Jean-Jacques Birgé

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mercredi 26 mars 2008

Rabashung


Lorsqu'on écrit une chanson, se pose toujours la question de savoir si l'on écrit les paroles ou la musique en premier. Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. Alain Bashung a l'originalité de mener les deux de front, mais pas ensemble. Il accumule du matériau, et cherche souvent ensuite à rapprocher les unes des autres. Quelles paroles sur quelle musique, quelle musique sur quelles paroles ? Pour ce faire, il bosse l'articulation qu'il soigne plus que n'importe quoi. Il y a là un véritable travail d'interprétation.
Pourtant, je suis déçu par Bleu Pétrole. Le dernier Bashung est sympa, mais pas de quoi grimper au rideau. La voix est belle, mais les mélodies et les orchestrations banales. Je ne suis pas friand de Gaëtan Roussel (des groupes Louise Attaque et Tarmac) qui écrit la plupart de l'album et les reprises de Suzanne de Leonard Cohen ou d'Il voyage en solitaire de Gérard Manset (qui participe aussi à Bleu Pétrole sur Vénus, Comme un Lego et Je tuerai la pianiste) ne sont pas à la hauteur des originaux voire même de la reprise du tube de Manset par Cheb Mami en son temps. Je réécoute les albums Play Blessures, Osez Joséphine, Chatterton, mais c'est vrai que cela fait déjà quinze ans ! J'avais adoré les live du cd Confessions Publiques et du dvd de La tournée des Grands Espaces, mais, que voulez-vous, j'ai chroniquement besoin d'être surpris...
Le logiciel Opendisc présent sur le cd donne aussi accès à des bonus sur Internet, mais pour l'instant rien ne fonctionne encore correctement... Si vous cédez à la tentation, cela se comprend parce que le disque s'écoute tout de même avec plaisir, optez pour la version de luxe qui comprend un magnifique livret et un dvd pour seulement quatre euros de plus. Comme avec Radiohead, l'objet est le meilleur rempart contre le piratage...

Louise Bourgeois, la femme araignée


96 ans et toujours en activité, Louise Bourgeois est exposée au sixième étage du Centre Pompidou pour notre ravissement. Il est amusant de constater les influences ou les coïncidences que son œuvre partage avec les grands courants du XXème siècle, d'autant qu'elle n'adhéra à aucun. Son œuvre est unique, drôle et sévère, psychanalytique et ludique, puissante et provocante... Passé les dessins, les peintures et les sculptures dont ses célèbres araignées (j'ai toujours eu un faible pour les araignées !), nous sommes fascinés par ses lieux de mémoire, les Cellules que l'artiste réalise dans les années 90 (elle est donc née en 1911), installations ressemblant aux pièces d'une maison où viennent s'inscrire de rares objets qui sèment partout une fiction fortement inspirée par son vécu, en particulier ses années d'enfance et sa découverte de la sexualité. Je suis intéressé par les passerelles que les Cellules dressent vers le cinématographe sans pour autant aucune référence filmique. On découvre d'abord l'œuvre monumentale dans son ensemble, on tourne autour (travelling), on s'approche de détails sans y avoir auparavant prêté attention (gros plans qui font soudainement oublier tout le reste, cut), les miroirs disposés dans le décor recadrent les scènes (découpage), on commence à tisser des liens entre tous ces éléments (montage), on y est même plongé corporellement. Ces chambres de bois ciré ou grillagées me rappellent vaguement un Kienholz qui aurait pris ses distances avec son sujet ou une boîte de Cornell dans laquelle nous aurions été rapetissés par Lewis Carroll, à la taille de ses poupées de tissu rose. Les vidéos projetées au quatrième étage du Musée, où se poursuit discrètement l'exposition (ne manquez rien), sont exceptionnelles. Je vous laisse découvrir le reste, c'est jusqu'au 2 juin...