Jean-Jacques Birgé

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lundi 31 décembre 2007

Pause


Ça y est. Nous sommes partis pour un long périple qui nous mènera en Thaïlande et au Laos. Il a fallu du temps pour nous décider. Prendre un mois de vacances n'est pas chose facile pour des artistes qui adorent leur travail et ne savent jamais comment s'arrêter. Nous avions vraiment besoin de faire un break pour remettre nos compteurs à zéro au retour. Rien de mieux alors que de s'envoler pour un pays dont nous ne parlons pas la langue et sans savoir ce que nous y ferons, où nous irons, ni ce que nous verrons et entendrons. L'Asie m'a toujours attiré, en particulier pour sa gastronomie et ses jungles.
Après que nous ayons trouvé une solution pour la maison et le chat, la décision la plus difficile à prendre fut pour moi d'interrompre le blog pendant notre périple. Nombre de mes lecteurs apprécient les récits de voyage et je savais que celui-ci serait riche en péripéties, comme le séjour que nous ferons à la cîme d'un arbre en y accédant par des tyroliennes, de longs câbles sur lesquels on se lance pour atteindre notre habitat. Peut-être là-haut aurons-nous la chance de croiser des gibbons ? Libération a parlé samedi de cette initiative de reconvertir les braconniers en protecteurs de la forêt.
Lorsque je me suis vu glisser un dvd dans le lecteur avec la main gauche, allumer l'ampli avec la droite et me demander si je ne pourrais pas en profiter pour appuyer sur le commutateur du vidéo-projecteur avec un orteil, j'ai compris qu'il me fallait sérieusement rompre mon rythme stakhanoviste. Pondre un billet 7 jours sur 7 depuis plus de deux ans est une gageure que j'espère pouvoir reprendre le 29 janvier, mais je ne suis aujourd'hui certain de rien du tout. Je n'ai pas envie de chercher le web-café de chaque coin paumé où nous comptons échouer. J'emporte de quoi écrire et un appareil-photo avec une carte mémoire suffisamment grande pour contenir quelques centaines d'images. Je ferai le tri au fur et à mesure. J'essaie de voyager léger, avec le minimum vital, mais il reste encore dix kilos. Je suis trop inquiet pour partir les mains dans les poches.
Nous passerons le réveillon dans l'avion qui nous mène à Bangkok, manière amusante de fêter notre rencontre. Françoise et moi sommes ensemble depuis cinq ans exactement aujourd'hui. Du moins ce soir, après que le commandant de bord aura annoncé les douze coups de minuit, et il faudra encore attendre une bonne heure, mais ça c'est une autre histoire.
Voilà. Si mes billets quotidiens vous manquent, surveillez le site Poptronics qui mettra enfin en ligne, d'ici une dizaine de jours, mon Pop'lab, sept pages bien denses comprenant mon texte, un entretien avec Annick Rivoire et Elisabeth Lebovici, des photos, des musiques en mp3 dont deux de mes premières œuvres totalement inédites datant de 1965 et 1968, etc. Vous pouvez aussi prendre votre courage à deux mains et fouiller dans le passé du blog. La recherche par mois est la plus exhaustive. Sinon, rendez-vous le 29 janvier et bonne année !

dimanche 30 décembre 2007

Gaga des chats (3)


Scotch s'angoisse de notre départ. On n'a pas besoin de lui expliquer, il nous regarde faire les valises et comprend qu'il va lui falloir changer un peu ses habitudes. Scotch a le don d'anticiper le moindre de nos mouvements. Lorsque nous montons au premier ou au second étage, il nous y a déjà précédés ! Cela nous fait dire qu'il a le don d'ubiquité. Où que l'on aille, il est là. Pas cette fois. Nous lui expliquons qu'il sera en de bonnes mains. Caresses et repas sont garantis en notre absence. C'est un chat énorme. Il est grand et pèse huit kilos malgré un régime équilibré et conforme à son poids. Ce n'est pas un sportif, mais il sort la nuit lorsque nous sommes endormis. J'évite de lui donner son petit-déjeuner lorsque je me réveille pour éviter qu'il associe mon lever à son remplissage d'estomac. Il m'attraperait les pieds sous la couette pour me signaler que c'est l'heure. Nous faisons comme si de rien pour ne pas l'inquiéter, mais il sait bien que nous allons commettre une infidélité en allant folâtrer avec des singes, des ours et des éléphants. Il va nous manquer, mais les chats n'aiment pas les voyages. Chacun son trip !

samedi 29 décembre 2007

Des liens dont je me défais (provisoirement)


Avant de partir un mois, je mets à jour mon site, ma bio, mes liens, etc., pour montrer que tout continue normalement, surtout que je ne compte rien poster depuis la jungle. Je n'emporte aucun autre ordinateur que mon iPhone que je n'allumerai que très occasionnellement. J'ai tout de même pris un appareil-photo, un carnet et un stylo. Dans cette partie de l'Asie, prendre une photo fige souvent la scène qui se joue. La vie s'échappe à l'instant même où l'on sort l'objectif. Pour cette raison, j'ai très peu d'images du Népal. Il faut choisir.
En cas d'urgence, recevoir un sms ne me coûte rien, en envoyer un 0,28 euro. Pour un coup de fil, c'est 2,90 euros la minute (1,40 € en réception). La connexion Internet en wifi revient à 0,25 la minute si je passe par un HotSpot Orange, mais elle est gratuite en cas de borne wifi perso (à condition d'avoir le mot de passe, of course). Le tour est joué avec Skype et la petite application qui permet de s'en servir sur l'iPhone : ainsi, avec 10 euros de SkypeOut, je peux téléphoner 9 heures. Le carnet d'adresses de l'iPhone me permettra d'envoyer des cartes postales et de stocker quelques documents indispensables. Mais j'espère sincèrement oublier tout cela.

Petit tour des blogs conseillés dans la colonne de droite. J'en lis quelques autres, mais pas avec la même régularité.

Celui des Allumés n'est pas très actif. Je suis à peu près le seul à mettre des informations en ligne. Les 45 labels adhérents n'ont pas compris l'importance de son usage pour une association. C'est dommage. Il permettrait de mettre en valeur les sorties d'albums, les concerts, d'échanger des points de vue sur des sujets qui nous touchent, d'autant que le secteur du disque est en crise. J'y ai reproduit les grands entretiens que nous avons menés avec des musiciens de jazz qui ont infléchi Le Cours du Temps dans la seconde moitié du XXème siècle.
Celui d'Étienne Mineur reste mon préféré parce que j'en apprends tous les jours. C'est le blog de référence sur le graphisme. Ce fut aussi mon modèle de départ. J'apprécie l'insatiable curiosité d'Étienne, le sérieux de sa démarche et sa fantaisie.
Grâce à lui, j'ai découvert le blog de Cati Vaucelle (c'est la seule que je n'ai pas rencontrée) qui relate tout ce qui touche aux nouvelles technologies et leurs applications dans le monde du design. Passionnant saut dans le futur qui doit beaucoup à son professeur au M.I.T., John Maeda qui tient également son propre blog recelant forcément quelques pépites. Ainsi je suis allé voir récemment à quoi ressemblaient l'ordinateur "à 100$", le XO conçu pour les enfants des pays défavorisés (je devrais écrire "colonisés"), et le nouveau robot, le dinosaure Pleo. John tente de rester simple, même lorsqu'il aborde des sujets complexes.
Le blog de Karine Lebrun ressemble plus à ma démarche, spécialiste ne voulant pas se laisser enfermer dans son art et jouant sur les effets du généralisme. Celui de Jean Rochard est plus virulent, caustique, provocateur, même s'il est marqué par les musiques qu'il produit ou qu'il aime. Ses billets sollicitent souvent mes commentaires. Tous ces blogs sont des mines, des lieux de découverte, comme le très professionnel Poptronics dirigé par Annick Rivoire et orienté vers les cultures électroniques. Beaucoup de musique, d'art et d'images, et, dans les jours qui viennent, y sera mis en ligne mon Pop'Lab, une commande à laquelle j'ai répondu en abordant la question de l'étincelle créatrice. Mais je ne serai plus là.

vendredi 28 décembre 2007

Le Cirque du Soleil pour Robert Lepage, ce soir sur Arte


Le soir de la dernière représentation au Théâtre de Chaillot du Projet Andersen du Québecquois Robert Lepage, Arte diffuse , le spectacle du Cirque du Soleil qu'il a mis en scène pour le show permanent de Las Vegas. C'est bien ce soir à 20h40. J'ai noté que les amateurs de ses pièces ignorent que Lepage a réalisé une demi-douzaine de films dont le sublime La face cachée de la lune. Les cinéphiles ne connaissent pas plus ses seize pièces de théâtre et beaucoup auront soin de se rattraper pendant la tournée française du Projet Andersen, formidable one-man show interprété merveilleusement par Yves Jacques qui a repris le rôle. Ni les uns ni les autres ne savent probablement que le patron d'Ex Machina a conçu les Secret World Tour (1993-1994) et Growing Up Tour (2003-2004) de Peter Gabriel, ni qu'il s'est frotté aux opéras de Bartók (Barbe Bleue), Schönberg (Erwartung), Berlioz (La Damnation de Faust)...
a été conçu pour un lieu unique, le MGM Grand de Las Vegas. La démesure (échafaudages de 50 mètres de haut, tatami se transformant en falaise, envols et plongées) amplifie encore la grandiloquence naturelle des spectacles du Soleil. On sera tout de même curieux de voir comment Lepage s'est servi encore cette fois de la technologie de son studio de recherche et développement, d'autant qu'il est épaulé ici par Mark Fisher, ex-scénographe de Pink Floyd et des Rolling Sones !? On peut craindre hélas que le style léché jusqu'à la bousouflure du Cirque du Soleil, appuyé par une musique de variétés carminaburanesque à vomir, serve mal les visions démentes du metteur en scène dont on retrouve ici l'obsession de la gémellité alliée aux conventions du cinéma chinois.

Si votre saine curiosité n'était pas récompensée ce soir sur Arte, vous pourrez toujours vous replier sur le texte du Projet Andersen dont la publication est accompagnée d'un petit DVD fort instructif, conçu comme les compléments du spectacle ou vous plonger dans le livre de Ludovic Fouquet, Robert Lepage, l'horizon en images (tous deux édités par Les 400 coups), qui relate ses trouvailles fantastiques issues des nouvelles technologies qu'il a adaptées à la scène : lumière, son, cinéma, photographie, vidéo, informatique, interactivité...

jeudi 27 décembre 2007

L'avocat de la terreur


Le film de Barbet Schroeder sur Jacques Vergès est un grand film politique (bande-annonce et site avec nombreux extraits). Il éclaire les motivations profondes du célèbre avocat qui, sous couvert de défendre ses clients, fait un procès en règle de la société. Nous comprenons parfaitement sa stratégie lorsqu'il affirme qu'il aurait pu défendre Hitler, et " même George Bush... à condition qu'il plaide coupable ! " Dès lors que l'on saisit le fil de sa pensée, l'avocat apparaît beaucoup moins ambigu qu'on aurait pu le supposer. Vergès est un calculateur romantique, un révolutionnaire qui se sert de l'institution pour porter le débat sur la place publique. Le tribun sait que personne ne pourra l'empêcher de parler, qu'il pourra s'exprimer librement dans le cadre de la loi. Si Schroeder, qui avait déjà signé, entre autres, Général Idi Amin Dada, montre des images rares comme celles du massacre de Sétif le 8 mai 1945, il réalise un thriller haletant dont le narrateur est le maître du jeu et les témoins ses exécutants. Si le secret sur ses années d'absence n'est pas levé, sa présence au Cambodge aux côtés de Pol Pot semble définitivement écartée. De l'héroïne algérienne Djamila Bouhired qu'il épousera et dont il aura deux enfants à Magdalena Kopp, Anis Naccache ou Carlos, il fait le procès du colonialisme sous toutes ses formes. " Vergès n’aura de cesse de rentrer dans le chou de la France jusqu’à ce qu’elle avoue s’être comportée comme des nazis de la Seconde Guerre mondiale vis à vis des nationalistes anti-colonialistes de son ancien empire ". En acceptant de défendre Klaus Barbie, il fait le procès de la Collaboration. Il retourne souvent son rôle de défenseur comme un gant pour devenir accusateur de la société qui a engendré le terrorisme. Si les scènes inédites n'apportent pas grand chose au film, le second dvd donne de précieuses et passionnantes indications biographiques que l'on retrouve sur le site dédié au film. Pour L'avocat de la terreur, Barbet Schroeder retrouve une veine entamée avec des films aussi variés que More, La vallée, Maîtresse, Koko le gorille qui parle, avant qu'il ne parte réaliser des films américains comme Barfly, Le Mystère Von Bülow et une demi-douzaine de thrillers. Tous ses films, documentaires ou fictions, réfléchissent l'état du monde. À l'affût des grandes mutations, le réalisateur se fait plus annonciateur que dénonciateur, et montre une œuvre plus unie qu'il n'y paraissait.

mercredi 26 décembre 2007

Les interfaces sensibles emballent les filles et les quadras


La console de Nintendo ne diffuse pas des images d'une définition exceptionnelle. Elle ne propose pas de jeux révolutionnaires. Mais elle marque une date capitale dans l'histoire des nouvelles technologies.
Avec l'interface tactile de l'iPhone, l'interactivité sensitive fait un pas de géant. La console de jeux japonaise et l'ordinateur de poche d'Apple (qui fait accessoirement téléphone) montrent les futures modes d'approche des objets communicants. Au-delà des services proposés et d'une navigation rusée propre au monde fermé de la firme, l'iPhone développe une surface sensible où les doigts caressent l'écran lisse et sensuel, donnant irrémédiablement envie de s'en servir. Tout est intuitif et intelligemment pensé pour une utilisation simple et logique. J'ai ressenti cette impression lorsque j'ai acquis mon premier ordinateur portable, le PowerBook 170 Macintosh, et mon vélo Brompton ! Il est probable que nombreux constructeurs vont s'en inspirer, puisque le PC copie régulièrement le Mac, avec toujours un peu de délai (et une maladresse constitutionnelle). Les futurs ordinateurs remplaceront probablement la souris par des écrans tactiles permettant à tous les doigts d'agir sur les éléments affichés. On y gagnera en sensibilité, en maniabilité, en jouabilité devrais-je écrire en référence à une qualité essentielle des jeux vidéo.
Justement, la manette wifi de la Wii emballe un public jusqu'ici rétif aux jeux informatiques. Or ce public est largement majoritaire, puisque la moitié de la planète, les femmes, marché fortement négligé par les constructeurs de jeu, pourraient s'en enticher. Sans parler des seniors qui n'ont pas forcément perdu le goût du jeu. Bémol : toute proportion gardée, vu le prix de ces engins qui ne concernent, comme d'habitude, que la partie émergée de la population, pouvant débourser 250 euros pour une Wii, à laquelle ajouter 60 euros pour un second jeu de commandes (télécommande wifi dans une main, nunchuk relié dans l'autre), plus des jeux qui vont de 20 à 90 euros ! La manette vibre, produit des sons et réagit au moindre mouvement du joueur. C'est extrêmement physique et ludique. Les jeux ne vous embarquent pas tous pour une partie de plusieurs heures, mais permettent de s'amuser quelques minutes si cela vous chante. Justement, au-delà de l'excitante interface sans fil qui épouse le moindre mouvement des mains ou du corps, parlons des jeux...
Pour commencer, signalons que cela reste tout de même affreux graphiquement, et que la musique est tout bonnement insupportable. N'y a-t-il pas une façon de la couper en ne conservant que les bruitages ? Du côté plastique et sonore, tout reste à faire. On verra arriver des interfaces originales comme des tapis de danse (la Wii Fit pour raffermir ses fessiers est annoncée pour bientôt ; alors à quand des sextoys pour la Wii ?!). Pour des gamers mâles confirmés, la Wii a donc des avantages (l'interface) et des inconvénients (le graphisme élémentaire, par exemple). Pour les filles et les adultes confirmés (!), elle est vraiment la console attendue tant par les joueurs que par l'industrie florissante du jeu.
Nous restons pourtant très dubitatifs face au catalogue disponible. La plupart des jeux sont aussi enfantins et débiles que d'habitude, à une exception près, et de taille, les simulations sportives. C'est franchement avec les jeux livrés avec la Wii que l'on rigole et s'éclate le mieux ! Le tennis ou la boxe vous feront perdre quelques kilos... C'est dans cette direction qu'il faut espérer que l'invention prenne le dessus. Les jeux physiques sont parfaitement adaptés à la console Nintendo, et il y a une dizaine de manières de tenir la télécommande dans sa main et de l'utiliser. La connexion wifi à Internet laisse également imaginer de nouveaux développements.
Bust A Move est un jeu de briques amélioré, mais tirer, même sur des objets, en rebute toujours plus d'un et plus d'une. Mario Galaxy est très chouette dans ses effets de perspective 3D, mais le principe de progression par niveaux recale les novices qui le resteront. Si cela ne vous énerve pas trop, alors c'est un jeu vraiment très réussi. Wii Play a des petits jeux sympas, mais c'est court ; plus copieux, Wario Smooth Moves est-il distribué en France ? Et qu'en est-il des simulations de danse, un marché tout trouvé pour la gente féminine habituée à dansée entre elles pendant que les garçons font tapisserie. Si vous êtes récalcitrants aux consoles de jeu, testez tout de même la Wii ; dans un premier temps contentez-vous de Wii Sport livré avec et attendez que sortent d'autres jeux, plus physiques et véritablement adaptés à l'interface révolutionnaire.
Ce matin, j'ai une crampe tendineuse dans chaque bras à force d'avoir appuyé comme un malade sur les boutons des deux manettes de Mario Galaxy. Celle de gauche me servait à diriger le personnage, celle de droite à sauter, viser, etc. Je n'ai plus qu'à me masser avec le baume magique de Ketum. Le tube n'est pas hélas pas fourni avec le jeu !

mardi 25 décembre 2007

Sans pain ? Bah, mon cochon !


Les us et coutumes changent avec le temps. Depuis de nombreuses années, comme j'ai pris une dizaine de kilos (je fus fluet), j'évite de manger du pain, du moins du blanc, privilégiant le complet lorsque je cède à la tentation et au besoin d'accompagner du fromage ou une charcuterie, par exemple. À la lecture de ce choix, on sera tenté de rigoler côté diététique, mais ce n'est pas la peine d'en rajouter. Lorsque j'étais enfant, il m'arrivait de me plaindre d'avoir encore faim, d'avoir toujours faim. Mon père me reprochait alors de ne pas pousser avec du pain, d'où le récurrent "sans pain ? Bah, mon cochon !" Nos parents ayant d'une part connu la guerre et les privations qui l'accompagnent, la situation économique de la famille n'étant d'autre part alors pas très fameuse, le pain était une solution bon marché pour caler nos estomacs. La phrase m'est revenue à l'instant de m'endormir après un copieux réveillon que j'avais eu la prudence d'anticiper en avalant un citrate de béthaïne et en évitant ensuite d'approcher la main de la corbeille à pain posée juste devant moi.

lundi 24 décembre 2007

Mon blog m'épargnerait-il une bonne psychanalyse ?


Rédiger un blog m'épargnerait-il une bonne psychanalyse ? C'est ce que semblent insinuer quelques amis narquois à la lecture de mes billets "perso". Si les découvertes de Sigmund Freud ont éclairé ma vie, si la voix de Jacques Lacan m'a laissé entrevoir des champs inespérés, j'ai toujours ressenti quelque méfiance vis à vis de la pratique analytique. Comme me le faisaient remarquer Jean-André Fieschi et Catherine Clément lorsque j'avais vingt ans, on n'y va pas par curiosité, mais lorsque la souffrance est trop grande. La sienne ou celle que l'on inflige aux autres ? Embrassant d'un vaste regard les usages, je cherche les directions qui nous permettraient de résorber nos angoisses et d'avancer sur le long chemin de l'existence.
Nos parents considéraient souvent la psychanalyse comme une vaste supercherie. Il est évident que jusqu'au début du XXème siècle comme encore aujourd'hui dans la majorité des coins du monde ou ailleurs que dans la bourgeoisie, il existe d'autres solutions. La confession, par exemple, avec son secret, ressemble bigrement au rituel psychanalytique, n'en déplaise aux spécialistes qui ont toujours vu d'un mauvais œil la comparaison ! Parler soulage les tourments de l'âme. L'option la plus douloureuse semble être de tout garder pour soi, refoulant les démons qui nous habitent. Accumulant les cadavres dans le placard, l'adage "pour être heureux vivons caché" fait des ravages. La rétention se repaît des doutes, des suppositions, des rancœurs et des regrets. Il faut que cela sorte.
Si la psychanalyse en a soulagé plus d'un et plus d'une, ses longs rituels durant des années à raison d'une ou deux séances par semaine me donnent l'image d'une nouvelle mystique. D'autant que ses adeptes ont le prosélytisme facile. Si la cure réussit à certain(e)s, d'autres rament ou la vivent de façon catastrophique. Lorsque je pose la question de l'échéance et qu'une amie me répond, amusée, qu'elle ne se terminera probablement jamais alors qu'elle en est déjà au moins à quinze ans, j'ai des frissons dans le dos. À une époque où j'aurais pu en ressentir le besoin, la dépendance qu'elle demande m'en a dissuadé. Je ne peux accepter d'être tributaire de contraintes extérieures dont je ne comprendrais pas les tenants et aboutissants. J'ai soigné mon hernie discale en faisant de la gymnastique matin et soir à la maison, mais je n'ai jamais réussi à tenir plus de six mois si la discipline m'était imposée par des tiers et n'était pas modulable. Les psychanalystes sont bien complaisants avec les différents rituels qu'ils installent, en particulier celui de l'argent. Je n'ai d'ailleurs hélas jamais constaté que cela règle les conflits économiques intérieurs chez les adeptes du divan. Il existe d'autres pratiques addictives et d'autres contraintes, mais je ne vais pas régler le sort de la psychanalyse en quelques lignes. Dommage.
Les artistes hésitent souvent à entrer en analyse par crainte de saccager le terreau sur lequel ils ont bâti leur œuvre. C'est probablement un prétexte, mais il est certain que l'acte de création est une manière habile et jouissive de tordre le cou à ses angoisses en les canalisant en une forme productive. Dans nombre de cercles analytiques, l'art fait même figure de panacée universelle, une sorte d'épanouissement de l'individu qui mettrait un terme à sa quête. Il incarne parfaitement la réponse à une souffrance. Lorsqu'il revêt la forme abstraite de la peinture ou de la musique, il permet la pirouette sans trop se mouiller. Les formes plus explicitement narratives sont plus violentes et demandent plus de courage. Mais celle ou celui qui s'y adonne a-t-il le choix ?
Rédiger son journal anthume au jour le jour montre une impudeur dont le narrateur se moque. S'il peut s'y promener nu, le problème retombe sur ses proches qui n'ont certainement pas envie de retrouver leur intimité exhibée aux yeux de tous. La fiction a le privilège de l'anonymat de ses acteurs, mais le "point de vue documenté" révèle les protagonistes sous un angle qu'ils n'ont pas choisi et qu'ils ont même souvent évité. On verra ainsi fleurir les interdictions et les censures. Cela se comprend. Les ponts de vue divergent. Je fais un a-parte pour signaler aux adeptes des jeux de mots et labsus que le poète en fait ses choux gras et que c'est souvent en connaissance de cause qu'il glisse ici et là quelque mot d'esprit spécifique à son art. Le sexe, la mort et l'argent sont toujours aussi populaires ; ils font marcher le monde. D'aucuns me répondent que l'analyse s'exerce sous couvert de l'anonymat contrairement à l'autobiographie. À relire les écrits de maint psychanalyste, j'ai des doutes, à commencer par Freud lui-même...
Alors ? Peu importe la manière si chacune ou chacun trouve comment soulager sa peine sans trop emmerder ses congénères. Exhibitionnisme intellectuel, confession religieuse, démarche psychanalytique, création artistique, méditation transcendantale, rites animistes, introspection, aide des potes ou ce qu'on voudra, pourvu que cela sorte et que l'on se sente soulagé du poids qui nous étouffe et nous empêche d'avancer. L'épanouissement emprunte souvent des chemins originaux que les amis ne pourraient soupçonner. Êtes-vous heureux ?

dimanche 23 décembre 2007

Agnès Varda, la petite dame est une grande


Avant de faire une longue pause d'un mois (vacances sans blog jusqu'au 28 janvier), je souhaite vous parler d'Agnès Varda et de son double-dvd Tous Courts. J'ai beau connaître et apprécier ses longs métrages, j'ai réalisé la dimension de son travail à la projection de l'ensemble de ses courts publiés intégralement par sa maison de production, Ciné-Tamaris. Je voulais les avoir tous vus avant de les chroniquer, mais le coffret est si copieux (6 heures) qu'il n'est pas prudent d'attendre plus longtemps pour vous les conseiller. Merci Hélène, c'est un magnifique cadeau !
L'invention et la fantaisie d'Agnès Varda, sans cesse renouvelées, en font l'égal de Jean-Luc Godard ou de Chris Marker. D'ailleurs, les critiques oublient trop souvent qu'elle réalisa en 1954 le premier film de la Nouvelle Vague, intitulé La pointe courte, bien avant tous les autres. Seulement Agnès Varda est une femme, ce qui fait tâche dans le monde de machos du cinématographe. La plupart des cinéastes de la Nouvelle Vague ont simplement poussé leurs aînés vers la sortie pour prendre, vite assagis, leur place encore chaude en s'engouffrant dans un nouveau clacissisme qui n'avait pas même l'élégance des anciens. Varda, elle, n'a jamais cessé d'inventer et de bouleverser les usages. Son compagnonnage avec son mari, le sublime et lyrique Jacques Demy, permit aux imbéciles de la reléguer au second plan. Demy lui-même n'a pas encore la renommée qu'il mérite, auteur aussi politique que sensible.
Varda commence donc par garder les enfants de Jean Vilar et deviendra la photographe officielle du Festival d'Avignon. Elle passe ensuite au cinéma et ces dernières années elle se lance dans l'art contemporain avec des installations multimédia parmi les rares à produire du sens et à porter la marque d'un auteur. Seuls Godard et Marker ont garder cette ferveur, remettant leur titre en jeu, travaillant sans relâche, explorant les nouveaux supports (télévision, expositions, CD-Roms...). Sachant manier le verbe comme Perec, Agnès Varda est une artiste complète et une productrice hors pair. Les petites variations qui introduisent chaque court métrage sont d'une grande intelligence critique et d'une simplicité qui parlera à chacun. Ses "boni" et l'interface sont soignés comme seuls les indépendants prennent le temps de le faire. Un luxe d'artisan pour une œuvre d'art !
Éternelle jeunesse... La cinéaste octogénaire a conservé la vivacité de ses débuts. Inventif, précis, copieux, drôle, fascinant, Tous Courts est chapitré en Courts touristiques, Cinevardaphoto, Courts « contestataires » et « parisiens », sans compter l’essai 7 P., cuis., s. de b. plus quatorze mini-films de la série Une minute pour une image dont elle a écrit et dit le commentaire. Chacun des 16 films est une surprise, un rayon de soleil, un éclat de lumière. Je découvre l'euphorique Oncle Yanco et le poétique Ulysse, mais je n'ai pas encore tout vu ni tout entendu. Sa Réponse de femmes réfléchit une époque fameuse où les filles affirmaient leur pouvoir. Celui d'Agnès Varda est celui de l'imagination. Que rêver de mieux ?

Julien Gracq (1910-2007)


Mon prof d'histoire-géo est mort. Je me souviens de sa manière de compter les points avec son pouce en l'air. Je l'ai eu deux ans au Lycée Claude Bernard. Louis Poirier avait continué à enseigner malgré ses succès littéraires. Il était très timide, intègre et précis. Il avait refusé le prix Goncourt en 1951 pour Le rivage des Syrtes, l'histoire d'un suicide collectif sur fond de pays imaginaires.
(photo AFP/Franck Perry)

samedi 22 décembre 2007

Complicité parentale


La complicité avec notre fille ne s'exerce pas de la même façon pour chacun. Elsa partage la musique avec sa mère, son goût pour les chansons et les belles mélodies. Elle m'appelle plus facilement en cas de coup dur. Nous nous sommes toujours parlé avec franchise. Après son bac, lorsqu'elle eut 18 ans, je l'emmenai en balade sur la Seine, lui expliquai que j'avais fait ce que je devais et lui demandai ce que je pouvais ; "rien, papa, surtout rien du tout !". Désir d'autonomie, le vrai travail. Évidemment, dans le détail comme dans le fond, chacun de notre côté, nous sommes très proches d'elle, tentant de rester à son écoute.
Je suis allé dîner avec elle chez Koba, son restaurant préféré, rue de la Michaudière. Le cadre ressemble presque à une cantine, mais je ne connais aucun japonais à Paris où les sushis soient si délicieux et généreux. Les seiches crues aux œufs de poisson colorés en vert par le wasabi étaient sublimes, les poulpes aux algues vinaigrées inattendues. Nous nous goinfrons à en crever. Rien de raisonnable. Les apparences sont trompeuses. Pas les sentiments.

vendredi 21 décembre 2007

Jeu de massacre


J'ai du mal à comprendre ce qui se passe. Le tombeur qui nous tient lieu de président massacre tous les acquis de décennies de lutte et les citoyens ne se passionnent que pour ses histoires d'alcôve. Aurais-je manqué un épisode ?
1. Le cul.
Contrairement au puritanisme américain qui fit chuter Clinton pour une affaire de cigare bizarrement placé, le machisme des Français a toujours profité à ses politiciens. Ainsi Giscard avait redoré son blason d'emprunt après un accident d'Alfa, empruntée à Roger Vadim si je me souviens bien, à 5 heures du matin contre un camion de lait, avec à son bord Marlène Jobert ; le peuple s'était dit que cette tête n'était pas si nœud si le Roméo avait réussi à emballer la coquine. Idem avec la double vie de Mitterrand qui en a épaté plus d'un(e). Et auriez-vous oublié les parties pompidoliennes ? Inversement, les affaires de corruption passent mieux aux USA que de ce côté de l'Atlantique. À chacun ses tabous ! Mais qu'est-ce qu'on se fiche de savoir si une riche héritière ex-mannequin reconvertie dans la variète a succombé au charme de l'éjaculateur précoce de la chose publique ? Peut-il être sur tous les fronts, faire la une de tous les quotidiens et avoir le temps de batifoler ? Encore une fois on s'en fout, sauf que tous les matins en première page de Libé je me retrouve face à son image ou à son nom. Cela finit par être lassant et il est probable que, malgré le plaisir éprouvé à récupérer aux aurores le journal dans ma boîte, un canard boîteux déjà vendu à Rotschild, camarade du président, je finirai par me désabonner.
2. Le massacre.
Pendant ce temps, la droite se prépare une année saignante. Le responsable du Ministère de la Culture nous annonce une réduction de 50 à 100% des aides à l'action culturelle, des réductions de 6 à 20% pour le reste. Ça, c'est du sûr. D'autres parmi ses collaborateurs murmurent la suppression de la Direction de la Musique et de la Danse pour avril, et certains, encore plus optimistes, espèrent que le Ministère lui-même aura sauté bien avant ! Les étudiants se font remettre en short, les postes de juges, de profs, etc. sont supprimés ou pas remplacés. Je ne vais pas accentuer la dépression en continuant à énumérer une liste qui touche tous les secteurs, mais l'addition ressemble à un véritable jeu de massacre.
3. Sarkozy, qui aurait certainement aimé jouer dans des films de cow-boys comme Reagan ou faire de la gonflette pour ressembler au gouverneur de Californie Schwartzy, cherche par tous les moyens à nous étourdir en pipolisant le monde politique en une sorte de show glamour où plus rien ne compte d'autre que l'esbrouffe et le décervelage. Merdre de merdre, Père Ubu, relancez donc les jeux du cirque, transformez les SDF en gladiateurs, multipliez les loteries, faites briller les paillettes, sans oublier les grands travaux (c'est pour quand ?), que l'on oublie que jamais l'exploitation de l'homme par l'homme ne fut si flagrante et le Capital si cynique. On n'a encore rien vu, précarité et pauvreté peuvent s'étendre sur l'hexagone, le froid a insensibilisé les prolétaires, la solidarité est devenue une ringardise, on va morfler et en redemander. Dans les quartiers, des jeunes s'organisent et recommencent à rêver aux lueurs des torches, mais ça c'est une autre histoire...

jeudi 20 décembre 2007

Les élucubrations de Chris Ware


Magnifique bande dessinée de Chris Ware, l'auteur de Jimmy Corrigan. Pour 20 euros, avec ACME au moins il y a de quoi lire. Parfois certes avec une loupe ! Lucie dit que la version originale en américain est plus juste, même si l'adaptation française est très réussie. Ware s'inspire des vieux comics que je lisais dans le métro en allant chez le dentiste faire régler mon appareil une fois par semaine. Il y avait des pubs pour les lunettes infra-rouges et des feuilletons bizarres qui faisaient carburer mon imagination.


Mes étudiants des Arts Décos m'avaient recommandé Jimmy Corrigan lorsque j'étais allé enseigner à Strasbourg. Je préfère le verbe "transmettre" à "enseigner" parce que je ne suis pas professeur. Les artistes qui gardent jalousement leur savoir l'emporteront probablement avec eux dans la tombe, c'est leur choix. La thésaurisation des connaissances est aussi mesquine que celle de l'argent. Il faut que cela circule.

Les livres publiés par Chris Ware sont des compilations de planches publiées séparément, par exemple dans le Chicago Reader (où officie l'ami Jonathan Rosenbaum !). Ils rappellent les œuvres de Windsor McKay, l'auteur de Little Nemo par la taille et la forme, mais son style géométrique est plus moderne, varié et inventif. S'il se réclame aussi des boîtes de Joseph Cornell, humour noir, nostalgie, tristesse, absurde, on retrouve tous les éléments des magazines de notre enfance, avec leurs pages à découper, les petits formats, les pubs, etc. Sauf que Ware assume seul le rôle de tous les dessinateurs d'un journal. L'aspect autobiographique de ce quatrième livre me renvoie à une précédente lecture, Mes problèmes avec les femmes, dernière livraison de Robert Crumb, dont l'authenticité renversante est transcendée par un sens critique exceptionnel. Depuis Maus d'Art Spiegelman, aucune bande dessinée ne m'avait autant intrigué et remué. En plus, c'est beau.

mercredi 19 décembre 2007

Musique pour un appartement et six percussionnistes


Totalement débordé de travail, je m'en sors aujourd'hui en reproduisant un film des Suédois Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson remarqué il y a quelques mois et que j'avais gardé sous le coude. 9 minutes 30 secondes sans aucune parole, mais une partition originale que je vous laisse découvrir si vous n'avez pas encore été contaminé par leur Music for one apartment and six drummers.
J'ai passé ma journée à enregistrer la voix polyglotte du lapin pour les vœux RFID de Violet et quelques autres broutilles à grignoter avec les incisives. L'arrangement et le mixage des musiques d'accompagnement composées avec Bernard m'ont pris plus de temps que prévu. J'ai eu beau tout essayer, on ne peut vraiment pas aller plus vite que la musique. Bonne nouvelle pour tous les propriétaires de Nabaztag, il n'y a désormais plus d'abonnement à souscrire pour l'ensemble des services devenus intégralement gratuits.
Je me lève très tôt pour aller prêcher la parole sonore à Autograf. Je ne sais d'ailleurs plus du tout où j'en suis (mes étourderies montrent que j'ai sérieusement besoin de vacances), alors j'attrape quelques films dont les partitions sonores sont éloquentes (Le Testament du Docteur Mabuse, Lancelot du Lac, Slon Tango, Godard et Norman McLaren) et des CD-Roms dont je suis l'auteur ou sur lesquels j'ai travaillé. Les étudiants se souviendront bien où nous en étions restés. En rentrant, je devrai encore découper les fichiers son et les transformer en mp3. Le froid que je dois affronter à bicyclette me fait un peu peur, mais là non plus je n'ai pas le choix...

mardi 18 décembre 2007

Profession designer sonore


Après un rendez-vous dans le monde de la publicité avec un directeur artistique (on dit D.A.) astucieux qui m'a fait une démo excitante de "pub virale", j'ai enchaîné avec ma conférence rock 'n roll aux Arts et Métiers pour Paris 8.
Entre temps, j'avais avalé des calamars, des fèves, du riz et un lait de soja chez Shen, 39 rue au Maire, pour 6,80 euros. C'est un petit resto authentique qui ne paie pas de mine, très fréquenté par les Chinois et les étudiants fauchés. J'aime bien leur salade de pattes de poulet crues, leurs raviolis gyoza maison, leur anguille aussi... Dans le quartier, c'est ce que je préfère. Sinon, à l'autre bout de la rue Beaubourg, il y a le petit vietnamien de la rue de la verrerie, mais cela faisait trop loin.
Ghislaine Azémard me présente comme un hyperartiste, comme on dit hypermédia ou hypertexte. Cela sonne bien avec l'arborescence en étoile de mon discours, une façon d'improviser en digressant free style tout en me raccrochant en aller et retour à mon fil directeur. Mon travail est polymorphe. Pour une fois que je suis en chair et en os face aux étudiants, je parle plus que je ne montre. Cela frustre un peu les profs qui disent que je la joue blogueur, mais j'ai toujours agi ainsi. Mes auditeurs y trouvent leur compte. S'ils sont curieux ils peuvent découvrir mes œuvres interactives simplement en me googlisant. Pour une fois que je sors de ma tanière et que je ne suis plus un être virtuel, j'en profite pour parler du métier, de la passion, brisant les tabous politiques et sociaux, donnant des chiffres et m'abandonnant aux confessions. Je cite Cocteau, rappelant qu'une œuvre est une morale. Je leur montre tout de même Alphabet, La Pâte à Son (capture écran ci-dessus), FluxTune, Le Sniper, Nabaz'mob, mais l'absence d'Internet m'empêche de leur exposer mon travail avec Nicolas sur FlyingPuppet par exemple. De toute façon, j'oublie plein de choses importantes, parce qu'il faudrait plus de deux heures pour faire le tour de la question, même au pas de course comme hier dans l'amphi. Les prestations courtes obligent à embrasser le sujet de manière large, plus philosophique et pratique que démonstrative. Cette fois j'ai négligé la complémentarité du son face aux images et la charte sonore au profit de la production de sens et d'émotions et des conditions de travail.
C'est étrange comme il est impossible de se connecter dans les écoles et les universités. Sous prétexte de pare-feu anti-viral, on rend impossible les contacts avec le monde extérieur, c'est aussi débile que toutes ces bornes wifi cadenassées. À New York, les réseaux sont partout ouverts pour se brancher où que l'on se trouve, dans la rue, dans n'importe quel immeuble, etc. À propos de FluxTune, on me reparle d'Electroplankton. Je sors regonflé de cette performance publique. J'improvise de plus en plus pour ne pas me répéter et éviter l'ennui, commençant mes phrases sans savoir où elles me mènent, sur le modèle de mes instantanés musicaux. Le danger qui me guette à chaque syllabe me donne des ailes.
Comme je suis arnaché de deux micros cravate sans fil et que je file pisser avant mon intervention, je ne me laisse pas surprendre et commente le parcours qui me mène aux toilettes : porte qui grince, porte battante, cour de récréation masquant mon intimité, commentaires sur l'ambiance scolaire... Mais personne ne m'entend, parce que le jeu est improbable. C'est la pause.
Je passe chez Violet chercher mon chèque et jette un coup d'œil au prochain livre à enregistrer pour le nouveau service de lecture audio par Ztamp (une puce RFID collée sur la couverture du livre pour enfants). À Noël, les Nabaztag partent comme des ptits là pains.
Sur le quai du métro République, j'entends "Monsieur Birgé !". C'est Sonia qui me reconnaît de dos au milieu de la foule pressée grimpant dans la rame. Elle veut bien s'occuper de Scotch en notre absence. Ouf, je peux partir tranquille. On en reparlera bientôt, mais je vais faire une pause d'un mois où je ne publierai aucun billet. J'ai mis le temps à me décider...

lundi 17 décembre 2007

Musique lagomorphe pour le Nouvel An


J'ai passé mon dimanche à composer des musiques mécaniques pour l'estomac du lapin. Ce n'était pas facile de trouver une solution musicale qui fonctionne avec le design sonore existant. J'ai donc adapté une samba écrite avec Bernard pour le message du Nouvel An qui doit exprimer la fête et trouvé une sorte d'arpège entraînant pour la naissance de la petite bête la première fois qu'un acquéreur se connecte. L'ensemble sonne comme une grosse boîte à musique assez moderne pour coïncider avec les petits bruits qui accompagnent les lumières de toutes les couleurs, les mouvements des oreilles et les jingles entièrement réalisés avec de petits outils acoustiques. Le timbre instrumental proche du glockenspiel se rapproche d'un des sons les moins pourris du synthétiseur interne lorsqu'ils sont joués en Midi.
Le matin, enregistrant Cristina qui incarne la version espagnole de Nabaztag, je me suis rendu compte que chaque langue ne durera pas le même temps, occasionnant des placements différents dans le montage et le mixage avec les musiques, ce qui me donne un surcroît de travail que je n'avais pas imaginé. Il y a actuellement six langues (français, anglais, américain, allemand, italien, espagnol) sans compter le brésilien qui est réalisé sur place et que je ne préfère pas imaginer (je crains le pire). J'ai fait très attention à ce que tous les sons émis par le lapin entrent dans la logique du design sonore adopté il y a maintenant trois ans. C'est un petit robot et un compagnon, il est à la fois vivant et virtuel. Nabaztag a beau être un objet industriel reproduit à des dizaines de milliers d'exemplaires, il doit sembler unique à chacun de ses propriétaires.

P.S. : je m'adresse aujourd'hui lundi aux étudiants de Master 1 et 2 du Master Création et Édition Numériques de l'Université Paris 8 sur le sujet "Musiques et design sonore pour les médias intéractifs", de 15h à 17h, au CNAM, 2 rue Conté 75003 Paris, Amphi G, 1er étage. Métro : Arts et Métiers / Réaumur Sébastopol. Entrée libre.

dimanche 16 décembre 2007

Connexion Internet itinérante illimitée


Tandis que je prends ma première photographie avec mon iPhone, je m'aperçois que l'appareil est en train de relever mes mails alors qu'il n'y a aucun réseau wifi dans le hall du Théâtre de Chaillot. Je m'en inquiète le lendemain matin auprès d'Orange qui m'apprend que le réseau Edge le permettant est compris dans le forfait et ce de façon illimitée. Je crains évidemment quelque facture exubérante qui additionnerait les suppléments imprévus. Le préposé me met par contre en garde contre la même opération si je me trouvais à l'étranger. Il en profite pour essayer de me vendre une assurance à 9 euros par mois couvrant la perte, le vol, avec fourniture express d'un nouvel appareil, l'iPhone étant une marchandise extrêmement convoitée par les voleurs à l'arraché. Il paraît que la soirée de lancement fut une aubaine pour les adeptes de ce sport brutal.
Hier soir, comme nous étions coincés dans un embouteillage, Françoise me suggère de regarder le site Sytadin depuis mon portable. Je n'y avais pas pensé. L'habitude est de regarder sur mon ordinateur comment ça roule avant de quitter la maison, mais cette fois j'ai oublié. Je suis épaté d'arriver à me connecter depuis le périphérique alors qu'il n'y a aucun réseau wifi. J'en profite pour envoyer un mail à Pascale depuis la voiture et cela fonctionne parfaitement depuis mon compte Gmail, sans coût supplémentaire. Je trouve juste que la batterie s'épuise assez rapidement. Plus tard, au lieu de faire des kilomètres à pieds inutiles pour rejoindre les amis, j'aurais dû penser à cliquer sur leur adresse, le plan se serait ouvert, un peu comme si j'avais eu un GPS, option encore inexistante sur l'iPhone. N'empêche que je suis aux anges avec mon nouveau jouet...

samedi 15 décembre 2007

Les contes magiques de Robert Lepage


Chaque jour, dans les marges de son journal intime, Hans Christian Andersen notait le nombre de fois où il se masturbait, accompagné de quelques appréciations. Le metteur en scène québecquois, qui avait lu ses cent cinquante sept contes, tenait une piste. Le Danemark lui avait commandé une œuvre pour fêter le bicentenaire d'Andersen, alors Robert Lepage nous conte l'histoire d'une commande faite par le Royaume du Danemark à un certain Frédéric Lapointe. Après un long accord d'orchestre qui se joue pendant qu'entre le public, on commence avec le théâtre dans le théâtre comme existe ailleurs le film dans le film. Suit une fantasmagorie, un travail d'illusionniste, une merveilleuse évocation d'un monde impitoyable, une explosion de lumière, d'intelligence et d'humour. Le metteur en scène, dont le rôle unique a été repris à Chaillot par le formidable Yves Jacques, se sert des nouvelles technologies pour rénover la machinerie de théâtre comme il réfléchit toutes les ressources sociales et psychologiques de notre contemporanéité. C'est un éblouissement, dans tous les sens du terme. La publication du texte de la pièce accompagné d'un dvd qui tient lieu de making of m'avait donné envie de voir Le projet Andersen. Avec son équipe d'Ex Machina, Lepage a su s'entourer de scénographes et de scientifiques qui inventent des dispositifs plus épatants les uns que les autres comme cet écran creux qui absorbe l'acteur vivant. Dévoiler quoi que ce soit de la pièce qui se joue jusqu'au 28 décembre serait un crime. Comment peut-on déflorer une histoire ! Le projet Andersen est un enchantement. Réservez vos places de ce conte pour adultes dès aujourd'hui, s'il en reste.

D'autant que le théâtre sera bientôt interdit de cité à Chaillot au profit exclusif de la danse si l'on en croit la cheftaine d'un Ministère qui n'en aurait lui-même plus pour longtemps, si l'on suit les désirs de sa petite majesté, roi des Français. Sinon, Le projet Andersen sera en tournée dans de nombreuses villes de province.
Plus excitant et pour mémoire, Robert Lepage, qui met également en scène des opéras, est un cinéaste exceptionnel et La face cachée de la lune est probablement le film qui m'a le plus emballé depuis des années.

vendredi 14 décembre 2007

À quoi jouent les services secrets ?


Acte I
Comme j'évite soigneusement de regarder la télévision, en particulier les journaux télévisés qui sont to-ta-le-ment manipulés et donc manipulatoires, je prends connaissance de cet extrait d'un magazine de Paul Amar sur France 5 interviewant Guillaume Dasquié au lendemain de sa garde à vue à la DST pour avoir publié un article sur le 11 septembre dans Le Monde du 17 avril dernier. Il est arrêté pour compromission du secret défense, soupçonné d'avoir divulgué des éléments provenant de la DGSE relatifs au terrorisme. Guillaume Dasquié était jusque là journaliste spécialiste du renseignement à Géopolitique. L'article 109 du code pénal est censé protéger les journalistes d'avoir à dévoiler leurs sources. Dasquié compare l'aventure qui lui est arrivée, nous sommes début décembre, à l'ambiance du film de science-fiction Bienvenue à Gattaca ! Les pratiques illégales des services de police et assimilés n'étant plus à démontrer dans notre beau pays des droits de l'homme et du citoyen, il serait dommage d'en rester à cette "bavure" procédurière que certains lecteurs du site Arrêt sur images attribuent à une tentative d'intimidation de la presse... Arrêtez-vous là pour le moment, et regardez le film jusqu'au bout.


Acte II
Au-delà de l'extrait de 18 minutes, il faut absolument lire ici les commentaires (plusieurs pages) laissés sur DailyMotion qui montrent de quoi il est réellement question. Le jeu semble consister à montrer que le journaliste est lui-même manipulé voire le manipulateur à la solde d'une puissance étrangère. À moins que les services français ne soient derrière tout cela ? Voulaient-ils seulement démasquer leurs taupes ? Certains révèlent le passé de Dasquié, son livre contre L'effroyable imposture de Thierry Meyssan, ses positions pro-israéliennes, etc. Qui faut-il croire ? Nous sommes en plein roman d'espionnage. Il est évident que parmi les commentateurs anonymes se cachent des membres de la DST ou de la DGSE, voire des agents d'autres états, tout est envisageable. L'émotion de Dasquié est-elle feinte ? Nous voyons bien qu'il ne raconte pas tout, mais pourquoi ? Sacrifiant sa carrière, il a donc lâché un nom par peur de passer quelques mois en prison. Le trouble que l'affaire produit est-il le but de la manœuvre ou les 300 pages de son dossier secret recelaient-elles d'autres éléments ? Était-ce le seul dossier visé ? On noie le poisson, on décrédibilise, mais qui tire les ficelles ? Il n'y a qu'une chose de certaine, le 11 septembre cache une histoire plus énorme que l'on a voulu nous le faire croire depuis le début.

Acte III
Arrêt sur Images s'entretient avec Dasquié. Beaucoup de questions restent sans réponse. À suivre.

jeudi 13 décembre 2007

Configuration d'Orange


Comment penser à autre chose lorsqu'on a le nez plongé dans la technique ? Et encore ! Je n'ai pas eu le temps de lire les 146 pages du mode d'emploi de l'iPhone en pdf. Un document papier est autrement plus pratique, mais cela ne se fait plus.
On aurait pu penser que configurer un téléphone était plus simple qu'installer un nouveau système sur son ordinateur. C'était sans compter l'absence d'informations fournies par Orange à l'achat d'un portable. Je m'affole parce que la messagerie (888) ne fonctionne pas, c'est normal, m'apprend l'assistance technique, il faut attendre 48 heures. L'accès aux 30 000 hotspots Orange itou (#125#), c'est logique, me répond le second technicien, il faut d'abord se connecter à sa consommation (#123#). Les 48 heures d'attente annoncées n'ont heureusement pas plus de réalité que les précédentes. Tout rentre dans l'ordre après quelques heures avec la Hotline d'Orange, une journée de perdue à remonter les niveaux de compétence degré par degré sans tenir compte de l'iTunes Music Store qui ne veut bien enregistrer vos données qu'au bout de plusieurs tentatives avortées. Je me souviens que la connexion depuis l'étranger exige en général que l'on en fasse la demande, mais il semble que la vendeuse ait fait le nécessaire sans m'en avertir. Sur le site de l'opérateur, je cherche partout ce qui est compris dans l'abonnement et ce qui en est exclu. Les bonnes surprises équilibrent les mauvaises. Le wifi est illimité, dix heures pour les hotspots Orange (métro, RER, gares, aéroports, hôtels...), 100 Mo chez les autres (j'ai souscris à la formule la plus élémentaire) ! L'expérience montre qu'il vaut mieux tout vérifier deux fois qu'une. Je liste les questions que je repose à chaque appel, certaines depuis mon iPhone (700), d'autres depuis le fixe (0810699759). Mon aide-mémoire enfle au fur et à mesure de la journée (740 pour la gestion, 0033607626464 pour les problèmes à l'étranger, etc.). Ce n'est pas terminé, il faudra que je recommence demain, le temps que soit réparé ce qui ne va pas sur ma ligne. Allez, aujourd'hui j'attaque la résiliation de mon Millenium SFR.
Si j'ai mal à la tête, ce n'est pas forcément à cause des ondes. En rentrant à la maison, je me plonge dans le nouveau numéro de Muziq ; il y a beaucoup plus à lire que dans pas mal de revues musicales. J'aime beaucoup le style de Darol. Il est temps de me changer les idées...

mercredi 12 décembre 2007

J'ai craqué pour l'iPhone


Il faut savoir faire des choix. Celui-ci m'a pris un an, mais j'ai craqué. Je me suis offert l'iPhone pour Noël. Je ne vais pas faire l'article, parce que l'on trouve toutes les informations sur le site d'Apple. J'hésitais avec le Nokia N95. Un ami testeur m'a expliqué que si je cherchais un téléphone compatible avec mon Mac, il n'y avait pas à hésiter. L'iPhone est un petit Mac de poche, qui fait téléphone et iPod. Il se synchronise impeccablement avec mon carnet d'adresses, mon agenda iCal, les signets de Safari, iTunes... Son interface tactile est sensuelle, renversante. C'est un véritable plaisir que de le manipuler dans tous les sens. Je ne le connais pas encore très bien, parce que je suis allé le chercher hier après-midi à la boutique Orange du centre commercial à côté de chez moi. Le site Orange vous informe des adresses où il est actuellement disponible. Le plus petit abonnement est de 49 euros par mois avec 2 heures + 2 heures soir et week-end + seulement 50 SMS. Je ne suis pas un fan des SMS, je préfère les coups de fil ou les mails. Je laisse tomber SFR et mon forfait Millenium.
J'ai longtemps hésité parce que le Nokia a un appareil-photo de 5Mo pixels au lieu de 2Mo, mon vieux Nikon prend très bien les photos. Il n'a pas de caméra, mais je ne m'en suis jamais servi avec le Nokia que j'avais, je préfère la petite caméra Sony dont les films sont réellement exploitables. On ne peut pas tout avoir. Le N95 a un GPS intégré, mais je roule de moins en moins et je ne suis pas certain de me racheter de voiture quand mon vieil Espace mourra. L'iPhone n'a pas le 3G, mais je me connecte au Web via le wi-fi. Je ne pourrai pas l'utiliser au Japon et en Corée ! Par contre je bénéficie de 10 heures sur les hotspots d'Orange wifi access. L'enjeu ne vaut pas la chandelle de craquer un iPhone, le désimlocker. Un ami a zigouillé le sien en téléchargeant une appli...
Pour l'instant, tout semble fonctionner, sauf la messagerie vocale qui répète inlassablement "Bonjour... Au revoir" lorsque j'essaie de m'y connecter. Il n'a plus qu'à tester le service assistance Orange qui m'explique qu'il faut attendre 48 heures pour que la messagerie soit en service. J'ai compris que l'on pouvait rajouter des tas d'applications. Hier soir, j'ai réussi à utiliser un clone de Skype. J'ai pu tchater avec Elsa et appeler des numéros de téléphone avec mon SkypeOut (10 dollars pour 10 heures d'où et vers où que ce soit sur la planète). Je retourne lire le mode d'emploi téléchargé avant de faire mumuse avec l'écran tactile qui bascule automatiquement quand je l'incline. Le son est correct, la lisibilité excellente, même pour un presbyte, avec lunettes ! Il faudra que je le recouvre d'une petite housse, parce que l'écran en verre doit se rayer facilement, et peut-être lui adjoindre une oreillette BlueTooth, celle d'Apple est la seule compatible, grrrrr... Je me fais une raison, parce que la navigation est digne du génie d'Apple qui fait par contre défaut à son nouveau système, Leopard, une arnaque gadget indigne de la marque.

mardi 11 décembre 2007

Suspension


La photographie date d'il y a deux ans. Mon petit film Le Sniper faisait l'objet d'une installation dans une rue piétonne d'Utrecht pour l'exposition Soft Target. War as a Daily, First-Hand Reality. Il était également projeté dans la Galerie Bak sur un petit moniteur au bout d'une cursive dont le plancher était en verre. Certains visiteurs enclins au vertige étaient incapables de franchir le corridor transparent. J'aimais beaucoup cette impression de suspension, palais des glaces vertical aux parois de métal lumineuses accentuant le malaise propre au film, impression de danger imminent pouvant survenir de toutes parts. Chacun évitait soigneusement d'évoquer l'aspect grivois du dispositif dont seul l'architecte était l'auteur et j'avoue être descendu prendre discrètement mes photos.
Est-ce le même rêve de vol qui me pousse à passer quelques jours dans les arbres au Laos ? Quelques fondus y ont construit des maisons dans une réserve de gibbons auxquelles on accède par des tyroliennes, des poulies avec harnais glissant sur de longs câbles au-dessus de la forêt.
Je me suis raccroché à cette branche, totalement épuisé d'avoir pondu quelques vingt mille signes hier pour le prochain Journal des Allumés. J'essaye de me débarrasser de tout ce que je dois écrire avant mon départ. Comme j'avais terminé les articles du Muziq qui sortira en février (le n°12 sort demain), je me suis attelé au n°21 des Allumés. J'ai donc sorti cette image de mon chapeau. Il est temps que je m'en aille loin pour recharger mes batteries et réalimenter le fonds dans lequel je pioche lorsque je suis en mal d'inspiration. N'empêche qu'à Utrecht ils ont de bons fromages hollandais et des petits poissons délicieux à dévorer dans la rue. Ça irait bien avec les cornichons au sel et les aux vinaigrés qu'Elsa nous a rapportés de Moscou. On comprendra que j'ai faim. Mais ne suis-je pas toujours affamé ?

lundi 10 décembre 2007

Art et divertissement


Nicolas a lu Marin Karmitz dans le Nouvel Obs comparer Hollywood au cinéma disant que cela revenait à comparer Jeff Koons et Picasso. Il ne faut pas confondre l'entertainment et la création artistique. Le premier est une petite mécanique bien réglée, la seconde un monstre boiteux. Qu'ont encore à voir l'art académique ou l'industrie culturelle avec l'expression artistique ?
Question de questionnement. Les œuvres d'art n'apportent aucune réponse, elles interrogent. L'énigme ne tient pas à l'objet, mais au sujet qui la regarde. L'interrogation ne concerne pas les intentions de l'artiste, mais l'interprétation du spectateur.

dimanche 9 décembre 2007

Faire !


Vendredi soir, nous avons accueilli une rencontre-appartement avec le maire communiste de notre ville, ses adjoints et quelques riverains qui, à défaut d'appartenir à son parti, avaient quelque sympathie pour les valeurs qu'il défend encore, face aux attaques opportunistes d'une coalition bourgeoise qui a le goût de la droite, le parfum de la droite, le regard de la droite, l'écoute de la droite, mais qui porte encore un nom de gauche.
Libertaire, avec de temps en temps des sympathies pour la quatrième internationale façon LCR, je n'ai jamais appartenu à aucune organisation politique. M'étant toujours imaginé gauchiste, mon indépendance m'a permis de traverser quelques décennies sans être obligé de renier les idées que j'avais défendues depuis mes plus jeunes années. Ainsi, au grand dam de ma famille et de la plupart de mes amis, j'ai refusé de faire la fête le 10 mai 1981, la victoire de la social-démocratie ne pouvant remporter mon adhésion. Mon mépris buñuélien pour la bourgeoisie n'a d'égal que la méfiance que génère l'accession au pouvoir de quelque faction que ce soit. Le programme commun m'était apparu dès sa fondation comme une tentative, qui s'avèrera réussie, du Parti Socialiste pour se débarrasser définitivement du PC qui abandonna l'idéologie au profit d'une stratégie électoraliste qui lui sera fatale. Mon attachement prudent au PC est lié à ma pratique professionnelle. Lorsque j'ai commencé à travailler dans le cinéma, nombreux techniciens et intellectuels y appartenaient et les villes qui accueillaient les projets musicaux créatifs étaient presque toujours entre leurs mains. Un des rares politiciens que j'ai rencontré qui m'ait inspiré du respect fut Jack Ralite avec qui je dînai un soir chez Joe Allen ! Encore aujourd'hui, ses positions sur la culture m'épatent par leur clarté et leur bon sens. Je fus donc un sincère compagnon de route lorsque je faisais de la musique pour Unicité, la société de production audiovisuelle qui dépendait du Parti Communiste, alors que le soir avec mes camarades nous continuions à les appeler "les révisos". La Révolution d'octobre n'avait, à mes yeux, durer que quelques semaines, la suite n'étant plus qu'une très longue série de dérives et de déconvenues qui mèneraient au stalinisme et aux illusions à perdre des générations successives de révoltés contre l'exploitation de l'homme par l'homme.
En France, la sensibilité des communistes au phénomène culturel a montré leur sincérité et leur efficacité. C'est en ces termes et sur ce sujet que j'acceptai de rencontrer nos élus. Au delà des critiques qui ont été exprimées et débattues sur la politique municipale, nous avons essentiellement retenu l'intervention d'un jeune de 24 ans présent à la réunion. Il ne veut pas qu'on l'occupe, il veut faire. Il souhaite que la municipalité donne des moyens à toute cette jeune bande de musiciens, de graphistes, de cinéastes, d'ingénieurs du son, d'informaticiens qui ne demandent qu'à apprendre et agir. Ils sont nombreux et généreux, affirmant qu'il faut que ça bouge pour que tous les autres les rejoignent. Ils ont besoin d'un lieu, de l'équiper, et pas dans quatre ans, mais tout de suite ! La jeunesse des quartiers qui s'ennuie ne peut que faire des bêtises. C'est d'ailleurs le lot de tout un chacun. L'inactivité pousse toujours à se comporter de façon inepte. Lorsqu'il n'y a rien en bas des immeubles, on fait avec les moyens du bord. Lorsqu'il n'y a plus rien à bord, on se saborde. Rencontrer des jeunes gens qui fuient l'apathie cynique du monde en continuant à rêver avec fougue et détermination donne du baume au cœur. C'est avant tout vers eux que les politiques doivent se tourner et déployer tous les moyens dont ils disposent pour les désenclaver et leur donner de quoi construire. Ils sont l'avenir. Pas seulement le leur, mais aussi le nôtre.

samedi 8 décembre 2007

Ce soir, je fais le zig au Théâtre Paris-Villette pour Poptronics


Communiqué de presse :
Poptronics, l’agenda des cultures numériques, investit la scène du Théâtre Paris-Villette pour une soirée performance éclectique, inclassable et, on l’espère, surprenante. Lancé fin juin 2007, le site Poptronics a fait son trou dans le flot de l’info en ligne, en progressant de jour en jour (600 000 pages vues, près de 30000 visiteurs uniques en novembre) avec son graphisme radical, ses choix éditoriaux affirmés et sa ligne décalée. Musique et archi, jeux et net-culture, nouveaux médias et bidouilles sonores, les choix de poptronics sont à l’image du site, modernes.
L’équipe, qui mélange artistes et journalistes, chercheurs et même un chat (le seul et unique chat pigiste au monde, Guillaume-en-Egypte, qui revisite à coups de pattes graphiques l’actualité du monde) vous invite à la rencontre. De Christophe Jacquet dit Toffe, responsable de la ligne graphique, qui maniera la souris et le verbe pour décortiquer la pop’architecture, à Jean-Philippe Renoult, Elisabeth Lebovici, et même Julie, qui œuvre dans l’ombre à la qualité éditoriale du site… Annick Rivoire, fondatrice et directrice de publication, les présentera tous (même les absents).
Mais Poptronics ne pouvait se contenter de la jouer « auto-promo » : son pop’lab, le magazine en PDF ouvert à l’expérimentation artistique, se veut aussi une passerelle entre les arts et les pratiques, du net-art au graphisme, de la musique au post-graff. En guise de pop’cerise sur le gâteau, des artistes ayant investi cet espace viendront pratiquer une « extension » scénique de leur projet.
Au programme, les « instants RSS » de Nicolas Frespech, la faconde du compositeur Jean-Jacques Birgé, etc.
Si Poptronics convie à deux heures d’échanges, rires et surprises, sur la scène relookée du Théâtre Paris-Villette, c’est grâce au projet x-réseau, initié par le Théâtre Paris-Villette en faveur de la création artistique en réseau. Depuis janvier 2006, x-réseau réunit des créateurs, des chercheurs et des penseurs, qui élaborent ensemble une scène du Net, plate-forme technologique et artistique dédiée aux arts en réseau...

Ce soir samedi à 20h précises (ouverture des portes à 19h).
Entrée libre, réservation conseillée (nombre de places limité) par mail à info@poptronics.fr
Théâtre Paris-Villette, Parc de la Villette 211, av. Jean Jaurès Paris 19e, métro Porte de Pantin.
L'image a été réalisée à partir de FluxTune, software musical encore inédit, créé en collaboration avec'' Frédéric Durieu.

J'ignore encore ce que je vais raconter et présenter ce soir, mais ce sera forcément une suite ou la réponse au Pop'lab que Poptronics m'a commandé il y a quelques mois et que j'ai centré sur l'étincelle créatrice. J'ai pondu 17500 signes, envoyé 25 de mes photos (libre à Toffe de les utiliser ou pas pour sa maquette) et adjoint 5 mp3 qui jalonnent ma carrière. On dit carrière du chantier à ciel ouvert d'où sont extraits les cristaux qui m'ont alimenté, du sable pour commencer, un grain, histoire de gripper la machine. J'ai exhumé la première pièce électro-acoustique que j'ai enregistrée en 1965, suivie d'une autre de 1968, tout aussi inédite ! J'ai également choisi le premier morceau de mon premier disque datant de 1975, et deux autres œuvres, une pièce pour orchestre symphonique composée avec Francis et Bernard et pour terminer un truc "récent" plus explicitement électro. Dès qu'il aura été publié, ce qui ne saurait tarder, j'apporterai probablement ici quelques éclaircissements complémentaires à cette somme qui comprend aussi un long entretien avec Annick Rivoire et Elisabeth Lebovici et une accumulation obsessionnelle appelée playlist du moment. Ne sachant plus comment m'y prendre pour retrouver la vivacité inventive de mes débuts musicaux, je suis retourné en arrière pour remettre le compteur à zéro et retrouver la fraîcheur de l'inconscient, cette innocence que seule la ruse pourra ensuite contrebalancer. J'ai saisi qu'il fallait que j'abandonne toutes mes bouées de sauvetage pour faire ce que je ne sais pas faire. Le danger donne des frissons, sa proximité force les miracles. Pour continuer à inventer j'ai triché en changeant de support, entre autres avec ce que l'on a eu coutume d'appeler le multimédia. Il m'a fallu composer avec de nouvelles incompétences que je devais contourner à chaque nouveau passage à l'acte. Si le cinéma a structuré mon langage, la musique a conservé son mystère.
Sur son blog, Etienne Mineur signalait avant-hier l'entretien que Jean-Luc Godard a donné à Arte la semaine dernière dont une phrase exprime bien ce que je viens de tenter de résumer. Retournant celle du Guépard de Visconti, "Il faut tout changer pour que rien ne change" (j'évoquai ici-même le rôle des révolutionnaires dont une des fonctions involontaires est de permettre au système de perdurer), Godard ouvre ses Histoire(s) du cinéma avec "Ne change rien pour que tout change" qui correspond parfaitement à la pensée de mon Pop'lab.

Karlheinz Stockhausen ne fera plus de bruit


Après John Cage, Luciano Berio et György Ligeti, un des grands compositeurs de la seconde partie du XXe siècle s'est éteint mercredi à l'âge de 79 ans. Après plusieurs Études pour musique électronique, il écrit Gesang der Junglinge en 1956 pour cinq groupes de haut-parleurs entourant le public. Il y pousse le sérialisme de Webern a son paroxysme, l'appliquant à la durée, au timbre et à la dynamique des sons électroniques et des voix. On reconnaît son influence sur toute la techno allemande. Momente et Hymnen marquèrent mes premières années, mais nous nous insurgeâmes devant Aus den sieben Tagen qui exploitait les interprètes improvisateurs de façon éhontée. La partition indiquait "fais voile vers le soleil" et Stockhausen signait l'œuvre. On retrouve ce genre de pratique chez Heiner Goebbels qui fait improviser des musiciens pendant des semaines, note ce qu'il préfère et refait jouer à ces mêmes improvisateurs leur musique qu'il a figée. Imaginez le supplice et la rancœur. Karheinz Stockhausen intégrait la subjectivité de l'interprète dans ses recherches sur l'aléatoire. Ses pièces pour orchestre, parfois agrémentées de projections lumineuses, étaient gigantesques, sa maîtrise du "temps-espace" renversante.

vendredi 7 décembre 2007

Entre chien et loup


Les volets se sont refermés sur leur secret. Là où brille la lumière, l'angle de vue ne permet pas d'en voir plus. On devine les cuisines et probablement les salles à manger. Rien ne filtre. L'ascenseur vide semble descendre. Les feuilles de vigne se sont racornies. Elles sont devenues cassantes. Chacun s'est replié sur son intimité. Par la fenêtre ouverte, on entend seulement de drôles de cris, mais il est impossible de savoir si c'est un être humain, un animal ou une machine. Avec les nouvelles technologies accessibles à tout un chacun où l'on peut falsifier la moindre chose et créer maintes illusions, ce genre de doute risque de devenir banal, et personne de s'en émouvoir... La cour elle-même crée une cage sonore qui ne permet pas d'affirmer d'où vient le son. L'énigme ne réside pourtant pas dans l'immeuble d'en face, mais dans l'identité de celui ou de celle qui regarde.

jeudi 6 décembre 2007

Un clou ne chasse pas l'autre


JJB : Pour "réussir" il ne faut plus bouger quand ça marche. Quel ennui ! C'est trop triste. Si tu avais continué à jouer comme lorsque tu avais du succès, tu n'aurais jamais cessé d'en vivre.
Bernard Vitet : Oui, mais cela ne correspond pas à ma façon de vivre.
- Si chaque fois que tu fais un disque, tu te promènes et tu fais quelque chose de différent, le public qui t'a aimé la première fois est dérouté, il se méfie des suivants.
- Tu as des exemples dans la tête ?
- Et bien, toi ! Tu as enregistré ton premier disque solo sans y jouer de trompette.
- Je me plaçais seulement du point de vue de l'intérêt que cela avait pour moi. Il n'y avait plus de mystère à percer à la trompette. Il n'y avait plus qu'à se donner du mal pour progresser voire évoluer. J'avais envie de terrains inconnus. C'est aussi positif de faire l'explorateur que de viser l'excellence.
- Tu cherches un moyen de produire la réédition de Mehr Licht ! avec des inédits d'avant et d'après, mais personne ne sait combien tu en vendras, parce que l'avenir du marché est totalement flou.
- Jamais personne ne l'a su.
- Si, nous, nous savons que nous vendons peu ! Nous avons toujours eu du mal à atteindre notre cible. Sauf qu'aujourd'hui, le marché est devenu flou. Personne ne sait ce qu'il faut faire. Tout le monde est paumé. L'industrialisation de la culture a déséquilibré le système. La dématérialisation des supports ne se fait pas aussi vite que les majors le souhaiteraient tout en la craignant. L'abandon des stocks est une idée plaisante pour un commercial. Mais, après un certain engouement, le public pourrait ne pas suivre et revenir vers des objets, de vrais objets.
- J'ai l'impression que c'est irréversible.
- Pourtant les citadins reviennent à la bicyclette. L'industrie discographique est condamnée dans ses formes actuelle et ancienne. De même que les gens s'éloignent et se rapprochent, je pense que le commerce de proximité va revivre. L'artisanat a de beaux jours devant lui, à condition d'être patient ! C'est la réplique logique à la virtualité, à la mondialisation, à toute cette désincarnation de la relation qui procède selon les mêmes schémas de profit que la dématérialisation. Alors, des artistes comme toi se disent qu'ils pourraient au moins se faire plaisir en réalisant quelque chose, un objet, qu'ils fabriqueraient, composeraient exactement comme ils le souhaitent.
- J'ai proposé à Michel Potage de s'exposer sur le disque. J'étais fou de ses momies. Des bandelettes de terre, de sable, de poussière entouraient des personnages qui n'étaient ni morts ni vivants. Il avait gratté les murs de la maison de sa grand-mère où il vivait, en faisant apparaître toutes les couches, il avait repeint des œuvres par-dessus et étendu une couche de résine.
- D'ajouter trois inédits dont un de ton grand-père a modifié les perspectives de Mehr Licht ! Tu commences avec Le silence éternel des espaces infinis m'effraie où tu joues du bugle.
- J'ai toujours préféré le bugle. On ne pouvait pas gagner sa vie sans jouer de la trompette, dans le bal comme dans le classique. Professionnellement, on est trompettiste. J'aurais aimé être un bugleux. Yves Montand me demandait parfois de prendre mon " beuguel' ", j'étais obligé de lui répéter : " ce n'est pas un clairon... En anglais, cela porte un nom allemand, c'est fluegelhorn".
- Dans la seconde pièce, tu lis une lettre en jouant du piano. Le bugle, ta voix et tes harmonies dessinent un portrait de toi. Ce sont les constantes de ton histoire. Ils forment une bonne introduction aux quatre morceaux suivants qui sont les originaux de 1979 de Mehr Licht !. Tu y joues de la trompette à anche, du dragon, du violon, et les titres semblent sortis de chez Edgar Poe.
- Et Goethe !
- Oui comment traduire Mehr Licht ! pour que l'on ne comprenne pas l'inverse ? "Plus de lumière !"
- En prononçant le s de Plus. Ce sont ses dernières paroles sur son lit de mort. On n'a jamais su s'il voulait fuir l'obscurité de sa chambre ou s'il s'agissait d'une remarque philosophique.
- Après la lettre où l'on entend très bien ton pigeon Youdi Youpi, L'ange du bizarre commence dans ton escalier, rue Charles Weiss, et Le diable dans le beffroi noie ton violon dans une réverbération naturelle.
- Cela se passait en 1979 dans les locaux en construction de l'Ircam, béton nu, avant que cela ne devienne une chambre sourde. Un jeune chercheur américain m'avait enregistré sur un ordinateur. J'ai mixé le violon avec un enregistrement de l'ambiance que j'avais réalisé peu de temps avant à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, le fief des intégristes, à l'occasion de la Fête de Marie, le 15 août, en présence de Monseigneur Léfèvre. Le curé qui m'a donné l'autorisation d'enregistrer dans l'église a inspecté le contenu de la valise du Nagra. Il craignait un attentat. Il m'a invité à boire un verre au café du coin, remplacé aujourd'hui par un Crédit Lyonnais, comme d'habitude. Il était habillé comme un maquereau marseillais des années 30, crâne rasé, costume blanc, chaussures à plateaux blancs, il avait une énorme pierre en pendentif qu'il affirmait lui avoir été donnée par un moine tibétain. Ça a commencé par : "Moi, j'étais aumônier de la Légion..."
- D'où sort La Machine de Marly ?
- Daniel Deshayes a enregistré à Marly le long de la voie ferrée. On entend passer la machine ferroviaire. La Machine de Marly était aussi un immense moulin à aube du XVIIe siècle qui servait à alimenter Versailles en eau. Il était situé sur la Seine entre Marly et Bougival. L'eau remontait la colline jusqu'au château. Je joue avec un merle.
- Tu commences en 1999, passant à 1987 jusqu'en 79 et tout à coup patatras, 1948, tu passes un disque de ton grand-père qui dit du Jehan Rictus.
- Mon grand-père avait un copain dénommé Seigneur, rencontré dans les tranchées de la Guerre de 14, qui avait trouvé un emploi de concierge à l'école Pigier, du côté de la Chaussée d'Antin. C'était au début de l'enseignement des langues par enregistrement sur disque de cire. Il l'a laissé squatter un studio. C'est très important pour moi parce qu'il est venu déjeuner chez nous le jour même avec le disque à la main. La fuite du temps m'intéresse. Ce disque est très réussi pour moi, parce qu'il crée des paradoxes temporels. Les choses sont finies, mais on y revient. Le disque se termine sur l'enregistrement le plus ancien. Un clou ne chasse pas l'autre.

N.B. : Bernard Vitet précise que la réédition de Mehr Licht ! ou plutôt de ce nouvel objet qui reprendrait, entre autres, la totalité du vinyle original augmenté d'inédits et d'œuvres du peintre Michel Potage est un projet encore incertain économiquement. L'écoute du pré-master a généré cet entretien.

mercredi 5 décembre 2007

Rose, 80 ans


Françoise a passé un temps fou à trouver la bonne compression du petit film qu'elle a réalisé pour l'anniversaire de sa maman. Faute d'être tous là, elle avait demandé aux amis et amies passés à La Ciotat depuis vingt ans d'envoyer à Rosette un petit mail pour fêter ses 80 ans. Pour adapter en film cette littérature épistolaire, Françoise a choisi iChat. Dessinant quatre plans se partageant le cadre, le dispositif met en scène tous les protagonistes, y compris YouTube qui imprime sa marque en bas dans le coin. Elle s'y entend pour tourner les moments de vie en fête inattendue. Les réponses se sont précipitées à l'image de l'accueil ciotadin que ses parents ont prodigué à tous les amis de passage. Rosette ne se laisse pas distancer par les nouvelles technologies, nageant dans le bain virtuel comme dans la Méditerranée qui rafraîchit le bas de la colline juste en dessous de chez elle.

mardi 4 décembre 2007

L'aiguillage


Pendant les cours ou les conférences que je donne dans les différentes écoles ont l'ont me fait l'honneur de m'inviter pour parler de mon travail, du design sonore ou des relations qu'entretiennent son et image dans les média audiovisuels, j'ai l'habitude d'annoncer que je réponds à toutes les questions, même les plus indiscrètes, tant pis pour eux ! Je préviens seulement que je ne suis pas Mr Memory, car, tenant à la vie, je ne réponds à aucune question concernant les 39 Marches.
Les questions sont parfois surprenantes, parfois attendues, mais elles font toujours mouche, parce qu'elles sont légitimes, d'une manière ou d'une autre, pour celle ou celui qui les pose. "Pourquoi ?" répète inlassablement l'enfant. Le drame est qu'il réprime ses interrogations lorsque l'école primaire commence à répondre avant qu'il ait eu le temps d'ouvrir la bouche. "Êtes-vous pour ou contre le retour de Bertrand Cantat à la chanson ? Que pensez-vous des jeux vidéo ? Pourquoi l'accordéon est-il considéré ringard ? Les droits d'auteur face au piratage ?" et hier après-midi "Chaque fois que je montre quelque chose dans l'entreprise où je travaille, on me fait supprimer un détail, puis un autre, puis encore, etc. tant et si bien qu'à la fin il ne reste rien de ce que j'ai proposé..."
Ils ont bien compris que j'outrepasse mon rôle, digressant, j'essaie de leur raconter comment ça se passe, ce qui est en jeu, à tous les échelons et dans tous les secteurs de la vie sociale, l'entreprise comme le couple, l'équipe comme la famille, le capital comme le reste... On peut parler chiffres ou chiffons, je recentre toujours le débat sur ce qui nous anime, la passion pour notre travail, notre engagement. Je suis obligé de souligner que l'on a toujours le choix de se coucher ou de résister. Certain(e)s couchent, d'autres pas. C'est une question de personne, qui renvoie à la nécessité de croûter et à l'implication de sa propre démarche. Il n'y a pas de honte à devoir gagner sa vie. On peut aussi l'y perdre. Les choix que l'on prend à l'orée de sa vie d'adulte fonderont l'être en devenir. S'ils veulent résister, je peux seulement leur apprendre à le faire sans trop de dégât. Les relations à son employeur méritent un peu de jugeote. Du oui, mais... à la demande d'explication pour servir au mieux le sujet existe toute une panoplie défensive qui évite le choc frontal. D'autant qu'il n'est pas nécessaire dans la plupart des cas. L'autre a ses propres raisons et doit justifier son salaire en vous cherchant la petite bête. Il y a des façons de lui offrir sans perdre ce à quoi l'on tient. Il y a aussi des limites que notre morale ne peut nous laisser franchir. Savoir jusqu'où on peut aller trop loin est le cadre nous permettant de faire les choix qui nous feront honneur sans se flinguer et se retrouver à la rue. Il fait froid et les queues s'allongent devant la soupe populaire.
La question n'est pas facile, mais elle se pose souvent, elle est même la question. Celle du regard des autres qui ne correspond pas au sien. Besoin de plaire. Nécessité de trouver un compromis qui ne nous fasse pas (trop) souffrir. Jouir. Partager. Incompréhension de ce monde d'abrutis formatés qui nous fait de l'œil. Ceux qui lancent la mode, ceux qui font évoluer les mœurs, ceux qui transforment le monde, n'ont rencontré d'abord que railleries, brimades et croche-pattes. Certains y ont laissé la vie. La liberté d'un artiste est la seule chose qu'il possède, ce n'est déjà pas grand chose, le reste c'est le moule, la grande fabrique des us et coutumes, des règles, des lois... Le plus terrible, c'est que la résistance entretient le système qui sinon s'écroulerait de lui-même. Un comble.
Que je cherche quelle musique coller, quelle charte sonore appliquer ou comment réagir à une situation épineuse, chaque sollicitation embarrassante comme chaque projet réclame une réponse appropriée, la sienne. Question de rigueur, comme d'habitude, la solution nous explose à la figure si l'on veut bien s'y pencher. L'heure est grave, car nos réactions nous poursuivront toute notre vie et détermineront les nouveaux choix, les tournants décisifs que nous devrons emprunter.

lundi 3 décembre 2007

Madame de...


Madame de... est une valse viennoise. La tête me tourne. Mon corps vacille. Le destin est obscur. Saurons-nous l'aborder avec dignité, humilité ? Je pense aux romans d'Arthur Schnitzler. Françoise répond Edith Wharton. Les mouvements amples de la caméra ont l'élégance des personnages. Les avant-plans en amorce renforcent la distance freudienne de notre regard. Ici les miroirs réfléchissent aussi. La lumière de Christian Matras vaporise un voile d'une précision absolue sur les âmes et les objets. Les yeux dans les yeux. Paupières baissées. Un geste. Coup de foudre. La moindre réplique renvoie au décor, à un costume ou à la scène, sans jamais négliger ni les différences de classe, ni les rapports entre les femmes et les hommes. Tout est écrit et tout semble si naturel que nous pénétrons en somnambules les rêves de celles et ceux que filme Max Ophüls. Ses personnages n'ont pas le choix, ils s'enfoncent dans le récit comme nous traversons la vie sans savoir, que lorsqu'il est trop tard...
Les œuvres d'Ophüls sont un ravissement. Je n'en perds pas une bouchée, de l'image comme de ce qui s'y trame, le moindre figurant, les astuces sonores, les cadres de Douarinou, les costumes d'Annenkov, l'époustouflante Danielle Darrieux dans un de ses meilleurs rôles... Ophüls, comme Mizoguchi, fait partie des rares cinéastes mâles à avoir su filmer les femmes en remettant pitoyablement les hommes à leur place, ici Charles Boyer et Vittorio de Sica. Madame de... fut tourné en 1953, entre Le plaisir et Lola Montès, d'après un roman de Louise de Vilmorin qu'adaptèrent Marcel Achard, Annette Wademant et le metteur en scène. L'œuvre est à réévaluer. Max Ophüls figure parmi les plus grands cinéastes français de l'histoire aux côtés de Jean Epstein, Jacques Becker, Jean Grémillon, trop souvent oubliés au profit d'Abel Gance, Jean Renoir ou Marcel Carné. Je ne vais pas citer tout le monde...


Le dvd anglais (zone 2, donc lisible sur un lecteur français) a un bande-son très moyenne (alors que le film lui fait la part belle) et les sous-titres sont insubtilisables, mais l'excellence du film mérite que l'on s'en fiche. Un dvd du Plaisir est également disponible en copie anglaise (Universal), tout aussi épatant et entraînant que Madame de... Ne boudons pas le nôtre, d'autant que l'on devra encore attendre que soit restauré Lola Montès, car voilà plus de quarante ans que l'on ne l'a pas vu avec ses couleurs d'origine.

dimanche 2 décembre 2007

François Tusques et Bernard Vitet, duo permutant


Concert très émouvant vendredi soir à Montreuil où François Tusques jouait en duo avec Bernard Vitet dans le cadre des Journées Approxcinématives "Free Jazz / oreille Cinéma / iconophonies déconstructives ". Bernard, qui ne peut plus jouer de trompette à cause de ses problèmes dentaires, avait apporté sa trompette à anche (une trompette piccolo en si bémol aigu à quatre pistons avec un bec de saxophone sopranino) et son Reggy (un synthétiseur à pad sensitif construit il y a trentaine d'années par son cousin). François tissait une trame de notes grapillées s'enchevêtrant avec les sons électroniques. L'osmose était parfaite, y compris lorsqu'ils intervertirent les rôles, Bernard passant au piano et François au Reggy ! François dit que le synthétiseur produit un peu ce qu'il a toujours cherché, un habile équilibre entre l'écrit et l'aléatoire. Les notes rebondissaient dans tous les sens comme le vacarme des oiseaux virevoltant le soir en essaim, assourdissant tintamarre envahissant certains arbres appréciés par les passereaux, pour une musique naviguant entre free jazz et Ligeti.


Beaucoup d'anciens s'étaient déplacés pour écouter les deux septuagénaires, mais le peu de jeunes gens présents m'appparut angoissant. Je comprends aussi mieux Bernard qui a toujours évité de se retrouver au milieu de ses vieux potes, parce que cela lui "flanquait les moules", les mollusques collés à la proue des navires les empêchant d'avancer. L'âge du public est une question préoccupante. Les musiciens des nouvelles générations s'intéressent-ils si peu à ce qui s'est fait auparavant et à ce qui les a façonnés, souvent malgré eux ? Le concert de vendredi montrait une approche électro tout à fait originale et juvénile qui tranchait avec le tout venant à la mode.
Hier, nous assistâmes à la projection de trois films parmi la somptueuse programmation de Patrice Caillet : Archie Shepp au Panifrican Festival d'Alger avec Alan Silva qui jouait également ce soir, Sunny Murray, Clifford Thornton et Grachan Moncur III, filmés par Théo Robichet en 1971 rappelait l'enracinement du jazz en Afrique et le combat des Black Panthers, ''Don Cherry'', le film de 1967 de Jean-Noël Delamarre, Nathalie Perrey, Philippe Gras et Horace, mettait en scène la face "Peace and Love" de l'époque, et le film sur Un Drame Musical Instantané tourné en 1983 par Emmanuelle K pour la chaîne de télévision pirate Antène 1 montrait la liberté qui soufflait encore alors sur la création...

samedi 1 décembre 2007

Cascade


Je remontais de la librairie du Monte-en-l'air avec trois bédés dans ma gibecière lorsque j'ai trouvé un message d'un de mes anciens étudiants des Arts Décos de Strasbourg dans ma boîte FaceBook. Ouh la la, rien qu'avec cette première phrase je pourrais embrayer sur une demi-douzaine d'articles. Procédons donc par l'ordre d'apparition de ses termes, sans développer pour autant.
1.
Je remontais de la Place de la République où j'étais allé me faire faire de nouvelles lunettes pour ma presbytie galopante. J'en choisis de légères qui ne se voient pas de face, mais apportent une touche de couleur de profil. Comme j'en ai déjà des oranges et des rouges, j'ai pris une paire de violettes à branches jaunes. Le choix de la monture dépend de mon habillement. Si l'on est coquet, il faut savoir soigner les détails, chaussettes, ceinture, mouchoir, etc.
2.
de la librairie du Monte en L'air qui, en juin, avait reçu une visite de la police (sur “signalisation” selon eux) qui venait constater la présence dans sa vitrine d’une affichette annonçant la première réunion du comité de soutien à Lamine Dieng, “mort dans un fourgon de police”, ainsi que d’une affichette “maison” proclamant “Ici on meurt dans des fourgons de police”. Les policiers ont prétexté qu’il était interdit d’afficher de telles choses qui “portaient atteinte à la police”, ont pris des photos et sont repartis avec l’affichette “maison” (j’ai refusé de retirer l’autre, précise Guillaume). Ils m’ont convoqué au commissariat pour une “audition”. J’ai décidé de ne pas m’y rendre pour ne pas prêter le flan à ce qui ressemble fort à une tentative d’intimidation. J’ai affiché ensuite dans ma vitrine la convocation ainsi que le texte suivant : “Ici on convoque le libraire au commissariat de police pour avoir manifesté son soutien au moyen d’une affichette à la famille de Lamine Dieng, mort dans un fourgon de police”.
3.
avec trois bédés : le huitième volume de l'anthologie de Robert Crumb, une nouveauté signée Ulrich Scheel intitulée Les six coups de Philadelphia et le magnifique ACME, quatrième livre de Chris Ware. Comme je n'ai encore lu ni les uns ni les autres, il faudra probablement que j'y revienne, comme sur de nombreuses bandes dessinées conseillées par Guillaume, de Blutch à Johann Sfar en passant par Charles Burnes, Daniel Clowes, Guy Delisle, Dominique Gobbet, Florent Ruppert et Jérôme Mulot. J'ai déjà parlé ici de ceux qui m'ont le plus marqué, les rééditions et nouveautés de Francis Masse, Persepolis par Marjane Satrapi, Kafka par Crumb, Fraise et chocolat d'Aurélia Aurita... Il me semble qu'ACME, dans sa longue robe rouge, noir et or, mériterait que l'on s'y attarde tant l'objet est incroyablement touffu, totalement incongru et aussi imparable que le fut Jimmy Corrigan. Un cadeau pour Noël à tout amateur de BD extra-ordinaire.
4.
lorsque j'ai trouvé un message d'un de mes anciens étudiants : c'est agréable de recevoir de leurs nouvelles et de savoir ce qu'ils deviennent. Thomas Deyriès, dont je reproduis ici une planche extraite de son projet de diplôme, présente un superbe travail avec petit carnet à feuilleter, films d'animation, textes, etc. Il y conjure sa peur de la mort, bon début !
5.
aux Arts Décos de Strasbourg, la section Didactique Visuelle dirigée par Olivier Poncer est un de mes endroits d'intervention préférés. Les élèves sont hyper-motivés, inventifs, créatifs. Que demander de mieux ? Qu'ils trouvent un travail à la hauteur de leur talent lorsqu'ils sortent de l'école ! J'essaie de comprendre comment ils fonctionnent entre eux, ils me donnent des tuyaux sur ce qu'ils aiment, je les écoute...
6.
dans ma boîte FaceBook. Ce site de contacts m'aura permis de retrouver des amis et relations de travail perdus de vue depuis longtemps. C'est un gouffre qui peut vous avaler toutes vos journées si l'on n'y prend garde. Je préfère LinkedIn, plus professionnel, et MySpace, plus catégoriel (les musiciens, en ce qui me concerne). Mon inscription ici et là est d'abord expérimentale. Je commence toujours par jouer le jeu pour comprendre comment cela fonctionne et me faire ma petite idée avant de dégoiser sur le sujet. Ça viendra. J'ai tout de même été happé par le blog !

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