70 Voyage - février 2026 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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dimanche 22 février 2026

Pointe du Van


Le brouillard, le vent, pas un chat à la Pointe du Van. Nous l'avions pointée plutôt que celle du Raz pour éviter les touristes. C'est ainsi, on fait comme si nous n'en étions pas. La lande est totalement déserte. Au milieu des bruyères et des ajoncs, de la callune et du genêt poilu, nous foulons le gazon d'Olympe lorsque les flaques nous empêchent d'avancer. Demi-tour. Déjeuner chez Chloé et Simon où la grande tempête avait fait tomber les pins maritimes de vingt-cinq mètres sous des rafales de plus de 200 km/h. Ils ont du bois pour je ne sais combien d'hivers, mais quel travail ! Le plus haut avait chu entre la caravane et l'atelier de poterie, un centimètre de chaque côté, il faut bien des miracles au milieu du désastre. Ils ont déblayé, reconstruit. Aujourd'hui les camélias explosent de couleurs vives. Jusqu'ici nous avons échappé à la pluie. Hier l'horizon ressemblait à un Rothko gris bleu, ce matin c'est plutôt Sisley. On espère Monet pour les jours prochains.

samedi 21 février 2026

Du granit


Pas une goutte n'est tombée du ciel jusqu'en début d'après-midi. Le vent étourdit-il ou rafraîchit-il les méninges ? Comme les vagues qui roulent vers ou loin de nous selon les heures. Le va-et-vient se conjugue à tous les tempéraments. Suis-je assez explicite ? Ce sont les vacances. J'envisage les après en faisant des courses à l'entrepôt d'Océane Alimentaire à Saint Guénolé et chez Marinoë à Lesconil. À midi nous nous arrêtons au Guilvinec pour un délicieux filet de lingue bleue qu'on appelle aussi julienne. Au Poisson d'avril les serveurs n'ont d'autre choix que l'humour. Nous nous promenons sur les rochers avant que la marée les recouvre.
Le silence de la mer contraste avec la montée du fascisme qu'encouragent les imbéciles qui n'ont rien appris de l'histoire. Celles et ceux qui me lisent savent tout cela. On ne convainc personne qui ne veuille être convaincu. Et puis on fait ce qu'on peut. J'ai symboliquement accepté de figurer sur la liste municipale la plus à gauche de ma ville en espérant faire bouger les lignes, au moins dans un combat de proximité. On a beau se sentir impuissant, les gouttes d'eau font les grandes rivières. Il faut sauver nos océans.

vendredi 20 février 2026

La mer à boire


Lorsque nous sommes arrivés la marée n'était pas encore vraiment montée. Ni haute ni basse. Elle se préparait pour plus tard. Nous étions simplement heureux d'être là. D'avoir attrapé le train de justesse après une course effrénée parce que le métro s'était arrêté en chemin, les rues embouteillées jusqu'à la gare Montparnasse. Les portillons s'étaient refermés derrière nous. On avait remonté les couloirs jusqu'à la voiture 5. Je pensais à l'arrivée à Quimper depuis des semaines, à cause des sushis du Marché Saint François et du Java de chez Le Meur... Le dernier tournant à gauche à l'Île Tudy ressemble à un lever de rideau. En quelques mètres l'horizon se découvre, magique. On dit toujours qu'en Bretagne il fait beau plusieurs fois par jour. Regardez ce ciel. Mais il n'y a plus de sable devant la maison de Michèle, plus de fucus dont Elsa faisait éclater les vésicules dans sa bouche, plus de palourdes entre les rochers. Dédé m'avait appris à les ramasser, mais à force de retourner les algues les incultes ont détruit les essaims. Je ne viens plus que rarement. Épisodiquement. Mais c'est chaque fois la première.


Le soir les vagues ont arrosé les promeneurs. Coefficient 98, ce n'est pas si mal. L'eau s'infiltre dans les fentes du mur et soulèvent l'asphalte. Si l'on ne fait rien la route s'écroulera, elle disparaîtra comme les falaises qui reculent sans cesse. Devant nous les couleurs changent à vue d'œil. Je filme depuis la terrasse. Demain nous irons nous promener. Probablement les rochers de Saint Guénolé, Le Guilvinec, Lesconil. Samedi nous pousserons plus loin, jusqu'à la fin de la terre. Pour un petit gars de la ville, l'océan est un mystère. Une force surnaturelle. Dans son sublime poème L'ange Heurtebise, Cocteau écrit "en bas la mer ce matin recopie cent fois le verbe aimer".