70 Voyage - avril 2026 - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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vendredi 10 avril 2026

Pause vénitienne


Encore une nouvelle manière de découvrir la Sérénissime (c'est mon huitième voyage), je pars à Venise pour une petite semaine avec mon petit-fils qui a huit ans. Je publierai peut-être quelques images sur FaceBook ou Instagram, mais ne reprendrai le Blog qu'à partir du lundi 20 avril.
C'est Jean-André Fieschi qui me la fit connaître en 1979 pour clôturer quatre ans de collaboration ; nous arrivâmes à minuit le jour de Noël à la gare ferroviaire de Santa Lucia, sous dix centimètres de neige ; le lendemain nous sommes allés à la Scuola di San Giorgio degli Schiavoni admirer les Carpaccio, seuls avec un couple que nous avons regardé s'éloigner sur le quai enneigé : c'était Michelangelo Antonioni ! J'ai acheté des bottes pour braver l'acqua alta, arpenté la Biennale d'Art Contemporain, me suis baigné au Lido, y ai vécu le pire, une séparation, et le meilleur, toutes les autres fois ! J'y suis allé avec ma fille Elsa qui avait six ans, et c'est au tour de son fils aîné de vivre ce rêve éveillé. Qu'il fasse jour ou qu'il fasse nuit, ce sont bien des Nuits blanches (Visconti, 1957) ou Quatre nuits d'un rêveur (Bresson, 1971) qui me donnent envie de vivre. Y marcher la nuit, c'est comme si un gardien nous avait oubliés, après la fermeture du théâtre, dans ce décor de carton-pâte.

mercredi 8 avril 2026

Le village du prisonnier


Pendant longtemps il y eut des vignes à perte de vue. Avant, qui sait ? Les promoteurs ont acheté la terre. Se seraient-ils mis à l'eau ? On peut en douter. La ville gagne partout sur la campagne. On bitume, on monte, on couvre. Ils ont construit une ville morte. Pourtant son kiosque abrite de temps en temps un concert. Depuis la maison autrefois isolée de notre amie, un soir on entendit celui de trois ténors. Nous avons cru que c'était le son d'une radio ou d'un auto-radio, mais le lendemain une affichette nous détrompait. Les commerces ressemblent au décor pomponné d'un luxueux train électrique. Depuis les roseaux on attend en vain âme qui vive. Rien ne bouge. Nulle Juliette ne se penche au balcon. Aucune jumelle ne cherche son marin. Ce village de comédie musicale rappelle le célèbre feuilleton anglais où le Numéro 6 revendiquait d'être un homme libre. Il ne manque que le rôdeur, énorme boule blanche et molle qui ramenait au bercail les fuyards. Ici on ne fuit pas. On rentre sagement au bercail après le travail en ville. Tout est parfait dans le meilleur des mondes.

Article du 3 septembre 2013