Jean-Jacques Birgé

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lundi 30 avril 2007

Retour de Masse


Fan de Francis Masse depuis le milieu des années 70, je scrute depuis vingt ans sans succès les rayonnages des bandes dessinées. Même pas une petite réédition pour faire cadeau à un ami ! Son dernier album était La mare aux pirates paru chez Casterman en 1987. Je savais que Masse habitait Grenoble, qu'il avait fait du cinéma, c'est tout. En 88, je m'étais inspiré de Elle court, elle court la Zup figurant dans le premier volume de L'Encyclopédie de Masse (Les Humanoïdes Associés, 1982), pour écrire Le couple idéal, musique composée par le Drame pour le ballet Ecarlate de Jean Gaudin. "N'en profite pas pour te prélasser à la fenêtre". Nous avions transposé l'action en bruitages en essayant de préserver le rythme et l'absurde de la BD, mais rien ne pourra jamais égaler ce chef d'œuvre d'humour, j'allais répéter absurde, mais rien n'est absurde chez Masse qui s'appuie toujours sur les recherches scientifiques les plus sérieuses pour délirer à loisir. Ses études de mœurs imaginaires, qui décalquent le réel par renversement ou rétrogradation, lui confèrent un statut philosophique universel. Ses perspectives placent l'infini en abîme par une série d'aller et retour de la 3D à la 2D. Le syllogisme c'est le bonneteau intellectuel. Le temps s'arrête. Critique de la vitesse. Le théâtre et son double. Chez lui, l'Auguste sert le clown blanc. Rien de grave : c'est mathématique. Masse incarne tous ses personnages. Les deux du balcon sont une seule et même personne. Le trait vibre entre les gravures d'Hetzel et les oreilles de Mickey, le décor entre Escher et Canaletto. La BD, c'est du free jazz : on pose le thème, et place à l'impro. Plus le thème est solide pour se raccrocher, plus on peut prendre de risques dans l'impro. Et le scénario coule tout seul. En fait, ce n'est pas le scénario, qui est le plus important. C'est la règle mécanique de la partie. Comme pour le vivant, c'est la forme du squelette qui va induire toutes les possibilités de la vie future (un oiseau vole grâce à la forme de son squelette. Le squelette de l'homme ne lui permettra jamais de voler. Pas plus que celui de l'autruche ou du dodo, malgré leurs plumes !). La boucle est bouclée : les mécanismes de la création sont les mêmes que ceux du vivant. Et l'observation scientifique de ces mécanismes dans la nature m'instruit tout autant sur eux.
En entrant jeudi au Monte-en-l'air rue des Panoyaux, je ne m'attendais pas à trouver trois nouveaux livres, plus la réédition en un seul volume de L'avalanche (Les Humanoïdes Associés, 1983). Avec le recueil inédit L'art-attentat (Le Seuil) est offert un facsimilé d'une histoire de ses débuts, Le roi de le monde qui me fait penser à Copi ou Bosc. Comme je commence l'album je retrouve instantanément l'invention époustouflante du scénario, la qualité du dessin, l'humour kafkaïen. Je suis encore plus impressionné par le catalogue de l'exposition qui est présentée aux Sables d'Olonne au Musée de l'Abbaye Sainte-Croix jusqu'au 17 juin, car j'y découvre que Masse a ensuite pratiqué la sculpture (aucune photo disponible, mais somptueux croquis !) et surtout son entretien mérite les mêmes qualificatifs que son œuvre, ou plutôt elle en fait partie. Je me demande même si Masse ne s'auto-interviewe pas à l'image du célèbre texte de Glenn Gould interviewant Glenn Gould à propos de Glenn Gould. Son Spectacle à petit budget (paru la première fois dans l'album de L'écho des savanes, 1976) est resté pour moi un modèle conjuratoire chaque fois que j'ai affaire aux institutions : pendant que le héros fait le pitre, son dernier phylactère indique "J'espère qu'ils verront pas que c'est subversif...".


Je recommande donc vivement d'acquérir tout ce que vous trouverez de cet immense artiste, le catalogue des Trames sombres de Masse (en contradiction avec la Ligne Claire), L'art-attentat, On m'appelle l'avalanche (L'Association), et maintenant que j'ai dévoré les propos de Masse je crois que je vais craquer pour le luxueux portfolio de 36 pages en sérigraphie trois couleurs, Tsunami au Musée (Le dernier cri). Il est compliqué de parler d'une œuvre si complexe comme il est difficile de faire partager un enthousiasme aussi débordant. Il est peu d'auteurs qui m'ont emporté ainsi : Frank Zappa, Charles Ives, Edgard Varèse, Jean Cocteau, C.F. Ramuz, Freud, Carpaccio, Jean-Luc Godard, Gould... Je cite seulement quelques uns des révolutionnaires qui ont marqué mon récit. Au dos de L'encyclopédie est imprimé : Encyclopédie de macrorhino-épistémologie. (La Macrorhino-épistémologie : science moderne issue de la lointaine prose chère à Monsieur Jourdain et de la plus proche pataphysique, consistant à parler des autres sciences, sans connaissances particulières, simplement en mettant en scène des personnages à grands nez.). C'est juste. J'ai envie de tout relire. Doucement, parce que c'est dense. Dense par les mots, par les images, par les idées. En découvrant Marc-Antoine Mathieu j'avais senti un air de famille. C'est sympa, il se côtoient alphabétiquement sur leur étagère. Mais je suis contrarié de ne pouvoir mettre la main sur mon exemplaire du 30x40 publié en 85 par Futuropolis, qui a disparu de ma bibliothèque. Ses albums m'ont inspiré plus d'une fois, dans ma fréquentation de l'humanité et dans l'évocation onirique qu'offre la critique constructive.
Extraits sur le Net : 1 2
Illustration : catalogue verso-recto

dimanche 29 avril 2007

Anti-spam contre mailing list

Depuis un mois un demi, mon fournisseur d'accès bloque les envois en nombre des logiciels de mail. Il aura suffi de quatre fois une cinquantaine d'adresses pour coincer le serveur pendant près de quatre heures. Impossible d'envoyer le moindre message pendant cette période sans passer par la page mail de mon navigateur. À moins de m'abonner à un serveur d'envoi payant, c'est la seule solution que me suggère Free. C'est une façon brutale de parer à la saturation de spams qui a failli faire brûler leurs machines il y a peu. Si l'on est abonné à Free, il faut donc se rendre sur sa console de gestion, ouvrir les Fonctionnalités optionnelles de la FreeBox, puis sous "Autres fonctions" décocher le Blocage SMTP sortant et rebrancher la FreeBox après l'avoir éteinte. Il suffit ensuite de passer par sa page WebMail et d'envoyer son message à toute sa liste d'adresses, mais il ne bénéficiera d'aucun ornement de style. On peut contourner cette misère en attachant un document... 2 Mo max. Vider souvent les données du site. Voilà la manipulation à laquelle j'ai dû me plier, sachant qu'en plus j'avais perdu la plupart de mes adresses mail dans le crash de mon disque dur et que je dois annoncer notre spectacle du jeudi 3 mai. La société Free récupère-t-elle toutes les adresses que j'inscris dans le champ Cci ? Quels contrôles sont déjà exercés sur le Net et lesquels pourraient être mis en place en cas de censure ? Quelles sont les précautions à prendre pour pouvoir se passer d'Internet en cas de contrôle, de panne ou de sabotage ?
Je recommence à fabriquer des fichiers lagomorphes... L'usine, le clapier. Je ne m'arrête que pour rêver. Un film, hier House of Games "Engrenages" de David Mamet à la télé. Un disque, Donkey Monkey. Deux livres de Masse. Mon auteur préféré de BD reparaît et réapparait. Fantastique. Surréaliste comme du Stephen Hawking en phylactères. Redécouverte de Francis Masse en penseur, scientifique, sculpteur, tout auteur. À trente ans de distance, la seconde couche est aussi emballante que la première. À suivre. Les amis passent à la maison, pause.

samedi 28 avril 2007

Partage


Je suis allé me changer les idées chez Bernard. Il m'a montré la merlette qui couve à sa fenêtre. Avec la chaleur, toutes les bêtes étaient affalées sur le carrelage. C'était tranquille. Bernard lisait Alphonse Allais. Il n'avait rien à boire. J'ai pris une photo. Lorsqu'il parle, son appareil cliquète sur la gencive. La bouche instable, il n'a pu jouer de trompette depuis deux ans. Son dentiste est mort avant d'avoir fini le travail. Nous préparons les séances pour le clip européen. Bernard Vitet compose. Dans le cadre, je remarque surtout le paquet de Gitanes en amorce. Il a toujours fumé comme un pompier, infestant le studio de l'odeur du tabac brun. Le paquet de Bastos bleu électrique avec la signature en or était encore plus beau. Un jour que nous répétions avec Bohringer, Richard nous raconte que, jeune homme, il avait été le fan d'un trompettiste qui tenait sa cigarette de la même façon, la coinçant entre les phalanges pendant qu'il appuyait sur les pistons. Il se souvient qu'il s'appelait Babar. Nous nous esclaffons ensemble : "Bernard, c'était Babar !". Babar pour les jazzeux et la variète. Francis et moi l'avons débaptisé en fondant le Drame, aussi parce qu'il avait lui-même un peu fondu, un peu trop pourtant ces dernières années... Mais ça lui plaît, comme ça. Ce retour aux sources, avec promesses d'avenir tenues, fut possible sous couvert de l'anonymat, derrière le nom du groupe. Il avait été une légende pendant un quart de siècle, il constitua une œuvre pendant le suivant. Dans le partage. Maintenant les journées sont plus calmes. Les enjeux s'évanouissent. On ne croit plus au trésor, mais on continue de creuser. Pour le plaisir du jeu.

vendredi 27 avril 2007

Remontée mécanique


J'ai été très sensible aux messages de sympathie envoyés en commentaires du billet d'hier ou par mail. Le soleil a également produit l'effet escompté et, après le Conseil d'administration des Allumés où nous avons préparé la soirée du 29 mai (billets allumés des 31 mars et 16 avril), j'ai pédalé jusqu'à la Maison de la Radio pour enregistrer en différé une émission de David Jisse et Yvan Amar qui sera diffusée le 1er mai à 15h sur France Culture, deux jours avant notre spectacle. En introduction j'ai joué un petit morceau électronique sur le synthé-jouet made in China que Françoise avait dégotté chez Tati le Noël précédent et, en coda, j'ai effectué un petit zapping flûte-guimbarde-Steinway. Mon adaptation minimaliste de l'Internationale, premier mai oblige, dépassait la durée de l'émission et vous ne l'entendrez pas, mais les morceaux improvisés comme la sélection des extraits musicaux m'ont plu (Michel Houellebecq - Elsa à 9 ans chantant Cause I've got time only for love - la trompette de Bernard dans Trop d'adrénaline nuit). L'entretien est très vivant, mais les séquelles des jours précédents se devinent au travers de mes bégaiements inhabituels. L'émission Un Poco Agitato porte bien son titre ! Un poco piu.
En roulant vers le studio, je croise Pierre à qui son déménagement à Marseille semble avoir magnifiquement réussi. Il a bonne mine et ne se dépare pas d'un sourire que les tracasseries parisiennes avaient depuis longtemps effacé. Cela fait plaisir à voir. En repensant à sa mine hilare rosie par le sud, je tente une décalcomanie en sprintant rue de Rivoli. Sur le chemin du retour devant le Cirque d'Hiver, je manque d'écraser Otar Iosseliani dont j'apprécie pourtant la fantaisie ethnographique (coffret vivement recommandé chez blaq out, d'où il sort probablement). En gravissant la rue des Panoyaux, je m'arrête à la librairie-galerie Le Monte-en-l'air, spécialisée dans la bande dessinée de qualité, pour acheter le pavé Tous coupables ! dont j'ai annoncé la parution, mais qui ne sort réellement qu'aujourd'hui. Petite déception, le bouquin est en noir et blanc, pour les couleurs on se réfèrera donc aux sites signalés dans mon billet, mais le pavé est très agréable à tenir entre les mains et pour 16 euros vous ferez un acte civique en vous faisant radicalement plaisir.
Arrivé en haut de la côte, le numéro de mai de Jazz mag m'attendait dans la boîte aux lettres. Spécial Archie Shepp, il me plaît d'autant que Guy Darol, dont j'apprécie particulièrement le style et l'idée dans ses chroniques ici et dans Muziq, a pondu un article élogieux et circonstancié sur mon duo avec Houellebecq (voir aussi mes billets du 28 janvier, 1er et 3 février). Quelques pages plus loin, je suis interviewé par Émilie Quentin au sujet des Allumés du Jazz. Mon "autoportrait dans les toilettes du TGV" est pataphysiquement attribué par Goaty à un certain Robert Ouayate.
Le soir s'achève sur un savoureux poulpe grillé que je n'aurai pas volé. Tikka oseille-curry-yaourt-ail. Les mésaventures de disque dur (déjà remplacé, mais vierge !) m'avaient totalement coupé l'appétit. Je passe en cuisine avec une pensée émue pour Françoise qui doit être arrivée à Sao Paulo où elle est avec Anny, chez leur tante Mathilde, 97 ans. Interrogatoire au menu brésilien pour une enquête familiale qui n'en est pas à son dernier rebondissement !
Retour en arrière. Je m'aperçois avec stupeur que les dernières illustrations de chaque billet annoncent la journée du lendemain ! Ce n'est pas la première fois que cela arrive. Après une entrée en fanfare, l'arbre coupé précède la faucheuse et le disque terrien qui lui même anticipe la mort du disque dur, la route bitumée annonce celle sur laquelle Belmondo est étendu... La photo couleur de mon instrumentarium enraye la loi des séries.

jeudi 26 avril 2007

À bout de souffle


Il ne manquait que ça. Le billet que je viens de rédiger s'est volatilisé sans que je sache pourquoi. Je n'étais déjà pas très beau à voir, mais là, c'est le bouquet ! La perte de mémoire devient contagieuse. Comment réécrire un texte dont la précision commençait à me remonter le moral ? Depuis quelque temps je ne dors plus beaucoup. Lorsque je n'ai pas de boulot je bosse trois fois plus que d'habitude parce que je veux être certain d'avoir tout entrepris pour retrouver l'équilibre. Lorsque le travail revient, c'est en général tout d'un coup, au même moment, je bosse alors trois fois plus que d'habitude pour assurer correctement dans les délais. Je me demande où va se nicher l'habitude, ce trois fois moins qu'on aurait tort d'assimiler trop vite à du repos. Peut-être la période qui suit celle d'activité intense et rémunérée me permet-elle de trouver une allure de croisière, et encore, à condition d'entrevoir des projets aux échéances certaines... C'est faisable si les proches sont synchrones et ne sollicitent pas, même involontairement, une solidarité naturelle qui ne demande qu'à s'exprimer librement. With a little help from my friends. Nous sommes fragiles. Parfois un geste, un petit mot, un sourire, un baiser nous fait sortir du noir que l'on broie à force de ne plus voir d'autre lumière que l'intérieure, une lampe de Wood qui montre les fluorescences de l'âme, mais ne risque pas de nous redonner des couleurs. Quant au repos, il faudra attendre des jours meilleurs où gésir à son aise, comme s'il existait une retraite autre que l'absence. On pourra toujours faire l'éloge de la fuite, il n'y a que la mort qui apporte le repos, pour les couleurs on ferait encore tintin. Alors on marche, une (belle) jambe après l'autre, en attendant que le soleil nous réchauffe le cœur. Coup de fil ventilateur. On saisit les mains qui se présentent, les corps que l'on étreint, les paroles que l'on boit, une voix. Je sauve.

mercredi 25 avril 2007

Crash et Craque


Crash et Craque sont dans une galère. Crash tombe en rade. Qui est-ce qui reste dans le bateau ?
Hier, le disque dur de mon PowerBook a crashé, définitivement. C'est insensé, mais je n'avais pas fait de sauvegarde depuis un moment alors que mon ordinateur montrait des signes de faiblesse. La roue arc-en-ciel tournait sans cesse, m'empêchant de travailler ou de faire quoi que ce soit. J'ai perdu six mois de photos (les séjours à New York et Séoul, Nabaz'mob au Javits Center, la pause sans connexion dans la montagne, les deux Ciné-Romand, etc.), un mois d'administration (comptes, factures...), mon planning (argh ! là j'ai tout oublié), des milliers de mails et des tas de trucs que je n'imagine même pas, tant je me sens annihilé, ou, plus exactement, trépané. Un grand trou de mémoire que j'avais pourtant plus d'une fois envisagé. Je ne comprends pas mon imprudence. Heureusement, il me reste les archives du blog, jour après jour, tant que ça dure... Allez savoir... J'en ai profité pour commander un MacBook Pro, mais ça ne m'arrange pas vraiment. À toute chose malheur est bon : la garantie AppleCare de trois ans du portable arrivait à échéance dans deux jours ! On me remplacera certainement le disque dur, mais ça me fait une belle jambe ! C'est la seconde fois qu'un portable me lâche à quelques jours de la fin de garantie. C'est tout de même plus sympa que les machines à laver ou les aspirateurs qui tombent systématiquement en panne dans la semaine où ils ne sont plus assurés.
Si vous m'avez écrit récemment, si vous avez de nouvelles coordonnées, n'hésitez pas à me renvoyer tout cela, j'ai perdu énormément de mails et d'adresses... Si vous m'avez envoyé des photos ou si je vous en ai données, pensez à me renvoyer des copies. Face à cette petite catastrophe, je suis resté étonnamment calme, je ne sais pas si je dois m'inquiéter ou m'en réjouir. Je dis toujours que nous gardons trop de choses. Cette fois, c'est radical, même si tous ces 0 et ces 1 ne prenaient pas tant de place. Un incendie ou la visite de cambrioleurs sont plus ravageurs. Il faut que je m'y fasse. Je vais me replonger dans les comptes, comme si je n'avais que ça à faire, avec notre création du 3 mai, les lapins qui se bousculent au portillon et les séances pour le film réalisé par Pierre-Oscar Lévy à organiser. Ensuite il faudra réinstaller tous les logiciels sur le nouvel ordi, retrouver les codes, refaire surface... Alors un conseil, faites toujours plus de copies de sauvegarde que vous ne pensez en avoir besoin et si vous achetez un Mac portable, n'hésitez pas une seconde en souscrivant à l'extension de garantie, ça vaut largement l'investissement. Par contre, on peut s'interroger sur la solidité de ces petites merveilles !
Comme je remontais à bicyclette par République, j'en ai profité pour faire réparer mes lunettes orange. Avec la séance d'ostéo d'hier matin, j'ai pensé que je pourrais être un autre homme, un homme neuf, mais lorsque le soir est tombé, mon énergie a faibli et je suis devenu hagard.

mardi 24 avril 2007

Venez nous voir et nous entendre jeudi 3 mai au Triton !


Jeudi 3 mai 2007, 21h au Triton, 11bis rue du Coq Français, 93260 Les Lilas,
à 50 mètres du Métro Mairie des Lilas
Ouverture des portes : 20h30 - Réservations 01 49 72 83 13

SOMNAMBULES, spectacle multimédia (création)
Jean-Jacques Birgé – claviers, trompette à anche
Étienne Brunet - sax alto, cornemuse
Éric Échampard - batterie
Nicolas Clauss - images interactives sur grand écran

En 1ère Partie :
ÉLECTROFICATION, un atelier que j'ai dirigé avec neuf élèves des Conservatoires de Musique de Romainville, Pavillon-sous-Bois et des Lilas, dans le cadre de Jazz 93. Les stagiaires ont programmé des modules musicaux interactifs projetés sur l'écran, composé eux-mêmes la musique et ils jouent dessus en direct.
Avec Hamel (flûte), Laurent (sax), Tony (trompette), Théophile (trombone), Daniel et Laurent (guitare), Clément (basse), Jean-François (percussion), Baptiste (batterie).

En ce qui concerne Somnambules, je n'ai joué qu'une seule fois avec Étienne Brunet. C'était un concert pour casques au Placard où il manipulait des sons électroniques, son fils Léo jouait de sa Game Boy et j'étais au Theremin ! Étienne organise chacun de ses albums avec un concept différent : B/Free/Bifteck, Les épîtres selon synthétique, Postcommunism Atmosphere, La légende du franc rock 'n roll, etc. Son dernier cd vient de paraître chez Saravah, il s'intitule Love Try. Comme moi, il lui arrive d'écrire des articles dans la presse musicale.
J'ai rencontré Eric Echampard pour la musique que j'avais composée pour le film 1+1, une histoire naturelle du sexe. J'ai tout de suite été séduit par le timbre de ses fûts, j'en oubliai que c'était de la batterie ! Nous avons ensuite improvisé plus de trois heures pour la soirée de clôture des Rencontres d'Arles de la Photographie il y a trois ans. J'en oubliai qu'il était percussionniste. Un musicien hors pair que j'ai admiré avec Marc Ducret, Kimmo Pohjonen et bien d'autres...
Quant au plasticien Nicolas Clauss, j'ai réalisé avec lui de nombreuses créations interactives (somnambules.net, Les Portes, flyingpuppet.com). Il programme et manipule les images et les sons. C'est la deuxième version de Somnambules que nous présentons ensemble. Toutes les pièces sont nouvelles.
Le quartet, se jouant du modernisme comme des archaïsmes, propose cinq pièces aussi variées qu'inattendues : Jumeau Bar (un zinc franchouillard en boucle), White Rituals (du SM dans un univers immaculé), Heritage (avec Bush Père et fils), Les marcheurs (un bol d'air frais) et L'ardoise (montage politique de dessins d’enfants).

Ne manquez pas ce concert exceptionnel,
c’est rare de pouvoir nous entendre sur scène !

En cliquant sur les liens des modules, vous pouvez jouer sur votre ordinateur avec les versions interactives de Nicolas Clauss (à condition d'avoir installé le plug-in Shockwave). Pour le spectacle du 3 mai, nous supprimons les musiques existantes en ligne, mais nous conservons les voix d'Heritage (Bush père et fils, amen) et L'ardoise (où celles des enfants donnent un éclairage politique à toute cette affaire).

lundi 23 avril 2007

Le vote utile a permis à la social-démocratie de se débarrasser de la gauche


Hier soir, le site de Libération montre les pourcentages sur un petit croquis représentant l'hémicycle. C'est étrange, les couleurs chaudes remportent plus de 50% !? J'essaye de comprendre le shéma, partant de l'extrême-droite gris acier, puis la droite de Sarkozy bleu roi... À l'autre bout il y a un petit rogaton aux couleurs sombres, suivi d'un quart de rouge et une tranche d'orange qui déborde sur la partie droite. Je comprends avec stupeur que le coup de rouge tout à gauche représente Ségolène Royal et que la part de tarte orange figure Bayrou. Argh ! Bayrou serait passé à gauche ? Il faut que l'on m'explique qu'est-ce que l'UDF fiche là ? Il y a comme un glissement qui tasse la gauche dans le petit coin près du radiateur.
Mitterrand avait tout fait pour réduire l'influence du PCF, le vote utile a fait glisser l'hémicycle vers la droite. C'est un grave tournant de notre histoire qui vient d'avoir lieu en France. La social-démocratie vient d'écraser la gauche. On a enfin nos Démocrates face aux Républicains. Le puzzle clanique de l'extrême-gauche n'a pas arrangé les choses. Les partisans du vote utile, pris de peur ou d'un féminisme déplacé (il y avait tout de même d'autres femmes qui se présentaient à gauche !), ont été les complices involontaires de cette bascule de l'Histoire.
Dans quelle mesure les législatives pourront-elles rattrapé cette déviance droitière ?

dimanche 22 avril 2007

La société du spectacle acquiert sa vitesse de croisière


Comme je n'ai pas le temps d'écrire de billet ce matin, car je dois aller voter, que ce soit pour un des clans alternatifs ou en appuyant sur le bouton blanc tout en bas à gauche, pour ensuite passer la journée à diriger l'enregistrement des élèves de trois conservatoires de musique qui ont, eux, réussi à s'entendre pour jouer ensemble dans le cadre de Jazz 93, je vous livre les dernières phrases reçues de Minneapolis de l'ami Jean :
" En lisant l'édito de Laurent Joffrin dans Libération.com samedi matin, l'inverse : culpabiliser ceux qui "ne voteraient pas Royal d'être coupables de rayer la gauche de la carte" sans même estimer que cette gauche là se raye elle-même de la carte à force d'être à droite. Combien de temps va t-on nous refaire le coup des élections de 33 en Allemagne quand les sociaux démocrates avaient tant déçu, tant trahi et qu'en plus après ils montraient du doigt en les désignant coupables (1) ceux qui ne voulaient plus suivre ? Ces élections nous précipitent dans un abîme (ou le revèle) d'abandon collaborationiste par défaut.

(1) Alors que ceux-là mêmes, Spartakistes, anarchistes, communistes avaient vu les dangers du fascisme montant que les sociaux démocrates niaient (en flattant même ses germes)."

Je me reconnais aussi dans les propos d'un rédacteur de la revue Tausend Augen que je ne connais pas et qui répond par mail à un camarade ex-PC puis ex-Verts qui a omis de cacher sa liste d'adresses et appelle à voter Ségolène Royal au premier tour :

"Tout d'abord, j'éviterais de personnifier l'élection présidentielle, étant entendu que des partis sont derrière les candidats, et que les législatives qui arrivent ensuite ne confirmeront pas nécessairement la majorité présidentielle : nous avons en cas de victoire de la droite - ce qui n'est pas inévitable - la possibilité d'envoyer une majorité de gauche au Parlement. Personne n'en parle, et pourtant cela devrait être un enjeu parmi d'autres de l'échéance présidentielle. (...)
Je ne trouve pas le projet socialiste particulièrement progressiste. Étant entendu également qu'un programme aujourd'hui est avant tout pour les grands partis un outil de communication plutôt qu'un échéancier programmatique, et ayant vu les socialistes à l'œuvre, je ne suis pas convaincu.
Le danger que représente Sarkozy est réel, mais c'est avec la force de la conviction qu'on le combattra, d'où la nécessité au premier tour d'un vote de conviction, et pas d'un vote de renoncement ou de peur. La démocratie a besoin de citoyens engagés ayant des idées à défendre. (...)
Cette façon qu'ont les candidats de laisser entendre qu'ils pourront changer quelque chose une fois au pouvoir sans renégocier quasi-intégralement les traités européens a quelque chose de cynique. Ségolène Royal, partisane du oui, comme les autres. Je ne partage pas cette vision cynique et manipulatrice de la politique, qui discrédite celle-ci auprès des citoyens majoritairement partisans du "non".
Je suis atterré par l'échec de la candidature unique de la gauche alternative, et en même temps cela ne m'étonne pas. Je voterai de ce côté-là cependant, car je suis convaincu que la victoire de la gauche passe par un partenaire fort à la gauche du PS. Sinon, il n'aura plus qu'à s'allier avec l'UDF pour l'emporter. Remarquez, cela conduirait probablement à une scission du PS, à la création d'un Parti Social Démocrate, et à la recomposition à gauche de deux nouveaux pôles. Nous verrons bien.
Partageant les mêmes idées féministes que vous, je note qu'il y a d'autres femmes candidates, et féministes également qui plus est. Les exemples de Tansu Ciller, Benazir Bhutto, Indira Gandhi ou Margaret Thatcher ne m'inclinent pas à penser qu'une femme au pouvoir serait fondamentalement différente en soi... Malheureusement, sinon tout serait tellement simple. Le pouvoir, lui, pose problème.
Si Ségolène Royal est au second tour, et qu'elle rassemble à gauche, je voterai pour elle. Avec l'espoir qu'elle gouvernera avec une gauche forte, et non avec un centre dur, dont elle partage pourtant un certain nombre de postulats..."

Je suis sidéré par la lecture des tracts des 12 candidats. Seuls Olivier Besancenot et Marie-Georges Buffet font des propositions claires qui pourraient s'approcher de ma sensibilité. Je suis surtout atterré par le manque de contenu idéologique de la campagne des candidats de "la gauche". Les médias ont pris le pouvoir et la société du spectacle a acquis sa vitesse de croisière. Il m'est devenu impossible de voter pour le PCF qui, avec le Programme Commun il y a trente ans, fut le premier parti à favoriser la stratégie au détriment des idées. On ne peut pas dire que cela lui ait réussi. Restent Besancenot (mais le puzzle clanique de l'extrême-gauche ressemble à la guerre des boutons) ou le déni des institutions par vote blanc, puisque la démocratie bourgeoise montre enfin ses limites. Elsa dit que je devrais voter Besancenot pour qu'il puisse au moins rembourser sa campagne. J'ai encore quelques minutes pour réfléchir, car, en plus, on va me faire voter mécaniquement. Le bourrage d'urnes ne date pas non plus d'hier...

L'illustration est de Dave McKean.

samedi 21 avril 2007

Du lien social


Les blogs ont la particularité de permettre aux lecteurs de commenter les billets. Anonyme, il arrive que le commentaire sombre dans l'insulte, mais la plupart du temps il permet un échange entre le rédacteur et ceux ou celles qui le lisent. Vos "réponses" s'expriment plus souvent par des mails, voire un coup de fil, qu'en ajoutant vos remarques sous les billets que j'ai rédigés. Est-ce l'embarras de rendre publiques vos réactions ? D'éventuels pseudos peuvent vous rendre la tâche plus aisée ! Le système du mot de passe (pour éviter les spams) vous intimide-t-il ? C'est pourtant simple... Pensez juste à copier (pomme-C) votre apport avant de l'envoyer si vous craignez une fausse manœuvre, vous retrouverez ainsi facilement ce que vous avez écrit en cas de panne (ça nous est tous arrivé au moins une fois). Le récent échange de points de vue avec "Virginie" sur le billet Hécatombe publié mercredi est un excellent exemple de la vie du blog. D'autres commentaires m'ont offert de précieuses informations, ou j'ai pu retrouver des amis perdus de vue depuis longtemps... Le blog a des vertus de lien social qui me fait sortir de ma tanière. Son double sens est aussi précieux que le plaisir d'écrire chaque jour. Pourquoi écrire si ce n'est parce que l'on aime lire et recevoir soi-même des messages glissés dans une bouteille ?
Le logiciel du blog permet à son auteur de prendre connaissance des commentaires au fur et à mesure qu'ils arrivent quelle que soit l'ancienneté du billet indexé. En général, mes lecteurs se connectent directement à la page principale qui affiche les articles les plus récents, mais nombreuses visites proviennent de la googlisation de tel ou tel mot. On s'en rend compte en constatant le nombre de lectures noté sous chaque billet. Certains ont été lus des milliers de fois (merci Google !). Le "nombre de lectures" ne comptabilise pas les visites qui tournent actuellement autour de 300 par jour, soit 8000 par mois, mais il indique seulement les liens directs qui pointent vers un billet précis. Environ le quart sont des lecteurs fidèles.

vendredi 20 avril 2007

Jerry Lewis en cascade


Avalanche de dvd de ou avec Jerry Lewis. Ayant réussi à dégotter une copie de Cracking Up (également appelé Smorgasbord), le dernier long métrage qu'il réalisa en 1983, j'ai eu immédiatement envie de voir d'autres films que ceux parus en France. J'ai donc commandé sur Amazon deux coffrets et trois disques isolés, sachant qu'il paraîtrait plusieurs autres films d'ici fin mai. Le premier coffret réunit huit des premiers films du tandem formé avec le crooner Dean Martin (1949-53), scènes amusantes, mais évidemment pas à la hauteur des films réalisés plus tard par Lewis lui-même. Les quatre dvd du second présentent leurs shows télévisés et At War with the Army (La terreur de l'armée) (1950). On voit que Jerry avait déjà son personnage, mais ce n'était encore que grimaces et destruction. Les sketchs sont entrecoupés de longs spots publicitaires et les invités sont bien ringards. Les trois autres films sont The Delicate Delinquent (Le délinquant involontaire) (1957), The Disorderly Orderly (Jerry chez les cinoques) (1964) que je cherchais depuis longtemps et Funny Bones (Les drôles de Blackpool), un film de Peter Chelsom (1995) que Françoise m'a assuré être hilarant. Les prix sont suffisamment bas pour que je me risque à acheter des films (zone 1 dont peu avec sous-titres français) plus intéressants historiquement que vraiment amusants. J'y reviendrai lorsque j'aurai tout regardé ! Et écouté... car les films de Jerry Lewis, metteur en scène de génie, à l'égal d'un Chaplin, Tati ou Etaix, recèlent souvent des moments de rare intelligence sonore. Pour The Bellboy il inventa l'assistance vidéo qui permet au réalisateur de suivre l'action sur un petit écran. Si mon préféré reste The Nutty Professor (Docteur Jerry et Mister Love), Cracking Up m'a décoincé les zygomatiques et j'en avais bigrement besoin ! Dans ce film où Jerry va chez le psychanalyste, la scène d'ouverture est absolument géniale.

jeudi 19 avril 2007

Tous coupables !


Après l'extraordinaire solidarité iconographiée qui s'est exprimée envers le dessinateur Placid, coupable d'injure envers une administration, en l'occurrence la police nationale sur le blog Tous Cochons (patience, la page est longue à charger tant il y a de contributions dessinées), sort cette semaine Tous Coupables !, 400 pages de dessins, 350 signatures, plus de 40 éditeurs. Zou et Max continuent à publier sur une page MySpace les nouveaux dessins qui arrivent, ZaleaTV est de la partie, rejoignez le mouvement en achetant le pavé (de papier) dans votre librairie, seulement 16 euros.


La couverture du fascicule incriminé !

mercredi 18 avril 2007

Hécatombe


La violence américaine fait partie de ses racines. Le génocide indien sera-t-il jamais reconnu ? Les armes à feu jouent un rôle considérable dans sa constitution. Le deuxième amendement. La ruée vers l'or. Le mythe passe du western (l'ouest) au film de gangsters (le nord, l'est). Et du film de guerre on part à la guerre. Hiroshima, Nagasaki. L'esclavage est encore tout proche (pas seulement au sud). C'est pousser loin l'exploitation. Struggle for life. MacCarthy. Pourquoi nous combattons. On imagine des coups fumants, des plans rocambolesques, des gangsters qui mettent le pays en coupe réglée, la mafia, on imagine moins bien que des bandits aient pu réellement prendre possession de la première puissance mondiale. Assassinats. Gamins exécutés. Exportation de la violence. Impérialisme. Les cow-boys du Texas protègent leurs puits de pétrole. À Tribeca, on rejoue L'incendie du Reichstag. Une mécanique militaire, plusieurs années de préparation, le complot. Celui du 11 septembre 2001 peut être irrecevable pour quiconque pense à tous et à chacun. Cela défie la morale. Mais que fait Jack Bauer ? L'organisation. À qui profite le crime ? Le blanchiment de l'argent de la drogue, la vente d'armes, l'industrie pharmaceutique, les délocalisations, les paradis fiscaux, les pavillons de complaisance, les accords secrets, mais non, tout cela n'existe pas, ce ne sont que scénarios invraisemblables ! Qu'est-ce qui ne s'est déjà joué dans l'Histoire qui ne se rejoue encore ? Coups fourrés, promesses, mensonges, trahisons, provocations. Qu'en est-il de l'exploitation de l'homme par l'homme ? Toutes les autres espèces parquées, décimées ? À quoi servent les coutumes ? Qui veut partager leur sort ? D'où vient toute cette violence ? Pour quoi faire ? Virginia Tech. Aucun massacre n'est croyable.

Enchaînements


Aujourd'hui je ne suis pas là. C'est bon de sortir un peu après des journées enfermé dans le studio à enregistrer Bettina, Adriana, Hillary, Magali, les nouvelles voix du lapin Nabaztag, pour l'Allemagne, l'Italie, l'Amérique du Nord et l'Espagne. Leur faire jouer la comédie, trouver le ton de la complicité est un moment plutôt sympa que je partage avec Maÿlis qui a écrit les textes et prête sa voix à la version française. Traiter ces milliers de fichiers est beaucoup moins rigolo. Vérifier le choix des prises noté sur le rapport son, découper les fichiers, nettoyer le début et la fin de chaque son, expulser les pétouilles, remonter le niveau de telle ou telle syllabe, homogénéiser l'ensemble, faire un petit effet ici ou là, la répétition des tâches est fatiguante. J'ai mal au poignet à force de faire marcher la souris comme si j'étais aux pièces, mon épaule se coince et mon dos se réveille. Le Di-Antalvic est magique, mais il est temps d'aller voir ailleurs si j'y suis.
Je suis à l'École des Gobelins pour la journée où je fais mon numéro de designer sonore. Commencer par mon autoportrait pour clarifier la démarche, le pourquoi et le comment on en est arrivé là. La multiplicité des approches : "J'ai tant de casquettes qu'on dirait un chapeau". Montrer l'exemple, rentrer dans les détails, anecdotes significatives, lever les tabous. Donner ensuite quelques pistes comment utiliser le son avec des images : complémentarité, hors champ, classification, voix, bruits, musique, droits d'auteur, rapports avec l'équipe ou dans l'entreprise, avec les clients et les collaborateurs, emploi du temps, réflexion, action, technique négligeable, sensibilité indispensable, solidarité et persévérance... Et l'interactivité, évidemment. Ma parole, je révise. À l'heure de la pause, je n'ai encore rien montré. Défileront ensuite Alphabet (commencer avec ça, c'est du nanan) et LeCielEstBleu, Somnambules et Flyingpuppet, Les Portes et Nabaz'mob... Je parle de tout le reste (Carton, Machiavel et tous les autres CD-Roms, les expos, etc.), mais je n'ai pas le temps de le montrer. L'après-midi, je préférerais voir ce qu'ils ont fait, prendre leurs travaux comme prétextes à continuer, chaque projet réclame une façon particulière de penser, il n'y jamais qu'une seule solution, la sienne...
Le soir, je reprends le métro. Ça me change de la bicyclette. Je plonge dans le social. L'ours sort de sa tanière, les yeux grands ouverts, les oreilles à l'affût. J'avale le monde dans un état semi-comateux. Transmettre est crevant, il faut une vigilance de chaque instant, saisir un regard, espérer une question qui me déstabilise et m'oblige à trouver un nouvel équilibre. La foule devient un océan où je flotte. Demain, je m'enferme à nouveau dans le studio, mais j'ai la visite d'Étienne Brunet pour préparer le concert du 3 mai au Triton. Éric Échampard est déjà passé lundi. C'est agréable de travailler avec des musiciens aussi charmants. Il restera à retrouver Nicolas qui est en résidence à La Friche Belle de Mai pour son nouveau projet...

mardi 17 avril 2007

Les lois de la physique appliquées aux tours jumelles


Il n'y a pas que les élections présidentielles... Il n'y a pas que le formatage honteux du film de Françoise qui nous préoccupe, même si tout cela est emblématique de ce qu'est devenue la télévision... Le temps file et révèle le dessous des manipulations médiatiques... Après Loose Change, un autre film signalé par Olivier sur le complot du 11 septembre. Époustouflant encore une fois. 90 minutes à voir jusqu'au bout. La première partie de 911 Mysteries, très technique, analyse les données physiques de l'explosion des deux tours jumelles. La seconde dévoile encore quelques secrets. Quand les criminels seront-ils démasqués ? Ce documentaire est la première partie d'un triptyque, elle s'intitule Demolitions. Les suivantes, en cours de réalisation, seront Hijackers and Planes (Pirates et avions) et Who Benefits (Qui en profite). Nombreuses informations sur ReOpen911 (en français), WeKnow et Question911.
Sur Loose Change, voir les billets des 29 mars, 27 avril et 6 septembre 2006.

lundi 16 avril 2007

Si toi aussi tu m'abandonnes


C'est une sale histoire : comment une œuvre d'auteur devient un produit formaté pour la télé ; comment, malgré un procès gagné contre un producteur indélicat, le "final cut" du réalisateur est bafoué par le mépris des décideurs, de ceux qui s'arrogent de penser à la place du public. Le film diffusé n'est pas de Françoise Romand.
Résumons. Françoise Romand réalise Si toi aussi tu m'abandonnes, un film sur l'adoption internationale, en faisant le portrait d'un jeune Colombien adopté par une pieuse famille française. Le film terminé ne plaît pas à France 3 parce qu'il n'impose pas "une" lecture mais qu'il joue de ses ambiguïtés, posture incompatible avec la "politique" actuelle des chaînes. Françoise, bonne fille, entend les critiques et rectifie son montage, mais refuse d'ajouter un commentaire qui prend les spectateurs pour des débiles à qui il faut tout expliquer, comme le lui ordonne le puissant Serge Moati, patron d'Image et Compagnie, la société de production. Elle ne souhaite pas non plus interviewer les "spécialistes" tel le directeur de la DDASS ou je ne sais quel psy de service. Elle résiste également à couper la scène du cauchemar de José qu'elle a demandé au plasticien Nicolas Clauss d'illustrer en animation Director. Françoise a toujours fait entrer la fiction, la mise en scène, dans ses documentaires (Mix-Up ou Méli-Mélo, sorti en dvd chez Lowave, Appelez-moi Madame, Les miettes du purgatoire, un autre film interdit de Françoise qui ébrèche la religion, ou Thème Je en sont de brillants témoignages). Elle n'a jamais non plus écrasé ses films avec le moindre commentaire. La production réclame 23 884,01 euros pour faire modifier le film par une autre réalisatrice, mais Image et Compagnie est heureusement déboutée, Françoise se battant sur le fait que son film est fini et que la manip reviendrait à court-circuiter le final cut cher à l'exception culturelle française. La Scam prend en charge les frais d'avocat ; Agnès Varda, Gérard Mordillat, Marcel Trillat, Pascale Dauman, Jean-Pierre Thorn, Ange Casta et le monteur Julien Basset témoignent en sa faveur. De la partie adverse, Serge Moati est cité comme unique témoin !! Après deux ans d'emmerdements, le jugement accorde le droit moral à la réalisatrice et des dommages et intérêts, il est vrai, très symboliques, officiellement elle a gagné le procès.
La semaine dernière, sans l'avertir, France 3 diffuse le film dans le cadre de "La case de l'Oncle Doc" (la référence à l'Oncle Tom, le collabo par excellence, n'est pas inintéressante). Stupeur et tremblements, c'est la version Image et Compagnie qui passe à l'antenne ! La musique que j'ai composée est remplacée par celle du compositeur de Ripostes (évitant ainsi tout conflit avec la Sacem), les animations de Clauss sont pratiquement toutes supprimées (prétexte initial de la chaîne : "c'est pour Arte, on dirait du Michaux"), mais surtout le sens du film est totalement modifié. Là où Françoise montre de la compassion pour son personnage, la version Image et Compagnie en dresse un portrait à charge. Là où Françoise montre les responsabilités de la famille d'adoption qui a d'ailleurs refusé d'être filmée, on se dit que les parents n'ont vraiment pas eu de chance de tomber sur un enfant violent ; cela ne donne certainement pas envie d'adopter un gamin ! Dans la version diffusée, tous les entretiens avec José tournés à l'église ont été expurgés, tiens tiens (je les avais sonorisés aux grandes orgues de Sainte Elisabeth). Les accointances avec les Scouts d'Europe ont ainsi été gommées. Par contre, nombreux nouveaux témoignages chargeant le jeune Colombien ont été ajoutés. Pas assez puisque la version diffusée ne fait que 45 minutes malgré les documents d'archives abondants et insignifiants qui jalonnent la chose. La commande initiale était évidemment de 52 minutes, durée du film de Françoise. Il faudrait rentrer dans les détails du jugement pour comprendre comment le producteur et la chaîne prétendent contourner le droit de la réalisatrice en diffusant un film honteux, tant dans les méthodes employées que dans le résultat.
Le film de Françoise, le seul "auteurisé", est une œuvre de création où le travail sur le son, l'image et le montage est exemplaire. C'est le portrait complexe d'un jeune homme prisonnier d'une toile d'araignée aux ramifications sociales passionnantes qui, sans doute, sont à l'origine de sa personnalité acquise, tandis que la version formatée présente un reportage affligeant, banal, ennuyeux, qui laisse croire que la cause de la violence de José vient de ses racines lointaines... La comparaison entre les deux devrait faire l'objet d'une analyse dans toutes les écoles de cinéma et les débats citoyens, car c'est la démonstration éclatante de ce qu'est le formatage. Des documentaristes se sont d'ailleurs récemment réunis au sein du ROD, le Réseau des Organisations du Documentaire, pour dénoncer le formatage de leurs films et assurer la pérennité et l’essor du documentaire sur les chaînes des télévisions publiques. "Dénonçant la politique affichée et officielle (c'est pas courant de voir cela noir sur blanc) de France Télévision d'influencer ses réalisateurs et scénaristes de documentaires dans le sens du poil du public, pour qu'il ne zappe pas... Tout leur site est un appel à la réflexion sur le thème de la difficulté de réaliser des documentaires de création aujourd'hui (merci Antoine pour ce lien précieux)." À suivre.

dimanche 15 avril 2007

Donkey Monkey, blue rondo à l'alsa sauce nippone


Le cd d'Eve Risser et Yuko Oshima sort sur le petit label suédois Umlaut dirigé par le contrebassiste Joel Grip, ça ne facilite pas vraiment les choses (pour l'instant, on peut commander sur le site), mais si c'est si chouette qu'il devrait trouver sa place illico sur toutes vos étagères. La pochette kawaï ressemble à de la pop japonaise. La musique de Donkey Monkey est un truc inclassable, hyper pêchu, qui mêle rock, jazz, pop, free, contempo et qui emballe le public chaque fois que les deux filles délicieusement rigolotes jouent quelque part. Lorsqu'elles entament Phoolan Devi qui ouvre l'album, elles savent qu'elles emporteront le morceau ; c'est une sorte de Blue Rondo à l'alsa sauce nippone, un machin hyper structuré qui laisse une place à l'impro et qui donne le tournis, entre Conlon Nancarrow et Jerry Lee Lewis pour la pianiste alsacienne, beat métal pour la native de Nagoya, euphorie garantie pour le public.


Jeudi soir, au Lavoir Moderne Parisien, elles ont préféré changé l'ordre des morceaux, pour voir, expérimenter toujours. Moins déjantées que lorsque je les ai entendues la première fois chez Anh-Van, elles étaient peut-être un peu intimidées par le parquet de musiciens dans la salle dont la mâchoire pendait en les regardant. Axant tout sur la musique, elles ne se sont pas laissées démontées pour autant, traversant le paysage comme un bolide improbable qui tient de la Gaffomobile et de l'avion à réactions. Leur autre tube, Ouature, qui donne son nom à l'album, est encore un objet hybride, sorte de pop jap avec pot-pourri années 60 et vagabondages sur les fûts. Elles hurlent le "couplet" en japonais, tandis que le public reprend le refrain "Ouature Ouature Ouature" en chœur dévot. À leur interprétation de Wrong Key Donkey de Carla Bley, free jazz explosé et tendre, succède un Rain satisque qui se fraye un chemin parmi les gouttes. Après les samples de Yuko Oshima dans Cé Lui Ké Parti, les mélodicas tuyautés de Sphère Kid #1 ponctuent le piano préparé d'Ève Risser. J'adore les préparations de la pianiste, au demeurant flûtiste (pas de flûte néanmoins au répertoire de Donkey Monkey ; je serais pourtant curieux de l'entendre souffler/siffler). Fan du piano préparé depuis les Sonates et Interludes de Cage et le 33 tours de François Tusques au Chant du Monde en 76, j'ai programmé mon VFX pour retrouver quelque chose de cette variation de timbres gamelanesque en superposant trois pianos sur le même clavier, un "normal", un modal et un en quarts de tons renversés (merci Mr Charles Ives). Le disque se termine avec un tendre Cours melon qui laisse un goût de revenez-y. Alors, en attendant la prochaine apparition sur scène de "ces merveilleuses folles jouant de leurs drôles de machines", on peut toujours se le passer en boucle...


Le 12 avril, la seconde partie du concert programmé par Denis Charolles dans le cadre du festival La Belle Ouïe était tout aussi épatante. Marc Ducret présentait (pour l'avant-dernière "mondiale" ?... Et pour la première fois à Paris depuis la formation de l'orchestre il y a quatre ans !) Le sens de la marche, onze musiciens dévoués à la cause du guitariste compositeur. Entre Frank Zappa et Bill Frisell, la délicatesse des arrangements, la maîtrise du timbre, l'énergie dégagée devraient enthousiasmer les programmateurs dont le peu d'imagination et la frilosité est désespérante. Aucun festival n'a jamais engagé ce magnifique projet qui risque de s'arrêter prochainement. Le sens de la marche, pas de disque non plus, est pourtant le plus beau travail d'ensemble qu'il m'ait été donné d'entendre live depuis longtemps, instrumentation originale (5 cuivres, 3 claviers, plus le trio de base ici en photo, Ducret Chevillon Echampard), verve des solistes et compositions savantes (quand donc donnera-t-on à Ducret les moyens de son imagination et de ses talents de compositeur ?) pour une musique tout aussi enthousiasmante que la délicieuse prestation de notre duo d'élection !

samedi 14 avril 2007

Blog à Muziq


Depuis le numéro 9 qui vient de sortir (le prochain paraîtra en juillet), je participe au magazine Muziq en compagnie d'une belle brochette d'autres pigistes (p.69). Chacun de nous treize héritons d'une page pour partager avec les lecteurs les disques qui nous ont emballés, treize pages que le rédacteur en chef Frédéric Goaty appelle des blogs en référence à ces espaces personnels où chacun s'exprime librement. La commande est hiérarchique, un CD phare suivi de quatre ou cinq autres parus depuis moins de trois mois, éventuellement un livre ou un DVD en relation avec la musique, toutes les musiques. Le magazine est en trois parties, les Entrées avec des sujets les plus variés (Frank Zappa, Michel Delpech, Dee Dee Bridgewater, Odeurs, Alain Kan, etc.), les Plats qui donnent sa couleur à chaque numéro orienté thématiquement, cette fois les Grandes Musiques Noires (entretien avec George Clinton, , et, pour terminer, la farandole des Desserts, une centaine de chroniques donc. Quelque chose d'aussi sympathique que les débuts du Monde de la Musique émane de ce journal lancé comme un pari et qui tient bien la route. Si l'éventail reste ouvert et que vient s'y écrire toute l'effervescence du monde, si les musiques permettent d'entrevoir les sociétés qui les ont enfantées, si les nostalgies modernes n'étouffent pas les rêves d'aujourd'hui, si les musiciens eux-mêmes se l'approprient, alors Muziq pourrait devenir le magazine tant attendu du public comme des professionnels. Une fenêtre sur le passé, une porte sur l'avenir.

vendredi 13 avril 2007

Sarkozy par Onfray


Pascale m'envoie le texte du blog du 3 avril du philosophe Michel Onfray dont Françoise dévore les livres depuis quelques semaines. L'Université du goût initié par Michel Onfray a attiré l'attention de Françoise qui travaille sur un projet de théâtre et Internet autour de la cuisine pour le Théâtre Paris-Villette. Le blog d'Onfray est hébergé par le Nouvel Observateur, mais l'entretien avec Nicolas Sarkozy dont il est question ici et dont la lecture est vivement conseillée est une commande de Philosophie Magazine.

On a l'impression que les élections présidentielles concernent plus les médias que le fait politique. On n'en est pas encore aux shows à l'américaine, mais pas loin. Le cirque médiatique ressemble plus à un match de catch qu'à un débat idéologique. La télé-réalité a envahi tous les secteurs de la vie citoyenne. Tout est noyé dans les flonflons et les tours de passe-passe. La boîte à mails est inondée de faux comme le prétendu sondage du CEVIPOF donnant Le Pen en première place. Je cite Pascal Perrineau, directeur du Centre d'Etudes de la Vie Politique en France : La rumeur persistante qui prête au CEVIPOF la réalisation d'une enquête selon laquelle J.M. Le Pen aurait 20% d'intentions de vote, N . Sarkozy 19%, S. Royal 18%, F. Bayrou 11% n' a aucun fondement. La dernière enquête du CEVIPOF a été réalisée du 5 au 19 février 2007 (4ème vague du baromètre politique français) et les intentions de vote recensées dans la perspective du premier tour de l'élection présidentielle étaient alors les suivantes : 31% pour N. Sarkozy, 25% pour S. Royal, 15% pour F. Bayrou, 12% pour J.M. Le Pen. Mais j'ai honte de me laisser aller à livrer ces chiffres tout aussi manipulatoires. N'y a-t-il rien de plus anti-démocratique qu'un sondage ?
Vérifier ses sources avant de tomber dans le panneau des manipulations du Net. La peur a fait voter à 82% pour Chirac, permettant ainsi à Sarkozy d'accéder au pouvoir. La peur est encore le moteur de ces nouvelles élections. Quelle connerie les Français, qu'ils se pensent de droite ou de gauche, s'apprêtent-ils à faire cette fois-ci ?
Lorsque ce n'est pas de la peur, pas mal de filles (et de gars) disent vouloir voter pour une femme, qu'au moins cela changera ! Ça part d'un bon sentiment, mais, Anglaises, auraient-elles voté Margaret Thatcher pour autant ?

jeudi 12 avril 2007

L'arnaque


Lorsque j'ai donné à Urich21 les bandes que j'avais enregistrées à Amougies, je ne pensais pas que cela allait provoquer autant de foin sur les forums des fans de Pink Floyd et de Frank Zappa. Il semble que les morceaux mis en ligne par Urich21 aient été téléchargés des milliers de fois et fait couler beaucoup d'encre, pensez, Zappa improvisant Interstellar Overdrive avec Pink Floyd pendant vingt minutes ! C'est plutôt sympathique de partager ses trésors, pensai-je. Et puis hier matin, Urich21 m'écrit : "En rire ou en pleurer... Quand de vieilles cassettes se transforment en vinyles translucides et multicolores... et en dollars...". Je vais voir le lien qu'il m'indique et reconnais notre modeste contribution : astronomy domine / green is the colour / careful with that axe, eugene / tuning up with frank zappa / interstellar overdrive (zappa on guitar) // Pink Floyd Meets Frank Zappa - Limited to 1000 pieces - Yellow wax - Near Mint // Festival Actuel, Amougies (Belgique), 2ième Jour, 25 octobre 1969. Du tac au tac, je lui réponds : " En rire, définitivement ! Tout le monde n'a pas accès à Internet, le prix est décent, le travail graphique existant, le found footage fait des ravages chez les compositeurs, les sociétés d'auteur font leur boulot à l'envers, notre générosité continue à s'exprimer ailleurs, certains revendent leurs cadeaux, quoi d'autre ?" J'avais confondu le coût du port avec le prix du disque. Je croyais avoir lu 4 dollars lorsqu'il s'agissait d'une enchère mise à prix 100 dollars ! Nos louables intentions se transforment en arnaque de charognard. D'accord la présentation graphique est chic, mais il y a des gogos qui vont payer une fortune pour un concert que l'on trouve en libre accès sur le Net. La malversation est claire, le piratage honteux. Ce n'est évidemment pas le seul exemple, les propositions sont légion. Si la circulation des œuvres est au moins aussi importante que la défense des droits d'auteur, la vente de ces pépites (pour collectionneurs fanatiques qui ont déjà acheté tous les albums commercialisés et en veulent toujours plus) est inadmissible et relève de la malhonnêteté envers les artistes comme du public, jetant une ombre sur notre initiative.

mercredi 11 avril 2007

Mon Paris des années 50


Longeant le Lego du Front de Seine, mon train électrique passe sous les jambes d'une Tour Eiffel en Meccano... Dans mon travail comme dans ma vie, j'ai tenté de préserver la ludicité du Paris de mon enfance. En face de la Galerie Vivienne où un bouledogue effrayant gardait l'entrée du magasin de jouets en aboyant avec sauvagerie lorsqu'on tirait sur sa chaîne, brillait la lumière noire d'une boutique phosphorescente. J'ignore ce qu'on y vendait, mais c'est la première illusion d'optique dont je me souvienne. Les rayons verts transperçaient l'obscurité violette seulement éclairée par des formes orange vif et jaune acide. L'attraction permanente tenait du cirque de Calder et du voyage dans la lune. Sur les grands boulevards embaumait l'écœurante et délicieuse odeur des pralines ; la promenade était rythmée par les tirs à l'ours qui se cabrait chaque fois qu'on le touchait, coups de feu plus mécaniques qu'artificiers. Avec les dix centimes que je recevais chaque fois que j'allais "au pain" ("une baguette moulée pas trop cuite, s'il-vous-plaît"), j'achetai ma première Dinky Toy, un camion à deux étages avec pont inclinable pouvant transporter quatre petites automobiles. Aux Halles, Jeannot sifflait ma mère depuis une porte cochère pour lui vendre dix soles pour cent balles, l'équivalent d'un franc, quinze centimes d'euro. Les marchands à la sauvette fuyaient les képis à toutes jambes en poussant devant eux leurs charrettes des quat' saisons. La bouchère de la rue Montorgueil, Madame Chanois, servait la bidoche en vison avec des diams pleins les doigts. Comme je rentrais seul de l'École maternelle et que je voyais les CRS qui campaient Place de la Bourse, je demandai "pourquoi on les embête les bougnoules ?". C'était la guerre en Algérie. Déjà sensible à l'oppression, je répétais ce terme probablement entendu dans la cour de récréation et certainement pas employé à la maison. Il m'arrivait de saisir la main d'un monsieur pour traverser au feu. La maîtresse s'inquiéta auprès de mes parents que je regarde trop la télé parce que je n'arrêtais pas de raconter des histoires à dormir debout. Pourtant nous n'avons loué un poste que dix ans plus tard. Je ne connaissais pas le Lego, nous empilions des cubes. Le Meccano était constitué de pièces métalliques. Le RER ni le Front de Seine n'avaient été construits. Les Dinky Toys étaient assez solides pour tomber d'un balcon du sixième étage et ne s'en relever qu'avec quelques éclats de peinture, ce qui n'aurait pas été le cas du monsieur au chapeau s'il l'avait prise sur le tête. J'ai appris à lire à ma petite sœur avec des lettres en plastique bleu clair qui avaient appartenu à mon père. En 1958, nous avons déménagé dans le XVième, j'avais cinq ans.
Par un bel après-midi de printemps comme hier, j'ai poussé la porte du 36 entraînant Elsa dans les étages de cet ancien hôtel de chasse de Richelieu, mais je n'ai pas osé sonner. J'ai laissé mes rares souvenirs sur le palier. C'était il y a dix ans. Le célèbre film d'Albert Lamorisse, Le ballon rouge, que l'on peut voir sur Google Video, rend parfaitement le climat d'enfance de cette époque qui me semble aussi lointaine que le moyen âge de mes livres d'écolier.

mardi 10 avril 2007

Respiration


Il semble que le crime paie. Aujourd'hui je passe mon tour. J'en fais trop. Les enregistrements du lapin Nabaztag en quatre langues constituent un marathon : allemande, italienne, américaine, espagnole ! C'est plus drôle à jouer qu'à traiter ensuite les milliers de fichiers. Avec Bernard nous avons aussi bien avancé sur le clip pour P.O.L. : trop tôt pour en parler, mais ça pourrait être bien. Et puis Scotch a encore raison : je devrais.
Il pense à lui.

lundi 9 avril 2007

Les vices platinés de Christian Marclay


Franck Vigroux m'envoie ce petit sujet sur Christian Marclay pour m'éviter d'aller à la Cité de la Musique où l'artiste suisse scratcheur est exposé jusqu'au 24 juin (Replay), essentiellement des vidéos si j'ai bien compris. Bien avant que ne se manifestent les hip-hopers, j'avais découvert Marclay grâce à mon producteur allemand Jürgen Königer de Recommended Records / No Man's Land qui produira le vinyle 25cm More Encores en 1987 : chaque morceau y est scratché d'une manière cohérente avec chaque artiste esquinté, Johann Strauss, Zorn, Chopin, Frith, Armstrong, Cage, la Callas, Hendrix, Birkin & Gainsbourg ou lui-même ! Plus tard, j'achèterai le coffret Footsteps où figure l'un des disques de son expo de 89 à la Shedhalle de Zurich. Sur ce 30cm sont enregistrés des pas tandis que les visiteurs marchaient sur les exemplaires disposés par terre. Avant de faire écouter aux amis mon exemplaire qui porte encore les scotchs double face collés à son revers, j'ai pris l'habitude d'en rajouter une couche en le piétinant rageusement. Au fil des années, l'écoute s'en est toujours trouvée bonifiée. Christian eut un soir la gentillesse de nous faire une démonstration de tous ses outils de concert. J'adorai les deux diamants sur le même disque, les pédales de disto et les décentrages...
Quelques années plus tard, je fus fasciné par le groove des DJ qui œuvraient dans la soul funk et nous trouvâmes alors le collaborateur idéal en la personne de Nem. À notre première rencontre, il apporta Miles et Ligeti, un bon signe en regard des inspirations des autres DJ que nous croisions... Il scratcha ensuite à mort sur les disques du Drame comme le font aujourd'hui Franck et quelques autres. Ils disent tous que le scratch est génial où que l'aiguille se pointe sur la surface du microsillon. Nous avons passé notre vie à faire du montage une technique de composition, tant en live qu'en studio, et en expirimentant sans cesse de nouvelles idées abracadabrantes. Signalons aussi le virtuose Kid Koala qui swingue comme personne sur sa platine (cd Carpal Tunnel Syndrome, cd Some of my best friends are djs).
Mais comme vous vous pouvez le constater sur ce petit film, Marclay est avant tout un artiste plasticien qui pervertit les instruments de musique et le matériel de reproduction, et ça ne tourne jamais vraiment rond.

dimanche 8 avril 2007

Le film des films


Les Histoire(s) du cinéma paraissent enfin. Le feuilleton se clôt sur une ouverture, la parution en France du coffret de 4 dvd tant attendus (Gaumont, sous-titres anglais). J'ai écrit trois précédents billets sur la saga godardienne : d'abord le 6 juin au moment où les courts métrages avec Anne-Marie Miéville sont sortis chez ECM, puis le 19 juillet lorsque je me suis découragé et enfin le 14 septembre quand j'ai craqué pour l'édition japonaise. Voilà c'est là ! Ces Histoires contredisent-elles Eisentein puisqu'elles représentent une somme plus qu'un produit ? Le film des films. Intelligence et poésie. Le piège et la critique. Identification et distanciation. Lyrique autant qu'épique. Les ultimes soubresauts d'une cinéphilie née avec les Lumière et qui n'en finit pas de s'éteindre avec le nouveau siècle.


Cette version française n'abrite pas l'admirable index obsessionnel des japonais, mais si l'on ne lit pas cette langue cela ne sert hélas pas à grand chose. Dommage que Gaumont ni JLG ne l'aient reproduit, chaque document y est indexé et accessible instantanément, une sorte d'hypertexte à la manière d'Internet, pour chaque citation, musique, texte, film... Ils ont par contre ajouté trois suppléments. D'abord 2 x 50 ans de cinéma français, 50 minutes où Godard, avec la complicité de Miéville, fait péniblement la leçon à Michel Piccoli, mais où il montre aussi comment la consommation immédiate de produits culturels ne fait pas le poids devant l'histoire. Les images sont parfois remplacés par un carton, NO COPY RIGHT, révélant probablement le compromis ayant permis que les Histoires voient le jour. Il faudra que je vérifie si l'édition française de son chef d'œuvre a été également expurgé de certaines séquences pour cette déraison. Je n'ai encore regardé que les suppléments qui sont plutôt des compléments.
Deux conférences de presse cannoises, la première de 1988 intitulée La télévision, la bouche pleine, la seconde de 1997, Raconte des histoires, mon grand, complètent le tableau de manière éclatante.

samedi 7 avril 2007

Chris Marker et les syndicats


Comment se fait-il que l'on trouve si peu de films de Chris Marker en dvd ? Son remarquable cd-rom, Immemory, est-il encore accessible aujourd'hui ? À l'époque où la création interactive semblait avoir de beaux jours devant elle, ce fut l'un des rares objets l'on pouvait consulter sans avoir l'impression de perdre son temps. En dvd, il y a les doublés Sans Soleil et La jetée, Le tombeau d'Alexandre consacré à Medvedkine couplé avec Le bonheur, il y a Chats perchés inédit au cinéma avec Le Bestiaire (Arte Vidéo), Une journée d'Andreï Arsenevitch dans le Cinéma de notre temps consacré à Tarkovsky (mk2), AK sur le tournage de Ran de Kurosawa avec Le Château de l'Araignée (Arte), sa participation aux Groupes Medvedkine (ed. Montparnasse), c'est à peu près tout. Rien que des couples, des face à face, des regards sur, la dialectique. Mais des films Le joli mai, Le fond de l'air est rouge, Level Five et tant d'autres, aucune trace, pour l'instant. Tous sont d'une intelligence et d'une sensibilité prodigieuses. Marker, à l'égal d'un Godard, nous exhorte à réfléchir, à repenser le monde, relire le passé, imaginer l'avenir.

Je découvre ce matin un film de dix minutes commandé par la CFDT (en 1984, le syndicat n'avait pas encore vendu son âme au patronat) pour la télévision à l'occasion du 100ème anniversaire de la législation des syndicats. C'est encore plus intéressant de regarder 2084 aujourd'hui, avec le recul du temps. Le temps, c'est ce qui passionne les grands penseurs et les réalisateurs que je préfère. Le temps plus que les hommes. J'ai hésité à écrire sur Muriel ou le temps d'un retour d'Alain Resnais, Resnais avec qui Marker a tourné Les statues meurent aussi et dont il fut l'assistant pour Nuit et brouillard, mais ce sera pour un autre jour, même si Muriel est l'un de mes films préférés, indémodable, la référence cinématographique par excellence, l'art du montage, le son... Au moment où les Français se posent des questions sans réponse sur les prochaines élections, un retour sur le rôle des syndicats m'a semblé indice pensable. Retour vers le futur.

Il y a un problème sur ma base de données, je n'arrive plus à mettre un film venant de dailymotion en ligne sans que ça fasse tout planter, alors pour voir le film, je ne vois aujourd'hui qu'une solution : cliquer ici.

vendredi 6 avril 2007

Névrose


La photo date de Noël dernier, mais le dîner est d'hier soir. Les histoires de famille ne sont jamais simples. Il est parfois plus difficile d'être fils que d'être père. Hier soir, ma tante Arlette assistait avec réserve et une saine dose d'humour à l'engueulade entre ma mère et moi. Elsa demande à sa grand-mère pourquoi elle est si agressive envers moi, pourquoi elle ne veut pas comprendre qui je suis devenu. Fait-elle semblant de ne pas saisir mes choix et mes espérances ? J'étais fier et rassuré que ma fille pose les vraies questions, je me suis dit qu'elle s'en sortirait bien sans nous, un jour. J'étais plus triste pour ma mère que son intolérance rend malheureuse. Françoise a raccompagné les deux sœurs, je suis resté discuter avec Elsa. Avant de partir, maman m'a pris dans ses bras et m'a embrassé. C'est un geste rare chez elle, je sais bien qu'elle nous aime, mais j'ignore ce qu'elle aura fui toute sa vie et qui l'a tant fait souffrir. Elle m'appellera certainement demain pour regretter de s'être emportée. Elsa dit qu'avec une histoire pareille, je devrais faire une analyse. Elle est sympa, elle me fait rigoler. Être un artiste dans une famille, ça fait tâche.

jeudi 5 avril 2007

Qu'est-ce que c'est


Pour From the Journals of Jean Seberg (1995), Mark Rappaport utilise le même système que pour Rock Hudson's Home Movies en choisissant une actrice qui joue le rôle de la disparue commentant sa vie et ses films à la première personne du singulier comme si elle était encore vivante. Eric Farr interprétait Hudson comme si le comédien n'avait pas vieilli, parlant depuis la tombe, éternellement jeune. Mary Beth Hurt joue donc le rôle de Jean Seberg à l'âge qu'elle aurait si elle ne s'était pas suicidée en 1979, elle est en fait née dix ans plus tard, mais dans la même petite ville de l'Iowa. Si les films remportaient un succès populaire, on imagine les énormes problèmes que rencontrerait le réalisateur à la vue du nombre d'extraits empruntés cavalièrement : ils sont le corps même du récit. Son dernier long métrage, The Siver Screen: Color Me Lavender (1997), obéit au même processus comme son dernier court, John Garfield, figurant en bonus sur le même dvd. Le provocateur The Silver Screen débusque l'homosexualité cachée dans les films holywoodiens avec beaucoup d'humour tandis que Garfield révèle la carrière d'un acteur juif black-listé pour ses positions politiques. Tant qu'une œuvre ne rapporte pas grand chose les ayants droit ne se manifestent pas, c'est en général la règle, mais cela peut bloquer l'exploitation des films dans des pays plus tatillons que d'autres. Les cut-ups littéraires, les Histoire(s) du cinéma de Godard (parution encore annoncée en France pour les prochains jours), les œuvres de John Cage, les radiophonies du Drame (Crimes Parfaits dans les albums À travail égal salaire égal et Machiavel, Des haricots la fin dans Qui vive ? ou Le Journal de bord des 38ièmes Rugissants) sont soumis pareillement à ces lois. Avant que le sampling ne devienne un style lucratif (particulièrement en musique, dans le rap et la techno), les œuvres de montage étaient moins sujets à blocage et leur statut de nouvelle création à part entière a pu être reconnu en leur temps.
Jean Seberg ne mâche pas ses mots pour commenter amèrement sa carrière depuis le casting raté de Sainte Jeanne en 1957 où elle joue le rôle de Jeanne d'Arc dirigée par le sadique Otto Preminger jusqu'aux films de son mari, l'écrivain Romain Gary, qui ne la traite guère mieux, la faisant jouer dans des rôles bien tordus. Elle doit sa gloire au premier long métrage de Jean-Luc Godard, À bout de souffle, et à un diamant noir, Lilith de Robert Rossen où elle interprète une nymphomane dans une clinique psychiatrique, séduisant un infirmier débutant joué par Warren Beatty. Le film, bouleversant, est à découvrir toutes affaires cessantes. Rappaport lui fait comparer sa carrière et ses engagements politiques à ceux de Jane Fonda et Vanessa Redgrave. Seberg, engagée aux côtés du Black Panther Party, subit les attaques de Hoover et va jusqu'à exhiber son bébé mort-né dans un cercueil de verre pour prouver que le père n'était pas l'un d'eux. Rappaport ne se fixe pas uniquement sur elle, en profitant pour écorner l'image holywoodienne de maint personnage. Les séquences de la comédie musicale western Paint Your Wagon avec Lee Marvin et surtout Clint Eastwood ne sont pas piqués des hannetons. Le portrait est donc corrosif pour le monde qui l'entoure et terriblement déprimant en ce qui la concerne. Tout aussi éloquentes, les scènes qui, outre l'original, tournent autour de l'effet Koulechov, sont savoureuses ! Les films de Rappaport possèdent tous la même originalité avec leurs arrêts sur image où le réel reprend ses droits sur la fiction comme si les deux procédaient de la même histoire.

mercredi 4 avril 2007

Chanson aujourd'hui : soumission ou subversion ?


Demain jeudi à la Dynamo de Banlieues Bleues à Pantin je participe à une rencontre organisée par Zebrock intitulée "Chanson aujourd'hui : soumission ou subversion ? " Passée la question des paroles que l'on a coutume d'affubler de l'adjectif "engagées", se pose celle de la musique elle-même. Les mots ne prêchent souvent que les convaincus, mais ils ont le mérite de réfléchir les phénomènes de société. De nouvelles formes musicales qui ne se fonderaient pas sur le moule dominant imposé par l'industrie offriraient-elles aux auditeurs de penser par eux-mêmes ? Encore faudrait-il que le public y ait accès, tout ce qui n'est pas issu des modèles dominants étant confiné dans une niche riquiqui de plus en plus marginalisée... Pour résister à l'uniformisation, il ne suffit donc pas de prôner de louables intentions et revendiquer un monde meilleur, il faut aussi refuser les formes imposées par une industrie culturelle aux mains des grands trusts internationaux dominés par le monde anglo-saxon. Il faut inventer l'alter-mondialisme de la culture, se battre pour un pluralisme des formes. La subversion passe obligatoirement par la critique, paroles ET musique. La soumission n'est pas que dans les termes, elle se fond dans les formes.
La rencontre (9h à 18h, entrée libre) annonce La chanson, dans ses mots et ses formes, contribue-t-elle encore à interroger la société, à transgresser ses codes, à dénoncer les injustices ? Mise en perspective du couple sulfureux musique et politique. Les autres participants sont Christian Olivier (Têtes raides), D' de Kabal, Denis Charolles, Agnès Bihl, Hervé Bordier, Ignatus, Jean-Paul Jouary, Cécile Prévost-Thomas, Saïd (M.A.P.), Hamé (La Rumeur), Marc (La Canaille), Ahmed (La Caution), Olivier Cachin, Pascale Bigot, Rosa Moussaoui... Le Hall de la Chanson (Serge Hureau ?) fera même une conférence chantée sur Monthéus !
Les deux directions de Zebrock, association d'action culturelle dans le champ des musiques populaires en Seine Saint-Denis et en Ile-de-France, sont Le Grand Zebrock qui fait un gros travail d'accompagnement artistique des jeunes groupes franciliens (organisation de concerts, découverte de nouveaux talents, Scène Avant-garde de la Fête de l'Huma) et Zebrock au bahut (édition annuelle d'un livret avec cd, d'ailleurs très bien réalisé, rencontres d'artistes, etc.). Les Amplifiées dont la rencontre demain est le volume 6 proposent une rencontre entre le public et des professionnels.

mardi 3 avril 2007

Les polices européennes à l'entraînement


Ce billet relate les articles parus en page 3 du Monde Diplomatique d'avril 2007 (je cite ici abondamment René Vasquez Diaz) et les sites rebellyon.info et IndyMedia.org. Michel Thion, ne s'expliquant pas le silence de la presse française, fait suivre cette information alarmante concernant l'expulsion ultra violente, à Copenhague le mois dernier, contre le célèbre squat d’Ungdomshuset (Maison de la Jeunesse), vieux de 25 ans, par des unités anti-terroristes. De nouvelles techniques y ont été expérimentées par la police danoise sous l'observation (et avec les conseils ?) de diverses polices européennes. Des unités d’élite ont donné l’assaut par le toit, en utilisant deux hélicoptères, des gaz lacrymogènes et des canons à eau aspergeant portes et fenêtres d'une étrange mousse qui durcit instantanément. Tous les occupants, 36 au total, moyenne d'âge 20 ans, sans armes et sans intentions violentes, ont été assaillis par des centaines de policiers et arrêtés.


Cette expulsion d'un lieu emblématique de la contre-culture au profit d'une secte intégriste danoise et sa démolition qui a suivi sont historiquement lourdes de sens... Construite en 1897, la Maison du Peuple avait reçu Lénine et Rosa Luxembourg. Le 26 août 1910, lors d'une conférence internationale de femmes socialistes Clara Zetkin y lança l'idée d'une journée internationale de la femme... L'Ungdomshuset hébergeait une librairie, une salle de concert et des salles de répétition, un studio d'enregistrement, une imprimerie, de nombreuses salles de réunion et une cuisine collective. Des manifestations de protestation ont dégénéré en émeutes dans toute la ville. Les techniques utilisées rappellent entre autres celles de la police française pendant les manifestations contre le CPE (infiltration de flics déguisés se jetant soudain sur les "meneurs"). À la Maison de la Jeunesse, l'expérience de laboratoire en matière de répression policière augure mal des prochaines réactions de nos démocraties bourgeoises à bout de souffle.

lundi 2 avril 2007

Retrouver la mémoire...


Françoise était persuadée que j'avais déjà écrit un petit billet sur le Père-Lachaise, mais je suis incapable de le retrouver. Le système de recherche du logiciel DotClear n'est pas très au point. Par exemple, si on cherche les billets écrits sur le cinéma par rubrique, le blog affiche seulement les plus récents et ne propose pas les précédents. Pour y arriver, il faut d'abord choisir une rubrique, puis sélectionner chaque mois l'un après l'autre. Ou bien il faut chercher un mot rare, pas trop utilisé dans l'ensemble des billets. Grrr, je me casse la tête, mais ai-je jamais écrit de billet sur le plus beau jardin de Paris ?
J'ai tapé "cimetière" dans le champ idoine. Rien de morbide pourtant dans ce musée de sculptures où les gisants et les statues produisent de fortes émotions. Le journaliste Victor Noir, tué en duel, est le plus célèbre avec ses parties proéminentes, nez, braguette et bout des godillots, usées à force d'être astiquées par des jeunes femmes espérant devenir fécondes. Mais rien sur Noir ni Blanqui, gisant bien maigre, mais pas aussi décharné que les images des camps dont les évocations font face au Mur des Fédérés. Tant de communards ont été fusillés ici même. Dans une autre section du cimetière, en haut, juste en face de la grande entrée, Le Monument Tiers a été plastiqué plusieurs fois... Louis Adolphe Thiers, le fossoyeur de la Commune...
J'essaye le mot "jardin", magnifique en toutes saisons, comme aujourd'hui au printemps, ou feuillu et fleuri l'été, aux nuances automnales ou encore recouvert de neige... Mais rien, pas de "réserve" non plus. C'est pourtant la plus grande réserve d'arbres et d'oiseaux de Paris. "Promenade" ne donne pas plus de résultat, pourtant c'est magique, en plein de cœur de la ville, le silence, la nature. Des arbres s'enlacent et ouvrent les tombes, des souvenirs s'effacent, d'autres jaillissent de la terre. Des familles entières sont réunies, l'histoire de la France, toutes origines confondues, des anonymes aux plus célèbres, apparitions, disparitions...
Quelques derniers essais me rappellent ma fille "Elsa" que je promenais chaque jour en face, lorsque nous habitions devant la station de métro Père-Lachaise. Je l'y ai souvent filmée à l'époque des films de famille. Je ne les regarde jamais. C'est elle que cela branchera plus tard, si les cassettes sont encore lisibles. Trop de films étouffent l'intention. Mon père nous a laissé une soixantaine de minutes en 16mm, c'est bien assez. On reconstitue le reste. On le rêve. De toute manière, le passé n'a rien à voir avec son enregistrement. L'invention de Morel en montre bien les limites.
"Zouzou" était le roi des chats du Père-Lachaise, mais qui s'en souvient vingt ans après ? Toutes les vieilles sur les bancs autour de Casimir Périer, dont la tête abritait un essaim de guêpes qui tournait autour comme une couronne, le connaissaient. Elles l'ont probablement rejoint. Je me demande si certaines bestioles ne sont pas restées ici en clandestins. Le cimetière des animaux à Asnières est fait pour les bourgeois, les autres sont dans des jardins, ou dans le souvenir... Une chose m'inquiète, nous n'avons croisé aucun matou cet après-midi. Où sont donc passés les chats du Père-Lachaise ?
Reste "Françoise" (j'ai commencé par elle, il faut bien que j'essaye) qu'en éternel père-lachaisien je guide au travers des tombes, regrettant les plans de pommes de terre autour de Parmentier remplacés par de vivaces iris, découvrant celles et ceux enterrés depuis les dix dernières années puisque je m'en suis éloigné tout ce temps, mais dix ans, qu'est-ce que c'est ? Et vingt que mon père est au columbarium. Il fait si froid tout en bas que sa poussière doit être bien conservée. Son nom sur le marbre me fait une drôle d'impression. Jean Birgé, 1917-1988. Il aurait 90 ans. Il faudra donc que j'arrive à 87 ou 88 si je veux connaître ma fille à mon âge puisque je suis devenu père à peu près au même que lui. Vertige du microscopique. Poussière d'étoiles. Les siècles ont érodé la pierre, la mousse a envahi le creux des noms qui y sont gravés, on entretient de vieilles tombes qui ont l'air neuf, le souvenir fait revivre les disparus... C'est la vie éternelle, un temps du moins... Avant l'oubli... Mais ai-je jamais écrit ici quoi que ce soit sur le Père-Lachaise ?
La semaine dernière, Françoise était venue. Tout le monde attendait Pascale Dauman, parce qu'elle était en retard, retenue dans le XVIème pour des histoires de formulaires, même pour son dernier voyage...
En sortant, nous croisons Antoine qui vient de faire un tour lui aussi pour se changer les idées. Un jour que nous travaillions là en marchant, nous avions tous deux été filmés pour le Journal de 20 heures. Comme le bout où je réponds à l'intervieweuse est passé à l'antenne, Antoine rit encore de ma façon d'être partout, sans même faire exprès, même quand ça n'a aucun rapport avec mon travail. Mais voyons, ce blog est-il autre chose qu'une promenade au Père-Lachaise ?

dimanche 1 avril 2007

Le vote blanc


Qu'est-ce que c'est que cette démocratie qui impose de voter "utile" dès le premier tour des élections sans pouvoir exprimer ses opinions ?

On nous fait croire que nous n'avons pas d'autre choix que de voter Royal pour empêcher Sarkozy. Si c'est vrai, le processus démocratique a atteint ses limites. En bref, on aura déjà voté à ma place avant même que j'ai glissé mon bulletin dans l'urne. De plus, les décisions ne se prennent plus au niveau national ni politique, mais sont entre les mains du pouvoir économique international. À moins de vous sentir vraiment représenter par l'un des candidats de "l'extrême-gauche" et que vous résistiez à la pression de la peur, la seule manière de se désolidariser de cette mascarade grossière, de ce dévoiement des institutions républicaines, de cette manipulation de l'implication citoyenne, ne serait-elle pas de voter blanc, comme dans La lucidité, le roman de José Saramago ?

Quelques questions à développer :
- La peur qui nous a fait voter la dernière fois à 82% pour Chirac n'a-t-elle pas mis en place Sarkozy ?
- Les responsables du résultat du vote sont-ils les électeurs ou les candidats dont les programmes insipides, démagogiques, anachroniques n'ont pas su les convaincre ?
- Absente des programmes des 12 candidats, la culture, fondement d'une société, s'opposerait-elle aux enjeux économiques ? Elle n'est pas plus évoquée ici que dans la Constitution Européenne refusée par les Français.
- Les responsables de notre choix de vie sont-ils nos prétendus représentants ou l'avenir est-il entre les mains de chacun ?
- Les adeptes du vote obligatoire, tels Fabius ou Sarkozy, y ont renoncé lorsqu'ils se sont aperçus que cela validerait le bulletin blanc, désaveu des institutions. Est-ce juste d'assimiler les bulletins blancs aux bulletins nuls ?

Ce billet n'est hélas pas un poisson d'avril. Bon anniversaire, Jean !

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