70 Pratique - novembre 2025 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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mercredi 26 novembre 2025

Ça chauffe !


Depuis que j'avais transformé le sauna infra-rouge, dont la centrale avait grillé suite à une infiltration d'eau dans le toit, par un poêle traditionnel, je ne pouvais plus y écouter de musique. L'électricité n'alimente que les résistances qui chauffent les pierres volcaniques. Une lampe sans fil me permet de choisir la couleur de la lumière lorsque j'en ai besoin, surtout les mois d'hiver où la nuit tombe plus tôt. C'est, par exemple, utile pour vérifier la température sur le cadran accroché au mur. Mes voisins dont la séance hebdomadaire est quasi rituelle m'ont astucieusement suggéré d'acquérir une petite enceinte Bluetooth connectée à mon smartphone que je laisse dehors. Par contre je pose l'enceinte à l'intérieur. La chaleur, tout à fait tolérable sur le sol, ne risque pas de l'abîmer. Elle est waterproof, mais pas fireproof ! Le son est excellent, du moins pour un si petit machin. Boycottant les plateformes type Spotify ou Deezer, j'écoute des disques sur Bandcamp (aujourd'hui Sacha Gattino), les émissions de France Culture, ou encore Radio Libertaire (qui n'a pas de pub) comme je le faisais dans le passé. La méditation n'étant pas mon fort, surtout dans ces conditions, je m'aperçois que cet accompagnement musical m'incite à suer un peu plus longtemps. L'hiver, le thermomètre monte plus haut, jusqu'à 95° !

lundi 24 novembre 2025

Manuel de survie (3)


En 2017 j'avais chroniqué le Manuel de survie qui trône dans la pièce éponyme, celle du trône. Jeudi dernier, le gouvernement de l'employé des banques, royaliste de surcroît, publie un petit fascicule en ligne qui lui fait concurrence. En corrélation avec les propos alarmistes et cyniques de son chef d’état-major des armées, on comprendra qu'il s'agit avant tout de faire peur à la population pour l'empêcher de réfléchir aux véritables questions qui pourraient lui donner la drôle d'idée de se révolter en votant pour un candidat de gauche, toujours caricaturé avec un couteau entre les dents, ou en descendant dans la rue. Il y a évidemment le danger d'un conflit qui éviterait d'envoyer les citoyens vers les urnes pour conserver le pouvoir, mais la France n'est pas l'Ukraine. Nous voguons en plein roman d'anticipation, même si l'actualité nous montre que le pire peut malgré tout arriver. On le constate aux États Unis ou à Gaza. L'impossible est devenu le réel. Lorsqu'il s'agit d'art, c'est sublime. En politique, les actes criminels de nos dirigeants sont moins sympathiques. Les flux migratoires générés par les conflits, alimentés devinez par qui, ou par les catastrophes météorologiques dus au réchauffement climatique, produit devinez par qui, s'intensifiant, la tendance extrême-droitière séduit même chez les bien-pensants et les victimes inconscientes. [A parte tandis que je tape ces lignes, je viens de tuer un moustique, étrange à cette période de l'année !] Le capitalisme a besoin de diaboliser un adversaire pour perdurer. Le terroriste musulman a remplacé le dangereux bolchévique dans les films hollywoodiens comme dans le roman national, bien que Poutine lui redonne du galon.
Donc Tous responsables : un guide pour mieux faire face aux risques arrive à point nommé. Il a néanmoins une certaine utilité si l'on pense aux dangers que représente notre industrie vétuste, que ce soit nos centrales nucléaires ou les usines "Seveso" qui fleurissent sur notre territoire. Les municipalités ne sont pas du tout prêtes à gérer une catastrophe, comme on l'a constaté, par exemple, lors de l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen en 2019. On a vu aussi comment la pandémie du Covid a pris de cours l'ensemble de la planète. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises, qu'elles soient écologiques (hélas les plus probables et les plus terribles, mais on fait comme si de rien) ou politiques (de celles-là on finit toujours par s'en sortir, mais après combien de morts ?). Personne n'y échappe. Les milliardaires eugénistes qui se font construire des bunkers dans des îles privatisées tomberaient forcément sous les coups de leurs employés de maison ou de leur service de sécurité !

J'ai donc lu le fascicule publié sur impots.gouv basé sur la résilience, concept à la mode évitant de pointer les responsabilités en amont. Il y a aussi une version plus imagée, intitulée Tous responsables. Ils sont plutôt de bon conseil. En homme prévoyant, prêt à confronter tous les aléas du quotidien, je crois avoir coché toutes les cases, mais à mon petit niveau c'est pour profiter au mieux de la vie et non dans la perspective d'une catastrophe générale et flippante. Si vous n'y aviez pas pensé, le guide peut donc être utile, mais méfions-nous des circonstances où il est publié et continuons à nous battre contre les gouvernements qui nous envoient dans le mur...

Comme cet article est susceptible de produire l'effet inverse de celui que je m'étais assigné, je recopie ici un extrait de Manuel de survie (1) (le second épisode concernait le confinement) qui remet les choses en place, du moins telles que je les conçois :


Didier est ressorti hilare d'un petit séjour hygiénique dans la boîte verte où se trouve un des lieux d'aisance de la maison. J'y laisse toujours de la lecture instructive comme les vieux numéros de la revue Schnock ou des fascicules publiés par la Préfecture de Police. Il était tombé sur le Manuel de survie de Joshua Piven et David Borgenicht que ma fille m'avait offert il y a longtemps pour je ne sais quel anniversaire. Elsa, connaissant les exploits sportifs de mon enfance et mon goût pour tout ce qui peut être pratique, ne pouvait pas tomber mieux.
Danseur, Didier fut particulièrement sensible à l'article Comment sauter dans un train en marche quand on se trouve sur le toit. Les auteurs conseillent de ne pas essayer de se tenir debout, de se mettre à plat ventre dans les virages ou à l'approche d'un tunnel, d'accompagner le balancement du train avec son corps, latéralement et en avant, et une fois l'échelle trouvée de descendre rapidement. Pour moi, c'était une évidence.
Il y a plus Sioux. Comment survivre à une morsure de serpent venimeux, se débarrasser d'un requin, échapper à un puma, un alligator ou des abeilles tueuses m'en apprennent long comme le bras. Comme gagner un combat à l'épée, encaisser un coup de poing, sauter d'un immeuble dans un container, faire une trachéotomie, détecter un colis piégé, faire atterrir un avion, survivre à un tremblement de terre ou à un naufrage, etc. Mais me souviendrai-je de ma lecture si mon parachute ne s'ouvre pas ou si je dois sauter dans une voiture en marche depuis une moto ? Pas question alors d'ouvrir le manuel que j'aurai précautionneusement glissé dans ma poche ! Il faut donc que j'apprenne par cœur comment démarrer une voiture sans clé de contact ou que faire si une dame accouche dans un taxi.

vendredi 7 novembre 2025

De la mémoire et des bosses


Comment se fait-il qu'après 25 ans de pratique dans ma maison je me cogne toujours aux mêmes endroits ? Pourquoi suis-je incapable de me souvenir des trois bas de plafond qui font de moi un bas du front ? Je m'assomme donc régulièrement, mais heureusement pas très souvent, sous l'escalier de la cave, en remontant du garage et en entrant dans le petit local jardin. Ce sont évidemment des impasses où l'on marche souvent à reculons, ou sinon des passages un peu bizarres. Le coup est douloureux sur l'instant, on voit trente-six chandelles comme Roger Rabbit au début du film de Zemeckis, début à la Tex Avery dont je ne me lasse pas, mais la douleur passe vite. Seule la bosse se rappelle à votre bon souvenir. Pour éviter de me casser une fois de plus le petit orteil gauche, j'ai placé des pots de fleurs aux endroits stratégiques du jardin, mais je ne peux éviter certaines embûches si je marche pieds nus. Il serait par contre ridicule que je porte un chapeau lorsque je pénètre dans les endroits reculés du pavillon.
Quant à se souvenir des dangers domestiques qu'ils représentent, je sens bien que ma mémoire n'est plus aussi affûtée qu'elle le fut. J'ai du mal à associer un nom et un visage, je cherche des mots courants, je pose mes lunettes n'importe où, etcétéra. Le ciboulot se comporte peut-être comme un disque dur. Sa capacité de stockage ne serait pas expansive ? Plus on vieillit, plus le nombre d'informations est grand. En jetons-nous alors d'anciennes pour faire de la place aux nouvelles ? Il paraît pourtant que l'on peut récréer de synapses à tout âge. Nous sommes néanmoins tentés de réécrire notre histoire. À force de la raconter, nous la figeons sous une forme confortable. La répétition ne favorise pas l'imagination. Déménager permet, par exemple, de préserver des souvenirs en les situant géographiquement. Ainsi je me souviens de très nombreuses choses, plutôt rattachées à des localisations, vécues jusqu'à cinq ans. Je fais abstraction des délires somnambuliques de mon enfance que j'assimile peut-être à tort à l'épreuve de ma naissance. On se raconte parfois des histoires auxquelles on finit par croire. Les photographies apparues ces dernières années sur le Net m'ont permis de me rassurer, je n'avais rien inventé ! Par contre, lorsqu'on compare le souvenir très ancien de deux personnes, il arrive que les versions ne correspondent pas du tout. Inconsciemment les uns ou les autres réécrivons l'histoire, et les deux protagonistes de ne pas démordre de leur interprétation dont l'incompatibilité peut se révéler troublante. Les optimistes ont tendance à se rappeler les bons moments de leur existence, les pessimistes à noircir le trait. Voilà donc comment une bosse me fait divaguer tout en ravivant ma mémoire !

Illustration : gros plan d'une œuvre de Sheila Hicks au Musée du Quai Branly