Jean-Jacques Birgé

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lundi 30 juin 2008

Friture d'oblades


Loin de mes archives, j'illustre mon billet paresseux avec la plage du dimanche soir.
Enfin les vacances. J'ai terminé hier dimanche ma conversation à deux sur le blog Tchatchhh après une douzaine de longs billets illustrés et souvent sonorisés, j'ai envoyé les derniers sons pour les Ptits Repères, réclamé l'argent qu'on nous doit... Indépendant, on passe plus de temps à régler des questions administratives qu'à faire son travail.
J'ai terminé le premier volume du bestseller suédois Millenium et me suis plongé dans Lignes de faille de Nancy Huston que m'ont conseillé chacune de leur côté Elsa et Françoise. Je comprends pourquoi ma fille tenait à ce que je le lise. De plus, je découvre que la romancière a dédicacé son livre à Tamia qui a enregistré une année entière avec le Drame. Nos archives sont pleines d'inédits où la chanteuse joue d'une foule de timbres surprenants. Un jour, je raconterai peut-être le stage auquel Bernard et moi avions participé et où tous les deux avons été en-dessous de tout, mais j'attends qu'il y ait prescription. De temps en temps, nous pensons avec tendresse à Tamia, et à Annick depuis longtemps disparue.
Fin 1976, Francis et moi avions composé et interprété pendant un mois en direct au Théâtre des Amandiers à Paris la musique de la pièce Cool Sweety et Speedy Panik écrite et jouée par Annick Mével et Hermine Karagheuz. C'était bien ringard et à la fois très sympa. Comme le public était clairsemé, je me souviens de deux spectateurs en particulier, le premier émouvant, Roger Blin, le second à gerber, André Glucksmann (non, il n'a pas changé !). C'est à cette époque que nous avons fondé Un Drame Musical Instantané...

L'image et le son ne collent pas. Le calme du jardin tranche avec le raffut de la plage située trois cents mètres plus bas. C'est l'heure de la sieste. Nous n'avons plus l'habitude de telles chaleurs. Au casque, on entend parfaitement le continuum des cigales sur lequel vient se percher une fauvette. Dans les haut-parleurs de mon ordi, on dirait de la friture d'oblades. En testant mon Korg MR-1, je comprends qu'il faudrait que j'acquière des microphones plus adaptés à l'effet de spatialisation recherché. Deux omnis à accrocher sur chacune des branches de mes lunettes ou à cheval sur mes oreilles ?

dimanche 29 juin 2008

À porter au crédit d'un motocycliste condamné récemment pour conduite en état d'ivresse


Il est trois heures du matin. Nous sommes à Pigalle en 1994, grande époque du vol à l'arraché de sacs de dames. Françoise avait laissé le sien sur le siège arrière de sa voiture. Deux gars ouvrent la portière, s'en emparent et remontent en courant la rue Germain Pilon. Françoise a beau faire des signes désespérés aux passants qui les croisent et crier "Au voleur !", aucun ne bronche. Une Vespa qui descendait la rue s'arrête à sa hauteur. "Vite, vite, ils m'ont volé mon sac et sont partis par la rue Véron". Comme le galant fait un demi-tour chevaleresque, elle veut monter à l'arrière de son scooter, mais il refuse parce que ça peut être dangereux. Elle continue de grimper à pieds tandis qu'il disparaît à la poursuite des deux voleurs. Avant qu'il ne parte, elle a le temps de lui crier d'au moins récupérer ses clefs et ses papiers. Dix minutes plus tard, le voilà qui revient et sort de sa poche le trousseau de clefs. C'est génial, s'exclame-t-elle, elle est sauvée, elle peut au moins rentrer chez elle. Mais ce n'est pas terminé, il est en négociation avec les deux junkies qui veulent bien rendre le sac à condition de conserver le liquide. Elle sait qu'elle ne possède que 50 francs : "qu'ils gardent le fric !". Lorsque le petit gars revient avec le sac, elle lui propose, pour le remercier, un coup à boire comme elle n'habite pas loin. Il a un petit côté étudiant en droit ou en médecine avec ses lunettes rondes et l'air sympa. Ce soir, il n'a pas le temps, mais comme il travaille au Théâtre de l'Atelier, il propose à Françoise de passer le voir. Elle imagine qu'il déchire les billets à l'entrée. Là-dessus, le courageux jeune homme enlève son casque et, coup de théâtre, elle reconnaît Guillaume Depardieu qui n'est évidemment pas du tout ouvreur, mais joue à l'Atelier. "Incroyable", fait-elle, "je suis réalisatrice et c'était justement ce soir la première de mon film" (Passé-Composé) ! C'est la raison pour laquelle elle était un peu dans la lune et n'a pas senti venir les deux voleurs. Françoise se rendra compte qu'ils ont aussi piqué sa montre Swatch dont elle voulait justement se débarrasser parce qu'elle faisait trop de bruit pendant les projections. L'aventure coûta le prix d'une place de théâtre ! Pour remercier Guillaume Depardieu, elle lui enverra Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis.
N.B. : petit détail amusant en ce qui me concerne, sa traduction est l'œuvre de Vercors et de sa compagne Rita Barisse.
P.S. : Guillaume Depardieu vient d'être condamé par le tribunal de Versailles à deux mois de prison ferme pour conduite en état d'ivresse au volant de son deux roues.

samedi 28 juin 2008

De la bouche des enfants


Complètement craquant, le discours à l'ONU de cette jeune canadienne de 13 ans date de 1992 lors du sommet de Rio. Que sont devenues Severn Cullis Suzuki et ses camarades de l'E.C.O., l'organisation des Enfants pour la Défense de l'Environnement, Vanessa Suttie, Morgan Geisler, Michelle Quigg ? Rien n'a changé depuis, ou sinon, en pire. L'oratrice pose une question récurrente qui m'a toujours taraudé : comment peut-on avoir une politique à court terme lorsqu'on a des enfants ? Cynisme, imbécillité, suicide, perversité ? Les puissants ont probablement l'arrogance de penser qu'ils s'en sortiront toujours, même si les places sont de plus en plus chères. Severn a continué son combat. Pas besoin d'être écolo pour comprendre de quoi elle parle et ce qui l'anime. Pas nécessaire d'être cynique devant le show médiatique pour réfléchir à chacun de nos gestes. Pas trop tard pour agir si l'on veut que ça bouge. Je me suis battu pour changer le monde, l'améliorer, réduire les inégalités, et nous avons perdu la première manche. Nous n'avons même pas su laisser les lieux dans l'état où nous les avions trouvés. Même en ce qui concerne ce que nous pourrions faire, nous sommes manipulés par le marketing verdoyant. Le bio est un marché dont on connaît déjà les limites, biologiques, mercantiles et politiques. Effets d'annonce, une catastrophe chasse l'autre, vite oubliée, il faut que ça se vende à ceux qui en ont les moyens. Pour réinventer la résistance, il va falloir payer de sa personne, abandonner une grande partie de nos privilèges. Jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour que cesse le massacre ?
Merci à Pierre-Oscar de m'avoir signalé cette vidéo.

vendredi 27 juin 2008

Un pont sur la toile


Comme je viens de l'écrire sur tchatchhh à la fin de mon billet sur Rossini, j'ai réussi à me connecter au Net depuis le TGV qui nous emportait vers Marseille grâce à la clé USB 3G+ dans laquelle j'ai glissé la puce de mon iPhone. Pas besoin de wi-fi ni de quoi que ce soit d'autre. Mon MacBook peut fonctionner sur la Toile même en rase campagne, et pour pas un rond puisque mon abonnement Internet est illimité en ce qui concerne la navigation et les mails. Quand je l'ai achetée, la clé était en promo chez Orange à 30 euros. Un miracle ! Chaque "avancée" technologique m'épate. Nous marinons dans Jules Verne. Mes rêves d'enfant prennent corps. Comment voulez-vous grandir avec ça !
J'ai donc aussi délocalisé mon blog depuis le début de la semaine dernière et ce jusqu'à dimanche pour pouvoir converser avec Karine Lebrun sur le blog à deux dont elle a eu l'initiative. J'y ai parlé du son et de l'image, du voyeurisme, du Drame, du chanteur Franck Royon Le Mée, des droits d'auteur, du sampling, de la création musicale, de la difficulté d'être et du choix, de la Pompafleurs des Ptits Repères et j'ai digressé allègrement comme d'habitude ! Karine a évoqué Marcel Duchamp, Victor Marzouk, Daniel Spoerri, Benoît Le Guein, Joël Hubaut (Put Put à l'écoute), Makigami Koichi (aussi), Christian Marclay, Marcel Broodthaers (entretien radiophonique avec chat )... Et tous les deux d'étranges gastronomies...
De mon côté j'ai donné à entendre Radio Silence (du cd "Carton"), Pas de cadeau (un trio du Drame sur le vinyle "18 surprises pour Noël"), Le poil et la plume (du cd "L'hallali") et surtout le premier mouvement d'une radiophonie inédite de 1976 intitulée Elfes' Symphonie.
Il suffit de cliquer sur Tchatchhh et vous y êtes (si vous lisez ce billet dans quelques temps, il faudra simplement y choisir mon nom parmi les invités ou bien juin 2008). Comme ici, il n'y a plus qu'à remonter le temps. Les blogs se lisent bizarrement par bonds de bas en haut, mais heureusement de haut en bas, et de gauche à droite !
Je ne dors toujours pas. Il fait très chaud. J'ai le vertige et un peu mal au dos. Le chat Scotch m'en a encore fait voir de toutes les couleurs pendant le voyage, façon de parler, il stresse quand on le trimbale dans son panier et s'oublie, c'est comme ça qu'on dit lorsqu'il se rappelle à notre bon souvenir par un parfum qui me fait me précipiter pour ne pas incommoder le wagon. Je m'enferme dans les toilettes de l'IDzen pour tout nettoyer, la caisse et le matou.
Pour celles et ceux qui s'inquiètent de la santé de Françoise, elle doit être prudente, mais, sur la voie de la guérison, elle échappe pour l'instant à l'opération. Tout va bien. Elle revit. Le bougainvillier explose. Les potimarrons pullulent. Les abricots mûrissent. Les poissons se multiplient. Nous marchons sur l'eau.

jeudi 26 juin 2008

Sec


Avant d'arriver à la mer, il y a le train. Trois heures pour Marseille. Rosette vient nous chercher à la gare Saint Charles. Françoise n'a le droit à aucun effort. Elle ne peut pas se pencher en avant sans risquer un décollement de la rétine. À l'arrivée, nous filons directement chez l'ophtalmologiste qui lui révèlera les modalités de ses vacances ! C'est sec. La mer attendra encore un peu.

mercredi 25 juin 2008

Dilatation


Nous quittons Paris demain pour La Ciotat, laissant la garde de la maison à Jonathan et aux amis, malgré les problèmes occulaires de Françoise qui devra peut-être se faire opérer là-bas. J'emporte tout ce qu'il faut pour travailler, même si j'espère me la couler douce. Cette fois, Scotch est du voyage. Je compte me refaire une santé et revenir un homme neuf. Je ne sais pas encore si je serai capable de continuer le blog tous les jours. Peut-être qu'un peu de vacances me feraient du bien de ce côté-là aussi. Voilà bientôt trois ans que je blogue 7 jours sur 7, j'ai donc dépassé les mille articles. Jusqu'à dimanche inclus, je suis aussi toujours sur tchatchhh. Mais je vous retrouve au bord de la mer. Tchao !

mardi 24 juin 2008

I know where I'm going


Après le billet d'hier lundi intitulé "la septième porte"
j'ai tiré six photos au hasard.
La bourrache correspondait à la seule direction possible.
Tout est clair.
En plus, ça se mange et ça ne fait pas grossir.
La mer.

P.S. : si vous trouvez mes derniers billets un peu courts, allez donc voir tchatchhh (du 14 au 29 juin), le blog-conversation avec Karine Lebrun qui se terminera dimanche. En plus, il y a de quoi écouter, tant mes sons (dont d'étonnants inédits) que les surprenantes suggestions de mon hôtesse.

lundi 23 juin 2008

La septième porte


Toutes les portes ouvrent sur d'autres mondes. À moins que ce ne soit qu'une impression et qu'elles ne donnent que sur un mur peint... Suffira-t-il d'entrer dans l'image, dans une autre image ? Je vais voir ce que peux faire d'ici demain, mais je ne garantis rien.

Le parlement Européen s'apprête à légiférer pour interdire la libre expression des blogueurs

Au moment où la Suède, qui a toujours préfiguré les décisions européennes en matière de "démocratie" (phrase ironique, je tiens à le souligner), a voté une nouvelle loi autorisant un organisme civil, chapeauté par le ministère de la Défense, à mettre en place de grandes écoutes des communications de tous ses citoyens, au nom, bien entendu, de la sécurité du pays, au moment où la France, sous prétexte de défendre les droits d'auteur contre le piratage sur Internet va légiférer en empiétant considérablement sur la liberté des internautes avec sa loi Hadopi, rassemblant des informations sur chacun et chacune comme aux pires périodes de l'Histoire, la Commission de la culture et de l'éducation (rapporteuse : Marianne Mikko) à Bruxelles publie un projet de rapport sur la concentration et le pluralisme dans les médias dans l'Union européenne (en pdf) (2007/2253(INI))

Ce projet sent l'attaque contre tous les blogueurs en créant les conditions d'une maitrise par les pouvoirs idéologiques de la bourgeoisie, écrit Niurka Règle. Les milliardaires qui possèdent les médias télé-audio-visuels et la plupart des titres de la presse écrite veulent maintenant interdire l'expression libre à travers les blogs.

Quelques extraits de la proposition :

V. considérant que les cas de conflits touchant à la liberté d'expression en ce qui concerne le respect de croyances religieuses et autres ont récemment pris une importance accrue,
W. considérant que le niveau d'éducation aux médias des citoyens de l'Union européenne est inférieur à ce qui est souhaitable et que la prise de conscience de la nécessité d'une instruction aux médias est faible,

1. demande instamment à la Commission et aux États membres de préserver le pluralisme des médias, d'assurer que tous les citoyens de l'UE peuvent avoir accès à des médias libres et diversifiés dans tous les États membres, et de recommander des améliorations là où elles sont nécessaires ;
2. suggère à cet égard l'institution d'un médiateur indépendant des médias dans les États membres ; et souhaite son acceptation dans toute l'Europe ;
3. se félicite des efforts accomplis en vue de créer une Charte de la liberté des médias
4. souligne la nécessité d'instituer des systèmes de contrôle et de mise en œuvre du pluralisme des médias, fondés sur des indicateurs fiables et impartiaux ;
5. convient que le niveau de référence pour la mesure du pluralisme des médias devrait être fixé par chaque État membre individuellement ;
6. souligne la nécessité pour l'UE et les autorités des États membres d'assurer l'indépendance des journalistes et des éditeurs par des garanties spécifiques juridiques et sociales appropriées, ainsi que le respect des meilleures pratiques par les propriétaires des médias dans chaque marché où ils opèrent ;
7. propose l'introduction de redevances adaptées à la valeur commerciale du contenu généré par des utilisateurs ainsi que de codes d'éthique et de règles d'utilisation pour les contenus générés par les utilisateurs dans les publications commerciales ;
8. se félicite de la dynamique et de la diversité qu'ont apporté au paysage médiatique les nouveaux médias et encourage une utilisation responsable de nouveaux canaux comme la télévision numérique mobile ;
9. suggère – que ce soit par le biais d'une législation ou autrement – de clarifier le statut des blogs et encourage leur labellisation en fonction des responsabilités professionnelles et financières et des intérêts de leurs auteurs et éditeurs ;
10. recommande l'inclusion de l'apprentissage des médias parmi les neuf compétences de base et encourage le développement d'un programme d'enseignement de base pour l'éducation aux médias ;
11. encourage la divulgation de la propriété des médias afin de contribuer à la compréhension des objectifs et de l'identité du diffuseur ;
12. encourage les États membres à veiller à ce que l'application de la législation communautaire relative à la concurrence, aux médias ainsi qu'à Internet et au secteur des technologies de la communication facilite et encourage le pluralisme des médias, et à prendre des mesures adéquates lorsque la concentration de la propriété a un impact négatif sur le pluralisme des médias ;
13 recommande que les dispositions réglementant les aides d'État soient appliquées de façon à permettre aux médias de service public de remplir leur rôle dans un environnement dynamique, tout en évitant une concurrence déloyale qui entraînerait l'appauvrissement du paysage médiatique ;
14. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission ainsi qu'aux gouvernements et aux parlements des États membres.

Ce texte, sous le prétexte de protection, cache, écrit Niurka, toute une future législation autour de la concurrence libre et non faussée et qui visera en particulier le simple blogueur astreint à des règles qui seront tellement dissuasives sur le plan individuel qu'elles entraîneront à faire des fournisseurs d'accès des gendarmes du net de l'idéologie bourgeoise.

dimanche 22 juin 2008

Capacité mémoire


"Parce que la mémoire est courte, les hommes accumulent d'innombrables pense-bêtes..." C'est ainsi que commence l'admirable film d'Alain Resnais, Toute la mémoire du monde sur l'ancienne Bibliothèque Nationale en 1956. Conçu par Rémo Forlani, musique de Maurice Jarre, le court-métrage est un petit chef d'œuvre. Aujourd'hui la BNF propose aussi en consultation les archives de l'Internet, 13 milliards de fichiers du domaine français pour un volume de 120 Téraoctects dont les plus anciens remontent à 1996. De son côté, Internet Archive annonce un système de stockage de 1,5 Po (Pétaoctet), soit 1 500 000 Go (1 500 To), pour un stockage actuel de 40 milliards de pages Web du monde entier.
Notre mémoire interne est limitée. Au fur et à mesure que nous grandissons, les souvenirs s'accumulent dans notre cerveau. S'il fallait se souvenir de toute notre vie, il en faudrait une seconde pour se remémorer la première. Un pari stupide. Nous effaçons des pans entiers de notre histoire, et pas seulement des détails, pour faire de la place aux nouvelles aventures. À côté de cela, nous stockons ce que nous pouvons dans nos tiroirs, sur des étagères, dans des placards, et il suffit parfois de les rouvrir pour que se déploient les scènes oubliées comme par enchantement, pour que les nœuds se défassent et révèlent les secrets enfouis. Raviver, revivre. Le monde s'arrête à l'instant où l'on s'y plonge. Plus l'espace de stockage est vaste, plus on le remplit. Nos greniers encombrés sont autant de chausse-trappes où l'oubli se répand, où la névrose prend ses racines. Catastrophes, révolutions, moments de désespoir ou de colère effacent à jamais ce qui s'est produit pour réinventer l'Histoire, la réécrire. De toutes manières, elle n'existe pas dans son unicité, il y a autant de versions que d'individus, d'où la nécessité des uns ou des autres de faire disparaître ce qui nous arrange ou nous dérange.
Le cerveau a une capacité limitée.
Je prends des notes, des photographies, je filme, j'enregistre, je classe, je fiche, je fouille enfin pour faire remonter à la surface des pans insoupçonnés du passé, recopiant momentanément dans ma mémoire centrale les informations archivées sur les supports externes.
30 000 diapositives du light-show, des milliers de photographies du Drame ou personnelles, autant de disques, de films, de livres, des lettres, des carnets, des objets, etc. J'hésite parfois à faire le tri, mais seul l'avenir peut décider de ce qui est à conserver ou pas. Un ami me dit que je pourrais avoir accès au dossier sur mon père que détiennent les Renseignements Généraux... Le mien, je le connais, il m'habite. Mais le plus important, l'aurai-je forcément oublié ?

En illustrations, la photo avec Bernard (prise par Horace) qui a suscité ce billet et la place du lecteur d'archives (système numérique du bureau des Rencontres d'Arles de la Photographie)...

samedi 21 juin 2008

...


J'ai d'abord pensé aux trois singes, mais les mains n'occultent ni les oreilles ni les yeux. Seulement la bouche. Comme une impossibilité, un empêchement de parler. À vous couper le souffle. Ou la chique. Fatigue de n'avoir plus la force d'écrire ni de penser, même de dormir. Je me suis dit que j'allais publier une photo, un point c'est tout. J'en ai mis trois en guise de titre. Suspension. Quelle absence de mot pourrait signifier le silence ?

P.S. : à l'inverse, en attendant le retour de Karine, on pourra écouter Le poil et la plume sur tchatchhh, ce qui marque la fin de la première mi-temps de notre blog-conversation...

vendredi 20 juin 2008

The Bank Job = Cambriolage


Voilà longtemps que je n'avais vu un si bon polar ! Le film affirme que c'est une histoire vraie, mais il y a évidemment des éléments romancés rajoutés. Une des plus célèbres figures de la famille royale anglaise étant mouillée jusqu'au cou dans l'affaire, je me demande si un film comme The Bank Job pourrait se faire en France, sur un membre du gouvernement par exemple, comme les frasques d'un ancien Président de la République ? L'intrigue construite comme des poupées gigognes (on dit aussi des poupées russes, mais là elles sont presque toutes anglaises avec un éventail d'accents british extraordinaire, impossible à comprendre sans sous-titres) justifie les nombreux personnages, tous magnifiquement joués, c'est la force des acteurs anglais. Drogue, pornographie, enjeux politiques, Black Power (ça se passe en 1971), rapports de classe, services secrets, corruption, scandales, les ramifications de ce cambriolage sont épatantes tant tout est imbriqué. Lorsqu'on apprend que toute cette histoire est (plus ou moins) vraie, on en reste encore plus époustouflés. Comme d'habitude, j'évite de raconter le film, même si ça me tente.


Attention, la bande-annonce pourrait déflorer un peu du film, mais comme il ne sort en France que le 23 juillet, vous avez le temps de l'oublier...
Je pensais que son titre signifiait travailler dans le secteur bancaire ou que c'était littéralement L'affaire de la banque, mais Jonathan m'explique que l'on appelle comme cela un cambriolage. Pas mal ! Même si ce sont des correspondances de traduction qui n'ont pas de rapport direct, le secteur bancaire équivaut donc à un cambriolage ! Je m'en doutais.

jeudi 19 juin 2008

Bon débarras


Les seules activités de bricolage que je supporte sont celles qui ne salissent pas trop. Je hais la peinture et tout ce qui s'y rapporte et je tolère seulement de me dégueulasser les genoux de pantalon que j'use de toute manière je ne sais comment, de m'écorcher les mains jusqu'à les faire saigner, d'accumuler la sueur et la soif tant j'essaie de me débarrasser de ces tâches ménagères le plus rapidement possible. Évidemment, comme je bâcle, les étagères sont toujours un peu de guingois, mais le seul fait d'en arriver à bout équivaut à une victoire sur la nature, une sorte d'aventures de l'arche perdue à mon petit niveau. Pour celui à bulles, Françoise est obligée de me le mettre sous le nez, sinon je m'en passe, utilisant par exemple un des petits cylindres des étagères Ivar d'Ikéa pour vérifier au pifomètre l'horizontalité de mon œuvre. Donc, après une visite à l'enseigne suédoise où j'en ai profité pour acheter quelques produits gastronomiques aseptisés, je me mets au turbin pour monter les étagères du garage. Françoise et Jonathan ont terminé la peinture blanche de la nouvelle cloison et l'état de ma compagne ne lui permettra de passer la couche de rouge à l'extérieur probablement qu'à la rentrée. En attendant les bûches du tas de bois resteront sous la flotte dans le jardin de devant. C'est marrant comme je me crois obligé d'utiliser un langage plus populaire lorsque je parle bricolage. J'assume mes racines d'intello jusqu'au bout de mes brindilles. Nous avons vendu l'ancienne porte battante sur eBay et la nouvelle cloison va permettre de stocker le bois à l'abri et soulager la cave, les archives et le réduit du jardin. Mais c'est pas tout ça , je dois maintenant écrire un billet qui m'excite beaucoup plus sur tchatchhh puisqu'il va concerner la gastronomie, un sport plus dans mes cordes !

mercredi 18 juin 2008

Histoire de l'œil


La veille, nous avions regardé La mort de Dante Lazarescu du Roumain Cristi Puiu, l'histoire terrible d'un type qui ne sent pas bien, appelle une ambulance et se retrouve trimballé d'hôpital en hôpital en allant évidemment de plus en plus mal... Filmé comme un reportage, le film est remarquablement bien joué, mais bien trop sinistre à mon goût, d'autant que je supporte très mal l'univers hospitalier, même si je n'y ai jamais eu recours. Cela me donne le cafard et je préfère franchement les cimetières et les enterrements aux visites formolées. La critique du système de santé est féroce et nous nous faisions la remarque que l'action a beau se passer en Roumanie, cela ne doit pas être si différent chez nous. Le film est localisé, mais l'histoire est universelle. Je repense à la phrase d'André Ricros : "Pour être de partout, il faut être de quelque part".
Lundi après-midi, Françoise avait pris rendez-vous chez l'ophtalmologiste parce qu'elle sentait une gêne à l'œil droit. La voilà expédiée direct aux urgences de l'Hôtel Dieu pour deux petits trous et un début de décollement de la rétine. Vingt-cinq personnes attendent devant elle ! Certains ont une compresse sur l'œil, un gamin déchire tous les journaux qu'il trouve sous le regard de sa mère qui ne bronche pas, des pompiers ont les yeux rouges, tout respire le vieux, le vétuste et la maladie... Quelques heures plus tard, lorsque le nombre s'est réduit à onze, une infirmière dit que le médecin a dû filer au bloc opératoire, mais une autre susurre qu'il est probablement parti dîner mais que ça ne se dit pas. Françoise espère que c'est vrai, parce que s'il doit lui cautériser les lésions au laser, autant qu'il soit en forme ! Elle décide néanmoins de tenter sa chance en reprenant imprudemment sa bicyclette pour se présenter aux Quinze-Vingt derrière la Bastille. Il y a encore plus de monde, c'est complètement dingue. Une nouvelle infirmière lui raconte le scandale des urgences qui manquent cruellement de personnel. Françoise suggère de faire grève. Elle répond qu'ils sont déjà en grève et lui conseille un troisième hôpital, le Rotschild près des Buttes Chaumont ! On se serait vraiment crus dans le film de la veille. C'était pénible en fiction, mais cela devient carrément drôle à le revivre le lendemain malgré les inquiétudes. Et nous voilà repédalant vers les hauteurs pour enfin trouver une oreille attentive à son histoire d'œil. Il est minuit, l'interne lui fixe un rendez-vous pour le lendemain matin première heure en lui interdisant tout effort. Laser. Immobilisation totale pendant huit jours. Nous ajournons notre départ, décommandons nos engagements et regardons l'avenir avec patience. Françoise en profite pour téléphoner, une des seules activités praticables dans sa position. Mon œil ! Non, le sien, mais la dilatation s'est déjà résorbée lorsque je pense à le prendre en photo...

Rappel : jusqu'au 29 juin, je mène deux blogs de front, le second est une conversation avec Karine Lebrun sur tchatchhh.

mardi 17 juin 2008

Tchatchhh


Depuis hier matin et jusqu'au 29 juin, je participe à un blog à deux avec Karine Lebrun sur son site Tchatchhh. Comme si je n'avais pas assez de travail avec le mien !
Dans son mode d'emploi, Karine Lebrun explique : J'invite quelqu'un ou quelqu’un peut se manifester et décider d’être invité. Nous nous donnons rendez-vous pour une conversation sur tchatchhh. Mon invité(e) peut garder l'anonymat s'il le souhaite. Il prendra alors un pseudonyme aussi farfelu qu’il le désire. Une conversation a une durée variable fixée à l'avance par mon invité(e). Elle peut se faire en un jour, une nuit, une semaine, un mois. Elle peut ne plus en finir (sous réserve). L’important est de débuter à la date prévue. La fin se fera sans préavis à l’heure affichée dans le premier billet. En préambule, je publie un message pour annoncer la conversation et présenter mon invité(e). En guise de présentation, mon invité(e) doit faire un petit don de sa personne. Une image, un mot, un CV, un son, une recette de cuisine, une vidéo etc. Ce qu’il veut. Mon invité(e) commence la conversation. Il peut utiliser des mots, des sons et des images en utilisant l’interface du blog dont il aura accès avec son nom et un mot de passe de son choix. Le médium choisi détermine le médium que j'emploie pour ma réponse. Il doit être identique mais il peut changer en cours de conversation selon l'envie de mon invité(e). Mon invité(e) peut publier plusieurs billets par jour, voire par heure, mais il doit attendre ma réponse avant de publier le suivant. Les commentaires demeurent ouverts.
Pendant les deux semaines qui viennent, vous pourrez donc lire deux blogs pour le prix d'un un !

Recadrage d'une photo envoyée par Karine lors de son mariage avec l'ami Sacha Gattino, un des rares designers sonores dignes de ce nom... La robe renvoie à l'anonymat évoqué par Karine dans sa réponse à mon premier billet !

lundi 16 juin 2008

Combat


Sur le site de la SRF, Pierre-Oscar Lévy annonce qu'il arrête son blog et va bientôt tout effacer. Vertige du vide. Je relis tout et copie quelques images qu'il a l'habitude de prendre lorsqu'il se déplace, en métro ou à pieds. Il évoque le découragement avec la même sincérité qu'il a su montrer les ambiguïtés de la condition humaine et oser en exposer la fragilité. Je rédige ce commentaire que je me répète en litanie comme si c'était le Yi King :
Après les mauvaises nouvelles, viennent les bonnes nouvelles. Question de patience.
Mais après les bonnes, reviennent les mauvaises. Pas trop d'emballement.
Aller-retour sous forme de cycles qu'il faut savoir négocier avec soi-même. La vie est une course d'obstacles où l'on en saute un pour mieux aborder le suivant.
C'est la curiosité qui me tient et la tendresse de celles et ceux qui tiennent aussi à ce que je continue.
Amitié solidaire,
Jean-Jacques

dimanche 15 juin 2008

Tombeau de Gilles Tautin


Les événements de mai ne se sont pas cantonnés au mois de mai 68. Même s'ils ont duré quelques semaines, leur effet s'est réellement fait sentir pendant la demi-douzaine d'années qui allaient suivre. On a célébré leur quarantième anniversaire dès mars-avril pour pouvoir s'en débarrasser le plus vite possible, sur les conseils d'un président qui avait loupé le coche pour jouer le rôle de mouche. Ce qui est important n'est pas ce qui s'est passé alors, mais les changements radicaux qui en ont découlé. Pourtant, le samedi 15 juin 1968, je me souviens avoir suivi l'enterrement de Gilles Tautin, un lycéen de 17 ans noyé dans la Seine après poursuite par les forces de l'ordre près des usines Renault de Flins. On parle plus souvent de Pierre Overney, mais la mort de ce garçon à peine plus âgé que moi me marqua considérablement. L'immense cortège ne fait presque pas de bruit, un silence de mort. Je ne suis pas fan des fleurs ni des couronnes, mais chacun dépose une rose rouge sur son cercueil. Je suis retourné. On sentait parfaitement l'injustice, le crime de la police gaullienne. C'était la première fois que j'étais confronté à la mort d'une jeune personne. Celles qui suivirent dans ma vie portent son empreinte. Percuté sur l'autoroute par un imbécile qui roule à contre-sens, pendu pour un chagrin d'amour, suicidé au gaz qui fait exploser l'immeuble, junkies à l'overdose, et puis la maladie... Ça reste toujours une absurdité, même si l'on est en droit de se demander ce qui absurde, de la vie ou de la mort ? La vanité des hommes est sans limites. Je l'oublie parfois.

samedi 14 juin 2008

La censure au secours du Capital


Pierre-Oscar me signale l'ultime billet de Denis Robert sur son blog. Denis Robert est le journaliste d'investigation qui a révélé l'affaire Clearstream. Matraqué par des attaques procéduriales, harcelé par le Capital avec la complicité de l'État, Denis Robert a décidé de se taire. Il a besoin de recommencer à vivre et renvoie donc au blog de soutien. Denis Robert a mis le doigt sur le nerf de la guerre du Capital, les paradis fiscaux et le mur judiciaire qui les protège. Après 200 visites d'huissiers à son domicile et 30 procédures en cours, l'auteur de Révélation$ et Clearstream, l'enquête (Editions des Arènes), La domination du monde (Points), Une affaire personnelle (Flammarion) jette l'éponge au seizième round. Il préfère ne plus s'exprimer en public, car tout ce qu'il pourrait dire est systématiquement retenu contre lui. Relisez les billets qu'il publia. Ils parlent pour lui, laissant suffisamment de traces pour qu'un autre fou relève le gant et révèle le dessous des cartes. Pour rappel, la société Clearstream refuse toujours tout regard public sur ses comptes et ses transactions qui s’élèvent à hauteur de 250 fois le budget de la France !

vendredi 13 juin 2008

En direct à 18h30 sur Radio Aligre (93.1)


Ève Risser m'a invité à la rejoindre pour un live d'une heure sur Radio Aligre (93.1) dans l'émission de Christian Bernard intitulée Helter Skelter aujourd'hui vendredi de 18h30 à 19h30. Nous avions joué ensemble avec Yuko Oshima au Triton le 13 mars dernier, concert retransmis par France Musique quelques semaines plus tard. Mais cette fois le studio exigu n'abritant aucun piano, je me demande bien ce qu'Ève va fabriquer. Comme elle a plus d'un tour dans son sac, je ne suis pas inquiet. Fine flûtiste, la pianiste joue aussi de l'électrophone, du Theremin, de la guitare Barbie, des petits jouets rigolos comme piano d'enfant, toupie musicale, etc. Mais ce soir ? De mon côté, je prends autant d'instruments que peut en contenir la sacoche de mon vélo : deux synthétiseurs portables, le Tenori-On et le Kaossilator, une trompette à anche, deux guimbardes, quelques percussions, et des cassettes enregistrées dans les années 70 que j'espère trafiquer avec mon AirFX. J'ai retrouvé mes vieux montages radiophoniques, un enregistrement de mon ARP2600, des scènes de reportage d'univers disparus... Quoi qu'il arrive, nous devrons rattraper les balles car nous serons en improvisation totale...
P.S. : Ève était injoignable depuis quelques jours. Elle avait seulement fêté son Prix de Conservatoire (jazz et musiques improvisées au CNSM) obtenu mercredi avec mention très bien et les félicitations du jury à l'unanimité. Trop cool et franchement mérité ! Inspirée par le vent qui fouette son visage (!?), elle jouera d'un petit clavier et du Theremin.

jeudi 12 juin 2008

En route vers de nouvelles aventures


Ayant choisi de ne pas me représenter, j'ai participé hier à mon dernier Conseil d'Administration des Allumés du Jazz. Après dix ans d'implication solidaire et de militantisme volontariste, j'arrête mes activités au sein de l'association de producteurs discographiques indépendants. Cela correspondait à plus de soixante jours par an. Après avoir participé à l'élaboration du gros catalogue de 434 pages en 1998, j'ai tenu jusqu'à ce jour le rôle de co-rédacteur en chef du Journal avec Jean Rochard, soit 21 numéros dont le dernier a été tiré à 18000 exemplaires, tous distribués. J'ai également réalisé le double album des Actualités, supervisé les différentes versions du site Internet et initié le Blog et la WebRadio. Je ne regrette rien, mais il est temps pour moi de passer à autre chose. D'autant que je ne me suis jamais senti l'âme d'un producteur, gardant ma spécificité de créateur à renouveler sans relâche mes utopies. Je ne souhaitais pas non plus être vu dans certains milieux, certes aussi excentrés que le jazz, comme l'homme des Allumés, ce qui finissait par occulter mon travail de compositeur. Au travers de prochains billets, parfois même involontairement, je reviendrai sur ce qui m'a enthousiasmé et sur ce qui m'a fait prendre des distances avec un secteur de la musique qui ne brille pas par sa solidarité, mais cela se passe-t-il autrement ailleurs ? J'en doute. La situation économique et sociale actuelle exige des compromis et des négociations avec lesquels mon caractère et mes choix politiques sont incompatibles, même si je suis certain que seul un rapprochement des différents acteurs de la scène jazz et assimilés sauvera, du moins momentanément, un secteur en crise. D'autre part, je ne crois pas que l'association ait les moyens économiques et les compétences de ses ambitions en matière de distribution. Le label GRRR reste évidemment partie prenante aux Allumés et je reste quant à moi disponible pour aider de différentes manières mes camarades dont la tâche est bien lourde. Mes sornettes d'alarme n'ayant pas été entendues ces trois dernières années, je cherche désormais à arpenter des chemins où le soleil brille la nuit, où la jeunesse est une qualité, où la musique s'affranchit des pressions de toutes sortes et particulièrement de l'air du temps. J'ouvre grand les fenêtres, je ventile, respire un bon coup, et je pense avec tendresse à Valérie, Cécile, Françoise, Christelle, Pascale, Jean, Jean-Pierre, Didier, Pablo, Étienne, Stéphane et tous les autres aux côtés de qui je me suis battu toutes ces années... La fête continue.

mercredi 11 juin 2008

Expérience du peyotl


Parmi la banalité des nouveautés proposées ces temps-ci, fussent-elles de qualité, tout album sortant de l'ordinaire est un coup de baguette magique qui transforme mon masque de crapaud en sourire de rainette. Pour savoir si la mutation irait jusqu'à faire de moi un prince charmant, il faudra tout de même que vous vous fendiez d'un baiser sur la bouche, mais êtes-vous certain(e) que je me laisse faire ?
The Cusp of Magic (Nonesuch) est un rayon de soleil traversant les saisons, comme une traînée de poudre de perlimpinpin, pour s'installer en plein été. Depuis de nombreuses années, Terry Riley compose essentiellement des quatuors à cordes créés par le célèbre Kronos Quartet. Même si le compositeur ne s'en est jamais détaché, le style répétitif qui l'a initié et l'a fait connaître avec In C et Rainbow in Curved Air a cédé le pas à une invention sans cesse renouvelée, empruntant les détours les plus étonnants, des chemins touffus aux chambres escarpées, des forêts habitées aux espaces sidéraux. Depuis 25 ans, la collaboration de Riley avec le Kronos, commencée avec Cadenza On The Night Plain, a accouché des deux heures de Salome, Dances For Peace, du renversant Requiem For Adam et du spectacle multimédia Sun Rings, inédit en cd ou dvd.
Pour cette nouvelle œuvre rituelle commémorant le soixante-dixième anniversaire du compositeur, la joueuse de pipa Wu Man, qui chante aussi et joue de petits jouets d'enfants musicaux comme les autres musiciens, a rejoint le Kronos avec lequel elle forme ici un quintet à cordes. Le pipa, luth chinois ancestral à quatre cordes pincées, donne un sang nouveau à l'inégalé quatuor de la côte ouest des États Unis. Wu Man avait déjà collaboré avec le Kronos à une pièce de John Dowland sur Early Music et au Ghost Opera de Tan Dun. De son côté, le premier violon, David Harrington, utilise un tambour grave et un hochet sur le premier mouvement inspiré par ce rituel peyotl indien d'Amérique du Nord traversant toute l'œuvre. Un synthétiseur discret et quelques manipulations électro-acoustiques brisent le sacro-saint quatuor classique et participent à cette hallucination, un monde de rêves où les réminiscences flottent en nuages de fumée. Comme la musique psychédélique tentait de retrouver les effets lysergiques du LSD, Riley réussit à nous faire voyager sur les méandres du cactus magique et à nous enchanter. Avec les "substances", le problème reste comme toujours l'accoutumance qui nous fait passer et repasser le disque inlassablement sur la platine.

mardi 10 juin 2008

Paysage Éphémère ou le plancher des vaches


Allumant mon iPhone, je constate qu'il est resté en mode photo lorsque j'aperçois l'image sur l'écran. Le vertige de la hauteur me saisit avant que je ne revienne à la raison. C'est le sol du Point Éphémère que je survole avec mon portable. Pourtant, il m'est impossible de le voir pour ce qu'il est. Question de repères. La vue du hublot s'impose malgré l'évidence.

lundi 9 juin 2008

Sans jus ni crapauds


Il est plus de minuit. La voiture de Nicolas reste muette. Il a laissé les phares allumés toute la soirée. Pas moyen de sortir la mienne qui est bloquée dans le garage pour le dépanner avec des pinces. Pas moyen de démonter la batterie. Je tire une ligne jusqu'à la rue, Nicolas et Jonathan sont penchés sur la présumable coupée, Adelaide éclairant la scène avec une grosse MagLight. Rien ne bouge. On attend que ça charge.
Nous venions de regarder le moyen métrage Cane Toads de Mark Lewis. L'introduction de crapauds en Australie tourne à la catastrophe écologique. Les amphibiens dévorent tout, sauf les insectes qu'ils étaient censés éradiquer et ils se multiplient. Le film est extrêmement drôle, impertinent, dramatique. Son sous-titre : An un-natural story
Je raconte ça parce que j'essaie de rester éveillé pour ne pas lâcher mes potes qui attendent dehors autour du capot. N'empêche que le film est drôlement bien. Du même réalisateur, Kay dit qu'il faut voir aussi The National History of the Chicken.
C'est la cata... Les amis ont réussi à rentrer la voiture dans la cour pour la mettre en charge toute la nuit, mais le doute persiste. Ils trouveront refuge au second étage.

P.S.1 : tandis que je corrige ce que j'écris en ligne, Mathilde commente le suspense. Le temps réel, voilà du neuf pour mon blog ! Comme une émission de radio avec intervention téléphonique des auditeurs, on pourrait imaginer un blog-chat live. Ça existe forcément déjà, mais quel outil simple permettrait de le généraliser ? Comment rendre un débat en direct et que cela ne devienne pas trop superficiel ? Peut-être par les sujets abordés, mais aussi par une interface pensée en ce sens ? À creuser...
P.S.2 : pas l'ombre d'une étincelle au démarrage... Le chargeur est-il lui-même en panne ? Manœuvres. Accouplement. Les pinces fument et ses fils fondent lorsque Nicolas met le contact... Jonathan démonte la batterie que Nicolas emporte tester au Dépann2000 dont le garage principal est au coin de la rue. L'ouvrier lui explique qu'un Diesel fait fondre les fils trop fins du supermarché et que la charge n'est pas suffisante. Il doit repasser chercher la batterie dans deux ou trois heures. On est peu de chose devant les défaillances techniques qui nous échappent. Être immobilisé avec sa bagnole, c'est comme un ordinateur planté, on est perdu au milieu de nulle part.
P.S.3 : Les amis ont repris la route, gonflés à bloc. Mon chargeur était mort.

dimanche 8 juin 2008

Du sexe des plantes


La photo vient d'une ferme d'orchidées à Changmai. Je n'ai jamais aimé les fleurs coupées, mais je sais que cela fait plaisir d'en recevoir, alors j'en offre de temps en temps, bien que j'ai oublié leur langage. Chez le fleuriste de l'avenue Gambetta à Père Lachaise, le fleuriste vend trois bouquets au choix pour dix euros, permettant de composer. J'adore faire correspondre une palette de couleurs avec celles de la maison. Un pot de fleurs me plaît mieux, mais je continue à préférer celles qui poussent en pleine terre. Plus les fleurs sont sauvages, plus elles m'émeuvent. Je ne peux imaginer plus fascinant qu'une fleur qui pousse dans un endroit improbable, très haut dans la montagne, sur une dune, dans une crevasse du bitume...

samedi 7 juin 2008

Les garçons sauvages



PROLOGUE

Le clip réalisé par Romain Gavras pour le groupe Justice fait polémique. Le MRAP a porté plainte contre la diffusion de "Stress". Le réalisateur Chris Marker défend le film. Regardez-le pour vous faire votre propre idée avant de lire la position des uns et des autres en cliquant sur "lire la suite".

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vendredi 6 juin 2008

Presque rien sur Luc Ferrari


Brunhild Ferrari et l'association Presque rien viennent enfin d'ouvrir le site consacré au compositeur disparu Luc Ferrari (un conseil, laissez d'abord se dérouler le film avant de choisir la langue). Formidable réflexion de et sur son œuvre, le site est riche d'extraits de partitions, manuscrits, analyses argumentées d'extraits, images émouvantes d'un artiste indépendant qui fut probablement un des rares enfants d'Edgar Varèse, non dans l'imitation comme le fut Frank Zappa, mais par les leçons qu'il tira de la révolution sonore initiée par le Bourguignon nationalisé Américain. Il constitua, à son tour, une influence sur mes premiers travaux, lorsque nous affirmions le tout de la musique qu'il appelait à sa manière et avec élégance "presque rien".


À côté des films et entretiens qui le concerne directement, on découvre des extraits de 3 minutes des grandes répétitions qu'il a filmées pour la télévision : Et expecto resurrectionem mortuorum d'Olivier Messiaen, Momente de Karlheinz Stockhausen, Hommage à Varèse que je rêve de voir depuis très longtemps, Quand un homme consacre sa vie à la musique (Portrait de Hermann Scherchen) et Cecil Taylor ou la découverte du free jazz, tous témoignages exceptionnels qui mériteraient d'être édités en dvd.


Pour l'instant absente de la discographie ébauchée sur son site (d'où sont extraites les captures écran), Luc Ferrari avait cosigné en 1992 une pièce de 6'05" enregistrée au Studio GRRR avec Un Drame Musical Instantané. Comedia dell'Amore 224 (les chiffres indiquaient la date de chaque titre, soit ici le 24 février) réunissait Luc (reportage et voix), Bernard Vitet (trompette, bugle et piano), Francis Gorgé (guitare) et moi-même (synthétiseur et mixage). Je me souviens qu'il avait apporté un magnétophone pour enregistrer nos conversations pendant le déjeuner au restaurant cambodgien de la rue du Chemin Vert qui nous tenait alors lieu de cantine. Il s'en servit ensuite pour la composition "instantanée" réalisée ensemble l'après-midi-même (Opération Blow Up, dist. Orkhêstra). Pour illustrer sa participation parmi nos 14 invités, il avait envoyé une photocopie qu'il avait signée de Boucher et de lui-même. On l'y entend murmurer : "C'est la nuit, et voilà".

jeudi 5 juin 2008

L'opéra des 100 lapins, ce soir au Cube


Depuis sa création au Centre Georges Pompidou en mai 2006, on nous réclamait une nouvelle représentation de Nabaz'mob à Paris. C'est chose faite, ou presque, puisque c'est ce soir à l'Auditorium d'Issy-les-Moulineaux à 21h pour Le Cube Festival "Les Arts Numériques dans la Ville". L'opéra pour 100 lapins communicants que j'ai composé avec Antoine Schmitt repasse donc par la case départ avant de repartir sillonner le globe. Point culminant de sa "tournée mondiale", il avait recueilli 70 000 visiteurs au NextFest de New York organisé par la revue Wired.
Le programme annonce : 100 lapins Nabaztag interprètent un opéra composé par Antoine Schmitt et Jean-Jacques Birgé. Convoquant John Cage, Steve Reich, Conlon Nancarrow ou György Ligeti, cette partition musicale et chorégraphique ouverte en trois mouvements, transmise par Wifi, joue sur la tension entre communion de l'ensemble et comportement individuel, pour créer une œuvre à la fois forte et engagée. Cet opéra questionne les problématiques du comment être ensemble, de l'organisation, de la décision et du contrôle, qui sont de plus en plus centrales et délicates dans notre monde contemporain.
Chaque fois que nous installons nos 100 petits robots sur un plateau, nous devons réinventer la mise en scène. Ça fait du monde ! Comme la partition intègre des paramètres d'indétermination, l'interprétation reste ouverte pour chaque lapin et nous réserve toujours des surprises. Notre regard s'en trouve bizarrement anthropomorphique et nous parlons de la meute comme s'ils avaient véritablement voix au chapitre. Pendant la représentation, Antoine envoie les différents mouvements et j'affine les niveaux. Lorsque tout est terminé, les bestioles retirent délicatement leurs oreilles magnétiques pour regagner leurs cantines métalliques. C'est ainsi qu'ils voyagent.

Au même programme : Nicolas Maigret et Nicolas Montgermont, Cécile Babiole et Laurent Dailleau

mercredi 4 juin 2008

Filmer la musique, 2ème édition


À l'occasion de la seconde édition du festival Filmer la musique du 3 au 8 juin au Point Ephémère et au MK2 Quai de Seine, mélange de projections, de concerts et de performances majoritairement rock, est programmé le film sur Un Drame Musical Instantané qu'Emmanuelle K tourna en 1983 pour la chaîne de télé pirate Antène 1. Filmé à deux caméras dont une paluche, la caméra expérimentale construite par Aäton, la séance se déroulait dans ma cave du 7 rue de l'Espérance. Nous enregistrions quotidiennement dans cette pièce dont l'escalier débouchait sur la cuisine de la petite maison en surface corrigée que je louais sur la Butte aux Cailles. C'est un des rares témoignages vidéographiques de la période "instantanée" du Drame. Bernard y joue d'un cor de poste, Francis est à la guitare sèche et au frein, une contrebasse à tension variable inventée par Bernard. Nous jouons tous des trompes qu'il a fabriquées avec des tuyaux en PVC et des entonnoirs ! Je programme mon ARP2600 et souffle dans une trompette à anche et une flûte basse, toutes deux conçues par Bernard. Le film dure 21'35", il fait donc partie d'une boucle de deux heures diffusée sur huit casques dans une pièce noire à laquelle on accède par une passerelle, installation immersive au Point FMR qui sied mieux au film que les grands écrans en milieu ouvert des autres salles. Il y avait évidemment peu de films sur la musique à cette époque, car la vidéo domestique portable n'était pas encore développée, ce qui lui confère d'autant plus de valeur.
Petit clin d'œil aux copains :
Programmé, comme le film sur Un Drame Musical Instantané, dans la Noise Box, vous pourrez voir Genetic Sea - The Siratori Affair de Franck Vigroux et Mariano Equizzi (2007, 10').
Dimanche 8 à 14h salle XXO, retrouvez le Don Cherry de Jean-Noël Delamarre, Nathalie Perrey, Philippe Gras et Horace (1967, 20'). Le même jour au Mirror Ball, ont été également sélectionnés Mouvement Marche : (E) (F) (D) + Contradiction de Vincent Epplay (2008) et Frédéric Blondy et Lê Quan Ninh de Benoît Géhanne (2008, 18').
Enfin, ou plutôt, pour commencer, aujourd'hui à 16h salle XXO, découvrez en avant-première Ensauvager la vie de Mathilde Morières (2008, 70') sur la tournée européenne du groupe Illegal Process dans lequel joue son frère Antoine.

mardi 3 juin 2008

Chorus


Gargouille bis. Tous les soirs avant le dîner, "notre" merle joue ses morceaux préférés. Il les rejoue le matin vers 5 heures, et parfois en fin de matinée. Aux aurores, nous n'y prêtons que rarement attention. La nuit, il se laisse parfois berner par les lampadaires qu'il prend pour le soleil. Chaque merle a son propre chant et celui qui habite dans le coin est un vrai virtuose. Un peu comme celui avec lequel Bernard a enregistré La machine de Marly. Ces "black birds" sont des oiseaux très jazz. Leurs phrasés rappellent Coltrane, Monk ou Parker. À d'autres moments, ils jouent avec leur reflet, dans une vitre, une flaque d'eau, un enjoliveur... Ils ont tout du soliste, tranchant avec le big band de fadas qui s'excite tous les soirs dans la rue Diderot. Cela ne dure pas longtemps, mais c'est assourdissant, pour peu que l'on soit sensible aux aigus. Le reste du temps, les moineaux piaillent en dégustant les fruits de l'églantier qui s'étoffe chaque année un peu plus. Il a construit une tonnelle au-dessus du trottoir. Je suis obligé de le tailler sans cesse pour que les passants ne s'éborgnent pas. La factrice m'a avoué s'y abriter lorsqu'il pleut. Profil obligé, le merle moqueur regarde la scène d'un seul œil.

lundi 2 juin 2008

La nouvelle gargouille prend des images pieuses


Le matin, j'avais terminé Bienvenue dans le désert du réel de Slavoj Žižek. Sa façon de renverser les évidences me plaît. Si "l'inconscient ignore les contraires", ce concept freudien appliqué à l'analyse politique ne peut que faire mouche. Dès lors qu'un terme est employé, un concept ou une opinion proférés, il devient psychologiquement indispensable d'en interroger le sens et les raisons qui les ont produits. Schématisons : une personne avançant "je ne suis pas raciste" pointe son racisme, car autrement la question ne se poserait pas. Ou encore, méfiez-vous de quelqu'un vous annonçant qu'il ne va pas vous arnaquer, car l'idée l'aura forcément effleuré pour qu'il l'évoque. Les régimes dits démocratiques en prennent pour leur grade. La fonction du philosophe n'est-elle pas de refuser les conventions pour argent comptant, d'interroger sans relâche ce qui prétendument ne pourrait être autrement. Ainsi, Žižek fait remarquer que s'il est courant d'envisager la fin du monde, celle du capitalisme semble aujourd'hui inimaginable.
Dimanche avait été très calme. Le soleil s'était couché plus tôt que prévu, transformant le côté plage en un ciel menaçant avec, en prime, une atmosphère glaciale. Je n'avais pas grand chose à ajouter, ayant exceptionnellement passé mon après-midi à bavarder et rêvasser. Comme je me suis fixé de rédiger autant que possible un billet quotidien, je m'en tire parfois de justesse en plongeant dans le fond photographique accumulé, espérant y trouver quelque inspiration. Cherchant une photo, je tombe sur un photographe ! L'image envoyée par Brigitte il y a quelques mois fait fonction de mise en abîme. Placée à l'extérieur d'une des sept chapelles absidales, en face de l'Hôpital Saint Barnabé, la gargouille orne la cathédrale de Palencia en Espagne. Comme la sculpture m'intrigue, Bri me retrouve un article d'El Païs de 1980 qui dévoile le "poteau rose" : vers 1908 ou 1910, l'architecte Jerónimo Arroyo, chargé de la restauration de la cathédrale, choisit de remplacer la gargouille tombée il y a fort longtemps par le portrait d'un ami intime. Depuis, "Monsieur Alonso" occupe une place d'honneur parmi les harpies, lions ailés, squelettes et autres figures du XIVe siècle, immortalisant les passants et les visiteurs sous un angle original qui ne peut qu'enrichir ma rêverie.
Au moment de mettre en ligne, je suis frappé par l'étrange ressemblance physique entre la statue espagnole et le philosophe slovène...

dimanche 1 juin 2008

Histoire d'un cinéma solidaire du peuple



C'est le titre, ou comment, au Nicaragua, une équipe du "cinéma mobile" voit le cinéma impérialiste ! La démonstration est éclatante, entre un Bruce Conner marxiste et un Buñuel première manière. Jonathan, qui a réalisé les sous-titres, nous fait découvrir ce petit film sandiniste de 1983 qui alimente son livre Cinema and the Sandinistas: Film in Revolutionary Nicaragua 1979-1990 (Texas Press).
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