Jean-Jacques Birgé

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samedi 30 juin 2007

Quelques images de Bobby Lapointe


À côté des centaines de VHS enregistrées sur les chaînes de télévision qui occupent larangée de derrière sur mes étagères, j'ai conservé quelques éditions que je remplace au fur et à mesure des sorties dvd. Ainsi Le dévédé de Bobby Lapointe, remasterisé comme il se doit (avec options sonores dont je ne vois pas vraiment l'intérêt : 5.1, DTS, stéréo), vient colorer un début d'été bien gris (c'est vrai, L'été où est-il ?). Ce n'est pas que Bobby soit une bête de scène, loin de là, sa timidité ne lui permettant que de hocher la tête ou les épaules, mais une grande tendresse se dégage de sa prestation minimaliste. À le regarder si sobre, j'ai l'impression de redécouvrir ses jeux de mots ferroviaires (un sens peut en cacher un autre) que nous croyions connaître par cœur. Les réalisations s'améliorent un peu avec Jean-Christophe Averty (From Two to Two) et la couleur vient rehausser le ton de la deuxième version d'Aragon et Castille ou Saucisson de cheval n°1. C'est probablement la première fois que l'on peut apprécier son étonnant duo avec Anne Sylvestre (Depuis le temps) qui ne figurait sur aucun des 33 tours originaux et que je ne retrouve pas non plus sur les deux doubles rééditions, dites L'intégrale et En public.
Ce dernier cd, live tranche avec les clips vidéo tous en playback. Y figurent en plus quelques inédits savoureux : une pub refusée pour une crème dessert (Jockey, c'est pas mauvais !), Lena par Fernand Raynaud, La Youpi... Allez !, Toto le tigre, Georges Pérec s'étranglant de rire en lisant le texte Grimace ratatinée en rime à grasse matinée...
Les suppléments du dévédé constitueront pour les fans son véritable intérêt : un documentaire de 52 minutes Comprend qui veut. Comprend qui peut, Bobby chantant Bruant (À Montparnasse, Camomille, C'est nous les joyeux), plein de petites raretés comme Place du Parvis, Le tube de toilette avec au porte-voix Pierre Doris sous-titré et un orchestre de plateau, l'extrait de Tirez sur le pianiste, etc.
Les paroles ont été publiées par Encre en 1983, bouquin réédité par Domens en 2000, avec son système bibinaire. Comme Raymond Queneau, Bobby Lapointe avait de sérieuses bases mathématiques. Son système s'inspirait déjà du binaire et de l'hexadécimal. Il s'éteint le 29 juin 1972. L'absence de crédits sur le dvd est choquante, on ignore les auteurs, les arrangeurs, les dates, les réalisateurs, aucun livret quand ne se glissent pas quelques erreurs. Ce n'est pas ainsi qu'on lutte en faveur des supports matériels. Le héros de Pézenas aurait mérité que l'éditeur fasse correctement son travail. Dommage !
C'est bon de rire et de sourire de temps en temps. Ça réchauffe, et puis ça détend, comme bailler ou faire des galipettes. L'un n'empêche pas l'autre. Là Youpi... Allez !

vendredi 29 juin 2007

Résultat du Blindfold Test


Bravo à Denis qui, tôt ce matin, a trouvé le premier la solution dans le blog-même !
On reconnaît la voix d'Edgard Varèse, avec son accent bourguignon, qui dirige donc les séances auxquelles participent Art Farmer (trompette), Hal McKusik (clarinette, sax alto), Teo Macero (sax ténor), Eddie Bert (trombone), Frank Rehak (trombone), Don Butterfield (tuba), Hall Overton (piano), Charlie Mingus (contrebasse), Ed Shaughnessy (batterie), probablement aussi John La Porta (sax alto)... Nous ignorons qui est le vibraphoniste...


Cette bande est une petite bombe, car c'est probablement le premier enregistrement de free jazz (totalement inédit) de l'histoire de la musique. Varèse aurait-il influencé les jazzmen ou a-t-il tenté de canaliser leurs premières ébauches dans le domaine du free ? Quelle que soit la réponse, elle est révolutionnaire, car la musique anticipe de trois ans l'émergence du Free Jazz d'Ornette Coleman ! On sait d'autre part que Charlie Parker exprima son désir de prendre des cours avec Varèse à l'automne 1954 alors que le compositeur s'apprêtait à partir en France pour travailler sur Déserts. Lorsqu'il revint à New York en mai 1955, Parker était déjà mort.
Entre mars et août 1957, assistaient à ces jam-sessions dominicales l'arrangeur George Handy, le journaliste Robert Reisner, les compositeurs James Tenney, Earle Brown et John Cage, le chorégraphe Merce Cunningham. Les organisateurs étaient Earle Brown et Teo Macero, futur producteur, entre autres, de Miles Davis. Varèse a utilisé certains extraits pour le montage de son Poème électronique.
Je tiens cette copie (l'original est conservé à la Fondation Paul Sacher) de Robert Wyatt à qui le réalisateur Mark Kidel l'avait lui-même confiée. Kidel m'écrit qu'il a réalisé un film sur Varèse produit par Arte Allemagne avec Teo Macero utilisant la bande avec Mingus, mais je ne l'ai hélas jamais vu. Il est également l'auteur de Free Will and Testament : The Robert Wyatt Story, de films sur Tricky, Alfred Brendel, Ravi Shankar, Joe Zawinul, Bill Viola...
La partition de Varèse représente le diagramme de l'une de ces improvisations jazz.

Blindfold Test

N'oublions pas que le mp3 tue la musique.
Les fichiers téléchargés ne sont que des ombres. Reproductions, cartes postales, mais d'œuvres, nulle part. C'est plat. Le son compressé écrase les perspectives. Sauf que cette fois, il n'y a pas le choix.


Petit jeu pour les amateurs de jazz et de musique contemporaine.
Un indice pour commencer, et de taille : cela se passe à New York en 1957.
Les questions maintenant :
- qui dirige la répétition ?
- qui est le saxophoniste ?
- le trompettiste ?
- le contrebassiste ?
- le batteur ?
- les autres musiciens ?
- qui organisaient ces jam-sessions ?
- dans quelle œuvre peut-on en entendre des extraits ?
Résultats après lecture de vos commentaires !
La qualité du mp3 n'est pas fameuse, mais ce document de 30 minutes a évidemment une valeur historique (second indice)... Comme la réponse est improbable, il est suggéré d'écouter le chef d'orchestre (troisième indice).

Résultat du blindfold test

jeudi 28 juin 2007

Decasia, fonte et refonte



Franck Vigroux me fait découvrir le film de Bill Morrison, The State of Decay, qui fait partie de l'opéra de Michael Gordon, Decasia, mais que l'on peut acquérir séparément. Le dvd est un montage de différentes prises live de la création à Bâle de cette symphonie environnementale pour 55 interprètes avec projections. Morrison remonta la bande-son pour coller aux images de la version film. C'est un montage d'archives érodées par le temps qu'il est d'usage aujourd'hui d'appeler "found footage", comme si ces images s'étaient perdues et que le réalisateur les avait sauvées de l'oubli, trésors engloutis dont le cinéma expérimental a toujours fait ses choux gras. Les images abîmées font surgir en nous une mémoire inventée, réinterprétée. La musique de Michael Gordon, un répétitif de la seconde génération, membre de Bang on a Can, à qui l'on doit déjà le sublimissime Lost Objects (que j'avais utilisé pour illustrer les photos des inondations d'Arles aux Rencontres), participe à cette impression de temps suspendu, de futur post-nucléaire qui est pourtant notre passé. Le temps fond ici comme la pellicule. Création et destruction procèdent d'un même mouvement vertigineux. L'hypnose nous guette, nouveaux derviches faisant corps avec nos impressions, ce qui est imprimé sur le nitrate ou le celluloïd, le cinéma.

Interview de Morrison et Gordon :

Le vent de Sjöström nous balaie. L'extrait de YouTube ne peut restituer la beauté de la matière. Pour les images, pour la musique, pour la plongée dans cet inconscient collectif, achetez le film, sans hésiter.

mercredi 27 juin 2007

Les clowns


J'avais raté Le Cabaret des Chiche Capon au Zèbre, mais ils seraient au Samovar (c'est tout à côté de la maison à Bagnolet). Le rire est salutaire, il y avait longtemps que je n'avais autant pleuré, des larmes bien portantes, lorsque le rire ne peut plus endiguer l'émotion, que l'on s'étrangle et s'étouffe en spasmes à la fois épuisants et revigorants... Je ne me souviens plus de leurs noms, mais ils étaient douze sur scène, issus de différentes troupes et de l'école de clowns du Samovar. Devant ce bouquet de jouvence, le public d'adultes tint son rôle comme les enfants devant un spectacle de marionnettes, réagissant activement aux pitreries le plus souvent heureusement muettes.
Les grands clowns utilisent peu de mots. On se souvient du "sans blague !" du suisse Grock. J'étais trop jeune pour le voir en public, mais je me rappelle les Fratellini lorsque j'avais cinq ans. Albert me laissa une impression indélébile. J'ai toujours préféré l'indiscipline de l'Auguste au rappel à l'ordre du clown blanc. Adolescent, je fis le light-show du Cirque Bonjour à ses débuts et je fus ému de revoir Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thiérrée dans le sublime film de Fellini, un de ses meilleurs avec Roma. Plus tard, grâce à Geneviève Cabannes et Francis Gorgé qui travaillaient avec les Macloma, j'eus la chance de jouer avec Guy Pannequin dans notre spectacle Zappeurs-Pompiers 2. J'adorais la méchanceté de Guy lorsque, maquillé en noir, il terrorisait les spectateurs. Le clown peut approcher les tabous, braver les interdits, provoquer au delà du raisonnable. Il incarne la désobéissance sociale qu'ailleurs on appelle folie. Et le rire qu'il engendre libère les nœuds de tension que nous accumulons à force de nous plier aux us et coutumes.
Quel plaisir de partager cette rigolade avec Elsa qui nous avait exhortés à venir et d'entendre Françoise s'esclaffer à tout bout de champ alors qu'elle était venue à reculons, prétextant ne pas aimer les clowns. Elle n'avait jamais connu que les lamentables zavattineries qui prennent les enfants pour des demeurés en s'appuyant sur trois éternels jeux de mots. Mais nous étions confrontés à l'art du rire qui tient de l'absurde et de la critique féroce, proche du burlesque des Chaplin, Keaton, Marx, Jacques Tati ou Pierre Etaix qui sont des clowns de cinéma. La moindre mimique de Patrick de Valette nous plie en deux, en trois, en quatre, nous laissant à jamais un souvenir libérateur de cette soirée lumineuse.

mardi 26 juin 2007

Giant Steps good, fire no good


François Corneloup nous a indiqué ce film étonnant, mais en cherchant sur le site de l'Université d'Hosei au Japon, nous découvrons une multitude d'autres expériences où des robots jouent du ténor, du trombone et de la trompette. Si les explications sont hélas uniquement en japonais, les vidéos et les photographies sont précieuses. Plus que la manipulation des clefs ou des pistons, les simulations d'embouchures sont stupéfiantes. Je continue à me demander à quoi et à qui servent ces expériences. Est-ce une sorte de Muybridge étudiant le souffle au lieu de la marche ? Est-ce une façon pour les luthiers de tester la résistance des matériaux comme les fabricants de matelas ou d'automobiles ? Quel fantasme nous pousse à fabriquer des Golems capables de reproduire synthétiquement la vie humaine ? Quel pari paranoïaque anime ces Frankenstein en herbe ? Toutes ces interrogations rejoignent nos débats sur les machines...
Restez patients, les téléchargements du site du Laboratoire Takashima sont lents.

lundi 25 juin 2007

Grrr...


J'aurais très bien pu faire un billet sur l'Étoile de la Tripe au Marché des Lilas, sur le jardin d'Anny dans le XIVème, l'expo de Lolo à Ivry, le concert solo d'Ève chez Anh-Van à Belleville, la soirée chez Maguy aux Buttes Chaumont, la collection de voitures électriques de Don et le mini-slot, mais c'eut été sans compter la panne de l'Espace que je dois conduire à la première heure au garage, à condition d'arriver à la pousser pour la faire démarrer dans la descente. Je suis en nage d'avoir grimpé la côte à toute vitesse, Françoise fait le zouave sur sa bicyclette et il est trop tard pour développer la moindre idée cohérente. Ce beau dimanche commencé rue des Thermopiles s'achève par une miraculeuse cueillette d'escargots à deux heures du matin... Ils se sont empiffrés de persil et de cerfeuil que c'en est écœurant. Ils ne nous ont pas laissé un brin. Farcis d'eux-mêmes les hélicidés n'en seront que meilleurs. Les goinfres.

dimanche 24 juin 2007

Corneloup pense à Sidney


En écoutant François Corneloup enregistrer les prises de sax baryton et de soprano pour notre carnaval polychrome, Bernard a reconnu son erreur quant aux avantages des machines sur les interprètes vivants. Il faudra que je lui rappelle de temps en temps ces séances... Ouf !
Les inventions de Corneloup ne sont pas innées. Son groove s'est précisé au contact des autres. Il sait l'histoire de la musique. L'apprivoisement de son désir prépare le terrain. Suit le plaisir de jouer. La première prise est toujours une découverte, les suivantes recèlent des merveilles d'intelligence et de sens de l'instant. Je fige tout cela sur le multipistes de l'ordinateur. J'ai écrit ici et tout le bien que je pensais d'Ursus Minor où il tient le rôle de la basse en plus de mélodifier au soprano. En 1996, il avait accompagné Elsa sur notre ¡ Vivan las utopias ! dans la compilation Buenaventura Durruti. Onze ans plus tard, nous refaisons appel à lui pour une nouveau morceau d'inspiration sud-américaine. Il doit imaginer qu'on sait faire que ça ! Comme Bernard le souhaitait, le carnaval sonne plus New Orleans que brésilien : "Pense à Sidney !" lui dit-il. L'accompagnement au baryton des deux chanteuses est aussi délicat que le final est punchy avec les pistes de soprano qui s'amoncellent en pâte feuilletée. Lundi nous recevrons le trombone et le lendemain nous passerons au mixage. C'est alors que tout prendra sa place, comme si cela avait toujours existé, comme si le choix ne se posait pas, comme si...
À mon tour, je pense à Sidney. En 1958, dans les loges du Théâtre de l'Étoile, Sidney me fait sauter sur ses genoux. Je souffle dans son soprano et il me laisse gagner à la boxe. Je me souviens de cette scène comme si c'était hier. C'est mon plus vieux souvenir de musique. Sidney Bechet mène toute la troupe au milieu du public de l'orchestre sur l'air des Oignons. Je ne pleure pas, mais j'en ai des frissons. L'opérette a causé la faillite de mon père qui dut changer de métier pour nous nourrir.

samedi 23 juin 2007

La peau de chagrin


Le son est l'élément le plus bâclé depuis que le cinéma est devenu parlant. Les 2/3 de mes clients m'appellent en avançant qu'ils n'avaient pas initialement prévu de musique sur leur projet audiovisuel et n'ont que très peu d'argent pour la composition musicale et son enregistrement. Presque tous les films sont pourtant noyés par la musique ! Trois ou quatre fois, il m'est arrivé de dissuader le réalisateur ou la réalisatrice d'ajouter de la musique à leur film, car il n'y en avait pas besoin : je n'ai jamais été rétribué pour cet excellent conseil. Rien, pourtant, ne m'excite autant que de créer une partition sonore où les voix, les bruits et la musique se combinent pour servir le sujet.

vendredi 22 juin 2007

En kitouba


Nous avions choisi de réenregistrer la chanson en langue kitouba, une variante du kongo, pour la partie médiane de notre carnaval polychrome composé pour L'Oréal. Lordia Matondo Nsonga a eu l'excellente idée de venir au studio accompagnée de sa sœur, Nevy Leleka Nsonga. En chantant à la tierce, elles ont rendu joyeuse la mélodie qui jusqu'ici me rappelait étrangement un chant vaudou haïtien et à Bernard une chanson irlandaise ! C'est un vrai duo. Elles ont l'habitude de chanter ensemble. Nous posons la prise sur les percussions et le tour est joué. Lordia (à droite sur la photo) est l'une des 32 jeunes filles de la ronde filmée par Pierre-Oscar. Dans l'introduction, j'ai trouvé une mouette pour annoncer la cuica et Bernard a joué du sifflet à roulette pour lancer le calypso.

jeudi 21 juin 2007

Les caramels


C'est la seule sculpture que j'ai gardée. Ma mère n'avait rien le droit de jeter sans mon accord. Je fabriquais des "machines qui ne servent à rien". Cinq déménagements ont englouti les autres spécimen. La seule à y survivre y a laissé quelques plumes. Par exemple, il y avait trois boules de machine IBM au lieu de deux. Les caramels semble dater du 11 septembre 1966, mais l'encre vermillon sur le bois rouge n'est plus très lisible. Je crois me souvenir qu'il y avait une idée d'échelle sociale sous-jacente. Matériel : des boules de cotillon et un serpentin, trois têtes de distributeurs de bonbons Pez (Pluto, Donald et Popeye), des échantillons de matière plastique rapportées des années plus tôt du Salon de l'Enfance Porte de Versailles, un bouton de vareuse de la guerre de 14 que je tenais de mon grand-père, des ressorts, un potentiomètre, des transistors, un jouet fondu, une bobine électrique, un porte-clefs, un cochon, des rails, un fil de téléphone, des petits bouts de bois et de daim, de la bande magnétique, des pions, un jeton de la Compagnie Le Taxiphone, une petite échelle rouge. Plus le moule, un peu de poussière et l'ombre.

mercredi 20 juin 2007

Sed perseverare diabolicum


Bernard me contredit systématiquement. Ces altercations, qui nous font toujours avancer, me manquent lorsque je travaille seul. Il m'oblige à préciser ma pensée, à trouver de nouveaux arguments, à fourbir mes armes. La dernière discussion portait sur la différence entre musiciens et machines, jeu vivant et clones. Bernard, craignant d'être trahi, préfère souvent que nous programmions des instruments virtuels plutôt que faire appel à des virtuoses. J'entre en désaccord, prétendant que c'est l'à peu-près, relatif, qui donne sa vie au morceau. Lui estime qu'il faut être en place, un point c'est tout. Alors pourquoi humanise-t-on les pistes enregistrées pas à pas sur le séquenceur ? Il y a un entre deux, puisque, à l'inverse, l'on est parfois obligés de quantifier les parties live. Pourtant aucun interprète ne rejoue identiquement deux fois la même note. Errare humanum est, et cette "gaucherie", maîtrisée, devient le style. N'oublions pas non plus que les machines ont été conçues et sont manipulées par des humains. J'ai choisi de devenir musicien pour partager ces moments de grâce où nous transposons nos émotions en ondes vibratoires organisées. C'est de l'ordre de la conversation, de l'échange. Les machines n'ont aucune générosité à leur actif. Les êtres humains ont le choix.

mardi 19 juin 2007

Débordement


On croit qu'il fait beau, et puis crac, le ciel se déchire et ça tombe. Ou bien on pense qu'il va pleuvoir tout le temps, mais les oiseaux se remettent à chanter. Combien de temps durent les éclaircies ? Rien n'est stable. C'est toujours la même histoire. Tout arrive en même temps. Nous terminons de composer une musique de carnaval pour L'Oréal, et voilà que le feu vert arrive pour le clip de la Communauté Européenne. Dans les deux cas, c'est marrant de travailler avec Pierre-Oscar, mais les délais sont serrés pour Bernard et moi. Nous enregistrons à la fin de la semaine avec François Corneloup, aux sax baryton et soprano, et Jean-Louis Pommier, au trombone, sur un tapis de percussions brésiliennes. Mais il faut déjà que j'envoie les partitions de l'Europe au quatuor à cordes réuni autour de Régis Huby et Guillaume Roy. Se joindront à eux Ronan Le Bars aux uillean pipes, Hervé Legeay aux guitares manouche et électrique, David Venitucci à l'accordéon et le percussionniste Éric Échampard. Une sorte de cocktail à base de jazz musette, de flamenco et de celtisme, avec des espaces pour les documents d'archives. Déjà bien copieux. Je dois aussi sonoriser un nouveau jeu pour les P'tits Repères et une interface pour un site Web. Mais c'est pas tout, mais c'est pas tout... Le lapin en chef vient enregistrer quelques vocalises le jour même où la Deutsche Welle TV vient réaliser un reportage au studio sur Nabaztag et notre opéra pour leur programme Euromaxx. Hier après-midi, mes camarades des Allumés ont pu penser que j'étais un peu distrait pendant la réunion de préparation du n°20. J'ignore sincèrement si je vais pouvoir continuer à écrire ici tous les jours. Ce sont de bonnes nouvelles. Il ne manquerait plus qu'il se mette à pleuvoir. Et pourquoi pas ? On peut s'en plaindre ou s'en réjouir. Chaque mouvement est à prendre du bon côté. Du côté du vivant. Retournement.

lundi 18 juin 2007

La Seine


Une petite pause ne fait pas de mal. Seulement, ce n'était pas hier, mais le dimanche d'avant, il y a huit jours. Premier tour de passe-passe. Le Vexin, à 50 km de Paris. La Seine a creusé son lit dans le calcaire. Le mot troglodytes m'évoque une chasse au trésor, un château de sable, grimper aux arbres, les champignonnières, une famille de pirates. Lorsque je me déguisais, mon père hurlait à la chienlit. C'était avant que le Général De Gaulle n'utilise le terme pour parler des émeutiers de 68. J'avais l'habitude de détourner mes jouets. Pour me déguiser, je prenais ce que je trouvais, inventant le personnage en fonction du costume. Plus tard, je suis passé par la cravate obligatoire, le manteau de fourrure en Crylor, le long imitation daim façon Il était une fois dans l'Ouest, les pantalons bariolés, les tuniques et les colliers. Boots ou sabots ? Je n'ai remis des chaussures à lacets que très tard. J'ai eu ma période noire, mon époque saharienne, j'ai refait éclaté les couleurs. La maison sur l'autre rive est à l'image de La Roche-Guyon, elle "classe" le site, bagnoles de sport et décapotables, beaucoup d'argent et autant de conventions. L'étouffement. Deuxième tour. Le troisième se jouera dans la rue. Je taille les arbres au soleil. Il se met à pleuvoir. Pas de surprise. Ça repose.

dimanche 17 juin 2007

Zou fait la planche


Sur la page d'accueil de son site prolixe et généreux, le dessinateur satirique Zou a mis en couleurs la petite bande dessinée publiée en page 3 du Journal des Allumés. Les paroles de Sarky, le P'tit roquet de Neuilly devenu le Titi toutou du neuf-deux depuis qu'il a été promu président, y sont illustrées au pied de la lettre. Il semble que Zou change de temps en temps cette page, lorsque ça lui chante. Le site présente une quantité de planches originales, superbement reproduites, classées par genres : L'amour, La communication, Mon Pays, L'Afrique, Sampa, zouKomix, des liens sympas, etc. Tout ou partie peut être reproduit et diffusé librement (copyleft ou copywrong ?). J'ai eu du mal à débusquer Zou dont les homonymes pullulent sur le Net. C'eut été dommage de le rater. Son site est marrant et critique, son trait précis et nonchalant, sa gouaille fondamentalement sympathique. Déjà sur MySpace, Zou livre aussi la suite du pavé Tous coupables !

samedi 16 juin 2007

Funny Bones


Le 20 avril, Ninh (excellent percussionniste contemporain dont on ignore souvent la pasion pour le cinéma muet) avait justement commenté mon billet sur les dvd de Jerry Lewis. Hier soir, j'ai enfin regardé l'hilarant et brintzingue Funny Bones, le film de Peter Chelsom, sorti confidentiellement en France fin 1995. Si, après La nuit du phoque, j'avais continué à réaliser des films de fiction, c'est probablement la direction que j'aurais choisie. Rares sont les films qui zappent d'un genre à l'autre le temps d'une collure. Chez Buñuel, Waters, Jonze, les ruptures de ton m'ont toujours emballé, jusqu'à Someting Wild (Dangereuse sous tous rapports) de Jonathan Demme avec Melanie Griffith, Le goût du thé d'Ishii Katsuhito ou Deux, l'unique film sérieux de Claude Zidi qui n'a injustement rencontré aucun succès, ni auprès de ses fans, ni auprès de ses détracteurs (une seule rupture de ton, mais qui fait basculer le film au milieu). Jerry Lewis n'a pas un rôle particulièrement drôle dans Funny Bones, mais tous les saltimbanques qui y figurent sous exceptionnels, sans compter Ticky Holgado, in English, please ! On retrouve Leslie Caron, l'héroïne d'Un Américain à Paris et de Gigi, et le rôle principal est tenu par Oliver Platt. Dans tous ses films, Peter Chelsom semble attiré par les retrouvailles et l'usurpation, mais comme je déteste que l'on me raconte un film, j'espère seulement vous mettre l'eau à la bouche en vous livrant cette jolie scène de playback sur zapping radiophonique récupérée en auscultant YouTube :


Avec le même Lee Evans, ajoutons une petit extrait dialogué qui montre la variété humoristique du film :


On trouve le dvd original avec seulement des sous-titres anglais pour 3,83€ sur Amazon.fr (en fait en import Zone 1 chez caiman amerique ou dvdlegacy.fr) ou un peu plus cher dans sa version Zone 2 sous-titrée Les drôles de Blackpool.

vendredi 15 juin 2007

(Publicité)


Plusieurs camarades qui ne sont pas des experts en informatique ont choisi de composer et enregistrer avec le logiciel GarageBand livré d'office avec les ordinateurs Apple (achetable séparément dans le pack de la suite iLife 06). Plutôt que de se lancer sur un logiciel complet et complexe, ils ont opté pour la simplicité de GarageBand. Bâti autour d'un système de boucles audio préenregistrées qu'on empile et se succèdent, il offre un séquenceur midi et des instruments d'une qualité surprenante. Le micro intégré du MacBook permet d'enregistrer ses propres prises, de leur ajouter des effets et des simulateurs d'amplis. En lui adjoignant un petit clavier USB, on se retrouve à la tête d'un studio simple, efficace, ludique. Si l'on souhaite étendre les possibilités orchestrales, Apple vend des banques de sons spécialisées. C'est l'outil idéal pour aborder la composition musicale sur ordinateur sans ne rien dépenser de plus que la machine de base. Évidemment il y a tout de même de grosses lacunes : pas d'impression de partition, ni changement d'armature ou de tempo pendant le morceau, exportation seulement en audio grâce à iTunes... Par contre, logique maison oblige, la version 3 communique avec iMovie, iWeb, iChat permettant d'enregistrer les conversations à trois, de réaliser des podcasts, sonoriser ses films... J'ai toujours aimé les jouets, surtout s'ils peuvent s'avérer utiles.

Illustration composée d'après Video Quartet de Christian Marclay dont l'exposition se termine le 24 à la Cité de la Musique.

jeudi 14 juin 2007

Internet : police privée, police d'état


De petits producteurs français indépendants de disques ont récemment reçu le message Le Peer-to-Peer vous menace, notre agence vous protège ! émanant d'une société française, située à Paris, spécialisée dans la protection des droits d'auteurs et de la lutte contre la diffusion d’œuvres contrefaites sur les réseaux Peer to Peer et Internet. Arguant d'une baisse de 10% du chiffre d'affaires du marché français du disque l'an passé et d'une collaboration avec les multinationales les plus importantes, cette agence propose ses services moyennant près de 1000 euros par mois et par album. Vous avez bien lu : 1000 euros par mois et par album ! La veille est évidemment annoncée 24h sur 24 et 7 jours sur 7, la protection couvrant l’ensemble des protocoles P2P. La proposition consiste à rechercher les fichiers contrefaits, à diffuser des leurres afin de dissuader les vilains pirates, à les intimider en leur envoyant copie des lois en vigueur et à fournir quelques statistiques. Aucune garantie ! Cette affaire apparaît très lucrative. Une note en bas de page m'a intrigué, elle stipule : "Le contenu de ce message électronique est confidentiel et destiné à l’usage du destinataire désigné. Si vous n’êtes pas le destinataire, nous vous informons que toute utilisation, diffusion, retransmission ou copie de cet e-mail est strictement interdite..." Tiens, tiens, qu'est-ce ça cache ? On sait que les virus sont le plus souvent l'œuvre des sociétés qui fabriquent les anti-virus. Il y a vraiment du fric à se faire sur Internet, ils ont raison.

Coup de théâtre. J'ai l'idée d'illustrer ce billet avec un en euros. Je le place dans le scanner, le sauve sur mon bureau, mais lorsque je l'ouvre dans Photoshop, le logiciel m'annonce qu'il est interdit de recopier des billets de banque. Photoshop reconnaît donc les billets de banque ! Big Brother is watching you. Je reste époustouflé. Redirection automatique vers un site avec explications détaillées de la loi. Empêchement technique de l'imprimer, mais tel n'est évidemment pas mon but, désirant simplement attirer l'attention vers les chasseurs de primes. Il existe une tolérance pour Internet à condition que la résolution ne soit pas de plus de 72dpi et que le mot SPECIMEN barre le billet. Je me simplifie la vie en googlisant une image d'euros ne laissant aucun doute sur mes intentions. Je ne tiens pas à me retrouver au bagne pour avoir choisi de vrais billets plutôt que ceux du Monopoly. J'aborderai l'immobilier une prochaine fois.

mercredi 13 juin 2007

En vrille


Il n'avait pas suffi que je me casse le dos jeudi dernier, hier soir j'ai tordu mon petit orteil en préparant le barbecue pour les sardines. Deux fois de suite, je pars en vrille. Un vice de fond ? Le point d'interrogation que je scotche avec du sparadrap m'arrive en pleine poire. Une vis déforme. Ma colonne vertébrale est en baïonnette et mon petit doigt ressemble aux petits gris que Françoise cueille dans le jardin pour les déguster à la suçarelle. On avait assez qu'ils saccagent nos plantations, on est passé à la contre-attaque. D'habitude, je heurte mon petit orteil quand vient l'été, mais cette fois j'étais en tongues et j'ai seulement effectué une rotation du pied gauche pour ramasser le bois mort dont j'avais besoin pour allumer le feu. C'est déprimant de recommencer chaque année le même tour. Prendre son mal en patience. Heureusement, j'étais déjà sous anti-inflammatoires à cause de mon sacrum. J'ai pris une dose d'arnica, j'essaye de faire comme si de rien. Tu parles ! Ça pique, ça brûle, je marche en crabe et me voilà épinglé à la maison sans pouvoir enfiler une chaussure. Je n'ai plus qu'à me concentrer sur les derniers fichiers de mon conejo et composer avec Bernard le carnaval brésilien accompagnant la danse des trente-deux jeunes filles. Danser, ce n'est pas demain la veille...

mardi 12 juin 2007

Persepolis, roman en vignettes et phylactères


La parution dans Libération de Persepolis, la bande dessinée de Marjane Satrapi, ne m'avait pas du tout accroché. Peut-être était-ce sa place dans le journal, la qualité du papier ou les à-coups du feuilleton, mais je n'avais rien pressenti de sa qualité tant scénaristique que graphique. Tandis que je fais mon marché au Monte-en-l'air, rue des Pannoyaux, l'un des fournisseurs du magasin de BD me raconte qu'il l'a relue d'une traite la veille et que l'œuvre en a pris toute sa dimension. Je me laisse convaincre, mais je commence par un Blutch, un Clowes et un Sfar (voilà 15 ans que je suis largué rayon BD), avant d'attaquer le pavé de Satrapi. Et bien, je l'ai dévoré sans pouvoir le lâcher tant l'épopée iranienne est passionnante, à l'image du Maus d'Art Spiegelman. De plus, l'à-plat noir et blanc est parfaitement adapté à son sujet. Marjane, apprenant à dessiner des nus contrôlés par les barbus au pouvoir, a d'abord été réduite à se faire la main sur les drapés du voile. Elle en a acquis sa maîtrise, une économie de moyens pour un maximum d'informations et d'émotion. Le roman en images est depuis devenu un film d'animation réalisé en collaboration avec Vincent Parronnaud, Prix du Jury à Cannes (sortie en salles le 27 juin). L'excellent éditeur L'association publie les 4 tomes parus séparément entre 2000 et 2003 en un seul volume, décuplant sa puissance évocatrice. L'histoire se déroule entre 1980 et 1994 à Téhéran, avec une incartade autrichienne tout aussi édifiante que le compte-rendu de la "révolution" islamique. À travers sa propre histoire et son épopée familiale, la petite fille traverse le régime des mollahs, la guerre Iran-Irak, celle du Koweit, etc. Elle en ressortira grandie, adulte, pour une "success story" qui n'a rien de lénifiant. Comme Maus, Persepolis est une bande dessinée qui peut plaire à des lecteurs peu friands de bandes dessinées, mais qui aiment les histoires vécues, les romans épiques et les témoignages incontournables. Pour les autres, il y aussi le style, le trait, un monde en soi.

lundi 11 juin 2007

The Wicker Man


Je n'ai jamais autant lu de critiques assassines sur le site américain Amazon qu'à propos du dernier film de Neil LaBute avec Nicolas Cage, The Wicker Man (L'homme d'osier), mais je m'en suis méfié tant les films de ce réalisateur sont controversés, générant chaque fois des interprétations contradictoires. Remake d'un film anglais de série B signé Robin Hardy en 1973, LaBute en a féminisé le scénario, mettant en scène la revanche des femmes sur les hommes, une constante de son œuvre. Il est compréhensible que les ligues morales américaines voient d'un mauvais œil les provocations du cinéaste mormon. Si la cruauté des femmes s'exerce ici symétriquement par rapport à ce qu'elles ont subi depuis le procès des sorcières de Salem, n'est-ce pas une manière de souligner celle des hommes, celle-ci bien réelle et pérenne ?
Ce film, du genre fantastique, n'est pas le meilleur de son auteur, mais il éclaire la démarche extrêmement originale de ce cinéaste et homme de théâtre quasi méconnu en France. Il y sortira d'ailleurs le 15 août prochain, jour de l'Assomption, amusante coïncidence puisque la communauté de Summersisle Island célèbre la mort et la renaissance (les Protestants ne peuvent souscrire à cette fête qui glorifie Marie, et je me demande bien dans quel état laïque nous vivons) ! Comme le savent probablement mes lecteurs, la religion n'est pas ma tasse de thé. Cet opium du peuple ne me fascine pas plus que les manipulations du nouveau dieu qu'incarne la télévision. Les fantasmes du personnage joué par Nicolas Cage permettent d'évoquer notre monde, machiste et brutal, englué dans de prétendus bons sentiments.
Le dvd (zone 1) propose deux versions. La version de la face A du disque est augmentée d'une scène violente exclue des salles américaines. Mais, chose étonnante, cette version expurgée de la scène censurée propose une coda supplémentaire offrant un intéressant rebondissement. En assistant au racolage d'un nouveau jeune policier dans un bar, on comprend l'identité de la prochaine victime, à sacrifier dans quelques années, lorsqu'il sera mûr !

Sarkozy saoul au G8


Les chaînes françaises ont évité soigneusement de diffuser le discours de Sarkozy au G8. C'est sur le site du Monde sur lequel figure un plus long extrait. Je me demande chaque fois si la fragilité et la vacuité du nouveau président ne lui profitent pas aux yeux de ses thuriféraires. Il est évident que les sorties du gamin sont de la chair à psychanalyse. Celui qui l'a saoulé l'a compris. Tous ses dérapages seraient émouvants si ce type ne dirigeait pas le pays. Ses caprices risquent de coûter cher. Angoisse.

dimanche 10 juin 2007

Superstar: The Karen Carpenter Story


Superstar: The Karen Carpenter Story, le film de Todd Haynes (1987), interprété par des poupées Barbie avec des inserts documentaires sur la vie américaine et l'anorexie, recèle déjà le style de l'auteur de Safe et Far from Heaven. Sous prétexte d'absence de droits sur la musique, Richard Carpenter, le frère de Karen, fit interdire le film qui le montrait sous un angle peu flatteur. Le tournage avec des poupées insiste sur la vie en matière plastique de l'Amérique des années 70, le fantasme du corps et la manipulation familiale. 43mn 19s sans sous-titres français, désolé, mais c'est un film culte difficile à voir...

samedi 9 juin 2007

Une demi-seconde par année


Comme d'habitude, je m'étais mis dans de beaux draps. En regardant le pilote de la série dont je dois composer la musique, j'ai cherché comment rendre l'époque De Gaulle, soit des années 40 aux années 60, et ce pour un public d'enfants de 12 ans environ. Les documents d'archives étant déjà sonorisés et le plus souvent illustrés musicalement, je voulais cadrer la charte sonore pour ne pas en rajouter dans la dispersion. Un traitement sobre soulignant seulement les ajouts graphiques du réalisateur me semblait propice. J'ai soudain pensé à la guitare électrique, instrument qui a marqué toute cette période et qui parle aux ados d'aujourd'hui sans que cela fasse daté. La question la plus épineuse concernait le générique : faire défiler trente ans en quinze secondes ! En proposant mon idée, je connaissais le guitariste capable de jouer manouche, rock'n roll, psychédélique et de s'éclater en imitant des bruits plus ou moins évocateurs. Mais encore fallait-il qu'il ne soit pas en tournée avec Sanseverino...
Hervé Legeay est venu avec deux grattes, une Maurice Dupond de 89 et une Gretsch Anniversary 1961, et nous nous en sommes donné à cœur joie ! Ondes, bulles, paquebot, envol de billets, énergie et tendresse... J'ai programmé quelques effets et le pédalier, calé chaque phrase avec les séquences du film et le tour est joué. Je n'ai plus qu'à mixer l'ensemble et livrer un fichier stéréo à intégrer dans le mixage définitif.
C'est toujours un plaisir de travailler avec Hervé. Tout semble simple. On imagine, on teste, on fait tourner. On cherche, on trouve. Dans le cd Carton il joue sur Camille et Dodéca Couac, il est du ¡ Vivan las utopias ! sur le Buenaventura Durruti et accompagne Elsa lorsqu'elle avait 6 et 9 ans sur le cd téléchargeable avec la revue Sextant qui vient de paraître (avec aussi un Machiavel live au Glaz'art !). Pour nato nous avions enregistré un hommage à John Cassavetes qui n'est jamais sorti. J'apprécie son enthousiasme pour les projets auxquels il collabore. Il se met dans la peau de son personnage en posant le décor (le timbre) et en ciselant la mélodie qui le guidera.

vendredi 8 juin 2007

L'essentiel (d') Egoyan


Presque tous les longs-métrages du cinéaste canadien anglophone d'origine arménienne Atom Egoyan sont présents dans le coffret dvd édité par TF1 sous le titre L'essentiel d'Egoyan : huit films auxquels, si l'on souhaite être complet, il faudrait ajouter Felicia's Journey et Where the Truth Lies, ainsi que les courts-métrages et les réalisations pour la télévision. Peu de bonus, quelques commentaires audio non sous-titrés, le coffret manque cruellement d'informations, même techniques, recentrant tout sur les films en une rétrospective passionnante.
Il y a des cinéastes qui font corps avec leurs œuvres : par exemple Pasolini, Herzog, Cronenberg, Lynch... D'autres, comme Stroheim ou Buñuel, choisissent des scénarios fantasmatiques qui tranchent avec leur réel. Atom Egoyan est de ceux-là. Apparemment détaché de ces turpitudes, il met en scène des situations scabreuses et parfois franchement glauques. Ses personnages refusent l'état des choses et se font du cinéma, traversant le miroir des apparences grâce à de subtils tours de passe-passe où des écrans, le plus souvent cathodiques, figurent les collures d'un montage plus intriqué que parallèle. Le son d'une scène projetée ponctue ainsi l'action des acteurs censés la regarder. Ça tuile et ça frotte. Les glissements de rôles relèvent de la psychanalyse sans qu'il soit besoin d'en donner laborieusement les clefs. Les fausses pistes sont en fait de faux-semblants. Atom Egoyan bat les cartes et les redistribue en bravant les tabous de la famille. Dès son premier film, Next of Kin, par de subtils cadrages et une maîtrise explosée du montage, il tord le cou de la grammaire cinématographique. Ses allers et retours pleins de malice tranchent avec des situations dramatiques essentielles qui mettent en abîme la vie que l'on se pourrait se choisir. Dans les premiers films, le fils adopte une nouvelle famille qui a perdu le sien (Next of Kin), le fils protège la mère de sa mère disparue contre un père autoritaire (Family Viewing), passée au crible d'un scénario la sœur devient le frère (Speaking Parts), autant de greffes réussies ou rejetées.
Un atome (du grec ατομος, atomos, « que l'on ne peut diviser ») est la plus petite partie d'un corps simple pouvant se combiner chimiquement avec une autre. S'il faut toute une vie pour savoir qui nous sommes, Atom Egoyan traque l'identité de soi dans le regard des autres. L'ego ne suffit pas, il cherche un prénom qui anticiperait le nom. Pirouette, cacahouète. Avec The Adjuster, le cinéaste réaffirme sa compassion pour les vies qui s'éteignent, éparpillant les cendres pour fertiliser de nouveaux territoires plutôt que raviver le feu. Il montre les limites du personnage dans The Sweet Hereafter (De beaux lendemains), l'exorcisme passant entre les mains d'une jeune fille qui réinvente le mythe pour soigner la douleur de tout un village. Exotica est le feu d'artifice de la première période d'Atom Egoyan, le bouquet final avant que la nuit reprenne ses droits. Suivront des films plus conformes à la loi (du cinéma, fut-il grand public ou home movie), axés sur une quête plus communautaire qu'identitaire : Calendar, Ararat, Citadel... Le flux musical noie les coupes aiguisées et le rythme très personnel par un sirop de plus en plus envahissant. Il n'est hélas pas le seul. Sa fidélité envers ses comédiens (Arsinee Khanjian, David Hemblen, Gabrielle Rose, Maury Chaykin...) contribue à tisser le fil d'Ariane qui court le long de son œuvre. La vérité nue (Where the Truth Lies) entame-t-il une nouvelle période ou bien Atom Egoyan va-t-il dresser des ponts entre ses recherches formelles les plus audacieuses et son souci de plaire au plus grand nombre ? Comment atteindre la paix intérieure lorsque l'on a choisi le labyrinthe du palais des glaces comme décor virtuel à ses interrogations fondamentales ? Tournage en septembre.

Photo © Aldo Sperber

jeudi 7 juin 2007

Le come-back d'Annick Rivoire


Depuis son départ de Libération où elle était devenue responsable du service culturel nouveaux médias, Annick Rivoire évoquait souvent son désir de lancer une nouvelle revue, mais, avant cela, de se faire les dents sur le Net. C'est chose faite avec le lancement du blog Poptronics auquel participent également Elisabeth Lebovici (responsable du Pop'lab), le graphiste Toffe (que j'ai connu grâce au label de disques in situ qui produisit notre Jeune fille qui tombe... tombe), David Guez (conseiller ès code), l'artiste Pierre Giner et quelques autres dont Benoît Hické qui me communique cette nouvelle adresse fort recommandable. Le blog est structuré en Pop'agenda (les articles), Pop'fil (événements à voir), Pop'lab (Guez en est le premier invité), Pop'in (forum en construction), Pop'qui (les bios de cette nouvelle communauté)... Le graphisme, issu du croisement de l'informatique et du papier, est un hommage aux sources de la part d'une technologie récente, mais le style lo-fi est fatiguant à lire. Heureusement, Annick Rivoire est curieuse, rigoureuse, opiniâtre. Je mets de ce pas un lien RSS sur ma page Netvibes.

mercredi 6 juin 2007

Rémanence


Perception rétinienne de la machine. Sur iChat, l'écran conserve la dernière image de notre conversation. Depuis l'intégration d'une caméra aux derniers Mac, les échanges vidéos se multiplient. Pierre-Étienne me montre son épaule trois fois démise et parle de son métier de pilote de Boings depuis le village de Navata en Catalogne, Fred me laisse espérer des nouvelles de FluxTune depuis son château de St Laurent-le-Minier, Françoise envoie ce cliché ciotaden alors que je prends congé de Giraï qui, malgré ses 97 ans, jubile de ces avancées julesverniennes. C'est devenu très simple. Il suffit d'un double-clic pour amorcer la connexion. Ce n'est pas qu'un gadget pour se voir en plus de s'entendre. Je montre une mise en pages, vérifie des numéros, précise les dimensions d'un objet... Plein écran. Nous nous amusons à faire courir deux réalités simultanées comme dans le projet iKitchenEye de Françoise. On peut s'y mettre à trois ; une foule d'applications vont se découvrir d'elles-mêmes.
Derrière moi, on aperçoit la valise d'Aldo Sperber, des années où il réalisait plus de sculptures que de photographies. La figurine dans la cavité centrale s'allume le soir, comme un autel païen à une divinité du voyage. Si c'est cela, c'est raté, je fais du sur-place. Je suis en peignoir de bain malgré une heure très avancée de la journée. J'ai beau commencer très tôt, 6 heures ce matin, j'ai du mal à m'arrêter de travailler. Même pour aller faire ma toilette. Si je suis invité à une vidéo-conférence, je fais attention de ne pas être à poil ! Je me débrouille néanmoins pour ne pas faire le tour du cadran dans cet état. Ce serait déprimant, destructurant. Sur la capture-écran, je vois ma fausse incisive qu'il faudrait remplacer. Auparavant, on s'en rendait compte seulement lorsqu'elle était éclairée par une lumière noire. Ma main expose impudiquement ses lignes à tous les chiromanciens.

mardi 5 juin 2007

Être artiste en Sarkozie

Les documents originaux, sans commentaire.

lundi 4 juin 2007

Enfin un dimanche...


Après deux jours d'enregistrement non-stop de la voix espagnole du lapin Nabaztag avec Maÿlis et Christina, j'ai besoin de m'échapper de notre joyeux, mais exténuant clapier. Il est difficile de se concentrer dans les deux langues alors que je n'en parle qu'une. J'enchaîne avec mes réponses aux dernières questions de la revue Jazzosphère et joins une demi-douzaine de photos. Enfermé depuis des jours, je m'asphyxie à jouer le chroniqueur tendre de disques frais et le maître de cérémonie en peignoir de bain. J'aurais préféré l'aiguilleur du ciel de lit ou le fils de l'air à fredonner, mais le planning n'est pas élastique. Dimanche après-midi, la coutume familiale excluant la fête des mères instituée par le Maréchal Pétain, je saisis l'invitation de ma fille Elsa de passer la voir rue de Tolbiac. Elle a fabriqué des mobiles de plumes, de gélatines découpées, de pendeloques en faux cristal et un rideau de voile en patchwork de toutes les couleurs. Elle a collé de la mosaïque en pâte de verre, posé du canisse au plafond, repeint les murs, enroulé des chapelets de fleurs en plastique autour de la chasse d'eau. Le petit deux pièces est décoré comme un cirque à la Calder, une roulotte de romanichels. Elsa recrée chez elle les strass de la piste et le vertige des cintres.


À l'heure du thé, Yann-Yvon m'épate avec son premier tiramisu, c'est à se damner. Le soir chez Quán Cây O't (c'est un nom qui ne s'invente pas, même s'il est sous-titré Le piment d'or), Elsa et moi dînons d'une salade de papaye au bœuf séché, d'une onctueuse anguille au lait de coco avec citronnelle, vermicelles et cacahouètes et de brochettes de porc accompagnées de diverses herbes et feuilles qui enchantent notre palais. C'est une découverte. En revenant à pieds dans la nuit, nous nous arrêtons pour acheter de l'huile de massage à l'arnica et du bain défatiguant au marron d'Inde. Voilà des mois que j'y pense. C'est comme le scanner de mâchoire que je repousse de semaine en semaine, n'importe quoi ! En bas de son immeuble, Elsa me pose des questions d'éthique auxquelles je ne sais pas répondre.

dimanche 3 juin 2007

Things have gotta change


Chaque long entretien avec Archie Shepp semble embrasser à la fois toute sa carrière et l'histoire du peuple afro-américain, à travers la musique et le jazz précisément. Pourtant, que ce soit pour notre Cours du Temps dans le numéro 13 des Allumés, pour l'édition spéciale que Jazz Magazine lui a consacrée le mois dernier (interview avec Christian Gauffre) à l'occasion de son 70ème anniversaire ou pour le film tourné par Franck Cassenti en 1983 qui vient enfin de sortir en dvd, les histoires qu'il raconte sont chaque fois différentes, révélant ainsi la profondeur du monsieur.
Fatigué des arnaques de producteurs indélicats, Archie Shepp sort Gemini, troisième album de son label Archieball, et double puisque The Reverse enregistré cette année est accompagné d'un Live à Souillac de 2002. Rien d'étonnant non plus à y trouver le rappeur Chuck D de Public Enemy, la révolte est plus nécessaire que jamais : sur toute la planète règnent l'international du profit à court terme et la cynique exploitation de l'homme par l'homme. À Souillac, il rencontre la chanteuse et pianiste Amina Claudine Myers pour un set bluesy, mais il ne dédaigne jamais hurler sa colère et murmurer sa détermination. Le sax et la voix de Shepp éructent ses soixante-dix balais, tandis que paraît en dvd le meilleur film de Frank Cassenti, Je suis jazz c'est ma vie, tourné en 83. Très beau livret avec photos de l'incontournable Guy Le Querrec commentées par Shepp et boni de concerts à Porquerolles.
Depuis Blasé et Poem for Malcolm, j'ai toujours été transporté par le timbre du ténor de Shepp. Je dois bien posséder une cinquantaine de disques. J'ai écouté et réécouté Montreux One, There's a Trumpet in My Soul, Attica Blues, Things have got to change... qui ne sont peut-être pas les plus courus. J'apprécie souvent le jazz (un mot que n'aime pas Shepp) lorsqu'il croise des musiques noires plus populaires comme le rhythm 'n blues ou le funk. Ainsi je suis fan de Roland Kirk, du New Grass d'Albert Ayler, mais aussi Miles Davis période Bitches Brew, Don Cherry...

samedi 2 juin 2007

Musique de chambre au zavrila


Jean Morières fait de plus en plus de concerts en appartements avec sa flûte zavrila. Il l'a conçue, fabriquée et en joue dans un recueillement qu'il fait partager à son auditoire. La proximité oblige le public à la même concentration que le musicien. On apprend à respirer. Si la première pièce était inspirée du shakuachi, la suite était plus contemporaine. Une spectatrice fut d'ailleurs prise d'éclats exclamatifs à chacune des percussions de l'air tout le long du tuyau en buis. Comme si Jean la chatouillait sans prévenir. Après l'entr'acte où l'on pouvait se distraire autour d'un punch et d'un agréable buffet, le saxophoniste Stéphane Payen le rejoint pour un duo délicat qui fait ressortir ce pourquoi la musique de chambre n'a besoin d'aucune amplification. Elle se retrouve enfin dans son élément.

vendredi 1 juin 2007

N'ayez plus honte lorsque sonnera votre portable


En 2004, Antoine Schmitt et Adrian Johnson créent sonic()bject, site de téléchargement de sonneries de téléphones portables commandées à 17 compositeurs contemporains. Très investi dans le projet, j'ai moi-même les honneurs de Capital sur M6 ! Malheureusement, il ne suffit pas de faire, il faut avoir les reins assez solides pour promouvoir : les résultats financiers ne furent pas à la hauteur de l'intelligence, de la qualité et de l'éthique défendues par les fondateurs avec le soutien des créateurs associés.
Fin 2005, Roland Cahen suggère de "faire passer Sonic Object du monde commercial au monde merveilleux du Creative Commons (opensource, libre, etc..)." Dixit Antoine qui vient de réaliser les modifications techniques et éditoriales sur le site pour réaliser ce passage. Depuis hier les sonneries du site Sonic Object sont donc en licence Creative Commons by-nc-nd. Elles sont gratuites, copiables, distribuables librement mais sous certaines conditions : les auteurs doivent être toujours mentionnés, l'utilisation commerciale est interdite ainsi que la modification de la sonnerie...
Vous pourrez faire sonner gratuitement votre téléphone portable aux sons de Dominique Besson, Roland Cahen, Brian Clevinger (le créateur du logiciel Absynth), Vincent Epplay, Alexandre Gherban, Pascale Labbé (voix), Luc Martinez, Joachim Montessuis, papadad (Adrian Johnson), Didier Petit (violoncelle), Hélène Sage (dont la série des synonymes a enchanté maintes copines qui les ont adoptés), Antoine Schmitt (son fax en a perturbé plus d'un !), servovalve (également auteur du graphisme du site), Bernard Vitet (série animalière à la trompette), Wild Shores, Hervé Zénouda et moi-même.

J'avais composé trois séries. Les Flûtes évoquent un monde zen où la sonnerie n'implique pas obligatoirement le stress, c'est celles que j'utilise sur mon propre téléphone. Les Hours coïncident chacune à l'heure d'un repas pour éviter la monotonie de la répétition. Le timbre de la guimbarde (Jawharps) fonctionne merveilleusement avec ces petites machines au haut-parleur ridicule.
Chaque sonnerie peut être écoutée avant téléchargement, mais c'est en boucle qu'elles prennent tout leur sens lorsqu'elles retentissent dans votre poche ou votre sac. Un court texte de présentation de chaque compositeur accompagne sa collection... Les biographies n'ont pas été mises à jour, mais elles donnent une petite idée de la personnalité de chacune et chacun.