Si vous avez la chance de me lire suffisamment tôt (je mets en ligne ce soir à minuit et l'excellente émission ''Court-circuit'' est programmée dans trente minutes sur la chaîne Arte), vous verrez peut-être un film rare, le seul réalisé par l'écrivain Jean Genet. Lorsque je l'ai découvert à sa sortie en 1975, j'ai été ébloui par sa beauté chorégraphique. Le film, tourné en 1950 et interdit jusqu'alors, était projeté muet. Deux prisonniers communi(qu)ent à travers le mur qui sépare leurs deux cellules. Chacun danse en imaginant qu'il est dans les bras d'un autre. Un petit trou laisse passer la fumée d'une cigarette grâce à un brin arraché à la paillasse. Les gestes qui pourraient être considérés impudiques suent la pudeur, ils dessinent toute une poétique qui sera reprise ensuite dans maints films gays. Mais l'émoi dépasse largement les inclinations sexuelles des protagonistes. On aimerait être aimé ainsi, d'une femme ou d'un homme, qu'importe son sexe, même si tous les poncifs homos sont à l'œuvre. La scène du bouquet balancé d'une fenêtre à l'autre au travers des barreaux est comme tout le reste du film, magique, brutale et fleur bleue. Pendant vingt-cinq minutes silencieuses, un des chefs d'œuvre du court métrage est projeté ce soir, mais si vous l'avez manqué, vous pouvez encore le regarder ici, sur plus petit écran, dans une version sonorisée (vous pouvez toujours baisser le son, car si Genet avait eu l'intention de mettre de la musique en 1950, il l'aurait fait).