Jean-Jacques Birgé

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dimanche 30 septembre 2007

Berlin Alexanderplatz, l'histoire se répéterait-elle ?


Berlin Alexanderplatz est considéré comme le chef d'œuvre de Rainer Werner Fassbinder. Je répète cela bêtement, parce que je connais mal son travail. Comme beaucoup d'amis à qui j'en parle, les films que j'ai vus de lui m'ont intéressé, mais ne m'ont pas poussé à en voir d'autres. Peut-être étais-je trop jeune ? Enfin lancé dans la saga de Franz Biberkopf qui dure plus de quinze heures "en treize épisodes et un épilogue", je me suis passionné pour ce portrait de l'Allemagne qui a subi le Traité de Versailles et s'enfonce dans le chômage et la pauvreté, préparant le lit du nazisme. Le roman d'Alfred Döblin avait déjà suscité une version en 1931 tourné par Piel Jutzi avec l'aide de l'auteur, de Karl Heinz Martin et Hans Wilhelm. Je recherche d'ailleurs en vain une copie du plus expressionniste de tous les films, le Von morgens bis mitternachts (De l'aube à minuit) de Martin.
Entre 1979 et 1980, Fassbinder filme en 16mm, pour la télévision, cette histoire qu'il découpera en épisodes, mais cela n'a rien d'un feuilleton, il est même recommandé de le voir de la façon la plus continue possible ! La nouvelle copie éditée par Carlotta offre une qualité inégalée (remarque faite récemment ici-même à propos de la série Twin Peaks de David Lynch). Le coffret de 6 dvd qui sort le 3 octobre est pourvu de longs suppléments aussi exceptionnels (Regards sur le tournage dans les décors avec le réalisateur, nombreux témoignages passionnants, restauration impeccable, etc.). Le film sort aussi en salles le 6 octobre, et un week-end exceptionnel est annoncé au Grand Rex samedi et dimanche prochains.
Nous ne pourrons ressortir indemnes de cette plongée dans les bas-fonds de la République de Weimar. On baigne dans ses fanges, la durée du film et son grain participant à la dépression noire. Fassbinder, par l'entremise de son anti-héros, pose des questions fondamentales sur l'intégrité de l'homme et ses faiblesses, son libre arbitre et sa manipulation, sur ses tourments face à une société corrompue qui le broie, mais aussi sa fierté d'y résister. La vie n'est pas juste, on le savait. La solidarité est le maître mot, on pouvait s'en douter. Mais certaines époques sont plus propices que d'autres à entraîner les peuples sur les pentes atroces de la déchéance, de la compromission et de l'horreur. Biberkopf, interprété par le massif Günter Lamprecht, est un homme comme les autres, ni pire ni meilleur. Au début du premier épisode, il sort de prison pour affronter le monde. Saura-t-il tenir ses bonnes résolutions ? Le sexe, l'alcool, le travail ne sont des valeurs ni positives ni négatives, mais elles sont toujours fatales. La situation historique n'a hélas rien d'anachronique. On retrouve tant de similitudes avec notre propre époque que c'est là que terreur et dégoût trouvent leur écho. Tout n'est pas sombre, les changements de ton sont fréquents et la longueur des épisodes variable. Les merveilleuses Barbara Sukowa and Hanna Schygulla illuminent le mélodrame où l'influence de Douglas Sirk est évidente. Prévoyez un week-end pluvieux et enfermez-vous dans le Berlin des années 20 pour savourer ce maelström des âmes.

L'épilogue : quatorze heures plus tard, R.W. Fassbinder se réapproprie cinématographiquement l'histoire sur un montage musical de chansons pop et d'extraits d'opéra. Ça se mérite ! Le cinéaste transpose explicitement les collages narratifs de Döblin que l'on avait pressentis dans les treize épisodes précédents. Le chaos va bon train sous le crâne de Biberkopf. La vie est un cauchemar, les personnages sont interchangeables, les situations identiques. Quelle place l'homme peut-il se faire sur la Terre ? Le procès final résoudra la question sobrement.

samedi 29 septembre 2007

Le n°20 des Allumés sera copieux


Plus de pages, plus de musique, plus de musiciens pour ce vingtième numéro. Un anniversaire ! Efix dessine la une de ce spécial solo, spécial solitude : sur la banderole, "Solitaires de tous les pays, unissez-vous !". Toutes celles et ceux qui ont participé à la première soirée des Allumés du solo y vont de leur petit couplet : Guillaume de Chassy, Lionel Garcin, Michèle Buirette, Edward Perraud, Christophe Rocher, Samson Schmitt, Franck Vigroux, Sylvain Guérineau, Mirtha Pozzi (la prochaine aura lieu avec sept autres musiciens à Brest le 18 octobre pour fêter la sortie du Journal lors de Penn Ar Jazz). Les témoignages de batteurs affluent pour Max Roach quand The Drums Also Waltzes : Simon Goubert, Didier Lasserre, Noel McGhie, Christophe Marguet, Christian Rollet, Mark Sanders... Jacques Oger évoque la figure de style du solo. Sylvain Kassap salue Paul Rutherford. Dans la nouvelle rubrique "C'est arrivé demain", je publie Reset. À la question "Quel soin accordez-vous à votre image scénique (costume, gestuelle, relation aux autres musiciens et au public) ? ", répondent Sophie Agnel, Daevid Allen, Franck Amsallem, de Chassy, Denis Colin, Pablo Cueco, Santi Debriano, Bruce Gertz, Hugh Hopper.
Franck Bergerot, Vincent Bessières et Alex Dutilh, Frédéric Goaty, Xavier Prévost expliquent ce qu'ils font des disques qu'ils reçoivent en service de presse. Olivier Gasnier pond un édifiant et consistant dossier sur la crise du disque. Théo Jarrier taille un costard aux acheteurs de disques de jazz. Jean-Louis Wiart, sublimement accompagné par une aquarelle de Jeanne Puchol, salue Anita O'Day. Le chanteur Ghédalia Tazartès "pense la musique d'aujourd'hui". Dans Le coin du polar, l'inspecteur de Paul évoque L'été des pourris, tandis que ma rubrique DVD aborde Par qui le scandale arrive. Jean Rochard crache un Jour toujours aussi acide. Valérie Crinière fait des miracles. Christelle Raffaëlli débusque les fautes d'orthographe. Nous posons tous les quatre pour la traditionnelle photo de bouclage.
Les dessinateurs se surpassent : Zou, Johann de Moor, Ouin, Laurent Percelay, Andy Singer, Percelay, Sylvie Fontaine, Stéphane Cattaneo. Pascal Vigier et Nicolas Talbot commentent la photo de Guy Le Querrec qui a fourni les magnifiques clichés qui illustrent Le Cours du Temps avec Barre Phillips.
N'oubliez-pas de vous abonner au Journal, c'est gratuit et vous le recevez chez vous !

vendredi 28 septembre 2007

Incompétence de Free


L'aventure que je vais vous conter peut paraître anecdotique. Le premier chapitre montrait la détérioration du service public, nous pouvons constater aujourd'hui le cynisme de la privatisation, l'un et l'autre colorés d'une sacrée dose d'incompétence, avec en bout de course le désarroi des utilisateurs englués dans une Toile qui porte bien son nom.
Après France Télécom, c'est au tour de Free de mener ses abonnés en bateau. Cinq coups de téléphone à la Hotline (l'assistance) à 0,34 euros la minute, soit la somme totale de 40 euros, plus cher qu'un abonnement mensuel, pour que cela ne fonctionne toujours pas au bout de trois semaines ! Retour sur les aberrations en cascade de la Hotline, qui seront suivies par la description d'une petite arnaque. Mais commençons par la panne :

1. Ma FreeBox v.4 tombe en rade le 3 septembre et j'en commande aussitôt une nouvelle. Le délai annoncé est d'une semaine.
2. Comme je ne vois rien venir, au bout d'une dizaine de jours je vérifie que ma demande a bien été prise en compte. Un second salarié du fournisseur d'accès me confirme que ma demande a bien été enregistrée, mais le délai s'allonge d'encore une semaine.
3. Ne voyant rien venir hier matin, j'appelle une troisième fois pour savoir si je peux emprunter la FreeBox v.5 d'une amie qui ne s'en sert pas et la brancher sur ma ligne. La fille me répond qu'il n'y a aucun problème. Rentré à la maison, comme cela ne marche pas, je rappelle la Hotline.
4. Le quatrième échange confirme mes craintes. La préposée de ce matin m'a dit n'importe quoi. La v.5 ne peut pas fonctionner sur ma ligne.
5. Devenant de plus en plus parano, je rappelle une dernière fois pour vérifier qu'il n'y a rien d'autre à faire et je constate que ma demande du 3 septembre (1) n'a jamais été validée, que la vérification (2) était bidon, que l'affirmation (3) était erronée, que la seconde vérification (4) était encore du vent. En plus, le point de dépôt de ma FreeBox dont on m'avait donné l'adresse n'existait plus depuis belles lurettes et il fallait refaire une commande aujourd'hui comme si c'était une demande initiale ! Aaaaaaah, je craque... On me redonne un délai de dix jours. je ne veux pas le croire.

Après que Free ait augmenté le personnel de sa Hotline de 10 à 1000, le service devenu un temps exemplaire s'est bigrement détérioré (voir plus haut : si l'on vous répond n'importe quoi, à qui se fier ?). On a la nette impression que nos interlocuteurs ont la consigne de faire durer les communications (facturées, rappelons-le, à 0,34 euros la minute) le plus longtemps possible. Leurs réponses froides et cliniques semblent être lues mécaniquement. On a l'impression de remplir un questionnaire face à un robot. La troisième fois de la journée, ça fait bizarre. C'est peut-être tout simplement un effet de la délocalisation et peut-être appelle-je à l'autre bout du monde sans le savoir ? À chaque coup de fil, il faut commencer par décliner son numéro de téléphone, son nom, son e-mail, son numéro de portable, confirmer le type de contrat et l'on s'entend répondre les mêmes sempiternelles phrases qui ressemblent plus à de la promo lobotomisée qu'à un service à ses abonnés. Fichue perversité du numéro surtaxé ! On voudrait raccrocher, mais les standardistes vous tiennent le crachoir pour des trucs que vous savez déjà, d'autant que c'est tout de même chaque fois le même laïus. J'imagine qu'il n'y a pas grand chose à faire qu'à prendre son mal en patience. On me répond qu'avant Internet on vivait très bien sans, c'est vrai, mais personne ne m'envoyait de courriel sans que je puissse le lire...
Si vous lisez ces lignes, c'est que je n'ai pas cru toutes les billevesées des techniciens de Free. Je me suis acharné sur ma FreeBox. Elle veut bien me délivrer un peu de réseau de temps en temps...

jeudi 27 septembre 2007

Lilas Triste au squat


Je ne mets jamais d'annonce de spectacle sur le site, sauf lorsque j'y vais. Ce soir jeudi à 21h au squat du Comète 347, 45 rue du Fbg du Temple à Paris (M° République ou Goncourt, 5€), Franck Vigroux présentera Lilas Triste, concert-récit avec Franck Vigroux (électronique), Hélène Breschand (harpe), Marc Ducret (guitare, voix) et Fabrice Andrivon (voix). Ne vous attendez pas à retrouver la musique du disque paru chez D'autres Cordes, Franck s'ennuierait, il a tout réécrit.

P.S. : dans le grand atelier désaffecté, les musiciens jouent dans une fosse surplombée de gradins très escarpés. Sur les marches transformées en bancs, s'étagent les amis venus écouter Lilas Triste. François Corneloup, Philippe Nahon, Benoît Delbecq, Paul Brousseau... forment l'orchestre muet des spectateurs. Igor Juget photographie la scène. Vigroux y fait tourner les disques à l'envers comme Varèse cinquante ans plus tôt. Le vinyle rend son jus. Il fabrique ses paysages sonores en mélangeant les sons analogiques des années 70 avec les ressources d'échantillonnage et de filtrage d'aujourd'hui. Voyage dans le passé à bord d'une machine rafistolée qui bringuebale, mais tient le cap. Ducret fait parler sa guitare, les phrases s'articulent, vives, nerveuses. Il murmure. Il déchire. Comme Breschand qui fait couiner et résonner sa harpe. Ses doigts virtuoses l'attaquent en corps à corps, toujours. Le comédien reste le garant de la trame dramatique du disque. La nouvelle version de Lilas Triste est toujours aussi grave, aussi sombre. De rares éclairs illuminent l'obscurité. C'est la guerre, les tranchées. Sur scène, dans la fosse, l'orchestre est solidaire.

Remède contre le rhume


Voilà c'est trop tard. J'aurais dû remettre la chaudière en route un jour plus tôt ou ne pas travailler à poil avec le temps qu'il fait. Hier soir, j'ai grimpé et dévalé les escaliers un paquet de fois pour purger tous les radiateurs et remettre de l'eau dans le circuit pour maintenir la pression. Un rhume carabiné m'entraîne dans les limbes cotonneux de l'errance cérébrale agrémentée d'exténuants éternuements. La moustache que j'ai pourtant rasée ce matin s'en trouve tout irritée. Pourtant je connais le remède. À condition de m'en saisir assez tôt. Je prétends même que je n'ai plus jamais le rhume depuis que je prends de l'alium cepa en 4 ou 5CH, trois granules quatre fois par jour à laisser fondre sous la langue ! Comme l'attaque a l'air costaud, je suce aussi un comprimé sucré de Coryzalia toutes les heures. D'habitude, ça marche, on va bien voir. Cela ne peut pas faire de mal, comme disent les médecins qui ne croient pas aux vertus de l'homéopathie. Ah, que les Cartésiens sont ennuyeux, ils passent à côté de grandes choses...
J'ai bien fait d'enregistrer mardi les sons de Bubbles, le prochain jeu des Ptits Repères : porte de garage qu'on ouvre et qu'on ferme, pas sur les marches, jets, explosions de bulles, adhésion entre elles, etc. Comme je fais tous les sons du site avec ma voix (la bouche, les lèvres, le palais, la gorge, le nez, les oreilles, stop), j'aurais été bien embêté avec cette manifestation automnale.

mercredi 26 septembre 2007

Les stats en l'état


Hier j'ai supprimé le nombre de lectures affiché par billet. L'information était vague ou erronée. Il ne s'agissait que des connections directes à tel ou tel article, ne réfléchissant pas la fréquentation du site. Aucune utilité, ni pour moi ni pour vous. Si je désire connaître le nombre de visites, les sites référents, les mots-clefs utilisés dans les sites de recherche, etc., j'utilise Google Analytics. J'ai demandé à un ami qui travaille chez Google si ce n'était pas dangereux de livrer ses informations à un société privée aussi puissante, il me répondit que Google possédait déjà toutes ces données et que la question était de savoir si je souhaitais y avoir accès aussi !
Vous êtes pour l'instant environ 500 à vous connecter ici chaque jour, ce qui est encourageant pour un blog généraliste qui fonctionne 7 jours sur 7 depuis deux ans. Les billets les plus lus sont les conseils pratiques. Ce n'est pas ce dont je suis le plus fier. Contrairement aux sites créatifs auxquels je participe et qui sont bilingues, l'audience est essentiellement francophone. J'imagine que les 10% d'anglophones viennent pour les images. Un peu plus de 20% d'entre vous sont des lecteurs réguliers. C'est sympa, merci !

mardi 25 septembre 2007

Et puis, il y a les voix...


Dans sa chronique sur Nabaz'mob dans Le Monde du 20 septembre dernier, Francis Marmande faisait référence à un autre opéra, Welcome to the Voice, de Steve Nieve et Muriel Teodori.
C'est une histoire d'amour entre un compositeur-pianiste anglais et une psychanalyste-réalisatrice française. Ensemble ils écrivent un drôle d'histoire qui rappelle autant Diva de Beinex que Une chambre en ville de Demy, et la musique suit les chemins de traverses ouverts par Escalator Over The Hill et No answer.
C'est une histoire d'amour entre un rocker fan de Berio et une collectionneuse de Michael Mantler, Carla Bley, Robert Wyatt autant que de Kathleen Ferrier, Maria Callas et de West Side Story. J'ai toujours adoré ce genre de truc hybride comme L'hallali du Drame, cette fois un projet improbable qui finit tout de même par exister parce que de doux dingues comme Sting, Wyatt ou Elvis Costello lui prêtent leurs voix. La cantatrice Barbara Booney n'est pas en reste, suivie de Sara Fulgoni, Nathalie Manfrino et Amanda Roocroft.
C'est une histoire d'amour entre un ouvrier sidérurgiste et une chanteuse d'opéra. Il y a des effluves de Michel Colombier qui planent dans cette œuvre qui mêle l'écriture classique pour le Quatuor Brodsky, entendu avec Björk, et les improvisations jazz de Ned Rothenberg, Sting, Marc Ribot et Nieve.
C'est une histoire d'amour improbable, et pourtant ! Qui n'essaye rien n'a rien. Nieve et Teodori ont pris tous les risques, Welcome to the Voice est une œuvre magique qui convoque les fantômes de Carmen, Butterfly et Norma sur un livret résolument moderne et politique où apparaissent tous ceux qu'ils aiment de Godard à Mozart, de Gramsci à Verdi, de Rosa Lux à Chosta, de Maïakovski à Stravinsky... Comme me le susurrait Jean-Pierre Léaud, un doigt sur la bouche, un soir boulevard Montparnasse : "Et puis, il y a les voix..."
Booney, Sting, Wyatt, Costello, The London Voices et Le Chœur des Amis Français réunis dans un même ouvrage, un véritable opéra, haletant, palpitant, téméraire, improbable, inespéré !

lundi 24 septembre 2007

Che cosa sono le nuvole ?


C'est bon de regarder le ciel de temps en temps. Il faudrait pouvoir se hisser pour ne plus rien voir d'autre. L'azur à perte de vue. Un gaz de plus en plus rare. Dans les pays nordiques, la voûte semble plus haute qu'ailleurs, plus transparente. Près des côtes, on dit que lorsque l'on aperçoit les îles au loin, il fera mauvais demain. L'horizon serait plutôt du côté de la terre ou de la mer. Ne regarder qu'en l'air. Dans la journée, on oublie les étoiles. La nuit, le ciel se bouche, il s'aplatit, ses limites se perdent dans le flou de l'obscurité, sa profondeur reste une image mentale, il sombre. Croce Spinelli et Sivel sont enterrés au Père Lachaise pour être montés trop haut, c'était en 1875. Ignorant que Tissandier avait pu ramener la Montgolfier, je ne comprenais pas comment ils pouvaient se retrouver là, au coin de deux allées, main dans la main, magnifiques statuaires. Contrairement à d'autres immensités agoraphobiques, le ciel est apaisant. Tout y semble léger. Il y eut d'autres cosmogonies, d'autres mythes, d'autres paradis, mais c'est lui qui emporta le morceau. Je repense souvent à Toto et Ninetto Davoli contemplant les nuages, marionnettes allongées sur le dos abandonnées dans une décharge, dans le sublime court-métrage de Pier Paolo Pasolini. Ce que sont les nuages.

P.S. : Paillette, puis Alain Longuet, m'apprennent la mort de Patrick Morelli, l'initiateur de La lune et les étoiles. L'une d'elles s'est éteinte. J'avais sonorisé en Arles les images de tous les photographes qui avaient blogué en images 365 jours par an depuis 1999. C'était la première fois que j'entendais parler d'un journal quotidien sur le Net, photographique et poétique qui plus est. C'était un homme charmant et généreux.
Sa maman, Monique Morelli, avait chanté Fréhel, Aragon, Carco, MacOrlan, Bruant, Villon... C'est elle qui interprète Elsa dans le disque du PC de 1975 qui célébrait l'année de la femme. J'en étais l'assistant avec Charlotte Latigrat pour Charles Bitsch. C'était la première fois que j'entendais la chanson mise en musique par Ferré. Son cabaret, Le Père Ubu, avait accueilli les deux chanteuses préférées de mon adolescence, Brigitte Fontaine et Colette Magny, avec qui j'aurai plus tard la chance d'enregistrer pour le projet Urgent Meeting / Opération Blow Up.

dimanche 23 septembre 2007

Reset


Peut-on feindre de comprendre la crise du disque en incriminant le cynisme et la frilosité de l'industrie, l'incompétence des institutions, la vénalité des marchands, la faillite de la distribution, l'absence de vrais producteurs, la faiblesse de la presse spécialisée, le téléchargement gratuit, la configuration astrale ou l'âge du capitaine ? N'est-il pas nécessaire d'interroger la musique elle-même et donc ceux et celles qui la font, compositeurs et interprètes ?
Aucun mouvement nouveau ne semble avoir marqué la musique occidentale depuis l'avènement du rap, de la techno ou de l'école spectrale. Nos allons de revival en remix sans déceler aucune nouvelle façon de voir, ni d'entendre. Le passe-partout délivré aux États-Unis, qui écrabouille les cultures régionales tandis que se multiplient les reconductions à la frontière, est lui-même devenu périmé : parmi les vingt plus grosses ventes actuelles en France, aucun artiste n'était connu il y a un an et ne le sera probablement plus dans deux. Les puristes qui pensent que l’improvisation est un genre interdisent que l’on prenne des libertés avec le free. L’electro-pop transforme le jazz en big promo. La chanson française revisite ses auteurs en dix lignes de bling et dix lignes de blang. Que se passe-t-il ? Chez trop d'artistes on recherche en vain les intentions. Comme le craignait Cocteau, "certains s'amusent sans arrière-pensée".
La politique nationale ne fait que réfléchir la crise mondiale et la vie musicale n'est qu'une projection de la société qui l'a engendrée sans qu'elle ne soit plus capable de lui rendre la monnaie de sa pièce. Est-il envisageable de créer des œuvres nouvelles sans inventer de nouvelles utopies ? La résistance ne pouvant être le fait d'un seul, l'union est indispensable, la fédération salvatrice. Pourtant, si chaque artiste porte sa responsabilité dans le débat qui nous anime tous, ses réponses lui sont propres, elles le définissent.

L’enfermement

Définir peut s'avérer un piège si cela dessine les limites de l'inspiration, réduisant l'œuvre aux acquis, condamnant l'auteur à une forme d'auto-parodie à laquelle chacun sera confronté un jour ou l'autre. Comment donc évoluer avec son temps lorsqu'on est musicien et que l'on ne souhaite pas répéter éternellement les mêmes formules ? Rien n’est acquis pour toujours. Rien n’est joué. Est-il possible de s’affranchir de son inspiration première, acquise dès l'adolescence, voire dès l'enfance, pour la faire sans cesse évoluer ? Il faut déjà toute une vie pour savoir qui l’on est, laissant à sa généalogie ce qui lui revient et assumant nos choix. Le poids des désirs inassouvis des parents forgent la névrose de leur progéniture qui à leur tour, etc. et dans l’autre sens, en remontant le temps sur des générations et des générations... Garder de la place pour les rencontres. Sur des routes parallèles, le zéro croise l’infini.
Faut-il se réjouir des étiquettes qui nous collent à la peau ou les subit-on comme on marque les bêtes ? Le classement arrange les marchands, mais contraint les œuvres à s'y plier, faute de quoi elles risquent d'échouer dans la catégorie des inclassables, antichambre de la mort ou de la starification. On sait que le succès, comme l'échec, est un poison. Son action est perverse, car s'il corrompt rarement celui qui l'atteint, le succès le pousse à remercier généreusement son public, à lui faire plaisir en lui offrant ce qu'il a plébiscité. Il fait du bien au porte-monnaie et flatte l'ego, mais fige souvent l'œuvre comme on épinglerait un papillon. On pourra l'admirer à sa guise, mais plus jamais il ne volera de ses propres ailes. L'échec est évidemment encore plus cruel, car il rend amer, aigri et peut faire sombrer dans des abîmes où jeter l'éponge est un moindre mal. Préconisons raisonnablement un petit succès stable qui empêche de s'endormir sur ses lauriers ou de s'auto-détruire, et revenons à nos moutons, hélas bien mal entourés.

Microcosmos

Rares sont les analystes qui écrivent effectivement sur la musique aujourd'hui. La presse musicale, tous genres confondus, est sinistrée, condamnée à suivre la mode de façon culinaire ou à se tourner vers le passé pour récupérer ceux qu'elle négligea lorsqu'ils étaient encore en action. Existe-t-il aujourd'hui un équivalent à une revue comme jadis Musique en Jeu, de celles que l'on collectionne tant les analyses qu'elle propose font office de manifestes, de témoignages formateurs, sujets à débat et réflexions visionnaires ? Mais personne, absolument personne, ne sait où ça va, et chacun s'affole dans son coin ou fait la sourde oreille. Les musiques que nous représentons ne peuvent s'épanouir qu’entourées, promues, au-delà d'un petit cénacle élitaire.
Nombreux programmateurs du monde des jazz sont usés comme les politiciens incapables de passer la main aux nouvelles générations. Ignorant comment les recycler, on les conserve. Tout le monde finit par jouer la même chose et l'on rencontre partout les mêmes même si chacun se croit unique. L'unicité n'est pas qu'une qualité, elle isole. Seul un mouvement d’ensemble peut changer les choses. Les quelques festivals et clubs à la programmation originale sont étouffés par l'effet de masse qui polarise les projecteurs. Les institutions reproduisent leurs aides à ceux qu'ils ont déjà soutenus. La fermeture des portes est automatique. Personne ne décide plus rien. Une fois lancé, le système fonctionne tout seul. Les jeunes ont de plus en mal de mal à se faire entendre. Ils sont condamnés à payer pour jouer ou se faire enregistrer. L’analyse de la situation exige une remise à plat générale. Pourquoi faisons-nous de la musique ? Pourquoi devient-on producteur ? Quel monde souhaitons-nous construire ?

Artistes et producteurs

Il est intéressant de noter une inversion de tendance aux Allumés. Si les premiers adhérents furent des producteurs refusant l'entrée aux labels de musiciens, la plupart des nouveaux membres sont des auto-productions. Est-ce un signe de la faillite des producteurs dont c'est le métier ? Quels publics ces musiques touchent-elles ? Jouons-nous une musique d'aujourd'hui ou sommes-nous les derniers vestiges d'une époque révolue qui n'a de contemporaine que le nom, un fantasme d'un autre siècle ? Pouvons-nous laisser le soin aux majors de décider ce qui sera diffusé ? Comment évoluer avec son temps ? Il est certainement plus difficile à un musicien de changer qu'à un producteur. La névrose colle à la peau des artistes, c'est leur fonds de commerce, le terreau sur lequel ils ont bâti leur œuvre, canalisant leur folie et la transformant en fleurs ou en plantes vénéneuses. Les uns se servent de leur souffrance pour créer, aucun choix ne s'offre à eux, tandis que les autres peuvent changer leur fusil d'épaule au gré des modes et de leurs lubies. Quelles influences bénéfiques les uns peuvent exercer sur les autres et réciproquement ? Dans ce petit monde où chacun se croit paranoïaque, les artistes pourraient incarner la tendance obsessionnelle et les producteurs une forme d'hystérie !

La grande évasion

Mis à part son statut social, le seul terrain d’intervention efficace du musicien reste son art. À chacun de creuser pour mettre à jour ses racines, d’arroser la terre, tailler les branches mortes, donner une forme au feuillage. Quels rythmes représentent le mieux notre univers ou remettraient les pendules à l’heure ? Quelles lois régissent les mélodies ? L’harmonie est-elle figée par ses écoles ? Quel rôle entend-on donner à la musique dans une société où l’influence de l’étranger est régie par des quotas, sans commune mesure s’il s’agit des Etats-Unis face à l’Afrique ou à l’Asie ? La responsabilité des artistes n’est pas forcément de manifester dans les rues, encore que tout élan de solidarité interprofessionnelle ou citoyen est fortement conseillé dans ces périodes de retour à la barbarie et au vichysme, mais la question de savoir pourquoi on joue ci ou ça, comment et quelle complicité ou résistance nous entretenons par notre expression artistique est fondamentale, fondatrice. Derrière les notes de musique se lisent des intentions. Sont-elles choisies par ceux qui les jouent ou sont-elles dictées par un marché, embrigadées dans une armée qui a choisi de mettre le monde au pas, au pas de la loi, une seule, lucrative et vidée de toute substance. Existe-t-il encore un art qui ne soit pas officiel ou doit-on l’inventer ? Rien n’est joué d’avance. La dilution n’est pas inéluctable. Il est urgent de se rappeler chaque matin ce qui nous motiva pour jouer la première note et ce qu’elle signifia pour nous. Il est vital de redéfinir aujourd’hui pourquoi nous combattons.

(Brouillon d'un article pour le Journal des Allumés n°20 qui sortira le 18 octobre)

samedi 22 septembre 2007

Histoire de dents


Je suis rentré hier à Paris me faire poser un implant, là, au fond, à la place de la molaire vacante, quel bol ! On m'annonce une heure et demie sur le billard, 3000 euros non remboursés même avec la mutuelle, le coaltar, week-end sympa en perspective...
Dans quatre mois, j'aurai donc une nouvelle dent pour mâcher (plus d'excuse ?) et j'envisage déjà de remplacer l'incisive de devant que le Dr Lessault m'avait fabriquée il y a plus d'un quart de siècle. La gencive s'est rétractée laissant deviner les fondations. J'avais neuf ans, trois "grands" m'avaient bousculé en courant et s'étaient écroulés sur moi dans la cour de récréation. J'ai pleuré, parce que le matin même, ma maman m'avait fait des compliments sur mes jolies dents. Je craignais de l'attrister d'avoir cassé son œuvre. J'ai arboré un sourire à la dent cassée toute mon adolescence. Lors des soirées psychédéliques, éclairée par la lumière noire d'une lampe de Wood, ma fausse dent devenait un trou, noir.
Un de ces jours, je dévoilerai une image plus gore que l'auto-portrait pris avec Photo Booth avant l'opération. Comme une deuxième rangée de dents en haut et en bas, des exostoses qui me permettent certaines grimaces inédites que j'aime exposer aux orthodontistes pour les épater, pas seulement aux orthodontistes ! Il m'arrive aussi de leur demander pourquoi ils ont choisi un métier où tout le monde les craint, surtout les enfants !


L'intervention dure moins longtemps que prévu. Trois visages sont penchés au-dessus de moi de chaque côté d'un monstre plein d'yeux. Décidé à le prendre comme une expérience, je respire profondément. La douleur ne se réveillera que plus tard. Rien de terrible. Je vois le Dr Noel comme un bricoleur du week-end, préparant ses trous avant d'empoigner sa chignole. J'imagine que c'est plutôt de la joaillerie qu'une pose d'étagères, mais dans tous les cas je me vois mal exercer ce travail minutieux. Le bricolage n'est pas mon fort. La moindre réalisation me semble une victoire sur la matière, même si rien n'est droit. En sortant de chez le dentiste, rien ne l'était, ni ma figure ni le trottoir.

vendredi 21 septembre 2007

En perm' à Nantes, l'astuce est amusante...


Comment venir à Nantes sans traverser le Passage Pommeraye ? Jacques Demy y est en perm' car il ne le quittera jamais. Les images de Lola et d'Une chambre en ville sont imprimées sur ma rétine. Je revois Michel Piccoli en marchand de télés s'égorgeant au rasoir devant Dominique Sanda nue sous son manteau de fourrure.
Plus loin, de l'autre côté de la passerelle qui enjambe la Loire, se dresse le gigantesque Palais de Justice construit par Nouvel, et à sa droite les ateliers du Royal de Luxe. Leur éléphant est impressionnant lorsque sa machinerie se met en branle. Des branches jaillissent de la façade, pieuvre en balcons fleuris. Je bifurque vers les les Halles Alstom où est exposée la Friche Numérique du Festival Scopitone, mais il est déjà l'heure de faire répéter la meute.


Tandis que je passe du pachyderme au lapin comme du coq à l'âne, 20minutes.fr, qui reproduit le film de Françoise, en profite pour titrer :

Une chorale de lapins à l'opéra

Un opéra avec cent lapins reliés par onde Wi-fi ?
Le spectacle a beau sembler surréaliste, il existe. Les interprètes ne sont pas de véritables bêtes à poils vivantes mais des lapins-gadget en plastique d’une trentaine de centimètres de haut qui, reliés par ondes Wi-fi, ont le nombril qui s’éclaire, les oreilles qui gigotent et émettent des sons. Cela s’appelle le «Nabaz'mob», contraction de Nabaztag — lapin en arménien — et flashmob, ces rendez-vous éclair organisés dans des lieux publics.
Au final, une chorégraphie à la fois étonnante et, n’ayons pas peur de le dire, féerique. Mais attention, «on a perverti le lapin, explique Jean-Jacques Birgé, designeur sonore et co-auteur de la pièce avec Antoine Schmitt. Seul, le lapin, en tant qu'objet, a l'air mignon. Mais là, rassemblé avec d'autres, ça change: les lapins deviennent maléfiques. C'est une parodie de la démocratie.»
«Les lapins sont devenus des rock stars».
Cet opéra, créé en 2006 à Beaubourg, à Paris, est maintenant en tournée internationale, à Nantes dès ce jeudi soir, à Amiens le 6 octobre, à Amsterdam le 20 octobre et bientôt, aux Etats-Unis. «Le phénomène nous échappe un peu: désormais, la prestation s’arrache de ville en ville, sourit Olivier Mével, co-fondateur de la société Violet, qui fournit les lapins Wi-fi. Au fil du temps, nos lapins se sont professionnalisés et sont devenus des rock stars. On les trimbale en camion dans leur caisson, et on a même une accompagnatrice qui les installe en tournée.»
Appareillage.
Le dispositif est mastoc: cent lapins (soit 130 kilos au total) voyagent ainsi, avec leurs câbles d’alimentation et les cent prises associées, plus six routeurs Wi-fi et deux ordinateurs régis par les auteurs de cette pièce écrite. Oui, écrite. Antoine Schmitt et Jean-Jacques Birgé envoient via leurs ordinateurs la partition aux lapins qui la jouent ensuite sur la scène, en remuant les oreilles. Parfois en décalé. Car les interprètes restent des lapins, pas des moutons.
Alice Antheaume (20minutes.fr, 20/09/2007)


Pour rejoindre nos lapins qui seront beaucoup plus disciplinés que la veille et répondre aux questions de France 3 (édition des Pays de Loire ce soir à 19h), je traverse le Passage Pommeraye dans l'autre sens. Comme il est impossible de trouver une botte de carottes (avec des fanes) à Nantes passé midi, je joue les leurres en enfilant veste et pantalon orange tandis qu'Antoine passe au noir : la carotte et le bâton ! Le subterfuge les gruge. Aucune évasion à signaler, aucune reproduction non plus, tout le monde regagne son clapier tandis que nous imaginons une nouvelle scénographie pour le 6 octobre à Amiens. Christophe nous fait remarquer que Nantes et Amiens sont les deux villes de Jules Verne. Sous quelle meilleure étoile pouvions-nous jouer les chefs d'orchestre numérique ?

jeudi 20 septembre 2007

Sauvés de justesse


Dans trente minutes le spectacle va démarrer. Nous remontons doucement vers la surface après plusieurs heures de bagarre avec la technologie, encore plus pénible que la technique, un cran au-dessus dans l'échelle de la douleur. Lorsqu'on est chanteur ou percussionniste, on ne peut s'en prendre qu'à soi les jours où rien ne semble aller comme il faut. Dès que l'on a besoin d'une simple prise de courant, d'un microphone, d'un piano ou d'un projecteur, les choses commencent à nous échapper. Dépendre de l'informatique est encore plus risqué. C'est le stress assuré, alors que tout est programmé pour marcher comme sur des roulettes. Cette après-midi, Antoine s'est arraché les cheveux sur un problème de communication entre l'ordinateur et nos lapins : certains réagissaient avec un délai de trois minutes à la place des dix secondes attendues. Nous avons testé tous les maillons de la chaîne pour incriminer définitivement un des deux routeurs qui envoient la partition aux 100 Nabaztag réunis sur la scène de la Salle Paul Fort à Nantes, situé juste au-dessus du Pannonica. Mais le devoir m'appelle, je vous raconterai la suite après la représentation. En attendant, je vous laisse avec Francis Marmande, qui nous a gratifiés d'un réjouissante chronique en page 2 du Monde d'aujourd'hui :

Schmitt et Birgé, des lapins communicants

Un petit lapin fait fureur. Un petit lapin communicant. Il s'appelle Nabaztag. Nabaztag ("lapin" en arménien) fonctionne en Wifi et doit son nom à Rafi Haladjian. Portrait dans Le Monde du 6 avril 2006 : "Je m'appelle rafi et j'ai 43 ans. Rafi s'écrit avec un "r" minuscule parce que c'est un prénom arménien. Bien que n'ayant rien fait (et en particulier pas des études d'ingénieur), je baigne dans les réseaux depuis qu'ils étaient tout petits. En 1984, j'ai sombré dans le Minitel pour n'en sortir qu'en 1994 en fondant FranceNet (devenue Flexus, devenue BT France), première boîte d'internetterie en France. Depuis 2003 avec Violet et Ozone, j'explore la vie après le PC et après l'Internet tel que nous le connaissons. Je porte des lunettes. C'est à peu près tout ce que je peux dire sur moi." Avec Olivier Mével et Sylvain Huet, l'agence Violet passe de trois à trente bricoleurs. Mise au point des lapins intelligents au-dessus du Gibus, en face de la garde républicaine.
Nabaztag, c'est un truc pour "geeks" et "geekettes" : les Paganini du Net et des nouvelles technologies, enfin, les joyeux, ceux qui ne se prennent ni pour Diderot ni pour Zorro. D'un gadget branché, le lapin en plastique devient objet populaire (200 000 vendus). Ici entrent en scène Jean-Jacques Birgé, compositeur, agitateur (Un drame musical instantané, Les Allumés du jazz, musiques brintzingues en tout genre), designer sonore ; plus Antoine Schmitt, artiste designer comportemental. Et Nabaztag ? Il parlote, il mange des nuages, il dit la météo, les cours de la Bourse, il se branche un peu sur n'importe quoi, il fait réveil, et pour l'amour avec un autre lapin, il bouge les oreilles. Exactement comme les humains, en somme.
Jeudi 20 septembre au festival Scopitone de Nantes, le 6 octobre à la Nuit blanche d'Amiens et le 20 à Amsterdam avant tournée mondiale, Nabaz'mob, opéra pour cent lapins communicants de Schmitt et Birgé, sera donné pour la plus grande joie des petits et des grands. Car les lapins déconnent. Ils sont indisciplinés, répondent à l'envers aux injonctions, et se révèlent incapables de jouer la musique ensemble. Comme les humains (non musiciens).
Un opéra, on connaît. Encore que ce soit complexe. Mais enfin, même en pleine célébration de Callas, on voit. Peut-être suffit-il de comparer avec un autre objet chantant non identifié, tout récent mais plus classique, Welcome to the Voice, pour prendre la mesure. Welcome to the Voice, hommage à la voix, livret de Muriel Teodori (psychanalyste rayonnante et allumée) et musique de Steve Nieve (clavier de divers bricolos, Sting, David Bowie ou Elvis Costello), Welcome to the Voice réalise une belle expérience de transversalité heureuse. Si vous voulez entendre sur orchestration au petit poil Barbara Bonney, Nathalie Manfrino, Armanda Roocroft, Sara Fulgoni, plus Elvis Costello, Sting, passe encore, mais aussi Robert Wyatt, ce génie, foncez. En plus, quand les voisins viendront prendre un kir framboise, vous pourrez arborer l'album sans complexe : c'est sur Deutsche Grammophon.
Le truc de Schmitt et Birgé reste plus minimaliste. Ils ont commencé par convoquer cent lapins avec leurs parents à Beaubourg (mai 2006). Après quoi, au Javits Center, à New York, ils ont reçu 70 000 visiteurs en quatre jours. Ce succès les étonne. Le lapin porte-bonheur. Prochain concert à bord du Titanic ? Dans un genre plus proche de l'art modeste, on connaît un prof qui, pour neutraliser les irruptions intempestives, fait dégainer tous les portables au début de l'amphi. Il invite les 258 porteurs à déclencher leur propre sonnerie. Passé un léger flottement, les étudiants s'exécutent : voir Charles Ives, Cage, Ligeti et Birgé. Plus disciplinés que les lapins ? Les temps semblent hélas le prouver.
Francis Marmande (Le Monde, 20/09/2007)

Une minute avant de monter sur scène, Antoine a l'idée lumineuse que nos ennuis pourraient provenir de l'anti-virus du PC triant la masse des données qui vont et viennent jusqu'à nos bestioles, ralentissant considérablement le système. Le même gag avait accablé Nicolas à la création de l'installation des Portes. La désactivation anti-virale ne résout pas tout, mais cette version inédite de notre opéra se tient bien, même si nous en présentons une interprétation très différente des précédentes représentations comme de celle de demain. Les alternances densité/silence sont remplacées par de belles progressions linéaires, et, si les ballets de lumière sont moins minimalistes qu'Antoine ne le souhaiterait nous sommes soulagés d'avoir réussi de justesse. Lors du salut final, je souligne que "si nos lapins ont été particulièrement indisciplinés, ils nous incitent à la désobéissance civile pour les temps à venir."

Photo d'un tableau de Kiefer.

mercredi 19 septembre 2007

Nabaz'mob à Nantes


Reprise de notre opéra pour 100 lapins communicants aujourd'hui (pour les V.I.P. du Festival Scopitone) et demain jeudi Salle Paul Fort. On nous dit que c'est complet depuis plusieurs jours ! Francis Marmande nous annonce que Nabaz'mob sera dans Le Monde de ce soir. Les deux malles en métal contenant chacune cinquante bestioles sont déjà à Nantes. Nous devons chaque fois inventer une nouvelle manière de sonoriser, car il est rare de trouver sur place un système homogène d'amplification pour les cent petits ventres dont la puissance individuelle est à peu près égale à celle d'une boîte à musique acoustique. Plus il y a de micros mieux c'est, à condition qu'ils ne soient pas apparents pour ne pas gâcher le spectacle chorégraphique des oreilles et des leds colorées programmé par Antoine. Des PZM ou des micro-cravates peuvent faire l'affaire, et si les Nabaztag sont disposés sur des gradins nous pouvons éventuellement ajouter quelques pieds à l'arrière, mais il est impossible de dépasser les vingt-quatre voies de la plupart des tables de mixage mises à notre disposition. L'emplacement des haut-parleurs et l'acoustique de la salle sont des variables avec lesquelles il faut également composer.
Lorsque les lumières du théâtre s'éteignent et que retentit la première note cristalline, le public fait silence et tend l'oreille. Ces cent petits êtres qui essaient de jouer tous ensemble la même partition sans ne jamais pouvoir y arriver sont très émouvants. La parabole est cruelle. Les robots, obéissant à des règles dictées par des humains, n'échappent pas aux lois de l'imperfection : errare humanum est. C'est ce qui fait leur charme.

mardi 18 septembre 2007

La ligne d'arrivée


Bernard et moi avons rendez-vous aux Studios de la Seine pour mixer la musique de l'octuor avec les documents d'archives que Pierre-Oscar rapporte de Bruxelles. Nous reprenons tout le mix avec Fabrice Maria de manière à intégrer musicalement les voix et les ambiances réparties sur seize nouvelles pistes. Au lieu de baisser tout l'orchestre, nous pouvons ainsi atténuer tel ou tel instrument. Je suis impatient de découvrir le film monté, car je n'ai encore rien vu ni entendu. Nous avons seulement précisé les endroits où le monteur du film pouvait coller de nouveaux sons.
Je prépare la facture dans le même mouvement, car je n'aime pas que le dossier traîne ensuite. Besoin de tourner la page et de se pencher sur les nouveaux projets. Nous nous débrouillons pour ne jamais être en retard de livraison, aussi espérons-nous la même célérité de la part des services comptables de tous nos clients. Nous restons fragiles, surtout si nous devons avancer les frais techniques, les transports ou les salaires des musiciens. Au moins, nous n'avons pas à nous inquiéter de la solvabilité de la Communauté Européenne qui a commandité le clip de cette après-midi ! Il doit être diffusé dans les 27 pays qui la composent. Comme une réflexion en miroir sur cette union, Libération publie ce matin sur trois colonnes une photo toute rouge de nos cent lapins qui annonce le billet de demain. N'étant plus à un paradoxe près, Lors m'a surnommé en breton "Roué ar c'honifed" !
Bernard arrive en Harley comme d'hab, P.O.L. a troqué sa brouette contre une rame de métro et je replie mon vélo. Ça descend sans arrêt depuis la Porte des Lilas, mais ce soir il faudra remonter. Je prends mon temps, ça va plus vite.

lundi 17 septembre 2007

La charrette de P.O.L.


Pierre-Oscar Lévy, célèbre auteur faussaire de Premiers mètres (en 1984, il pasticha Ivens, Vertov, Rouch, Wiseman et Oshima), confondant son futur Vauban avec le clip du centenaire de L'Europe dont nous terminons le mixage demain, s'emmêle les pinceaux en m'envoyant des copies de tableaux du XVIIème. En réponse à mon alerte de cafouillage de mails, il m'envoie cette gravure explicite de son surmenage.
Son Perec, que je croyais jusque là breton comme pas mal de monde aussi inculte que moi, est brillant d'intelligence, son et image complémentaires à souhait évitant toute redondance illustrative. Le relief de l'invisible, travelling recomposé jusqu'au cœur de la matière, me ramène à mon adolescence lorsque je restais penché des heures au-dessus de mon microscope. Le premier convoi m'emporte à Auschwitz où j'écoute les rares survivants qui ont refait le voyage. J'y cherche le fantôme de mon grand-père. Pierre-Oscar et moi travaillons de la même manière lorsqu'il s'agit d'aborder un nouveau projet, cherchant la forme dans le sujet. Nous avons reçu la même formation à l'Idhec. Peu importe l'ancien ou le nouveau, la tradition ou le moderne, l'évidence éclate lorsque le traitement est approprié.

dimanche 16 septembre 2007

Un plan de Paris


Françoise se débrouille toujours pour partir au dernier moment, en oubliant ci ou ça et à me stresser alors que je ne suis même pas du voyage. Une névrose en vaut une autre, je suis plutôt du genre à partir une demi-heure en avance. La ponctualité stigmatise bien des comportements. J'avais donc commencé la journée par chercher l'adresse de Xana sur le plan de Brooklyn pour que Françoise arrive à bon port, les taxis jaunes se perdant souvent dès qu'ils sortent de Manhattan (MapQuest est l'équivalent de Mappy). De son côté, elle réussit à faire faire demi-tour au taxi bleu, pensant avoir oublié ses lunettes qui étaient évidemment dans son sac.
L'après-midi, plus calme et ensoleillée, s'est déroulée en sauts de puce dans le XIème et le XXème au guidon de mon Brompton que je réparai avec succès, mais non sans mal. Il est enfin doté de quatre petites roues pour le traîner façon caddie et d'un feu arrière qui fonctionne ! Hormis la marche à pieds, y a-t-il un moyen de locomotion plus agréable que la bicyclette pour découvrir Paris ? Depuis que je roule sur deux roues, j'ai l'impression d'être en vacances lorsque je conduis et de découvrir la ville comme un touriste. Je m'arrête sur les ponts qui enjambent la Seine, je regarde les vitrines, les cariatides qui ornent les façades, les passants... Et je fais des photos comme si c'était des cartes postales. Celle-ci, prise depuis le toit du Musée du quai Branly, montre le contraste de trois époques : ça, c'est Paris ! Nouvel, Eiffel et je ne sais qui. J'ai également profité de ma journée off pour me faire ratiboiser la colline avant de remonter celle de la Porte de Ménilmontant.

samedi 15 septembre 2007

Paris-Lorient-Paris dans la journée


Passant par la rue du Départ (sans recevoir 20 000 balles) pour m'éviter les dix minutes de couloirs souterrains de la station Montparnasse au quai du TGV, je tombe sur une vitrine des Galeries Lafayette avec nos lapins fétiches : en reflet, Shoot 'em Up (Descendez-les !) ; sur l'écran : A priori il n'y a aucune raison... Belle annonce pour la reprise de notre opéra à Nantes la semaine prochaine pour le Festival Scopitone !
Dans le train, une vieille dame ronchon hurle "Vous n'avez pas soif, derrière ?". Elle n'arrêtera pas de se retourner jusqu'à s'en prendre à ma voix "porteuse"... "Un vrai moulin à paroles !". Difficile de dire le contraire. Si je parle pourtant tout doucement, ma gamme de fréquences ressemble bigrement à la sienne. Elle n'arrive pas à se concentrer sur son magazine pipole. J'ai beau faire des efforts de murmures, ses tympans vibrent en sympathie avec mes cordes vocales. Nous préparions discrètement notre entretien concernant l'appel d'offre pour une installation muséographique immersive projetée sur onze écrans. Nous faisons rire nos interlocuteurs en divaguant sérieusement sur l'océan, mais cela ne peut encore en rien augurer de leur choix. Il faisait beau, l'air était pur, comme un parfum de vacances, un leurre.
J'aurais souhaité prendre un cliché breton, hélas la ville reconstruite après les bombardements alliés est aussi lisse qu'un centre commercial. J'entends tout de même une mouette à l'instant de grimper dans le TER bondé qui m'emporte vers Rennes. Arrivé à Paris, il n'y a pas de taxi. Il n'y a jamais de taxi à la Gare Montparnasse. Je finis par en alpaguer un à Vavin qui ferait bien le tour de Paris pour me ramener à la maison. Je suis pressé de rentrer, Françoise s'envolant dans quelques heures pour New York où elle va préparer la ressortie de ses films sur le territoire américain. L'histoire se répèterait-elle ?

vendredi 14 septembre 2007

Twin Peaks, le double fond de l'Amérique profonde


Ne regardant plus ou pas encore la télé à l'époque de sa diffusion en France en 1990, je découvre la série originelle de David Lynch. D'abord inquiet par le côté provincial des premières minutes du pilote, je suis de plus en plus emballé par la dérive loufoque qui s'affirme au fur et à mesure des sept épisodes de la première saison qui vient de paraître en dvd (TF1 Vidéo). Les clins d'œil critiques aux soap operas se multiplient avec humour, les personnages dévoilent leurs faces cachées plus tordues les unes que les autres. Les chassés-croisés sexuels et les détails surréalistes dessinent un portrait de l'inconscient de la petite ville de 51 200 habitants. Construisant sa méthode d'investigation sur sa nature obsessionnelle et ses étranges rêves énigmatiques, le personnage principal de l'agent du FBI Dale Cooper interprété par Kyle MacLachlan est absolument formidable. Les effets sonores grinçants de Lynch magnifient l'ambiance glauque et les guitares rocky de Badalamenti scandent efficacement le suspens du feuilleton, mais les boursouflures pour piano et violons du compositeur sont hélas à vomir. Si dès 1967 une série comme Le prisonnier a ouvert la voie à l'absurde claustrophobe, Twin Peaks annonce déjà Six Feet Under et Desperate Housewives. Son édition dvd apporte une qualité d'image et de son impossible à sa création lors de sa diffusion télévisuelle et l'on attend avec impatience la saison 2 qui doit paraître en décembre pour boucler (?) l'énigme de l'assassinat de la jeune Laura Palmer, prétexte à enquêter sur les dysfonctionnements d'une société vivant sur ses mensonges et son cynisme complice.

jeudi 13 septembre 2007

Le tamarin est de saison


Olivia nous a rapporté une boîte de tamarins d'un magasin indien de la rue du Faubourg Saint Denis. Ces fruits délicieux, ici importés de Thaïlande, sont sucrés et acidulés. Leur étymologie arabe "tamar hindi" qui signifie "datte de l'Inde" donne une indication sur leur texture pâteuse une fois qu'on a épluché la gangue cassante qui les protège. Les pépins à la forme irrégulière sont aussi durs que des cailloux. Bernard espère en faire pousser. Vu leur propriété laxative, il est recommandé de ne pas en abuser ! Je prends la photo sur la grande nappe qu'Olivia nous a offerte lors d'un de ses précédents séjours.
Tandis que je cherche des informations sur le Net, je tombe sur le site tous-les-fruits.com qui résout l'énigme soulevée par Thierry à propos des azeroles. Il y aurait une confusion possible entre les acérolas et les azeroles. Les premières, qu'il dévorait en Corse lorsqu'il était enfant, sont des "cerises des Antilles" ou "cerises des Barbades", les secondes, qui poussent dans le jardin de La Ciotat, sont des "pomettes" ou "cénelles".

mercredi 12 septembre 2007

Houellebecq-Birgé, la presse (3)


Suite de la revue de presse de mon dernier cd paru (lire 1 et 2).
On ne peut pas dire que les ventes soient mirobolantes. Le score n'est pas meilleur qu'aucun de mes autres disques. La presse littéraire, la presse généraliste, la presse à scandale semblent n'en avoir rien à cirer. Seule la presse musicale s'y est intéressée en se répandant en louanges, certes, mais c'est loin de suffire à amortir les coûts de fabrication de cet objet extrêmement soigné dont on trouvera toutes les informations sur le blog (taper Houellebecq dans la Recherche, par exemple !). Cela ne fait probablement pas très sérieux de faire sa promo soi-même. Je me suis épuisé à relancer les journalistes pendant trois semaines. Certains promettent, d'autres n'existent que par leur répondeur, il faut parfois renvoyer l'album qu'ils prétendent avoir perdu. Je ne suis pas forcément au courant des articles qui paraissent. Des amis ont la gentillesse de me prévenir lorsqu'ils lisent un papier. Il faut savoir être patient, Établissement d’un ciel d’alternance est millésimé, comme tout ce que j'ai produit, heureusement. Je commence seulement à tirer les bénéfices de trente-cinq ans d'invention et de création incessantes. Il ne s'agit pas d'argent, j'ai toujours réussi à vivre de mes œuvres brintzingues, mais je recueille seulement aujourd'hui la reconnaissance de mon travail. Ne plus avoir l'impression d'être seul.
Houellebecq est en montage avec son premier long métrage adapté de ''La possibilité d'une île''. Il reviendra un de ces jours sur le devant de la scène et mon distributeur vendra quelques exemplaires de plus de ce duo dont je suis très fier. Samedi, L'Humanité, sous la plume de Fara C., écrivait donc :

Ciel d’alternance
Inclassable. Spectacles.
Le compositeur Jean-Jacques Birgé, crucial défricheur de l’électronique bien avant la mode, a publié, avec Michel Houellebecq, un CD absolument magnétique, Établissement d’un ciel d’alternance (notre photo), d’après la création présentée en 1996 à la Fondation Cartier. Sur l’ovni sonique élaboré par Birgé, l’écrivain dit des extraits de La Poursuite du bonheur et du Sens du combat, que complète une pièce instrumentale de Birgé (électronique en direct) et Bernard Vitet (composition), dont le titre, Tchernobyl, parle de lui-même. Un minimalisme résolu régit aussi bien la musique que la diction. Avec un effet pénétrant. On s’abandonne à l’errance du verbe et de la note, les deux complices inventant une sorte de « poésique » qui incite à sortir du rang. On oscille entre un brouillard cataclysmique et des trouées d’apaisement. Il y a quelque chose de la clarté d’une aria de Bach, un rai de lumière qui se mêle au sac et ressac inquiétant des synthétiseurs. Une divagation haletante. Sur de nombreux fronts de l’actualité artistique la plus téméraire, Birgé présente, par ailleurs, Nabaz’mob, opéra de cent lapins communicants, qu’il a écrit avec Antoine Schmitt. Quant à Houellebecq, la MC 93 de Bobigny accueillera en 2008 Plateform, adaptation théâtrale d’un de ses romans par Tom Blokdijk, avec mise en scène de Johan Simons.
Birgé : Nabaz’mob, notamment le 20 septembre à Nantes, Festival Scopitone, le 6 octobre à Amiens, Nuit blanche ; voir drame.org.
Houellebecq : Plateform, 11 et 12 février 2006, MC 93 (tél. : 01 41 60 72 72).
Joyau à (s’)offrir : CD long box, de M. Houellebecq et J.-J. Birgé, Établissement d’un ciel d’alternance (Grrr/Orkhestra).
Fara C. (L'Humanité, samedi 8 septembre 2007)

Plusieurs billets abordent ici l'album sous des angles variés :
- Sortie chez GRRR de mon duo avec Michel Houellebecq (avec la pochette originale)
- Les chiffres à livre(t) ouvert
- Les pochettes auxquelles vous avez échappé
- Étienne Auger commente son travail
- Houellebecq Malentendu

mardi 11 septembre 2007

Bizot a cassé son calumet


La mort de Jean-François Bizot me frappe parce qu'il fut un capitaine au long cours, qui, dès la fin des années 60, embarqua toute une génération de fondus qui vivaient leur jeunesse à cent à l'heure, dormaient debout et ne cessaient jamais de rêver de reconstruire le monde. J'ai écrit quelques mots hier matin sur le blog des Allumés. Je crois que c'est Jean-Pierre Lentin, déjà responsable de la rubrique musique, qui nous avait présentés. Lors de ma dernière rencontre avec Bizot, nous avions évoqué la débâcle du Festival de Biot-Valbonne, par quel miracle je m'étais retrouvé à faire le bœuf avec Eric Clapton chez Giorgio Gomelski avant d'embarquer pour la villa de Pink Floyd, et comment j'avais fait le joint entre Frank Wright et Alan Silva qui venait d'arriver en France avec Sun Ra ! Bizot était sur tous les fronts. Je me souviens de lui dans les locaux d'Actuel début 71, hyper-excité, lançant une idée à la minute, grillant ses cartouches sans compter celles qui lui restaient dans le barillet. Plus tard, j'eus affaire avec sa sœur Irène lorsqu'elle était à la tête de la Réunion des Musées Nationaux. Tous deux avaient une manière originale d'aborder le phénomène culturel et de fricoter avec l'art qui les rendait sympathiques malgré le jeu du pouvoir. Au lancement de Radio Nova, un extrait de M'enfin (LP Rideau !), en écoute sur le site des Disques GRRR, faisait partie de la boucle de trois minutes qui tournait toute la nuit pour occuper l'antenne ! On entendait égrainer le loto arabe tandis que résonnait la guitare... Aujourd'hui, j'entends ces chiffres comme les messages énigmatiques qui parviennent à Orphée depuis l'autre côté...

lundi 10 septembre 2007

Une œuvre est une morale


En critiquant l'adulé Kusturica, je savais que je risquais d'en froisser plus d'un. Ne désirant pas particulièrement m'étendre sur les qualités usurpées de ce faiseur brutal à l'onirisme saint-sulpicien, je citerai ce matin un de mes commentaires publiés en réponse à quelques réactions d'internautes.
Les œuvres obéissent toutes aux mêmes lois de l'identification, ce qui explique en partie nos goûts et nos dégoûts pour les unes ou les autres. Lorsque je cite Cocteau en disant qu'une œuvre est une morale, j'entends que certains s'amusent hélas sans arrières pensées et que la valeur d'une œuvre dépend des questions qu'elle soulève. Une manière de penser par soi-même, sans référence à la mode, au bon sens, au bon goût ou aux conventions sociales en vigueur. Je ne confonds pas non plus ce que j'aime et ce que j'estime.
J'apprécie donc plus les provocateurs que les démagogues. On peut flatter ses thuriféraires, mais il est plus courageux d'interroger nos certitudes. Je porte ainsi dans la plus haute estime Salo de Pasolini, A Movie de Bruce Conner, L'île aux fleurs de Furtado, La nuit du chasseur de Laughton, La route parallèle de Ferdinand Khittl, les films de Pelechian, Renoir, Visconti, Vigo, Bresson, Powell, Tati, Etaix, Dreyer, Welles, Murnau, Stroheim, Lang, Ray, Rosselini, Cassavetes, Lepage, Snow, Straub et Huillet, Franju, Grémillon, Becker, Rouquier, Brisseau, Kaurismaki, Lynch, Vecchiali, Iosseliani, Moullet, Takahata, Svankmajer, LaBute, Chytilova, Rappaport, Waters, Cronenberg, Cavalier, Buñuel, Marker et évidemment Jean-Luc Godard, qui ne font pas des films pour qu'on les aime, mais parce qu'ils feignent de croire encore pouvoir changer le monde ou qu'ils en expriment sans relâche leur incapacité déceptive. Ces quelques exemples sont loin de refléter mes goûts, mais ils dessinent le vecteur qui m'entraîne vers l'idée d'un homme meilleur.

dimanche 9 septembre 2007

Tu viens, on danse ?


Les fêtes de la rentrée se suivent, mais ne se ressemblent pas. Nous avons commencé vendredi soir par l'anniversaire de Mina rue St Maur. C'est sympa, mais je ne connais personne et le niveau de la musique empêche de s'immiscer dans les conversations. Je dois avouer que je ne comprends toujours pas pourquoi il est d'usage de faire hurler le son dans de mauvaises chaînes que personne n'écoute, alors que tout le monde semble avoir envie de discuter ou de faire connaissance. Pour danser, cela peut s'expliquer, mais sinon ? Dans le meilleur des cas, on ne peut attraper qu'une extinction de voix. Dans ces circonstances, je choisis une situation de repli, style squatter la cuisine, ce soir-là la terrasse, en plein air depuis que Mina et Aldo ont fait sauter le toit du hangar pour contempler les étoiles...
Plus tard, boulevard de Ménilmontant, Elsa a réuni toute une bande de copains et copines dont nombre de musiciens, et ça joue, grave ! Les guitares manouches succèdent aux chants russes tandis qu'Antonin accompagne les uns et les autres au piano. Cela fait vraiment plaisir d'écouter tous ces jeunes gens bœufer ensemble. Il y a du cœur, et du cœur à l'ouvrage. L'atmosphère est légère, aérienne. Le jazz bat son plein. I can't give you anything but love, baby ! Je ne sens plus ma fatigue. La soirée s'achèvera à plus de 6 heures du matin, mais tout de même sans nous.
Le lendemain, nous remettons cela pour l'anniversaire de Claire et de son père, Paul, au pavillon danois de la Cité U. Il joue de la guitare hawaïenne, chante des chansons vietnamiennes et les petites filles s'invitent à danser, laissant les garçons faire canapé, comme d'hab ! Celui qui connaît les danses de salon est certain d'emporter le morceau, je comprends mon père, sacré noceur... Lorsque ce fut mon tour, je me rattrapai avec la tchatche, raison probable pour laquelle la musique m'a toujours indisposé en société. Soit on l'écoute, soit on l'éteint. Soit on danse, soit on s'éclipse. Rien ne vaut le chant des cigales ou le bruit de la ville endormie, susurrais-je aux oreilles d'une demoiselle.

samedi 8 septembre 2007

Aldo scotché


La couleur des photographies d'Aldo Sperber (liens vers PictureTank, films et Ciné-Romand) est souvent franche, comme les cases d'une bande dessinée dont la colorisation crue oriente la lisibilité du scénario. Instants posés sans référence cinématographique, les images arrêtées s'insèrent dans une action entre un avant et un après. Les modèles semblent poser pour un peintre. J'ai évidemment choisi cette image à cause de Scotch. Évaluant le danger, le chat joue de ses prunelles vertes tandis que la marionnette rouge sang est suspendue au hors champ d'une fenêtre que l'on devine. Françoise et moi avons prêté décor et accessoires contre chacun un galurin de la styliste Catherine Cardine, rue du Faubourg Saint-Honoré, dont Aldo photographie toues les collections. Sur le divan de la salle de cinéma, Sophie, journaliste de rock, tient les ciseaux du coupeur de pouces de Crasse-Tignasse.

vendredi 7 septembre 2007

Dix mille intruments dans un tube de verre


Depuis que je suis tout petit, je rêve de me laisser enfermer dans la caverne d'Ali Baba. Hier mon vœu s'est exaucé grâce à la gentillesse de l'ethnomusicologue Madeleine Leclair, responsable de l'unité patrimoniale des collections d'instruments de musique du Musée du quai Branly, que j'avais rencontrée il y a quelques mois pour fêter nos prix du Fiamp. Sur les six étages d'un gigantesque tube de verre dessiné par l'architecte Jean Nouvel comme le reste du bâtiment, sont exposés dix mille instruments de musique d'Asie, d'Océanie, d'Afrique et des Amériques. Complétant admirablement celle du Musée de la Musique de La Villette, c'est la plus grande collection d'instruments ethniques en Europe. Les caillebotis métalliques ajourés permettent à un seul système de régler la température et l'hygrométrie, stabilisées à 20°C et 50% d'humidité, de cet espace obscur, pas plus de 30 lux, meublé d'étagères noires et de tiroirs coulissants silencieux conçus par Madeleine.
Dans cette Tour de Babel musicale, les instruments sont classés par continents et par types, percussions à peau, tambours de bois, hochets, sistres, sonnailles, gongs, cloches, balafons, senzas, guimbardes, arcs, flûtes, trompes, conques, harpes, guitares, kotos, violons, etc. Je n'emploie pas les termes muséographiques affichés, mais ceux que j'utilise lorsque je joue dans mon studio avec tous ceux que j'ai recueillis lors de mes voyages. Les rhombes, qui se réfèrent à des rituels sacrés auxquels aucune femme ne doit assister, ne sont pas exposés pour ne pas choquer d'éventuels visiteurs des villages d'où ils ont été rapportés. Je suis étonné du nombre de flûtes nasales et de la sophistication de certains systèmes d'émission. Une flûte qui se porte à l'épaule se joue en la remplissant d'eau et en marchant, l'eau poussant l'air vers le biseau. Des cocons d'araignées remplis de leurs œufs séchés sont agités. Des tibias humains finement ciselés sonnent la cérémonie. Des tambours de bois sont creusés de plusieurs lames pour former un ensemble accordé. Des carapaces de tortues sont frottées à la manière des tambours parlants. Mon ivresse monte à mesure que nous descendons dans l'immense éprouvette qui laisse apercevoir tous ces trésors. Le site du Musée offre une recherche exceptionnelle dans le catalogue des objets. Nous terminons la visite par la magnifique salle de concert aux formes variables (rideau d'Issey Miyaké) et à son pendant extérieur, sorte de théâtre antique qui mange le sublime jardin sauvage de Gilles Clément, et par la médiathèque sur le toit couronné par une rivière-fontaine qui fait le tour du bâtiment. On peut y écouter des centaines de musiques, à moins que l'on ne préfère les grandes boîtes à musique audiovisuelles du Musée qui offrent une immersion totale dans le son. Les gardiens de la médiathèque nous font signe de nous taire, le silence reprend ses droits.
Pour remercier ma guide, je souhaiterais retrouver la musique des stalagmites de la Baie d'Halong, inoubliables orgues à percussion magiques que j'enregistrai il y a une douzaine d'années. En attendant, j'essuie la poussière qui s'est accumulée sur une bande magnétique confiée à Brigitte vingt ans plus tôt par Leroy-Gourhan pour lui en envoyer copie. Il s'agit d'un enregistrement russe de percussion sur os de mammouth.

jeudi 6 septembre 2007

Un angle inédit dans la formation multimédia


Réunion pédagogique passionnante à Autograf, Centre de Formation Multimédia et Communication Visuelle dans le XXème arrondissement à Paris (c'est cool, j'y vais de deux coups de pédales de bicyclette), où le projet pédagogique des Masters est établi par l'ensemble des enseignants réunis autour de la table. Les échanges et les critiques s'exprimant librement, ma proposition de thème général des projets individuels est retenue ainsi que ses modalités. Je remplace Hervé Zénouda, parti enseigner à Toulon, pour la sémiologie du son et le design sonore interactif. Il s'agit de pousser les élèves du Master (Bac+3) à rêver d'abord pour acquérir seulement ensuite la maîtrise des outils. La recherche individuelle est favorisée dans un premier temps, mais l'astuce réside à développer leur écoute pour qu'ils s'intéressent à la personnalité des autres étudiants en recherchant les compétences qu'ils ne possèdent pas eux-mêmes. Ils seront ainsi doucement amenés vers la seconde année du Master où le collectif primera sur l'individu, mais en sachant exploiter les compétences de chacune et chacun.
L'Histoire avance vite et l'actualité nous pousse à renverser les tendances définies il y a deux ans par celles et ceux qui étaient déjà là. Le désir de former des professionnels capables de produire du sens semble partager par tous. Une résistance au moule de l'entreprise se dessine même de façon surprenante. Face à une banalisation des métiers liés aux nouvelles technologies (graphistes, publicitaires, designers multimédia, etc.), il s'agit ici de développer des personnalités capables de transformer le paysage audiovisuel, d'inventer des propositions alternatives, d'explorer des terres inconnues...
Stéphane Benoit signale Le Guide pratique du blogueur et du cyberdissident, écrit par Luc Fayard et publié par Reporters Sans Frontières, téléchargeable en pdf. Le fascicule indique, entre autres, comment blogger de manière anonyme, choisir sa technique pour contourner la censure ou assurer la confidentialité de ses e-mails, des connaissances qui peuvent s'avérer de plus en plus indispensables pour résister à la mise en coupe réglée du Net à l'œuvre un peu partout dans le monde. La France de Sarkozy n'y échappe hélas pas, les lois à l'étude sont très avancées, la censure s'approche à visage découvert.

mercredi 5 septembre 2007

Kusturica, le renégat


Si j'étais Tzigane, je ne crois pas que j'apprécierais le portrait qu'Emir Kusturica (prononcer Koustouritsa) fit de mon peuple dans son troisième long métrage, Le temps des Gitans. Il les montre en voleurs d'enfants, violeurs, proxénètes, escrocs, paresseux, sans parole, assassins, n'en jetez plus, rien à voir avec des voleurs de poules ou les gros bras de Chirac... Évidemment, le film est cocasse, truculent, lyrique. La poudre aux yeux des effets felliniens arrangent la sauce et la musique de Goran Bregovic apporte une douceur à ce monde de brutes que le réalisateur se complaît à personnifier lui-même. Il est intéressant de souligner que Ederlezi, le thème musical du film inspiré d'un morceau traditionnel, tint le rôle d'hymne serbe pendant la guerre de Bosnie.
Si Bregovic, qui a épuisé sa veine depuis longtemps, fut considéré comme un simple opportuniste, Kusturica est un traître à Sarajevo où il ne pourra évidemment jamais retourner. Toutes proportions gardées, sa conversion orthodoxe et sa glorification de la Grande Serbie dans Underground rappellent le pétage de plombs d'Adolf H. dont la grand-mère était juive. Évitant soigneusement de me ranger aux côtés du lamentable Finkielkraut qui critiqua Underground sans l'avoir vu, je pense que le vrai sujet d'étude sur le réalisateur, certes talentueux, résiderait en une psychanalyse qui permettrait de comprendre comment un Sarajevien d'origine musulmane peut virer sa cuti au point d'ériger, par exemple, dans son Disneyland mégalo perso, Kustendorf, une église serbe orthodoxe en hommage à un saint du XIIème siècle qui fait partie du délire paranoïaque qui justifia exactions et crimes contre l'humanité. Sa femme, célèbre actrice serbe, en étant la gardienne du temple, peut-être est-ce seulement une histoire d'amour qui vire au noir ? En cherchant à justifier ses choix, les bonus du dvd (Carlotta) éclairent maints aspects de l'énigme, mais ne le rendent certainement pas plus sympathique.
En quittant Sarajevo pendant le siège, j'avais demandé à mon équipe bosniaque comment répondre de la trahison d'Emir (avant la guerre c'était l'un des meilleurs amis du réalisateur Ademir Kenovic avec qui il produisait des films). Avec cet humour typiquement sarajévien, il me fut répondu de façon très brechtienne : "Si tu le rencontres, demande-lui ce qu'il pense de nous !".
J'avais très envie de regarder Le temps des Gitans que je n'avais pas revu depuis la guerre en Bosnie et le Siège de Sarajevo. Je me demandais si son film portait déjà les germes de sa trahison. Hélas, au portrait brutal des Gitans s'ajoute le délire de la pureté sanguine. Le héros (le jeune acteur se suicidera à l'âge de 29 ans) rejette son fils tant qu'il pense que c'est un bâtard. La purification ethnique n'est pas loin. Les Gitans ne seraient d'ailleurs bons qu'à s'entretuer. La manière de portraiturer ce peuple de nomades annonce-t-il les grands déplacements de population que les nationalistes croates et serbes encourageront ? Leur no man's land boueux rappelle cruellement les futurs camps. Ils ne sont tolérés que dans leur marginalisation.
Politiquement, ce n'est pas le pire film de son auteur. Underground mériterait qu'on s'y attarde à nouveau, mais je ne sais pas si j'aurai le courage de me complaire à le revoir une autre fois pour l'analyser plus sérieusement que le survol de ce billet. Je me suis déjà coltiné l'exécrable clip démago que Kusturica vient de tourner pour Rainin in Paradize de Manu Chao, quelle honte ! Sous prétexte de fantaisie festive et d'enthousiasme pour la musique tzigane, les amateurs défendront son cinéma brutal et aguicheur, fat de conventions tant culturelles que cinématographiques. La véritable musique tzigane ne porte pas tous ces symboles nauséabonds qui appartiennent plus au délire paranoïaque nationaliste qu'à la mythologie Rrom. Certains films portent en germe des idées réactionnaires sans que leurs thuriféraires s'en rendent compte. Il en est ainsi des films des curés prosélythes Lars von Trier ou Krzysztof Kieslowski, de la paranoïa mystique de David Fincher (Seven, Fight Club...) ou de maints films d'action machistes. Le machisme n'est pas non plus l'apanage de Kusturica et des films violents, tout le cinéma est emprunt de l'idéologie dominante et c'est ainsi que se perpétuent les idées les plus réactionnaires. Et plus les réalisateurs sont habiles, plus ils sont dangereux.

mardi 4 septembre 2007

En panne de France Teleconne


Lorsque nous sommes rentrés à Paris, les téléphones 01 (France Telecom) et 09 (ligne à dégroupage partiel Free) étaient en panne. Curieusement, Internet continuait à fonctionner, à condition de ne pas rebooter la FreeBox qui mettait alors plus d'une heure à se reconnecter. C'est certainement l'énigme de cette saga technique. France Télécom reconnut une panne à leur central, mais exigeait 48 heures pour intervenir. Si je n'avais pas de nouvelle samedi à 19 heures, je devais les rappeler. Comme je suis un peu parano, on se demande pourquoi, j'appelai dès 18 heures le lendemain.
J'apprends alors qu'un préposé serait passé vendredi après-midi, sans rendez-vous et sans avoir laissé d'avis de passage. Qui croire ? France Téléconne m'avait précisé que ma présence n'était pas requise. Chose surprenante, le préposé "supposé" n'a laissé aucun avis de passage. On me donne un rendez-vous pour après le week-end entre 13h et 18h, mais lundi, à l'heure limite, personne n'a sonné à l'interphone. Furieux, je rappelle et tombe enfin sur la première personne compétente du service public. Je compatis évidemment sur les compressions de personnel, forcément responsables du foutoir. Je n'ai pas l'habitude de m'en prendre aux salariés. Je sais bien que lorsqu'il y a un problème au bas de l'échelle, c'est toujours une défection de la hiérarchie. Une gentille dame, compatissante à son tour, me suggère d'exprimer ma solidarité à Didier Lombard, PDG de France Telecom, Service Réclamations, 6 place d'Alleray, 75015 Paris. Comme elle craint que la réparation prenne plusieurs jours, elle fait basculer gratuitement ma ligne défec/tueuse sur mon portable.
C'est évidemment à cet instant que le dépanneur sonne à la porte. Après un long moment à chercher les passages des câbles que j'avais pourtant indiqués sous le lierre qui a sauvagement poussé cet été, il finit par rétablir la ligne. Entre temps, il s'était transformé en jardinier. La ligne 01 est rétablie, Internet revient, mais pas le téléphone Free. Donc rebelote, j'appelle la Hotline Free.
Après huit minutes d'attente à 0,34 euro la minute, un jeune homme me confirme que la puce téléphonique de la FreeBox est morte. Il faut que j'évite de débrancher quoi que ce soit, car Internet pourrait disparaître avant que j'ai reçu une FreeBox de rechange. Quelle relation de cause à effet ces pannes entretiennent-elles ? Personne n'y pige rien. Mais si vous ne voyez pas de billet un matin, vous saurez pourquoi ! On n'est pas grand chose.

lundi 3 septembre 2007

Des angles sans leurs ailes


Il n'existe aucune position confortable. Le réel et le virtuel se valent dans leur déséquilibre dynamique. L'un et l'autre se renvoient la balle, forçant le spectateur à emprunter une gesticulation interactive pour ne pas se retrouver coincer dans un no man's land où seuls les rêves sont palpables. L'angle qu'ils forment produit une distance temporelle gigantesque, faille béante qui laisse les hommes en coulisses. L'illusion figeant l'instant mieux que les modèles vivants, le miroir transforme la photographie en toile peinte. La magie vient du changement d'angle, recul nécessaire à produire le désir.

De temps en temps, je mets de côté des images qui me harponnent en vue d'écrire de futurs billets, aujourd'hui Brassaï.

dimanche 2 septembre 2007

Julie Driscoll, la voix du Swinging London


Dès les premières mesures de Tropic of Capricorn, je reconnais l'orgue de Brian Auger que je n'ai pas entendu depuis des décennies. Lorsque Julie Driscoll attaque Czechoslovakia, je revois les chars entrer dans Prague. Le bref A Word About Colour m'attrape par surprise, je sens des larmes couler sur mes joues. Je remettrai le morceau plusieurs fois sur la platine et, chaque fois, mes poils se redresseront comme un seul homme. En commandant le cd Streetnoise, je ne m'attendais pas à ce qu'autant de souvenirs enfouis remontent à la surface. 1969 : le Jim Morrisson de Light My Fire, l'Indian Rope Man de Richie Havens (vidéo ci-dessus), When I was a Young Girg arrangé par Jools elle-même, la comédie musicale Hair dont j'assistai à la première parisienne, et toutes les autres chansons rappellent cette époque de révolte adolescente où nous avancions debout sous un soleil qui nous réchauffait le cœur à tous, ensemble, petits soldats de la paix en costumes de clowns. Streetnoise réfléchit particulièrement cet enthousiasme. La musique progressive se construisait sans préjugé comme un éclat de voix rayonnant. Les utopies croisaient l'engagement politique et la sexualité explosaient par tous les pores de la peau.
On retrouvera Julie Driscoll qui, en épousant Keith Tippett, deviendra Julie Tippetts, dans le mythique Centipede de son mari produit par Robert Fripp (orchestre de 55 musiciens parmi lesquels Ian Carr, Mongesi Fesa, Mark Charig, Elton Dean, Dudu Pukwana, Gary Windo, Alan Skidmore, Karl Jenkins, Nick Evans, Paul Rutherford, Maggie Nicols, Mike Patto, Zoot Money, Roy Babbington, trois batteurs dont John Marshall et Robert Wyatt, etc.), le Spontaneous Music Ensemble, Tropic Appetites de Carla Bley ou aux côtés de Robert Wyatt, Maggie Nicols, Phil Minton... Elle s'orienta alors vers une musique plus expérimentale, souvent improvisée. Brian Auger and The Trinity n'accompagnait pas Julie Driscoll, mais à eux cinq (le guitariste Gary Boyle, le bassiste Dave Ambrose et le batteur Clive Thacker ne sont curieusement pas cités sur le livret) ils formaient un groupe qui faisait le pont entre le jazz et le rhythm 'n blues avec ce son très Canterbury que je n'identifiai pas encore, un parfum très proche de Soft Machine. Je brûle d'impatience de recevoir leurs autres albums pour retrouver leurs reprises de This Wheel's on Fire de Dylan, Seasons of the Witch de Donovan ou Save Me d'Aretha Franklin, alors je clique et je claque !

samedi 1 septembre 2007

L'abandon


Saloperie de chat, ingrat, pourri, gâté !
Ayant confié Scotch à Antoine et Chloé, nous avons fait cent vingt bornes pour nous faire boycotter. J'ai eu beau hurler son nom sur tous les tons, siffler son air favori, imiter le caquètement de la poule, tous appels incontournables depuis cinq années de bons et loyaux services, je parle évidemment des nôtres, le chat étant le seul animal à avoir su domestiquer l'homme (gîte, couvert, massage, où il veut, quand il veut, comme il veut), rien n'y fit, le monstre est resté sourd à nos cris comme à nos prières. C'est à se demander si c'est la même bestiole, lui qui n'a jamais dépassé l'enclos de la maison de Luchon ou la terrasse de La Ciotat, et qui passe ses journées à encombrer tous les fauteuils, ne consentant à sortir qu'à la nuit tombée, et encore, si ça lui chante. Depuis notre départ, il aurait même passé deux nuits dehors, c'est le bouquet. Et si vous croyez qu'il nous fera profiter de ces aventures, que nib, motus et bouche cousue ! C'est vraiment un dégueulasse. Pas question que je colle sa photo sur ce billet... Juste un appât !
Pour nous consoler, avant de regagner penauds nos pénates dans le flot nauséeux des retours autoroutiers, nous avons fait un détour par la Ferme de Mauperthuis à Sancy-les-Meaux. Ce genre d'endroit où s'ébattent vaches, cochons, poulets, pintades, lapins et clébards vous donnerait des envies de meurtre gastronomique. Du vrai lait à cinquante bornes de Paris ! Nous craquons pour le fromage, la crème fraîche et le beurre, les pommes et leur jus, le poulet et ses œufs (là, y a un os !), le lapin et la bière de Brie, que sais-je ! Ça nous ferait presque oublier que France Téléconne nous prive de connexion phonique depuis ce matin et que c'est un miracle si Internet consent à fonctionner pour que je puisse épancher ma tristesse à n'avoir pas ramené l'âme de ces lieux.
Coup de théâtre téléphoné (sur portable puisque les autres sont toujours en panne) : le gros minet daigne apparaître en milieu de soirée, et cent vingt bornes de mieux... Là, c'est la fête, ronronnements câlins, effet bouillotte pour la nuit, youpi !