Jean-Jacques Birgé

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dimanche 30 avril 2006

Recette de la soupe Miso


Décidemment, ça sent les vacances ! Après le jardinage, la cuisine : Elsa m'a demandé hier soir la recette de la soupe japonaise. C'est très simple et tellement meilleur lorsqu'on la confectionne soi-même plutôt qu'en l'achetant en sachet lyophilisé.
Dans une casserole d'eau froide, mettre de la pâte Miso faite à partir de la pâte de soja (il en existe de la sombre/rouge et de la claire/jaune, les deux sont bonnes et proposent des goûts différents, la sombre est un peu plus corsée), de la bonite séchée (sur l'étiquette, je lis : Hondashi "Ajinomoto", à gauche sur la photo) et du Mirin (alcool de riz pour la cuisine). Les quantités pour deux personnes : une grosse cuillérée à soupe de Miso, une plus petite de bonite et un jet de Mirin. Arrêter le feu avant que ça bout.
On peut ajouter des algues fraîches (magasins bio ou grandes surfaces) ou séchées (magasins chinois ou japonais, le seul japonais que je connaisse est Kioko, 46 rue des Petits Champs, à côté de l'Opéra à Paris, mais c'est moins cher chez les chinois de Belleville ou du XIIIème), du piment rouge mélangé avec du sésame (Sichimi Togarashi), des poireaux finement coupés ou de la ciboulette, des champignons Shiitaké, du Tofu, etc.
Lorsque vous recherchez une recette, il existe aussi une bonne adresse sur le Net, marmiton.org.

samedi 29 avril 2006

Studio GRRR (2) - le jardin


Samedi, jour de repos, si, si, ça m'arrive... Alors, si vous n'avez pas la fibre jardinière, passez votre chemin, vous vous ennuieriez, et revenez demain !
Ce matin, nous sommes allés acheter quelques fleurs printanières : des œillets d'Inde orange et bordeaux, des ancolies hybrides "de Coerulea" rouge et or, et des lupins rouges. Il n'y a plus de place pour grand chose. Au début, lorsque j'ai créé cet espace vert et coloré, après avoir cassé la chape de ciment de 40 centimètres d'épaisseur, j'ai réalisé un jardin zen, où tout était sobre et mignon. Il y avait même des rocailles, des cailloux de formes diverses, et Caroline m'avait prêté un énorme rocher en stuc, tellement réaliste qu'on s'y laissait prendre. Avec le temps, le jardin zen s'est transformé en jungle : les bambous font maintenant sept mètres de haut (ils poussent chaque année d'un mètre en une semaine ; on comprendra ainsi aisément la véracité du supplice du pal), le charme est grand et touffu (il nous cache des voisins, au demeurant charmants !), les plantes les plus agressives ont étouffé les humbles, les fraises ont été dévorées par les limaces (qu'on trucide écologiquement en leur laissant des coupelles remplies de bière ; côté escargots, nous les faisons jeûner avant de les savourer), les framboisiers se sont étiolés, mais la vigne donne de plus en plus de grappes, et on attend toujours que le kiwi hybride donne des fruits ; je suis furieux contre mon bouleau pleureur qui a toujours refusé de grandir et je protège le palmier des attaques des bambous. Le mur est envahi de lierre, de vigne vierge et de passiflore. Il y a tellement de trucs qu'il serait vain d'en dresser la liste. Chaque année est différente : il y eut celle des coquelicots apportés sans doute avec la terre, et puis celle du mauve, et une toute jaune... Nous ignorons encore à quoi ressemblera celle-ci. Elle a commencé rouge vif avec le cognassier du Japon. J'apprécie les couleurs complémentaires aux différents verts des feuillages.
Nous avons aussi rapporté de la menthe arabe pour le thé, du basilic et du persil, mais je crains toujours que ces deux-là ne déperissent trop vite, alors nous les avons cette fois plantés en pots. Les thyms (citron et ordinaire) s'étalent, le laurier est devenu un arbre, la ciboulette et la sariette sont reparties de plus belle, et la verveine citronelle s'épaissit chaque année. Françoise fait une telle consommation de tisane... Je me bats régulièrement contre une sorte de doriphores vert émeraude qui attaquent l'énorme buisson de romarin et la sauge. Craignant que les produits toxiques empoisonnent les "simples", j'ai jeté l'éponge du côté des rosiers trop souvent infestés de puçerons. Les seuls traitements que je tolère sont celui des coccinelles et le génocide à la bière évoqué plus haut.
Il y a donc deux jardins. Devant, c'est celui de la maison : églantier, lavater, tamaris, glycine, bambous noirs, conifère rampant, iris mauves, et plein d'autres espèces dont j'ignore le nom, mais je ne peux oublier le yucca qui obstrue la fenêtre de la cuisine, ni le lierre qui mange la façade, ni le muguet qui embaume à l'approche du 1er mai.
Derrière, c'est celui du studio. J'avais toujours rêvé que mon lieu de travail soit éclairé par la lumière du jour et donne sur de la verdure. J'ai pu installer quelques plantes d'intérieur entre les deux fenêtres, puisque le studio est une boîte dans la boîte. Lorsque je fatigue, je vais tailler, cueillir, humer ou simplement prendre le soleil. Lorsque personne ne me voit, il m'arrive de me vautrer dans certaines plantes dont le feuillage est très doux, d'y enfouir mon visage en l'embrassant littéralement (à bras le corps). L'hiver, il y a suffisamment de feuillages persistants (photunia, pins, palmier, toujours les bambous) pour que le paysage ne soit pas désertique. Je prends la photo maintenant, même si la lumière de cet après-midi est un peu grisâtre.
Les oiseaux m'accompagnent, même si la plupart gardent leur distance à cause de Scotch, toujours à l'affût des jeunes merles. Les adultes sont extrêmement bavards ces derniers temps, surtout le matin et le soir. Des moineaux ont fait leur nid dans le toit. Parfois je surprends des mésanges, des rouge-gorge, des verdiers... Les pies ne s'approchent plus depuis que Scotch en a attrapé une : elle avait le cou cassé, pendant en travers de la gueule du chat ; j'ai réussi à le coincer, à desserrer ses mâchoires, et comme par miracle la pie s'est envolée (air de Rossini), cette excellente comédienne faisait la morte !
Si cet aspect du studio vous semble anecdotique, préférez une visite plus professionnelle en vous reportant au billet du 18 avril dernier ou attendez la suite de ce feuilleton immobilier.

vendredi 28 avril 2006

Le Vrai-Faux Mariage Tziganin' ce soir au Cabaret Sauvage


Le 12 février 2005 au Lavoir Moderne était la première date d'Elsa avec La Caravane Passe. La photo est floue, j'étais loin, l'atmosphère était surchauffée, j'avais préféré m'asseoir sur les quelques fauteuils du fond de la salle pour assister à cette fête bordélique et euphorisante plutôt que danser sur ce volcan avec ma fille planant au-dessus de la foule.
Cela n'a jamais été facile pour un père d'avoir une fille monte-en-l'air, même si sa période casse-cou est loin derrière. "Ne vous inquiétez pas, tout va bien, Elsa est avec son professeur à l'Hôpital Robert Debré, elle est tombée sur la nuque en faisant le saut périlleux, etc.", était le type de phrase que je détestais entendre lorsque je venais la chercher à l'École Nationale du Cirque Annie Fratellini où elle avait débuté à l'âge de 8 ans. Cela avait commencé bien avant, elle avait sauté, involontairement, de quatre mètres de haut sur la plage avec son vélo en atterrissant sur la tête : tout L'île-Tudy avait défilé pour voir la miraculée. Elsa est devenue une grande fille responsable, mais elle n'a plus lâché, heureusement. Aérienne, elle joue les contorsionnistes sur son trapèze avec une exigence devenue professionnelle, tentant d'aborder l'acrobatie avec le plus de naturel possible. Sans négliger la grâce et la sensualité qu'exige ce genre de numéro, elle ajoute humour et poésie, créant un pont entre son travail de comédienne et celui d'artiste visuelle. Fierté d'un père mêlée toujours d'un peu d'inquiétude légitime !
Elsa Birgé fait donc partie, depuis l'année dernière, de la clique de Plèchti, une bande de saltimbanques qui font les fous avec l'orchestre de La Caravane Passe, une fois par mois au Cabaret Sauvage, lorsqu'ils ne tournent pas dans le reste du pays. Le spectacle oscille entre musique tzigane, théâtre et cirque, et attire plus d'un millier de spectateurs à chaque représentation. Le plus admirable dans cette fête débridée (avec le monde qu'il y a maintenant, la vodka ne coule hélas plus à flots, même si on continue à en servir), c'est l'entrain du public à danser pendant deux heures sans discontinuer (et le bal continue avec DJ Tagada en after) ! J'ai aussi entendu des jeunes gens affirmer qu'ils n'avaient jamais vu autant de jolies filles réunies que lors de ces fêtes délirantes et mensuelles. Comme dans les vrais mariages, les couples se font et se défont au gré des représentations. On y va pour l'ambiance festive, pour se défouler, pour rire et pour danser, encore et toujours danser sur le parquet de bal. Le public est très mélangé, mais les plus âgés ont la possibilité de rester assis sur le pourtour de cette magnifique salle circulaire, toute de velours rouge, bois ciselé et miroirs biseautés... Il y a aussi un bar et une restauration. La Caravane Passe attire un public jeune (entre 20 et 30 ans) qui, ayant déserté les raves, veut continuer à se dépenser physiquement et s'amuser. La musique, cuivrée et trépidante, est dirigée par Toma Feterman, les noces de Sacha et Mona sont felliniennes (Yann-Yvon Pennec joue Sacha tandis que Mona est interprétée par une Mona Lisa travestie, Môh Aroussi), le sorcier Raki-Rico fait des tours de magie, La Cigancica chante, et toute la troupe entraîne son monde dans une grande farandole qui mériterait certainement plus de rigueur dans le propos et la mise en scène, mais ça marche, le public revient, fidèle, et grossit de mois en mois, enthousiaste.
Alors, c'est ce soir à 21h. Ça coûte 10 ou 16 euros, et il est prudent de réserver au 01 42 09 01 09, parce que ça se passe souvent à guichets fermés.

jeudi 27 avril 2006

La théorie du complot (feuilleton)


À la suite de mon billet du 29 mars sur le film époustouflant Loose Change, un certain Jeff nous annonce qu'une refonte du site ReOpen911.online.fr est en cours et que politiquedevie.net suggère une explication au silence médiatique concernant les relations entre le Président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, Dominique Baudis, et le groupe Carlyle...
Ces informations sont intéressantes sur le travail remarquable de la Résistance sur Internet, elle n'implique pas forcément mon adhésion automatique à ce qui y est présenté, mais il est important d'en prendre connaissance, au su de la collusion de la presse française avec le pouvoir, tant politique qu'économique. Si un quotidien comme Libé publiait certaines informations en sa possession, il serait sanctionné par un blackout total des infos issues des organes gouvernementaux, ce qu'il ne peut se permettre. Reste toujours la solution, pour un journaliste censuré, d'envoyer ses documents au Canard Enchaîné, par exemple, qui profite chaque fois de ce genre de situation. C'est l'origine de la plupart des affaires qu'il a révélées depuis sa création, mais même le Canard ne peut pas tout publier... Ceci m'a été confirmé par plusieurs journalistes de Libération.

Un autre film sur le mensonge, l'oppression et la corruption qui ont envahi les États Unis depuis le 11 septembre, Liberty Bound, réalisé par Christine Rose, est édité en France par Lowave. Y figurent des entretiens avec Howard Zinn, Michael Parenti et Michael Ruppert. Je donne ici l'adresse de leurs trois sites (anglophones) qui sont une mine d'informations passionnantes sur la résistance américaine, et souvent un remarquable travail d'investigation.

mercredi 26 avril 2006

La BD vocale de Nosfell


Le dvd de Labyala Nosfell offre un concert complet au Botanique de Bruxelles, accompagné d'un paquet de boni tant vidéo qu'audio. Qui est Nosfell ? Je n'en sais rien, sauf que les yeux de Ludivine s'illuminèrent lorsqu'elle le compara à la nouvelle Camille. "Il faut les voir sur scène", dit-elle.
Les deux chanteurs utilisent leur voix de façon très originale. Si les paroles de Camille sont déjà mûres, celles de Nosfell ressemblent plutôt à du Kobaïen exilé en Irlande. Je commence par le point faible, ce côté BD "héroïque fantaisie" est un peu pompant à la longue et fait ressembler oklamindalofan à un jeu vidéo pour ados, lorsque Nosfell ne chante pas simplement en anglais. J'attends avec impatience de voir et d'entendre comment ce jeune artiste surdoué va mûrir, offrant peut-être un répertoire de sujets plus adultes, lorsqu'il se sera confronté au saut d'obstacles de la vie d'homme, et l'aura croisé avec son goût pour l'évasion fantasmagorique. Le maniérisme (seulement en scène, car à la ville, il n'a qu'un zozotement très courant chez de nombreux chanteurs actuels) de sa voix parlée (en français) fait plutôt penser à un bègue qui aurait vaincu son handicap, et qui s'épanouit dans une langue inventée (le Klokobetz), la répétition (pédale d'effets) et le chant, mais quel chant ! Grâce à une machine baptisée Repetto par son créateur Mathieu Pavageau, Nosfell échantillonne sa voix, la met en boucle, et rechante par dessus composant, couche après couche, un tissu dense de voix de haute-contre, de voix naturelle, de voix brisée et rauque et d'imitations de percussion extraordinaires (une des plus impressionnantes human drumboxes que j'ai pu entendre)... Il fait subir le même sort à ses deux guitares, tout comme son comparse, Pierre Le Bourgeois, à son violoncelle, soit la mise en boucles et coupes réglées de toute cette inventive pâte sonore. Aucun playback, seul l'enregistrement de séquences et leur restitution immédiate donnent à chaque concert une vision nouvelle. Camille et Nosfell montrent comment la chanson française s'empare enfin des recherches de la scène underground européenne, comme une Björk le fit de l'autre côté de la Manche ou de la Mer du Nord (on peut sentir l'Océan tout proche). Un potentiel énorme ! Nosfell nous rappelle parfois la grande Yma Sumac, tant Nosfell maîtrise cordes vocales, diaphragme et respiration ventrale (et dorsale !). Sans oublier tous les Phil Minton, Ghédalia Tazartès, Tamia, Frank Royon Le Mée, Greetje Bijma, Robert Wyatt, David Moss, Bobby Mc Ferrin, Klaus Nomi et tant de rappeurs. Sur son fil, Nosfell oscille entre Kabouki et Jim Morrison, avec des réminiscences de voix zoulou et des clins d'oreille vers le folk d'un Neil Young. Pour les amateurs, les boni audio sonnent bigrement comme de l'impro qu'une partie d'entre nous appelle jazz. Des compositions instantanées, dirai-je, duo superbe.
Mais Nosfell ne possède pas seulement une voix exceptionnelle (donc beaucoup de travail et de technique), c'est aussi un corps. Un torse nu, tatoué comme le dessin d'une île lointaine, une liane, un reptile qui se tord et se détord, glissant et s'écrasant sur la scène, pour se relever danseur de cordes... et mourir chaque soir.
Trois sites donnent quelques pistes à son mystère : www.nosfell.com, labyala.nosfell.free.fr, www.nostrumfellow.com.

mardi 25 avril 2006

Cet enfant, une pièce de Joël Pommerat


C'est rare que je ne m'ennuie pas au théâtre, je l'ai exprimé ici tandis que je travaillais pour Anne-Laure Liégeois, un moment rare, une partie de pur plaisir (lire le billet sur Une Médée du 7 février et celui 5 février sur l'art appliqué). A parte matinal : Anne-Laure reprend sa pièce ''Ça'' à l'Espace Chapiteaux de La Villette du 2 au 27 mai (on en reparlera, mais il faut y aller, alors réservez déjà vos places !).
Donc hier soir, je suis allé au Théâtre Paris-Villette voir ''Cet enfant'' écrit et mis en scène par Joël Pommerat, et j'en suis resorti emballé et remué. Tout a commencé par la rencontre de femmes vivant dans les cités en Normandie et les comédiens de la troupe. Pommerat s'en est inspiré pour écrire une pièce où éclate au grand jour la difficulté qu'ont parents et enfants à se comprendre et à s'entendre. J'ai l'habitude de dire qu'on a parfois de bons enfants, on n'a jamais de bons parents. Il faut toute une vie pour s'affranchir des fantasmes que les parents collent sur le dos de leur progéniture. Il n'y a pas que leurs défauts qui soient handicapants, mais aussi leurs qualités, modèles inaccessibles. Cet enfant est une suite d'instants aigus de pure confrontation. La puissance du texte est soutenue par une mise en scène sobre et extrêmement efficace, et par un traitement de la lumière et du son remarquables de simplicité et d'intelligence théâtrales. L'effet de l'orchestre collé derrière l'écran tient lieu de rêve, il donne aux acteurs une échappatoire fantasmée. Je suis heureux d'entendre un travail sur le son au théâtre comme je l'aime, il transporte délicatement la scène dans un ailleurs mouvant qui la replace en situation quasi naturellement. Ça m'a fait plaisir de découvrir la création sonore de François Leymarie qui semble avoir travaillé avec ses fils (Grégoire est à la régie son et Antonin a composé la musique, mais sont-ce ses fils ? Je l'ignore), c'est du beau boulot, expédiant le théâtre dans un imaginaire qui lui est propre sans tomber dans les travers mécaniques qui m'horripilent ! Les ambiances, à peine audibles, comme les effets de réverbération, situent l'action en la dramatisant. La musique donne aussi leur respiration et leur rythme aux scènes qui se succèdent, et la bande-son nous fait voyager de fenêtre en fenêtre comme dans une maison de poupées. Et puis, les acteurs sont formidables. Alors, allez-y, c'est à 21 heures, ça dure juste 1h05, c'est jusqu'au 20 mai et ça vaut le coup !

lundi 24 avril 2006

Pochettes-surprises

Lorsque j'étais petit, ça se vendait dans les boulangeries : des bonbons et des petits jouets à deux balles dans un grand cône en papier pastelle. Je crois que, craignant une arnaque, je n'en ai jamais acheté, et préférais les Mistral (gagnants de préférence) et les Car-en-sac, des tout petits bonbons de réglisse entourés de sucre coloré. Je ne sais pas si tout ça existe encore, je ne mange plus de bonbons depuis longtemps... Je les ai remplacés par le chocolat, une vraie drogue. Ici, rien à becter, les deux surprises d'aujourd'hui sont du même acabit que ceux des dernières semaines, dimeadozen...


Prince avec Miles Davis

Un ami journaliste et fan de Prince m'avait copié les deux extraits de Prince avec Miles. Le premier, Can I play with U, devait faire partie de Tutu, mais Prince aurait déconseillé à Miles de l'y inclure. Le second est ce petit chorus de trompette sur It's Gonna Be a Beautiful Night le soir du 31 décembre 1987. C'est une chose de l'entendre, une autre de le voir... Miles semble éviter tout le monde, Prince dirige l'orchestre en réponses à Miles, il danse comme un elfe, il lui fait la cour, mais ça n'a pas l'air de prendre, Prince va jusqu'à scater les notes de Miles, le public boude sa joie, étrange atmosphère... Brève rencontre, moment de musique unique, bonne année...


La seconde surprise, c'est la chanteuse hollandaise Greetje Bijma. J'en ai parlé lorsque je l'ai découverte par hasard invitée par le Willem Breuker Kollektief, et je trouve cette fois son quintet enregistré en vidéo à Berlin en 1989. Comme Shilley Hirsch, c'est une chanteuse à la palette infinie. Là où Shelley raconte de petites histoires new-yorkaises avec sa voix d'enfant sarcastique, Greeje rappelle Ella Fitzgerald et Cathy Berberian, mais improvisant selon les "nouvelles" traditions européennes, drôle et sexy. Ses talents d'imitatrice (d'instruments, de matières...) sont tout simplement époustouflants, elle est constamment inventive. Les citations sont bien tordues. Je me demande vraiment ce qu'elle faisait avant et ce qu'elle est devenue ensuite. Pas difficile : Greetje Bijma !

dimanche 23 avril 2006

Vide-grenier à la frontière des Lilas, Bagnolet et Paris


Il fait bon, il y a du monde aujourd'hui dimanche, Françoise joue à la marchande !

samedi 22 avril 2006

Le trio de Denis Colin avec la chanteuse Gwen Matthews


Par où commencer ?

Première option, par la fin :
je viens de recevoir le nouveau cd intitulé Songs for Swans, produit par Jean Rochard (Hope Street, dist. Nocturne). Pari formidable que d'interpréter des chansons de Can, Neil Young, Jimi Hendrix, l'Art Ensemble of Chicago, Nina Simone, Curtis Mayfield, Albert Ayler avec un trio formé d'un clarinettiste basse, d'un violoncelle et d'un zarb, accompagnant une grande voix noire, puissante et sensuelle, celle de Gwen Matthews. On l'avait découverte sur le précédent album, sublime donc contreversé, du Denis Colin Trio, Something in Common. Gwen s'y risquait sur l'intouchable Blasé qu'Archie Shepp avait créé avec Jeanne Lee, et redoublait notre plaisir, puisque dorénavant il existera deux versions de référence de ce joyau érotique et provoquant ! Elle chantait aussi l'African Drum Suite de Beaver Harris, affirmant la direction afro-américaine empruntée par Colin (avec alors des morceaux signés Wyclef, Sonny Rollins, Stevie Wonder, Coltrane ou déjà Hendrix, interprétés avec une ribambelle de chanteurs et rappeurs blacks exceptionnels).
Drôlement gonflé de se cantonner à la clarinette basse pour un souffleur... Mais Denis Colin a développé tant de techniques de jeu, tant de variations de timbres que l'on croit parfois entendre un sax ténor, la petite clarinette ou un colinophone, qui n'est donc plus à inventer. S'il est un clarinettiste basse, le voici. Le premier à s'affranchir de Dolphy sans plonger dans les tics portaliens. Denis ne swingue pas, il bounce, il rebondit, il a le feeling black sans cirage, son interprétation passe du velours à la déchirure, du moelleux au papier de verre. Il brosse, il peint, il tisse, il caresse. Il est là, totalement présent sans jamais occulter le texte, car ce sont des chansons, rien que des chansons. On se plaît à imaginer ce que le trio ferait sur un répertoire de chansons françaises, s'appropriant nos propres standards. Il nous en faut alors, de l'imagination, comme il leur en a fallu pour prendre leurs marques dans ces musiques si imposantes et balisées...
Drôlement gonflé de remplacer la basse par un violoncelle... Probablement l'instrument le plus proche de la voix humaine, et dont Didier Petit joue ici en maître, alors que dans ses œuvres il place l'improvisation loin au-dessus de toute composition. Il pince, il frotte, il gratte, il tape, il chante.
Drôlement gonflé de remplacer la batterie par l'unique peau du zarb... Mais Pablo Cueco transforme son tambour en une multitude de fûts, de rimshots, de bois, doigts qui claquent, puits sans fond. Il donne son rythme au trio, l'emportant sur des vagues en clapotis, ressac ou domptant la tempête.
Les trois voix font orchestre, elles ont trouvé leur son énergique au fil des années et parlent comme un seul homme qui a trouvé sa voix pour accompagner celle d'une femme, déterminée, aussi ancrée dans le quotidien qu'héroïque, la figure d'un mythe.
Song for Swans est plus homogène que Something in Common, c'est un récital. Même si mon goût me porte plutôt vers la dispersion, ce deuxième volume entraînera les amateurs de blues canto, preuve par (du) neuf de l'opportunité d'une démarche exemplaire.

Ou bien commencer par le début ?
Seconde option : retour vers le passé, Texture, et clin d'œil perso. Modèle de rigueur, Denis suit le chemin qu'il a dessiné il y a trente ans sur un plan. Il prend sans cesse ses mesures, pour être certain de ne pas se perdre. Ce n'est pas un hasard s'il dirige le groupe des Arpenteurs. Longtemps engoncé dans un costume trop grand, il a choisi une veste plus courte qui le libère de ses mouvements (remarque réellement vestimentaire). On sent plus que jamais le besoin de convaincre ses pairs, cartes sur table, preuves en main, mieux, en bouche. Car le bec aux lèvres, le loquace cède la place à l'orateur.
J'ai eu plusieurs fois le plaisir de jouer avec lui. Qu'il m'invite comme lors de ce mémorable spectacle de deux mille patrons d'entreprises sous la pyramide du Louvre où, avec Didier, nous assurions, à trois, d'étonnants intermèdes free style mais parfaitement mesurés, ou lors d'enregistrements que je dirigeais en studio pour un jeu vidéo ou une exposition sur l'avenir des transports en commun, cela a toujours été simple, facile, parce que nos intentions étaient claires. L'expression veut que l'on s'entende bien. Pas seulement une question d'écoute, mais la perception de sa place. Denis est trop inquiet pour laisser quoi que ce soit au hasard, il le connaît mais préfère l'apprivoiser, le dompter. Avant tout, il veut aimer autant qu'il serait aimé. Sa démarche consiste à s'en donner les moyens, avec patience et opiniâtreté. En scène, c'est un bon camarade, il se met au service du projet avec l'humilité et le respect que sa lucidité lui dicte. Majesté du cygne, l'allusion au col de l'instrument n'est que pure diversion, on parle de la voix de son maître. (Je vais rechercher la reproduction du Cygne enragé d'Asselyn pour clore ce billet) S'il fut l'un de nos 33 invités pour Urgent Meeting, j'espère un jour publier sa participation au grand orchestre du Drame lors de la mise en musique de La Glace à trois faces de Jean Epstein, et je n'oublie pas le travail de fildefériste qu'il fit l'été dernier en Arles, dans un Théâtre Antique bondé, avec Philippe Deschepper à la guitare, tandis que j'orchestrais l'ensemble depuis mon clavier et qu'Élise Caron provoquait l'ire ou la joie d'un public divisé par son toupet de MC.
Denis Colin est un des plus grands espoirs de la scène européenne, et probablement le clarinettiste basse le plus intéressant de la planète. Il dirige son nonette, où jazz et musique classique française se complètent avec la plus grande délicatesse, avec la même franchise qu'il assume ses goûts éclectiques pour toutes les musiques populaires. Si je n'étais pas transformé en bonzaï géant par un douloureux lumbago, son nouvel album me donnerait cette fois l'envie de danser, et pourquoi pas, de chanter avec Gwen à gorge déployée : "Music is the Healing Force of the Universe"...

vendredi 21 avril 2006

Dernier jour avant la fermeture des Portes

Si vous voulez jouer avec Les Portes, le Festival Nemo ferme les siennes ce soir à 19h. Alors rendez-vous à l'Espace Paul Ricard aujourd'hui. Infos en cliquant sur le lien ci-dessus.
Un film a été tourné en vidéo HD dont nous mettrons en ligne un extrait fin mai, mais cela ne vaut pas le plaisir de la découverte, dans l'obscurité !

jeudi 20 avril 2006

Kirk Kirk Kirk !


Exclamation lumineuse du souffleur aveugle afro-américain Roland Rahsaan Kirk jouant de trois saxophones à la fois, tel une véritable section de cuivres (Freaks for the Festival). Sur l'extrait de la télévision italienne filmé à Bologne le 9 novembre 1973, on peut le voir également chanter et jouer de la flûte avec le nez (Fly Town Nose Blues), soufflant en même temps par les deux orifices. Sur Three for the Festival, il joue ensemble flûte traversière et flûte à bec, et un petit coup de sifflet-sirène pour conclure... L'extrait se termine sur Volonteered Slavery. Kirk est un homme-orchestre, parce qu'il pense en orchestre, en termes d'orchestre, tout son jeu est orchestral et dans le même instant il est là, seul comme un seul homme. S'il y a jamais eu un seul homme-orchestre, il est devant nous, rejouant toute l'histoire du jazz avec une perspective des plus contemporaines. Lyrique, enthousiaste, swing, documentaire et fictionnel, Roland Kirk est voyant. C'est mon saxophoniste et flûtiste de prédilection. J'aime son timbre, fuzz naturel, j'aime ses mélodies et ses citations, j'aime sa danse et sa liberté. À la fin de sa vie (1936-1977), il continuera les concerts malgré une hémiplégie qui ne lui laisse que la moitié de son corps mobile. Roland Rahsaan Kirk se bat pour la vie. C'est la vie.

mercredi 19 avril 2006

Naufrage de l'Accroche-cœur


Tous les jours, les faits-divers hantent les colonnes des journaux. Lorsqu'ils croisent la vie privée, nous permettant de mettre un nom et un visage sur les victimes, le vertige s'empare de nous et nous rappelle à la vie.
Au Journal Télévisé, Jean-Claude, le père de Françoise, aperçoit l'épave de l'Accroche-cœur en mille morceaux, Patrick prostré sur un banc. Tous les sites d'infos reproduisent la dépêche de l'AFP : deux membres de l'équipage d'un catamaran français sont morts dans un naufrage lundi soir au large de la Costa Brava, dans le nord-est de l'Espagne, et deux personnes sont portées disparues. Le catamaran, qui avait six personnes à son bord, cinq hommes et une femme, a chaviré lundi soir près de Port de la Selva, en Catalogne, alors qu'il regagnait son port d'attache à Canet Plage, dans le sud de la France. L'équipage venait de participer à la régate de La Route du Sel qui va de Barcelone à Ibiza et qui s'est terminée dimanche. Les vents violents qui soufflaient à une force de 40-45 noeuds (70 km/h) pourraient expliquer le chavirage du catamaran, lundi entre 21H00 et 23H00. Les passagers ne possédaient pas de radio-balise automatique d'urgence, un dispositif de sécurité qui s'active lorsqu'il est immergé, et n'ont pu utiliser leur radio. Les deux survivants du naufrage ont réussi à regagner la côte à la nage mardi matin avant d'être localisés par la police espagnole et d'être hospitalisés. Deux membres de l'équipage, munis de leur gilet de sauvetage, ont été retrouvés morts mardi matin près du lieu de naufrage. Deux hélicoptères et deux navires de sauvetage maritimes espagnols étaient mardi à la recherche des deux passagers portés disparus... L'Agence Reuters précise : deux personnes sont tombées à la mer, dont on recherche toujours les corps. Deux autres se sont accrochées à l'épave avant d'être balayées par une vague. Leurs corps ont été découverts mardi matin. Les deux survivants ont réussi à se maintenir à l'intérieur de la coque, qui a finalement dérivé jusqu'à la côte au nord de Barcelone. Ce sont eux qui ont prévenu les secours. Hospitalisés en état d'hypothermie, ils souffrent de coupures et de contusions.
Brigitte avait aidé Patrick à réaliser son rêve de voile. Ils ne vivaient que pour le catamaran, s'endettant, revendant la maison de Luchon, louant le bateau pour pouvoir naviguer. Un catamaran de cette taille coûte une fortune à entretenir. Pourquoi sont-ils sortis malgré l'avis de tempête ? Patrick est costaud, il a pu regagner la côte à la nage, Brigitte y est restée. Elle aimait rigoler. Nous ne connaissons pas les quatre autres passagers, ils rejoignent le fait-divers. C'est une histoire triste. On pense aux vivants.

Sur la photo : Françoise avec Brigitte (chemise blanche) et Patrick.

mardi 18 avril 2006

Studio GRRR (1)


Au fond, un tableau d'Aldo Sperber.
Accrochée, l'Ordre Royal de l'Étoile d'Anjouan (Comores).
Le reste : des outils.

Lorsqu'on crée des œuvres atypiques qui risquent de rencontrer quelque résistance à leur émission, il est prudent de posséder ses moyens de production. En m'endettant en 1973 pour acquérir mon premier synthétiseur et en commençant à le rentabiliser l'année suivante, j'ai inauguré, avec quelques autres, ce qui allait devenir un home-studio. Il suffisait que mon client, d'abord des cinéastes ou des réalisateurs audiovisuels, vienne avec un Nagra, magnétophone suisse utilisé sur les tournages, et qu'on le branche à la sortie stéréo de mon ARP 2600, pour révolutionner les pratiques d'alors dans le domaine de la musique de film. Jusqu'ici il fallait l'écrire sur des portées de papier, la copier pour chaque musicien, répéter, enregistrer, mixer, avec copiste, orchestre, studio d'enregistrement, etc., ce qui coûtait très cher en regard de ce que mon système apportait. Le réalisateur arrivait la matin et repartait le soir avec sa musique terminée, entre temps j'avais improvisé en fonction de ses indications précises et tout était dans la boîte, dans sa version définitive ! On entend l'ARP 2600 dans mes premiers disques, Défense de avec Birgé Gorgé Shiroc (GRRR 1001, réédité par MIO en double cd-dvd et 7h30 de bonus), Trop d'adrénaline nuit avec Un Drame Musical Instantané (GRRR 1002, réédité en cd sous la référence GRRR 2024, bonus au compteur), Rideau ! avec le Drame (GRRR 1004, lp non réédité mais toujours disponible)... En commençant à gagner ma vie tout de suite, je pus continuer à m'acheter les outils dont j'avais besoin, des jouets productifs : table de mixage, effets spéciaux, magnétophone, instruments glanés dans le monde entier au gré de mes voyages, etc.

À Boulogne-Billancourt, je travaillais au casque au milieu du salon (on l'appelait la salle commune). Le plafond était recouvert de plateaux à œufs, on avait collé de la moquette par terre. Je partageais l'appartement avec Michaëla Watteaux, devenue réalisatrice télé, Luc Barnier, devenu chef-monteur, et Antoine Guerrero, anthropologue ou ethnologue selon les dernières nouvelles de Papouasie-Nouvelle Guinée. Michaëla et moi avons rompu un an plus tard, Antoine a cédé la place à Bernard Mollerat avec qui j'ai réalisé La nuit du phoque, film édité avec Défense de. Au bout de deux ans et demi, une seconde communauté a suivi avec Philippe Labat (overdose quelques années plus tard) et Laura Ngo Minh Hong. J'ai ensuite déménagé à la Butte aux cailles en récupérant la maison louée par Martin Even et Charlotte Latigrat. Surface corrigée et cave insonorisable donnant directement au milieu de la cuisine. Ce luxe n'allait être surpassé qu'avec la rencontre de l'accordéoniste Michèle Buirette qui avait fait construire un véritable studio au milieu du loft à Père Lachaise. Treize ans plus tard, je bricolai un ersatz de studio à Clamart pour enfin construire mon propre studio, spacieux et éclairé par la lumière du jardin ! Au fil des années, le matériel s'est étoffé. En général, je revends tout matériel qui n'a pas servi depuis dix ans. Je me suis ainsi séparé bêtement de mon orgue Farfisa Professional (racheté et revendu deux fois) et de mon ARP 2600, juste avant l'avènement du multimédia. Dommage, c'était l'instrument rêvé pour le sound design. Mais il y avait du souffle (l'argument fatal de tout client qui n'aimait pas la musique et n'osait pas la critiquer) et les pièces de rechange étaient alors introuvables.

Il ne suffisait pas de posséder ses instruments, et le studio pour les abriter sans craindre les pollutions sonores du voisinage ou celles que nous pourrions engendrer, il fallait détenir ses moyens de production. En 1975, j'ai fondé les disques GRRR, après que Sébastien Bernard de Sun Records m'ait rendu la bande 8 pistes de Défense de en me conseillant de faire un autre métier. Il est agréable d'être épaulé par un producteur en titre, mais j'ai trop souvent perdu du temps à attendre alors que je désirais produire. Tout ce que j'ai produit avec GRRR est disponible, tandis que les chansons pour enfants de Crasse-Tignasse et la version Auvidis du "K" ont été passées au pilon lors du rachat par Naïve, Il était une fois la Fête Foraine et le triptique Polar, Science-Fiction, Western semblent épuisés. Alors, malgré les difficultés du marché et sa mutation technologique, je pense sérieusement relancer la production des disques GRRR avec mon duo avec Michel Houellebecq enregistré début novembre 1996 (la même année j'avais enregistré un cd avec lui pour Radio France, mais peu convaincant à mes oreilles), avec une relecture contemporaine du travail du Drame sur trente ans et avec un dvd 5.1, pensé pour le support, où les sons et les images se joueront les uns des autres. À moins que je ne rencontre un vrai producteur qui fasse honneur à sa corporation, et s'intéresse à mes drôles d'idées en matière de musique et d'objets phonographiques, parce que franchement je préfère composer et jouer plutôt qu'enregistrer et produire. Question de goût, mais a-t-on jamais le choix, si l'on veut avancer en se donnant les moyens de ses rêves ?

lundi 17 avril 2006

Dolphy, Zorn et Sonic Youth


Voir jouer les musiciens que l'on ne connaît qu'à l'écoute est toujours très émouvant.

Je regarde jouer Eric Dolphy au sein du sextet de Charlie Mingus à Stockholm le 13 avril 1964. Trois mois avant sa mort, à 36 ans, diabète, crise cardiaque. La veille, il montrait à Bernard comment jouer de la trompette de la main gauche et lui racontait que la seule chose grave, c'était de mourir. On le voit passer ici avec désinvolture de la flûte à la clarinette basse, au sax alto. Dolphy est une énigme. Aucun poncif jazz. Juste le cadre. Jazz. Swing des îles, timbre de nulle part. Le jeu de Dolphy est celui d'un compositeur, comme les œuvres de Mingus, le compositeur afro-américain qui m'emballe le plus. J'adore sautiller avec Cab Calloway, être ému par Kirk, rire avec l'Art Ensemble, me saouler de Miles, me plonger dans le passé avec Shepp, m'énerver avec Hendrix, mais c'est Mingus qui incarne pour moi le compositeur de jazz. Comme ailleurs Varèse ou Ives. La structure du discours de Dolphy s'oppose aux arabesques monotones. So Long Eric, Meditations...

Hier soir, je découvrais un film de Charles Atlas, Put the Blood into Music, sur la scène avant-gardiste new-yorkaise de 1989. Deux sujets : John Zorn, époque Spy vs. Spy, à la Knitting Factory et chez lui devant son imposante discothèque, et Sonic South dans différents lieux et discutant avec John Cale. Plus, entretiens flash avec Glenn Branca, Ikue Mori, Christian Marclay, Vernon Reid... Je partage avec Zorn les mêmes héros (Ives, Partch, Varèse, Stalling, sans compter les Beatles et Zappa), mais plus difficilement ses engagements communautaires (depuis les années 60, je suis devenu trop critique avec la dérive de la politique israélienne qui sonne dramatiquement le glas de ma culture). Si je reconnais les mêmes influences qui ont abouti à des démarches cousines (j'ai pratiqué le zapping dès 1969... et son côté touche-à-tout me va comme un gant), je n'ai jamais réussi à établir un contact sérieux, mis à part quelques échanges de fax... Quant à Sonic Youth dont je connais assez mal le travail, j'ai été touché d'apprendre qu'il y a quelques d'années, la première question que Thurston Moore a posée aux journalistes, en sortant de la scène de l'Olympia, fut : "est-ce que Un Drame Musical Instantané ça existe toujours ?". Surpris, ils m'ont tous appelé chacun à leur tour le lendemain pour me raconter cette anecdote flatteuse. Je sais aussi que Thurston a tanné Philippe Robert pendant des années jusqu'à ce que celui-ci accepte de lui vendre sa copie de notre 33 tours Défense de. En 1999, Thurston a enregistré un remix étonnant et drôlement lucide d'Un D.M.I. intitulé 7/11, un titre très new-yorkais pour un traitement bolide. J'espère que nous aurons l'occasion de le publier un jour avec les autres remix réalisés par Nem, Le Tone, Aki Onda, Yoshihiro Hanno et quelques autres... Le plus important de tout, c'est que ce reportage, vieux de plus de quinze ans, m'a redonné envie de jouer... Ça tombe bien, j'ai commencé à travailler sur un DVD 5.1 qui jouera des effets audio-visuels, soit de la relation son-images qui n'a jamais cessé de me fasciner.

Tous les films musicaux cités ici, comme nombreux déjà signalés dans d'autres billets de ce blog, ont été téléchargés sur l'excellent site dimeadozen.org qui se fait un honneur de ne référencer que des musiques et des vidéos musicales non commercialisées, incitant les internautes à acheter, avant tout, les disques et dvd disponibles.

dimanche 16 avril 2006

Nettoyer son Mac


C'est dimanche. On croit pouvoir se reposer, et paf l'ordi tombe en carafe.
Après plusieurs journées à réparer mon Mac, j'ai pensé utile de données quelques conseils à toutes celles et tous ceux qui n'y connaissent pas grand chose et souhaitent entretenir leur ordinateur afin qu'il continue à fonctionner correctement, sans avoir besoin de m'appeler au secours !

Première opération à réaliser, par exemple, tous les deux ou trois mois, ou en cas de pépin (Utilitaire de disque) :
- Insérez le disque d'installation et redémarrez avec la touche C appuyée (relâchez la lorsque le petit cercle se remet à tourner), ce qui va vous permettre de rebooter (redémarrer in English) le mac sur ce DVD d'installation
- Choisissez le français
- Sélectionnez Utilitaire de disque dans la barre de menu qui est en haut
- Sélectionnez votre disque dur
- Vérifiez et réparez les autorisations
- Ça ne fait pas de mal de faire la même chose avec le disque (commandes en bas à droite)
- Recommencez plusieurs fois si vous rencontrez un refus de réparer
- Quittez Utilitaire de disque et redémarrez normalement

Deuxième opération à réaliser une fois par mois (Onyx) :
Votre mac est conçu pour fonctionner sans interruption. Inutile de l'éteindre la nuit. Des opérations automatiques de maintenance ont lieu de 3h15 à 5h30 du matin (heure locale), sauf si le Mac est éteint ou en veille (ce qui est le lot de pratiquement tous les portables, par exemple). A parte : inutile d'éteindre son portable lorsqu'on le déplace, il suffit de fermer le capot et d'attendre que la petite lumière près du loquet se remette à respirer - si on le déplace sans cette précaution, on risque par contre d'endommager le disque dur). Pour réaliser vous-même ces opérations de maintenance indispensables, téléchargez le logiciel gratuit Onyx et passez la Maintenance (quotidienne, hebdomadaire et mensuelle) une fois par mois. Le nettoyage des caches peut être utile, mais attention de ne pas effacer tous vos mots de passe enregistrés... Pour aujourd'hui, cantonnez-vous à la Maintenance !
N.B.: la réparation des autorisations de la première opération (Utilitaire de disque) n'est pas nécessaire si vous utilisez Onyx. Le mot de passe réclamé est celui de votre mac, celui que vous tapez chaque fois que vous installez une nouvelle application.

En cas de plus gros pépin, il y a des logiciels très utiles et des sites très clairs. Ce matin, j'ai consulté les sites xrings et osxfacile.
Hier, j'ai réussi à sauver les données de mon Mac en clonant l'intégralité de mon disque sur un disque dur externe avec CloneX (CloneX), puis j'ai formaté mon disque (qui refusait d'être réparé avec Utilitaire de disque, j'ai réparé tout de même juste après le formatage MacOS étendu journalisé) et récupéré l'intégralité de mes données sans aucune perte. Ce petit voyage (de quelques heures à l'aller comme au retour) a probablement défragmenté mon disque original par la même occasion !
Comme ça ne suffisait pas, j'ai réinstallé le système avec le disque d'installation (redémarrez avec la touche C appuyée pour démarrer sur le DVD) avec l'option "Installer et archiver" (bouton Options en bas à gauche juste avant d'installer), ce qui m'a permis de récupérer ensuite quelques rares plug-ins (dans le dossier Previous Systems) qui n'avaient pas été déplacés automatiquement, et j'ai dû réinstallé un ou deux logiciels mineurs qui avaient disparu. Rien de grave.
N'oubliez pas de faire les mises à jour sur Internet (Mise à jour des logiciels depuis le Menu Pomme ou depuis les Préférences Système) qui corrigent toujours des erreurs des versions précédentes du système.

Voilà, c'est un rapide résumé qui pourra sortir de l'angoisse les macophiles en détresse. Il existe d'autres façons de réparer en acquérant les disques de réparation TechTools ou DiskWarrior et en démarrant depuis, mais la plupart des pannes seront évitées ou réparées avec les manipulations sans danger expliquées plus haut.

samedi 15 avril 2006

À quoi ça ressemble...


Photo du tryptique Les Portes : Damien Garot

Reportage de Tribeca75tv sur l'ensemble de l'exposition.
Reportage de Joëlle Matos le 5 juin sur Canal + (MenSOmaDAIre).

vendredi 14 avril 2006

Le mystère olfactif du Métro République


À s'exposer dans le monde, on en apprend de belles. RYBN, nos charmants voisins au Festival Nemo ont réalisé l'installation EEE 008 qui fait appel à des diffuseurs de parfum (EOL Indiustries), ici le foin (sans rhume), le sous-bois (sans bête) et le cuir (sans siège). En discutant avec eux, j'apprends que l'odeur de croissant chaud qui m'écœure à la station de métro République est totalement artificielle. Il est évident qu'aucun four n'est présent au sous-sol, et j'imagine que cette illusion est censée jouer comme un appel. Pourtant, chaque fois que je passe dans le couloir des correspondances, je passe en apnée pour ne pas subir cette agression boulangère, grasse et sucrée. Il faut préciser que j'ai la faculté inconsciente de m'arrêter de respirer chaque fois qu'une odeur m'agresse, et ce avant même que je m'aperçoive de sa présence. C'est bien pratique dans les ascenseurs, par exemple. C'est lorsque l'on me signale la puanteur que je me rends compte que je ne respire plus depuis quelque temps. En tous cas, à Répu, les diffuseurs ont mis la dose... Pour camoufler quelle autre odeur ? Pschhhht ! (Photo des vaporisateurs d'EEE 008 : Damien Garot)

Il y a quelques années chez Lux Modernis, j'avais travaillé avec Étienne Auger (incandescence) sur un CD-Rom pour le laboratoire Firmenich. Le secret qui entoure les laboratoires en question est tel que nous n'avons jamais vu la version complète de notre travail, au demeurant fort beau tant graphiquement que musicalement...

jeudi 13 avril 2006

Le mouvement des images arrêté



Sommes-nous déçus ou furieux de la nouvelle expo beaubour(g)ienne ?

Les tentatives muséographiques de récupérer le cinématographe deviennent une constante inquiétante. Nous avons pris l’habitude de voir, et parfois d’entendre, une majorité d’œuvres vidéographiques indigentes, programmées par des curateurs (sympa comme francisation pour les commissaires d’exposition, on passe du commissariat à la cure ; à quand la récure ? Elle s’impose…) d’une inculture cinématographique qui n’a d’égal que l’arrogance des artistes qu’ils défendent. Il suffit de diffuser en boucle quelques minutes mal cadrées d’un plan séquence où, de préférence, rien ne se passe, à savoir rien d’autre que le temps qui s’écoule, pour que cela fasse œuvre. Agrémentez la projection sur écran géant ou sur un petit moniteur de quelque mobilier ou scénographie mettant en valeur le lieu d’exposition ou se rapportant vaguement à ce qui se trouve sur l'image, et vous obtenez une « installation » ! Un siècle de découvertes cinématographiques est relégué aux oubliettes, ou pire, cité en extraits retravaillés par le génie de l’artiste nouveau (comme on dit du Beaujolais).

On avait l’habitude de voir les films dans des églises laïques où le public communiait dans le noir, confortablement assis, laissant le temps aux œuvres de s’installer, encadrées par leurs génériques de début et de fin. On nous propose aujourd’hui de les consommer dans la bousculade des galeries, de les prendre en cours et en extraits, en les intégrant au dispositif de la visite plus ou moins guidée. Le Centre Pompidou revendique aujourd’hui cette approche en mettant en avant l’alibi de la révolution numérique et en réintégrant le 7ième Art dans l’Histoire de l’Art ! C'est dire hélas ce qu'est devenu le cinéma contemporain, une rémanence, un jeu vidéo, un produit. Ou bien, son succès populaire aurait-il fait des envieux ? Notons que la plupart des artistes vidéo sortent d’écoles de beaux-arts pour s’afficher dans les musées. La caméra est somme toute un outil comme un autre, chacun peut s'en saisir. Voilà bien des années que les commissaires d’exposition ont du mal à trouver des peintres ou des sculpteurs qui révolutionnent le milieu de l’art. Dans une actualité où les idées se font rares, où la morale fait le plus souvent défaut (entendre le « une œuvre est une morale » de Jean Cocteau), l’enveloppe est un bon cache-misère. Dommage qu’il n’ y ait pas plus de jeunes cinéastes comme Agnès Varda ou Chris Marker à s’intéresser à ces nouvelles formes d’expression ! Leur travail muséographique possède une réelle profondeur. Je sais aussi qu’il existe des Isaac Julien qui font honneur au medium, mais la grande majorité de ce qui est exposé est déprimante d’inanité.

À vouloir resituer ma colère dans son contexte, j’en perds de vue la visite d’hier après-midi. Le commissaire Philippe-Alain Michaud, dans une pagaille revendiquée, propose comme thématique, avec en sous-titre « Art, cinéma », des films expérimentaux qui ont fait l’objet de nombreuses rétrospectives, anthologies et éditions dvd. Le tout est saupoudré d’œuvres picturales et sculptures appartenant au Centre, histoire de rentabiliser les acquisitions patrimoniales. Ce qui est impardonnable, c’est le peu d’effort réalisé pour permettre au public de s’y retrouver. Plutôt que de diviser arbitrairement la visite en « défilement », « projection », « récit » et « montage », prétendues « données fondamentales de l’expérience filmique » illustrées là de manière totalement absconse, n’aurait-il pas été plus juste d’essayer d’analyser comment on en est arrivé là ? Comment des cinéastes, des photographes, des peintres ou des poètes ont-ils eu l’idée de s’évader du récit traditionnel, de la représentation du réel, du temps imposé par le formatage des séances ? Et ce depuis un siècle ! Le cinéma expérimental a sa propre histoire, sa chronologie, fut-elle éclatée… Comment s’inspire-t-il des autres arts plus qu’il ne les suscite ? Quel fut son propos et quel est-il aujourd’hui ? Les enjeux économiques sous-tendus ne sont même pas sous-entendus, ils sont ici escamotés.

L’exposition « Le mouvement des images » est un fourre-tout sans rigueur. Elle n’est qu’un des multiples exemples mettant en scène la panique des curateurs perdus au milieu d’une époque où seul l’argent règne, où son absence est occultée (l’expo « Los Angeles 1955-1985 » à l’étage du dessus ne vaut guère mieux, bout à bout de pièces de troisième catégorie, sans parler de la misère des expos qui se succèdent au Palais de Tokyo). Incapables de comprendre les nouvelles technologies et ce qu’elles pourraient apporter (soit pas grand chose si la révolte ne gronde pas dans le corps de l’artiste), les responsables ne peuvent qu’accrocher la technologie elle-même aux cimaises, gober les reconstitutions rituelles kitchissimes qui sont légion, mélanger le tout dans un shaker jusqu’à vous donner mal au cœur et à vous abrutir devant l’accumulation emphatique où n'est laissée aucune place à la respiration et aux interrogations. Car tout est mâché, recraché, servi pour 10 euros l’entrée à la foule sommée de se laisser aller et de s’en délecter. Junk Food. La dialectique a cédé sa place au grand remix. Beuark ! Excusez-moi, je n’ai pas pu me retenir…

Les six photogrammes, extraits du film A Movie, n'ont aucun lien avec les expos du 4ième et du 6ième étage. Dommage, on aurait dû commencer par là. Un film. Le chef d'œuvre de Bruce Conner défile comme le plus bouleversant patchwork de l'âme humaine, montage rythmé par la musique répétitive des Pins de Rome d'Ottorino Respighi, pellicule identifiée et projetée, la matière celluloïd, le récit d'une expérience filmique unique pour chaque spectateur, la mise en scène de l'inconscient.

À Beaubourg on nous sert, à la place, la scène des tartes à la crème, ce n'est hélas que métaphorique, et très mal joué. On n'y croit pas.

mercredi 12 avril 2006

La vie en mauve


Magnifique livre au format allongé, avec 2 cd dont un concert intégral inédit de 1947, illustrations de Cabu et un superbe texte de Stéphane Ollivier d'une cinquantaine de pages (Nocturne). Le portrait de Trenet est passionnant, la mise encouleur de Wozniak et la mise en page de Syvie Astié rythment les pages, le concert du second CD est exceptionnel tandis que le premier est entrecoupé d'intermèdes radiophoniques faisant miroir avec les présentations du fou chantant sur la scène du Théâtre de l'Étoile. Ce feu d'artifices réfléchit magnifiquement l'œuvre et son auteur. L'analyse critique et chronologique de Stéphane Ollivier est un modèle du genre, resituant l'aventure dans le cadre de l'Histoire. Cadeau idéal à se faire à soi-même à défaut d'avoir quelqu'un(e) à qui l'offrir (ne soyez pas triste, achetez en plusieurs si vous avez beaucoup d'amis, ou en attendant de les rencontrer !), il coûte environ 28 euros, une misère pour ce festival Trenet tout en couleurs du sud, en jeux de mots tendres et hirsutes, où le passé remonte à la lumière du printemps qui s'annonce. Y a d'la joie ! Bonjour bonjour les hirondelles !

mardi 11 avril 2006

Zappa invite Don Cherry, je vous invite à mon tour...

Je continue à faire des découvertes inattendues sur le Net comme ce concert dans les jardins de Tivoli à Copenhague le 3 octobre 1968 où Don Cherry vient faire le bœuf avec les Mothers. On connaissait déjà l'apparition d'Archie Shepp en 1984 (You can't do that on stage anymore vol.4), mais là c'est une sacrée surprise... Les inédits de Don Cherry sont d'une incroyable diversité ; ce matin, je l'écoute jouer des morceaux de Manu Dibango et Ornette Coleman, et il termine son concert avec des musiciens de zydeco, la musique créole du sud de la Louisiane !

J'ai parlé d'une autre invitation, c'est ce soir à 18h à l'Espace Paul Ricard où les artistes rencontrent le public. Je serai donc heureux de vous y présenter Les Portes... et nous pourrons jouer ensemble de la charnière !
Les visiteurs sont souvent surpris qu'on puisse "toucher" nos portes. Les musées ont tout aseptisé, c'est compréhensible pour un tableau, mais dommage pour une sculpture, c'est si agréable de la découvrir les yeux fermés... Notre triptique réclamera pourtant toute votre attention : y sont sollicités la vue, l'ouïe, le toucher, et même l'odorat avec les effluves de la salle d'à côté qui propose une installation olfactive !

lundi 10 avril 2006

Le n°15 du Journal des Allumés

... est sorti de l'imprimerie. Déjà qu'il est beau, c'est un gros pavé dans la mare ! Numéro Spécial Photos, il pose la question des droits d'auteur, de celui à l'image, de la liberté réduite du photographe, des rapports musique/images, et il dresse un portrait acéré de notre époque mouvementée. Scoop : le prochain numéro, qui sortira avant l'été, sera sans photos et entièrement dessiné.
Rappelons aussi qu'il est gratuit (et sans pub) et qu'on peut s'y abonner sur le site des Allumés pour le recevoir chez soi. On le trouve également parfois dans les festivals, les salles de concert comme Le Triton aux Lilas, et partout où ses adhérents le mettent en dépôt.
À la une, Le Jeu de la Chance (pamphlet de Jean Rochard), Le Cours du Temps avec le photographe Guy Le Querrec, l'opération commerciale Blow Up (des disques encore moins cher, cette fois la thématique tourne autour des pochettes avec photos !), l'affaire qui a opposé le producteur Gérard Terronès et le photographe Yves Carrère (Méphisto), les images sud-africaines de Jürgen Schadeberg, un texte intitulé Allez, reprenons notre musique et retournons en enfer... que j'ai écrit sur les droits d'auteur et qui s'insurge contre la nouvelle devise de la France, Propriété Inégalité Sécurité. Signalons aussi le Blog Chords de Jean-Louis Wiart, des articles d'Étienne Brunet, Merci pour la photo ©, et Sandrine Erhardt, Histoire imag(inaire), etc. Sans compter les dessins et strips de Cattaneo et les photos de GLQ dont on a ici un aperçu en première et dernière page (image commentée par Élise Caron)...

dimanche 9 avril 2006

Coltrane en vidéo


Tant que c'est encore possible, avant la mise sous séquestre du Net, on trouve des petites merveilles dont on avait longtemps rêvé. Ces sites de P2P dédiés exclusivement aux œuvres non commercialisées ont souvent plus de morale que l'industrie cynique qui les traque. Cette fois, j'attrape un dvd réunissant cinq extraits filmés de concerts de John Coltrane :
- New York, 2 avril 1959 (25'56 présentées par Robert Herridge, avec le Quintet de Miles Davis et l'orchestre de Gil Evans, So What, Ozone, Beppo, Bandstand, Tokuma, Jazz Door, The Duke, Blues for Pablo, New Rhumba)
- Baden-Baden, 24 novembre 1961 (28'38, quintet avec Eric Dolphy, My Favorite Things...)
- Stockholm, 19 novembre 1962 (6'49, I Want To Talk About You)
- Antibes, 27 juillet 1965 (15'42, Naima, Blue Waltz)
- Comblain-La-Tour (Belgique), 1er août 1965 (37'44, Naima, My Favorite Things)
La qualité des différents enregistrements est variable tant au niveau du son que de l'image, mais ces documents me semblent inestimables, comme la rencontre entre le Willem Breuker Kollektief et la chanteuse Greetje Bijma enregistrés à Hambourg en 1990 par la télévision hollandaise, une autre pépite téléchargée et qu'aucune production n'aura probablement l'idée ou les moyens de publier. Les enregistrements de Coltrane ne sont peut-être pas d'assez bonne qualité technique pour qu'une major les sorte, alors le Net exhume ces joyaux devant nos yeux éblouis et nos oreilles envahies...

samedi 8 avril 2006

Les Portes (jusqu'au 21 avril)


Ça y est, c'est lancé. Les Portes sont exposées à l'Espace Paul Ricard (9 rue Royale, Galerie 2 - Métro Concorde ou Madeleine) jusqu'au 21 avril, sauf dimanches et lundi de Pâques, de 10h à 19h (entrée libre).
Le soutien d'Arcadi a été précieux, et Julien Taïb a fait des miracles, tant par sa gentillesse que par son efficacité. Tant l'équipe de l'Espace Paul Ricard (mise à part la douloureuse expérience du vol énigmatique du disque dur) que celle d'Arcadi nous ont grandement facilité les choses.
Le vernissage d'hier soir fut une nouvelle épreuve dont nous sortons exténués mais heureux d'être arrivés au bout, deux ans et demi après avoir commencé à l'imaginer. Il y avait un monde fou, et malgré que l'installation ait été submergée par le brouhaha et la cohue, Les Portes ont fonctionné. Il est émouvant de découvrir tant d'approches diverses de notre manière de train fantôme en construction, camouflé dans l'obscurité de la salle repeinte en noir.
C'est une étape décisive de notre collaboration, la première d'importance depuis Somnambules. La réception faite à notre œuvre vidéo interactive est déterminante. Nous avons choisi de nous éloigner d'Internet, dont le modèle économique est inexistant, pour investir un nouveau secteur, déjà un peu pratiqué par Nicolas en solo, celui de l'art moderne ! Monumentale (ça prend de la place), bruyante (pour éviter la promiscuité sonore de ce genre de manifestation), ludique (on peut amener les enfants), musicale (du talent de chaque visiteur-interprète dépend maintenant la qualité de la représentation), belle (terme peu utilisé de nos jours mais cher à Nicolas), profonde (de profondis), obscure (à chacun d'y apporter ses lumières), nous avons encore le choix de nombreux autres adjectifs pour caractériser l'œuvre exposée...
Nicolas descend maintenant dans le sud pour une nouvelle installation pendant que je reste à Paris pour accompagner la nôtre. Dans une semaine, nous nous retrouverons pour jouer ensemble de cet orchestre d'images et de musique que nous avons imaginé pour un public-acteur.

vendredi 7 avril 2006

Un chèque en blanc


Hier, comme je réclamais le bon d'achat de 10 euros auquel mon adhésion à la Fnac me donnait droit, la jeune salariée de la succursale Bastille ne put faire fonctionner son ordinateur pour me délivrer le reçu à signer (j'ai un peu honte, car il m'arrive encore de faire des emplettes chez ce fossoyeur de la culture - voire mon billet du 7 janvier dernier publié en Belgique par le magazine Jazz@round).
Donc, ne réussissant pas à me délivrer de récépissé, la préposée aux adhésions me tendit une feuille de papier vierge à signer en bas de la page ! Elle prit très mal mon refus de lui délivrer un tel document, et s'emporta, offusquée par ma méfiance et prétendit que c'était uniquement pour ne pas me faire perdre du temps ; elle remplirait ultérieurement la feuille blanche... Son invraisemblable proposition et son agressive réaction s'expliquent-elles par une dépolitisation des citoyens ? Est-ce une pratique occulte de la Fnac ? Ai-je échappé à une grossière arnaque ? Je n'en sais rien, mais ma maman m'a appris qu'on ne signe pas une feuille en blanc, a fortiori à un quidam dont on ignore tout... Drôle d'histoire, n'est-ce pas ?

Pendant ce temps, l'équipe du Festival Nemo repeignait en noir les murs de la salle où nous présentons Les Portes, vernissage ce soir.

jeudi 6 avril 2006

On a volé le disque dur


Journée douloureuse hier à l'Espace Paul Ricard. En arrivant le matin, nous constatons la disparition du disque dur externe de Nicolas. Ce n'est pas le coût de l'objet qui nous assaille, mais la perte de 150 Go de données dont les sources de notre installation Les Portes, et surtout le travail des derniers jours sur les expositions en cours de Nicolas, en particulier L'ardoise à Béziers qui est inaugurée lundi prochain.
9 rue Royale, à deux pas de chez Maxim's et de l'Hôtel Crillon, il ne peut s'agir que de délinquance dorée. La soirée, qui n'a aucun lien avec le Festival Nemo ni notre participation, avait d'abord réuni une assemblée très chic d'écolos des beaux quartiers, suivie d'un dîner d'habitués proches de la direction. Nicolas pense au geste d'un(e) cleptomane. La salle n'était pas gardée, on nous avait garanti la sécurité absolue du lieu. Il est extrêmement imprudent de ne pas réaliser de copie de sécurité, on ne le répétera jamais assez. Maurice Benayoun nous dit qu'il lui est arrivé qu'un disque crashe la veille d'un vernissage, il n'avait pas de copie, rien à faire d'autre que pleurer. Et à se remettre vite au travail. Enfin, au travail on y était déjà à double plein temps. Fatigue, stress, urgence ont généré notre imprudence.
Si ce geste criminel nous assaille, il ne remet pas en question l'inauguration de demain vendredi. Nous réussissons à tout faire fonctionner, ordinateurs et systèmes son, l'orchestre est prêt à recevoir ses interprètes, nous sommes impatients de voir et d'entendre, craignant seulement que la foule du vernissage étouffe Les Portes et qu'il faille attendre samedi pour découvrir la magie de l'installation.


Appel au voleur : le disque dur emporté n'a qu'une valeur de 170 euros ; par contre il contient tout le travail de Nicolas Clauss, des documents inestimables qui n'ont d'intérêt que pour lui-même. Il travaille jour et nuit pour rattraper cette catastrophe, si vous pensez pouvoir restituer le disque dur, appelez la galerie, laissez un commentaire sur ce blog ou trouvez une autre solution, mais faites vite !

mercredi 5 avril 2006

Mon blog préféré


Pas le temps d'écrire ce matin, avec le boulot que nous avons à l'Espace Paul Ricard pour installer Les Portes. Hier, nous avons finalement réussi à faire fonctionner les 3 PC et à remettre en marche un des vidéoprojecteurs. Sueur froide, découragement, patience, acharnement. Aujourd'hui tout devrait se mettre en place, réglages fins et vue d'ensemble enfin accessible. Vivement vendredi !
En attendant, je vous renvoie vers mon blog préféré, déjà signalé, mais toujours aussi passionnant, celui du graphiste Étienne Mineur. Récemment des extraits de films des animateurs Norman McLaren, Len Lye, Oskar Fishinger, des livres magnifiques photographiés ouverts, des analyses typographiques, des liens instructifs ou amusants...
Encore !

La photo est de Monsieur Ahn Sang-Soo.

mardi 4 avril 2006

Mets exotiques


La devise de ma famille est : "Manger avec quelqu'un qui n'a pas d'appétit, c'est discuter beaux-arts avec un abruti".

J'ai tenté de commander du serpent à sonnette ou de l'alligator, chez Exotic Meats|http://www.exoticmeats.com], mais, situés sur la Côte Ouest des USA dans l'état de Washington, ils ne livrent pas de produits frais en Europe. Je me suis rabattu sur les criquets en chocolat de chez Fluker's, mais c'est la même chose, pas d'envoi hors Amérique du Nord. Pas moyen de trouver le site de la firme thaïlandaise Proglen Trading Co., Ltd, je fais une croix sur le flan de larves de cafards, la fricassée de chenilles à la tomate, les cookies de fourmis, les guêpes au riz dont j'ai trouvé les recettes dans l'excitant livre de Christophe Casazza et Virginie Descure, Le cabinet des curiosités culinaires.
Je peux toujours tenter d'attraper 450 grammes de mites pour en faire un cake, mais je suis loin du compte, et il ne suffit pas de cueillir les gratte-culs sur mon églantier, je sais bien que c'est un boulot monstrueux pour en tirer de quoi faire une soupe. Un petit tour chez Tang Frères ou l'une des nombreuses épiceries du XIIIème ou de Belleville me consolera avec une petite salade de méduse, des œufs centenaires, des crabes à la carapace molle, des tortues frites, des holothuries (limace de mer appelée aussi concombre de mer pour ne pas effaroucher le touriste), des langues de canard ou toutes les viandes laquées. Je suis particulièrement friand de l'oreille de porc, des tripes ou d'un simple œuf traités de cette manière. On trouve des trésors chez Paris Store, encore faut-il savoir les cuisiner. Parfois je fais des petites erreurs qui terminent à la poubelle ou qui me font inventer une petite recette merveilleuse. Dommage qu'on trouve rarement dans les restaurants la cuisine familiale autrement plus riche et variée, et surprenante !
Les adresses du livre cité sont hélas inaccessibles et le bouquin est plus facteur de rêves que réellement pratique. Dommage ! Je me souviens que lorsque j'étais petit mes parents nous emmenaient chez Paul Corcellet à l'Opéra pour acheter quelques plats exotiques surgelés. Corcellet fut le premier à concevoir ce type de conservation des aliments à cette fin, il fut aussi le premier à importer les avocats ou les kiwis, et à proposer des vinaigres et des moutardes aromatisés. Grand bonhomme toujours en nœud pap, il vous faisait goûter un vinaigre de cidre au miel dans une petite cuillère, à dix heures du matin, en prétendant que c'était "comme un bonbon". Il expliquait à mon ami Bernard Vitet, un peu choqué par les propos de l'inventeur, que les végétariens n'avaient que peu d'imagination, de ne pas entendre le cri de la carotte quand on l'arrache de terre. Il prétendait honorer les animaux qu'il nous faisait dévorer en les cuisinant avec amour. J'ai ainsi goûté du serpent, du caïman, de la girafe, de l'hippopotame, du buffle, de l'antilope, de l'ours, du singe, du chocolat aux termites (qui se coincent dans les dents), j'ai même bouffé du lion et le plus succulent de tout, la trompe d'éléphant. C'était il y a quarante ans et toutes ces espèces n'avaient pas été décimées pour bien d'autres raisons que la cuisine. Aujourd'hui il y a des troupeaux de bisons en Auvergne, des élevages de kangourous en Bretagne, je ne sais pas d'où viennent les steaks d'autruche, mais toutes ces viandes n'ont rien de particulièrement extraordinaire comparées aux viandes que nous consommons sous nos tropiques. La plupart du temps, c'est la recette qui fait la différence, il y a une façon de cuire le requin pour qu'il ne soit pas sec et bourratif.
Mes voyages lointains m'ont parfois poussé à braver certains tabous culinaires, je ne veux choquer personne ou je ferai cela une autre fois. Il me reste encore un bon kilo de chenilles grillées dites Mopani découvertes dans le township d'Alexander à Johannesburg en compagnie de Johnny Clegg. Vous auriez dû voir la tête des zoulous lorsque Clegg leur raconta qu'en France on était friands de grenouilles ou d'escargots ! Je ferais bien le voyage exprès à Marrakech à l'automne pour savourer l'excellente soupe d'escargots relevée que les marchands ambulants proposent place Djema El Fna, mais j'éviterai désormais les cocons de vers à soie dont sont friands les écoliers de Séoul et qu'on trouve au coin des rues, mais je me referais bien une tournée de sushis ou une bonne soupe Phò au petit-déjeuner. Tiens c'est justement l'heure du petit-dej. Je me contenterai de mes classiques barres de céréales au chocolat et d'un jus d'orange. C'est une journée où il faut prendre des forces. Nous installons toujours Les Portes galerie Royale, tandis que la grève générale bat son plein. Le temps printanier est parfait pour une grande manif...

lundi 3 avril 2006

InvestigAction

Site du résistant belge Michel Collon, http://www.michelcollon.info offre régulièrement nombreux articles passionnants. La dernière livraison rassemble Danielle Mitterrand La démocratie n'existe ni aux USA, ni en France, Leonida Zurita (bras droit d'Evo Morales) La lutte de l'Amérique Latine contre le néo-libéralisme est une lutte pour la vie, Alice Bernard Ce que cache le Contrat Pour l'Esclavage, Howard Zinn 150 ans de mensonge dans la politique étrangère des USA, Viktor Dedaj Cuba et les truqueurs masqués de "90 minutes (Canal +), etc. Liens vers d'autres sites résistants en France et à l'étranger... On peut s'abonner à la newsletter. Ce type d'infos ne peut intéresser que les lecteurs du Monde Diplo ou de Courrier International !

dimanche 2 avril 2006

Opéra féministe


de Virgil Thomson et Gertrude Stein

Noël Burch m'a offert l'opéra de Virgil Thomson (1896-1989) sur un livret de Gertrud Stein (1874-1946), The Mother of Us All, écrit en 1945 d'après la vie de la suffragette américaine Susan B. Anthony (double-cd New World Records NW 288/289). C'est le deuxième opéra du tandem, après le célèbre Four Saints in Three Acts, composé à la fin des années 20 et créé en 1934. Notre mère à tous est un opéra politique se déroulant à la fin du XIXème siècle aux États Unis avec comme personnage principal une pionnière du combat pour les droits des femmes. Le ton y est sarcastique. Gertrude S. et Virgil T. y tiennent les rôles de récitants ! Virgil Thomson, qui dirigeait la Société des Amis et Ennemis de la Musique Moderne, avait comme devise (en français) "Jamais de banalité, toujours le lieu commun" ! Il avait désiré s'affranchir des obligations dictatoriales du dodécaphonisme, qu'il pouvait pourtant pratiquer si une œuvre le réclamait, comme assumer l'héritage classique, en particulier celui de la musique américaine. Le sujet de l'opéra est plus moderne que ceux des contemporains qui recyclent éternellement les mêmes mythes. De plus, ici la musique a la liberté de n'avoir à obéir à aucune école, la seule loi est celle que dicte l'œuvre. Il y a donc le petit côté foutoir de toute la musique américaine, emprunts multiples aux traditions européennes (Thomson avait étudié à Paris avec Nadia Boulanger, refrain connu, et y avait rencontré Cocteau, Stravinsky, Satie) et élaboration de ses propres racines (pas besoin de trop creuser pour les mettre à jour, avec citations populaires bien qu'ici toutes originales), donc tout en invention, mélange de classicisme et de modernité.

samedi 1 avril 2006

L'appel du large


J'arrête mon blog, plus un mot, j'entre en méditation et je me rase le crâne.

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