'abord accumulé les séances de kiné, puis chaque mois je voyais un ostéo crânien, mais ça ne m'empêchait pas de me retrouver par terre, à genoux, avec un grand cri japonais. Mes amis me disaient que j'en avais plein le dos, qu'il fallait que je change de vie. On me traitait d'hypocondriaque, on sous-entendait que c'était psychologique jusqu'à ce que je passe radios et scanner. Bilan des courses : une hernie discale et trois disques écrasés. Il y a dix ans, mon lumbago a fini par me ficher la paix, lorsqu'un médecin-kiné m'indiqua quelques mouvements simples à effectuer au coucher et au réveil. Il m'est encore arrivé de me faire très mal, mais de plus en plus rarement, et je ne manque plus jamais de faire mes exercices sans me mettre en danger. Je vois de temps en temps un ostéo ou un kiné (variation géographique) pour la révision des 10 000, mais j'ai surtout fait l'expérience du massage chinois. Voilà, on y vient.

Le massage chinois n'a rien à voir avec les pratiques occidentales. Madame J., qui opère à domicile, appuie là où ça fait mal. La douleur est insupportable, il arrive que l'on crie, il paraît même que les chinois hurlent tandis que les occidentaux se retiennent en soufflant comme des phoques. Madame J. attendrie la bidoche comme le boucher avec le bifteck. Elle s'y prend à deux mains en glissant sur la peau, enfonçant ses doigts aux nœuds de tension et malaxant jusqu'à ce que ça lâche. Difficile de résister, Madame J. rit tout le temps, d'un rire bienveillant qui rassure. On en ressort complètement lessivé, et le lendemain courbaturé comme si on avait pratiqué le triathlon pour la première fois. Certains camarades, car Madame J. est un secret que l'on se repasse entre musiciens comme si c'était un trésor vivant, se sont retrouvés avec d'énormes bleus. N'y voyez aucun masochisme refoulé, car trois jours après vous gambadez sans plus aucun souvenir de la douleur, ni celle de la séance de torture, ni surtout celle qui vous a fait crier au secours. Et Madame J. de sourire en vous expliquant les "kolok kolok" par un "quand bruit, mal". J'ai essayé de pratiquer cette technique sur moi-même et ma compagne, ça fonctionne plutôt bien : chercher les tensions avec le maximum d'écoute et masser longtemps jusqu'à ce que le muscle lâche. C'est tout simple, rien de mystique, pas besoin d'y croire : la gym pour l'entretien, l'attendrissement pour les coups durs ! Bon, d'accord, n'excluez pas la visite à un spécialiste lorsque votre cas semble sans espoir... C'est un peu comme l'homéopathie qui est une médecine formidable, mais en cas de crise aigue mieux vaut, par exemple, avoir recours tout de même aux antibiotiques. Chacun doit trouver ce qui lui convient. Un de ces jours, je ferai un article sur l'homéopathie, ça nous changera ! Et puis, j'en ferai un autre sur la douleur, comment la maîtriser en l'apprivoisant...

La photo représente différents objets du culte (physique) permettant de détendre le corps : trois différents tapis à picots (réflexothérapie, absolument géniale, au fonctionnement plus proche de l'acuponcture, tous les méridiens passant par la voûte plantaire, et par les oreilles, mais là, c'est raté, vous aurez beau écouter le train arriver en vous penchant sur les rails, ce n'est pas très pratique pour le massage des oreilles), cylindres pour les pieds toujours (très utile en avion), matchi-pouli (là j'ai des doutes, trop d'efforts des bras pour masser le dos), petits ustensiles pour frapper les endroits douloureux (font partie du quotidien asiatique, mais moi, je ne m'y fais pas), araignée pour la tête (un cadeau exquis trouvé chez Nature & Découverte), moquette (pour la gym), Syntol, Huile de massage et Baume du Tigre (ça soigne tout, des courbatures au mal de tête ou de ventre, c'est l'aspirine de l'Asie), etc. Une véritable panoplie SM (euh, Soins Massage) !

MAL AU DOS (2007)


Y a pas photo, je suis encore de traviole ce matin. S'il est une chose qu'il faut éviter, c'est un effort en sortant d'une séance d'ostéopathie. Rien de mieux pour se coincer le dos, de la façon la plus spectaculaire qui soit. Lorsque je me fais mal, ma colonne vertébrale dessine une forme en baïonnette, position antalgique mémorisée par le corps pour éviter de souffrir. C'est à ne pas croire, le tronc ne semble plus en face des jambes ! Si je m'y prends à temps, je peux l'éviter en prenant rapidement deux Di-Antalvic. La crainte d'avoir mal et le rééquilibrage de la pyramide de cubes en os produisent de multiples déplacements depuis le sacrum jusqu'à l'occiput. Si les analgésiques ne suffisent pas, je passe au Bi-Profenid, anti-inflammatoire puissant qu'il faut ingurgiter durant cinq jours. Mais le mieux est de faire ce qu'il faut pour ne pas en arriver là !
Depuis une dizaine d'années, chaque matin en me levant et chaque soir avant d'aller me coucher, quel que soit mon état de fatigue, je fais trois exercices salvateurs qui m'ont été astucieusement soufflés par le bon Docteur Mussy. Depuis, je ne m'écroule plus jamais à quatre pattes avec un grand cri japonais. Lorsque je dois voyager longtemps assis, rester debout pendant des heures ou porter quoi que ce soit de lourd, j'entoure mon ventre d'une gaine élastique qui le soutient. Les chaussures qui épousent la voûte plantaire sont également d'une aide certaine, sehr gut ! Plier les jambes quand on se baisse fait partie des conseils de base. Mon état n'a hélas rien de psychologique (du style "j'en ai plein le dos"), la radio et le scanner ayant montré une jolie hernie discale et trois vertèbres écrasées.
(...) J'ai vu des kinés, puis des ostéos les plus zélés, mais rien n'a valu de me prendre en charge moi-même. Depuis dix ans, je souffre beaucoup moins qu'avant. J'ai appris à gérer mes faiblesses. C'est une consolation. Le corps se déglingue petit à petit, mais plus on vieillit, mieux on apprend à vivre avec, et la vie est plus douce.

SCOTCH 1 - JJB 0 (2010)


Mes lecteurs connaissent mes points faibles. À part le dos, mon petit orteil gauche est mon talon d'Achille. Un coup de vent rasant, et paf, cela suffirait à le froisser. Je lisais tranquillement dans mon lit allongé sur le dos lorsque le chat a sauté comme une puce mais de ton son poids sur mes pieds tournés vers le plafond. Huit kilos et demi se sont abattus sur mes arpions fragiles. J'ai senti le craquement. Arrêt de jeu. Massage à l'arnica, granules et Di-Antalvic tant qu'il en reste. J'ai aussitôt pensé à l'EMDR, technique intéressante de désensibilisation et retraitement de l'information par mouvement des yeux ! Comme je suis embarrassé de demander à Françoise de jouer les hypnotiseuses en faisant osciller un stylo devant mes yeux, je me suis fait offrir un métronome. Pour un musicien, quoi de plus naturel ? Sauf que celui-ci est mécanique, on n'en fait plus beaucoup, et que je ne m'en sers que pour m'autohypnotiser. Ainsi personne n'attrape de crampe. Et mes yeux de suivre l'oscillation du balancier en me concentrant sur la douleur et le choc initial. Auto-suggestion ? Effet placebo ? Technique de libération émotionnelle (EFT) ? La douleur s'estompe miraculeusement et je peux m'endormir. Le lendemain matin, je réitère l'opération métronome, et mes yeux d'aller de droite à gauche et de gauche à droite. J'arrive à poser le pied par terre ! J'ai cru comprendre qu'il s'agit de reprogrammer des réflexes anciens générés par la douleur. Ainsi lorsque je me coince le dos, il se met en position de baïonnette à tel point que les jambes ne sont plus en face du tronc. Impressionnant ! Or il s'agit d'une position antalgique, mon corps se souvenant qu'ainsi je compense la coincette. Hélas cette position génère toute une suite de rééquilibrages catastrophiques, comme une colonne de cubes empilés sur une base tordue. La reprogrammation est censée effacer cette mémoire du corps, me permettant de réagir plus efficacement sur le traumatisme. Vous me suivez ? Après des années de pratique (le choc, suivi de sa prise en main !) j'ai réduit la convalescence de trois semaines à quelques jours, essentiellement en me relaxant au lieu de m'énerver contre la douleur. L'expérimentation de l'EMDR est donc une nouvelle plongée passionnante dans les possibilités du cerveau à la contrôler, qu'elle soit physique ou psychique. Miracle ! Je réussis à enfiler chaussette et chaussure, à pédaler, et en fin de journée je gambade comme si de rien n'était. Cela ne m'est jamais arrivé en 37 ans de casse-pied. Je n'ai même plus d'inquiétude pour le concert de demain où je dois jouer debout et déambulant. Je n'aurai pas vécu de bouts et d'ambulances.

ESCALADE DES DROGUES LÉGALES (2012)


Il arrive parfois que les transitions arrivent à propos. Au moment où le Di-Antalvic, analgésique miracle, est retiré du marché, ce qui représente une catastrophe pour quantité de personnes souffrant du dos ou de diverses douleurs, le massage chinois que je suis héroïquement depuis quelques années prend le relais, et ce sans les effets secondaires redoutés. Si la séance est souvent douloureuse cette pratique a l'immense mérite d'avoir supprimé totalement les lumbagos que je traînais depuis plus de 25 ans. Qui ne m'a jamais vu en baïonnette avec les jambes décalées du tronc ne peut imaginer la souffrance à l'origine de cette position antalgique. Or je n'ai vécu aucune crise depuis trois ans alors qu'elles étaient quasi mensuelles et particulièrement redoutables. Pendant des années j'ai évité de prendre le moindre médicament allopathique, m'en remettant d'abord aux bons soins de kinésithérapeutes, puis de zélés ostéopathes, sans parler de la magie exercée par le magnétiseur ou un rebouteux au fin fond de campagnes quasi médiévales. Leurs pratiques m'ont souvent tiré d'affaire, mais je replongeais irrémédiablement, accompagnant ma chute d'un grand cri japonais. J'avais donc trouvé deux méthodes pour m'éviter de devenir nonagénaire en l'espace de quelques secondes. Au moindre soupçon, heureusement devenu rare, je prenais deux gélules de Di-Antalvic pour ne pas envenimer la situation. Je tuais ainsi dans l'œuf torticolis, sciatalgies et lombalgies. Le massage chinois, supplice inadapté pour certains, était l'autre botte secrète. Il tira d'affaire nombre de mes camarades musiciens, médecins, dentistes, etc.

Mais voilà que le Di-Antalvic et autres Propofan, mélanges d'antalgique et d'opiacé qui avaient su séduire 8 millions de Français, sont interdits depuis octobre 2011, le surdosage pouvant entraîner la mort. C'est le propre de quantité de médicaments entreposés dans votre pharmacie, sauf que le Di-Antalvic coûtait très cher à la Sécurité Sociale, car il était délivré sur ordonnance et remboursé. À moins que le brevet de la petite molécule DXP, arrivé à expiration depuis déjà pas mal de temps, n'était plus aussi rentable avec l'apparition des médicaments génériques ! Chaque nouvelle molécule mise sur le marché assure minimum 20 ans d'exclusivité à son laboratoire. Dis Tonton, pourquoi tu tousses ? La dextropropoxyphène est donc remplacée par le bon vieux paracétamol prescrit seul (c'est l'aspirine qui fait des trous dans l'estomac et ne soulage pas du tout certaines douleurs), par la codéine (inefficace pour 13% des gens qui ne le métabolisent pas) ou par le tramadol (la voilà, la petite dernière). Depuis que les analgésiques existent, ils ont toujours été dangereux en cas de surdose, accidentelle ou suicidaire. L'industrie pharmaceutique se targue chaque fois de retirer tel ou tel du marché à cause des risques prétendument découverts récemment. Les migraineux se souviennent du magique Optalidon ! Les nouveaux seront incriminés dans quelques années, comme les précédents. C'est avant tout une histoire de gros sous contée par de cyniques profiteurs.

Alors qu'en est-il des médicaments de remplacement ? C'est là qu'on se marre. Ils sont plus puissants que le Di-Antalvic qui occasionnait très peu d'effets secondaires. D'après ma pharmacienne l'Ixprim, composé de tramadol et de paracétamol et ne réclamant aucune ordonnance, produit des vertiges et des nausées, tandis que le paracétamol codéine donne des nausées et constipe ! Comme elle me dit que je peux combiner les deux, j'en déduis que je pourrais profiter à la fois de vertiges, nausées et constipations pour désirer être soulagé des conséquences de ma hernie discale et de mes deux disques écrasés... Sympa ! Pas d'autre solution que de tester.

Si le paracétamol codéine n'a servi à rien, j'ai par contre réussi à être complètement défoncé avec l'Ixprim. Deux gélules ont suffi à me rendre ivre, hilare et béat. Le genre de truc totalement déconseillé si l'on doit sortir de chez soi, qui plus est, conduire. Je n'y pense même pas. Mais si un jour j'ai vraiment mal et que j'ai envie de m'envoyer en l'air j'ai une boîte pleine de cette drogue légale qui ne réclame aucun surdosage pour voir des éléphants roses. Quand je pense que la loi interdit le cannabis et laisse en liberté les dealers patentés je me pose des questions sur les lobbys qui les y autorisent.

Toutes ces considérations doivent être prises avec des pincettes, car je ne suis pas médecin, mais un simple usager. Cette phrase me rappelle une des Claudettes revenue d'une nuit avec Jimi Hendrix avec un T-shirt où était écrit "I've been experienced !". J'ai parfois de drôles d'idées, mais cet article a été écrit sans l'aide d'aucun expédient.

ÇA Y EST, JE SUIS PASSÉ À LA PLANCHE À CLOUS (2013)


Comme si ma collection de tapis de réflexologie pour les pieds ou le massage chinois Tuina Anmo de Madame Ji ne suffisaient pas, je suis passé à la planche à clous, ou plus exactement à sa forme moderne et occidentale, le tapis Shakti dont il existe de nombreuses imitations que je n'ai hélas pas testées. Première impression, ce n'est pas pour les douillets. Le moment où l'on s'allonge dessus ou, pire, celui où l'on se relève n'est pas piqué des vers. On me les tirera donc facilement du nez, j'avoue, j'avoue tout. Après quelques minutes une sensation de chaleur vous envahit et on pourrait même s'endormir dessus, nulle contre-indication. La séance fut redoutablement efficace. Impression de détente et soulagement immédiat des douleurs dorsales. Il me semble plus approprié en fin de journée qu'en matinée. Livré dans un sac en coton, le petit tapis peut s'emporter partout avec soi en voyage. Le site de Shakti est plein d'informations en anglais, mais le mode d'emploi basique est en français. La technique est vieille de 7000 ans et l'exercice ravira les adeptes du yoga de plus en plus nombreux. Lancé en 2007, il a obtenu un succès phénoménal en Suède il y a quelques années tel que plus de 10% de ses habitants en possèdent. Il se pourrait bien que la France en plein stress et déconfiture s'y mette bientôt.

LUMBAGO BLUES
(2013)

(...) N'ayant pas eu de lumbago depuis plus de trois ans grâce au massage tuin anmo de Madame Ji je me croyais à l'abri. C'était sans compter de coquins mouvements du bassin, les quatre kilos de l'hiver et le jardinage de printemps. Assis sur le divan, j'ai plongé stupidement vers mes lacets sans plier les genoux, et clac, merci Kodak ! L'impressionnante photo montre mon dos en baïonnette : le tronc n'est plus en face des jambes. Si je marche mon corps me semble suspendu en l'air avec mes guiboles comme des rubans de papier flottant au-dessus du sol. J'ai arrêté les anti-inflammatoires qui cette fois ne m'ont fait aucun effet, j'ai vu les praticiens les plus zélés, j'ai tenté l'EMDR en m'auto-hynotisant, je suis resté allongé des jours entiers à regarder des films dans le noir, mais après dix jours tourdepisiens je ne sens aucune amélioration et cela commence à bien faire. Je n'ai pas encore épuisé toutes les ressources des magiciens du corps et je ne m'avoue pas vaincu quant au travail intérieur que je continue à produire sereinement. Si pour l'avoir déjà vécu je ne savais pas qu'un jour je gambaderai comme un chevreuil je serais drôlement inquiet...

L'ORIGINE DU MAL (2013)


Me lisant handicapé par un lumbago persistant, de bonnes âmes m'ont écrit pour me conseiller diverses pratiques de guérison. Soulagé momentanément par les bons soins de la masseuse chinoise, de l'ostéopathe, du réflexologue et de la nouvelle pharmacopée, en l'occurrence de l'Ixprim, savant cocktail de tramadol et de paracétamol, mais néanmoins bloqué en position allongée depuis trois semaines, j'ai eu tout le loisir de lire Healing Back Pain en anglais dans le texte, le best-seller du Docteur John E. Sarno. Le médecin américain y livre son intuition sur l'origine du mal au dos et comment s'en débarrasser définitivement, même affecté comme je le suis par une hernie discale et trois disques écrasés !
L'hypothèse formulée par le médecin américain tient du bon sens, mais son style est celui d'un auteur à succès s'adressant à une large population plutôt inculte en matière psychanalytique. Dès lors que l'on considère que la majorité de nos afflictions proviennent de la somatisation, ou du moins que notre mental a une influence indéniable sur les maladies que nous attrapons, pourquoi ne pourrait-on guérir par ce qui provoqua le mal ? D'où sa suggestion de soigner les TMS (Tension Myositis Syndrome, en français Troubles musculosquelettiques) sans médicaments, ni chirurgie, ni exercice physique, mais par le seul pouvoir du cerveau... Si l'I.R.M. montre une lésion vertébrale, Sarno prétend que ce n'est pas elle qui provoque la douleur. Il est question de manque d'oxygénation des tissus, mais je ne vais pas réécrire ici son bouquin. Le stress et la colère rentrée seraient à l'origine du mal, comme on peut se fabriquer un cancer, un ulcère à l'estomac, de l'asthme, quelque maladie dermatologique, etc., la liste est longue. Pour avoir envisagé moi-même depuis fort longtemps cette théorie et l'avoir testée avec succès, la lecture confirme mon hypothèse. On peut évidemment atténuer la douleur et la faire disparaître en l'apprivoisant, de même on peut très bien guérir de moult maladies par un travail psychologique ou psychanalytique, tout dépend de l'ampleur des dégâts. L'inconscient est hélas plus puissant que la concentration volontariste et la relaxation philosophique, aussi n'est-ce pas toujours facile, particulièrement en période de crise aiguë. Sur tous les terrains il est fondamental de juguler la peur.
Là où Sarno est léger, c'est évidemment dans la guérison miraculeuse qui tient, malgré ses dires, plus d'une sorte de conviction à laquelle je ne peux adhérer, n'ayant pas en son temps acquis la petite croix Vitafor qui guérit tout, peines du corps et peines du cœur, il suffit d'envoyer le bon de commande, ici un petit livre de poche à quelques euros, je ne me suis pas ruiné. Le pouvoir de suggestion des praticiens ayant recours à la méthode du médecin américain est certainement la clef de leurs succès, mais j'ai beau avoir suivi, ou plus justement précédé à la lettre, les conseils avisés prescrits, soit traiter l'affaire par le mépris, je me suis tout de même coincé le dos après trois ans et demi de rémission alors que je pensais être sorti de là ! Cela fait trente ans que ma cinquième lombaire joue le rôle de mon talon d'Achille. Si le ciboulot est souvent à l'origine du mal, s'il est possible de s'en débarrasser par un travail psychique, il n'en reste pas moins que le best-seller qui aurait soigné des milliers de personnes de par le monde tient par son style d'une entreprise commerciale juteuse qui laisse planer le doute sur les intentions philanthropiques de son auteur. Ouvrage de vulgarisation sur le pouvoir de l'inconscient, il n'empêchera pas chacun de morfler et de trouver également l'issue qui lui convient...

LUMBAGO (2014)


Faut-il être idiot pour me coincer le dos une fois de plus ! Rien de nouveau sous le soleil, je me suis abîmé à 18 ans, la hernie discale et les trois disques écrabouillés j'en avais 31, voilà donc trente ans que je suis (ir)régulièrement handicapé. J'en prends chaque fois pour trente ans, mais quelques jours plus tard j'obtiens une remise de peine. Les ostéos ont remplacé les kinés, et depuis quelques années je ne pousse plus jamais de grand cri japonais en m'écroulant par terre, en particulier grâce au vigoureux massage chinois. La gymnastique matin et soir devrait m'empêcher de me mettre en baïonnette, avec les jambes décalées du tronc, position antalgique qui n'amuse que les camarades devant qui je me désape. Mais voilà, il arrive que j'exagère en faisant des folies de mon corps. Si certaines sont trop agréables pour les éviter, d'autres relèvent de la plus grande stupidité. Il faut pour cela un concours de circonstances, fatal, comme de porter un arbre en torsion après avoir scanné trois cents photographies du Drame toute la journée. C'était à prévoir, surtout après une légère prise de poids. Donc voilà, il ne suffit plus que d'enfiler ses chaussettes pour se retrouver avec un lumbago pas piqué des hannetons. Je l'écris comme un pense-bête, mais tout effort prévisible devrait automatiquement m'inciter à me gainer. Dans le cas contraire je n'arrive pas à penser à grand chose d'autre, d'autant que j'ai avalé analgésique et anti-inflammatoire, aussi ressasse-je dans cette colonne le spleen du bonzaï humain qui prend son mal à patience.

LES SOUFFRANCES DES JEUNES VERTÈBRES (2016)



Les copains me disaient que j'en avais plein le dos et me conseillaient de changer de vie. J'avais tout de même fait des radios en 1983 et quelques années plus tard je suis entré dans un tube qui ressemblait à un cercueil relooké 2001, l'odyssée de l'espace. Les machines ont beaucoup changé depuis, et l'aspect claustrophobe de l'IRM a presque disparu. On est allongé sur une table de kiné qui glisse sous un court tunnel ouvert aux deux extrémités. Un casque diffusant une musique sans style protège du bruit des bobines qui vibrent et produisent un rythme binaire de techno lourdingue. Une poire glissée dans la main vous permet d'éventuellement avertir le préposé du moindre désagrément. La séquence m'a semblé durer une dizaine de minutes.
Lorsque j'avais 20 ans je transportais seul mes enceintes amplifiées Yamaha de 1,80m de haut pesant 60 kg chaque lorsque je partais en concert. L'épreuve résidait à les enfiler dans la voiture par le haillon. À cet âge les tours de rein passent en deux ou trois jours. Lorsque j'eus 31 ans , terminant une séance d'enregistrement dans mon sous-sol avec Un Drame Musical Instantané vers 3 heures du matin et désirant débrancher mon synthétiseur PPG j'attrapai les câbles en torsion et me retrouvai à genoux avec un grand cri japonais. À cette époque on allait se faire décoincer chez un kinésithérapeute. Le bon Docteur Thébaut Place de la Concorde expérimentait toutes sortes de techniques comme la magnétothérapie. Plus tard je passai à l'ostéopathie crânienne, puis au massage chinois Tui Na An Mo, voire l'EMDR, et aujourd'hui lorsque je me coince j'oscille entre crac et la rééducation par la méthode Mézières. Récemment j'enchaînai un lumbago suivi de cruralgies dansant d'une jambe sur l'autre. Cette bascule instantanée des douleurs de l'aine droite et gauche justifia que je repasse une IRM, histoire de numéroter mes abattis.
Alors que les images d'il y a 25 ans montraient une hernie discale L5-S1 et trois disques écrabouillés, celle de la semaine dernière révèle que la hernie est rentrée (merci au Docteur Mussi qui me fit faire des exercices autodisciplinés pendant toutes ces années), mais que l'ensemble des disques lombaires sont pincés et en hyposignal sur la séquence sagittale T2 témoin d'une discopathie dégénérative étagée, signifiant que toute ma production discographique lombaire est raplapla. Mon kiné actuel m'annonce que lumbago, sciatiques et cruralgies sont des problèmes de jeunes et que cela passe en vieillissant, la bonne nouvelle ! Quant aux séances Mézières elles m'apprennent à respirer et à retrouver une posture qui devrait m'éviter tous les déboires dont je suis victime depuis 32 ans. J'aurais bien cité le nom de tous les praticiens qui m'ont aidé à vivre pendant tout ce temps-là, sans compter les prescriptions d'analgésiques et d'anti-inflammatoires, mais cela fait beaucoup de monde et je ne suis pas certain qu'ils aient l'envie ou les moyens de récupérer plus de patients qu'ils n'en ont déjà !
Si vous avez réussi à lire ce billet médical et paramédical jusqu'ici, je conseillerai simplement aux plus jeunes, qui se croient donc invincibles, de ne pas soulever de poids en torsion, de plier les genoux, de porter une gaine comme font les motards, d'éviter le métier de contorsionniste, de faire du sport mais sans jamais forcer et de vivre vieux pour apprécier le bien fondé de ces avertissements.

PSOAS, LE MUSCLE DIABOLIQUE
(2017)


33. Dites 33. 33 ans depuis le premier grand cri japonais ! 33 ans de lumbago. J'ai vu des médecins, des kinés, des ostéos, des réflexologues, des masseuses, des rebouteux, des sorcières, des acuponcteurs, des ophtalmos, des magnétiseurs, j'ai fait des radios, des IRM, de la gymnastique, du taï-chi, j'ai avalé des antalgiques, des anti-inflammatoires, des relaxants, lu des livres, fumé des pétards, changé de matelas, pris des vacances, tenté l'EMDR, je me suis allongé sur le dos... Avec le temps et mes exercices matin et soir j'ai résorbé la hernie discale, mais tous mes disques lombaires sont écrasés. On me dit pourtant que je ne fais pas le poids. J'ai maigri, me suis recoincé, regrossi, j'ai fait du yoyo, du vélo, de la marche à pied, mangé moins, mais rien n'y fait, devant la peur de la douleur je me mets en baïonnette, les jambes ne sont plus en face du tronc, rien de grave, juste impressionnant... On m'a parlé du "muscle poubelle", le psoas sur lequel viendraient se fixer les toxines à cause de la proximité des reins, mais il paraîtrait que c'est du flan. Ce serait simplement la proximité du colon. Si l'un ou l'autre s'enflamme, il y aurait contagion. Est-ce plus juste ? Je l'ignore. Le psoas part de la hanche, traverse l’abdomen et s’attache profondément sur les cinq vertèbres lombaires. Aïe ! Certains prétendent que le psoas réagit au stress émotionnel et aux peurs. Aux dernières informations, une position assise trop longue le raccourcirait et produirait cambrure et lumbago. Même origine pour le point de côté. Il faut donc l'étirer. Allongé, je laisse tomber ma jambe gauche en attrapant mon genou droit. Jusqu'ici j'avais évité les génuflexions. Je ne suis pas croyant. Peut-être que quelques prières à Cinq-lombaires auraient eu raison de ma récurrence ? Je respire, me redresse doucement, le soleil revient, maudit psoas !

JE NE SUIS PLUS MALADE (2020)


Il n'y a pas que le Covid-19. On meurt aussi d'autres causes, mais faute de tests on impute au virus maints départs précipités. Il y a plein d'autres petits bobos, mais les patients évitent les visites chez le médecin par crainte d'une éventuelle contagion dans la salle d'attente. Les hypocondriaques guérissent étonnamment vite ces temps-ci...
Mes amis le savent. Ma principale faiblesse est mon dos qui me rappelle à lui de temps en temps, au point que je suis obligé de le cajoler sans attendre les crises. Lorsque j'avais 18 ans, portant régulièrement les enceintes de 60 kg de ma sono pour jouer en concert, je me collais un tour de rein qui passait en trois jours. À 31 ans, dans ma cave, à la fin d'une séance d'enregistrement d'Un Drame Musical Instantané, j'ai voulu débrancher un câble en torsion et je me suis retrouvé à genoux avec un grand cri japonais dont je ne me suis jamais relevé complètement ! Depuis, j'ai vu trente-six praticiens (kinés, magnétiseurs, rebouteux, masseurs, ostéopathes, etc.) qui m'ont chaque fois sorti de là, mais je reste fragile. Ces derniers quinze ans je me reposais sur une masseuse chinoise pratiquant le tuin anmo, un ostéopathe virtuose et des gélules d'X-Prim. Bonne nouvelle pour les jeunes qui souffrent de ce genre de mal, je vais beaucoup mieux qu'il y a 36 ans ! Grâce aux exercices quotidiens suggérés par un étonnant médecin il y a belles lurettes, j'ai résorbé mon hernie discale, et grâce à la Sainte Trinité évoquée plus haut les lumbagos sont devenus très rares. Or, en cas de blocage pouvant arriver n'importe quand et n'importe comment, le confinement m'empêche de rencontrer mes deux sauveurs ou de prendre le médicament déconseillé dans l'éventualité où le virus frapperait à ma porte. Et bien voilà plus d'un mois que je me porte comme un charme. Évidemment je continue à pratiquer le sauna chaque matin, infrarouges qui chauffent mon corps à 67° ; je ne me suis jamais coincé après cette séance, toujours avant, ou parce que j'avais été extrêmement imprudent, c'est-à-dire totalement imbécile. Il n'empêche que depuis que je n'ai aucun moyen d'être soulagé en cas de coincette, je n'ai pas eu l'ombre d'une alerte. Bon d'accord, mon asthme s'est réveillé avec le printemps, mais je n'ai (hélas) besoin de personne pour le soigner !
Cela me rappelle une autre histoire. Je vivais dans le même immeuble qu'un ami docteur, qui est toujours mon ami et mon médecin traitant, mais j'ai déménagé. Du jour ou lendemain je n'étais plus malade. Cela m'aurait probablement trop ennuyé de traverser Paris pour le consulter alors que jusque là je n'avais qu'à grimper deux étages, et même en ascenseur, que mon inconscient hypocondriaque préférait m'épargner la moindre contrariété physique. À l'époque je n'étais hélas pas à l'abri de celles de l'âme, mais pour guérir je n'aurai à compter que sur moi, ce à quoi je m'emploierai ardemment.
Comme je partageais cette histoire avec d'autres proches, loin de leurs praticiens chéris, l'une me raconte qu'elle n'a plus mal au ventre, l'autre que sa poitrine ne l'oppresse plus depuis le début du confinement, etc. Ces améliorations considérables ne concernent hélas que notre condition physique, entretenue par la gymnastique et la marche à pied, mais n'empêchent pas les inquiétudes légitimes qui assaillent les uns et les autres sur l'avenir social et politique...

Illustration : ophtalmotrope de Ruette photographié lors de la création de La chambre de Swedenborg au MAMC de Strasbourg pendant l'exposition L'Europe des esprits avec Birgitte Lyregaard et Linda Edsjö

samedi 25 avril 2020

Le masque


S'il faut avoir été en contact avec le coronavirus pour être immunisé, j'ai trouvé le masque qui protège totalement en cas de récidive ! Le pire, c'est qu'il n'est pas plus cher que les jetables vendus à prix exorbitant...


Ce n'est pas moi qui pose. Je n'en ai pas besoin, j'ai mes chapeaux de pêcheur du Tonlé Sap qui fonctionnent déjà très bien pour les attaques de banques ! En plus j'en ai un rouge, un jaune, deux orange et deux vert. On m'a volé le bleu au Théâtre Antique d'Arles il y a quelques années lorsque j'assurais la direction musicale des Soirées des Rencontres de la Photographie, mais le voleur ne pourra jamais passer inaperçu !


Quant à cet été, je suis prêt quel que soit le temps. La suite de ma préparation au déconfinement lundi dans le blog !

jeudi 23 avril 2020

Mon encyclopédie en 4400 articles


En cette période de confinement, quelques lecteurs/trices me suggèrent de publier d'anciens articles. Riche de 4400 articles, mon blog constitue en effet une sorte d'encyclopédie subjective abordant des sujets extrêmement variés qui se fichent de la mode, même s'ils ne font pas toujours abstraction de l'actualité. Les ressources de l'application DotClear étant limitées, elles rendent peut-être difficile de se frayer un chemin dans cette épaisse forêt où j'ai écrit 7 jours sur 7 les cinq premières années pour me contenter de 5 les dix années suivantes en ne publiant plus le week-end, sauf en de rares exceptions. On peut toujours faire une recherche par thème, mais seuls les derniers articles apparaissent. On pourra choisir de tout relire en commençant par le début, le 4 août 2005, mais je doute que quiconque s'y risque ! J'ai moi-même perdu le souvenir de la plupart des articles que j'ai rédigés, au point qu'il m'arrive de commencer à écrire sur un film que j'ai déjà chroniqué et que j'ai même oublié avoir vu ! En général, je fais une recherche dans le champ en haut à droite pour être certain de ne pas me répéter.
Au cas où vous vous sentiriez une âme d'aventurier, c'est ce champ que je vous conseillerais d'utiliser en y inscrivant un nom propre ou commun, mais de préférence un peu rare, histoire de limiter les occurrences ! Ce principe peut devenir un jeu, un jeu de piste aussi, tant les liens hypertexte tissent une toile rarement explorée par les lecteurs/trices. Essayez et vous plongerez dans l'histoire des quinze dernières années, avec d'étonnants passages plus ou moins secrets vers le passé ou l'avenir. J'aime remonter aux sources autant qu'anticiper.
Un blog n'est ni un roman (encore que celui-ci en ait hébergé deux, livrés par épisodes), ni un travail journalistique (les chroniques de disques, films, expositions, théâtre, livres y ressemblent parfois trop à mon goût, me transformant en militant de ce qui me semble scandaleusement méconnu), mais une sorte de journal extime, raconté à la première personne du singulier, lisible à différents niveaux selon la proximité entretenue avec son auteur. Les sous-entendus sont nombreux, les confessions discrètes ou impudiques, mes coups de gueule explicites au risque de m'avoir valu quelques menaces au delà du raisonnable. Ne cherchant pas la polémique, j'évite les provocations et privilégie l'enquête, tout en sachant pertinemment que tout écrit est un portrait en creux de son rédacteur. Le succès rencontré flattant mon orgueil, j'ai continué à me fendre d'un article par jour, sans ne jamais faillir, sauf lors de certaines pauses salutaires, voire sanitaires, où j'ai coupé la perfusion Internet, par exemple pendant les mois de vacances loin du réseau. La plupart du temps, les trois heures que j'y consacre quotidiennement constituent une gymnastique productive qui me met le pied à l'étrier pour attaquer le reste de mes projets, principalement musicaux. C'est comme siphonner un réservoir, après la première aspiration cela coule tout seul ! Sauf que pour moi, il s'agit plus d'inspiration que d'aspiration. Les retombées sont souvent indirectes. En dehors du lien social, indispensable pour l'ours que je suis, cela m'a parfois offert de magnifiques opportunités et créé des rencontres inattendues.
Pour en revenir au propos de ce billet, j'avoue que cette encyclopédie intime me sert de mémoire, à moi qui n'en ai beaucoup moins que l'on puisse croire, et que je suis certainement le premier à avoir recours au champ de recherche en haut à droite de cette page.

mercredi 22 avril 2020

Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris


Me livrant aux joies du rangement, je découvre que de nombreux plastiques qui recouvraient les jaquettes de DVD partent en poussière. J'avais déjà constaté que la mousse à l'intérieur des valises ou celle des bonnettes de microphones se désintégraient. Le biodégradable existe donc, mais pas là où il s'annonçait. Par exemple, les sacs de la Fnac caca d'oie qui datent de plus de vingt ans sont nickel, à moins d'avoir été sur le trajet d'un escargot. Les gastéropodes avaient bien dégusté ma carte d'électeur ! Je me demande si la poussière de plastique ou de mousse est toxique ou allergène, mais la poudre ou les petits bouts cassants comme une feuille de riz ne m'inspirent pas confiance.
Dans le genre "date de péremption", les CD, DVD, CDR, DVDR résistent plutôt bien, même si leur longévité n'est pas celle des disques en vinyle. Pour les plus anciens 78 tours, il arrive que la fine pellicule de gomme-laque noire (shellac en anglais) se décolle. Il s'agissait d'une substance obtenue à partir de la sécrétion de cochenilles, des insectes du Sud-Est asiatique, à laquelle on ajoutait de l’ardoise en poudre et quelques gouttes de cire. La base était en coton proche du papier de Manille. Le shellac est encore utilisé dans l'industrie alimentaire (bonbons), les peintures et vernis, et en parfumerie (mascaras, rouge à lèvres, eyeliners, laques à ongles brillantes) ! Peut-être pourrait-on sonoriser ce genre de maquillage en gravant dessus quelques microsillons ?
Si l'on apprécie les mutations, rien ne vaut les aliments frais qu'on laisse pourrir. On ne peut pas s'empoisonner avec des légumes ou des fruits pourris, mais le goût n'est pas génial ! Par contre tout ce qui est animal est fortement déconseillé à partir du moment où cela tourne de l'œil et même bien avant. De toute manière je n'avais pas l'intention de lécher mes disques ni mes boîtiers de DVD, et peu de natures mortes trouvent grâce à mes yeux. Quant au sympathique verset 19 du chapitre 3 du Livre de la Genèse, j'y ajouterai que nous ne sommes que poussière d'étoile et puisqu'il faudra bien retourner au cosmos, alors autant le faire la tête haute, sans peur et sans reproche. J'ai failli écrire sans beurre et sans brioche, mais ça c'est avant qu'il faut y penser. Atomiquement vôtre.

mercredi 1 avril 2020

Le stylo anti-cons


Ceci n'est pas un poisson d'avril. Il existe bel et bien.
Le confinement fait sortir les donneurs de leçons du bois. Pas mal d'entre eux traitent les uns et les autres de cons parce qu'ils ne font pas comme ci ou comme ça, parce qu'ils obéissent aveuglément aux consignes gouvernementales, parce qu'ils les adaptent intelligemment à leur sauce, parce qu'ils prennent des risques inadmissibles, parce qu'ils auraient trouvé un remède miracle, parce qu'ils ne supportent pas leurs voisins ou que l'on ne pense pas comme eux.. Cela fait évidemment le jeu du pouvoir de monter les Français les uns contre les autres. On fustige à tour de rôle les Chinois, les Parisiens, les paysans, les musulmans, les juifs, etc. Et la délation retrouve les beaux jours de la France pétainiste...
La police verbalise un type qui va chercher des serviettes hygiéniques pour sa copine "parce que si Madame en avait vraiment besoin elle a qu’à sortir les chercher elle-même...", alors qu'il aurait fallu, comme dit ma copine, le féliciter et l'encourager. Un autre prend la même prune à 135€ pour être allé acheter Le Monde "qui n'est pas de première nécessité" et les flics lui suggèrent de grouper ses courses, pas d'acheter le journal... Un autre parce qu'il se promène à 50 mètres de chez lui reçoit sa contravention. Tous avaient des attestations en bonne et due forme. Hier je vois des jeunes en casquettes qui ont droit à la fouille au corps. Et tout cela sans masque, sans gants, en vous cramiotant au visage, comme mon gendre en témoigne pour avoir baissé sa vitre de voiture lors d'un contrôle de gendarmerie !
Chaque fois que nous sortons dans les termes de la loi nous devons imprimer ou rédiger une nouvelle attestation, ce qui gaspille un nombre incalculable de feuilles de papier. Je ne sais pas comment, mais Nicolas a compté que cela correspondrait à 200 000 arbres, rien qu'en France ! Comme certains ont également reçu l'amende pour avoir rempli leur attestation au crayon noir pour ne pas gâcher de papier, il reste le stylo effaçable... J'ignore le bilan carbone de cet outil magique, mais vu la durée probable du confinement qui risque de nous mener jusqu'à juin, cela me semble valoir le coup, d'autant qu'on lui trouvera certainement plus tard d'autres usages du même acabit. Vive le stylo anti-cons ! Et j'emmerde la maréchaussée...

vendredi 27 mars 2020

La Poste en rade, comme nous...


Évitez la Poste... Les courriers postés il y a 15 jours ne me sont toujours pas parvenus. Chez moi ou les voisins, seules quelques revues ont passé le filtre (Télérama, Beaux-Arts Magazine, Revue et Corrigée...). Aucun service de presse comme les CD ou les DVD en enveloppes à bulles ne sont jamais arrivés. Lorsque je cherche des informations sur le site de La Poste il n'est fait aucune mention d'éventuels retards. Le licenciement de quantité de postiers explique évidemment les difficultés de ce service. La dématérialisation des supports s'en trouve renforcée. Les courriers en rade refont-ils jamais surface, finiront-ils à la broyeuse, alimenteront-ils les soirées d'indélicats préposés ? C'est un des mystères de la crise...
D'un autre côté les sites web surchargés fonctionnent de manière erratique. Je n'arrive plus à me connecter à celui de Télérama qui me répond comme si je n'étais pas abonné même lorsque je suis connecté. De l'édition papier je ne lis toujours que les premières pages en m'arrêtant avant les programmes TV que je n'ai pas feuilletés depuis plus de quinze ans, mais la partie culturelle et le Petit Journal me permettent de connaître l'actualité des sorties, que je partage ou pas les points de vue des journalistes. Leurs articles ne me défrisent qu'extrêmement rarement. J'évite la presse quotidienne aux ordres.
Le courrier devrait donc représenter un des derniers facteurs qui nous relient matériellement à l'extérieur tangible. On peut aussi aller boire des coups ou prendre le thé chez les voisins, mais là c'est mort. Quant aux réseaux sociaux, il va falloir lever le pied et prendre le temps de respirer l'air frais du printemps, au moins à la fenêtre !

Mais si l'on regarde de plus près ce qui se trame, c'est la colère qui nous guette, sans que l'on puisse faire grand chose en temps de confinement. La colère est pourtant déconseillée en ce qui concerne nos défenses immunitaires. Le gouvernement a fait passer 25 ordonnances censées sauver l'économie : possibilité de travailler 60 heures par semaine dans certains secteurs, de réduire le repos compensateur à 9 heures, de travailler le dimanche et 7 jours sur 7, supprimant sciemment le terme provisoire, il laisse les entreprises imposer les congés payés sur le temps de confinement, etc.... L'interdiction des marchés (c)ouverts va asphyxier les petits producteurs, les paysans vont morfler une fois de plus et le ministre de l'Agriculture d'appeler les Français sans activité à prêter main forte aux agriculteurs ! On croit rêver. Ce gouvernement est mon pire cauchemar. Les auteurs, les intermittents du spectacle vont crever, et je ne parle pas des SDF (qui vont voir grossir leurs rangs si cela continue, et c'est parti pour durer jusqu'à juin). Pendant ce temps là, télétravail oblige, les gros richards boursicotent, rachetant les actions qui ont chuté, il n'y a pas de petit profit, au sens propre, euphémisme. Ce n'est pas la guerre, et pourtant les profiteurs de guerre ont du cœur à l'ouvrage avec Macron (et ses équivalents ailleurs), pieux représentant des banques. On peut simplement espérer que cela se paiera après les vacances d'été, lorsque les Français se réveilleront de la léthargie dans laquelle ils sont plongés de facto. Les gilets deviendront de toutes les couleurs. À moins qu'ils envoient l'armée !? Mais les beaux jours reviendront et les salopards passeront en jugement. Ou bien nous en crèverons. Parce que leur guerre a en effet commencé. Ils la déclarent à tout bout de champ, une guerre contre le peuple, et, maintenant qu'ils ont rincé les plus pauvres, la classe moyenne est dans leur collimateur... Entre les prises de conscience écologiques et politiques, cette crise planétaire ressemble bigrement à une période pré-révolutionnaire... Déjà la CGT lance un préavis de grève de toute la fonction publique (fonctionnaires territoriaux, employés de l'eau, des déchets, du logement social, sapeurs-pompiers, pompes funèbres...) du 1er au 30 avril ! Et les réactionnaires de crier au scandale, mais de ne ne pas réagir aux 25 ordonnances honteuses qui cassent tous les acquis sociaux sous prétexte du virus...

Oups ! Je me suis laissé aller. Tout cela parce que ma boîte aux lettres est vide ? Les impacts sur notre ciboulot sont imprévisibles, surtout que nous devons probablement tenir jusqu'à juin...

lundi 2 mars 2020

Jardiner bio en bandes dessinées


J'imagine que si Jean qui nous a conseillé cet ouvrage, c'est en fan de bandes dessinées plus qu'en jardinier, fut-il en herbe, encore qu'il cultive son jardin voltairien à la manière d'un autre Jean-Jacques. L'adaptation libre du livre Le Bio Grow Book de Karel Schefhout & Michel Panhuysen par Denis "Pic" Lelièvre est un puits de culture, mais j'en ai les yeux qui me brûlent après cette passionnante leçon de chimie organique propre à une saine alimentation et meilleure oxygénation. Avec humour et précision, Pic explique le cycle naturel des plantes, la vie des sols, les engrais verts, les nutriments et les engrais bio, le compost (c'est ce qui m'a poussé à acquérir cette bande dessinée de 128 pages aussi denses que la forêt primaire), les cultures en extérieur et en intérieur, l'importance de la lumière et de l'eau, les semis et boutures, la lutte contre les maladies, etc. À propos des petites bêtes qui font tout le travail en sous-sol, j'aimerais bien que mon chat Django arrête de rapporter des vers de terre à la maison lorsqu'il ne trouve pas d'autres proies. Il faudra que je revienne à cette bible en fonction de mes futures activités jardinières, mais déjà j'en sais un peu plus sur mon compost ! Je la range à côté du Guide Clause où sont répertoriées les diverses essences d'arbres. Si vous faites pousser quoi que ce soit qui se mange, vous vous régalerez de cette BD instructive... Fans de musique, ce qui ne vous empêche pas de vivre sainement, Pic dessine régulièrement dans le Journal des Allumés du Jazz ;-)

→ Denis Pic Lelièvre, Jardiner bio en bandes dessinées, Mama Edotions, 35€

vendredi 17 janvier 2020

L'orchestre-solo


Cette semaine je patauge dans les synthétiseurs vintage. Comme je dépannais Étienne venu copier une disquette système pour le clavier Ensoniq VFX-SD qu'il vient d'acquérir et dont je possède un exemplaire, il a apporté un rack Fizmo de la même marque pour le me prêter quelque temps. C'est vraiment super gentil. L'instrument a une couleur incroyable et permet en deux temps trois mouvements de moduler radicalement les sons en temps réel. Hélas, l'objet n'a pas eu le succès escompté et il a coulé la boîte. Cela arrive souvent avec les petits fabricants imaginatifs. Il suffit d'un raté pour que toute la gamme disparaisse. En plus, il faut acheter les prototypes très tôt, alors qu'ils ne sont pas totalement terminés, mais avant qu'ils soient retirés du marché.
Alors que je voulais faire écouter à Étienne mes propres programmations du VFX, clavier que j'utilise depuis 30 ans, il tombe en rade, incapable de s'auto-calibrer. Heureusement mon camarade connaît un réparateur susceptible de soigner mon précieux instrument que je viens d'ailleurs d'enregistrer pour mon prochain CD. J'en profite pour lui apporter mon vieux PPG Wave 2.2, dont la sonorité transparente reste inégalée, mais qui perd la mémoire et fait sauter les plombs chaque fois que je l'allume. En gros, nous vieillissons mieux que l'électronique, sans parler de l'informatique. À croire qu'il vaut mieux produire de la musique éphémère avec des instruments Kleenex dont la mode passe chaque année plutôt que chercher à inventer en programmant des appareils originaux aux propriétés infinies, de ceux qu'on peut pousser dans leurs retranchements, dans des zones insoupçonnées par les luthiers eux-mêmes. Chaque fois que j'entre dans un magasin de musique, je demande si de nouveaux instruments "barjos" sont sortis, mais depuis quelques années on me répond d'emblée par la négative. J'ai tout de même récemment dégotté les machines russes de Soma, mais si je comptais me racheter un ARP 2600 que Korg ressort pour le NAMM il vaut mieux que j'oublie, car les précommandes affichent partout complet.
Tout cela n'est pas très grave, j'ai suffisamment à faire avec ma panoplie d'homme-orchestre. En définitive c'est peut-être le terme qui me définit le mieux. Homme-orchestre du XXIe siècle ? Il faut bien que j'actualise le terme, sinon on pensera que j'ai une grosse caisse attachée sur le dos. Au jeu des comparaisons je tiens plutôt du croisement de la tortue et du lièvre. La maison d'un zébulon. Les anglo-saxons préfèrent le terme one-man-band. Traduit, "L'orchestre solo" ? Comment expliquer que je joue autant d'instruments virtuels sur mon ordinateur que de multiples claviers analogiques et numériques, auxquels s'ajoutent quelques centaines d'instruments acoustiques ?
Revenons à nos moutons électriques. Tout content de retrouver les valises de mes synthétiseurs du siècle dernier au grenier pour les apporter au docteur, je découvre que la mousse intérieure de celle du PPG tombe en poussière. Lorsque j'y mets la main, elle imprime sa forme comme dans la neige avant de s'éparpiller en poudre inquiétante. Toutes les mousses ne se désagrègent pas ainsi, mais après 20 ou 40 ans cela arrive de plus en plus souvent. Mes bonnettes de microphones furent les premières à s'effriter. J'ai cherché en vain la composition des unes et des autres sur le Net. Certaines résistent au temps, d'autres pas. C'est comme tout. C'est comme nous.

Illustrations : collection Sacha Gattino

mardi 19 novembre 2019

Arnaque


Vous croyez admirer un canard, mais renversez-le et vous découvrirez l'arnaque. En 1980 Bernard Vitet nous avait appris un subterfuge que nous avions trouvé très amusant et que nous avions utilisé dans la pièce Crimes Parfaits d'Un Drame Musical Instantané. Il avait enregistré sa voix à l'envers, puis il avait retourné la bande magnétique. On avait l'impression d'une bande passée à l'envers, mais on comprenait tout ce qu'il racontait. Moins par moins égale plus. Il fallait d'ailleurs toujours conserver les premières prises, car notre camarade s'y entendait si bien que l'on finissait pas ne plus percevoir l'effet de (fausse) voix renversée. Dans la cas présent, prononcez "canard", appliquez l'effet reverse et vous auriez pu entendre "arnaque" si je ne vous avais pas blousés. Parce que canard à l'envers ne donne pas "arnaque", mais "ranaque" ! Il aurait fallu prononcer "cannera", mais mon introduction n'aurait plus tenu debout. Je vous l'avais annoncé : arnaque !
Celle de samedi dont j'aurais pu être victime est un classique. Une certaine Clarisse Duvalier, résidant 7 avenue de la Grande Armée à Ajaccio, me commande la collection de l'Avant-Scène Théâtre (1954-1960) que j'ai mise en vente sur LeBonCoin en me demandant d'y ajouter le prix du port via Colissimo. Elle est pressée de conclure l'affaire, mais préfère passer directement par Paypal, et non par LeBonCoin, car "avec Paypal, fiable, sécurisé et rapide, pas besoin de communiquer vos coordonnées bancaires", d'autant que son compte bancaire ne serait "pas relié à son compte LeBonCoin, par conséquent le paiement via l'application LeBonCoin est impossible pour elle" ! L'arnaque consiste à envoyer ensuite un faux mail de PayPal stipulant avoir bien été crédité. Si l'on ne vérifie pas son compte en se connectant directment au site, on se fait évidemment avoir. L'adresse est une boîte aux lettres à la porte d'un lycée sur l'Île de Beauté (pas la porte à côté !) et j'imagine que l'arnaqueuse ira chercher l'imposant colis à la Poste avec une fausse pièce d'identité, à moins que ce soit un peu plus retors.
J'avais déjà été la cible de cette même arnaque il y a quelques mois. J'ai l'impression que la moitié des centaines de mails que je reçois chaque jour consiste en des tentatives frauduleuses. Il est facile de se laisser prendre au phishing si l'on ne vérifie pas l'authenticité des protocoles. On sait qu'il ne faut jamais se connecter au web via les applications de mail, mais il y a bien d'autres coups tordus comme par exemple les publicités sur FaceBook. La plupart du temps, l'objet de vos désirs y est proposé beaucoup plus cher que si vous le cherchiez vous-même simplement sur le Net. Et puis il n'y a pas que sur le Net qu'on puisse se faire escroquer. Lorsque j'étais jeune homme j'avais acheté un piano qui n'existait pas et une veste en daim qui était en suédine. Nous avons tous et toutes été victimes un jour ou l'autre de personnes sans scrupules qui jouent sur la confiance, ce qui peut rendre terriblement triste. Je préfère franchement les voleurs à la tire qui n'exercent aucun chantage affectif...
Je conclurai en précisant que mon canard est un animal empaillé, photographié dans une école de Victoria en Transylvanie, et que son air renfrogné ne correspond absolument pas à ses intentions véritables.