Jean-Jacques Birgé

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vendredi 30 juin 2006

Le n°16 des Allumés bientôt chez vous


Bientôt chez vous, dans votre boîte aux lettres, si vous avez pris le soin de vous abonner au Journal des Allumés du Jazz, 24 pages, gratuit et sans pub, tirage de 16000 exemplaires tous distribués !
Cette fois, le n°16 est, en plus (!), sans photographie, mais illustré par toute une bande de dessinateurs inspirés. C'est que Le Querrec est en Arles pour les Rencontres de la Photographie, exposition et soirée de projection au Théâtre Antique avec Portal-Sclavis-Texier-Drouet... Alors ils s'y sont tous et toutes mis, Siné (le grand invité), Cattaneo, Chantal Montellier, Laurel, le violoniste Carlos Zingaro (dont les dessins sont méconnus par ses admirateurs), le flûtiste Jérôme Bourdellon (maniaque du détournement), Jean Rougier, Andy Singer...
En avant-première, la une de Johan de Moor, et en dernière page, Nico Laglu et Amidou, la BD de Zou et Jean Annestay.
Magnifique numéro ! Le prochain sortira seulement à l'automne, alors pensez à vous abonner d'ici là !

jeudi 29 juin 2006

La critique de la critique


Le percussionniste et compositeur Pablo Cueco avait initié une rubrique formidable dans le Journal des Allumés du Jazz intitulée La critique de la critique. Il s'agissait de reprendre les termes d'un article écrit par un journaliste et de le commenter point par point, ce dont Pablo s'acquittait avec l'humour qui le caractérise. Au lieu de se brouiller avec les intéressés, il fut assailli de demandes de leur part : pour une fois qu'on parlait d'eux !
Dans les années 60, les journalistes des Cahiers du Cinéma décidèrent de ne parler que de ce qui leur plaisait et de faire l'impasse sur le reste. On me reproche parfois l'aspect trop souvent hagiographique de mes billets : tout y est toujours merveilleux. J'aurais en effet plutôt tendance à adopter ce parti pris, à moins de me retrouver en face d'une coqueluche, d'un artiste ou d'une œuvre encensés par toute la critique, et par extension des lecteurs qui lui emboîtent le pas. Mes motivations sont simples, je ne suis pas journaliste et je fais partie de "la famille" des artistes. Rendre public ma fâcherie contre des camarades se fourvoyant m'apparaît délicat, je ne suis pas là pour donner des bons ou des mauvais points, et me griller dans le métier n'est pas forcément très malin. De plus, je m'enflamme plus facilement pour ce que j'aime que pour ce que je méprise, encore qu'on ne se fait de vrais amis qu'en identifiant ses ennemis. C'est vrai qu'en lisant le Télérama paru hier, j'ai été sidéré par la vacuité des commentaires du photographe Raymond Depardon à qui l'hebdomadaire a confié de le commenter entièrement, sur le modèle de certains numéros de Libération. Si photographier est d'abord savoir regarder, on peut s'inquiéter des légendes que le directeur artistique des Rencontres d'Arles de la Photographie a rédigées tant elles sont un ramassis de satisfecit et de propos d'une fadeur indigne d'un créateur tel que lui. Mon père m'avait en effet appris qu'une bonne critique devait être une œuvre de création, dans le style comme dans l'idée (ah, Le style et l'idée, magnifique ouvrage de référence du compositeur Arnold Schönberg, mais ça c'est une autre histoire !). Si un artiste prend la parole, il a une responsabilité terrible, que ce soit pour parler de son travail ou, a fortiori, s'étaler, comme je le fais, sur tout et n'importe quoi. Ce n'est certainement pas pour en rajouter, mais pour éclairer les zones d'ombre qui sont légions ou revendiquer des choix "politiques" que sa fonction lui permet puisqu'on lui donne la parole. J'ai souvent pensé que j'avais choisi la poésie (musique, cinéma, littérature...) parce que j'avais des histoires à raconter ou un point de vue un peu différent, et que cela me permettrait de les exprimer, par mon art et par tout ce qui tourne autour, sorte de bonus de l'œuvre elle-même, le commentaire social, qui n'a qu'indirectement à voir avec le sujet. Autrement dit, il est grave voire dangereux de s'amuser sans arrière-pensée. Depardon a rédigé ses commentaires par dessous la jambe et son image s'en trouve ternie, le doute vient planer sur ses motivations, sur toutes ses motivations...
Contrairement à d'autres formes d'expression artistique, cela fait des années qu'il n'y a plus aucun journal, aucun magazine, qui aborde la musique, tous genres confondus, d'un point de vue analytique comme pouvait le faire une revue comme Musique en Jeu. C'est une catastrophe pour ses acteurs, réduits à boycotter toute une littérature culinaire insipide et ennuyeuse, au mieux informative, ce qui n'est déjà pas si mal (je me range hélas le plus souvent parmi ces rapporteurs). Qu'attend-on d'une critique ? Qu'elle nous apprenne quelque chose en révélant son sujet sous une lumière nouvelle. Après plus de trente ans de carrière et une revue de presse relativement considérable, de combien d'articles nous concernant me souviens-je ? Début des années 80, dans Le Monde de la Musique, le compositeur Denis Levaillant jouait d'exercices de style comme un équilibriste pour saisir l'essence des 33 tours qu'il critiquait. Lorsque Télérama avait encore une rubrique Multimédia, Gérard Pangon révélait l'inconscient enfoui sous notre CD-Rom Machiavel tant et si bien que nous reprîmes son discours à notre profit. Lorsque Stéphane Ollivier écrivait dans Les Inrockuptibles, son travail d'analyse et la qualité de son écriture rendait parfois ses articles exemplaires au point de leur offrir une pérénité devenue si rare. Le saxophoniste Étienne Brunet se jette à l'eau et, ici ou là, réussit parfois à lier le style et l'idée, référence schönbergienne citée plus haut. D'autres se penchent sur leur copie avec une conscience devenue rare, au hasard (?) Francis Marmande, Bernard Loupias, Annick Rivoire... Vérifier ses sources est un immense travail, trouver le ton juste encore pire, à la manière de l'émission Cinéastes de notre temps produite par Janine Bazin et André Labarthe, modèle absolu où chaque numéro consacré à un metteur en scène est confié à l'un de ses pairs, charge à lui de réaliser le documentaire (point de vue documenté) dans le style de son sujet !
Je me dis souvent que si nous composions avec la même insouciance que les journalistes écrivent sur notre travail, je pourrais changer de métier. Mais ce n'est pas pareil. Chaque nouvelle œuvre met notre vie en jeu, du moins elle le devrait, tandis que tout ce que nous attendons de la critique c'est qu'elle parle de nous, en bien ou en mal, peu importe. Elle nous fait exister, voilà tout, et il en faut beaucoup pour en vivre. Ce n'est que par leur nombre que leur puissance s'exprime, pas par son niveau, hélas, trois fois hélas.

mercredi 28 juin 2006

L'avocat à la casserole


Je ne sais plus comment m'est venue l'idée de cuisiner l'avocat. Il y avait foule dans le bac à légumes. Quatre pour un euro au marché des Lilas le dimanche matin, ça vaut le coup, délicieux, onctueux. Françoise confectionne souvent ses salades avec, et lorsque je les déguste nature je remplace l'éternelle vinaigrette par de la sauce de soja. Quant aux accords, ai-je pensé aux sushis, norimakis de riz, saumon, avocat, entourés d'une feuille d'algue nori ?
J'ai donc plongé l'avocat dans l'eau bouillante d'une soupe, je l'ai fait revenir avec des tomates, de l'ail et du piment façon guacamole, je l'ai fait monté en mousse dans le mixeur, cuit à la vapeur, servi froid en gaspacho... Dans tous les cas le goût reste très fin, le mariage réussi avec poisson, viande ou légumes. Je pense à lui faire rencontrer des fruits maintenant, le transformer en glace... Sa texture "beurrée" se prête à maintes combinaisons. Le servir chaud renouvelle le genre. Je jette un coup d'œil à marmiton.org, pour m'apercevoir que je n'ai rien inventé, soupes, gratins, mousses, salades, gelées, farces, avec roquefort, miel, fromage de chèvre, etc. Le site est formidable, il donne mille idées chaque fois que l'on s'interroge sur quoi faire à dîner... Et puis, comme je déteste éplucher des légumes, j'apprécie la vitesse d'exécution, un coup de couteau, dénoyautage, un tour de poignet à la petite cuillère, et hop, il passe en chair, la plaidoirie est aisée, acquitté, mieux réhabilité ! Un coup de chapeau à l'épicier de l'Opéra, Paul Corcellet, génial importateur et cuisinier, qui introduisit l'avocat en France dans les années 50 (billet du 4 avril)...
Et un coup d'œil à l'incontournable Cuisine Succès - L'école de cuisine (Larousse), complément indispensable à toute littérature culinaire : il ne s'agit pas d'un livre de recettes, mais de tout ce qu'il faut savoir pour les réaliser, découper une viande ou un poisson, réussir une omelette ou même cuire un œuf, éplucher, parer, conserver, toutes les méthodes de cuisson sont expliquées, le bouquin est illustré d'images superbes permettant de donner un nom aux fruits exotiques, aux herbes aromatiques, etc. C'est la Bible de l'élève cuisinier, c'est un cadeau rêvé à faire à celles et ceux qui ne le connaissent pas encore ! J'y lis que l'avocat est un fruit, qu'on doit le cueillir dur pour le laisser mûrir, qu'il en existe plusieurs sortes (rugueux noircissant, antillais à peau lisse, mexicains qui restent toujours verts, petits sans noyau alors appelé avocat cornichon ou avocat cocktail). La couleur dépend des variétés, non de la maturité. Il est riche en huiles naturelles ainsi qu'en vitamines et minéraux, mais ne jamais le cuire trop longtemps pour qu'il garde son goût. En France, on a d'ailleurs tendance à toujours trop cuire les légumes.

mardi 27 juin 2006

Couleurs du Maghreb 1910-1931


Hier soir était inaugurée l'exposition Couleurs du Maghreb au Musée Albert Kahn à Boulogne-Billancourt. Elle rassemble une centaine d'autochromes pris entre 1910 et 1931 en Algérie, au Maroc et en Tunisie, reflets d'un Maghreb traditionnel et de la colonisation. Le film Le Maréchal, le Missionnaire et le Banquier, réalisé par Jocelyne Leclercq, monté par Robert Weiss et dont j'ai composé la musique, est projeté dans une salle du premier étage. J'ai également fourni une bonne partie des bruitages de ce moyen-métrage de 42 minutes. Les musiques sont très variées, arabe (d'influence plutôt récente), ethnique (flûte, percussions africaines), moderne (l'Exposition Coloniale), militaire (défilés), classique (piano pour Lyautey, orchestre pour le reste), mais, mixées assez bas en face du commentaire, elles restent discrètes. L'enjeu est de réussir à raconter une histoire avec l'ensemble des rushes, et chaque fois (j'ai composé la musique de nombreux films des collections Kahn), Jocelyne et Robert font des miracles. Cela faisait onze ans que nous n'avions pas pu jouir de cette liberté. J'avais déjà enregistré trois films sur le Japon (Showa Tenno, Bunraku, fantômes de la mémoire et Deux fêtes au pays des Kami), un sur le Voyage à Pékin de Kahn et un sur la Révolution chinoise nationaliste, un autre sur Paris, toujours la même période : 1909-1931, dates auxquelles le mécène envoya des opérateurs Lumière aux quatre coins du monde pour rassembler Les Archives de la Planète, et enfin Sur l'air de Sambre et Meuse, et le dernier avec l'accordéoniste Michèle Buirette, La bataille de la Ruhr.
L'ancienne conservatrice avait l'habitude de m'appeler l'héritier, car nous faisions partie de la même famille, originaires de la communauté juive d'Alsace, précisément de Marmoutier, dans le Bas-Rhin, comme le marchand de canons Marcel Dassault, Bloch de son vrai nom comme ma mère (Dassault était son peudonyme dans la Résistance). Kahn et Dassault étaient donc des cousins (je fais hélas partie de la branche pauvre de cette famille de marchands de grains et d'étoffes ! Le père de Kahn était quant à lui marchands de bestiaux). Le Krach de 1929 ruina le philantrope banquier, et sa propriété fut rachetée par la préfecture de la Seine en 1936-39, puis par le département des Hauts-de-Seine en 1964.
À côté des 72 000 photographies en couleur et de 180 000 mètres de film rapportés des quatre coins du monde, Albert Kahn laissa de magnifiques jardins à Boulogne-Billancourt qu'il faut absolument visiter. Cette petite merveille est composée d'un sublime jardin japonais redessiné en 1990 par le paysagiste Fumiaki Takano (avec les pavillons originaux rapportés en 1898), une forêt vosgienne, une forêt bleue (cèdres de l'Atlas et épicéas du Colorado), un jardin français, un palmarium, un verger-roseraie, un jardin anglais... La visite est absolument indispensable, c'est totalement magique. Lycéens à Claude Bernard, Porte de St Cloud, nous avions l'habitude d'y aller rêvasser lorsque nous étions un peu partis ou pour épater nos petites amies...

Photogrammes du film. Le premier est la seule image existante d'Albert Kahn.

lundi 26 juin 2006

Bat Chain Puller, disque exhumé de Beefheart


En 1976, le label Virgin en conflit avec le Capitaine, à cause de sa collaboration avec Zappa pour Apostrophe (Warner), retient le LP Bat Chain Puller qui ne sortira jamais. Le Magic Band réenregistre la plupart des morceaux pour Warner sous le titre Shiny Beast, mais de l'aveu même des musiciens, démoralisés de devoir tout reprendre, le nouvel album sera loin d'être à la hauteur de la première version. À l'écoute, on se rend compte que Bat Chain Puller aurait marqué un nouveau départ pour le groupe de Don Van Vliet qui avait décliné avec Unconditionally Guaranteed et Bluejeans and Moonbeams. Les deux derniers albums marquants, The Spotlight Kid et Clear Spot, datent de 72. L'enregistrement de 76 rappelle plutôt Lick my Decals Off, Baby, plus déjanté que les derniers qui l'ont précédé et certainement que ceux qui suivront. Rien ne vaudra évidemment Stricly Personal et surtout l'inégalable double album Trout Mask Replica produit par Zappa sur Straight.
Les musiciens de Bat Chain Puller sont Van Vliet, dit Captain Beefheart (chant, sax soprano et ténor, clarinette basse), Denny Walley et Jeff Moris Tepper (guitare et slide guitare), John Thomas (claviers) et John French (batterie et guitare). La pochette est de Van Vliet (Bromboline Frenzy, 1985), qui abandonna définitivement la musique pour la peinture en 1986. Le disque, dont les droits semblent être entre les mains de la famille Zappa, n'est jamais sorti et ce billet n'a été rendu possible que grâce à la communauté du Net et du site Dimeadozen sur lequel j'ai découvert ce bel enregistrement maudit.
Sur Beefheart, voir les billets du 25 décembre 2005 et du 23 mars 2006.

dimanche 25 juin 2006

Intégrale Norman McLaren


Voilà trois ans qu'était annoncée l'intégrale des films de McLaren ! Étienne Mineur me signale que le site Heeza, spécialisé dans le cinéma d'animation, vient de la lui envoyer sous 24 heures. Je me précipite. L'exceptionnel coffret de 7 DVD, accompagné évidemment d'un petit livret bilingue, vaut largement les 97,50 euros port inclus. Je remarque un autre site intéressant de VPC, spécialisé dans l'animation, l'expérimental et les films rares, Chalet, qui livre même à vélo lorsque c'est à Paris intra-muros !
Si le livret offre un index alphabétique et un autre chronologique, les films sont classés thématiquement, idée brillante qui permet de faire son choix parmi plus d'une centaine de courts-métrages réalisés entre 1933 et 1983 : Les débuts - McLaren et l'espace - Peintre de la lumière / L'art en mouvement - Evelyn Lambart (animatrice cosignataire, entre autres, du Merle) - Surréalisme - Maurice Blackburn (compositeur de 9 films de McLaren) / Le danseur - Vincent Warren (danseur, entre autres, de Pas de deux et Narcisse) - Grant Munro (acteur, entre autres, de Voisins, et animateur) / Guerre et Paix (le marxiste McLaren était également un pacifiste militant) / L'animateur musicien / Papiers découpés - René Jodoin (coréalisateur de Alouette et Sphères) / Les étapes de la restauration numérique (remarquable travail de l'ONF, Office national du film du Canada) / Les entretiens. Sont présents des films inachevés, des essais et plusieurs documentaires.
À son retour de Londres, Étienne ne pourra pas s'empêcher de commenter astucieusement cette somptueuse édition entièrement remasterisée, d'autant que chaque film est accompagné d'une note expliquant les techniques utilisées. Peut-être Étienne ajoutera-t-il quelques extraits sur son incontournable blog essentiellement dédié au graphisme ?
Norman McLaren, après s'être s'inspiré d'Oskar Fischinger et Len Lye, devenu animateur d'objets et réalisateur de films sans caméra (dessinant image et son à même la pellicule), reste le plus grand de tous les animateurs de l'histoire du cinéma.

samedi 24 juin 2006

Bouclage du n°16 des Allumés du Jazz


Ce matin, j'ai traversé Paris à vélo aux aurores pour prendre le TGV à Montparnasse avec Jean et Christelle. Sur le Pont d'Austerlitz le soleil éclairait Notre-Dame. Les Parisiens ignorent ces petits plaisirs de touriste. Je n'ai pas l'habitude de sillonner les rues désertes à la lumière du jour.
Nous passons la journée au Mans à corriger, donner des titres, écrire les chapeaux des articles. Valérie fignole la mise en page de ce numéro des Allumés entièrement illustré par des dessinateurs : Johan de Moor (responsable de la une), notre fidèle Cattaneo, le flûtiste Jérôme Bourdellon (détourneur d'images officielles), le violoniste Carlos Zingaro (qui a plus d'une corde à son archet), Laurel, Chantal Monteiller, Jean Rougier, Andy Singer, Zou et Jean Annestay (qui collaborent ici à la BD Nico Laglu et Amidou). Nous sommes tout contents de suivre un nouveau Cours du Temps avec Siné !
Dans ce numéro de l'été, j'ai réactivé La Question, cette fois sur le choix des titres : y répondent Étienne Brunet, Pablo Cueco (qui signe un nouveau Paris brûle-t-il ?) et Jean Morières, habitués de nos colonnes, mais également le cinéaste Atom Egoyan, l'écrivain Michel Houellebecq, l'auteur-compositeur Jean-Claude Vannier, ainsi que Bourdellon, Guédon, Kassap, Thollot, Vitet... Les questions Flash vont à Sylvia Versini et Limousine, la carte blanche au label Amor fati qui fait de belles pochettes peintes à la main, et sont interviewés la harpiste Hélène Breschand et le guitariste Lionel Loueke... On trouve encore les signatures de Jean Rochard (Le Jour : La chanson vulgaire), Jean-Louis Wiart, Sylvain Torikian et j'élucubre sur Le Grand Phylactère ! Parution début juillet.
Avant de rentrer, je cours acheter deux pots de rillettes, histoire de savoir quel est le meilleur charcutier du quartier.

vendredi 23 juin 2006

Tombeau d'Abricot


J'ai retiré le billet d'hier jeudi. Que peut-on écrire dans un blog, journal intime devenu public ? Quelles limites puis-je me fixer dans la catégorie dite Perso ? Certains rédacteurs attendent la mort des protagonistes, d'autres la leur propre. On peut toujours changer les noms, brouiller les pistes, romancer l'affaire, mais quel besoin, quelle impudeur, nous pousse à publier les détails intimes de notre vie et de celles et ceux qui la partagent ? Le "politiquement correct" ne me préoccupe pas, on peut modifier les usages, bouleverser les conventions, c'est même salutaire. L'intérêt d'un texte est lié à l'indépendance de vue de son auteur, sa libre pensée, son style aussi. Les confessions ont d'autant plus de valeur qu'elles abordent des sujets tabous. Ils sont si nombreux. On se croit isolé, promeneur solitaire portant le fardeau de ses fantasmes, de ses handicaps, de secrets honteusement gardés, de vieux mensonges. La psychanalyse ne fait que régler, au mieux, sa propre petite note, mais on ne partage pas.
Lorsqu'il m'arrive de transmettre (n'étant point professeur le mot enseigner ne me convient pas), j'essaie d'aborder tous les aspects de mon sujet, de changer d'angle le plus souvent possible, pratiquant l'art de la digression. Je m'aperçois que les étudiants ne savent rien de ce qui les attend, réalités du monde de l'entreprise, salaires, droits du travail et droits d'auteur, relations avec les clients ou les employeurs, esprit d'équipe, solidarité, gestion quotidienne de son temps, difficultés à se renouveler, etc. Aborder sincèrement l'un des trois grands sujets préoccupant tout un chacun, sexe, mort ou argent, est un pavé dans la mare éclaboussant toute l'assemblée, fut-elle réduite à un seul interlocuteur. Les confessions intimes mettent en confiance, chacun est libre à son tour de se livrer, de se décharger de ce qu'il ou elle a sur le cœur, simplifiant les échanges en évitant les quiproquos et les mascarades, souvent anciennes ! Il y a des professionnels pour cela, thérapeutes indispensables à celles et ceux qui souffrent trop, mais ils ne répondent pas à toutes les questions. Certaines réclament la confrontation. En clair, il est bon de savoir que l'on n'est pas tout seul à vivre ainsi, à penser cela. Connivence des salles d'attente ? La lecture est un réconfort. La conversation peut devenir un soulagement, un révélateur, une étincelle... Si les secrets de famille nous empoisonnent, sortons donc les fantômes du placard. Mais la question de la publication reste entière, crotte de bique !

J'ai souhaité parler de la douleur de mon ami Bernard face à la mort de son chat Abricot mercredi midi, le 21 juin. L'arrivée de l'été est toujours un moment pénible pour celui qui craint la chaleur. Ce n'est pas la première disparition à laquelle il soit confronté. Bernard a perdu tant d'êtres proches. Plus on vieillit plus les amis peuplent les cimetières. L'isolement progressif peut devenir insupportable. Pour d'autres, la mort à l'œuvre rassure, c'est qu'on est toujours là pour l'apprendre. La dernière sera mon tour. Un camarade médecin me rappelait que souffrir, c'est être vivant. Les jeunes s'angoissent parfois, peine perdue, ce n'est pas l'heure. Ne meurt-on que parce qu'on en a marre ? Sauf accident, et la vie est injuste avec ceux qu'elle quitte prématurément, sans cette fatigue, on vivrait éternellement. Il faut prendre le temps. Les jeunes et les vieux traversent toujours n'importe comment, ils se jettent sous les voitures. Les jeunes n'ont pas conscience de la mort et c'est tant mieux, les vieux n'en ont plus rien à faire et c'est tant pis. Temps mieux temps pis, chacun fait son petit ménage dans sa tête, et dans son corps.
Tout a commencé lorsque Bernard avait dix ans, avec la déportation de son frère aîné à l'âge de 18 ans, jeune résistant communiste. C'était l'âge de Ann, son plus jeune fils, que Bernard accompagna de manière exemplaire touts sa dernière année de 1984 lorsqu'il fut atteint d'un cancer du rein. Abricot avait vingt ans, comme Radiguet, l'auteur du Bal du Comte d'Orgel d'où vient le prénom de Ann. Les cycles sous-tendent notre vie, mouvements vibratoires qui se superposent comme les harmoniques d'un instrument de musique. Les drames et les miracles arriveraient aux nœuds de vibration, le fond de la piscine, ou aux crêtes, rendez-vous en haut du pic. Il n'y pas que les femmes qui soient réglées comme du papier à musique.
C'est chaque fois un drame. Je comprends la douleur de mon ami et respecte ses choix même si je ne les partage pas. À ma dernière visite, je n'arrivais pas à regarder Abricot, défiguré, cela me faisait trop mal. Je ne suis pas courageux en face de la maladie, je ne supporte pas les hôpitaux. Bernard est un ardent partisan de l'acharnement thérapeutique. Mais il a aussi des envies de mort, la sienne, celle des autres. Il est en colère. Les animaux qui l'accompagnent le rappelent à l'ordre. La veille, je lui avouai mes doutes sur ses motivations. Il se réveille toujours lorsque la mort se dévoile. C'est le chantre du paradoxe. Depuis trente ans, nos conversations "de bistro" alimentent nos œuvres communes. Évidemment nous transposons le réel, le travestissant des oripeaux de l'art, une chienlit bien portante. Aujourd'hui encore, le travail du deuil fait grandir, mais Bernard est trop malheureux. Nous lui conseillons d'aller voir l'exposition d'Agnès Varda à l'Espace Cartier : le Tombeau de Zgougou (photo du catalogue ci-dessus) ne pourra que lui redonner le calme de la tendresse. Se réconcilier avec soi-même.

mercredi 21 juin 2006

Fête de la Musique : Elsa fait la une du supplément du Parisien, son père joue les dièses et les bémols...


Comme la Fête du Travail pour les travailleurs, la Fête de la Musique est un jour chômé pour les musiciens. C'est du moins comme ceci que je l'entends chaque année depuis 1983. Les professionnels devraient ranger leurs instruments en s'effaçant devant les pratiques amateurs et spontanées, plutôt que jouer la foire d'empoigne pour s'installer à la meilleure place. Je suis injuste, ce n'est pas que ça, la fête bat son plein et tout le monde peut s'épanouir en dansant !
Pourtant, jamais aucune Fête de la Musique n'égala celle de 1982 à sa création par Jack Lang. Je me souviens que nous avions affrété la vieille 2CV de ma copine Brigitte Dornès avec une sono et des micros, ouvert entièrement la capote et joué debout en roulant. Hélène chantait, je jouais d'un instrument à anche double qui se pratique d'habitude à dos d'éléphant, et nous improvisions au gré des rencontres, un batteur à sa fenêtre, des Africains sur le trottoir... Prévue jusqu'à 21h30, le peuple s'appropria la rue jusque tard dans la nuit.
Je ne voudrais pas jouer les rabat-joie, c'est un jour merveilleux si l'on se lance dans les débordements les plus délirants, fête des fous, des fous de musique, des bruiteurs déments, des laisser aller à se produire enfin ! Ce n'est pas seulement jour de marché où les jeunes artistes s'affichent comme à la Fiac, tremplin gratoche ou showcase de quartier. Les professionnels pourraient encadrer les initiatives les plus délirantes ou les plus sages en leur donnant un petit coup de main, mais aucune star ne devrait s'avancer sur le devant de la scène, s'en servant comme un support de pub de plus en faisant de l'ombre aux si nombreux amateurs qui peuplent l'hexagone. Que dis-je l'Hexagone ? Il paraît que la Fête s'étend à la planète, que le langage sans paroles unit les hommes et les femmes de partout sans traducteurs, et que la paix règne enfin dans la joie et l'allégresse ! On peut toujours rêver... Sans récupération marchande, sans intrigue de palais, mais avec seulement le plaisir de hurler à tue-tête qu'enfin v'là l'été et que nous allons profiter merveilleusement de cette belle journée. Tapez sur vos gamelles, soufflez dans vos tuyaux, chantez des hymnes vengeurs, criez votre colère, n'oubliez surtout pas dans quel monde nous vivons, on nous donne des os à ronger pour mieux nous exploiter le reste de l'année. Alors citoyens, citoyennes, faisons preuve d'imagination plutôt que singer les pratiques dominantes, prenons le pouvoir, manifestons notre joie, crions des slogans utopiques, en avant la musique !
Pas différent des autres, je me rejouis pour ma fifille dont une photo incandescente, prise par William Beaucardet, orne la une du supplément du Parisien. L'instantané est tiré du Vrai-faux Mariage qui se jouera vendredi au Cabaret Sauvage avec La Caravane Passe et La Clique de Pléchti, dernière représentation avant la rentrée (voir Billet du 28 avril).

mardi 20 juin 2006

Agnès Varda, une leçon de jeunesse


Agnès Varda s'expose à la Fondation Cartier à Paris jusqu'au 8 octobre. La cinéaste qui inaugura la Nouvelle Vague avec La pointe courte (1954) et Cléo de 5 à 7 (1961), avant la bande de garçons des Cahiers du Cinéma, est célèbre pour ses films L'une chante l'autre pas, Sans toit ni loi, Jacquot de Nantes (sur son mari Jacques Demy), Les glaneurs et la glaneuse et nombreux courts-métrages.
L'année dernière, nous avions déjà admiré le travail de cette jeune femme de 78 ans à la Galerie Martine Aboucaya où elle présentait Le triptique de Noirmoutier jouant sur le hors champ par un amusant coulissement de persiennes, et surtout Les veuves de Noirmoutier, où 14 écrans entourent un quinzième central. En face, sont installées 14 chaises avec 14 casques audio. À chaque chaise et casque correspond le son de l'une des séquences, les chaises dessinant en miroir le même damier que l'ensemble des séquences projetées. L'image composite reste la même, mais le son change. À soi de retrouver la veuve à qui il appartient... L'une d'entre elles est évidemment l'auteur. Ces deux installations sont présentées au sous-sol avec trois autres, celles-ci conçues, comme celles du rez-de-chaussée, à l'occasion de cette exposition dont le thème est l'île de Noirmoutier où la cinéaste possède une propriété. En 2005, Agnès Varda recevait ses amis déguisée en patate (sic), clin d'œil à ses premiers pas d'artiste plasticienne à la Biennale de Venise en 2003 où elle avait présenté Patatutopia et à sa taille, haute comme trois pommes (de terre) !
Au rez-de-chaussée de l'immeuble dessiné par Jean Nouvel, sont installées trois œuvres. Ping Pong Tong et Camping est un petit film de plage en boucle, projeté sur un matelas gonflable, avec en alternance le percussionniste Bernard Lubat qui tapote bombardé de balles de ping pong ou le BACHotron de Roland Moreno, le génial inventeur de la carte à puces (aussi allumé que le fut Einstein dans sa vie quotidienne, voyez son site si vous pouvez en croire vos oreilles !). Seaux, raquettes, pelles en plastique aux couleurs vives, encadrent l'écran, et sur le côté, une autre boucle vidéo montre des tongs encore plus fantaisistes que celles accrochées tout en haut. C'est gai, ludique et charmant. Dans La cabane aux portraits sont accrochés d'un côté 30 hommes et de l'autre 30 femmes ; c'est plus sévère, sauf si les cartes se mélangent quand la nuit tombe et que la Fondation ferme ses portes ? N'oublions pas qu'Agnès Varda commença au théâtre comme photographe de plateau, en particulier en Avignon avec Jean Vilar ! Dans le catalogue de l'exposition ressemblant à un très beau livre pour enfants et particulièrement réussi, elle fait appel au décorateur de l'expo, Christophe Vallaux, pour ses dessins (voir ci-dessus). Ma cabane de l'échec est une serre dont les murs sont constitués des chutes de pellicule du film Les créatures, déjà tourné dans l'île, flop de l'année 1966 avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli, dont on ne peut voir que les images anamorphosées pendant le long des murs ou un extrait, plus loin, sur une vieille table de montage...

Au sous-sol, Le passage du Gois simule la route submersible qui relie l'île au continent, une barrière automatique scande les marées, empêchant ou laissant passer les visiteurs. Le Tombeau de Zgougou est représenté par un tumulus sur lequel est projeté un petit film d'animation avec des coquillages. On connaissait déjà l'Hommage à Zgougou, bonus du film Les glaneurs et la glaneuse, mais ce dernier épisode est si tendre qu'on pense encore à un rituel pour atténuer la douleur des enfants. Ceux d'Agnès, Mathieu et Rosalie, sont grands, mais elle tient très bien sa place de grand-mère gâteau. Enfin, près d'un tas de sel, les fenêtres de La grande carte postale ou Souvenir de Noirmoutier s'ouvrent sur cinq petites scénettes cinématographiques : la main de Demy malade sur le sable, des enfants farceurs montrent leurs fesses, des oiseaux mazoutés agonisent, est-ce un noyé qui flotte entre deux eaux ?
Le site de la Fondation Cartier est très bien fait, beaucoup d'informations et d'images sur L'île et Elle, si ce n'est une insupportable (par sa répétitivité) boucle de percussion du camarade Lubat. La conception sonore du site n'est vraiment pas à la hauteur du reste, mais on a hélas si souvent l'habitude de couper le son sur Internet, n'est-ce pas ?
On peut être étonnés que ce soit deux cinéastes dont la carte vermeille commence à s'effacer qui réalisent parmi ce qui se fait de plus intéressant et de plus émouvant dans le domaine des nouvelles technologies, et ce de manière totalement artisannale. Je pense aux films de Chris Marker et à son CD-Rom "Immemory'', comme à Agnès Varda dont les boni sont amoureusement composés pour accompagner la réédition de ses films ou ceux de son mari, le très regretté Jacques Demy, et ici l'amorce d'une nouvelle carrière d'artiste plasticienne à bientôt 80 ans ! Car ce n'est pas la prouesse technique qui fait sens, mais le regard que ces deux amoureux des chats portent sur le monde, et sur ces formes d'expression modernes leur offrant de nouveaux champs d'expérimentation, terrain de jeu où se mêlent ici une véritable tendresse et la plus grande fantaisie.

lundi 19 juin 2006

Sun Rings, spectacle cosmique de Terry Riley avec le Quatuor Kronos


Toujours sur Dimeadozen, j'ai pu trouver ce week-end quelques pépites dont l'enregistrement audio d'un spectacle multimédia composé de sons de l'espace, du Kronos String Quartet et du Sirin Choir. Sun Rings est le fruit de la collaboration de Don Gurnett, professeur à l'Université de l'Iowa, du compositeur Terry Riley, du premier violon du Kronos, David Harrington, qui tient le rôle de directeur artistique, et du designer graphique Willie Williams. Les passages les plus beaux sont probablement ceux où le choeur et le quatuor jouent ensemble, les sons enregistrés autour de la planète Jupiter venant se superposer aux musiciens vivants. C'est une commande de la NASA. Il s'agit ici du concert donné le 30 mai dernier à Moscou, quatre ans après la création. En France, n'ont été joués que quelques extraits sortis de leur contexte. Cela fait déjà très longtemps que Riley compose presque exclusivement pour le Kronos : Cadenza on the Night Plain, Sunrise of the Planetary Dream Collector, Mythic Birds waltz, Salome Dances for Peace, Cortejo Fùnebre en el Monte Diablo, Requiem for Adam...
Malgré son imposante discographie (dont je possède la quasi intégralité, près d'une cinquantaine d'albums, ce qui montre encore une fois que l'on peut acheter les disques et télécharger) le quatuor Kronos a créé beaucoup plus d'œuvres qu'il n'en a enregistrées. Grâce au miracle (encore possible) du Net, on peut entendre des pièces inédites en CD de Frank Zappa, Michael Gordon, Sigur Ros, Getatchew Mekurya, Alexandra du Bois, Jimi Hendrix, Michael Daugherty, Hyo-shin Na, Dick Dale, et même des concerts entiers avec Tom Waits ou Rabih Abou-Khalil. Il en existe quantité d'autres. Je sais seulement que le quatuor a passé commande à d'autres artistes comme Steve Lacy ou Kimmo Pohjonen, et interprété des arrangements de jazzmen comme Charlie Mingus.
Recherchant des vidéos de Sun Rings, j'ai réussi à en trouver sur le blog du réalisateur Mark Logue et à les regarder en les téléchargeant, puis en supprimant le suffixe .txt pour ne garder que .mp4 ; le son est complètement saturé, mais ça permet de se faire une petite idée du spectacle. Le son de l'enregistrement moscovite est quant à lui tout à fait décent.
Récemment, j'avais acheté plusieurs CD de Terry Riley dont différentes versions de In C et l'album qui nous avait révélé la musique répétitive en 1969, A Rainbow in Curved Air, avec Poppy Nogood en face B. Je me souviens que les échos du time lag accumulator, au travers duquel passaient ses claviers, agaçaient mon père à qui cela rappelait Radio Londres ! Soft Machine enfoncera le clou, et la réunion de Riley et John Cale, qui venait d'être viré du Velvet Underground, donnera Church of Anthrax, un autre album qui influencera mon jeu à mes débuts sur l'orgue Farfisa Profesional, le même que Pink Floyd et Sun Ra. L'ensemble servira de bande-son à nos expérimentations les plus variées.

dimanche 18 juin 2006

Michel Séméniako, l'ectoplasme


Sur le site du photographe Michel Séméniako, je redécouvre ses images nocturnes en couleurs qui me font toujours rêver (ici Surabaya, Indonésie, 1999). Michel y est un fantôme invisible, le temps de pause effaçant sa trace de peintre.
En 1997, j'avais réalisé la partie multimédia du CD-Extra Carton (Birgé-Vitet, GRRR 2021, dossier complet en lien caché ici dévoilé) avec les photographies de Michel, prises de vues nocturnes noir et blanc ou images négociées avec les pensionnaires d'un asile psychiatrique. Nous avions créé de cette façon la pochette de l'album, sorte de photomaton où le modèle fait lui-même sa lumière avec des fibres optiques et choisit le moment où il appuie sur le déclencheur. Trois entretiens réalisés dans la boîte noire figurent également sur le CD-Rom, monologues de Michel, Bernard et moi-même. Et puis, il y a surtout les dix petits théâtres interactifs correspondant aux chansons du disque, une tentative commercialement infructueuse pour rénover la variété française, mais le CD-Rom avait rencontré un gros succès. C'était mon premier CD-Rom d'auteur, Étienne Mineur en était le directeur artistique et Antoine Schmitt le directeur technique, Hyptique le maître d'œuvre. On peut l'acquérir facilement sur le site des Allumés par exemple (compatible Mac OS9 et PC).
Je connais Michel depuis 1975 pour avoir composé la musique de tous ses audiovisuels (diapos) produits alors par la boîte du Parti Communiste, Unicité, avant qu'il ne les quitte et reparte vers la photographie et des choix politiques plus en accord avec sa sensibilité. Dans le Documents de Jean-Luc Godard que je feuilletais hier soir, je le revois encore plus jeune dans le rôle du révisionniste de La chinoise ! Sa compagne, Marie-Jésus Diaz, est aussi photographe, mais être une femme dans le monde hyper macho de la photo n'est pas facile. Marie-Jésus tire souvent ses photos noir et blanc sur des supports inhabituels. J'adorais travailler avec l'un comme l'autre, avec eux deux ensemble aussi. Dans Carton, les paroles de L'ectoplasme sont un hommage à Michel :

Invisible à l'œil nu un photographe approche
Il peint la nuit au flash et à la lampe de poche
Il marche il frôle et cherche en vain son ombre
En exhumant les temples qu'aucun fidèle n'encombre

Cherchez-le dans le noir cherchez-le dans le blanc
Cherchez-le dans le rouge ou dans les faux semblants

Il évoque notre histoire en jouant aux quatre coins
Du globe qui tient de lui son oculaire au point
Marche à côté de ses pompes malgré l'obscurité
Arpente les abcisses gauchit les ordonnées

Cherchez-le dans le noir cherchez-le dans le blanc
Cherchez-le dans le rouge ou dans les faux semblants

Parfois son bras indiscipliné se déchaîne
Les gladiateurs au cirque aussi taguaient l'arène
Partout présent dans ses images au temps pausé
Il tente cependant de se faire oublier

Cherchez-le dans le noir cherchez-le dans le blanc
Cherchez-le dans le rouge ou dans les faux semblants
Si vous le découvrez vous serez impressionnés
Dans ces autoportraits c'est vous que vous verrez

samedi 17 juin 2006

Les Shadoks... Autrement (2)


La plupart des œuvres présentées dans ce triple DVD (voir le billet du 11 juin) sont des films de commande, des objets didactiques. Ils obéissent pourtant à la même logique que la série des Shadoks : un commentaire narratif illustré par des animations absurdes, drôles ou décalées, un dessin simplifié, mais très éloquent, des bruits rigolos. Formé par la publicité, Jacques Rouxel possède un style très personnel et efficace, et il est toujours formidable d'apprendre en s'amusant.
Ça se regarde à dose homéopathique, comme tout ce qui a été conçu en épisodes. 26 fois 5 minutes pour Voyage en électricité, 4 fois pour L'entropie, 26 fois 3 minutes pour Les Matics, 7 fois pour La douleur... Pour ces derniers dont j'ai composé la musique et conçu les bruitages, Rouxel souhaitait se démarquer des Shadoks et des références qui lui collaient à la peau, il me demanda des choses plus discrètes accompagnées d'effets récurrents. Il convoqua également Patrick Bouchitey plutôt que Piéplu. C'est une des premières séries qu'il réalisa en vidéo, peut-être la première. Jusque là, il avait tout filmé d'abord en 16mm puis la majorité en 35mm. Je ne me souvenais de rien. J'oublie tout ce que je fais une semaine après qu'un projet est terminé, c'est probablement le seul moyen qui me permette de repartir vierge sur un nouveau travail.
Bonus caché, Promesses de 1992, sur l'élection du Président de la République en 1965, réalisé avec Laurent Boutboul et Patrick Barberis, commenté en gromelot par les Shadoks, vaut son pesant de cacahuètes : De Gaulle, Mitterrand, Lecanuet, Tixier-Vignancourt, Marcilhacy, Barbu, singés et mis en boîte par une bande de volatiles farceurs, Ga Bu Zo Meu !

P.S. : j'avais choisi l'illustration d'aujourd'hui sans me souvenir que nous étions la veille de l'Appel du 18-joint (trente ans déjà !). J'aurais fait plus attention pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté entre drogues dures et douces, même si toute pénalisation des usagers est stupide et meurtrière. Tout cela n'est qu'affaire de gros sous, que ce soit ceux des gros trafiquants qui profitent de la prohibition ou l'État qui perçoit sa dime sur le tabac et l'alcool. La répression est avant tout une machine anti-jeunes, de la poudre aux yeux pour rassurer les parents qui préfèrent rester aveugles. Qu'est-ce que je risque à me faire prendre en train de fumer un pétard dans la rue ? Un de nos potes qui a la cinquantaine s'est fait attrapé sur la pelouse du Champ de Mars avec un stick aux lèvres et un gros morceau de hasch : les flics, après l'avoir sermonné, lui ont tout laissé ! Tous les renseignements sur le site si vous souhaitez signer la pétition...

vendredi 16 juin 2006

Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville, courts


Les courts-métrages de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville que ECM a réunis, accompagnés d'un petit livre broché de 120 pages, rappellent les Histoire(s) du cinéma dont la sortie est sans cesse repoussée. ECM en avait édité un gros coffret de 5 CD audio. Montage commenté de citations multiples, diffusion simultanée et systématique d'un extrait de film avec le son d'un autre, utilisation du catalogue musical du producteur allemand Manfred Eicher, ces quatre courts appartiennent tous à la dernière période : The Old Place (1999) et Liberté et Patrie (2002), tous deux cosignés avec Anne-Marie Miéville, Je vous salue, Sarajevo (1993) et De l'origine du XXIe siècle (2000). Comment Godard négocie-t-il l'emprunt de ces milliers d'extraits protégés par le droit d'auteur ? Il est à parier que cette question n'est pas étrangère à l'ajournement des Histoire(s) en DVD. Godard cite, certes, mais avec ces emprunts il produit une œuvre nouvelle, totalement originale, à la manière de John Cage en musique. De toute façon, sa filmographie n'est qu'un tissu de citations, littéraires lorsqu'elles ne sont pas cinématographiques. Il n'y a pas de génération spontanée, Godard assume le fait que nous inventons tous et tout d'après notre histoire, la culture. Le travail du créateur consiste à faire des rapprochements, à énoncer des critiques, à produire de la dialectique avec tous ces éléments.
Avec le livre Documents (scénarios, lettres, manifestes, manuscrits...), édité par le Centre Pompidou à l'occasion de l'exposition en cours (voir billet du 25 mai), est offert un DVD avec d'autres courts-métrages : Lettre à Freddy Buache (1982), Meeting Woody Allen (1986) et le travail de commande pour les couturiers Marithé et François Girbaud (1987-1990). La double signature Godard-Miéville, double signature dont nous avons parlé dans le billet du 8 juin, reste énigmatique. Quel est le rôle de chacun ? Comment cela se négocie-t-il ? Quelle est la différence entre un film de l'un ou de l'une et une œuvre à quatre mains ? Il n'est pas simple de s'y retrouver. Godard et Miéville aiment nous perdre, et nous faire travailler à notre tour... Vers où que l'on se tourne, on n'échappera à aucune question. L'œuvre de Godard, jamais finie ni définie, est une quête philosophique, un objet infini qui pousse dans l'inconscient et le cosmos. De l'infiniment grand de la pensée à l'infiniment petit de l'humanité.

jeudi 15 juin 2006

Flash, musique et Lindenmayer


Melka, qui est étudiant à l'École des Gobelins, a ouvert un blog très intéressant, Computaing, sur la musique générative. Il cherche des programmeurs et des musiciens avec qui discuter de son projet.

Du Zhenjun


Je suis très heureux que notre jury (composé également de Marie-Laure Bruneau, Frédérique Mathieu et Catherine Nieki) ait accordé à l'artiste chinois résidant en France Du Zhenjun le Prix de l'œuvre numérique interactive pour l'ensemble de son œuvre. Ce choix honore tant la SCAM que Du.

mercredi 14 juin 2006

Le vrai-faux mariage à la une


Coup de fil d'Elsa ce matin, toute fière de faire la une du Petit Journal de Télérama avec Le Vrai-Faux Mariage ! Sur la photo, elle ne fait pas de la contorsion sur son trapèze, elle est de profil à gauche derrière le fiscorn (saxhorn utilisé dans les Coblas catalanes). La Clique de Pléchti et La Caravane Passe seront samedi prochain au Festival Les Arborescences en Mayenne, et de retour à Paris vendredi 23 à 20h30 au Cabaret Sauvage. Attention, réservez vos places, le spectacle qui dure plus de deux heures se joue chaque fois à guichets fermés. C'est hyper festif !
Voir le billet du 28 avril.

Hunt, le sacre de Tero Saarinen


Depuis Sylvie Guillem il y a une dizaine d'années, je n'avais jamais été aussi impressionné par un danseur. Chaque muscle est comme un instrument de l'orchestre du Sacre du printemps qu'interprète Tero Saarinen, de la pointe des cheveux au bout de ses orteils. Et les yeux ! Les yeux jouent comme le reste du corps. C'est d'abord vers les yeux que porte mon regard, celui d'une femme lorsque je tombe amoureux, celui d'un homme si je suis en affaires, celui des danseurs pour savoir s'il est habité plutôt que s'il compte leurs pas. Tero Saarinen est un sauteur, comme Nijinsky, Babilée ou Silhol, mais sa chorégraphie est ancrée dans le sol qu'il foule.
Et puis, la partition musicale est si puissante qu'elle force la création. Trop souvent les chorégraphes tentent de malaxer les notes comme ils façonnent le corps des danseurs, pâte à modeler disciplinée. Les musiciens s'y prêtent à contre cœur. Toutes les musiques de ballet finissent par se ressembler, saucissons uniformes, tartes à la crème, goût Kurt Weill, Arvo Pärt ou Steve Reich selon les époques. Sans parler des Fragments d'un discours amoureux qui continue de faire des ravages ! Il est loin le temps des Sacre, Oiseau de feu, Boléro, Daphnis et Chloé, Faune, Jeux, Entr'acte, Relâche..., partitions fortes de spectacles conçus par un trinome, librettiste-compositeur-chorégraphe. Ce dernier a pris le pouvoir, le ballet n'existe plus, on parle de chorégraphie. Le livret faisait l'arbitre entre la musique et la danse. Ce n'est pas le sujet qui compte, c'est l'objet, l'œuvre faisant fi des egos. La complémentarité est pourtant indispensable pour échapper à l'illustration (soulignée par une création lumière fantasmée). Tero Saarinen y échappe en dansant Hunt sur la musique de Stravinsky. Seul en scène, obligé de s'écarter de l'original des Ballets russes, confronté à une partition musicale extrêmement riche, il invente et se cabre. On regrettera seulement qu'aucun chorégraphe n'ose commander de partition forte à un compositeur vivant. Une rencontre comme celle de Merce Cunningham et John Cage est-elle encore possible aujourd'hui ?

Mais Hunt n'est pas seulement un fantastique one man show. Si les lumières de Mikki Kunttu sont parfaitement en phase, découpant le corps torturé du danseur, arrêtant son image en plein vol, articulant le temps autant que l'espace, la collaboration avec Marita Liulia vise au sublime. L'artiste multimédia n'abuse pas de ses effets, c'est d'une rare élégance. Elle projette des images interactives sur le corps ou le tutu de voile descendu des cintres pour habiller Saarinen, elle y peint d'un doigt léger des tatouages chorégraphiés avec une maestria éblouissante, se servant d'un bug du logiciel Director ! Pour toujours chercher à pousser mes machines dans leurs retranchements, je comprends la joie de Marita à se jouer de la technique pour produire des émotions et de la beauté.
Hier, avant de partir à la Cartoucherie de Vincennes, où se rejouera encore ce soir mercredi Hunt, je revoyais Je vous salue, Sarajevo (magnifique édition ECM avec un bouquin illustré de 120 pages et 4 courts-métrages) où Jean-Luc Godard énonçait en 1993 : il y a la règle, et il y a l'exception. Il y a la culture qui est la règle, il y a l'exception qui est de l'art.

Photos : Marita Liulia, exceptée la première, Laurent Philippe.

mardi 13 juin 2006

Tandis qu'Hilton Ruiz est retrouvé assassiné, György Ligeti rejoint le cosmos


Les jazzmen finissent parfois dans de sombres circonstances : Albert Ayler dans l'East River, Oliver Johnson sur un banc à Paris... Cette fois, le pianiste Hilton Ruiz, compagnon, entre autres, de Roland Kirk, a été retrouvé le crâne défoncé dans une ruelle de la Nouvelle Orleans. Il avait 54 ans... C'est la réédition d'un disque de Ruiz qui avait valu à Gérard Terronès son procès contre le photographe Yves Carrère, procès honteux quelle que soit la responsabilité du producteur du label Futura/Marge. Pendant que ceux-ci s'écharpent, les musiciens crèvent dans le noir.
Disparu à 83 ans dans des conditions moins dramatiques, György Ligeti était un des derniers grands compositeurs du XXième siècle. Indépendant, sans lien avec aucune école, Ligeti avait su renouveler son inspiration au cours d'une vie musicale bien remplie. Je l'avais découvert à New York en 1968 lors de la sortie de 2001, l'Odysée de l'espace du cinéaste Stanley Kubrick qui avait utilisé des extraits d'Atmospheres, Lux Aeterna, Aventures et Requiem. La remarquable intégrale publiée par Sony montre toutes les facettes de cet esprit ouvert au jazz comme aux musiques africaines. Je me souviens ainsi d'une magnifique soirée au Théâtre du Chatelet où étaient programmées ses œuvres avec les chants pygmées et les trompes centrafricaines. Si ses œuvres dramatiques peuvent donner l'impression de baroque contemporain, Ligeti conserve l'image d'un compositeur qui flirta avec la musique des sphères, et avec les étoiles.

La photo de Ruiz est de Dennis C. Owsley, mais j'ignore qui a pris celle de Ligeti.

Contrôle des impôts, de qui, de quoi ?


À Paris, c'est aujourd'hui le dernier jour pour envoyer sa déclaration d'impôts si vous avez choisi de le faire en ligne. Pour être certain que vous en êtes le véritable auteur et valider votre signature, le système doit être sécurisé via les cookies de votre navigateur. Je ne suis pas très précis, mais l'idée est là. D'une année sur l'autre, le Trésor Public (quel nom pourtant merveilleux!) reconnaîtra votre machine. S'il peut aller coller le certificat dans votre disque dur, peut-il en profiter pour y glaner quelques informations personnelles ? Ça ne fait que commencer.
Mais enfin, payer des impôts c'est tout de même plus sympa que de ne pas gagner suffisamment et de n'être point imposable, non ?

lundi 12 juin 2006

Double Vision


Samedi soir à la Cartoucherie de Vincennes, Double Vision de Carolyn Carlson et du duo Electronic Shadow ouvrait les June Events qui dureront jusqu'au 25 juin. Seule sur scène, la chorégraphe est confrontée au déluge visuel des images vidéographiques de Naziha Mestaoui et Yacine Aït Kaci, et à la musique électro-organique de Nicolas de Zorzi.

Sur sa robe qui occupe tout l'espace au sol telle une immense vague de drap, des nuages de feu, d'eau ou de particules cosmiques donnent l'impression que la danseuse lutte désespérément contre les éléments. Un grand miroir cabossé, suspendu en fond de scène, réfléchit la scène en une mouvante abstraction.

Cinq bandes d'écran descendent des cintres couverts de projections graphiques tandis qu'un nègre, interprété par l'unique danseuse, rappelle les gestes que Laurie Anderson esquissait dans des séquences très années 30. La scénographie signée par Electronic Shadow manque peut-être un peu de chair, dû à la qualité d'architecte de Naziha et à celle de graphiste de Yacine, mais l'ensemble, s'il rappelle des thèmes souvent rabâchés (trafic automobile accéléré, ondes ou flammes...) est particulièrement réussi, le rythme soutenu, réglé comme du papier à musique, l'image extrêmement belle.
La seconde partie est une improvisation danse et musique qui s'inscrit dans une programmation cette année exceptionnellement finlandaise. L'accordéoniste Kimmo Pohjonen insuffle une énergie époustouflante aux quatre danseurs, Tero Saarinen, Juha Marsalo, Won Myeong Won et Carolyn Carlson à nouveau sur la scène du Théâtre de l'Aquarium après un entr'acte de trente minutes. Vêtue d'une sorte de tchadri de Folies Bergère bleu et vert, elle a des gestes incroyablement jeunes, parfois emprunts de théâtre nô, tandis que les trois hommes tentent des mouvements d'ensemble parfois un peu gauches. Il n'est jamais facile d'improviser sur une structure fixe. On sent que Tero Saarinen mène le jeu, les deux autres, bien que talentueux, ne peuvent que ralentir ou accélérer pour se retrouver à la prochaine station. Un improvisation libre en duo avec la chorégraphe américaine (d'origine finlandaise !) eut probablement trouvé plus facilement sa justesse. L'accordéon et la voix trafiqués de Kimmo passent d'une ambiance à une autre sans qu'on s'en rende compte, comme dans le magnifique disque, Uumen, enregistré avec le percussionniste Éric Échampard.
Au même endroit, on retrouvera l'étoile montante de la chorégraphie, Tero Saarinen, mardi et mercredi soir, dans Hunt, avec l’artiste multimedia, Marita Liulia, sur Le sacre du printemps de Stravinsky. Marita est l'auteur des célèbres CD-Roms The Ambitious Bitch et Son of a Bitch et d'un Tarot original qui fait un malheur autour du monde dans ses déclinaisons pour téléphone portable. Vous pourrez reconnaître dès sa page d'accueil le trompettiste qui incarne le Jugement !

dimanche 11 juin 2006

Les Shadoks... Autrement (1)


Jolie surprise avec ce triple DVD (dans une pochette ultrafine éditée par aaa production) qui présente une sélection des films de commande de Jacques Rouxel les plus marquants parmi les 80 réalisés, d'autant plus que les 7 films de la série La Douleur dont j'ai composé la musique sont dedans, youpi !
Courts-métrages et séries à vocation éducative, institutionnelle ou scientifique, on trouvera donc également L'innovation, La communication dans l'entreprise, Des atomes et l'électricité, Vooyages en électricité, Le sang, L'entropie, Les Matics, Le petit cirque tragique des Untels, avec en bonus La mouette verte, Le bon chien, Promesses, un extrait du documentaire réalisé par Jérôme Lefdup, etc. Ces films sont même plus excitants que les Shadoks qu'on aura pu voir et revoir, parce qu'ils éclairent d'une lumière nouvelle le talent de leur auteur.
Cette édition extraordinaire, puisqu'elle présente des films très rarement projetés, arrive 15 jours après la disparition de la voix originale des Shadoks, l'immense acteur Claude Piéplu (billet du 25 mai).
Jacques Rouxel est quant à lui décédé le 25 avril 2004 à l'âge de 73 ans. S'il ne peut donc plus pomper, son humour corrosif et son goût de l'absurde continueront à nous enchanter longtemps.

samedi 10 juin 2006

"Music for Airports" dans le cadre approprié


J'étais fatigué. Je cherchais une musique calme. J'ai pensé à la graine (seed) récoltée sur Dimeadozen hier matin, une des œuvres de Brian Eno qui avaient annoncé le style Ambient à la fin des années 70. Elle est interprétée ici par un véritable orchestre, celui de Bang on a Can, et dans le cadre approprié, l'Aéroport de Schiphol à Amsterdam, en juin 1999. C'est la première fois que je l'écoute vraiment. La musique se mêle merveilleusement aux voix des passagers que l'on peut parfois entendre échanger des remarques sur leurs bagages et aux bruits des salles d'embarquement. C'est parfait, très Cagien dans le concept. On sent l'espace, il y a de l'air autour des musiciens rassemblés par Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe. Ça fait passer le temps agréablement. Lorsque je pense aux aéroports, je me souviens de prendre des lunettes de soleil pour atténuer leur éclairage éblouissant. Ou bien est-ce l'arrivée imminente d'Helsinki de mon amie Marita Liulia qui m'a inconsciemment aiguillé vers le ciel ? La musique d'ameublement n'a rien d'un papier peint insipide, c'est choisi avec goût. Aux quatre parties de Music for Airports succèdent Everything Merges with the Night et Burning Airlines give you so much more. J'ignore qui est l'auteur des photos récupérées avec la musique.
Eno cherchait une troisième voie à côté des représentations de concert et de la muzak des supermarchés et des ascenseurs. Peut-être que les prochaines années verront pousser des fleurs musicales sur des terreaux inattendus. Nous traversons tant d'endroits inhumains, froids, austères, des lieux où l'on ne fait pas toujours que passer, qu'il serait agréable de transposer leur univers sonore vers des zones plus douces, plus tendres, en jouant avec la transparence ou bien à cache-cache, accordant l'ambiance sonore avec l'espace public. Il en deviendrait agréable grâce à cette métamorphose réfléchie en fonction des besoins d'évasion de la communauté. Trouver le son de chaque place, selon la sensation que l'on souhaite produire. Il y a de la musique partout, c'est insupportable, je fuis les restaurants et les bars où la pollution musicale nous oblige à monter le ton. Le choix de l'ambiance sonore n'est pas neutre, il y a de quoi faire pour les rares designers sonores ! En 1981 à Naples, nous avions rendu à l'illusion le Parc della Remembranza en camouflant des dizaines de haut-parleurs dans les arbres, transformant la nuit en plein jour. Vous connaissez pourtant mon goût pour le dérangement, pour la critique brechtienne des mises en scène ou des mises en ondes, pour la révolte... Mais il y a un temps pour tout, pour vivre debout comme pour aller se coucher. Le tout est de choisir la bonne attitude au bon moment ! Nous avons décollé, bonne nuit...

vendredi 9 juin 2006

Enregistrer le son en reportage


Une nouvelle étape est franchie dans l'histoire des supports d'enregistrement audio. J'ai revendu mes deux DAT de reportage pour acquérir un enregistreur numérique portable sur disque Microdrive ou sur carte CompactFlash. Le Marantz PMD660 est incroyablement bon marché compte tenu de la qualité du son, moins de 600 euros auxquels s'ajoutent les 100 euros d'une carte Ultra II de 2Go (autonomie de 3h13 en Wav 44/16). Il est équipé d'entrées micro XLR avec alimentation fantôme, et marche à piles (petit point faible, avec 4 heures d'autonomie il faut prévoir des quantités de réserve, ou passer aux piles rechargeables ? Il fonctionne évidemment aussi sur le secteur). Il est petit (113 x 47 x 184 pour 0.7 kg) mais pas autant que le M-Audio Microtrack 24/96 qui est moins cher et qui tient vraiment dans la poche sans rivaliser techniquement : le choix dépendra de l'usage qu'on en fait, professionnel (la qualité) ou amateur (histoire d'avoir toujours sur soi de quoi faire une prise de son correcte). Les micros intégrés du Marantz sont largement suffisants pour des interviews, son petit haut-parleur est également bien pratique. Ces magnétophones ont l'énorme avantage de permettre le transfert vers son ordinateur via un câble USB, gain de temps considérable sans aucune perte. Pour les néophytes, disons que ça marche de la même manière qu'un appareil-photo numérique. Je ne vais pas trop m'étendre sur le sujet, vous trouverez sur le Net tous les renseignements sur ces nouvelles machines maintenant que vous en possédez les références. Il existe des enregistreurs beaucoup plus pros, mais beaucoup beaucoup plus chers comme les Nagra, le 4 pistes Sound Devices 744T ou le 8 pistes Aaton Cantar, la Rolls du genre. Le Marantz offre un bon compromis pour un budget modeste, parce que le son se fait d'abord avec les oreilles, et qu'en étant astucieux on arrive à des résultats formidables. Ce n'est jamais le matériel qui fait la qualité d'une œuvre, c'est l'imagination.

jeudi 8 juin 2006

Kienholz(s)


Il est rassurant de constater l'emballement des camarades à qui je montre les reproductions des œuvres d'Edward Kienholz (1927-1994). Depuis l'exposition Les femmes de Kienholz où était présenté In the Infield of Patty Peccavi (ci-dessus), il signe avec sa femme Nancy. Juste reconnaissance du travail de collaboration d'un couple où la femme est restée longtemps dans l'ombre, comme Christo signant dorénavant avec Jeanne-Claude. La rue Robert Delaunay a été rebaptisée Robert et Sonia Delaunay, comme en son temps celle de Pierre et Marie Curie. À son tour, Nancy Kienholz signe aujourd'hui des pièces récentes de leurs deux noms, douze ans après la disparition de Ed.

Dans les mises en scène des Kienholz la transposition critique ne néglige pas la précision historique. Je me souviens avoir ouvert un tiroir du bordel de Roxy's et y avoir trouvé une lettre d'une prostituée à sa mère. On pouvait aussi se servir un Coca au distributeur intégré au Portable War Memorial (ci-dessus). Dans le billet du 5 juin, j'ai raconté comment l'exposition de 1968 avait été pour moi fondatrice. J'y reconnais tout ce qui m'a animé pour construire le Drame, le pamphlet social, la dimension théâtrale, la poésie circonlocutoire, la crédibilisation d'un instant impossible...

mercredi 7 juin 2006

Modes et travaux


Je participe aujourd'hui à un jury pour l'attribution d'aides dans le monde culturel. C'est à la fois passionnant et difficile, parfois pathétique. On comprend mieux ce qui nous arrive lorsque nous sommes de l'autre côté, ramant pour trouver de quoi réaliser nos rêves. De ces expériences, je retiens que la première page du dossier doit accrocher l'œil avec une image, et qu'il est nécessaire que deux lignes, deux lignes c'est suffisant, expriment clairement le contenu du dossier. La suite doit jouer d'un effet de zoom, apportant de plus en plus de précisions au fur et à mesure qu'on s'y enfonce. Tout se jouera ensuite à l'oral.

mardi 6 juin 2006

De l'animation sur Canal+


Apparition de notre installation interactive Les Portes avec entretien flash de ma pomme, hier soir dans le magazine Mensomadaire de Canal+. Quarante secondes, comme un tract, parmi les camarades du Festival Némo (Cinéma d'ameublement) filmés ici par Sylvain Roume à l'Espace Paul Ricard : bonne idée de remonter les trois portes les unes à côté des autres, comme elles seront probablement exposées la prochaine fois.
Cette édition du magazine durait exceptionnellement une heure, essentiellement dédiée à l'animation. Beau travail d'habillage, beau programme, beaucoup d'humour (Carlitopolis, et le making of de Luis Nieto à la manière de Luc Moullet, Fallen Art de Tomek Baginski, Yughi YohGermain Huby rejoue tous les rôles d'un manga en playback, Bingo Bongo de Federico Vitali...). Ne manquez pas les prochains numéros de Mensomadaire, c'est vraiment chouette, ça change du reste ! Le très applaudi Flesh d'Édouard Salier, plus complexe que son précédent, Empire, mais aussi simpliste et complaisant, se voudrait provoquant, mais l'idéologie sous-jacente se révèle potache et douteuse. Des pin-up à poil sont projetées sur les gratte-ciel de New York transformés en écrans géants tandis que vient s'écraser toute une flotte d'avions de ligne. Le réalisateur n'aime-t-il pas fondamentalement ce qu'il raille. Est-ce le énième dérapage d'un prétendu second degré, une manière de se dédouaner, de se vautrer en camouflant sa culpabilité ? Si le succès ne le pervertit pas, Salier a suffisamment de talent pour mûrir. Sinon il pourra toujours se recycler définitivement dans la pub... En toute fraternité !
Même si les goûts ne sont donc pas tous partagés, l'émission est formidable, il y a encore d'autres merveilles comme le psychédélique Harry Smith ou le typographique Theodore Ushev.
Rediffusions : Canal+ Décalé cette nuit à 4h05 (décalé c'est le cas de le dire), Canal+ Cinéma ce soir mardi à 19h50, et le jour d'ouverture du Festival International du film d’animation d’Annecy qui durera jusqu’au 10 juin.

lundi 5 juin 2006

Le secret derrière la porte : McMillen et Kienholz


Défonces d'un immeuble en construction, ton sur ton, faux seuils attendant leurs briques, passages secrets qui ne connaîtront ni le jour ni la pénombre, fantasmes de l'enfance, un sac de pièces d'or, de fil en aiguille (le trou de serrure dans El de Buñuel ?) je pense à nos Portes sans murs en opposition à ces murs sans portes, chacun chez soi, crever l'écran, je n'aime pas les portes, je les préfère ouvertes ou les démonte, plein air, grands espaces, association d'idées, je repense à l'œilleton du Mike's Pool Hall de Michael Mc Millen (Naissance d'une capitale artistique 1955-1985, Centre Pompidou, une des rares pièces qui méritent le détour, avec une autre à sa droite, entrebâillement qui laisse apercevoir des dizaines de bottes à condition de se pencher, je ne me souviens plus bien, les secrets s'oublient, un temps), illusion d'optique, miniature où frémissent les boules du billard... Quelques jours après ce billet un peu hermétique, je dois préciser que la salle de billard est bien une maquette qui semble à taille réelle lorsqu'on la regarde par le judas...

Je regrette encore la rétrospective Kienholz en octobre-novembre 1970 au CNAC rue Berryer, rien vu d'aussi magique à part au même endroit celle de Tinguely (mai-juillet 1971, pour moi fondatrice, mais aussi en 1988 à Beaubourg, dans le Cyclop forêt de Milly, et récemment dans son musée à Bâle) et celle de James Turrell à Vienne en Autiche en 1999, dans un genre très différent, lumière, aveuglement, impression rétinienne, rémanence. Pour toutes, envoûtement cinématographique, voyeurisme et projection, vertige de l'espace, attractions foraines. À Beaubourg, de Kienholz, artiste mésestimé, est exposé While Visions of Sugar Plums Danced in their Heads...

Je préfère The State Hospital qui est à Stockholm : au travers des barreaux de la cellule on aperçoit les deux prisonniers allongés, leur tête est un bocal dans lequel nage un poisson rouge. À Amsterdam, je ne manque jamais de faire un saut au Stedelijk Museum pour me faufiler dans The Beanery et en respirer l'odeur, là les crânes sont des horloges. Qu'est-ce qu'on a dans la tête ?

dimanche 4 juin 2006

Pourquoi faire ?


Un rouge-queue nargue le chat depuis plusieurs jours dans le jardin. Il vole bas. Que cherche-t-il ? Il s'approche de plus en plus près. Je suis fasciné et un peu inquiet.
En février 1902, Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, publie le pamphlet Que faire ?, ouvrage fondateur reprenant les idées développées dans le journal Iskra (l'étincelle, en russe). En 1971, Chris Marker et ses camarades reprendront le nom d'Iskra (Image, Son, Kinescope et Réalisations Audiovisuelles) pour leur coopérative de production de films. Rien n'a vraiment changé de ce qui a motivé l'écriture de l'un et la fondation de l'autre. La question "Par où commencer ?" reste entière. Les sources de la production et les canaux de diffusion sont-ils maintenant plus ouverts à la différence, à la contestation salutaire, à la projection de vérités soigneusement enfouies ? (Bernard Benoliel, Entre Vue). Des questions, toujours. Les réponses calment le jeu et tuent l'imagination. L'enfant enfile les pourquoi ? à s'en faire un collier. Dès le CP, l'école casse son élan créatif en imposant les réponses avant qu'il ait le temps de s'interroger. Les perles se répandent par terre. Révolutionnaires en herbe, artistes, déviants, délinquants, souffrants, seuls quelques récalcitrants n'acceptent pas les nouvelles règles. L'agnostique laisse la question sans réponse (elle donnera son titre à l'œuvre la plus célèbre du compositeur Charles Ives).
En me réveillant, je me demande pourquoi faire ? que j'écris parfois pour quoi faire ?. J'ai souvent dit que je fais ce qui ne se fait pas puisque ce qui est fait n'est plus à faire. Bon gars malgré tout et probablement en référence au chien de Léo Ferré, j'ajoutais je fais là où on me dit de faire.
Pourquoi faire ? Pourquoi faire une œuvre de plus, sur un marché saturé ? L'art est devenu à la portée de tous, du moins la société souhaite en donner l'illusion. Les outils se démocratisent, chacun pense savoir photographier, filmer, composer, écrire, mais trop souvent c'est le stylo qui écrit, la caméra qui filme, le filtre Photoshop qui commande. Bon de commande. C'est ce qu'on vend : objets de consommation, nouveaux marchés, cibler les jeunes... Pour faire l'artiste, il faut une vision. Cette vision ne découle pas de l'usage des machines, elle est le fruit d'une souffrance, d'une colère, d'un espoir, d'un rêve, elle n'est qu'une question qui répond à la précédente. Qu'est-ce qu'un auteur ? Une personne qui pense par elle-même et met en forme cette réflexion ? La production est-elle le contraire de la reproduction ?
Pourquoi faire une œuvre de plus lorsque l'on a des dizaines de disques et des centaines d'œuvres à son actif, et que le monde continue de glisser ? Échec. Le succès est relatif. Miles Davis, par exemple, a échoué, lui qui briguait la reconnaissance du Great Black People n'a jamais été adulé que par la bourgeoisie blanche. Pourquoi composerais-je un nouveau disque alors que la majorité sont toujours disponibles, il est vrai de manière de plus en plus clandestine (aux Allumés, chez GRRR ou Orkhêstra) ? On me fait remarquer que mon impressionnante biographie donne l'illusion que j'ai au moins cent ans ! Ai-je tout dit, tout exprimé ? Heureusement j'évolue, petit à petit, le mouvement me porte, vecteur social qui me pousse sans cesse vers de nouveaux horizons. Mais je ne voudrais pas faire une œuvre de plus, jamais ! J'enchaîne les succès d'estime, mais rencontre rarement le succès populaire. Un enjeu pas si nouveau depuis qu'avec Bernard Vitet nous avons décidé d'enregistrer des chansons (Kind Lieder, Crasse-Tignasse, et surtout Carton), depuis le cd-rom Alphabet, le film Le sniper ou les modules interactifs des sites réalisés avec Frédéric Durieu ou Nicolas Clauss. Aujourd'hui les lapins-robots font le tour du monde en se tenant par les oreilles.
Faire ce qui ne se fait pas, c'est jouer les trouble-fête et les provocateurs, c'est oser dire (écrire) ce que d'autres taisent de peur de représailles, c'est être avant tout fidèle à sa morale et la mettre en pratique, sacro-sainte dualité "théorie-pratique" héritée d'une époque où la jeunesse décidait de porter l'imagination au pouvoir. Faire ce qui ne se fait pas, c'est faire fi des conventions, des impossibilités, c'est sauter les obstacles, l'un après l'autre, pour prouver que si, c'est réalisable, avec du travail et de la persévérance, sans négliger l'amour ni l'humour. C'est ne pas craindre le ridicule.
J'ai toujours ressenti du soulagement lorsqu'un camarade, un collègue (jamais un concurrent), réalisait une idée que j'avais eue, ou pas. Ce qui est fait n'est plus à faire. Rien de perso dans l'avancée des idées. Bonne chose de faite, me dis-je en admirant le chef d'œuvre mis en forme par un autre créateur. Une tâche de moins sur la longue liste des utopies ! Passons à autre chose...
Alors, quoi faire ? Lorsque la suite ne vient pas, c'est que le problème est mal posé. La question du quoi n'est que la conclusion du pourquoi. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pour changer le monde, pardi ! Mais comment s'y prendre, tout petit bonhomme ou petite bonne femme perdus dans son coin ? Une trilogie puisque le qui n'a jamais été de notre ressort : pourquoi, quoi, comment ? Mais d'abord pourquoi, la question fondatrice, celle qu'on a le tort d'oublier en devenant des professionnels. La motivation première, celle qui donne le goût, le goût de faire. Et peu importe la réponse, elle coule de source, elle ne nous appartient pas, elle est entre les mains du public, de nos lecteurs. Ensuite, le quoi et le comment ne sont que questions de méthode, tandis que pourquoi est LA question, celle qui fait toute la différence entre un faiseur et un créateur, entre un accident et une catastrophe.
Une catastrophe, à entendre dans son sens premier : un bouleversement, dernier et principal événement d'un poème ou d'une tragédie, le dénouement.

Image : manifestation à Johannesburg après l'assassinat de Chris Hani, photogramme de mon film Idir et Johnny Clegg a capella (1993).

samedi 3 juin 2006

Nouveau son pour le film Nabaz'mob


On s'améliore tous les jours. Françoise a peaufiné le montage de Nabaz'mob. Le film est maintenant plus fidèle au spectacle... J'avais préféré mettre en ligne rapidement. J'ai l'habitude d'aller vite, de prendre les événements de court et de me laisser rattraper en cours. Genre de phrase qu'il faut relire deux fois. Se reprendre. Il faut savoir battre, le faire pendant qu'il est show. Les lapins, ça rend toujours dingue.

Wendling-san I presume ?


C'est lorsque Pedro est en voyage que son blog est le plus passionnant, surtout qu'il choisit immanquablement le Japon comme destination de prédilection...

vendredi 2 juin 2006

No comment


À étaler sa vie en public ou affirmer ses positions sur un support accessible à qui veut expose à des réactions violentes, aussi tranchées que celles exprimées sur ce blog. Penser par soi-même, au mépris du politiquement correct, n'attire pas que des sympathies. On ne peut pas plaire à tout le monde, mais il est intéressant de susciter le débat et de rester à l'affût de ce qui se dit. J'ai souvent revendiqué la nécessité de tout écouter, à condition de ne suivre aucun conseil. C'est une manière de se protéger contre les mauvaises critiques comme contre les bonnes. Ne pas s'emballer lorsqu'affluent les compliments pour ne pas s'effondrer face à l'agression. On peut aussi ne rien lire et suivre sa voie, mais l'exercice est encore plus périlleux. Ici, ce qui est dommage, c'est que les commentaires ont le plus souvent lieu off the record, généralement par mail, puisque ce blog n'est pas anonyme et qu'il est donc facile de me joindre. Dommage ! J'aimerais tant porter le débat en place publique, comme exposer au grand jour les processus de création des œuvres...
Que ce soit pour ma récente critique d'Arte ou sur la loi sur les droits d'auteur, les échanges hors blog ont été passionnants. Il peut être désagréable de se faire critiquer par un artiste plus enclin par sa fonction à être la cible des journalistes plutôt que de la ramener... Cela me rappelle l'excellente rubrique initiée par Pablo Cueco dans le Journal des Allumés avec La critique de la critique. Je me suis grillé plus d'une fois sur France Musique en défendant tout haut ce qu'aucun producteur n'osait dire à l'antenne. Je fus applaudi sur l'instant, et interdit pendant les longs mois qui suivirent. Chaque fois. Et alors ? Il faut bien que quelqu'un s'y colle ! Aurais-je une âme de martyr ? Je ne le pense pas, juste le désir de rester en accord avec ma propre morale, et de respecter cette option très soixante-huitarde, la relation théorie-pratique. C'est comme cela par exemple que je me suis retrouvé à Sarajevo pendant le siège ! Je n'avais pas le choix. Il faut que je sois plus prudent. Les journalistes se rendent-ils compte des dégâts qu'ils produisent en parlant ou en taisant les événements autour d'eux, en les relatant de façon telle que cela détruit parfois les artistes visés, pauvres petites bêtes fragiles. L'œuvre est un rempart contre les démons intérieurs. Il peut être dangereux de les réveiller.

Il y a quelque temps, Antoine Schmitt, avec qui je viens de signer Nabaz'mob, me demandait de suspendre la publication des billets où je relatais notre travail en cours. Il estime que "les mots tuent la chose", craignant que la publication du processus vide l'œuvre de sa substance et la fige, et privilégie le résultat final à la démarche. Par contre, les réflexions postérieures ne le gênent pas, au contraire. Je ne partage évidemment pas ce sentiment. Suivant Jean-André Fieschi, je citai la phrase d'Eisentein que nous avions inscrite en 1976 sur le premier fascicule du Drame et qui infléchira l'ensemble de mon travail jusqu'à aujourd'hui : "Il ne s'agit pas de représenter à l'attention du spectateur un processus qui a achevé son cours (œuvre morte), mais au contraire d'entraîner le spectateur dans le cours du processus (œuvre vivante)."
Dit autrement, l'œuvre terminée, que je livre au public, ne m'appartient plus. Je ne reste "propriétaire" que du processus. Le genèse me passionne plus que le verdict. J'ai toujours regretté que les créateurs taisent leurs interrogations et leurs doutes. Mon point de vue (documenté, pour citer Jean Vigo) m'a d'ailleurs poussé vers l'improvisation et l'instantanéité. Il est aussi le contenu des cours que je distille aux élèves que je rencontre : comment ça se passe, qu'y a-t-il derrière les choses, avec les mots, des mots qui précisent ma démarche et m'évitent de me répéter, parfois. Mieux, ils me permettent d'avancer. Craindre que "les mots tuent la chose", n'est-ce pas une crainte de même nature que celle des artistes qui préfèrent souffrir pour créer plutôt que d'entrer en psychanalyse, craignant que leur veine ne se tarisse si leur inconscient remontait à la surface ?
Antoine me répond astucieusement que son intimité n'est pas la mienne : "c'est comme si tu mettais ma propre psychanalyse (commune temporairement avec la tienne) en ligne en live, pour reprendre ta métaphore, et ce n'est pas évident à gérer pour moi ;-)". Mais je suis terriblement matérialiste, préférant l'analyse à la mystique. Pas vraiment de risque, la structure du sujet est trop complexe pour nous faire succomber, me semble-t-il. Je reconnais pourtant que, plus jeune, cette pensée m'éloignera du divan.... Lorsque nous répondons à un bon interviewer, il nous arrive parfois, par la parole, de sortir de notre confort étroit pour émettre une pensée qui pourra devenir capitale par la suite et infléchira l'ensemble de nos œuvres. Certains préfèrent ne répondre à aucune question, no comment, ou même ne jamais apparaître en public... Ou bien, comme je déteste produire des maquettes, je préfère souvent rédiger un texte. C'est en écrivant des demandes de subvention que je me suis mis sérieusement à l'écriture, amusant, n'est-ce pas ?
J'aime beaucoup travailler avec Antoine, parce que nos questions produisent toujours des réflexions qui débordent largement du cadre qui nous était initialement dicté. J'ai ce genre de discussion avec très peu de gens parce que (in)justement la plupart craignent trop le langage, se protégeant par un échange de surface sans exprimer leurs craintes et leurs désirs, leurs pulsions et leurs fantômes, un politiquement correct qui ne fait jamais aussi bien avancer les choses que la confrontation, surtout lorsqu'elle est bienveillante. C'est ce qui me fait tant regretter de ne plus travailler avec Bernard Vitet. Depuis deux mois, il m'appelle presque tous les jours, il n'a rien à me dire, il veut juste parler, (se) posant mille questions et ne négligeant pas les provocations du paradoxe. Voilà trente ans que ça dure. On ne s'épargne guère dans nos conversations.
Parler au grand jour, c'est aussi une manière de communiquer pour faire mousser le boulot, le faire exister au delà de la représentation. There's no business like show business. Le paradoxe de la publication du Journal intime pose question. Doit-on attendre qu'il devienne posthume ? Étienne Mineur me disait qu'il se servait de son blog comme d'un carnet de notes pour ses cours. C'est ce qui m'a poussé à créer le mien, comme un élément dynamique (!), certainement pas un truc "mort, immuable, fini", pas mon genre de toute façon... J'y relate ce qui compte à mes yeux, laissant une trace sur laquelle je/on pourra/i revenir. Il a remplacé mes petits carnets où je gribouille depuis l'âge de 12 ans.

jeudi 1 juin 2006

Nouveau site pour Nabaz'mob, l'opéra des lapins


Nous venons d'ouvrir un nouveau site pour Nabaz'mob !
Film, photos, liens vers des blogs de propriétaires de lapins communicants, sites et articles de presse...

Arte, peau de chagrin


Comme ce matin dans la page Vous de Libération, notre opéra de lapins, Nabaz'mob, a les honneurs du site d'Arte, c'est sympa, ça nous fait plaisir, mais sur l'autre lucarne l'image est ternie. Arte n'est plus la chaîne qu'elle était, et encore moins celle qu'elle aurait pu devenir.
Je me souviens, cela avait commencé avec le logo dans le haut droit du cadre, une marque. Pour faire comme les autres ? Pour rameuter des spectateurs ? Peu importe. À l'époque, Jean-André Fieschi avait écrit que c'était comme porter une étoile jaune. Une fierté transformée en une terrible honte. Comment peut-on marquer ainsi un film, l'œuvre d'un auteur, fussent-ils diffusés dans leur version réduite au petit écran ? Cette tâche (in)dé(lé)bile est-elle encore une mesure de protection contre le piratage ? Chaque fois qu'on émet une critique sur la chaîne, on nous répond à voix basse que c'est à cause des Allemands. Les films étrangers passent en prime time en version française, c'est de la faute des Allemands qui n'ont pas autant l'habitude des sous-titres que les Français. C'est ainsi que petit à petit la culture déserte un des rares îlots de résistance de la télévision. On sait pourtant bien que ça passe par le langage. Déjà que Paris Première a été racheté par M6... On peut constater le gâchis. À propos des tentatives d'auto-dédouanement des responsables d'Arte, Fieschi rappelait le procès d'Arletty au lendemain de la guerre devant les tribunaux chargés de l'épuration. La comédienne à qui étaient reprochées ses relations intimes avec un officier de l'armée d'occupation répondit : "Monsieur le Président, encore ne fallait-il pas les laisser rentrer !".
L'idée était pourtant chouette, une chaîne franco-allemande, une manière de rapprocher les deux pays berceaux de la philosophie contemporaine. C'était sans compter l'effet entropique de toute entreprise qui décide de ne plus grimper aux rideaux, ça se casse la figure de l'autre côté de la fenêtre, ça dégringole jusqu'au trottoir. Ne soyons pas trop injustes, il reste quelques bonnes émissions l'après-midi ou tard le soir, quelques "habillages" inventifs, rare vestige du passé, mais la part des auteurs y est devenue portion congrue. La programmation populiste gagne chaque jour du terrain. Mauvais calcul, la chaîne n'en a pas les moyens financiers : qu'a donc Arte à gagner de jouer sur le même terrain que les grandes généralistes en perdant sa spécificité qui entraînait tant de passion ?
Le Net, à son tour, subira-t-il tant d'assauts envers son (contre)pouvoir qu'il perdra liberté (l'invention) et fraternité (le partage) au profit des services et des marchands ? On voit que partout il s'agit sans relâche de rester vigilants et de ne pas baisser les bras, tant qu'il reste un souffle de vie et d'espoir dans cet autre monde que celui du consensus.

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