Jean-Jacques Birgé

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mercredi 30 avril 2008

Chansons et jeux d'écoute à l'usage des enfants en route pour les vacances


Depuis la semaine dernière, j'enregistre des chansons pour la Prévention Routière avec Michèle Buirette. Nous avons reçu commande de trois comptines et de trois jeux d'écoute pour que les marmots se tiennent correctement à l'arrière et fichent la paix à leurs parents lors des prochains grands départs pour les grandes vacances. C'est très sympa à faire et il y avait longtemps que je n'avais rien réalisé avec Michèle qui, non seulement compose de très jolies mélodies, mais s'est mise à écrire des textes depuis peu, avec beaucoup de talent ! Elle colore mes orchestrations de son nouvel accordéon et, de mon côté, j'ajoute des petits bruitages. Si les chansons abordent la sécurité en voiture dont l'incontournable ceinture, j'ai eu l'idée d'ajouter une petite leçon de code de la route qui sensibilisera les enfants aux règles élémentaires de la conduite. Cela ne peut pas faire de mal tant les conducteurs, en France, respectent de moins en moins les usages. La voiture est trop souvent une arme qui sert de défouloir. N'ayant plus aucun plaisir à conduire une automobile, je me suis rabattu sur la bicyclette qui oblige à rester zen au guidon sous peine de ne pas revenir entier. Là, nous avons choisi de rester légers et de ne pas être trop plan-plan... Pour les jeux, j'ai pris plus de distance avec le sujet en choisissant plutôt d'occuper nos petits avec des jeux d'écoute qu'ils puissent se repasser plusieurs fois sur leur baladeur ou sur le système audio de l'automobile. La gageure était d'inventer des chansons qu'ils aient envie de réécouter souvent et des jeux qu'ils n'épuisent pas après leur découverte. Reconnaître des sons, des ambiances, mais aussi les pousser à rêver, à prendre des distances avec les sujets pour se faire leur propre cinéma. Les fichiers son seront à télécharger en mp3 sur Internet...
On apprend beaucoup plus de choses qu'on ne le croit en travaillant sur des commandes comme celle-ci. Il faut à la fois faire preuve de simplicité et donner de la profondeur aux objets, passé la première approche. Travailler pour des enfants, comme je m'y employai avec le Drame (les chansons de Crasse-Tignasse traduites par Cavanna, éditées en leur temps par Auvidis) ou dans la quantité de CD-Roms dont j'ai parlé hier, ou bien comme le fit souvent Michèle avec le trio Pied de Poule pendant dix ans et ensuite avec des conteurs et des conteuses, est un pari sans échappatoire. Si les enfants n'accrochent pas, on ne peut invoquer aucune bonne raison qui nous rassure. C'est un public exigeant qui vous renvoie facilement la balle lorsque ça leur plaît. Pas question de faire des trucs bêbêtes en leur mâchant le travail ! Il faut avant tout stimuler leur imagination et les faire rigoler lorsque cela s'y prête... Les adultes sous-estiment trop souvent la capacité des enfants à comprendre et à rêver. À suivre.

mardi 29 avril 2008

Vivre debout


Long échange de commentaires à propos de la photo des soldats chinois portant dans leurs bras une toge de moine bouddhiste, frauduleusement légendée.
Hier, un lecteur écrivait : " Faut tout de même se méfier de tout et en ce siècle où le virtuel est roi, nous n'avons même plus d'infos qui nous permettent de nous faire une idée sur quoi que ce soit ! ! ! . . ."

En effet, ce n'est pas facile.
Mais si les informations ne sont pas fiables, nous avons une culture, nous avons une histoire, nous en portons les traces. Les leçons de l'histoire sont inestimables. C'est pourquoi nous devons nous souvenir aussi loin que cela est possible. Nous possédons aussi des clefs. L'une d'elles est la question "à qui profite le crime ?"
Une autre est la solidarité. Rien ne se fera si nous sommes isolés. Nos biens ne nous appartiennent qu'à tous. Pas seulement à l'espèce humaine, mais à tout ce qui vit. Et cela ne peut hélas se passer seulement dans la paix. Parce qu'en face, la lutte bat son plein.
Le virtuel est volatile, ce ne sont qu'apparences. Si nous existons, nous devons le faire sentir à ceux et celles qui nous entourent. "Pourquoi ?" est une troisième clef. Il y en a bien d'autres. Baisser les bras nous est interdit. Si l'exploitation de l'homme par l'homme n'est pas une invention récente, la résistance est aussi ancienne...
Et la vigilance s'exerce jour après jour. Sans relâche. Pas seulement avec des idées, pas seulement dans les actes, mais en réapprenant à respirer, à voir, à écouter, à toucher...
Heureusement la vie est longue. Cela nous laisse le temps de faire quelques pas.
Heureusement elle est courte. Et tout cela n'a que peu d'importance en regard de l'univers.
Ce n'est pas une raison pour être complice de la stupidité et de l'horreur.
Quel boulot !
Mais quelle satisfaction de vivre debout...

lundi 28 avril 2008

Le trou noir de la création numérique


Dimanche, jour de repos pour les uns, de rangement pour ma pomme ! Celle de Steve Jobs a rendu incompatible ma collection de CD-Roms, une vraie misère de ne plus pouvoir regarder toutes ces œuvres admirables que les systèmes actuels ont éjecté avec l'arrivée du XXIe siècle. Certains PC les lisent peut-être encore, enfin, certains PC, certains CD-Roms, rien ne marchant plus comme lors de leur création.
En montant tout dans les archives, j'ai vu passer Les machines à écrire d'Antoine Denize d'après Perec et Queneau (j'adorais son générateur aléatoire de langue de bois et sa version informatique de 100 000 milliards de poèmes nettement plus manipulable que l'original en papier découpé), Immemory de Chris Marker (un des rares CD-Roms qui rendaient intelligent), les petits Reactive Books de John Maeda (qu'on a tous copiés, puis achetés, pour finir par en faire cadeau à tous les amis) et toute la collection Digitalogue qui s'arrêta le jour où Monsieur Enami entra dans le comas, celle de Voyager stoppée faute du succès qu'auraient mérité Puppet Motel de Laurie Anderson (le modèle qui m'a donné envie de créer Carton) ou Maus d'Art Spiegelman (il suffisait de cliquer sur une image de la célèbre BD pour qu'apparaissent par couche les ébauches progressives, plus les entretiens audio avec son père et les reportages vidéo en Pologne), les provoquants Ambitious Bitch et Son of a Bitch de Marita Liulia, les délires colorés initiés par Peter Gabriel, l'Encyclopédie de l'Art Moderne et Contemporain, le travail graphique d'Etienne Mineur pour Freud, les innombrables CD-Roms sur la musique tels La musique électroacoustique d'Olivier Koechlin pour le G.R.M. (dont les applications me sauvèrent plus d'une fois ; Olivier m'apprend qu'il existe une version OS X), Les musicographies de Dominique Besson, Audiorom, PoPoRon, Small Fish, et puis les jeux pour les enfants (tous les Oncle Ernest d'Eric Viennot, Le Maître des Éléments, etc.).
J'en ai au moins deux cents qui sont partis dormir à la poussière, sans compter les miens (Carton et Machiavel que j'ai produits, Alphabet porté de justesse en OS X comme Domicile d'Ange Heureux avant que dadamedia ne disparaisse cavalièrement) et tous ceux dont j'ai composé la musique (mon premier, Au cirque avec Seurat, Sethi et la couronne d'Égypte, la collection des Bonhommes et les dames, Le grand jeu...) ou réalisé le design sonore (le DVD-Rom du Louvre, tous les Cahiers Passeport, la collection Fenêtre sur l'Art, etc., etc.).
Jamais la création interactive ne fut si inventive que sur le support du CD-Rom. Qu'adviendra-t-il de tous ces trésors ? Un petit malin fabriquera-t-il un émulateur d'OS9 avec réglages adaptés aux versions antérieures ? Un éditeur saura-t-il récupérer toutes ces œuvres en sommeil en les portant sur de nouvelles plate-formes ? Ou bien tout cela finira-t-il avec le reste de ce que nous fabriquons aujourd'hui, dans les poubelles de l'Histoire, faute d'être capable de préserver notre patrimoine ? Nous jouons la carte de la vitesse au détriment de la qualité. Dès qu'un marché est saturé, nous fabriquons de nouveaux appareils qui rendent caducs les précédents. Le parc doit se renouveler rapidement pour engrosser le Capital. Comme toute notre époque, nous disparaissons dans le trou noir que génère le profit, moteur stérilisant (de) nos vies.

dimanche 27 avril 2008

Cybergym chez soi avec la nouvelle interface pour la Wii


Avec un mois et demi de retard, Françoise a enfin reçu son cadeau d'anniversaire par la poste. On ne pouvait ni déplacer sa date de naissance, ni la sortie française de la Wii-Fit, la nouvelle interface Nintendo pour la console Wii (joli jeu de mots anglophone qui sied aux pieds, fit to feet) associée à toute une batterie d'exercices physiques sérieux et de jeux amusants. J'imagine que toute la presse va sauter sur le sujet, alors j'ajouterai seulement que l'objet convient parfaitement à ma compagne qui se tortille dans tous les sens pour faire des têtes à un ballon de foot, slalomer entre des piquets, danser ou faire tourner un hulla-hoop. De mon côté, ayant tenté le yoga, les pompes et la marche sur le fil, je me pose la question du danger que peut représenter cette gymnastique si l'on est sujet à la coincette ? Il serait plus prudent de faire vérifier l'opportunité de tous ces exercices par un ostéo connaissant mes fragilités avant de me casser en deux sur les conseils de mon "entraîneur" robotisé. Si le fabricant recommande une pratique quotidienne de l'objet pour retrouver sa vigueur de jeune homme, un corps d'athlète pour les uns, plus de souplesse pour les autres, il est certain que la partie ludique provoquera une bonne dose de rigolade en société. La Wii-Fit serait véritablement géniale, s'il n'y avait pas cette musique débile qui accompagne tous nos mouvements. Nintendo devrait sérieusement se pencher sur le problème, en proposant un choix d'accompagnements et en permettant de couper la musique tout en conservant le reste des informations sonores... Je ne sais pas comment joindre les concepteurs, mais les interfaces Nintendo mériteraient un véritable travail de design sonore adapté à cet objet sur lequel des millions d'utilisateurs vont passer des heures en se farcissant une daube répétitive abrutissante. Toute son ergonomie sonore reste à inventer. Bel enjeu !

samedi 26 avril 2008

Professor Bad Trip


Si Franck ne jouait pas ce soir au Zebulon de New York avec l'accordéoniste Andrea Parkins, il serait venu écouter l'interprétation de Professor Bad Trip par l'Ensemble Intercontemporain à la Cité de la Musique. Vigroux m'a fait connaître l'œuvre de Fausto Romitelli comme les étudiants de l'Ircam m'avait parlé de Sciarrino six ans plus tôt, le soir mémorable où j'ai rencontré Françoise aux e-magiciens de Valenciennes. Lorsqu'ils ne sont pas versés dans les sempiternels revivals, ce que les plus jeunes écoutent est toujours riche d'enseignement. J'avais noté la date en septembre et nous y voilà !
La première partie réunit l'enivrant Steve Reich avec Eight Lines et le conventionnel Philippe Hurel avec son concerto pour piano, Aura. Si Reich continue de nous donner le vertige en nous entraînant dans les méandres de la musique répétitive, Hurel nous laisse de marbre malgré son intéressant travail sur les quarts de ton. Musique bourgeoise de rigueur : comme la plupart des compositeurs dits "contemporains", par son acceptation surannée de la modernité, il la caricature en défendant les attributs de la classe sociale qui l'a engendré(e). Entr'acte.
Françoise remarque qu'elle a rarement entendu un compositeur contemporain aussi contemporain que Romitelli, et Sylvain Kassap de renchérir en insistant sur la réécoute indispensable de la version discographique de Professor Bad Trip par l'Ensemble Ictus, dont le répertoire correspond mieux au génial italien disparu en 2004 à l'âge de 41 ans que l'E.I.C. C'était tout de même amusant de voir Pierre Strauch s'escrimer au violoncelle électrique fuzz aux côtés de Vincent Segal à la basse, le seul de l'orchestre à oser hocher la tête ! Des trois leçons de Romitelli, la dernière laissa la mieux transparaître la magie de son art, mélange réussi de toutes les musiques "contemporaines ", au sens propre cette fois, au sein d'un langage et d'une syntaxe parfaitement maîtrisés. Les trois cordes, les trois vents, le piano, la percussion y côtoient la guitare et la basse électriques comme la bande électronique sans que cela choque à aucun moment. Romitelli se permet même de faire jouer du kazoo et de l'harmonica miniature à ses interprètes. Tout coule de source, même si c'est celle du Styx.
Pendant le concert, je scrute la salle et constate à quel point elle est éclairée. Généralement, on la noie dans le noir pour focaliser l'attention sur la scène. Dans les concerts de rock, de jazz ou de variétés, on sent bien que ça remue, on n'a pas besoin de souligner sa présence par l'image. Rien à cacher, tout le monde se tient bien. Franchement, même si c'était une belle soirée, cela manquait furieusement de soufre.

vendredi 25 avril 2008

Je fais l'article


Bon d'accord, je vais dire du bien d'un magazine bimestriel auquel je coopère régulièrement... À chaque numéro, j'écris quelques mots sur des disques qui m'ont accroché, j'envoie un coup de projecteur sur un album qui m'a particulièrement remué et parfois je rédige la chronique d'un dvd. J'essaie d'élargir le champ du canard qui est déjà grand ouvert. Les articles de fond abordent souvent les années 70, avec nombreux dossiers consistants sur des musiciens inventifs parmi lesquels le rédacteur en chef, Frédéric Goaty, a des chouchous comme Prince, Led Zeppelin, Frank Zappa, Björk, Stevie Wonder ou Jimi Hendrix. J'ai défendu, sans que ça coince, des trucs improbables dans un magazine de musique populaire, tels les films des Straub sur Arnold Schönberg, celui de Greenaway sur John Cage ou d'Elsa Dahmani sur Le Vrai-Faux Mariage de La Caravane Passe, les entretiens d'Edgard Varèse, les disques de Michel Magne, Scott Walker ou Steve Nieve... J'essaie surtout d'évoquer des trucs pas évidents ou qui risquent de passer à la trappe faute de budget promo suffisant.
Le numéro 14 qui vient de sortir est divisé en trois grandes parties, un dossier sur Serge Gainsbourg, un autre sur le rock progressif, réuni par Anne Ramade, pour lequel j'ai interviewé le camarade et "petit fils Ubu" Robert Wyatt, et la section "blogs" où, les uns et les autres, nous faisons partager nos coups de cœur (les nouveautés exclusivement) aux nombreux lecteurs. Ce qu'il y a de sympathique ici, c'est que Muziq ne parle que de ce qu'il aime et évite de dégommer les trucs qui l'ennuie. On est loin des donneurs de leçons qui sévissent dans la concurrence... Puisqu'ici nous sommes entre collègues ! Comble de l'affaire, il y a pourtant de quoi apprendre : je ne connais souvent pas la moitié des artistes et des disques dont parlent les autres chroniqueurs. La plupart sont des puits de science et certains d'entre eux d'excellentes plumes. Je me demande comment ils font.
Comme je lis souvent les quotidiens dans mon bain et les revues au cabinet, mon système de référence pour juger de la qualité d'une publication et de la quantité d'articles à lire est le nombre de cacas. Un truc qui me tombe des mains fait un caca. Un journal sérieux me tient bien une semaine. Le Monde Diplo est inépuisable sans avoir une intoxication alimentaire. Muziq fait partie de la seconde catégorie, on peut y rester une heure, ce qui est, somme toute, assez rare ! J'aurais pu d'ailleurs appeler ce billet "Comment allez-vous ?" puisque étymologiquement c'est de cela qu'il s'agit, la fin de la phrase étant "... à la selle". Et bien, ces jours-ci j'y vais avec Muziq et c'est passionnant.

jeudi 24 avril 2008

L'air conditionnel


Depuis que l'ANPE s'est installée un peu plus haut dans la rue, un énorme bruit de soufflerie sort des grilles du spacieux garage qui jouxte leurs bureaux. La nuit, on dirait le son d'un groupe électrogène fonctionnant sans interruption. Comme je leur rends visite, le directeur a l'amabilité de me montrer leurs nouveaux locaux tous beaux tous blancs avec passerelles et escaliers de métal clair. Mais la lumière zénithale qui tombe de la verrière les "oblige" à recourir à l'air conditionné et c'est là que le bât blesse. L'architecte a fait sortir les énormes tuyaux carrés au rez-de-chaussée, orientés vers le trottoir de manière à ce que toute la rue en profite, la cavité du parking jouant le rôle de caisse de résonance, particulièrement "pompant" la nuit, allez savoir pourquoi. Mon guide n'en sait pas plus, car contrairement aux Assedic qui sont très riches (dixit), les ANPE ne peuvent acheter leurs locaux et les agences sont toutes locataires.
L'air conditionné est un système choquant tant il est gourmand en énergie dans notre époque de gaspillage et de pollution généralisée. J'ai pris la photo à Bangkok depuis la fenêtre de notre hôtel qu'il était impossible d'ouvrir sous peine de ne plus nous entendre. Si j'avais photographié la vue de notre chambre à Manhattan, les appareils auraient été mieux agencés, mais le vacarme aurait été le même. De grandes orgues s'y élèvent vers un ciel invisible en faisant vibrer les façades arrière des gigantesques buildings serrés les uns contre les autres. Leurs fenêtres sont simplement condamnées, comme nous-mêmes à respirer cet air filtré et malsain, au risque de nous prendre pour de vieux légionnaires cacochymes. Ici repose. Dans le monde entier cette folie se développe, sans souci des dégâts écologiques que cette lubie produit.
À New York, par exemple, on crève de chaud l'hiver et on ressort frigorifiés l'été. Le choc thermique aura raison de notre corps si l'on avait résisté à la pollution de l'air. Il faut se trimballer avec un pull-over en pleine canicule, des fois que l'on ait besoin d'entrer faire ses courses dans un magasin ou envie d'aller se payer une toile, et en plein hiver, il vaut mieux choisir des vêtements chauds et légers que l'on pourra ôter et porter sur le bras dès que l'on devra pénétrer où que ce soit. En Asie comme en Amérique, l'été on gèle dans les taxis comme dans le moindre immeuble un peu cossu. L'hiver on dégouline de sueur. Pas moyen de couper la clim' et d'ouvrir la fenêtre tant le bruit est assourdissant ! Les allergiques à ce système abusivement exploité sont donc condamnés à ne pas fermer l'œil de la nuit, dégoulinant dans leur jus puisque les ventilateurs plafonniers ont le plus souvent été envoyés à la décharge. Tant d'absurdité et de gâchis sont consternants. Encore une des manifestations qu'il est coutume d'appeler le progrès.

mercredi 23 avril 2008

Ce soir à 22h sur France Musique, le concert avec Donkey Monkey


Après leur découverte, la sortie de leur disque, notre répétition au Studio GRRR, le fly du concert au Triton et les remarques que m'inspirèrent la rencontre avec les deux musiciennes, je repasse une dernière couche de Donkey Monkey avec la retransmission ce soir à 22h sur France Musique dans le cadre de l'émission À l'improviste. Il semble même que l'on puisse réécouter la chose sur le site de Radio France pendant la semaine qui suit ! Les extraits sont entrecoupés de quelques échanges de propos, mais tant les filles que moi-même ignorons la nature des extraits choisis par Anne Montaron.
En exclusivité absolue, voici un petit extrait du même concert enregistré cette fois par Jacques Vivante. Il s'agit là du mixage "salle". Passionnante comparaison entre les deux prises de son, celles de France Musique et celle du Triton. Ici, la batterie de Yuko Oshima est évidemment plus lointaine, mais le piano d'Ève Risser beaucoup plus précis. Dans cette improvisation sur blues nippon, je fais passer ma voix et l'harmonica dans le H3000 pour produire les sons électroniques. De quoi vous mettre l'eau à la bouche ?



La suite ce soir mercredi à 22h !

Post Scriptum : l'émission est en ligne pendant une semaine sur le site de France Musique. Cliquez là.

mardi 22 avril 2008

La zappette qui rend fou


Je suis suffisamment crevé pour taper mon billet allongé dans mon lit avec l'ordinateur brûlant sur le ventre. Je sens bien que c'est malsain. Ça me fait mal au coccyx et la chaleur dégagée par le MacBook est très désagréable, mais je ne suis plus à ça près. J'ai passé deux après-midi à m'escrimer sur la télécommande universelle censée remplacer les huit zappettes du premier étage. Je ne compte pas les quatre du salon ni celles du studio ! Hélas, pour l'instant, la mise en fonction est beaucoup plus pénible que le numéro de jonglage. J'ai fait cette acquisition pour permettre à Françoise et à nos invités de se servir du matériel audiovisuel, car, même avec le mode d'emploi de la maison, la tâche est devenue insurmontable. La conformation de l'Harmony 1000 est pourtant extrêmement compliquée et je ne comprends pas comment une personne "normale" peut réussir l'opération. Expert en débugage à la pomme, la difficulté rencontrée m'apparaît paradoxale pour un objet conçu pour faciliter les choses à l'utilisateur lambda. Logitech a néanmoins installé un protocole savant, tant technologique que humain, pour aider les chanceux utilisateurs. De quoi tout passer par la fenêtre. La base de données a répertorié 1700 appareils, mais je dois tout de même envoyer je ne sais combien d'informations infra-rouges à l'objet rêvé. Pour l'instant, ce n'est pas très concluant, la télécommande universelle (300 euros chez Amazon) s'évertuant à produire des comportements fantaisistes à mes appareils. Après des heures d'acharnement thérapeutique et quarante-cinq minutes avec la Hotline, patiente et diligente, je dois attendre que les techniciens niveau 2, ceux qui savent tout mais à qui on ne peut jamais parler, me postent un mail qui m'annoncera qu'ils ont tout programmé à distance à ma place. En voilà une performance ! Si ça marche, je promets de vous le signaler, parce que ça vaudra vraiment le coup. D'un simple geste du doigt sur l'écran tactile, les appareils engagés dans tel ou tel processus (regarder un dvd ou la télé, enregistrer un film ou écouter la radio, etc.) s'allumeront tous en chœur, se connecteront automatiquement sur les bons ports, sélectionneront le bon canal, tandis que tous les autres resteront éteints. En attendant, je vais jeter un coup d'œil à la fuite d'eau de la cave, un exercice tellement plus simple et moins douloureux que de s'arracher les cheveux avec les merveilles que le progrès nous apporte... Aujourd'hui, exercices de relaxation avec pliage d'un pupitre, déploiement d'un transat et ouverture d'une boîte de sardines, cauchemars psychomoteurs largement détrônés par l'informatique domestique !

Post Scriptum : quatre jours plus tard, je passe presque deux heures avec un technicien Niveau 2 qui m'aide à configurer avec succès la zappette infernale. Le numéro de la Hotline est gratuit, heureusement car tout se passe en direct de Toronto, comme lorsque l'on appelle Apple et que l'on est en ligne avec l'Irlande. Sauf qu'Apple fait payer ses à peu près... Après ma première réaction de dépit, je me devais saluer le professionnalisme de Logitech.

lundi 21 avril 2008

... ou ne me demandez pas pourquoi


"Oh, ben ça alors !" Les mots sont sortis de ma bouche sans que je comprenne ce qui arrivait. Les fleurs, trop lourdes, ont fait basculé le pot qui s'est brisé en atterrissant. J'aimerais savoir reconstituer l'amarylis comme Cocteau sauve la fleur d'hibiscus, vedette de son film Le Testament d'Orphée... ou ne me demandez pas pourquoi, en rembobinant celui de la catastrophe, mais je ne suis pas encore assez "expert en phénixologie". "Qu'est-ce que cela ?" demande le poète. "C'est la science qui permet de mourir un grand nombre de fois pour renaître" répond Cégeste. "Je n'aime pas cette fleur morte" se plaint le poète devant la tige coupée. "On ne ressuscite pas toujours ce qu'on aime..."

dimanche 20 avril 2008

Enfin du sens dans une installation multimédia !


La merveilleuse visite de l'exposition des installations en relief réunies à La Bellevilloise justifie le billet rageur que j'ai écrit sur la soirée de lancement des Rendez-vous du Festival Nemo, tant le choix des films présentés à l'Élysées Biarritz était fortement dissuasif et peu représentatif des vrais trésors que recèle la cuvée 2008.
Nous avons chaussé les lunettes polarisantes, gravi trois marches et nous voilà sur la passerelle qui surplombe le fleuve où n'en finit pas de passer un immense pétrolier dont la taille démesurée me fait irrésistiblement penser à la phrase de Tex Avery "Very long, isn't it ?" et au film Marée noire de Samuel Sighicelli vu jeudi soir. Des différentes séquences qui se succèdent sur les deux écrans posés horizontalement sous nos pieds de chaque côté des planches que nous faisons doucement grincer, nous retenons surtout l'époustouflante plongée sur ceux qui vivent dans la décharge à ciel ouvert, une Ile aux fleurs vénézuélienne. La lenteur des mouvements de la caméra nous laisse le temps de les détailler, d'échanger un regard lorsque l'un d'eux lève la tête vers la caméra, d'apprécier qu'au delà de la beauté plastique des formes il y a une histoire, terrible et brutale, qui n'efface pas les sourires des petits bonshommes qui vivent sous nos pieds. La scène rappelle à Nicolas les maquettes de train électrique de notre enfance tandis que je plane au dessus de cet aquarium où se meuvent ces hommes-fourmis destinés à la mort. Rupture d'espace, l'installation vidéo en relief de Sabrina Montiel-Soto et Fabrice Croizé, sous-titrée Vision en 3D et en plongée d'une décadence attendue (site), nous requinque après l'usure habituelle de tant d'œuvres insipides. Ses séquences cinématographiques n'auraient pu être montrées autrement que dans le cadre de ce dispositif scénographique, le relief participant au vertige des écrans en contrebas. La création sonore de Thomas Giry et Arnaud Riedinger accompagnant l'immersion dans ce monde à la fois poétique et politique est suffisamment sobre et intelligente pour absorber les bruits discrets des visiteurs ou le battement cardiaque d'une autre installation exposée dans l'espace obscur de La Bellevilloise.


L'autre morceau de choix est la rénovation de World Skin, probablement l'œuvre la plus intéressante de Maurice Benayoun. Le "safari photo en pays de la guerre" où les visiteurs jouent leur rôle de touristes en se laissant absorber par l'écran interroge le statut des journalistes au milieu des conflits. L'un après l'autre, nous arpentons la scène des crimes avec un joystick wi-fi ou prenons les clichés photographiques, effaçant les cadres en les remplaçant par un éclair blanc. Cette œuvre immersive de 1997 a, de plus, le mérite de faire jouer ensemble deux visiteurs auxquels sont anecdotiquement offerts des échantillons de ce qu'ils ont shootés.
Bump it de Bertrand Planes est une intéressante anamorphose vidéographique qui transforme un mobilier blanc en voyage historique des couleurs possibles qu'un projecteur peint habilement. Un sympathique clip à bord d'un train sillonnant une ville qui semble construite de papiers découpés, jeu de cubes rythmé par une musique techno de percussion en bois, boucle ce petit panorama réussi de la 3D.
Si vous vous demandiez quoi faire aujourd'hui dimanche à Paris, c'est tout trouvé !

samedi 19 avril 2008

Enième discours de la méthode


Les jantes d'hier matin ont fait place aux rotules, et toujours pas moyen de récupérer. L'enregistrement s'est passé comme sur des roulettes, une partie de plaisir. Avant l'arrivée de l'équipe, j'avais installé le studio en préparant toute une panoplie de claviers. Je fais le tour de mes programmes de synthé et note les numéros des uns et des autres qui pourraient convenir à l'ambiance requise : contemporaine, sobre, élégante, évidemment surtout pas angoissante, ni lyrique ni dramatique. Je vais de plus en plus vite, comme on feuillette un album ou comme on bat les cartes, frrrrrrrout ! Un après-midi, j'avais rencontré le réalisateur Richard Hamon, le producteur-chef opérateur Christophe Bidot et Valéry Faidherbe qui monte le film et m'en a envoyé une version la nuit précédente par Internet, un point c'est tout. Mais j'avais eu le temps d'y réfléchir ou, plus certainement, le temps avait fait son travail, sans que je m'en préoccupe. Je crois que surtout j'avais bien accroché avec eux. On n'est jamais si efficace que lorsque l'on se sent en confiance et qu'on estime les personnes à qui l'on a affaire. On se comprend : je traduis leurs mots qu'ils soient évasifs ou précis, j'écoute leurs réticences, leurs doutes, leurs enthousiasmes, leurs soulagements, ils ne sont pas si différents de ce qui tombe sous mes doigts lorsque j'improvise la musique au fur et à mesure des séquences, mélange de surprise et d'évidence. Tout s'enchaîne sans problème jusqu'au générique de fin où je bloque un moment. Il faut toujours qu'il y ait un passage qui coince. Ce serait trop simple. On polarise tout à coup ses incertitudes. Quand le courant passe, on se sent aidé et la paranoïa n'a pas de prise...
J'enregistre sur plusieurs pistes et je place les sons au fur et à mesure avec un bip au début pour recaler l'ensemble au montage. Les délais sont évidemment au plus serré, comme souvent dans ce genre de commande où les clients prennent trop de temps pour valider chaque étape. C'est l'inconnue, mais le paramètre est au moins de leur responsabilité. Cela n'empêche, c'est sur nous que repose le respect du planning. Je regarde l'image du coin de l'œil tandis que mes doigts font semblant d'obéir à ma tête. La première prise, comme d'habitude, est la bonne. L'exercice consiste à reconnaître quand est censée poindre cette première prise : entre la recherche des timbres, celle du phrasé, les notes correctes, le sentiment qu'on va l'avoir, il faut savoir dire "on la tourne" juste avant d'être au point. Marche sur le fil, avec ombrelle.
Je suis entouré de possibles. J'ai donc exhumé le PPG, mon vieux synthé en tables d'ondes dont j'utilise le clavier préparé (si je tape sur la même touche, ce n'est pas la même note qui se répète, mais une séquence, alors les phrases ont un petit quelque chose d'aléatoire et dans le même temps de mâché), sa finesse et sa transparence me font penser à de la crème Chantilly, du luft, de la légèreté, comme on chante sans ouvrir la bouche... Pour les percussions contemporaines, je me sers d'une petite panoplie sur GarageBand. Le reste est un mélange d'orgues baroques du JV, de claviers percussifs du V-Synth et du VFX (coloration de pierre), d'échantillons de cloches tubulaires construites par Bernard et de réinjection dans un de mes programmes préférés du H3000, toute une cuisine concoctée au pupitre de quatre claviers en temps réel.
Pour accompagner ce film sur le collège des Bernardins, j'ai marché toute la journée sur des œufs. Il s'agissait de donner la perspective historique du passé, huit siècles en arrière (le bâtiment est magnifique) et de proposer une lecture futuriste du travail architectural de Wilmotte et du projet œcuménique et intellectuel, évidemment sans faire grincer de dents avec des dissonnances "angoissantes" ni de mélodies automatiquement connotées variétoche. À la fin de la journée, on est toujours surpris d'entendre comment tout se tient, dix minutes au total, pour un résultat musical auquel je ne m'attendais pas, mais qui répond exactement à ce que j'imaginais.
Jusque tard dans la nuit, je m'achève avec une stimulante pendaison de crémaillère boulevard de Ménilmontant où une centaine de jeunes gens nous redonnent la pêche au son des guitares, du piano, de la contrebasse et des chants tziganes.

vendredi 18 avril 2008

De l'énergie jusqu'à la marée noire


Les retours sur les chapeaux de roues ne laissent pas beaucoup de temps au blogueur fou pour faire son travail. Les journées n'ont que 24 heures et mon sommeil est déjà réduit à sa plus simple expression. Je devrais y arriver. L'enthousiasme est mon principal carburant.
De bon matin, je porte le PPG à réparer à cause de ses touches bloquées et de ses amnésies : miracle, mon vieux clavier n'a pas perdu la mémoire depuis la dernière fois que je l'ai rechargé. Dierstein m'explique qu'il faut que je le laisse allumé une fois par semaine si je ne veux pas qu'elle s'efface. Même chose avec tous les appareils dont les programmations sont mémorisées grâce à une pile. C'est comme les magnétophones qu'il faut faire tourner régulièrement si l'on ne veut pas que la graisse se fige et que tout tombe en rade. Je ne le fais pas. Il le faudrait.
Je fonce ensuite chez Orange acheter la clé USB 3G+ avec un “Pass Internet Everywhere sans engagement" (la promo s'arrête mercredi). Bizarres ces noms anglophones pour un produit local... J'ai une idée derrière la tête et je suis ravi de pouvoir enfin me connecter où que ce soit avec mon MacBook. Deuxième miracle, cela fonctionne comme je le souhaitais.
Rentré à Bagnolet, je reçois le comité éditorial du Journal des Allumés. Nous préparons deux numéros de front pour la rentrée automnale : un "normal" (comme si cela existait !) et un "spécial" (ce qui signifie qu'il donnera deux fois plus de boulot !). Nous pensons valoriser le fond de plus de 1000 références plutôt que de toujours mettre les nouveautés en avant. 100 cd à 10 euros chaque, ce serait bien. Gros travail éditorial en perspective.
Le soir, je retrouve Françoise et Franck au Studio Sphota où est présenté Marée Noire, le spectacle de Samuel Sighicelli, avec vidéo, musique électroacoustique en quadriphonie et textes lus par son frère David. Pipelines, plateformes offshore, le liquide noir va recouvrir l'océan. Il s'enflamme en saignant le cœur des hommes. Contrechant du styrène, l'hymne cède la place à l'oraison funèbre. Hier soir, la folie de l'or noir était encore à un taux jamais atteint.
Tard le soir, je récupère mon vieux synthé. Aucun appareil n'a jamais égalé le PPG dans sa transparence et ses effets de perspective sonore. Nettoyé, il a rajeuni de trente ans. J'avais oublié la souplesse des touches tant les "bushings" étaient tassés comme les amortisseurs d'une vieille guimbarde. Cela me démange de m'en servir pour la musique du film que je dois enregistrer aujourd'hui pour le collège des Bernardins...

jeudi 17 avril 2008

Une fleur et un pavé


Je m'étais promis de ne rien écrire avant le 10 mai, date anniversaire en ce qui me concerne et j'y reviendrai le jour dit. Mais après avoir regardé la soirée "Mai 68" sur Arte mardi soir, j'ai eu envie d'apporter un petit commentaire. En première partie de soirée, deux films intéressants y étaient astucieusement programmés, on peut encore les regarder sur Arte.tv en V.O.D. Il s'agissait d'un documentaire sur l'expérience scolaire de Vitruve (En mai fais ce qu'il te plaît de Stéphanie Kaim) et le second sur le festival de films pornos Wet Dreams en 1971 à Amsterdam (Jouissez sans entraves d'Yvonne Debeaumarche). La confrontation des images tournées par Geneviève Bastide lorsque les élèves avaient huit ans et celles des protagonistes quarante ans plus tard est passionnante, l'expérience de responsabilité / créativité des enfants et les difficultés de réinsertion qui s'en suivirent soulèvent une question qui a fortement marqué les parents issus des rêves de 68. La libération sexuelle est abordée avec les mêmes pincettes en ce qui concerne les paradoxes que cette autre expérience a générés. Le choix des deux invités de Daniel Leconte n'était par contre pas à la hauteur, en l'occurrence Bettina Röhl, fille d'Ulrike Meinhof et Klaus Rainer Röhl, devenue réactionnaire jusqu'au bout des ongles et révisionniste pathologique, d'une part, et de l'autre le consensuel Philippe Val, patron contesté de Charlie Hebdo. La fin de soirée s'achevait par le chef d'œuvre de Chris Marker, Le fond de l'air est rouge, une version raccourcie de 4 à 3 heures par le cinéaste lui-même, qui sortira en DVD le 24 avril, à ne manquer sous aucun prétexte.
Tous s'accordaient pour conclure qu'il n'y avait pas eu un seul Mai 68, mais plusieurs. En effet, l'époque fut un mélange de sources dont l'incompatibilité apparente fomenta des idées variées qui donnèrent à chacun et chacune la possibilité d'en hériter comme bon lui semblait. Si Mai 68 commença pour certains à Nanterre le 22 mars avec une histoire de non-mixité des dortoirs des filles et des garçons (le sexe !), pour d'autres la Guerre du Vietnam fut déterminante (révolte anti-impérialiste et éveil politique)... Pour les hippies d'alors, le Flower Power réconciliait les deux dans son "Make Love Not War" ! Mai 68 fut une révolution de mœurs (libération sexuelle, féminisme, explosion du carcan hérité de l'après-guerre, remise en question des conventions, etc.) et un mouvement politique (prise de conscience étudiante, luttes ouvrières, revendications salariales, etc.). Cette histoire explosa sur toute la planète en même temps de Paris à Tokyo, de Berlin à San Francisco... Le rock et le free jazz accompagnaient la mutation ! Le théâtre descendait dans la salle. Le cinéma resplendissait (on dit d'ailleurs que l'affaire Langlois annonça les événements). Ce qu'on a coutume d'appeler la drogue dans les émissions de télé était alors très peu répandue en regard de ce que c'est devenu. Du jour au lendemain, la jeunesse prit conscience de sa force, ou plus exactement de son potentiel, jusqu'aux lycées où l'on n'avait jamais connu le moindre "incident". Tout semblait calme, anesthésié. Il y eut un avant et un après, du moins pour celles et ceux qui vivaient dans les grandes villes et évidemment particulièrement dans la capitale, puisqu'en France tout est centralisé, même la révolution. Si tant de groupuscules naquirent et s'épanouirent, s'opposant à la droite comme à ce qu'ils appelaient alors le "révisionnisme" stalinien du Parti Communiste Français, cette révolution fut d'abord intérieure à chacun, avec le retour du questionnement, un pavé dans une main et une fleur dans l'autre, la balance de l'une à l'autre relevant du choix de chacun, ou de ses origines de classe ! Le gris cédait la place au rouge et noir ou au psychédélisme haut en couleurs. L'impossible devenait le réel.
Les critiques injustement imputées aux évènements de mai sont en fait les conséquences de la puissante réaction qui suivit, retour de bâton de la droite et de tous les conformismes.

mercredi 16 avril 2008

Des canards au bord de la tasse


Quand j'étais petit, ma grand-mère me gardait le jeudi. À table, mon grand-père nous versait un peu de vin rouge dans l'eau fraîche et, en fin de repas, nous avions le droit de tremper un sucre dans sa tasse de café. On appelait cela un canard, probablement parce qu'on l'enfonce intégralement dans le liquide bouillant et qu'on l'en ressort immédiatement. J'aime toujours le petit goût du vin dans l'eau fraîche lorsque j'ai très soif. On pourrait le remplacer par une giclée d'un bon vinaigre, comme du temps des Croisades où le vin était intransportable... Les treize petits qui viennent de naître ne connaissent pas encore le goût du vin, ni celui du café. Leur maman les protège, car il est trop tôt pour boire la tasse. Lorsque les canetons seront en âge de nager, Jean-Claude les donnera à des copains. Récemment, l'un d'eux en a relâché trois dans le port de La Ciotat, près des cafés qui bordent la jetée à deux pas du bord de mer qu'on appelle justement la Tasse.

mardi 15 avril 2008

Lettre ouverte aux intervenants en milieu pédagogique


Depuis plusieurs années, à l'École des Arts Décos de Strasbourg comme dans de nombreuses autres écoles et universités, je prêche la bonne parole du design sonore en exposant mes "vues" sur les rapports qui régissent le son et les images dans l'audiovisuel. J'y dirige régulièrement un workshop dans le cadre du passionnant atelier de didactique visuelle dont s'occupe avec zèle Olivier Poncer. Cette année, comme j'avais accepté, pour la première fois, de participer au jury de diplôme, je reçus une feuille contractuelle à remplir qui eut le mérite de me mettre en boule lorsque j'en découvris les termes. Un défraiement de 45 euros m'était octroyé tandis qu'une chambre d'hôtel m'était réservée à 77 euros la nuit ! J'appelai illico l'administration de l'ESAD nullement surprise par mon coup de téléphone et précisai alors par écrit ma position :
" ... Je suis absolument désolé de décliner votre invitation, mais les conditions proposées m'apparaissent inacceptables : il est impensable qu'un professionnel paye la différence entre le prix de l'hôtel et le défraiement afférent...
Ou, hélas pratique courante dans notre pays, qu'il avance les frais de déplacement pour être remboursé des semaines plus tard. Tout doit être fait pour lui faciliter la tâche car les indemnités versées sont généralement une maigre compensation à la perte ses revenus habituels.
Participer à un jury de diplôme n'est pas une mince affaire ; si la responsabilité morale que cela exige justifie que l'on y sacrifie quelques jours de son temps et de son travail, il ne s'agit ni d'œuvre de solidarité ni d'engagement militant. Malgré la satisfaction d'avoir pu être utile aux jeunes gens impliqués, on en ressort le plus souvent exténué.
Aussi, et je compte écrire un article sur le sujet dans les semaines qui suivent et en débattre ouvertement et publiquement avec mes collègues, il est inacceptable de participer à un jury de diplôme sans que les tracasseries administratives nous soient autant que possible épargnées et en aucun cas il ne doit nous en coûter le moindre denier de notre poche..."
L'administration me confia que la Ville, la DRAC et la direction de l'École avaient déjà été averties de cette clause inacceptable, mais qu'aucun membre du jury n'avait jamais râlé ouvertement. Par contre, grand nombre d'entre eux ne s'y prêtaient qu'une seule fois et ne revenaient plus jamais, ce qui laisse planer une grave inquiétude sur la remise des diplômes (DNSEP), compromise puisqu'il devient de plus en plus difficile de convaincre des professionnels d'y participer. Les trois instances ayant opposé, une fois de plus, un refus de prendre en charge correctement la venue des professionnels sollicités, j'engage mes collègues à ne pas céder face à ces choix aussi dévalorisants qu'absurdes. Cela permettra de faire fléchir les autorités de tutelle qui comprendront peut-être que, tandis que les fonctionnaires et salariés ont leur revenu assuré lorsqu'ils participent à ce genre de responsabilités, les professionnels, subissant forcément déjà un manque à gagner, ne peuvent, en plus, accepter d'en être de leur poche... Je précise que cette situation n'a rien d'exceptionnel et qu'il est donc important d'avoir une position solidaire sur ce genre de pratique : les conférences, participations à des tables rondes, à des jurys, etc. doivent être justement rémunérées et défrayées si l'on veut maintenir la qualité des interventions professionnelles extérieures dont les étudiants sont en droit de bénéficier.

lundi 14 avril 2008

Salade sauvage


Je suis Jean-Claude qui a composé une salade avec les herbes sauvages qu'il trouve dans son jardin : de la roquette blanche et du lilas d'Espagne (en choisissant toujours le feuilles les plus tendres), du coquelicot (pas trop, parce que c'est un pavot !), de la cardelle (avant qu'elle monte), de la chicorée, du fenouil sauvage (lorsqu'il est jeune, sa ressemblance le fait appeler "queue de cheval"), de la coustelline, du cranillé (passé à la poëlle, on en fait des omelettes ; enfant, Jean-Claude faisait exploser ses clochettes en forme de pétard), de la doucette cultivée (c'est de la mâche), de l'engraiss'poar (très amer), un tout petit peu de laitue, quelques pétales de rose, des fleurs de bourrache... Quand il y en a, on peut mettre du pissenlit. Maurice ajoute des racines de répounchoun (rampochou), une sorte de radis blanc qu'il cueille dans les friches calcaires où il y a peu de brousailles. En entrée, il avait apporté des dizaines d'oursins pêchés la veille.
Pour la sauce Jean-Claude passe au hâchoir de la sarriette (qu'il appelle pèbre d'ail ; il ne connaît souvent que les noms régionaux), il mélange de l'ail en purée, ajoute du thym et du romarin (les feuilles les plus tendres, ce qui explique que toute cette recette n'est réalisable qu'en saison), de la sauge, on peut y mettre un tout petit peu de moutarde, de l'huile d'olive, du vinaigre, du citron, un peu de piment au kombava que je lui avais apporté de Paris, une cuillerée à soupe de mayonnaise et une lichette de viandox. L'ail en quantité remplace la moutarde pour lier la sauce.
Ce qui me plaît surtout, c'est de pouvoir se régaler des herbes folles qui poussent partout. La plupart d'entre nous ignorent simplement qu'elles sont comestibles, ou pas ! Il ne faut pas se tromper, certaines sont éminemment toxiques. Comme je ne compte pas me substituer aux guides savants ni aux spécialistes, on trouvera ici et sur Internet des photographies de chacune de ces plantes...

dimanche 13 avril 2008

Neuf solistes en Avignon


Après un conseil d'administration aussi épique que d'habitude, soit confus, exténuant, constructif et stimulant (un foutoir du diable, mais on n'a pas le temps de s'y embêter !), les Allumés du Jazz présentaient hier soir leur troisième soirée des Solos, cette fois en Avignon, organisée par l'Ajmi.
Les huit musiciens se succèdent sur la scène de la Manutention, dressant un portrait on ne peut plus éclectique du rassemblement de labels indépendants que forme l'association. Trois guitaristes (Laurent Thillier totalement décalé en planeur de lounge, Patrice Soletti et Olivier Benoit en chirurgiens suspendus, penchés sur leurs cordes sensibles), deux saxophonistes (Étienne Brunet passant librement de la cornemuse à l'alto et Jean-Luc Guionnet explorateur au long souffle), trois pianistes (Marc Sarrazy usant de leitmotivs cinématographiques, Nusch Werchowska opérant sur la table d'harmonie et René Bottlang concluant la soirée par une pop à la Monk des plus excitantes), cela fait huit ! La neuvième soliste n'est autre que la cité des papes que nous n'aurons le temps d'apercevoir qu'un instant tandis que le soleil couchant caresse ses historiques moellons.
L'ordre de passage concocté par Jean-Paul Ricard faisait ressortir la spécificité de chacun, composant un menu dégustation surprenant et accompagnant parfaitement le lancement décentralisé du vingt-et-unième numéro du Journal des Allumés. Dix huit mille exemplaires distribués gratuitement, pleins d'entretiens, d'enquêtes, de billets d'humeur, de chroniques de dvd et de polars, et livrables dans votre boîte aux lettres sous réserve que vous vous abonniez en vous rendant sur le site des ADJ.

samedi 12 avril 2008

Faux départ, vrais retours


Se lancer demande parfois des efforts surhumains. C'est souvent à la veille d'un départ que tout se déclenche. Les téléphones se mettent à sonner. Des malhonnêtes procèdent à un virement et le retirent au bout de 48 heures sans prévenir. La banque n'a pas appelé. Un comble. J'ignorais que c'était légal ? J'ai toujours peur d'oublier quelque chose d'important en faisant ma valise. J'emporte mes nouveaux jouets (en plus du Tenori-on et du Kaossilator, j'emporte mon nouveau magnéto miniature, le MR-1 qui enregistre en 1 Bit sur disque dur, le fin du fin) dans l'idée que je pourrais peut-être m'en servir ce samedi soir à l'Ajmi pour le lancement du numéro 21 des Allumés. Cotinaud passe justement chercher un mini-disc pour interviewer Jeanneau pour le suivant.
Et puis, les copains que l'on n'a pas vus depuis des lustres débarquent, voire atterrissent. Après les bonnes nouvelles de Valérie en début de semaine, ce sont les analyses de Bernard qui nous rassurent, le voilà à nouveau "tout émoustillé" et la réédition de "Mehr Licht !" va piano, ma sano. Didier aussi, à pieds, a retrouvé le sourire. Francis, plus habitué à iChat, appelle étonnamment à ce moment. Raymond nous raconte son futur grand projet pour La Grande Halle de Villette, Adelaide et Nicolas planent allègrement avec les dents en évoquant "l'art contemporain". Journée éreintante, mais stimulante. Petit-déjeuner, déjeuner, dîner, petit déjeuner. Tout à l'heure, en Avignon, je retrouverai Jean reparti de Paris pour Nîmes le matin-même. J'ai l'impression de vivre dans une ruche où je cavale comme un petit groom. À l'heure de la pause, c'est le blog ou la sieste. Je ne sais pas me reposer.
Envol.

Je mets le réveil pour aller me coucher, sinon j'oublie d'aller dormir.

vendredi 11 avril 2008

Désincarnation


Némo en latin signifie personne, comme lorsqu'il n'y a plus âme qui vive. Les films choisis pour la soirée inaugurale du Rendez-Vous Multimédia d'Arcadi semblaient sortir d'un passé techno qui n'aurait pas avancé d'un iota depuis la dernière décennie, succession de séquences insignifiantes (sans sens) et vierges d'émotion (sans cœur ni colère), essentiellement axées sur la performance technologique. Ce n'était pourtant pas le salon de l'électronique ? Pas la moindre trace féminine dans cette compilation nostalgique comme concoctée par une bande de vieux garçons qui auraient ressorti leur train électrique en interdisant leur chambre aux filles. La performance live de Ryoichi Kurokawa remonta un peu le niveau, mais le style aussi daté et post-apocalyptique que ce qui la précédait, ne pouvait donner le moindre soupçon de ce que nous réserve l'avenir. Pourquoi les nouvelles technologies doivent-elles forcément rimer avec ce galimatias graphique des plus éculés ?
La soirée avait pourtant bien commencé avec des discours inhabituels pour un lancement de Némo, soit la critique claire et nette de la politique gouvernementale en matière de culture en général et de multimédia en particulier, par Jean Chamaillé (secrétaire général d'Arcadi), Jocelyne Quélo (ECM Maison Populaire de Montreuil), jusqu'à Gilles Alvarez (directeur artistique de l'évènement) qu'on voit ici sous la seule image de chair aperçue hier soir. On la doit au jeune Professeur Nieto qui s'est amusé à écarteler un pauvre lapin pour former un X marquant ce Xème Rendez-vous en lui donnant un look SM qui en dit long sur le paragraphe précédent et le supplice engendré.
Tout cela est bien dommage, d'autant que Némo recèle bien des trésors insoupçonnables à la lumière des films projetés à l'Élysées Biarritz. Du 10 au 20 avril, à cet endroit, mais aussi au Cube d'Issy-les-Moulineaux et à La Bellevilloise (Paris XXe) sont présentés des dizaines de films expérimentaux, des documentaires sur John Cage, Scott Walker, Daniel Johnston, Sigur Rós, des installations multimédia et d'autres performances "live", des films en 3D pour les enfants, des workshops, etc.

P.S. : pour une approche plus positive, lire l'article d'Annick Rivoire dans Poptronics.

jeudi 10 avril 2008

Des yeux pour voir...


De même qu'il est absolument impensable de prendre pour argent comptant la globalité des informations véhiculées par la presse qui ne fait que développer ce que les grandes agences officielles lui communiquent (AFP, Reuters...) - rappelez-vous, par exemple, les récentes affaires de RER ou même d'Outreau - nous devons rester extrêmement prudents avec celles que nous recevons quotidiennement sur Internet et ne surtout rien réexpédier avant d'en avoir vérifier l'authenticité. Les mails dénonciateurs à scandale s'avèrent souvent être des informations passablement tronquées ou se révèlent de simples hoax qui encombrent le réseau et font perdre toute crédibilité à "la résistance" qui s'y développe, ce qui est peut-être le but de ceux qui les inventent.
Hier, j'avais déjà écrit les trois premières propositions lorsque Françoise m'a fait suivre l'enquête de Michel Collon. Il y avait quelque chose qui ne collait pas entre la photographie et son commentaire. Pas besoin d'être très malin, j'avais "vu" juste l'image avant de lire : le coup d'œil initial ne correspondait pas à la légende. Peut-être parce que j'ai l'habitude de chercher le hors-champ et qu'ici l'attitude des badauds en disait long...
En 1989, le prétendu charnier de Timisoara en Roumanie nous avait mis la puce à l'oreille. La même année, l'exécution du couple Ceauşescu nous a immédiatement paru une mise en scène. La localisation de leurs blessures ne correspondait pas aux impacts des balles filmés sur le mur derrière eux. Procès expéditif, rien ne collait, aujourd'hui j'ai oublié les détails, inhumation dans une tombe anonyme, on a vite fait de se débarrasser de la question.
Pendant la première guerre du Golfe, à quinze jours d'intervalle, je vois à la télévision le même pont détruit sous deux noms différents. Les oiseaux mazoutés du Koweït ne faisaient pas non plus partie de la faune locale. Et les puits de pétrole étaient censés brûler pendant des années et des années... Douze ans plus tard, on comprendra que Saddam Hussein n'a probablement pas été arrêté à cette saison, mais six mois plus tôt, l'état de la végétation (les palmiers à l'arrière-plan) jouant le rôle d'indice révélateur. Les images imprécises d'usines d'armes de destruction massive en Irak font partie du lot...
On a beau voir et revoir les films réalisés autour du 11 septembre 2001, on reste coi devant la crédulité du public. Les démonstrations sont pourtant renversantes (1 2 3). À moins de rebondissements spectaculaires dont les Américains ont le secret, la version officielle du gouvernement Bush figurera dans les livres d'histoire et le président des États Unis ne sera jamais traduit en justice.
En Union Soviétique, les victimes des purges staliniennes étaient systématiquement effacées des photos de groupe. On pourrait jouer au jeu des sept erreurs tellement l'évidence saute aux yeux.
Je ne cite que quelques exemples qui me reviennent à l'esprit ce matin, mais la liste est longue, des manipulations reconnues, de celles qui le seront un jour, de toutes celles qui passeront à la trappe. En ce qui concerne les légendes abusives, tronquées, détournées, le meilleur exemple est de regarder les actualités télévisées qui ne montrent rien et disent tout, tout ce que les téléspectateurs doivent en penser. Le contre exemple pourrait être représenté par le passionnant magazine No comment sur la chaîne Euronews, mais il y a toujours une façon de cadrer ou de monter les images. Un documentaire, même sans être accompagné du rituel commentaire, n'a rien à voir avec une prétendue vérité. Le cinéma-vérité est une pure vue de l'esprit, une arnaque digne du marketing. LA vérité elle-même n'existe pas, nous apprenait-on en philo au lycée. Il faut en voir de toutes les couleurs pour faire ses choix, regarder, écouter, prendre ses distances avec les évidences et se demander encore et encore "pourquoi?". La théorie du complot, déclinée de diverses manières selon les époques ou les enjeux géopolitiques, peut évidemment engendrer des effets révisionnistes. Il est donc nécessaire de creuser les zones de doute en s'informant de diverses manières, accepter de changer d'angle, analyser les arguments des uns et des autres, en réfléchissant chaque fois à qui profite le crime ?

mercredi 9 avril 2008

L'habit ne fait pas le moine


Quelle interprétation de cette photo préférez-vous ?

A. Militaires défroqués : la force de conviction de l'opposition tibétaine fait passer des soldats chinois dans le camp adverse.
B. Après la répression sanglante, les militaires chinois rapportent chacun un trophée de chasse.
C. La version officielle communiquée par l'Agence de Communication de Grande Bretagne (20 mars) : au Tibet, les militaires chinois viennent de "toucher leur paquetage" pour se déguiser en moines bouddhistes et créer des incidents.
D. Les moines ayant refusé de jouer le rôle de figurants dans un film, des soldats ont reçu instruction de porter les robes pour les remplacer.

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mardi 8 avril 2008

Portishead rentre dedans


Incroyable, alors que le Third de Portishead, onze ans après leur précédent, est annoncé pour le 28 avril, des sites de téléchargement le livrent déjà aux pirates de la Toile ! La fuite semble venir du Portugal où le groupe de Bristol a commencé sa tournée européenne (ils joueront les 5 et 6 mai au Zénith à guichet fermé). À moins qu'elle ne soit tout simplement un coup de marketing comme l'industrie des logiciels en a l'habitude, le buzz profitant plus à la promotion que la perte des ventes. En effet, loin de lui porter préjudice, cet avant-goût en mp3, pâle reproduction liée à la compression, donne furieusement envie de le pré-commander pour jouir de toute la puissance de l'original. Le site du groupe propose également un coffret en édition limitée de 2 LP et 1 clef USB incluant 5 films en plus des 11 titres.


Dynamique impressionnante, explosion de timbres, rythme infernal, le nouvel album de Portishead (prononcer "portis-head" avec un h aspiré) est un concentré de rage qu'effleure la voix toujours aussi envoûtante de Beth Gibbons. Jamais aucun de leurs disques ne fut aussi brutal, la tendresse dépressive attaquant l'acier bleu en une entêtante oxydation. Les synthés sont gras, les guitares saturées quasi héroïques, les percussions plus dignes des Temps Modernes que des ratés tribaux du dernier Björk. Leur trip-hop a accouché d'un grand disque de rock et le vertige qu'il procure donne envie de pousser le volume à fond pour en faire profiter tout le quartier.

lundi 7 avril 2008

La neige (tarte à la crème)


Je suis planté derrière ma fenêtre au lieu d'aller me coucher. Pourquoi la neige exerce-t-elle cette fascination ? Avant que le duvet habille les arbres, avant qu'un manteau blanc recouvre les trottoirs et la chaussée, la chute des cristaux cotonneux poussés par le vent ressemble à une danse de particules folles qui ne savent pas où s'envoler, mais que le hasard pousse dans tous les sens, chaque flocon semblant posséder son propre discernement telles les créatures comportementales qu'Antoine programme sur sa machine. Longue phrase qui n'en finit pas de tomber. Sans un bruit. Le silence. Si léger. S'élance. Craignons-nous son éphémérité lorsque la température extérieure ne lui offre d'autre alternative que son évaporation, aussi rapide que son apparition ? Ou l'effet mérité du rêve incapable de se reproduire tous les ans avec assurance ! Il faut savoir attendre. Des mois de patience. Il suffirait de retourner la ville. Upside down. Les pieds en l'air, la tête en bas. La secouer. Retomber en enfance. Ce n'est pas Noël pour autant. Les gens ont faim, ils ont froid, les perspectives sont noires. Il n'y a que la page qui soit blanche. On recommencera à y écrire ses rêves. Ses révoltes. Ses espérances.

dimanche 6 avril 2008

Camille fait son trou


En tapant le titre du billet, je fais malencontreusement sauter le m de son nom : j'aime le lapsus, la caille perchée sur le fil s'envolant lorsque paraît la féline. En voulant attaquer le marché international, Camille chante essentiellement en anglais et se banalise. Elle aura beau insister sur les consonnes du français et les voyelles anglaises, nous ne sommes pas dupes. On la comprend, trop bien. Ses mots étaient plus sévères, plus profonds, ses vers étaient ses maux... C'est le danger du succès, ainsi Nosfell se laissant aspirer par le trou noir de la variété. Pourtant, contrairement à la plupart des nouveaux chanteurs, Camille ne ressemble qu'à elle-même. Sauf qu'elle avait tant surpris avec Le fil, son second opus qui l'avait révélée après le plus variétoche Sac des filles, que l'on espérait forcément un nouveau choc. Music Hole reste néanmoins un album agréable, amusant, entraînant, le petit clown enfonçant le clou pour convaincre peut-être celles et ceux qui avaient résisté jusque là à sa fantaisie débridée.
Sur le dvd qu'accompagne la version dite "de luxe", Camille montre comment elle joue de son corps, percussion brésilienne des claquements de doigts, coups sur la poitrine et pas martelant le sol. La peau rejoint la voix dans son orchestre charnel. À part le piano, quelques clochettes et les percussions à eau, tout est vocal ou épidermique. Son coéquipier, l'anglais Majiker, en est comme précédemment le co-réalisateur talentueux. La chanteuse, toujours aussi nature, sa nature, danse funky new soul en s'appropriant le genre, mais Le fil nous avait emporté dans un truc plus barré, plus provocateur, un franc rafraîchissement. Comme celui du Fil, son nouveau site réfléchit toujours cette image drôle et inventive, "politiquement incorrecte", qui fait tout son charme.
L'entretien, accessible sur le Net grâce au logiciel OpenDisc, la montre comme elle souhaite qu'on la voit, maline et rigolote. Pour l'entendre, il faut faire confiance aux médias : par les temps qui courent, il y a si peu d'innovations que Camille avance sur une autoroute déserte. Espérons que la sécurité que lui donnera Music Hole lui permette de prendre plus de risques dans l'avenir. Artiste de music'hall complète, elle a aussi la réputation de faire tout voler en éclats lorsqu'elle est en scène. Alors, à suivre.

samedi 5 avril 2008

Shockwave 11 se passe de Rosetta


Pour les Macophiles sous Intel (tous les G5 récents), obligés de faire fonctionner leurs navigateurs (Safari, Firefox, Opera, Camino, etc.) sous mode Rosetta pour pouvoir faire fonctionner les modules interactifs programmés en lingo (comme sur les sites FlyingPuppet ou LeCielEstBleu), Adobe vient d'éditer une nouvelle version du Shockwave Player, c'est sa version 11. Installer en suivant les indications (après avoir quitter les navigateurs en fonction), puis faire un Pomme-i sur l'icône de tous les navigateurs en question et décocher "Ouvrir avec Rosetta". Relancez et le tour est joué : si vous étiez en mode Rosetta, vos navigateurs vont désormais bénéficier d'une vitesse bien meilleure et vous profiterez de tous les avantages de la puce Intel.
Le plug-in le plus utilisé est le fameux Flash Player, beaucoup plus courant, mais ne permettant pas les libertés de programmation de Shockwave. Director 11 vient d'ailleurs d'être également publié par Adobe qui avait racheté Macromedia, mais les améliorations sont légères, si ce n'est une mise à jour pour l'Intel sus-cité. De plus, la majorité des Xtras ne fonctionnent pas encore avec cette mise à jour, si ce n'est celles d'Antoine Schmitt, toujours à la pointe du progrès !

Idées hardcore pour Kaossilator


Entre les enregistrements de musique de film, les bruitages pour les Ptits Repères, les chansons à écrire avec Michèle, le suivi des Allumés, l'administration de l'association et la récupération des impayés, il ne me reste plus beaucoup de temps pour écrire mes billets, surtout si je continue à m'offrir des jouets qui font de la musique ? Après le Tenori-on, me voici happé par le Kaossilator de Korg, 139 euros, fonctionnant sur piles avec alimentation 4,5V en option ! J'ai été conquis dès que Thibault, un de mes élèves d'Autograf, m'a montré le sien. Coup de chance, il y avait hier un arrivage de trois exemplaires chez Univers-Sons et pas d'autre annoncé avant le mois d'août... Minuscule, il tient dans la petite sacoche de mon grand vélo.
J'avais enfourché le VTC plutôt que mon Brompton, pour descendre à l'Opéra Bastille assister à la générale des Trois Jours de la Queue du Dragon de Jacques Rebotier, un spectacle loufoque pour la jeunesse qui m'a fait penser à la phrase qu'avaient entendue Cocteau et Satie à la première de Parade : "Si j'avais su que c'était si bêtes j'aurais amené les enfants !" J'ai ajouté un s à bête, histoire de saluer les trois clarinettistes et le baryton. Les costumes aux couleurs vives et les décors lumineux de Virginie Rochetti sont sympas. Je n'étais pas certain que je pourrais parquer le Brompton dans l'enceinte de l'amphithéâtre, mais j'aurais pu... Plié, il passe inaperçu. C'est tellement plus dur de pédaler sur le grand vélo... Nous signons la pétition de solidarité avec les travailleurs de la Fnac fermée pour grève. Boulevard Beaumarchais, je manque d'écraser Annick Rivoire qui me donne de bonnes nouvelles de Poptronics.
Après une halte chez ma fille qui déjeune à cinq heures du soir d'une salade à la viande des Grisons avec des tartines de chèvre chaud et des fraises (me voilà rassuré), je gravis l'avenue Gambetta pour foncer essayer le Kaossilator : waou, hyper techno, j'adore le toucher, l'interface est simple, astucieuse. Je choisis sur YouTube la démonstration la moins ringarde, ce n'est pas peu dire, réservant mes propres élucubrations à de futurs concerts. Je ne veux pas déflorer mon approche. Un appareil ne m'appartient vraiment que lorsque je suis capable de le pervertir ; j'ai déjà trouvé comment m'y prendre. Hardcore, man !

vendredi 4 avril 2008

L'argent


Carlotta édite une copie superbe de celui que Noel Burch nomma "le plus moderne de tous les films muets". Pour cette extraordinaire adaptation du roman d'Émile Zola dont le sujet reste d'une brûlante actualité, Marcel L'Herbier, en 1928, investit la Bourse entière, engage 1500 figurants, 18 opérateurs, filme les scènes de nuit sur la Place de l'Opéra, rend sa caméra acrobate pour des plans vertigineux... Avec dans les rôles principaux Brigitte Helm, Pierre Alcover, Mary Glory, Alfred Abel, Henry Victor, mais aussi Jules Berry, Antonin Artaud, Yvette Guilbert... Le double dvd inclut un des plus époustouflants "making of" de l'histoire du cinéma, peut-être le premier, Autour de L'argent, que Jean Dréville tourna avec une petite caméra à condition de ne jamais se faire remarquer par celui qui dirigeait cette saga en blouse et gants blancs, l'envers d'un décor inouï, un second chef d'œuvre, témoignage inestimable sonorisé en 1971. D'autres bonus les accompagnent, essais des acteurs, documentaire sur le réalisateur, etc.
Avec L'argent j'avais un thème qui m'accrochait complètement. Je l'ai déjà dit : pour s'accrocher à un film, il faut un héros, qu'on l'aime ou qu'on le déteste, c'est au fond la même chose : Gance a eu Napoléon, il adorait Napoléon, il s'identifiait à lui, moi je devais trouver quelque chose du même genre, or je ne trouvais rien à adorer, mais par contre il y avait une chose que je détestais entre toutes, c'était l'argent ; d'abord parce que j'étais en faillite, ensuite parce que j'avais vu autour de moi tant d'exemples où l'argent avait joué un rôle néfaste. C'était ça, le personnage, qui me stimulait prodigieusement. C'était déjà le sens du roman de Zola, bien sûr, mais avec pas mal d'adjonctions de ma part... Le combat de l'art contre l'argent... Le combat de la vie contre l'argent. L'argent, dit Zola, c'est le fumier sur lequel pousse la vie. (Marcel L'Herbier)
La musique improvisée au piano par Jean-François Zygel est d'une très grande tenue, imagée et imaginative, à l'écoute du moindre soubresaut de l'action, mais, comme on pouvait s'y attendre, plus illustrative que complémentaire. Aussi comment ne pourrais-je regretter la version orchestrale que nous composâmes avec Un Drame Musical Instantané en 1987 pour le Centenaire de Marcel L'Herbier, avec l'accord de sa fille, Marie-Ange, et que nous créâmes début 88 au Théâtre Déjazet, puis à la Maison de la Culture du Havre... J'en possède deux enregistrements et il m'a été rapporté que le film avec notre musique circulerait sur Internet, mais nous avons encore loupé le coche : aucune de nos compositions n'a jamais été gravée, hormis le LP de L'homme à la caméra et quelques extraits aux USA, en Allemagne ou au Japon. Pour tenir en haleine les spectateurs pendant 3h20mn (la version présentée ici n'annonce bizarrement que 164 minutes !?), nous avons rivalisé d'inventions musicales, augmentant notre palette de timbres, allant enregistré dans la corbeille du Palais Brongniart aussi bien qu'au Casino de Deauville, constituant un pont entre les différentes époques et réactualisant tant le roman que le film avec un montage des actualités télévisées lors du krach de 1987. C'est avec cette radiophonie que nous abordions le générique, avant les premières images. Francis avait composé une valse merveilleuse qui résonne encore à mes oreilles comme notre trio de percussion. L'avion qui se confond avec le soleil... Le vol, si tout marche bien, doit durer 40 heures, 40 heures d'angoisse mortelle pour Line. 40 heures de manœuvres et de spéculations pour Saccard. J'espère sortir notre musique un de ces jours à défaut de la "voir", pourquoi pas, accompagner le déchainement époustouflant des extravagantes séquences de L'Herbier.


Nous étions trois derrière l'écran. Bernard Vitet jouait de la trompette et du piano, Francis Gorgé de la guitare électrique et d'une batterie de machines, je bouclais le trio aux synthétiseurs et à la flûte, sans parler des bruitages que j'ajoutais à l'ensemble. Nous avions renommé les séquences pour affirmer la modernité du film : La propriété c'est le vol, Pacotille, Yuppie Club, Jeune chair et vieux poisson, Mouvements erratiques, Les gros s'en sortent toujours, Retournement de tendance ou nouveau vertige, À bout de nerfs, Une nuit à l'Opéra, Le déclin de l'empire... Jean-Jacques Henry, qui s'occupait de nous à l'époque, nous photographia à la sortie des Archives du Film à Bois d'Arcy. Ce matin-là, France Soir titrait "New York, la baisse la plus dure", Libération "Le spectre de 1929 hante Wall Street", Le Matin "Le séisme". Le soir de la première, au milieu du spectacle, nous entendîmes hurler depuis l'orchestre : "Y a-t-il un docteur dans la salle ?" Trois heures vingt minutes représentaient un marathon, pour le public, emporté par cette symphonie lyrique, et pour nous qui en sortions épuisés. L'argent est le dernier grand film que nous ayons mis en musique, notre apothéose.
Que cette évocation ne vous fasse pas manquer cette mine d'or cinématographique, une cathédrale de pépites ! C'est aussi une démonstration exemplaire de l'arnaque boursière et du maëlström des passions qu'elle suscite.

jeudi 3 avril 2008

L'anonymat est une forme de l'exploitation


Je n'ai pas arrêté l'enregistrement, laissant se dérouler le générique interminable d'un film américain jusqu'au bout. Toutes celles et tous ceux qui ont participé à l'entreprise, du moindre stagiaire au réalisateur, ont leur nom inscrit sur la pellicule. Dans quel autre secteur de l'industrie reconnaît-on nominalement l'apport de chaque poste à l'édifice collectif ? Pourrait-on imaginer que les noms de tous les ouvriers qui ont conçu et construit la dernière automobile sortie des usines Renault soit imprimés sur un des petits fascicules remis au client au moment de l'achat ? Cette pratique systématique de reconnaître tous les acteurs d'un travail, du plus petit au plus grand, la hiérarchie s'exprimant par la différence de taille des polices de caractères et la durée de leur présence à l'écran, n'existe que dans l'industrie cinématographique. On la retrouve tout de même sur les programmes de théâtre ou de ballet, mais combien de disques précisent qui a fait quoi ? Le nom des musiciens d'un orchestre symphonique sont rarement inscrits sur le livret ; quelle frustration d'ignorer quels sont les musiciens jouant sur tel disque de Miles Davis ou des Beatles ! J'ai l'habitude d'ouvrir une page de crédits dès le début d'une création pour être certain de n'oublier personne en chemin. Qu'est-ce que cela coûterait de préciser tous les participants à une œuvre, à un objet manufacturé, à un bien de consommation permettant à chacune et chacun de s'y reconnaître un petit peu ? L'anonymat est une forme de l'exploitation. Jean-Luc Godard insistait que le générique est encore une image et nous ne nous levions qu'après le dernier carton disparu, la salle retrouvant sa laide vacuité les lumières rallumées. On aura beau accompagner le mouvement avec une chanson ou quelque développement orchestral, la plupart des spectateurs se lèvent et quittent la salle avant la fin du déroulant, mettant, sans le savoir, cet acquis en danger. Certains réalisateurs rusent pour garder leur audience jusqu'au bout, en remplaçant les titres en réserve blancs sur fond noir par quelques fantaisies, voire rajoutent un plan surprise lorsque le public ne s'y attend plus. Guitry et Cocteau remplacèrent parfois le générique de début par une présentation vocale, mais, où que ce soit, les mots de la fin consituent un hommage au travail d'équipe.

mercredi 2 avril 2008

La résistance d'un sourire


Amusants, révoltants, instructifs, les petits sujets fleurissent sur la Toile. Certains inondent nos boîtes aux lettres de vidéos glanées sur YouTube ou les épinglent sur les Murs de FaceBook, d'autres diffusent des diaporamas compilés sur PowerPoint, souvent le seul usage que les lecteurs feront de ce logiciel imposé avec Word et Excel par Microsoft dans sa suite bureautique.
Ces brèves remplacent les dessins humoristiques illustrant les feuilles de chou que sont devenus les quotidiens, ressemblant de plus en plus au vide des actualités télévisées. L'information est-elle devenue paresseuse ou le décervelage est-il lié au rapt dont la presse française est victime, tombée entre les mains des marchands d'armes ? Les deux, probablement. Ça respire l'ennui. Les journalistes transmettent leur piteuse mollesse d'âme à une population anesthésiée. Ils ne se foulent pas trop, recopiant sans vergogne car sans citer leurs sources, les news de sites pointus. Ainsi je m'aperçois que le site ecrans.fr de Libération reprend systématiquement, deux jours plus tard, des trucs glanés sur Poptronics comme le Journal de France 2 se conforme étrangement aux articles publiés par Le Parisien.
Si les blogs ont du succès, c'est qu'ils réagissent souvent à cette langueur monotone en s'emballant et s'entichant... Les curieux, les têtes chercheuses, les spécialistes, les amateurs y trouvent leur compte. Creuser un sujet exige une googlisation immédiate. Notre inextinguible soif de savoir nous fait plonger dans cette toile aux dimensions planétaires, le www (world wide web), mais on s'y abîme les yeux à déchiffrer autant de caractères sur nos écrans rétro-éclairés. Les petites vidéos potaches évoquées au début de ce billet apportent une distraction nécessaire, puisqu'il semble que nous soyons incapables de lever notre nez pour focaliser un point lointain, l'horizon volé à notre regard, de l'autre côté des vitres, là où la vie n'a rien de virtuel, même et surtout si la mort y est programmée, celle des utopies pour commencer, celle de l'Histoire qui risquerait de donner des idées de révolte à des jeunes qui n'ont rien et à qui rien n'est proposé d'autre qu'un désert. Le sourire reste un acte de résistance.

mardi 1 avril 2008

Tous les matins du monde


Un poil était planté dans le blanc de mon œil gauche comme d'autres l'ont dans la main. J'avais besoin d'en parler. Notre merle chantait à tue-tête bien que ce ne soit pas encore l'heure légale. Je me suis levé pour savoir si je voyais clair. Des échafaudages barraient la porte d'entrée. Ce n'était pas une sortie. Je suis descendu écrire pour savoir ce qui était de l'ordre du rêve et ce qui tenait de la réalité. Tout était vrai, clarinette, sauf l'histoire de l'œil que j'avais inventée, et l'échelle du peintre. Dans ce no man's land de la pensée, la conversation avec Agnès Varda et une autre fille portait sur ceux et celles qui dorment peu et se lèvent tôt tant ils sont heureux de vivre. À force de remuer je craignais d'empêcher ma compagne de se reposer. Je bouge beaucoup, alors je me cale au bord du futon le long d'un précipice de quelques centimètres et je tourne sur moi-même comme un poulet à la broche. Si je vais pisser, je jette toujours un œil à la fenêtre qui donne sur la rue. À ces heures-là, il n'y passe généralement personne. J'enfile un peignoir et des chaussons en laine des Pyrénées pour ne pas attraper la crève. Dans le noir, je me trompe de paire, elles sont trop petites, ce ne sont pas les miennes. En bas, le chat me fiche la paix. Lui sait bien que ce n'est pas l'heure. Pendant quelques secondes, l'écran est flou, j'en baisse la luminosité et j'éclaire la pièce. Le rideau se lève sur un soleil. Il pleuvra plus tard.

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