Jean-Jacques Birgé

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vendredi 30 novembre 2007

L'écœurement


Pas de quoi se jeter sous un train, mais tout de même ! Je suis affligé par l'inanité de la création contemporaine, en particulier celle qui m'a accaparé depuis 1995, la création numérique. Je me suis déjà plaint de l'art vidéo pour les mêmes raisons. Du savoir-faire il y en a, plein les écoles, mais du contenu comme ils disent, que dalle ! Si les artistes qui s'exposent dans les galeries d'art avaient quelque chose à raconter, est-ce que cela se saurait ?
Là, je frôle des interfaces revêches qui remuent des images éculées. Ailleurs des photos voudraient justifier leur laideur par leur taille imposante. On se gargarise sur le programme imprimé, mais sur l'écran le vide s'installe. Sans inspiration, pas d'expiration. C'est mort avant même d'avoir vécu. À croire que les décideurs, les collectionneurs et le public qui les suit pêchent par ignorance. L'inculture est le terreau de l'arrogance. Je reviens chaque fois avec une grosse déprime, parce que j'ai espéré que j'allais tout de même découvrir quelque chose de nouveau, ou bien du sens, un regard, une morale. Cette fois encore, je fais chou blanc, cela me met en colère d'avoir perdu mon temps à rêver non pas d'avant, non, mais "avant" pour après.
Le spectacle de la rue était autrement plus représentatif de ce qui se trame pour l'avenir. Il y avait des gestes étonnants. Les lumières dans les flaques d'eau réfléchissaient mieux que la critique d'art qui ne sait plus où donner de la tête. Le prix des œuvres est tout ce qui reste des rites que les marchands voudraient perpétuer. Cet assassinat est la seule règle qui se répète à chaque vernissage. Une illusion comique, si j'avais assez d'humour pour m'en foutre. Les artistes complaisants ne sont même plus des petits maîtres. Ce ne sont que de mauvais élèves. Ils n'ont pas suivi en classe, trop intéressés par les pauses, s'éradiquant le regard avec des poinçons œdipiens.
Ah, comme j'aurais voulu ne pas écrire cela ! Si les tenants du pouvoir avaient eu plus de lettres, plus de culture cinématographique, plus de culture généraliste surtout, s'ils avaient eu faim, de savoir ou de pain, peut-être les choses auraient-elles été différentes. Mais que voit-on, qu'entend-on ? Un plan mal filmé, mal photographié, figé, mis en boucle, dans un cadre scénographié grossièrement, une interactivité maladroite, régressive, un prétendu concept qui n'est qu'une auto-justification littéraire, et encore, sans le style... Alors que le moindre plan d'un film du temps des auteurs explose sur l'écran en nous laissant la liberté de l'interpréter de mille manières !
Évidemment quelques artistes échappent à la tuerie. Ils se reconnaîtront. J'en parle heureusement de temps en temps dans cette colonne. Ils me sauvent de l'amertume et me redonnent foi en la lumière. En exprimant ma rogne et ma déception, je n'ai pas souhaité donner de noms, ni d'individus, ni de lieux. Je vais déjà suffisamment me faire haïr d'avoir écrit ici ce que maint camarade confesse en coulisses, et surtout pas question de faire de la pub, en les citant, à qui ne mérite que l'oubli. Dans les meilleurs cas, c'est pirouette cacahouète, c'est bon pour l'apéro, mais cela ne nourrit pas son homme avide d'émotion ou amateur d'énigme.
Ce n'est la faute que de l'époque. Ceux qui ont les moyens de s'exprimer sont des privilégiés, des fils de, des filles de, des petits princes et princesses qui n'ont besoin de rien d'autre que d'un supplément d'âme, une légère vibration pour se faire peur et croire qu'on les en aimera mieux. Mais non ! L'art ne peut se nourrir de l'opulence. Comme les révolutions, il naît de la colère. L'art n'est pas un choix, c'est une pulsion, la réponse à une souffrance, une révolte. Ces dernières années, dans les musées, les expositions ou les galeries, je n'ai vu que confort et beaux quartiers. Dans la journée comme le soir, c'est mort. Galeristes, cherchez plutôt du côté des flammes que des spotlights !

jeudi 29 novembre 2007

Au poil


Mardi soir, les éditions Gallimard, le CNRS et le Théâtre Mouffetard nous invitaient à une très sérieuse conférence de Bruno A. Bernard intitulée "La sagesse du poil", mais je commence par un a-parte sur le Théâtre Mouffetard où ma nièce Adriana Santini joue actuellement et jusqu'au 5 janvier, avec son père Pierre Santini, la pièce L'éducation de Rita qu'elle a adaptée de Willy Russell et passablement rajeunie. C'est à la fois drôle et prenant. On ne sait pas qui du père ou de la fille fait le plus beau cadeau à l'autre, comme du vieux professeur alcoolique et de la jeune coiffeuse qui souhaite avoir accès à la culture et à l'éducation, mais l'heure quarante passe comme une lettre à la poste, et s'annonce déjà comme un succès.


Un autre soir de la semaine, nous sommes donc allés entendre tout ce que nous avons toujours voulu savoir sur le poil sans jamais oser le demander, essentiellement parce que Pierre-Oscar en était le metteur-en-scène, et là, nous avons été emballés par la démonstration. Passées les questions sur la couleur, la chute ou la localisation des poils sur notre corps, je vais tenter de me concentrer sur l'essentiel. Bruno Bernard a par hasard découvert que le bulbe pileux recelait des cellules souches qui permettraient d'en régénérer alors que jusqu'ici l'on était obligé de se servir de cellules embryonnaires qui ne sont pas sans poser de lourds problèmes d'éthique. Il suffirait donc de s'arracher quelques poils pour regénérer les cellules brûlées par les rayons et la chimio dans le cas de cancer, comme on pourrait fabriquer de la peau ou de l'os à partir de nos poils ! Il suffirait d'en prélever comme on prend ses empreintes digitales et de les conserver pour qu'en cas d'accident ou de maladie, on y ait recours, qui plus est, sans risque de rejet.
Pas la peine de se faire des cheveux, c'est automatique ! Il est très important de rappeler aux cancéreux qui perdent les leurs au cours d'une chimiothérapie qu'ils repousseront très bien après guérison. Petit détail, ils ne seront pas forcément comme avant. On est alors tout neuf, et il est possible que la nouvelle chevelure soit d'une autre texture et d'une autre couleur ! La raie peut changer de côté... Le bulbe pileux renfermant des cellules vitales pour l'organisme, l'épilation dite définitive (au laser) est à bânir, car elle porte atteinte à l'intégrité de l'individu et risquerait de lui faire perdre une source de regénérescence exceptionnelle.


Le savant professeur, responsable de la recherche sur la biologie du cheveu chez L’Oréal, impressionné par le nombre de caméras, n'a pas osé truffer sa conférence de jeux de mots farfelus comme il le fait parfois en digne membre du Collège de Pataphysique, mais on s'est tout de même bien poilés. On le voit ici dans une incarnation métaphorique de l'évolution des espèces qui ne manquait pas de piquant et dont Pierre-Oscar m'envoie la photo en hommage à notre propre lapin. Les scientifiques ont heureusement coutume de faire passer leurs exposés souvent ardus en les parsemant de quelques traits d'humour souvent plus éloquents que de lourdes démonstrations. Il est ici question de l'évolution par bonds et de l'équilibre indispensable entre l'ordre et le chaos !

mercredi 28 novembre 2007

Lors d'un concert de jazz, j'ai vu...


ceux qui hochent la tête, ceux qui boudent, ceux qui ne lâchent pas leur verre, ceux qui jouent avec leurs doigts, ceux qui ont les bras croisés, ceux qui se frictionnent les lèvres, ceux qui n'en perdent pas une bouchée, ceux qui pensent à autre chose, ceux qui prennent des notes, ceux qui en jouent, ceux qui ont les jambes énervées, ceux qui attendent l'entr'acte pour aller boire un coup, ceux qui ne font qu'écouter, ceux qui se tiennent le menton, ceux qui se frottent les yeux, ceux qui les ferment, ceux qui ont oublié d'éteindre leur portable, ceux qui cherchent les toilettes, ceux qui se bousculent au bar, ceux qui s'y accrochent, ceux qui laissent tomber une pantoufle du balcon, ceux que l'on ne reconnaît jamais, ceux qui filment, ceux qui fument, tous ceux qui sont des celles, ceux qui suent, ceux qui mâchonnent, ceux qui se parlent dans le creux de l'oreille, ceux qui n'entendent rien, ceux qui n'attendent plus rien, ceux qui baillent, ceux qui mettent leur main devant leur bouche, ceux qui les ont baladeuses, ceux qui partent à l'entr'acte, ceux qui ne se déparent pas de leur sourire, ceux qui rêvent, ceux qui s'endorment, ceux qui recommencent à vivre, ceux qui regardent ailleurs, ceux qui sont seuls, ceux qui sont plusieurs, ceux qui ne sont pas là pour ça, ceux qui comptent leurs sous, ceux qui arrivent lorsque tout est fini, ceux qui applaudissent, ceux qui rejoignent la nuit.

Illustration d'Harvey Kurtzman extraite de Thelonious Violence

mardi 27 novembre 2007

Le panache


Pour conclure le délicieux dîner vietnamien composé par Claire d'un phó et d'un poulet au saté, Sacha, qui a d'autres talents que celui de designer sonore, avait apporté de quoi élaborer le dessert. Sur un épais coussin de crème Chantilly à la fleur d'oranger et au sirop d'érable trônait une pâte de dattes au réglisse et mandarine entourée de pépins de grenade, pignons et petits morceaux de pommes. Le syphon qu'il utilise également pour de savantes émulsions me rappelle mon père qui avait l'habitude de s'en faire une montagne recouvrant son assiette. Pfruuuuuit de Chantilly... Ma mère lui faisant remarquer qu'il était tout de même au régime, il répondait que ce n'était "que du Luft", de l'air !
Légers et aériens, les petits carnets de Claire imprimés sur des marges de papier se déplient pour nous emporter au dessus des nuages tandis que ses photographies nous plongent dans des abysses en suspension. D'une balade interactive à Tokyo à la contrebasse chorégraphique de Youen Cadiou, Claire promène une sensibilité féminine à fleur de peau, confrontant les corps aux éléments, en mouvements amples et sensuels. Les quatre carnets font un cadeau très mignon quelle que soit la saison (4 euros l'un, 14 l'ensemble). D'une planète à l'autre, Étienne fit une démonstration de Super Mario Galaxy sur Wii Nintendo, tandis que Karine et Françoise se défonçaient en échangeant quelques balles. Goûtant peu les jeux d'adresse, malgré l'impression physique étonnante que procurent les manettes vibrantes et sonorisées, je restai à la fenêtre avec le panache qui avait décoré mon assiette.

lundi 26 novembre 2007

Le carnaval des animaux


Tandis que j'évoquais un film emblématique de LA question des rapports entre musique et image, à savoir Slon Tango de Chris Marker, sublime court-métrage faisant partie des six bonus du dvd Chats perchés (Arte), Sacha Gattino me parle d'un disque de gamelan thaï interprété par des éléphants. Ça trompe énormément : si Marker a tourné un plan séquence d'un éléphant au zoo de Ljubjana qui danse magiquement sur le Tango d'Igor Stravinsky, David Soldier a produit les deux disques d'un orchestre d'éléphants tout à fait surprenants. Soldier est le fondateur du Soldier String Quartet dont faisaient partie Laura Seaton et Mary Wooten avec qui le Drame enregistra en 1992 Urgent Meeting 531 !
Le site Psyche Van Het Folk présente également des musiques réalisées avec des pierres, de la glace, des plantes, des insectes, toutes sortes d'animaux, mais aussi des harpes éoliennes, un Theremin, de l'ADN, des feuilles d'arbres et une floppée d'instruments extraordinaires inventés par des luthiers souvent plus sculpteurs que compositeurs. C'est rempli d'informations ras la trompe, de liens et de lianes, et l'on peut écouter quelques extraits. On pourra encore acquérir les deux albums de l'orchestre des éléphants sur l'excellent site de Mulatta Records, ainsi que pas mal d'autres dingueries inimaginables. Comme avec le film de Marker, la première réaction est le rire, vite suivi par de fondamentales interrogations aussi métaphysiques qu'artistiques.
Ainsi, de ce soir lundi à mercredi à 19h sur Arte, le réalisateur Stéphane Quinson et le journaliste scientifique Antonio Fischetti proposent la mini-série La Symphonie animale (3x43 minutes) abordant la communication sonore chez les animaux, humanité exclue s'entend (aucun pianiste cher à M. Saint-Saëns en vue, je l'espère) ! Le premier volet est centré autour du son comme moyen d'attaque et de défense, le second traite de leurs bruyantes relations sexuelles et le troisième tourne autour de la transmission dans la famille et de l'apprentissage... Je n'ai rien vu, mais je compte bien les enregistrer sur le disque dur de mon graveur, bien entendu.
Tout à l'heure, à 20h30, je dois filer à l'Ermitage dans le XXème au concert du trio formé par Tony Hymas (tiens, un pianiste quand même !), Bruno Chevillon et JT Bates, de drôles d'oiseaux...

dimanche 25 novembre 2007

Du praxinoscope au cellulo


Du praxinoscope au cellulo retrace un demi-siècle de cinéma d'animation en France de 1892 à 1948. L'ouvrage de 350 pages publié par le Centre National du Cinéma est accompagné d'un dvd où se succèdent 14 films clefs, véritables pépites, parfois extrêmement rares. J'aime beaucoup ce genre d'objets hybrides qui apportent un complément à un bouquin ou qui donne au "disque" une valeur ajoutée par un "livret" incontournable ! Dans ce cas-ci, les deux se complètent admirablement. Jetons donc un coup d'œil au dvd glissé dans un pochette en plastique collée en avant-dernière page...
Pauvre Pierrot étant une pantomime lumineuse de trois ans antérieures à l'invention du cinématographe, l'attraction d'Émile Reynaud présentée au Musée Grévin a été reportée sur pellicule ; il mourra dans la misère, après avoir précipité dans la Seine sa dizaine de "films".
Dans Fantasmagorie les mains d'Émile Cohl apparaissent à l'écran ; ce premier dessin animé de l'histoire date du 17 août 1908.
Segundo de Chomón rappelle Méliès et, la même année, son Sculpteur moderne annonce l'animation en volume.
Le Ballet mécanique de Fernand Léger est le fruit de sa collaboration avec le compositeur George Antheil et Dudley Murphy que lui avait présentés Ezra Pound ! Réalisé le plus souvent à partir de vues réelles, ce montage kaléidoscopique de 1924 est un des grands classiques du cinéma expérimental.
L'idée, chef d'œuvre provoquant de 1932 tenant de Sade et de Walter Ruttmann, sur une musique d'Arthur Honegger avec ondes Martenot, est une merveille en papiers découpés et surimpressions de Berthold Bartosch à partir des gravures de Frans Masereel. Bartosch avait collaboré avec Lotte Reiniger, entre autres sur Les aventures du Prince Ahmed. 1934. L'Histoire sans paroles de Bogdan Zoubowitch est une leçon de géopolitique asiatique à base de poupées tandis que La joie de vivre d'Anthony Gross et Hector Hoppin est un ballet euphorique, autre versant de cette époque menaçante et utopique.
Les Trois thèmes d'Alexandre Alexeïeff et Claire Parker figurent dans la sublime intégrale des inventeurs de l'écran d'épingles parue chez Cinédoc, comme le Barbe-Bleue du marionnettiste René Bertrand souvent attribué à Jean Painlevé (1938) publié par Les Documents Cinématographiques (Jean Painlevé, Compilation n°2) et Le petit soldat de Paul Grimault (1948) qui figurait dans La table tournante avec Jacques Demy en complément du Roi et l'oiseau (Studio Canal).
En 1936, La fortune enchantée du peintre Pierre Charbonnier mêle prises de vue réelles et dessins animés et les bruitages ponctuent musique et chansons. Il assurera nombreux décors de Robert Bresson depuis son premier film (Affaires publiques, deux ans plus tôt) jusqu'à Lancelot du Lac.
Dans Callisto, la petite nymphe de Diane, on retrouve Honegger, ici avec Roland Manuel qui a composé le sprechgesang de l'accompagnement. En 1943, André-Édouard Marty revisite la mythologie grecque dans un style proche de l'art déco.
Pour nous achever avec ce beau cadeau à 29 euros, on ne s'attendait pas à découvrir Anatole fait du camping d'Albert Dubout...
L'ouvrage papier accorde une page à chacun des 105 films de la programmation diffusée à la Cinémathèque Française le mois dernier, ainsi qu'un passionnant abécédaire des plus grands animateurs des débuts de l'animation.

samedi 24 novembre 2007

Dans de beaux draps


Il n'y a plus beaucoup de feuilles. Nos semelles ne crispent plus comme des gaufrettes. Il n'y a presque plus de vent. Mon vélo ne fait plus d'embardée comme s'il était conduit par un ivrogne. Il ne pleut pas. Nous sortons sans rentrer la tête entre les épaules. Il ne fait pas encore trop froid. Cela tombe bien, le chauffage de la voiture est définitivement tombé en panne. Françoise envisage d'embarquer une couverture. Nous ne pensons pas remplacer la vieille Espace lorsqu'elle aura rendu l'âme. Acquisition, assurance, essence, parking, contravention, pannes, garage... L'addition est sévère. Il est moins cher de prendre des taxis tous les jours que de posséder sa propre automobile. Il suffit de louer un camion pour les déménagements, une décapotable pour l'été, un minibus quand on est nombreux, une petite pour les sauts de puce... On se fait livrer les courses par Internet ou l'on ne sort plus de chez soi. C'est au choix. Le froid, la pluie, le vent ont bon dos. Le froid nettoie la nature, la pluie irrigue les sols, le vent casse les figures compassées. L'hiver bégaie, il vient frileusement sur la pointe des pieds. J'écrabouille tout de même quelques fruits rouges tombés de l'églantier, qui collent sous les miens. Nous avons ressorti gants et bonnets, mais ce n'est pas pratique pour écrire. Il est trop tard. Je vais me coucher. La couette est une belle invention. Par ici, il aura fallu attendre les années quatre-vingt pour ne plus rien avoir à border et deux heures du matin pour que je me décide à rejoindre Morphée.

vendredi 23 novembre 2007

Submersion


Depuis que j'écris des chroniques de cd et de dvd dans les journaux ou sur le Net, je me rends mieux compte des difficultés que rencontrent les journalistes qui veulent réaliser correctement leur travail. À commencer déjà par faire le tri.
De nombreux musiciens m'envoient leur disque en pensant que je suis susceptible de les produire, mais ils ne se sont pas donner la peine de se renseigner sur notre label. Je me retrouve souvent avec des albums de variétés, de jazz-rock ou n'importe quoi qui ne me dit rien du tout. Ce sont d'une part des exemplaires qu'ils fichent en l'air, et d'autre part, ils perdent tout crédit en semblant ne pas se soucier de la personne qu'ils sollicitent. Mieux vaut envoyer peu d'exemplaires, mais cibler. Il m'est souvent répondu que le label GRRR est qualifié de "musique nouvelle" dans L'Officiel de la Musique. Cet étiquetage ouvre évidemment la porte à toutes les interprétations.
Le "critique" peut toujours zapper un disque ; c'est plus difficile avec un film. C'est le problème des œuvres d'art qui se jouent dans la durée. Il faut donner du temps au livre tandis qu'un tableau peut s'embrasser d'un coup d'œil. Il est physiquement impossible de tout écouter. Un disque dure une heure, un film une heure trente minimum, un livre plusieurs heures voire quelques jours. Comment s'y prendre ? Si la musique m'accroche, je suis obligé de la réécouter une seconde fois pendant laquelle je prends des notes. Pour un film, j'essaie de réagir à chaud. Mais chaque fois je dois me référer à d'autres œuvres, fouiller dans des bouquins, réécouter un passage, etc. À la fin, il reste à peaufiner le style, ce qui peut exiger plusieurs relectures espacées.
Un journaliste peut recevoir deux cents disques par mois. Certains films que j'ai chroniqués durent plus de quinze heures. Lorsque l'on sait ce qu'est payé un feuillet, il est évidemment très difficile d'en vivre, surtout si l'on espère faire œuvre de sa critique ! C'est aussi une lourde responsabilité, donner des clefs pour comprendre le travail d'un artiste et pousser le lecteur à devenir à son tour auditeur ou spectateur.
En endossant les rôles des professionnels à qui nous avons à faire, nous nous rendons mieux compte de leurs difficultés, de leurs besoins et de leurs responsabilités. À l'Idhec, nous occupions à tour de rôle tous les postes d'une équipe de cinéma. Lorsque je dus remplir une feuille de salaire, tenir une caméra, m'occuper du plan de travail, réaliser un mixage, j'étais déjà passé par là. Musicien, j'entrevois la position du producteur, de son distributeur et du diffuseur qui, en bout de chaîne, fait la loi. Il est important de connaître les marges de bénéfice, les véritables chiffres de vente, les pressions éditoriales, les enjeux économiques ou artistiques qui se jouent en sous-main. Et puis après on oublie vite tout cela, on fait comme on veut, ou comme on peut !

jeudi 22 novembre 2007

Explication de texte


Quelques personnes amicales se sont émues du texte que j'ai publié sur les difficultés de communication que je rencontre de temps en temps avec ma maman. D'autre part, il aura parfois pu paraître indécent d'étaler en public sa vie de famille ou l'intimité de ses proches. Je m'en suis déjà un peu expliqué dans le billet du 23 janvier, mais il me semble important d'apporter quelques précisions sur ce difficile exercice.
Tout d'abord, je suis évidemment moins touché par la tristesse de ma mère qu'elle ne l'est elle-même. Je suis affecté par son handicap parce que je l'aime. C'est elle qui souffre de l'isolement dans lequel elle s'est enfermée. Par flemme elle s'est souvent empêchée de faire ce qui lui plaisait. Pour avoir refuser le moindre effort physique, elle s'est coincée dans une attitude arthritique aujourd'hui irréversible. Il lui est devenu de plus en plus douloureux de marcher, alors qu'elle aimait sortir au théâtre ou au cinéma. Ma grand-mère ne l'encouragea pas. Ainsi, par exemple, le jour du baccalauréat, elle ne la força pas à se lever si elle était trop fatiguée pour s'y présenter ! Ou encore, mon père la déposait devant le restaurant pour aller ensuite se garer. Et ainsi de suite.
Vendeuse en librairie quand elle le rencontra, lui-même était alors agent littéraire, elle est restée entourée de milliers de bouquins. Mais si les livres aujourd'hui la fatiguent, elle passe ses journées à feuilleter des magazines. La télévision reste allumée comme chez beaucoup de personnes âgées qui accompagnent leur solitude par une présence fictive, un médium. Elle a pourtant la visite de sa femme de ménage cinq matins par semaine et reçoit ses deux sœurs le week-end. La mienne est également très présente, puisqu'elles se voient toute la journée au bureau et font même les courses ensemble. Maman craint de s'ennuyer si elle s'arrêtait de travailler. Comme chacun d'entre nous, elle est d'abord sa propre victime. Elle veut avoir le dernier mot, se braquant dans une attitude qui rejette les apports extérieurs. On apprend pourtant autant de ses aînés que de la jeunesse qui vous suit. La perte de communication vous fige dans une attitude étouffante. Pénible pour soi, et par conséquence pour tous ceux et toutes celles qui tiennent à vous.
Françoise se moque de moi parce que ces lignes lui rappellent certains traits de mon caractère. En mettant le doigt là où cela fait mal, elle comprend pourquoi j'écris. Certains penseront que ces histoires devraient rester du linge sale qu'on lave en famille. Hélas, les cadavres ressortent toujours des placards, un jour ou l'autre. Lorsqu'ils n'affectent pas directement les protagonistes, ils influencent catégoriquement leur progéniture voire leur lointaine descendance. La névrose se transmet avec le reste des acquis. Si je m'exprime publiquement, c'est que je n'ai d'autre choix. Mon mutisme serait beaucoup plus dévastateur. J'ai souvent raconté que j'étais devenu artiste pour ne pas devenir fou ou délinquant. Transformer mes souffrances sociales en texte, en film ou en musique m'a permis de sublimer l'insupportable et de retourner la contrariété en acte positif. Elle m'en a aussi donné la force. Les valeurs qu'elle m'inculqua et dont elle ne sut pas toujours profiter elle-même m'aident à taper ces lignes, me permettant d'évacuer mes désaccords et de savoir pourquoi j'aime ma mère.

Sur la photo j'ai trois ans, c'est le jour du premier anniversaire de ma petite sœur.

mercredi 21 novembre 2007

Premiers pas à la TV de John Cage et Frank Zappa


La tentation est trop forte. Sur Poptronics, le site des cultures électroniques, Jean-Philippe Renoult révèle un document audiovisuel de YouTube absolument renversant. En janvier 1960, John Cage participe à "I've got a secret", une émission populaire de la chaîne CBS avec une pièce pour tuyau en fer, appeaux, bouteille de vin, mixeur électrique, sifflet, boîte de conserve, glaçons, cymbales, poisson mécanique, canard en caoutchouc, magnétophone, vase de roses, siphon d'eau de Selz, radios, baignoire et piano. Les syndicats lui interdisant d'allumer ses cinq radios pour protéger les droits d'auteur (l'absurdité des lois ne date pas d'aujourd'hui !), le compositeur simule leur mise en route en tapant dessus et l'extinction en les fichant par terre ! "Water Walk" précède ainsi les performances des improvisateurs de la nouvelle musique, les tut tut pouët pouët des savoureuses années 70. L'habile provocation, musicalement réussie, rappelle inévitablement une autre première de télévision, celle de Frank Zappa au Steve Allen Show en 1963 aux prises avec deux bicyclettes et... un orchestre !



Sans ne rien connaître à la musique, et ignorant encore Cage et Zappa, je ferai mes premières armes deux ans plus tard avec "En Panne", une pièce pour ondes courtes, voix et pompe à vélo (coïncidence amusante envers celui qui deviendra mon premier mentor !), que vous pourrez bientôt entendre dans le Pop'Lab que Poptronics m'a commandé avant l'été. En 1975, Joséphine Markovits comparera le travail du quartet, Birgé-Gorgé-Rollet-Shiroc avec l'Art Ensemble of Chicago, probablement à cause des deux cents instruments aussi divers que variés qui m'entouraient. J'ai toujours collectionné tout ce qui peut produire du son. Mon grenier est plein de casseroles, bouts de verre ciselés, trompes en PVC, etc. qu'il est plus juste d'appeler boîte à outils que collection.
Directement ou indirectement, John Cage n'aura pas seulement marqué les musiciens, mais tous les artistes qui se sont interrogés sur le sens de la musique et de l'art en général. Son influence semble encore plus déterminante que celle de Marcel Duchamp qui l'avait lui-même inspiré. Il a donné à l'aléatoire ses notes de noblesse comme s'il avait suivi le synchronisme accidentel de Cocteau.
J'ai raconté ici ma rencontre avec John Cage en 1979. Le film tourné en 1983 par Emmanuelle K sur Un Drame Musical Instantané que j'évoquais à ce propos sera projeté le 1er décembre prochain à 17h30 à Montreuil au même programme qu'Archie Shepp au Panafrican Festival filmé par Théo Robichet et le Don Cherry de Jean-Noël Delamarre, Natalie Perrey, Philippe Gras, Horace Dimayot, dans le cadre d'un passionnant festival de free jazz. Du 30 novembre au 2 décembre en effet, ces iconophonies constructives présenteront, outre des films rares comme New York Eye and Ear Control de Michael Snow et une floppée de merveilles, des concerts avec François Tusques, Alan Silva, Bobby Few, Bernard Vitet, Denis Colin, Noel McGhie... L'entrée à tout le festival est gratuite. Quant à ma rencontre avec Frank Zappa, elle fut publiée en 2004 par Jazz magazine. Les autres musiciens et cinéastes sont de la famille.

mardi 20 novembre 2007

J'ai un problème avec ma mère


S'entendre dire que l'on ne fait pas partie de la population active ou que l'on est à la charge de la société parce que l'on est intermittent du spectacle alors que l'on bosse 7 jours sur 7 et 15 heures par jour pour s'en sortir malgré les difficultés que rencontre le métier face à une politique de plus en plus culturellement suicidaire, c'est énervant. S'entendre traiter de lepéniste parce qu'on ne vote pas pour la social-démocratie, devilliériste parce que l'on ne veut pas de cette Europe là, réac ou rétrograde parce qu'on roule à bicyclette dans les rues de Paris, c'est fatiguant. Entendre dégoiser sa mère contre les cyclistes, l'écologie, les produits frais ou bios, la prétendue pollution, les ordinateurs, les privilèges des grévistes, les gauchistes qui ne baissent pas les bras et tutti quanti, c'est déprimant.
D'autant plus si c'est elle qui paradoxalement vous a appris à penser par vous-même, à rédiger un texte pour exprimer clairement vos idées, sans négliger celles des autres, et que l'on vous a fait croire que vous aviez été élevé dans un milieu d'intellectuels de gauche... Au milieu de cette petite bourgeoisie, c'est ainsi que mes parents se définissaient. Ainsi j'appris à faire une dissertation après qu'elle en ait fait nombre à ma place ! "Birgé, votre style habituel..." C'était la première fois que je m'y collais.
Je n'appelle plus autant ma maman au téléphone et je la vois moins depuis qu'elle ressasse hargneusement ses éternels griefs contre une population qui refuse de plier ou collaborer avec l'horreur (l'exploitation de l'homme par l'homme) et le cynisme. Elle râle évidemment encore plus contre ceux qui s'y conforment. Maman ne jure que par ce qu'elle voit à la télé et ce qu'elle lit dans le Nouvel Obs, mais qu'entend-elle, s'étant repliée sur des positions misanthropes qui lui évitent de se remettre en question ? Cela me rend si triste de la voir souffrir et s'ennuyer par simple intolérance. S'aimer soi-même, c'est par là qu'il aurait fallu commencer. Il n'est jamais trop tard. Quelle histoire familiale a pu produire tant de souffrance chez les trois sœurs ? Sa cadette exprime sa folie avec une apparente désinvolture tandis que l'aînée ne laisse percer ses sentiments. Ma grand-mère avait un sale caractère, mais ce n'était rien à côté de mon arrière-grand-mère, Béberthe, une horreur, paraît-il ! Je n'ai fait que la croiser lorsque je roulais encore en poussette. Je dois à la mienne le pouvoir de prendre mes distances avec le modèle social, mais elle a oublié ses propres leçons.
Est-ce une question d'âge et de sénilité ? Je ne crois pas. Dimanche, nous avons évoqué la vieillesse avec Agnès Varda, à peine plus âgée qu'elle et sérieusement plus active. Ce n'est pas qu'elle soit facile non plus, mais, comme Rosette, elle vibre avec son temps. Évidemment la mémoire décline, des choses récentes s'évaporent, des faits anciens refont surface, reste la morale qu'elles se sont forgée chacune. Rien n'implique que l'on sombre dans le déni et le rejet si l'on s'est préparé à vieillir. Il n'est pas d'âge pour devenir un vieux con ou un vieux sage. Vieux ? On n'y échappe que par la mort prématurée, les questions, alors, ne se posent plus. Tout finira ainsi. Quelles raisons aurait-on de se hâter lorsque tout ce qui nous a été offert reste à transmettre ? Con ! La tentation est forte, tout est fait pour, nous abrutir, rendre notre cerveau humain disponible au marché des idées comme des marchandises. Sage ? C'est un travail de fourmi, jour après jour, matin après matin, obstacle après obstacle, un désir de douceur, à partager... Il faut être entouré et savoir écouter. Encore. Toujours. Plus. Les proches, attentionnés et bienveillants, se chargent de vous rappeler à la vie, parce que la route est longue, semée de vilaines tentations, de provocations stériles, de situations complexes et de fausses routes. Il est si facile de se tromper.
Je ne sais pas quoi faire. Certains jours, je calme le jeu, à condition qu'elle le permette, sinon je passe. D'autres, je monte au créneau, je hurle pour en placer une, je reconnais là sa mauvaise influence, ce dont je dois me détacher. D'elle, je voudrais conserver ce qui me fait du bien et m'a fait grandir, mais recracher ce qui m'a pourri la vie lorsque j'étais enfant, lorsque mes parents s'engueulaient à tous bouts de champ. Adolescent, mon père me demandait de jouer les modérateurs. Comme si c'était mon rôle ! Ces derniers temps, j'aurais souhaité aider ma mère, mais je me sens impuissant, ne pouvant cautionner le mépris qu'elle exprime trop souvent à l'endroit de quiconque ne pense pas pareil, intolérance dont je croyais exempte mon éducation. Est-ce seulement le besoin d'avoir raison qui pervertit le raisonnement ? Que s'est-il passé ? Ai-je à ce point changé ou s'est-elle laissé enfermer dans un rôle autodestructeur qui attriste tous ceux qui l'aiment ?
Ma mère ne lit pas plus mon blog qu'elle n'écoute lorsque je tente de lui parler tendrement. Elle ne s'intéresse pas non plus à ce que fait Elsa lorsqu'il faudrait faire trois pas vers un Mac pour regarder le site qu'elle s'est construit. Elle ne sait plus qui je suis. Elle fait semblant. Devant les autres, je reste le petit garçon dont elle est si fière. Mais celui-là n'existe que dans le passé, le présent est oublié. Toute mon enfance, j'ai tout fait pour exceller, quitte à m'en rendre malade, juste pour lui faire plaisir. En 68, j'ai réalisé que la vraie vie était ailleurs. Depuis quelques années, j'apprends doucement qui je suis et pas seulement d'où je viens. Sa noirceur me pousse vers la lumière. J'écris pour être certain de me souvenir, si un jour je deviens vieux.

lundi 19 novembre 2007

Fraise et chocolat


Fraise et Chocolat est une délicieuse aventure érotique et dessinée dans le style de Mes voisins les Yamada. Les livres d'Aurélia Aurita rappellent le trait d'Isao Takahata, ils en ont aussi la fantaisie et l'humanité. L'auteur est une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux et met à plat sa découverte de la sexualité sur ses planches avec beaucoup de toupet et de franchise. D'un tome à l'autre la relation s'installe entre Chenda et Frédéric. Ça respire la santé et ça fleure bon l'extase. Que des bonnes nouvelles ! Un livre de fille qui dérange...

dimanche 18 novembre 2007

Autant en emporte le vent


Beaucoup ne le savent pas, mais les fumées, pas seulement celles des usines, se répandent d'ouest en est. Une raison suffisante pour que les quartiers populaires soient situés à l'est de la capitale. Il en est ainsi partout, question de vent... Les nantis se retrouvaient à l'ouest. La centrifugeuse spéculatrice a un peu changé le découpage. La pieuvre étendant son emprise sur tous les arrondissements intramuros, les pauvres ont dû déserter le centre pour aller vivre en périphérie, de plus en plus lointaine.
Sans frontière, la pollution ne se cantonne plus à un seul point cardinal. Elle envahit le moindre espace respirable. Nous en savons quelque chose. Il est une heure du matin à la Porte des Lilas et nous arrivons de la rue Ordener à bicyclettes. Jour et nuit, la vapeur d'eau s'échappe des deux immenses cheminées de l'usine d'incinération d'Ivry qui traite ordures et mâchefers. Mais outre du soufre et des poussières, elles rejettent également de la dioxine.
Je m'en étais servi il y a dix ans pour le scractch vidéo Machiavel. J'ai à nouveau capturé l'un des monstres cet après-midi en revenant d'Emmaüs par l'A6. Achab criait : "elle souffle !" Carette et Gabin l'appelaient "la Louison". Ce n'est pas elle, la bête humaine, mais ceux qui l'ont construite, ou plus exactement ce pourquoi on l'a construite.

samedi 17 novembre 2007

Le vide


J'étais vide. Je n'avais rien à raconter. La machine à laver la vaisselle était pleine. L'évier était encombré des restes de la veille. Le chat n'arrêtait pas de miauler. Lorsqu'il vient nous réveiller le matin, nous avons décidé d'attendre pour lui donner à manger. Il était très énervé, essayant de m'attraper les pieds sous la couette. Il avait dormi à côté de moi et je n'avais pas osé le pousser. J'ai bu mon verre de jus d'orange en attendant que tout le monde soit levé. Je ne sais pas encore ce que je vais aller acheter à la bonne boulangerie de la Place du Vel d'Hiv. Baguette, croissants, et le pain pour le week-end ? J'ai pris mon bain tôt pour que les amis aient de l'eau chaude à leur tour. Et puis j'ai retroussé mes manches, j'ai sorti la vaisselle pour remplir à nouveau le bac avec tout ce qui traîne dans la cuisine et le salon. Je suis incapable de réfléchir et de travailler sur un foutoir laissé la veille, comme un déficit des années antérieures. Habituellement je range avant de monter, mais hier soir, nous avons abusé des bonnes choses et je me suis retrouvé face aux miettes en ouvrant les yeux. J'étais vide, je n'avais rien à raconter.

vendredi 16 novembre 2007

Hellzapoppin


Un soir de première dans le sud des États Unis avec feu d'artifices au programme, on raconte qu'à un journaliste qui lui demandait ce qu'il pensait d'Hellzapoppin, Groucho Marx répondit "Hellzapoppin, c'est ça !" en appuyant sur la mise à feu quelques heures avant le lancement prévu. Peu importe que l'histoire soit vraie ou pas, je n'en sais rien, mais Hellzapoppin c'est ça, une sorte de Tex Avery avec acteurs en chair et en os, un immense succès de Broadway s'appuyant sur toutes les ressources du support cinématographique.
Le dvd est enfin sorti en France (Swift, Universal). "Ça se corse (chef lieu Ajaccio)", car nous devons ses sous-titres français à Pierre Dac et Fernand Rauzena qui ont su capter l'humour débridé d'un des films les plus hilarants de l'histoire du cinéma. Ici pas temps de mort, les gags s'enchaînent sans que l'on ait le temps de reprendre son souffle. Je n'ai jamais compris pourquoi le film de H.C. Potter de 1941 n'a jamais joui auprès des historiens du cinéma des mêmes louanges que ceux avec les frères Marx (Nat Perrin, son principal scénariste, a d'ailleurs travaillé, entre autres, sur Duck Soup). Mon père m'ayant fait découvrir ce joyau burlesque de non-sens lorsque j'avais huit ans, je l'ai revu des dizaines de fois sans jamais me lasser et encore aujourd'hui je me remémore chaque scène avec le même émoi et la folie me gagne comme si l'on m'avait soufflé du protoxyde d'azote dans le nez.
La séquence de Lindy Hop échevelée ci-dessus (qui pourrait donner des idées aux amateurs de hip hop), chorégraphiée par Frankie Manning, avec Slim (Gaillard) & Slam (Stewart), Rex Stuart à la trompette et C.C. Johnson aux tambours, montre que ce n'est pas que jeux de mots et comique de situation menés par le duo infernal (Ole) Olsen et (Chic) Johnson. Le loufoque cède aussi à des scènes musicales avec la bombe Martha Raye (Watch the Birdie !). Et Mischa Auer dans le rôle du Prince Pepi reste inoubliable. De toute façon, il est impossible de donner la dimension du comique d'Hellzapoppin sans se caler devant l'écran. Explosif !

P.S. : si vous préférez des gags plus récents ou que vous êtes allergique à tout ce qui vient de l'Ouest, une amie qui apprend le russe m'envoie ce détournement de l'hymne soviétique. Où la phonétique vient en aide aux choristes de l'Armée Rouge. Cela rappelle les détournements des jazzmen, au lendemain de la guerre, francisant les titres originaux américains (J'ai un haricot vert sur le front pour I cover the Waterfront, Dis Popaul pour Deep Purple, Les veines de mon pénis pour Pennies from Heaven, Y tâte du biniou pour It had to be you, Le camembert d’avril pour I remember April, etc.). Évidemment cela n'a pas la "légèreté" d'Hellzapoppin, souvent copié, jamais égalé, l'un des meilleurs remèdes contre la déprime : indispensable et salvateur !

jeudi 15 novembre 2007

Velkom Plèchti !


Velkom Plèchti !, le nouveau cd de La Caravane Passe sort le 23 novembre, accompagné d'un dvd rendant parfaitement l'ambiance survoltée du Vrai-Faux Mariage. Réalisé par Elsa Dahmani, il mêle le spectacle joué en public avec des scènes tournées dans le village imaginaire de Plèchti.
La transe balkanique du quintet injecte une bonne dose d'adrénaline dans notre organisme tandis que les chansons en yaourt (le livret abrite un copieux lexique) ajoutent l'humour festif, cocktail tzigano-klezmer qui fait suer sang et eau aux 1300 enragés qui se ruent chaque mois au Cabaret Sauvage. Si au début du spectacle les garçons sont séparés des filles par une corde qui coupe la salle en deux, on raconte que maints couples s'y sont formés. N'est-ce pas la fonction du mariage que de faire des petits ? Le disque devrait cartonner à Noël avec son tube Salade Tomate Oignon (qu'est-ce tu mets dans ton kebab ?), mais les autres morceaux menés par le chanteur Toma Feterman, également banjoiste et trompettiste, sont aussi assaisonnés comme il se doit, purée d'ail et piment rouge. Les quatre autres piliers de l'orchestre sont Olivier "Llugs" Llugany au trombone et au fiscorn (un saxhorn qui se joue dans les sardanes catalanes), le saxophoniste Cyril "Zinzin" Moret, le contrebassiste Ben Body et le batteur Pat Gigon. Au gré des morceaux, les rejoignent le violoniste du Freylekh Trio, Jacques Gandard, le cymbalum Fabian Andreescu, l'accordéoniste Jaško Ramić, et des cuivres en veux-tu en voilà... On en ressort épuisés d'avoir tant dansé ou sauté sur place.
Le Vrai-Faux Film du Vrai-Faux Mariage de La Caravane Passe permet de souffler un peu, cinquante deux minutes où l'on retrouve La Clique de Plèchti : le marié Sacha (Yann-Yvon Pennec) et la mariée Mona (interprétée par le comédien Môh Aroussi), la danseuse Isabelle Paez, le magicien Éric Antoine, la chanteuse Erika Serre et ma petite Elsa devenue grande sur son trapèze où elle se contorsionne au son de Echo Echo, dans le rôle d'Elza Amsterdam. Elsa Dahmani (ça fait beaucoup d'Elsa) a bien attrapé la fièvre du spectacle, kitsch, bordélique et coloré. Le reste du dvd (Tzig'Art/L'Autre Distribution) offre une visite des coulisses amusante, le clip du tube de ketchup et quelques morceaux en public. Nous voilà rassasiés. La Caravane et la Clique de Plèchti sont toujours aussi généreuses.

mercredi 14 novembre 2007

Guillaume-en-Egypte se fait les crocs avant la bataille


Le site Poptronics a une sacrée chance de recevoir régulièrement les élucubrations de Guillaume-en-Egypte. Drôlement en forme, le vieux chat ! Il prend parfois la plume en se faisant passer pour un cinéaste du XXIème siècle, mais ces derniers temps il préfère les collages à tout autre médium. Il a toujours su voir l'avenir.
Sur Poptronics, il y a aussi un lien vers le contrechamp du Président. Un pêcheur du Guilvinec l'invective sur les 140% d'augmentation de salaire qu'il s'est scandaleusement octroyés. Fort à propos, Michèle m'envoie ce petit reportage de France Inter. C'est de la même veine, de la même arrogance. Écoutez-le jusqu'au bout, c'est court, mais cela en dit long sur les projets de la droite.


Il se dit aussi qu'en janvier, il n'y aura plus de Ministère de la Culture et que beaucoup y préparent déjà leurs valises en prévision de la débâcle. Les réacs d'Artistik Rezo (l'anagramme titre Sarkozy) polluent ma boîte aux lettres avec un appel à manifester contre les blocages en avançant la liberté chérie. Ils sous-titrent "libre accès à la culture", slogan sarkoziste à la Arbeit Macht Frei). Ils seront peut-être nombreux dimanche (jour du Saigneur ?) à manifester pour leurs fossoyeurs. Quel gâchis !

mardi 13 novembre 2007

Le petit robert et le léopard


Il est de temps en temps agréable d'avoir à faire à un service commercial et technique compétent et sérieux, à l'image du produit vendu, en l'occurrence le dictionnaire Le Petit Robert 2007 édité en cd-rom (il existe déjà une version 2008). Lorsque j'installai Leopard, dernier système Apple en date (OSX.5), je fus contrarié par les logiciels qui ne fonctionnaient plus sur mon Mac, à savoir essentiellement GarageBand et mon dico préféré auquel je me réfère quotidiennement. En ce qui concerne GarageBand, c'est un comble puisqu'il fait partie de la suite iLife08 d'Apple. J'écrivis donc à Mindscape qui n'avait pas encore de solution, mais s'y attela aussitôt. Hier soir, je trouve un mail avec l'actualisation qui me permet de retrouver l'usage de cet incontournable outil.
Le Petit Robert est certainement la plus utile des applications, par sa simplicité, son intelligence et l'aide incomparable qu'elle procure. Installée à demeure sur le disque dur, elle réclame le disque d'origine tous les 45 jours, ce qui oblige à l'emporter avec soi lors des déplacements, mais qu'importe ! Outre ses 60 000 mots, les recherches phonétique ou par étymologie multi-critères sont absolument époustouflantes. On peut ainsi trouver les mots arabes entrés dans la langue française entre telle et telle date, s'en servir comme dictionnaire de rimes et même trouver un mot qui aurait tel son en son milieu ! Chaque verbe se décline individuellement à tous les temps, avec être ou avoir, actif, passif ou pronominal. Les mots difficiles sont prononcés oralement. C'est bourré de citations, d'exemples, de synonymes, d'homonymes, de liens hypertextes et de bien d'autres ressources toujours claires et faciles à utiliser. Après un tel éloge, j'apprécierais que l'éditeur m'envoie la nouvelle version ou carrément Le Grand Robert qui excitent tant ma curiosité !

P.S.: j'aurai passé la journée avec la Hotline payante (numéro 08) d'Apple pour m'entendre dire qu'il ne restait plus qu'à formater le disque dur et tout réinstaller de A à Z ! Depuis que j'ai installé Leopard, GarageBand quitte au démarrage. Après de multiples manipulations qui feront de moi un Mac (encore plus) expert, il s'avère qu'il s'agit d'un conflit d'extensions, allégation vérifiée en démarrant avec la touche Majuscule appuyée. Pas la peine de réinstaller le système, de déplacer, d'effacer je ne sais combien de fichiers, rien n'y a fait, et comme il n'existe qu'un seul autre utilisateur avec les mêmes déboires, Apple s'en fiche, et oui, c'est comme ça, la loi du nombre. Si j'étais certain que passer trois ou quatre jours à tout réinstaller, retrouver les mots de passe, etc., ce qu'on appelle une installation propre (c'est du Kärcher, oui), je m'y plongerais, mais. Mais chaque fois que j'ai fait ce genre de truc, cela n'y pas souvent changé grand chose. Alors j'attendrai que d'autres sinistrés se signalent et que les mises à jour réparent ce fouillis. En attendant, pensons à autre chose, au billet de demain par exemple, pour lequel je n'ai encore aucune idée, cette journée m'ayant lobotomisé, comme il se doit.

lundi 12 novembre 2007

Le monde des humains


"A marché. A beaucoup marché. Entre parking et promontoire, a marché pendant longtemps déjà..." J'ai beau fredonner L'Histoire du Soldat, il ne faut rien exagérer. Juste une petite promenade qui surplombe La Ciotat parmi les pins et nous revoilà repartis à Paris. En nous baladant, Serge dit que nous refaisons le monde, mais il n'est ni fait ni à faire. Aucun système satisfaisant n'a jamais régi la planète ni le plus petit État et ce depuis la nuit des temps. Il n'est que de violence et d'hégémonie, de puissance et d'orgueil. Une classe chasse l'autre, avec plus ou moins de brutalité. La famine sévit toujours. Vaste entreprise de manipulation, l'Histoire est écrite par les vainqueurs. Pourtant les empires s'effondrent les uns après les autres et de plus en plus vite. Ce sera bientôt au tour des États-Unis et nos satellites suivront dans la charrette. La Chine brigue la place. Un jour, il n'y aura plus personne pour prendre la relève. D'ici là, on continuera à rêver. Le romantisme révolutionnaire nous permet de tenir. Nous philosophons sur un monde meilleur, mais pour qui, pour quoi ? Pour nos enfants qui se poseront à leur tour les mêmes questions. Que de crimes, de carnages, d'inculture et d'arrogance ! Nous nous dissolvons dans la nature domptée sauvagement. Un leurre. Nous recommençons une nouvelle semaine en faisant comme si de rien. Rien. C'est l'avenir. Ça repose.

dimanche 11 novembre 2007

Mal au dos


Y a pas photo, je suis encore de traviole ce matin. S'il est une chose qu'il faut éviter, c'est un effort en sortant d'une séance d'ostéopathie. Rien de mieux pour se coincer le dos, de la façon la plus spectaculaire qui soit. Lorsque je me fais mal, ma colonne vertébrale dessine une forme en baïonnette, position antalgique mémorisée par le corps pour éviter de souffrir. C'est à ne pas croire, le tronc ne semble plus en face des jambes ! Si je m'y prends à temps, je peux l'éviter en prenant rapidement deux Di-Antalvic. La crainte d'avoir mal et le rééquilibrage de la pyramide de cubes en os produisent de multiples déplacements depuis le sacrum jusqu'à l'occiput. Si les analgésiques ne suffisent pas, je passe au Bi-Profenid, anti-inflammatoire puissant qu'il faut ingurgiter durant cinq jours. Mais le mieux est de faire ce qu'il faut pour ne pas en arriver là !
Depuis une dizaine d'années, chaque matin en me levant et chaque soir avant d'aller me coucher, quel que soit mon état de fatigue, je fais trois exercices salvateurs qui m'ont été astucieusement soufflés par le bon Docteur Mussy. Depuis, je ne m'écroule plus jamais à quatre pattes avec un grand cri japonais. Lorsque je dois voyager longtemps assis, rester debout pendant des heures ou porter quoi que ce soit de lourd, j'entoure mon ventre d'une gaine élastique qui le soutient. Les chaussures qui épousent la voûte plantaire sont également d'une aide certaine, sehr gut ! Plier les jambes quand on se baisse fait partie des conseils de base. Mon état n'a hélas rien de psychologique (du style "j'en ai plein le dos"), la radio et le scanner ayant montré une jolie hernie discale et trois vertèbres écrasées.
Je me suis probablement esquinté lorsque j'avais 18 ans à porter ma sono dont les éléments mesuraient 1,80m et pesaient chacun 60 kilos. À cet âge-là, on se remet vite, mais les séquelles apparurent lorsque j'en eus 31. Une nuit, à quatre heures du matin, nous terminions de jouer avec le Drame, j'ai voulu débrancher un jack derrière mon PPG et je me suis coincé en torsion. Les années qui suivirent, j'ai vu des kinés, puis des ostéos les plus zélés, mais rien n'a valu de me prendre en charge moi-même. Depuis dix ans, je souffre beaucoup moins qu'avant. J'ai appris à gérer mes faiblesses. C'est une consolation. Le corps se déglingue petit à petit, mais plus on vieillit, mieux on apprend à vivre avec, et la vie est plus douce.

samedi 10 novembre 2007

Le mistral


Comment photographier le vent sans prendre les arbres qui se plient ? Partout les feuilles des platanes séchées volent dans le jardin. Elles s'étaient déjà figées dans une forme que l'on aurait pu croire définitive, sculptées par la mort. Les volets claquent. Le vieux mimosa craque dangereusement. L'hiver sur la côte méditerranéenne est bien froid lorsque souffle le mistral. Aucun manteau, aucun pull-over ne le retient. Il traverse le corps. Impossible non plus d'aller nager, l'eau est glacée. On disait que le mistral soufflait trois jours, six jours ou neuf jours, mais la règle des 3-6-9 ne tient plus. Dans le passé, deux gouttes de pluie l'annonçaient, mais il n'a pas plu depuis six mois. Venu du Nord, l'air de Paris est nettoyé sur le chemin qu'il a parcouru jusqu'ici. Il apporte la lumière et donne sa couleur bleu marine à la côte, son azur.

vendredi 9 novembre 2007

Or not toupie


À Marseille, arrivés à bon port à La Friche Belle de Mai, nous sommes surpris par les visiteurs qui se pressent comme des sardines devant l'entrée de la dernière œuvre de Nicolas Clauss. Il faut donc faire la queue pour assister au spectacle projeté sur trois grands écrans dans la salle obscure accueillant Or not toupie. Le public n'en sort qu'après y être resté beaucoup plus qu'à l'accoutumée. Nicolas s'en étonne, mais a-t-on envie de se réveiller lorsque l'on fait de beaux rêves ?
Dans la langue de Shakespeare, la conjonction de coordination disjonctive or, indiquant une alternative, réfléchit la générativité aléatoire des médias collectés par l'artiste. Les dessins griffonnés par les enfants, leurs jouets et leurs grimaces affrontent la voix des adultes évoquant leurs peurs. Les gamins facétieux les singent, va-et-vient que la négation not tourne ici en interrogation fondamentale, un terme ayant été subtilisé au jeu de mots qui donne son titre à la mise en abîme. Ainsi la toupie existentielle perdure sans autre remontoir que la magie informatique régissant les trois ordinateurs synchronisés. La boucle infinie constituée de centaines de témoignages et d'événements graphiques et sonores nous trouble tant la plongée dans le passé annonce l'avenir.


Sur l'écran, la chute des feuilles s'oppose à la croissance. Le mouvement des objets qui n'en finissent pas de tomber contredit la nécessité de grandir. Devient-on jamais adulte ? Comment les enfants perçoivent-ils la vieillesse et la mort ? Quelle mémoire résiste aux temps qui se superposent ? Le synchronisme accidentel organise les questions en composant de magnifiques tableaux qui bougent. La chambre noire se recouvre d'une pâte claussienne faite d'objets récupérés auprès de ses nombreux interlocuteurs, de films tournés avec eux, collage griffé, flouté, secoué que l'art participatif du peintre fait exploser sur l'écran de nos vies.
Quel que soit le temps vers lequel il se tourne, chacun retrouve ses petits, celui qu'il fut ou celui qu'il deviendra. À la fin du vernissage, les spectateurs s'assoient en tailleur les uns contre les autres pour se laisser envahir par le rêve. Leur nombre fait miroir tandis que dehors la nuit reprend ses droits. Hamlet fut jadis un enfant.

jeudi 8 novembre 2007

2 Bleu


Après Un point rouge et avant 600 pastilles noires, David A. Carter avait publié le pop up 2 Bleu (Gallimard jeunesse). Une fenêtre grande ouverte pour laisser l'imagination s'envoler dans le bleu... C'est étonnant comme chaque page tournée laisse libre cours à une nouvelle rêverie. Magique ! Les images ont un air de famille avec la vue de notre chambre à La Ciotat, les arbres, l'attraction d'élastiques au bord de l'eau et les lettres qui dansent dangereusement devant mes yeux après une journée de frappe machine... Quand je vous disais... Avec un peu d'imagination...

mercredi 7 novembre 2007

XXO, la mecque du design vintage


À Romainville, dans un hangar abracadabrant de 3500 m2 s'entassent ou s'exposent des milliers de divans, fauteuils, bureaux, tables, luminaires rassemblés par trois fondus de mobilier design qui ont commencé en chinant aux Puces de Vanves et Saint-Ouen. Leur collection, digne d'un musée, couvre les années 1950 à 2000. C'est à louer ou à vendre, et il y en a pour toutes les bourses, tout dépend des créateurs évidemment : Peter Shire (j'adore Memphis), Eames, Panton, Gehry, Starck, Paulin, Leonardi, Thor-Larsen, Humberto & Fernando Camapana, Mourgue Colombo... Le catalogue de XXO est en ligne sur leur nouveau site et la grotte d'Ali Baba est ouverte au public du lundi au vendredi de 9 h 00 à 18 h 30 sans interruption. Un émerveillement.


À part vendre aux entreprises ou aux particuliers, XXO loue évidemment son mobilier pour le cinéma et la télévision. Je m'extasie devant les meubles vintage, la plus importante collection en Europe de mobilier des sixties et des seventies. Si tous les copains décorateurs connaissaient l'adresse, Françoise l'a trouvée dans le Parisien en sirotant son café au coin de la rue. Elle a craqué pour un petit divan bleu et vert transformable en conversation que l'on aperçoit dans Le rêve du chat. Les deux dossiers en quart de cercle peuvent pivoter chacun jusqu'à 180°.

mardi 6 novembre 2007

Voodoo


Françoise m'a demandé une petite pièce de monnaie contre son cadeau Voodoo fabriqué par Vice Versa en Italie. Il paraît que c'est la coutume lorsque l'on offre quoi que ce soit de coupant. Le designer Raffaele Iannello a également signé un balai wc Pinocchio très rigolo. De bons couteaux qui coupent, histoire de bien cuisiner ce à quoi on jettera un sort.

lundi 5 novembre 2007

5.11=55


À chacun de nos anniversaires, Maman nous invite au restaurant. Elle trouve que c'est plutôt à elle qu'il faudrait souhaiter un bon anniversaire, parce qu'elle s'est coltinée tout le boulot, du moins pendant tous mes débuts. J'avais déjà pas mal d'années. En voilà une de plus. J'ai souvent prétendu avoir tous les ans passés. J'ai 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans, 30, 40, 50, 55 aujourd'hui. Il faut savoir choisir selon les instants. Je fais ce que je peux pour garder la fantaisie de mon adolescence et gagner la sagesse qu'est supposée apporter la maturité. Il arrive hélas que je me comporte comme un gamin capricieux, mauvaise pioche. Ou que je joue les rabat-joie comme un adulte responsable, ce n'est pas mieux. Nous avons donc tous les âges acquis précédemment, pas seulement celui qui s'affiche officiellement. C'est un peu comme un mille-feuilles ou une pile de choses à faire qui s'amoncèle sur le bureau. On peut aussi tirer au hasard. C'est ce qui nous arrive le plus souvent si nous n'y prenons garde. J'appartiens à une génération qui pensait ne pas atteindre 30 ans. Chaque année de plus est une victoire. Je pense à tous les disparus et à tous ceux et celles que j'aime.

dimanche 4 novembre 2007

Grand-mères courage


Lors de sa dernière visite à New York, Françoise a réalisé un petit film sur les grand-mères américaines qui manifestent contre Bush, intitulé ''Les mamies font de la résistance''. Elles militent contre l'intervention américaine en Irak et pour le retour des soldats américains. Voilà quatre ans que les Grandmothers Against The War se rassemblent tous les mercredis sur la 5ème Avenue, devant le Rockefeller Center. Cette Granny Peace Brigade a fait des émules dans quinze autres grandes villes des États Unis. Même si elles ont été arrêtées, poursuivies en justice (et acquittées), les octogénaires n'en démordent pas, elles se battront jusqu'au bout contre la guerre en Irak ou ailleurs. Brandissant des banderolles, distribuant des tracts contre le recrutement, demandant à s'engager elles-mêmes dans l'armée, elles se sont assises sur le trottoir (pas facile à leur âge !) et elles ont marché...
Merci à Nydia pour les informations et à toutes les grand-mères courage (elles ont entre 60 et plus de 90 ans) qui nous montrent que l'âge n'empêche pas de vivre !

samedi 3 novembre 2007

Nos vies de Nisic


Comme j'enlevais ma veste en arrivant chez Elisabeth qui nous avait invités à dîner avec d'autres amis, j'entends un certain Hervé parler avec émotion de son impossibilité de filmer les gens pendant le siège de Sarajevo. Il raconte qu'il a dû retourner là-bas plus tard et qu'il n'a pris alors que des gros plans de visages regardant la caméra. Les petits films passaient chaque soir sur Arte. Évidemment, son discours trouve illico une résonance en moi et nous sympathisons. Au fil de la discussion je lui demande tour de même son nom de famille. Nisic, répond-il. Je bondis aussitôt, car Pierre-Oscar m'a souvent parlé de son alter ego à Lussas et du projet que mène Hervé depuis quelques années. Nos vies est un film participatif composé de milliers de photos envoyées par des internautes. Tout le monde peut se joindre à ce projet artistique, quelle que soit la qualité des images. Le téléphone portable peut être caméra et même écran. Passant à toute vitesse, se superposant comme les feuilles que l'on empile sur son bureau, dyptiques, trytiques, hypnotiques, elles montrent le temps qui file, les saisons, les distances, l'espace et le temps qui se confondent. On cherchera en vain les occurrences. C'est une histoire de famille, un cas d'espèce, humaine. Je crois reconnaître sa fille, Natacha, pour qui j'avais composé la musique et les bruits des Bonnes Manières, une série d'animation pour ex-nihilo, il y a presque vingt ans, le film n'était pas encore commencé. Les visages se mélangent, les vues se confondent, ma mémoire est absorbée par le flux, j'y étais peut-être ce jour-là déjà... Le rythme est immuable comme celui d'une trotteuse dont chaque cran marque un instant qui ne reproduira jamais plus. Dans la vraie vie, personne n'a encore inventé le retour en arrière, l'accéléré ou la pause, mais je triche avec le curseur du fichier QuickTime et je recompose un autre temps, d'autres vies...

vendredi 2 novembre 2007

Destricted, 7 pornos comptant popo ou proue


Destricted (édité en dvd par blaq out) réunit sept court-métrages commandés à sept artistes sur le thème du sexe et de la pornographie. Fin 1975, lorsqu'en France fut institué le label X, Jean-Luc Godard annonça que désormais il n'y aurait plus que des films au-dessus ou au-dessous de la ceinture. Au risque d'être taxé lourdement, le X empêchait les cinéastes de filmer crûment, les films pornographiques perdant tout espoir de créativité. Ténu, le pari de ''Destricted'' est tenu, même si les films posent souvent plus la question qu'ils n'y répondent, à savoir qu'ils ne seront probablement pas très excitants pour les (a)mateurs du genre.
La commande sied forcément bien à Matthew Barney qui a l'habitude de camoufler le véritable sujet de ses élucubrations sous une abondance pâtissière de plans plastiquement fignolés aux petits oignons. Le dispositif de Hoist est intriguant, la poupée gonflable étant remplacée par un tracteur de cinquante tonnes et l'homme vert fondamentalement érotique avec son tour de potier pour poignet et son navet bien planté. Au moins cette fois tout est clair dans les intentions de l'artiste, expert en branlette aux gros moyens.
Le Balkan Erotic Epic de Marina Abramović est amusant, mais reste très anecdotique. Il a le mérite de jouer sur trois plans, la performeuse présentant doctement les rites balkaniques face à des séquences de dessin chastement animé et une figuration nombreuse et virevoltante rappelant un Jancso coquin. Avec le long Impaled, Larry Clark pose une vraie question contemporaine : de quelle sexualité rêvent les jeunes hommes qui ont été initiés très tôt par les films pornos à la télé ? Le réalisateur les confronte aux fantasmes qu'elle a suscités. Plus convenus sont Sync de Marco Brambilla avec sa minute composée de centaines de citations rythmée sur un solo de batterie et House CallRichard Prince prétend désintégrer la vidéo en la filmant et refilmant pour retrouver l'essence même du genre. Rien d'étonnant à ce que la réalisatrice Sam Taylor-Wood projette dans Death Valley sa propre difficulté à assumer l'acte sexuel en filmant la masturbation d'un homme perdu au milieu du désert, le regard des femmes étant peu sollicité dans le tournage d'un X qui porte la croix de la culpabilité chrétienne plus en évidence que la majorité des autres films. We Fuck Alone n'est pas différent des autres provocations de Gaspar Noé. Les effets stroboscopiques prétendent nous hypnotiser face à la brutalité de ses fantasmes machistes et masturbatoires. On peut toujours rêver. On peut toujours rêver, car même si la tentative du projet est louable, même si les films pornos répondent au besoin pressant d'une sexualité masculine en berne, face à la question du sexe rien ne vaudra évidemment jamais la réalité du geste ou l'excitation de sa propre imagination. Le making of de Hoist, les scènes coupées de We Fuck Alone, l'interview de Sam Taylor-Wood confirment et soulignent les notes qui précèdent, tandis que le long bonus caché, Haruki Yukimura et Nana-Chan de Xavier Brillat, suivi d'un entretien entre le réalisateur et Agnès Giard, révèle l'art du shibari, le bondage japonais.

jeudi 1 novembre 2007

(se) déranger


Lorsque nous avions vingt ans, nous étions en colère. Peu de choses trouvaient grâce à nos yeux sur cette terre. Nous avons visité d'autres planètes, nous avons agité nos bras, nous avons hurlé. Nous avons organisé des mots, des images et des sons pour voir ou entendre ce dont nous rêvions. ''Une mouche se pose sur une page... Les mots sont des actions... Mais qui jouera le rôle de la mouche ?" (écriture aléatoire et improvisation avec Francis, 1972). Il faut absolument que je relise mes carnets de l'époque, remplis à ras bord de dessins, de poèmes, des traces de tous les amis, des premières amours.
Pendant les vingt ans qui suivirent, nous avons eu la sensation de faire partie de l'avant-garde, nous pensions que l'histoire nous donnerait raison. Le concept était gratifiant, le public et la presse appréciaient nos inventions de laboratoire, les risques que nous prenions en scène, notre engagement de tous les instants. Mais le gros de la troupe n'a pas suivi, nous avons foncé au casse-pipe. Nous nous sommes tous isolés. Les spectateurs ont vieilli en même temps que nous. Ils sont devenus paresseux. Nous aussi. Rien de plus pitoyable que les vieux fans de hard rock, de Magma ou de Johnny, restés coincés sur une époque, celle de leur jeunesse. Toutes les époques recèlent des joyaux et ils appartiennent à tous les genres sans aucune exception. Le public idéal n'a pas d'âge, il va des ados jusqu'aux ancêtres, comme lorsque l'on joue en Bretagne. Quand nous avons constaté que la musique improvisée allait perdre son audience, que nous nous étions enfermés dans une tour d'ivoire qui ne pouvait qu'abriter les mêmes mouvements avec, en plus, seulement du bide et des rides, nous avons décidé de faire un pas vers le public, nous avons cherché à plaire. Nos convictions intimes, nos compétences limitées, nos maladresses enviables ne nous permettront pourtant jamais de rentrer dans le moule, mais nous avons tout de même tenté de caresser l'auditeur dans le sens du poêlle, de réchauffer son cœur au radiateur de la mélodie, d'éclaircir nos propos. Nous avons appris à gérer nos connaissances au lieu de continuer à mettre en jeu ce que nous ne maîtrisions pas. C'est plus vrai pour moi que pour Bernard dont l'écriture continue d'explorer des territoires qui lui sont inconnus, même si ses nouveaux espaces d'intervention sont ceux généralement arpentés par le grand public. Il s'est mis à composer des quatuors, des valses, des chansons, des mouvements symphoniques, tandis que j'apprenais à jouer des démarquages de la musique "classique" et que j'appliquais mes théories au design sonore. Notre pari fut plutôt réussi, nous en avons croûté, parfois même abondamment, et nous avons continué à apprendre, ce qui est somme toute la partie la plus souriante de la vie. Aucun regret. Un temps pour tout. Il y a évidemment un "mais", réserve jetant une ombre sur mon enthousiasme. Si nous avons poursuivi notre entreprise de construction, nous avons souvent oublié de démolir. Plaire ou déranger ne participent pas de la même politique. Il arrive que le dérangement plaise, mais cela ne devrait pas nous influencer. Nous pourrions nous endormir. Tout ce qui sort le public de ses habitudes dérange, c'est souvent à cela que l'on reconnaît une œuvre.
Maintenant que je jouis d'une petite reconnaissance qui me permet de vivre de mes élucubrations, il est temps que je me réconcilie avec mes premiers émois, mes premières envies, et que je crée sans souci de la réception qui en sera faite. Les deux mouvements ne sont pas incompatibles. J'adore composer de la musique appliquée, mais j'ai toujours eu besoin de rêver plaies et bosses. Depuis dix ans, je ne produis presque plus d'œuvre musicale indépendante d'une commande. Je ne veux pas ajouter une pièce de plus au bruit ambiant. Ma créativité n'est pas en reste, elle s'exerce ailleurs, par les films, le multimédia (CD-Roms, Internet, les objets communicants...), l'écriture ou la photographie, et puis le regard, prendre de la distance, ne pas prendre ce que l'on nous sert pour argent comptant. Je disais que je recommencerai lorsque j'aurai trouvé une nouvelle musique, une idée qui vaille la peine que je m'y replonge corps et âme. Je tournais en rond, parce que je cherchais la réponse dans l'avenir, alors qu'elle était dans l'histoire, dans mon histoire. Il me fallait une révolution. Je vais donc tout refabriquer de A à Z, empoigner les instruments que je ne maîtrise pas, jouer de la voix, apprendre à réentendre parce que le monde ne sonne plus pareil ou qu'il existe d'autres univers. Avant tout, il faut revenir à la question du "pourquoi", la motivation première. Comme chaque fois que le problème est correctement posé, la solution est lumineuse, évidente. Le "comment" coule alors de source. Il ne reste plus qu'à travailler !

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