Jean-Jacques Birgé

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vendredi 25 février 2022

Le spectre, hypothèse révolutionnaire


Notre vie semble réglée sur du papier à musique, mais les portées sont autrement plus complexes, sans compter le paquet de bémols à la clef. Cycle menstruel ou éternel recommencement de l'Histoire, persistance des comportements névrotiques ou saisons, mouvement des planètes ou rénovation du vivant, rien n'y échappe. Si tout ce qui vit sur la Terre suit des lois cycliques, la répétition n'en est pas moins improbable, car aucun des cycles ne possède la même fréquence. Considérons cette superposition d'ondes comme un sandwich tunisien, un mille feuilles où chaque couche a son propre rythme. Pour qu'existe une révolution complète il serait nécessaire qu'elles se retrouvent ensemble à un nœud de vibration commun à toutes, cas de figure plus qu'incertain dès lors que l'on embrasse un système relativement large. De même, la synchronisation de plusieurs creux ou bosses produit des crêtes induisant des phases de dépression ou d'excitation. La représentation de la vie peut ainsi ressembler à un spectre, comme celui de la lumière ou du son, dont les couches harmoniques dessinent le timbre.
La première image, celle du spectre sonore, a été réalisée en 1999 par Aphex Twin avec le célèbre logiciel Metasynth d'Eric Wenger. On peut entendre le résultat sur le single Windowlicker. Remarquons que Wenger est également l'auteur de l'application Bryce : lorsque ce ne sont pas les cycles, nous avons affaire aux fractales, ce qui, dans notre exposé, revient à peu près au même, et rebelote.


La seconde est mon test d'audition que je subis avec curiosité hier matin au Centre Médical de la Bourse. Bilan : largement supérieur à la moyenne de mon âge. Comme c'est dit élégamment ! Avec une perte de l'oreille gauche autour des 4 kHz. Et rebelote, vous disais-je.

Article du 9 juillet 2009

lundi 7 février 2022

Lire aux cabinets


Lire au cabinets est le titre d'un opuscule d'Henry Miller écrit en 1952. Prétexte à d'intéressantes réflexions sur la lecture, les cinquante pages de ce petit livre rose (ed. Allia, 6,10€) interrogent le temps que pour la plupart nous ne prenons pas. Il monte en épingle notre solitude nécessaire et le besoin de faire plusieurs choses à la fois. Certaines peuvent sembler stériles comme choisir des ouvrages sans réelle consistance pour nous accompagner dans l'expulsion de nos selles, mais lire en mangeant pose des questions du même ordre. Pour mon propre usage, je retiens essentiellement que j'aurais préféré, n'en déplaise à l'auteur, me pencher sur son ouvrage, chapitre 13 des Livres de ma vie, assis sur la rondelle plutôt que suant au soleil. Rien ne me conforte plus que de choisir le livre exact qui rime avec l'activité présente, le paysage traversé, l'humeur du moment. Nicolas emporta Les enfants de minuit dans son périple indien comme je relisais Sophocle et Platon dans les îles grecques. Il en est de même pour mes accompagnements musicaux, en voiture ou à la maison ; je choisis du rock dans les grands parcs américains, de la musique bretonne au Finistère, du rap lao à la frontière chinoise, le premier mouvement de la première symphonie de Charles Ives si je suis totalement déprimé, Dario Moreno pour un réveil musclé, etc. Il n'y a que le cinéma que j'aborde à contrepied pour briser ma journée marathon et me plonger dans un autre monde, quasi schizophrène, encourageant la passivité. Quant aux cabinets, j'alterne la lecture des magazines avant de tirer la chasse et les ficher à la poubelle et la respiration ventrale, sachant bien qu'il n'existe aucun rapport de cause à effet entre la lecture et la défécation. Leur seul point commun est une pratique exigeant détente et concentration.

Republication de cet article du 31 mai 2009 qui m'évite ainsi un surcroît de travail alors que ce week-end j'ai répondu à un entretien-fleuve en anglais pour un magazine slovène, plus un article pour l'Université de Saint-Étienne...