Jean-Jacques Birgé

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vendredi 31 août 2007

Fin du voyage


Les éclats des voyageurs se mêlent au boogie woogie ferroviaire pour une bande son tricot digne d'un Godard : un jazzman américain évoque les continents traversés de sa voix de stentor, un grand beur et un petit black aident une vieille dame peroxydée en la charriant sur sa valise pleine de lingots, une blonde mouche son chien à nœud nœud, une famille nombreuse de petites filles sautille autour de leurs jeux vidéo, une jeune suisse allemande fait des efforts d'articulation, les sacs à dos se bousculent, les wagons s'échangent, la barmaid fait sa Betty Boop et la contrôleuse aux ongles vernis assortis à son uniforme gris, mains et pieds, chtonque le billet... Nous avons quitté Pascale dans le décor western de la petite gare de Saint Geniès de Malgoirès pour faire la course avec Xana dont l'avion barcelonais atterrit à Orly pendant que notre TGV freine derrière son pareil en panne. Françoise est plongée dans une fourmilière littéraire et je recommence à penser utile.

jeudi 30 août 2007

L'épave


Visite très gore d'une cave vinicole abandonnée aux pigeons. L'atmosphère est acre, irrespirable. Cinq mille mètres carrés de cuves, chambres d'écho naturelles, d'escaliers métalliques, coursives d'un cargo crasseux, de terrasses surplombant les vignes et les collines sous un soleil couchant, pleine lune brûlante à l'échelle du navire de béton échoué. Rentrés, nous prenons une vraie douche.

mercredi 29 août 2007

Le fil


Que l'on gravisse les marches ou que l'on s'enfonce dans l'obscurité, la vie ne tient qu'à un fil. Ignorant le temps, les plus jeunes grillent leurs cartouches et traversent n'importe comment devant les automobiles. Les plus âgés aussi, parce qu'ils savent que l'heure approche et que plus rien n'a d'importance. Entre les deux, on apprend à manier l'embrayage pour savourer le jour et la nuit. Pas de rétrogradation, mais une danse subtile au tempo changeant, aux mouvements sûrs, aux pas hésitants. Jusqu'où peut-on aller trop loin ? Le droit à l'erreur exige un minimum de responsabilité, le code en montre les limites. Peu le respectent, mais il y a l'art et la manière. La maturité n'est pas l'apanage des anciens, ni le gâtisme celui de la vieillesse. S'endormir au volant peut être fatal. Oublier l'insécurité des bas côtés, et c'est l'accident. La vie est une course d'obstacles où l'on en saute un pour mieux affronter le suivant. À chaque extrémité de la ligne, des portes s'ouvrent sur des univers insoupçonnés. On ne peut que s'avancer pour les découvrir. La persévérance est le maître mot. Le demi-tour n'existe pas, les droites non plus. Il y a des raccourcis et d'immenses méandres. Dans ce labyrinthe extraordinaire, il faut savoir saisir le fil, chacun le sien, pour ne pas être encorné, ne pas être avalé trop tôt. La fin est biologiquement inéluctable, mais il n'est temps de s'en soucier que lorsque la fatigue vous gagne. Si la jeunesse a parfois peur de la mort, qu'elle ne s'en soucie pas, son temps n'est pas encore venu. Elle ne vient que si on l'appelle. Sauf accident. Car la vie n'est pas juste. Alors surgit le second mot d'ordre, la solidarité, la seule valeur qui résiste à tous les temps et à tous les usages.

mardi 28 août 2007

Fissures


Depuis une dizaine de jours, mes billets laissent transparaître une certaine paresse. J'avais besoin de me relâcher. C'est à cela que servent les vacances. Ce matin, j'hésite entre l'avion à réaction qui a déchiré le ciel en rase-motte et ma visite chez un étiopathe adulé dans la région. Le son du premier, s'il dénotait une arrogance stupide de notre force nationale, était à couper le souffle. J'ai eu l'impression que la Terre s'entrouvrait, dessinant un spectre inouï, la richesse de l'enfer. Le second, traitant des énergies qui nous traversent, ne pratiquait aucune manipulation, mais volait entre psychologie, ostéopathie, magnétisme et je ne sais quelle recherche paramédicale qui laisse entrevoir les possibilités insoupçonnées du corps et de l'esprit. Si le praticien laissait deviner un nouveau souffle, dans les deux cas la faille s'ouvrait sur un monde à l'envers.

Illustration du mur du son récupérée sur Internet.

lundi 27 août 2007

C'est le fond qui manque le moins


Du haut de l'ancien chais, on devine en contrebas, tout au fond à gauche, après une enfilade de pièces, la fenêtre d'une chambre reculée où Jean, assis en tailleur, travaille sa flûte zavrila, lorsqu'il ne joue pas les maçons ou les serruriers. Je le surprends dans la cuisine avec Pascale, un étrange complexe plombier à la main. Ils rêvent et transforment les grands espaces intérieurs. En perpétuelle mutation, les volumes se contruisent et se meublent, dessinant doucement leur destination définitive. Dans l'immense cave voûtée de la petite maison, Jean défonce un mur à la recherche d'un trésor comme s'il était le héros d'une fable de La Fontaine... Le soir, pour changer, nous refaisons le monde.

dimanche 26 août 2007

Du bateau


D'abord horrifié par La Grande Motte, je l'ai trouvée plutôt chouette en comparaison du reste de la côte. Peut-être que dans trois siècles, s'il reste quelqu'un sur Terre, on imaginera que ces pyramides abritaient quelques rituels magiques devenus depuis obscurs aux nouvelles civilisations.
Partis à cinq à Sète chercher Fani, nous étions assis à six en revenant au port, fuyant les joutes du Grau du Roi et nous pâmant, au passage, devant les troupeaux de flamands roses pêchant devant Aigues-Mortes. Le vent nous a soûlés, le soleil tannés, le dîner rassasiés...

samedi 25 août 2007

Deezer, nouvelle carotte de la gratuité


La gratuité est avancée aujourd'hui comme jadis les prix avantageux de la Fnac. On avait déserté les petits disquaires, plus chers, qui ont fini par fermer boutique. La Fnac, devenue quasi monopoliste, a ensuite restreint l'offre pour ne plus proposer que ce qui se vend facilement. Cette semaine encore, un vendeur de la Fnac Nîmes nous confirmait que l'enseigne dite culturelle ne travaillait plus avec les distributeurs indépendants !
Les sociétés d'auteurs, qui ont déjà pensé défendre les artistes par une loi impossible à appliquer et par la répression, ont-elles envisagé que le pacte avec Deezer pouvait cacher à terme un étranglement terrible de toute la création ? Quelles garanties ont-elles reçues ? Si la publicité alimente la libre circulation des œuvres sur Deezer ou YouTube, les annonceurs ne seront-ils pas en position de faire pression et de prendre la direction des opérations ? Souhaitons-nous que les œuvres soient transformées en support de pub ?
La gratuité ressemble bigrement à une carotte géante dans une époque où toute denrée vitale a une fâcheuse tendance à l'augmentation. Est-ce une manière de décrédibiliser les derniers acteurs de la critique sociale, empêcheurs de tourner en rond, rêveurs d'un autre monde possible ? En attendant de savoir de quoi sera fait demain, profitez de la libre circulation des œuvres, mais n'oubliez jamais qu'il n'est pas dans les usages du Capital de faire des cadeaux... Et qu'il saura réclamer son dû en temps et en heure !

Le rouleau compresseur du mp3 est à l'œuvre ce que la carte postale est au tableau, la télé au grand écran, la poupée gonflable à toi mon amour, etc. Les leurres fleurissent par milliers, plantes en plastoc qui poussent sans eau, et sans odeur...
C'était jusqu'ici le discours de l'amateur de musique éclairé... Un nouveau pas vient d'être franchi, la gratuité, légale ! Le site français deezer.com signe avec la Sacem et Sesam un accord de rétribution des auteurs indexée sur les revenus de la publicité sur le site. Deezer.com, disponible en 16 langues, créé après la fermeture de Blogmuzik.net en février dernier, propose déjà 250 000 titres à l'écoute. Il ne s'agit pas de téléchargement. Un lien redirige vers l'achat en ligne sur iTunes. Mais la nouvelle est de taille : l'écoute est gratuite, illimitée, légale et accessible via votre navigateur Internet. On peut créer ses propres listes d'écoute, partager les morceaux avec ses potes et même enrichir la base de données avec ses musiques en mp3, que l'on en soit ou non l'auteur !
La promotion des titres par leurs producteurs fera la loi plus que jamais. Le facing, la vitrine, fera la différence entre les blockbusters et le reste, musiques alternatives et bibliothèque babylonienne de toutes les pratiques "amateurs" confondues. Le Net enterrera-t-il les indépendants ou leur fournira-t-il un espace de résistance, à l'instar de MySpace dont les pages se vêtent de plus en plus d'annonces publicitaires ? C'est la grande question, l'enjeu vital pour tous les artistes qui ne rentrent pas dans le moule du formatage et de la culture Kleenex...
Il est pourtant à craindre qu'Internet, entrant dans une nouvelle phase, de services et de commerce, ne laisse que peu de place aux indépendants qui refusent de se conformer aux canons du moment. Lorsque les consommateurs auront tous adhéré aux nouvelles pratiques, il n'y aura plus qu'à les rendre payantes pour verrouiller le dispositif.

vendredi 24 août 2007

Morphée


Les fantômes évoqués la veille se révélèrent ailés quand la nuit fut venue. Le bourdonnement qui nous réveille disparaît aussitôt la lumière allumée. Nous avons beau dix fois scruter les murs immaculés, on n'y voit que du feu, à l'instar de l'inflammation épidermique causée par la piqûre. Pour désenvoûter notre chambre habitée, nous n'avons d'autre solution que d'accrocher, près du lustre vénitien, un voilage rouge sang que Pascale a cousu de ses blanches menottes. La nuit suivante, le leurre fait son effet. Seul le vent nous pousse. Notre radeau deguisé en fantôme aborde les sauvages contrées peuplées des créatures qui illustraient nos palabres du jour. Le ballet des petits moteurs volants ne peut plus nous atteindre. Nous sombrons dans les bras de Morphée. Hououou !

jeudi 23 août 2007

Somnolence


J'ai toujours eu l'impression que faire la sieste me plombait, me réveillant complètement crevé alors que je m'étais endormi en forme. J'ai les jambes coupées, les paupières lourdes, à moins que ce soit le contraire, les yeux déchirés et les jambes qui pèsent une tonne. Serait-ce un mal nécessaire, comme les enfants qui grandissent après une poussée de fièvre ? À terme, les heures de sommeil s'ajoutant au relâchement des tensions, me referais-je une santé en repartant du bon pied, le troisième œil s'entrouvrant sur le monde comme une genèse, le point zéro recherché, la perte indispensable pour regagner son centre, un jeu de pistes battu, coupé, rebattu, qui laisse monter la bonne carte sur le dessus du paquet ?
La maison de Pascale et Jean ne me facilite pas le travail. Si l'ancien chais abrite une salle immense, open space rehaussé de chambres modernes se cachant derrière des voiles indiennes, murs de pierres grimpant à plus de dix mètres, escaliers de métal, empilement de terrasses menant à l'horizon comme un promontoire surplombant des collines de végétation romaine, l'ancienne maison où nous avons élu domicile est un labyrinthe de pièces dramatiques mettant chacune en scène un petit théâtre de rêve. L'escalier blanc mène à quelque île grecque tandis qu'une antichambre aux papiers peints d'origine laisse espérer que l'une des pièces qu'elle dessert abrite le trésor convoité. Est-il besoin de sonder chaque mur ou devrions-nous nous diriger directement vers la cave conçue pour que s'y écoule une rivière entre ses arches fraîches en cas d'inondation ? Mais, contrairement au reste du pays, aucun déluge n'est programmé pour ces jours-ci.


L'atmosphère de fin d'été est douce, reconstituante, tendre comme le nuage qui semble enrober les hôtes de ces lieux, une collection de mammifères aimables, placides ou sautillants. Ce havre de paix abrite des chimères ancrées dans le réel. L'illusion est parfaite. Il existerait à portée de train une vie alternative qui s'appuierait sur les conclusions morbides que le monde d'aujourd'hui nous donne en pâture, une autre façon de marcher. Point de spéculation à en croire les témoignages sur pattes de ceux qui la traversent, mais une foule de questions laissées en suspens.

mercredi 22 août 2007

Répit


Même couleurs pour Françoise en plissé d'Issey Miyake et Pascale en gentille woman fermière servant leur petit déjeuner à Dada, Flika et Pilgrim tandis que Bambou et Médor, hors champ, gambadent allègrement dans la prairie attenante. Toute une faune gardoise, moustiques nocturnes et matous matois inclus, volettent et se frottent à nous aux heures des siestes du Midi. Jean travaille sa flûte zavrila dans une chambre du fond pendant que Mathilde roule vers Nîmes où Björk, ce soir, envahira les arènes. Je ne fais rien.

mardi 21 août 2007

La grande illusion


Doris nous confie Suite française d'Irène Némirovsky dans sa traduction anglaise qu'elle vient de lire lors de son séjour à Paris. Jonathan s'en saisit pour le dévorer avant son retour à New York et nous offre l'original en français. Après Françoise, je me presse de le terminer avant de quitter La Ciotat pour le laisser à ses parents à qui l'époque de l'exode et de l'occupation parlera plus qu'à moi. Jean-Claude adore l'histoire et Rosette me raconte le flot des réfugiés qui se déversait du nord sur les boulevards des Maréchaux Porte de Montreuil avec leurs vaches, leurs cochons et tout leur barda, impressionnant défilé à qui les Parisiens offraient du pain sur leur passage.
Le plus émouvant sont les notes et les lettres en annexes, mais il faut avoir lu le roman pour apprécier ces documents inestimables qui accompagnent le manuscrit oublié toutes ces années dans une valise, l'éclairant d'un jour nouveau très moderne. L'écriture était minuscule, comme la page du manuscrit de Georges Arnaud que j'ai retrouvée chez mon père. Pour l'une et l'autre le papier était rare ! L'histoire de 1941-42 est vécue par des personnages de fiction, récits parallèles qui dessinent une période fragile avec la plus grande délicatesse. Irène Némirovsky, écrivaine réputée avant guerre, fut déportée, comme son époux Michel Epstein, à Auschwitz. Russes blancs émigrés, ils auraient peut-être échappé à la mort si leur conscience de classe avait été plus critique. Ces grands bourgeois juifs partageaient avec les Nazis la haine du bolchévisme ! Le récit posthume a été publié grâce à la découverte récente de leurs deux filles qui avaient fui la capitale.
La peur fit sombrer la France dans l'absurdité, la collaboration et l'horreur. L'Histoire se répète. La peur est mauvaise conseillère.

lundi 20 août 2007

Du poisson frais au soleil


Après le lever du soleil, on n'attrape plus rien. Tout se passe à l'aube ou au crépuscule. Jean-Claude a pêché un monstre de près de 4 kilos, appelé denti à cause de ses dents pointues, et des bias, une sorte de maquereau espagnol. Les petits sont beaucoup plus vivaces que le gros. Si l'on tire trop fort sur la ligne, ils la cassent vite fait. La photo tient des poids et haltères. Le denti suffit à huit gourmands pour le repas de midi, les bias pour le dîner et il en reste pour aujourd'hui.
Ce matin, nous devions nous lever aux aurores pour accompagner le père de Françoise sur la Cuilleras, son pointu ou barquette marseillaise, mais le Mistral s'est levé, donc pas nous. L'an passé, nous avions fait une pêche miraculeuse de sévereaux. Une autre fois, j'avais rapporté un petit baracuda. Jean-Claude connaît les coins comme sa poche et la manière de les approcher... Il sait aussi les cuisiner !

dimanche 19 août 2007

Troc


Pascale a eu pitié de mes oignons et nous a invités dans son havre de paix où nous la rejoindrons dans quelques jours. Au vu des prix pratiqués par la SNCF en période estivale lorsque l'on ne s'y prend pas trois mois à l'avance, nous avions décidé de rester là malgré mon impérieux besoin de changer d'air. Françoise a tenté le coup sur Trocdesprems et miracle, elle a dégotté deux billets pour Toulon à 20 euros ! Il ne restait plus qu'à trouver quelqu'un pour la maison et Scotch, et nous voilà repartis sur la route. Première escale, La Ciotat, sa plage, ses poissons, ma seconde famille.
À Paris, je n'arrivais plus à me reposer. Il fallait recharger les batteries en vue d'une rentrée qui s'annonce animée : les lapins toujours, Nabaztag lui-même et l'opéra avec Antoine qui réunit cent de ces petites bêtes (représentations les 19 et 20 septembre à Nantes pour Scopitone, le 6 octobre à Amiens pour la Nuit Blanche, le 20 à Amsterdam...), la suite des enregistrements avec Franck Vigroux, de nouvelles écoles où dispenser la bonne parole du son sur l'image (Autograph, Sainte Geneviève...), les finitions du film de Pierre-Oscar, un Pop'Lab pour Annick, le nouveau numéro des Allumés, etc. Idem pour Françoise qui prépare son nouveau Ciné-Romand et la rétrospective de ses films à l'Entrepôt, Peep-Chat avec le Théâtre Paris-Vilette, la sortie dvd de Appelez-moi Madame, etc.
Mais oublions tout ça et consacrons-nous aux joies de la villégiature ! Pour me mettre dans le bain, je picore tomates, raisins, figues, prunes et dévore à pleines dents les canards sauvages que les filles ont plumé pendant que je plantais un poivrier et un caprier. Jean-Claude part à la pêche à cinq heures du matin, mais je n'ai pas le courage de me lever pour l'accompagner...

samedi 18 août 2007

Mondo Mulloy


J'ignorais tout de Phil Mulloy avant que Lucie ne me prête le passionnant dvd Mondo Mulloy. Ses créatures prognathes se fondent dans le décor agressif des sociétés qui les conforment. Elles en ont la cruauté comme son dessin y puise sa brutalité. Y entendre l'art brut d'un Grosz ou l'humour d'un Reiser. La critique est acerbe, le graphisme absorbant. Enfin un auteur qui puise son inspiration dans la réalité politique et sociale tout en en proposant une vision personnelle ! C'est beau et dur à la fois.
Je reconnais instantanément le violon d'Alex Balanescu qui a composé nombreuses des musiques des dessins animés de Mulloy, pour avoir enregistré son quatuor interprétant notre Sniper Allée sur le cd Sarajevo Suite que j'avais réalisé en 1994. Le Quatuor Balanescu accompagnait également Dee Dee Bridgewater pour La prière de Sarajevo, chanson écrite avec Bernard sur un texte d'Abdullah Sidran, reprise en scène par Kate Westbrook. Pour la série Cow-boys, Balanescu cosigne avec le pianiste Keith Tippett et pour The Sound of Music, Alex est rejoint par Beñat Achiary, Michel Doneda et Steve Arguëlles qui joue dans notre Machiavel et a composé le remix Nusch à partir de notre trio avec Brigitte Fontaine. C'est plutôt rare d'entendre ces musiciens avec des films d'animation. Alex a plus souvent composé pour des longs métrages. Comme pour le Kronos, j'achète tout ce que je trouve du Balanescu String Quartet.
Parmi les extraits trouvés sur YouTube, je choisis The Chain, mais la couleur n'atténue pas la corrosion, bien au contraire !

vendredi 17 août 2007

Velours et miroir brisé


Les rééditions pullulent à des prix cassés et enrichis de nombreux morceaux inédits. Je viens ainsi de recevoir Joy of A Toy de Kevin Ayers paru initialement en 1969 et the Mirror Man sessions de Captain Beefheart sorti deux ans plus tôt, dans des registres évidemment très différents.
Joy of A Toy est le premier album de Kevin Ayers après son départ de Soft Machine. Robert Wyatt est d'ailleurs à la batterie et les deux autres compagnons, Hugh Hopper et Mike Ratledge, sont de la partie, et non des moindres. Le compositeur contemporain David Bedford a réalisé les arrangements et joue du piano. Les bonus accueillent Soon soon soon avec The Ladybirds, deux versions de The Lady Rachel, trois de Religious Experience (Singing A song in the Morning), dont une avec le guitariste-fondateur de Pink Floyd, le regretté Syd Barrett... Quelques mois plus tard, je me retrouvais à la Roundhouse de Londres aux manettes du light-show de Krishna Lights éclaboussant d'effets cinétiques l'orchestre d'Ayers. Y participaient Lol Coxhill qui tiendra plus tard le sax soprano sur la musique que nous composâmes pour le CD-Rom Au cirque avec Seurat, le guitariste Mike Oldfield auteur de la scie Tubular Bells et Bedford. Je n'arrive pas à me souvenir qui étaient les autres. La voix chaude et tendre du bassiste me fait retomber en enfance.
Celle de Beefheart me réveille heureusement. the Mirror Man sessions ont été remasterisés et augmentées de cinq prises originales de Trust Us, Safe as Milk, Beatle Bones N' Smokin' Stones, Moody Liz et Gimme Dat Harp Boy. Il n'est pas toujours facile de savoir qui joue tant les musiciens du Magic Band ont de pseudonymes. En faisant des recoupements, je comprends que le guitariste Jeff Cotton est Antennae Jimmy Simmons, John French est Drumbo (Drumbo 1, car Art Tripp sera Drumbo 2). Les autres sont Alex St Clair Snouffer à la guitare et Jerry Handley à la basse. La pochette originale avait un rabat, forme découpée en miroir brisé qui s'ouvrait sur une photo du groupe. À l'époque, nous nous réunissions dans ma chambre pour écouter de la musique et fumer des joints ; lorsque personne ne savait quoi mettre, j'avais l'habitude de proposer insidieusement "un petit Beefheart ?". Un des copains avait illico l'idée d'un autre disque ! Je me barbouillais de Beefheart plus souvent seul qu'en communauté...

jeudi 16 août 2007

Consolation


Il n'y a pas de quoi pleurer !
Si nous ne partons nulle part,
nous pourrons toujours tailler un bout de gras
avec les petits vieux sur le banc...

mercredi 15 août 2007

La zone


Comme chacun, je suis toujours inquiet de changer de système. L'acquisition d'un MacBook Pro ne m'avait pas trop donné de soucis jusque là. Or la puce Intel rend impossible la lecture de DVD d'autres zones que la nôtre et rend inefficace MacTheRipper qui aurait permis de faire sauter la protection imbécile dont n'importe quel lecteur de salon dézoné ou multizones d'origine se moque. Il est toujours possible de changer de zone sur son lecteur, mais ce changement limité à 5 passes rend caduque toute velléité de slalomer entre les zones. La miraculeuse petite application vlc reste sourde aux dvd achetés lors de mes pérégrinations sur les autres continents (zone 1 aux USA et Japon, Zone 3 en Corée, etc.). Sur mes ordinateurs plus anciens, tout fonctionnait à merveille (vlc, MacTheRipper) avec tous les films que les éditeurs français ou européens n'ont pas l'idée ou les moyens de sortir. Ces restrictions, comme les DRM pour la musique, ont la vertu de pousser les utilisateurs vers des solutions pirates, disques déplombés, etc., même si le mp3 ou le divX sont des formats vraiment dégueulasses. Pour regarder un film inédit que l'on cherche depuis trente ans, les pâles reproductions trouvées sur YouTube ou DailyMotion sont des bénédictions. Que voulez-vous, c'est mieux que rien.

mardi 14 août 2007

Iris


On s'interroge, on en plaisante ou l'on s'inquiète. L'été à Paris ne ressemble à rien. Chaque soir, nous faisons fonctionner la cheminée, en profitant pour cuisiner au feu de bois. Les onglets marinés de la jolie tripière du Marché des Lilas fondent dans la bouche. Le crépitement des grosses gouttes qui s'écrasent sur les tuiles et dans le jardin est un ravissement. Au rideau de pluie argenté succède un arc découpant le ciel en deux. Imprudent, je grimpe sur le toit pieds nus pour prendre quelques photographies. Je n'ai pas assez de recul pour embrasser l'intégralité de l'arc-en-ciel. Un de ces quatre, je comparerai les clichés que j'ai volés au voisinage depuis huit ans.
Je croyais être en vacances, mais j'ai dû composer sept nouveaux jingles pour Nabaztag en respectant la charte sonore que j'avais établie il y a deux ans. Ça grince, ça coince, ça frotte, pour donner l'illusion du vivant, un vivant de pacotille. Le jeu consiste à le rendre un poil mécanique, avec ses rouages acoustiques cachés dans son petit ventre de robot farceur. On ne sait pas ce que c'est, une machine ou un lapin ? Toute la journée, quasi à mon insu, je teste mon drôle de compagnon. Actuellement ils sont deux pour que je puisse écouter les différentes langues qu'il a apprises. Tant qu'ils ne m'horripilent pas, tout va bien.
Après avoir rendu mes chroniques pour Muziq, je dois terminer mes articles pour Le Journal des Allumés. J'y suis presque, mais, par contre, il me manque beaucoup de réponses à la nouvelle Question : Quel soin accordez-vous à votre image scénique (costume, gestuelle, relation aux autres musiciens et au public) ? Si vous connaissez des musiciens ou des musiciennes qui ont un point de vue personnel sur le sujet, qu'ils ou elles n'hésitent pas à me contacter, ce sont toujours les mêmes qui répondent...

lundi 13 août 2007

La scandaleuse généalogie de Kara Walker


Inspirée par les films muets de Lotte Reininger, l'artiste afro-américaine Kara Walker découpe des silhouettes dans du papier noir et réalise des films d'ombres chinoises où elle évoque l'esclavage aux États Unis et l'ambiguïté des rapports sexuels qu'il engendra entre les communautés. Si ses grands panoramas et ses théâtres de marionnettes apparaissent anecdotiques, malgré leur charge sulfureuse où le sexe et la violence sont omniprésents, ses écrits sont bouleversants, autrement plus provocants que l'érotisme bon marché de ses fresques monochromes. Quelques tentatives de colorisation et de très beaux collages ne changent rien à l'affaire. Pourtant, analyser son œuvre sans se référer au racisme toujours aussi vivace aux USA risque d'atténuer le sens de sa démarche, résolument contemporaine parce que fortement enracinée dans une histoire terriblement douloureuse qui n'est pas prête de s'éteindre. Le passé du peuple noir a été soigneusement enfoui, refoulé. Les blancs ne souhaitent pas plus exhumer les scandales intimes subis par les corps, leurs gènes se propageant allègrement dans la communauté afro-américaine. Les fantasmes de Kara Walker réveillent les fantômes pour que celles et ceux qui le vivent encore dans leur chair clament leur nom sans vergogne.
Photo : Françoise à l'exposition du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, Mon Ennemi, Mon Frère, Mon Bourreau, Mon amour, jusqu'au 9 septembre.

dimanche 12 août 2007

Deux parallèles se croisent à l'infini


Personne ne monte, personne ne descend, on ne voit pas le bout de la ligne, mais je frappe tout de même. Entrez ! Très bien, et maintenant, qu'est-ce que je fais ? C'est une question d'équilibre. On ne part plus ? Demi-tour. Pas (de) photo. Au pas. Comment faire autrement ? Sur un rail ou les traverses, mais pas sur le ballast, en aucun cas. Comment faire ailleurs ? Le chemin. Où, quand, comment ? C'est trop. Top. Top. Et le chat, c'est une colle ?

samedi 11 août 2007

La revanche de Robert Crumb


Comme nous venions de voir le Fritz the Cat de Ralph Bakshi, Lucie nous a prêté le Crumb de Terry Zwigoff qui réalisa ensuite Ghost World et Art School Confidential d'après les bédés de Daniel Clowes. Le dessin animé de Bakshi librement inspiré et sauvagement critiqué par Robert Crumb est amusant. Le documentaire de Zwigoff révèle la personnalité renversante du célèbre dessinateur américain, avec ses deux frères encore plus atteints que lui par la névrose familiale, vivant reclus l'un chez leur mère et ne quittant jamais sa chambre, l'autre méditant sur une planche à clous et ne fréquentant personne. Leurs deux sœurs ont refusé de figurer dans le documentaire. Quelles révélations pourraient-elles apporter ? L'extrême violence du père, les jalousies internes de la fratrie, les rapports de force qu'elles génèrent et leur obsession sexuelle à tous trois les ont fait se retrancher dans le monde des comics. Robert Crumb est aussi misanthrope et misogyne que ses frères, mais il a su utiliser la bande dessinée pour prendre sa revanche contre un monde qui le rejetait. Son expérience du LSD sera déterminante, ouvrant une brèche graphique qu'il exploitera après être "redescendu". Charles Crumb se réfugiait dans l'écriture et la littérature du XIXème siècle, il se suicidera en 1991, un an après le tournage. Max Crumb fait la manche dans la rue sur sa planche à clous. Bob n'écoute que des 78 tours de musique américaine, s'habille comme l'as de pique et enfile les déclarations provocantes qu'il réussit à faire passer grâce à son génie de la caricature. Il dynamite les conventions familiales, revendique ses déviances, s'entête contre la commercialisation à outrance de son œuvre et déserte les États-Unis pour le sud de la France.
Les bonus du dvd évoquent la place de la musique chez Crumb dont le clip des Primitifs du Futur avec qui il joue de la mandoline et un entretien avec le compositeur Dominique Cravic, plus une présentation d'Antoine Guillot et un entretien du directeur du Festival de BD d'Angoulême, Jean-Pierre Mercier.

vendredi 10 août 2007

Remue / ménage


Le mois d'août rime avec écoute et le temps de ne rien faire avec s'affaire. Ainsi je rattrape mon retard sur les disques que je n'ai pas encore entendus. Mais dans quelles conditions ? En accompagnement ou en ne faisant rien d'autre ? Depuis quelques mois, les disques tournent sur la platine pendant que je tape. Ou bien je tape tandis que tournent les disques. De quoi je parle ? De ce que j'entends ou de ce que cela m'inspire indirectement ? Je rêvais d'un fauteuil comme celui qu'essaye Françoise dans l'appartement du Corbusier. À Würzburg, Jürgen Königer en avait un qui trônait, solitaire, au milieu de sa pièce d'écoute. Regarder des films le soir est la seule activité qui m'empêche encore de m'activer dans tous les sens. Son "assise" conviendrait-elle ? Il m'arrive de m'endormir devant l'écran. J'en suis un peu contrarié, mais je ne suis pas le seul. Lorsque je résiste, j'ai des énervements dans les jambes qui risquent de se perpétuer si je vais me coucher dans mon lit. Parfois toute l'assistance roupille. C'est cocasse. Comme la fois au cinéma où je me suis retourné sur mon siège pendant une séance d'un film en 3D : toute la salle portait des lunettes noires. Avec le temps qu'il fait on n'en a pas besoin, mais on a celui de regarder des films... On en parle demain.

jeudi 9 août 2007

You don't know Jack ?


En faisant le ménage dans mes archives, je retrouve le CD-Rom You Don't Know Jack que j'installe sur un Mac pouvant encore ouvrir des documents OS9 avec Classic. Les nouvelles machines équipées d'une puce Intel envoient toute ma collection aux oubliettes et je ne possède aucun PC qui puisse faire tourner mon jeu ou ses déclinaisons récentes sous Windows. Peut-être devrais-je installer Windows sur mon MacBook Pro ? Sinon je risque de ne plus jamais pouvoir regarder Puppet Motel de Laurie Anderson, Les machines à écrire d'Antoine Denize, Immemory One de Chris Marker et notre Alphabet qui ont tous marqué une époque où l'interactivité laissait entrevoir de nouvelles pratiques artistiques très prometteuses. Hélas, en 2000, l'explosion de la bulle Internet a entraîné dans sa chute l'édition de cd-Roms sans que la création sur le Web ne remplace jamais ce que l'off-line offrait. Aujourd'hui, les utilisateurs ont perdu l'habitude de se servir d'une souris autrement que pour ses fonctions basiques et seuls les jeux dits "vidéo" ont trouvé grâce aux yeux des joueurs. L'interactivité est passée de mode, les utilisateurs préférant la prise en charge façon télé (YouTube, etc.), les forums et les déclinaisons communautaires du Web 2.0 (MySpace, etc.) et les jeux dédiés au joystick frénétique. La création artistique exploitant le médium se raréfie, Internet devenant progressivement un lieu de commerce et de services.
Bien que You Don't Know Jack prétende faire rencontrer la culture avec un grand C à la culture avec un petit cul, le CD-Rom ne fait pas partie des Zœuvres évoquées plus haut, mais c'est un des jeux les plus drôles et les plus déjantés qui soient, croisement de jeu de plateau et de quizz dans l'esprit loufoque des débuts de Nulle part ailleurs sur Canal +, "irrévérencieux et décalé" (fortement corrosif, il est déconseillé aux coincés et aux cardiaques), cocaïnomaniaque et si dingue que l'on se moque de perdre ou de gagner. Le secret de sa réussite provient du nombre étonnant de fichiers son qui vous accompagnent, vous guident et vous taquinent, et de la manière qu'a le programme de réagir à vos gestes et vos hésitations. Pierre prétendait que YDKJ était hanté : le 25 décembre, une voix s'exclama "alors, on joue le jour de Noël ?". Une autre fois, la meneuse de jeu se moque des joueurs B et C qui se bécotent, sic ! Chaque fois qu'on le lance, les dialogues sont différents, les questions sont sans cesse renouvelées. Réalisé, semble-t-il, au Québec la version française n'a jamais été sérieusement commercialisée en France, bien qu'elle ait été pressée et packagée. Hyptique le vend sur son site, mais, attention, mieux vaut une machine pas trop récente pour le faire fonctionner correctement (spécifiée sur la boîte pour Windows 95 ou Mac Power PC système 7, ça marche très bien jusqu'au système 9). Vous m'en direz des nouvelles ! La démo d'une version récente anglaise (Episode 23) est en ligne sur le site de YDKJ.

mercredi 8 août 2007

Question d'échelle


J'ai terminé : je suis en vacances. Elles sont hélas pour l'instant à l'image de cette forêt vosgienne. Une jolie illusion, car la photo a été prise aux Jardins Albert Kahn à Boulogne-Billancourt. Visite sympa, le plus magique des jardins "de Paris", mais rien à voir avec les grands espaces. J'ai besoin d'un véritable break, changer d'air, entendre une langue que je ne comprends pas, me repaître de mets impossibles, oublier le train train métropolitain, avoir envie de revenir... Trois semaines d'absence, de transportation, pour ne pas dire téléportation tant je désire l'expérience martienne. À la place, je vais faire le ménage, ranger des papiers, faire le tri entre le bon grain et l'ivraie, passer quelques coups de fil ménagers, en petite vitesse, laisser faire... Je pourrais écrire les articles que je dois rendre en septembre depuis n'importe où. Je n'aurais pas à me forcer. L'inspiration viendrait toute seule, sur ses pattes frêles d'oiseau migrateur...

mardi 7 août 2007

An(nu)al Pass


On se fait une joie de sortir de sa tanière et c'est la déception. L'exposition Les Messagers au Centre Pompidou est tristement anecdotique. J'avais pourtant de merveilleux souvenirs d'Annette Messager. La promiscuité avec son compagnon Christian Boltanski joue des vases communicants, à double sens, mais aucune émotion ni réflexion ne se dégagent de cet empilement de traces. Les lignes de la main restent aussi plates que des affiches pour touristes. Si, comme le dit J-L G, l'important ce n'est pas le message mais le regard, comment comprendre mes paupières qui se ferment doucement devant tant de baudruches ? La grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf se dégonfle comme autant de petites morts avortées. Le voile rouge qui enfle ressemble à la mer en plastique du Casanova de Fellini. Seules trouvent grâce à mes yeux Les Piques, et quelques crayons de couleur. Ailleurs, l'amas noie le poison. Je ne voudrais pas faire porter à Annette Messager l'amertume suscitée par tant de vacuité exposée dans ce lieu de culture où l'art reste aux abonnés absents. Je lui en veux de n'être point différente, là où Godard sut faire exploser les conventions.
Annette Messager a conçu le laissez-passer 2007 du Centre. La carte lenticulaire qu'elle a imaginée donne à voir alternativement, selon le mouvement que l'on imprime à son poignet, les mots "Laissez passer" ou "Laisser pisser". En auto-justification laborieuse le programme offre son explication de texte. Comme à la télé on nous dit bien quoi penser. Loin d'être une simple boutade, ce jeu de mots - qui habite toute l'œuvre - souligne le lien entre le bâtiment et les fonctions corporelles, le flux et les fluides. Il condense dans un registre minuscule des préoccupations fondamentales dans le travail de l'artiste, centré sur la question du corps. J'aurais certainement dû laisser pisser le Mérinos, mais, en sortant, Françoise, qui a bien compris la leçon, relève ce qu'Annette a raté : en lettres de néon qui brûlent la lentille de mon petit appareil-photo, sous "Laisser-passer" est inscrit "Annual Pass". Françoise roque, permute au lieu de remplacer des lettres, soulignant le statut difficile du visiteur condamné à l'An(nu)al Pass !
P.S. : je suis peut-être passé à côté, mais les fantasmes de l'enfance qu'évoque Jonathan ne suffisent pas à palier la trop courte distance entre l'objet et son sujet. Quelques pièces sympas, aucune vue sur la mer. La salle d'à côté n'arrange pas les choses, Philippe Mayaux ne prend pas. Le Prix Marcel Duchamp 2006 sous-dalise comme on en voit plein les galeries de Soho, c'est déprimant.

lundi 6 août 2007

La passion des plantes


Dimanche, il faisait beau.
J'ai terminé de traiter les fichiers du lapin italien avant le dîner ; j'avais commencé à 7 heures du matin. La première livraison en compte un bon millier, j'aurais mis moins de trois jours, je vais de plus en plus vite...
En arrachant les palmes fanées du yucca qui grimpe maintenant à plus de deux mètres devant la fenêtre de la cuisine, Caroline a dévoilé ses racines. Elle espère faire repartir dans son jardin celle qu'elle a coupée. Encore un alien végétal. Si les piquants repoussent chaque fois que je les taille pour éviter qu'on s'y pique douloureusement, sa chair est très tendre. Chaque année il produit une grappe de fleurs blanches immense qui pousse en son cœur. L'ancien propriétaire raconte qu'il a tenté de s'en débarrasser avec de l'acide, mais qu'au contraire cela l'a fortifié ! Je rampe par terre pour admirer le travail. C'était le jour pour bricoler dehors, Françoise et Jonathan ont réparé deux chaises avec de la fourrure synthétique rose fluo. Il paraît que la semaine va être pluvieuse. Le tonnerre gronde déjà. Le soleil reviendra à Pâques ou à la Trinité. On ne sait plus où on en est. Le mois d'août est déstabilisant. C'est bien.
J'ai photographié le palmier à l'exposition Kiefer. Comme touché par la foudre. Il renaît de ses cendres par la grâce de l'artiste qui lui a confectionné un appui-tête. J'espère aller voir celle d'Annette Messager ce soir au Centre Pompidou... Si j'ai terminé de découper les fichiers du gourou, encore deux cents aujourd'hui...
Je m'y mets de ce pas.

dimanche 5 août 2007

Les originaux, funky !


Quatre disques acquis pour une bouchée de donut, dans les 10 ou 12 euros pièce, remplissent mon week-end dans les moments volés au traitement de fichiers sonores au fond du studio. Trois cents hier samedi, même punition prévue pour aujourd'hui, mais j'ai commencé jeudi par les plus ennuyeux, les séries de chifffres, degrés d'abord, les heures ensuite. Je sors au soleil, j'ouvre grand les fenêtres, me laissant envahir par la sensualité nerveuse de Betty Davis ou les élucubrations de Sly and the Family Stone.
Je connaissais les disques de la panthère noire du temps où j'habitais rue du Château à Boulogne-Billancourt, mais je ne m'attendais pas à trouver tant d'invention chez Sly. L'un et l'autre ont défriché le terrain à toute une ribambelle de musiciens noirs et fiers de l'être. Sly influence Marvin Gaye, Stevie Wonder, Prince et toute la new soul. Dans certains cas, cela frise même le vol... Lorsque j'étais ado, le rhythm 'n blues était beaucoup trop classique à mon goût, trop religieux. Je guettais la révolte là où mes potes cherchaient à emballer les filles sur fond d'Otis ou d'Aretha. J'étais passé à côté de Sly and the Family Stone, m'étant cantonné aux tubes Don't call me Nigger, Whitey et I want to take you higher... Je découvre émerveillé deux disques réédités, les psychédéliques Stand! et There's a riot goin' on. Swing d'enfer, recherche de timbres inouïs, mélange de pop West Coast et de funk acide, papier de verre velouté, festival vocal, kaléidoscope multiracial. À la même époque, Love mêlait la voix d'Arthur Lee aux trompettes mexicaines et aux cordes symphoniques. Ike et Tina dépotaient salement. Les guitares électriques étaient sorties du bois, déchirant définitivement les usages.
Bombe sexy indépendante, Betty Davis provoque à mort. Cela n'a pas dû plaire aux machos de service, à commencer par son brutal, mais néanmoins génial, mari prénommé Miles. C'est elle qui lui fait connaître Hendrix. Suivra bientôt Bitches Brew. L'électricité ! Leur liaison n'aura qu'un temps. Betty Davis écrit elle-même ses textes et sa musique, elle compose ses arrangements. On ne sait rien de ce qu'elle est devenue ensuite. Écœurée par le business, elle a rangé son cri pour toujours et refuse de répondre aux interviews. Là encore le petit Prince a laissé traîner ses oreilles (af)futées.
Livrets très épais pour les deux Bette Davis de 1973-74 (lightintheattic.net). Bonus en prime aussi avec les deux Sly de 1969-71 (Epic).
Des disques pour l'été qui semble enfin décidé à se montrer. Il faut l'accompagner !

samedi 4 août 2007

L'invasion des profanateurs de toiture


Les bambous atteindront huit mètres cette année. La jungle gagne sans cesse du terrain. J'ai choisi de quitter Paris pour voir les arbres pousser et sentir les saisons se succéder. C'est une farce, la lisière est à trois cents mètres ! Sous l'assaut des plus vivaces, les espèces se raréfient. D'autres apparaissent, graines apportées par le vent et les oiseaux. Je n'aimais pas tailler les branches, mais j'ai fini par accepter comment la nature fonctionne. Malgré tous les conseils m'exhortant à empêcher le lierre de s'accrocher à la maison, je l'ai laissé proliférer. Je pensais qu'il lui faudrait du temps avant qu'il n'arrive à attaquer la pierre et que son manteau de verdure m'éviterait de ravaler les quatre hauts murs. Tout semblait rouler comme sur des roulettes jusqu'à ce que le lierre atteigne le toit, envahissant la gouttière et soulevant les tuiles. Plus le choix ! J'ai commencé à sectionner les branches au rez-de-chaussée, à arracher celles qui adhèrent à la façade, à me tordre dans tous les sens, m'esquintant une fois de plus les doigts. Je dois encore emprunter une échelle ou un harnais pour repousser l'invasion de la toiture. Ce n'est pas gagné. Françoise est inquiète que je grimpe à plus de dix mètres en hauteur. Je crains pourtant moins l'escalade que l'arrachage... Entre les bambous et le lierre, c'est auquel sera le plus coriace. Je regretterai l'épaisse toison qui donnait à la maison un air champêtre hiver comme été. Maintenant la reprise du crépis semble inévitable. J'ai toujours rêvé repeindre la maison d'une couleur flashy, je ne me suis jamais décidé pour laquelle...

vendredi 3 août 2007

Amie Siegel fait fondre le réel


Quittant Berlin où elle avait été artiste en résidence et passant voir Françoise à Paris avant de rejoindre Harvard où elle venait d'être nommée en charge du cinéma expérimental, Amie Siegel avait sous son bras deux films.
Le premier, Empathy, est un long métrage sur l'intimité des rapports entre le psychanalyste et son patient. Les psys sont réels, tandis que les patientes sont jouées par des comédiennes, mais rien de cela ne se voit tant la direction d'acteurs est maîtrisée. Cela se comprend lorsque la réalisatrice américaine le souhaite pour aussitôt nous le faire oublier. Si la plupart des praticiens ronronnent d'une langue de bois pare-feu, celui que j'appelle "le crocodile" se livre à l'objectif avec une sincérité hors du commun. Derrière la fente de ses yeux, on sent l'animal prêt à bondir. Mais la patiente n'est pas une proie envisageable et il refermera ses mâchoires sur ses propres fantasmes. Amie Siegel laisse traîner ses clefs pour offrir aux spectateurs les indices de la relation qu'entretient la cinéaste avec ses sujets : la perche entre dans le champ, Amie fait mine d'apprêter sa comédienne, extraordinaire Gigi Buffington, comme si la caméra ne tournait pas encore, le début même du film montre que les tricheries sont de mise comme dans tout documentaire (documenteur explicité par Varda !), les auditions pour le rôle principal sont-elles jouées ou vécues, etc. La passe est réussie lorsque le plateau de jeu bascule, le transfert s'opérant, le psy glisse du fameux fauteuil au divan d'Amie !


Amie Siegel avait découvert les copies des films que Françoise avait laissées dans les archives de l'Université d'Harvard à Boston. Elle avait été impressionnée par Mix-Up comme par Appelez-moi Madame (Call Me Madam). Le premier est sorti en dvd chez Lowave, le second pourrait être édité prochainement. Toutes deux aiment mêler documentaire et fiction, jouer des faux-semblants et entraîner leurs personnages réels sur les pentes taquines de la reconstitution et de la mise en scène. Sublime coïncidence, Amie reconnaît la monteuse, Maguy Alziari-Siegel, en photomaton sur le générique de Mix-Up, c'est la femme de son cousin américain à Paris. En regardant le second film qu'elle nous a laissé nous comprenons qu'Amie est une réalisatrice avec de beaux jours devant elle. Françoise me dit qu'elle a déjà ressenti cette complicité lorsqu'elle rencontra Atom Egoyan il y a vingt ans... Ce n'est pas tous les jours que l'on fait de pareilles rencontres.


Le court-métrage Berlin Remake est une installation pour deux écrans (split screen). Le bonus montre le film in situ dans le cadre d'une exposition. Sur l'écran de droite sont projetées plusieurs séquences de films est-allemands des Studios DEFA entrecoupées de noir, sur celui de gauche Amie Siegel montre les mêmes lieux qu'elle a filmés à plusieurs décennies de distance. Elle a conservé le son de "l'original". Si les cadres et les mouvements de caméra sont identiques, la réalisatrice a, cette fois encore, joué de la mise en scène pour parfaire l'illusion. Elle a disposé des personnages aux places stratégiques du cadre comme le monteur cherche les contrastes de lumière pour réussir ses passages d'un plan à un autre. Mais ici voir les deux images en même temps troublent le regard, exhorte l'émotion et la réflexion, nous renvoyant à notre propre histoire. Le cinéma n'est-il pas l'art de reproduire les émotions passées de chacune et chacun ? Cantonner l'installation à une évocation du temps qui passe dans un endroit, il est vrai, chargé de sens, Berlin Est, est une grave erreur. C'est la sempiternelle question de l'identification qui est nous est renvoyée par ce miroir sorcier, une glace à trois faces où le visiteur, à son tour, devient l'acteur d'un monde imaginé par la metteuse en scène. Berlin Remake est un pas de plus vers l'immixtion de la fiction dans le réel et sa réciprocité. Une mise en abîme qui défie la loi des genres.

jeudi 2 août 2007

Tombeau de Michelangelo Antonioni


Le train est entré en gare le 24 décembre à minuit. En bas des marches, Venise s'étalait à nos pieds sous quinze centimètres de neige. La météo nous avait forcés à atterrir à Gênes. L'autocar nous avait laissés en rade à Milan. Nous avions pris le métro avec armes et bagages, deux enfants nous accompagnaient. J'avais vingt six ans. Les panneaux annonçaient qu'il n'y aurait aucun départ pour Venise avant le lendemain matin. Je suis allé battre la semelle sur les quais avec Jean-André. Pour tuer le temps, il s'adresse à un conducteur de locomotive penché à sa fenêtre :
- E voi, dove andate?
- A Venezia!
- Aspettiamo...
Nous embarquons en catastrophe tandis que le convoi s'ébranle...
J'ai raconté l'histoire le 2 février dernier :
C'était la première fois que j'allais à Venise, un lendemain de Noël, 1978... Jean-André (Fieschi) m'avait emmené pour "fêter" la fin de notre collaboration de quatre ans. La ville était recouverte de neige, beaucoup. Ce matin-là, Jaf me guida jusqu'à San Giorgio degli Schiavoni pour voir les Carpaccio. Je fus saisi par les cadres, hors champ préfigurant déjà le cinématographe, et par le mouvement. J'y voyais aussi un ancêtre de la bande dessinée. Il y a chez ce peintre la même modernité que l'on rencontre dans la musique médiévale, la plus proche de nos improvisations contemporaines. Ses rouges et ses bleus se retrouvent dans Le désert.
Nous étions seuls dans la petite église avec un couple, un monsieur qui semblait déjà âgé et une jeune femme. Nous l'avons reconnu, lui, mais nous n'avons pas osé bouger, nous aurions brisé le charme. Nous l'avons regardé s'éloigner, de dos, le long du canal. Tout était magique. Venise sous la neige, les peintures sur les murs, le dragon terrassé, le silence et l'absence, et Michelangelo Antonioni.
En tapant ces mots j'avais cru décrire la scène que nous avions vécue (la météo, les Carpaccio, San Michele sa lance à la main, l'instant partagé), alors que sans la savoir j'avais dessiné le portrait du cinéaste sur son lit de mort : la neige, les peintures sur les murs, le dragon terrassé, le silence et l'absence, Michelangelo Antonioni !
Le jour d'après, nous avons pris le vaporetto jusqu'à San Michele pour porter des fleurs sur la tombe de Stravinsky à la demande d'un ami. À côté de la sienne, un chausson de danse avait été déposé sur celle de Diaghilev. Des mots griffonnés sur des bouts de papier détrempés par la neige collaient à la pierre. Ce matin-là, j'appris qui était Ezra Pound, un autre fantôme de l'île. Quelques jours plus tard, Biette nous conseillait, à Henry Colomer et moi, son a.b.c. de la lecture. Je m'y plongeai...
Ce matin, je revois le plan-séquence de ''Profession Reporter'' comme une variation de ce Tombeau.

mercredi 1 août 2007

Comme une carpe ?


L'oracle interrogé me renvoie évidemment à moi-même, nul besoin d'être devin ou psychanalyste pour le comprendre. Le vendredi 13 du mois qui se termine, je rappelais la phrase de Cocteau, Puisque ces mystères me dépassent, feignons d'en être l'organisateur... Un clou chasse l'autre. Je ne suis plus du tout comme un poisson dans l'eau, car je suis devenu muet devant les questions qui m'assaillent. Elles concernent le monde qui se transforme, et plus particulièrement celui qui m'anime, ni conspiration du bruit ni monde du silence, mais la musique, l'organisation des sons, son propos et sa raison d'être. La musique a le mérite de pouvoir absorber les deux autres. Je décide d'écrire un papier pour le Journal des Allumés qui sortira début octobre à partir de ces difficultés à décider de la direction à emprunter. J'en perds mon latin. Je l'illustrerais de films sortis en dvd pour le publier dans ma rubrique Sur l'écran noir de vos nuits blanches qui revêtira ainsi un sens inédit. Organiser le chaos mental. Je m'explique, du moins je vais essayer, pour éviter de boire la tasse.
Devant l'offensive contre l'intelligence et la culture dont la "droite décomplexée" se fait des gorges chaudes, pour combattre les options choisies par les multinationales sonnant la mort du disque, face à la mystique de la virtualité, je ne vois que deux chemins. On peut suivre la voie tracée par le progrès (c'est comme ça que l'on appelle le plus souvent l'incitation à la consommation) en fonçant sur le Net et ses multiples propositions : sites de téléchargement payant, réseau à la MySpace, illusion participative du Web 2.0, banques d'archives babylonienne, etc. Dans cette perspective, les indépendants devront inventer une façon de nager en eaux troubles, au milieu d'une flotte impériale plus puissante que jamais. Pourquoi pas ? Toutes les révolutions commencent par une étincelle (après la goutte d'eau qui...). On ne peut pas rester les bras croisés, condamnés à l'attentisme ou au suivisme.
Ou alors, on est très attaché à l'objet et l'on refuse que la dématérialisation des supports soit la seule option possible (les deux options ne semblent pas incompatibles), et là encore il faudra faire preuve d'invention pour ne pas être relégué à un fétichisme nostalgique. Aucun d'entre nous ne peut défendre la galette de plastique argentée comme support idéal de la reproduction musicale, pas plus que le vinyle ou la bande magnétique. On s'en fiche, seule la musique mérite qu'on la protège. Il faut que les œuvres circulent. À qualité égale, que regrettons-nous dans le remplacement de l'objet par sa diffusion hertzienne, satellite ou câblée ? Réponse : tout sauf la musique ! À savoir l'écrin qui l'accompagne et non le support qui l'accueille. Ce peut être un livret, des paroles, une analyse, des images, une création graphique, que sais-je ? Justement ! Quels objets pourraient accompagner la musique ? Est-ce que l'édition graphique, littéraire ou autre chose ? Doivent-ils être attachés ou séparés de l'objet porteur de musique ?
Avant la reproduction mécanique, la musique se consommait autrement. Par exemple, les passants achetaient les paroles, des petits formats, pour chanter dans la rue. Après (et le pétrole vint à manquer), on trouvera d'autres façons. Mais quelle musique restera-t-il à se mettre sous la dent ? Le capital misant tout sur la vitesse, il va nous falloir penser vite et agir dans la foulée si nous ne voulons pas être entraînés par une lame de fond qui pourrait tout emporter sur son passage pour ne conserver que ce qui est utile. Utile à quoi ? L'art ne peut répondre à cette notion, la musique parfois, ou mieux, son absence. Son inutilité de surface garantit notre bonne santé sitôt que nous sommes attirés dans les profondeurs. Il est ce dont les rêves sont faits...

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