Jean-Jacques Birgé

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vendredi 31 octobre 2008

Le Mir:ror de Violet réfléchit nos intentions


Miroir miroir, entre hier et aujourd'hui, on n'en sort pas !
Après avoir connecté des lapins (280 000 Nabaztags vendus à ce jour), Violet étend le concept à tous les objets ! La firme française lance donc son nouvel objet communicant, le Mir:ror, premier lecteur de puces RFID grand public. La version 2 de Nabaztag, dit Nabaztag/tag, possède déjà un tel lecteur caché derrière son museau. J'ai évoqué ici mon travail de design sonore pour la petite soucoupe blanche qui se branche sur le port USB de notre ordinateur et que nous avons mis au point avec Antoine Schmitt, lui-même designer comportemental de tous les objets Violet, avec qui je travaille depuis quatre ans sur ces drôles d'ovnis apparus à l'orée du XXIème siècle, sans oublier notre propre détournement artistique de l'objet industriel, l'opéra Nabaz'mob pour 100 lapins Nabaztag (prochaine représentation dimanche prochain 2 novembre au Festival Musiques Libres de Besançon).
Violet sort donc Mir:ror (39 euros avec un Nanoztag et trois Ztampz) et lance son nouveau site, my.violet.net, "une véritable plate-forme applicative, un «violet objet operating system » (V.O.O.S.) permettant d'associer à la présentation d'un objet communicant des actions informatiques basiques mais ouvrant également la voie à des applications plus complexes. On peut aussi associer à un même Ztamp plusieurs applications. Si votre porte-clef est équipé d'un Ztamp et que vous le posez devant votre Nabaztag ou votre Mir:ror en rentrant chez vous, cela peut immédiatement déclencher la lecture d'un fichier audio, y compris chez d'autres possesseurs de Nabaztag ou de Mir:ror, mettre à jour votre statut Facebook, voire allumer une lumière si celle-ci est raccordée à une prise communicante. Avec la future démocratisation de la domotique, les possibilités du V.O.O.S. sont infinies" explique Rafi Haladjian. J'ai comparé Mir:ror à un raccourci objet comme il existe des raccourcis clavier, une manière d'automatiser des gestes récurrents grâce à une interface ludique.
Après avoir composé des jingles midi pour le synthétiseur interne du Mir:ror, j'ai livré à Violet toute une flopée de petits sons, joués par l'ordinateur ou la lapin, se rapportant aux premiers services proposés : lancer un fichier depuis le bureau, verrouiller son ordi, envoyer un mail, lancer l'économiseur d'écran, envoyer un message à un objet Violet, lire un texte, poster un message à Twitter, compter les Ztamps, jouer un slideshow, appeler un url, visualiser un film sur DailyMotion ou YouTube, se connecter à Skype, contrôler iTunes, simuler les touches du clavier, etc. J'ai choisi des sons courts et simples qui rappellent chaque action. À l'instar de tous les jingles et identifiants que j'ai composés pour Nabaztag, leur sonorité est mécanique, pour faire vivre l'objet physique plutôt qu'insister sur ses prouesses technologiques. J'ai transposé cette fois l'anthropomorphisme du lapin à un phénomène d'identification avec des gestes quotidiens pour conforter les utilisateurs dans un univers rassurant malgré le côté high-tech de tous ces nouveaux objets. Dans ce type de travail, la difficulté majeure réside dans la répétition des tâches et donc des sons qui ne doivent pas lasser après des mois d'utilisation. Essayant toujours de me mettre à la place des futurs utilisateurs ou spectateurs lorsque j'invente quoi que ce soit, je teste ensuite in situ tout ce que j'ai réalisé. Les nombreux commentaires entendus ne font que valider mes suppositions. J'attends maintenant avec impatience ma collection de petits lapins de toutes les couleurs, les Nanoztags, pour pouvoir coller sous leur base les Ztampz dont je choisirai moi-même l'action auquel chacun correspondra !

jeudi 30 octobre 2008

Ciné-Romand (2) - une traversée du miroir


En filmant les spectateurs des appartements où se jouent naturellement des scènes domestiques, Françoise Romand rejoue une nouvelle fois L'arroseur arrosé, l'une des premières fictions de l'histoire du cinéma, reprenant le rôle de son propre arrière grand-père ciotaden, le gamin espiègle qui pliait le tuyau. Dans un précédent hommage aux Frères Lumière, séquence de son film Thème Je tourné de 2001 à 2004 (DVD à paraître l'an prochain), la réalisatrice fit jouer le rôle du jardinier à Aldo Sperber, l'auteur des quatre photographies reproduites ici ! Le dispositif "visiteurs voyeurs par essence / accueillants inconscients par jeu" se transforme en "visiteurs fascinés filmés / accueillants analystes". Par cet effet de miroir répondant au souhait de Jean Cocteau, c'est-à-dire réfléchissant, Françoise Romand transforme l'essai en film, dès lors que ses personnages effacent tout ce qui permettrait d'identifier réel ou fiction ! Chaque personne y joue son propre rôle ou, du moins, une facette souvent enfouie de sa personnalité. Comme le rideau virtuel qui séparait les deux espaces, d'un côté la vie, de l'autre le spectacle, la frontière est fragile voire volatile. Combien d'Alice franchirent ce soir-là le miroir ? Et dans un sens, et dans l'autre ?


Quand tout le matériel fut rangé, en fin de soirée, les habitants du quartier sont descendus de chez eux pour témoigner. Ils apportent encore une nouvelle lumière à l'ensemble. Les langues se délient et les masques tombent. Acteurs et spectateurs ont joué dans la même pièce, comme à l'époque du Living Theatre dans les années 60. La question n'est plus de savoir si le public participe, mais qui est le public ? L'évidence devrait nous sauter aux yeux. Il n'y en a jamais eu, il n'y en a pas, il n'y en aura pas tant que les œuvres nous renverront à nos propres émotions, nous rassurant ou nous bousculant, nous renvoyant toujours au phénomène d'identification et à sa critique, merci Bertolt Brecht. Dans le bonus de son DVD Appelez-moi Madame, Françoise Romand me fait citer le génial dramaturge et philosophe. Pas de hasard. Par où qu'on regarde cette drôle de soirée, c'est l'impossible qui passe dans le réel ! Ça se bouscule et puis ça trouve sa place. Documentaire et fiction, mieux, ni documentaire ni fiction ! La contagion s'étendra-t-elle aux spectateurs du film ? C'est à prévoir.


Sur tous les écrans de Ciné-Romand, tournaient en boucles les films de Françoise.


Comme les photographies du précédent billet, ces quatre-là sont aussi d'Aldo Sperber. Ailleurs, l'ange Karine relate son expérience sur son blog.

mercredi 29 octobre 2008

Ciné-Romand (1) - la soirée


Tout le temps qu'a duré le happening Ciné-Romand, je suis resté coincé (pas que du dos) à La Bellevilloise et n'ai pu visiter aucun des onze appartements où les Anges emmenaient les visiteurs. J'ai entendu les témoignages des uns et des autres qui revenaient, repartaient, racontaient, s'émouvaient des situations inhabituelles que les idées folles de Françoise Romand avaient provoquées. Il y eut des rires et des larmes, des renversements de rôles, certains traversant le miroir et transgressant les règles comme il se doit, mais aucun accident ne fut à déplorer si ce n'est deux visiteuses ne supportant pas de briser le tabou de l'intimité et l'un des hôtes se rendant compte un peu tard que ce n'était pas vraiment sa tasse de thé. Partout ailleurs, et pour tous, l'expérience semble avoir été marquante si l'on en juge des messages touchants que Françoise reçoit depuis lors. Comme je suis resté à La Bellevilloise pour m'assurer du bon fonctionnement des cinq salles, je découvre ici le reste grâce aux superbes images d'Aldo Sperber (seule la première ci-dessus est de moi) comme j'aurai la surprise du film que Françoise monte avec Igor Juget.


Il faut dire que, si ce n'est l'aide bienveillante de Seb le régisseur de la soirée, l'accueil du lieu a été en dessous de tout, nombreux engagements de leur part n'étant pas respectés et les techniciens se la jouant machos rouleurs de mécaniques pour cacher leur incompétence et le manque d'investissement flagrant des prétendus partenaires. Une honte ! On pourra me reprocher de signaler ce manquement, mais je pense chaque fois à ceux qui passeront derrière nous et à qui l'on se contenterait de dire : "Ah bon, vous ne saviez pas ?!". Françoise réussit son pari invraisemblable, grâce à la sympathie de la vingtaine d'Anges et de tous les camarades venus lui prêter main forte. Pauline, secondée par Julia, dirigeait de main de maître les guides et groupes en partance pour chacun des quatre circuits possibles. La gentillesse et l'investissement des familles accueillant la meute des voyeurs bien intentionnés en bouleversèrent plus d'un(e)... Je rappelle que les consignes aux familles étaient de ne prêter aucune attention aux personnes pénétrant dans leurs appartements, ces visiteurs étant censés rester discrets, s'asseyant pour regarder l'un des films de Françoise, fictions ou documentaires, courts ou longs métrages, projetés ici sur le mur, ailleurs sur un écran d'ordinateur ou une télévision. Découvrir l'ensemble de son œuvre, du moins une grande partie, remet en perspective chacun de ses films dans son parcours singulier d'auteur.


Étienne Carton de Grammont, Igor et Françoise ont filmé des heures de rushes devant être montées d'ici quinze jours pour que le nouveau film soit projeté au Centre Pompidou par Les Cahiers du Cinéma dans le cadre du Festival d'Automne "Cinéma numérique", probablement le samedi 15 novembre dans l'après-midi.




Je ne livre ici qu'une toute petite sélection des photos d'Aldo Sperber (et dans de pâles reproductions au regard des originaux de quelques 50 millions de pixels !) qu'il mettra très bientôt en ligne sur son site ou sur Picturetank et dont Françoise fera une séquence dans le film d'1h40 qui réfléchira son parcours. À suivre...

mardi 28 octobre 2008

Repeindre la ville


Il y a huit ans, tout le monde m'avait dissuadé de peindre le mur d'enceinte du jardin en orange, sous prétexte que cela ferait cirque. Je m'étais laissé convaincre, mais je ne me suis jamais habitué au rose vomi derrière les barreaux. Pour gagner de la place en agrandissant le jardin, nous avons récemment remplacé les grilles en fer forgé par un petit mur et je suis revenu à la charge avec mon orange barnum. Françoise était évidemment enchantée de l'idée. J'ai fait attention que mes oranges bleues tintinesques s'accordent avec le jaune et turquoise de la maison d'à côté. Tandis que nous peignons la façade, presque tous les passants, jeunes et vieux, s'arrêtant pour commenter, louent le rayon de soleil que ma lubie jette sur le quartier. Il y a toujours quelques grincheux pour se plaindre, mais je suis content d'avoir tenu bon. Le gris de nos cités me déprime et j'espère bien donner ainsi l'exemple et voir fleurir bientôt dans la rue des fleurs immobilières ou automobiles de toutes les couleurs.

lundi 27 octobre 2008

Cocktail Gainsbourg


Comme je vais me coucher très tard après le happening délirant de Françoise à La Bellevilloise et que je donne un cours à 9h, je n'ai pas le temps d'écrire quoi que ce soit. Je ne vous laisse pas tomber pour autant et vous suggère une petite visite sur Poptronics, son équipe ayant concocté un délicieux cocktail Gainsbourg avec une flopée de vidéos formidables ! Si vous préférez écouter Bernard à la trompette, retrouvez Les oubliettes sur Deezer, et à demain pour de nouvelles aventures...

dimanche 26 octobre 2008

Happening unique ce soir à La Bellevilloise et alentour


Je recopie servilement le dossier de presse auquel j'ai participé en donnant un coup de main à Françoise pour cette soirée exceptionnelle puisque irreproductible. J'espère pouvoir y assurer mon rôle de joker bien que je me sois cassé le dos vendredi matin et que je ressemble vaguement à la Tour de Pise. Les analgésiques et les anti-inflammatoires me faisant planer, c'est une Tour de Pise en lévitation qui devrait vous accueiller demain...
Entre fiction et réalité…
À l’occasion de la sortie DVD du film Appelez-moi Madame, Alibi productions vous invite au Ciné-Romand de Françoise Romand : un happening en appartements autour de ses films, à La Bellevilloise et avec la complicité des voisins du quartier. Une installation ludique, entre fiction et réalité... À partir de son travail de réalisatrice, l’artiste génère une création à la croisée du théâtre documentaire et du cinématographe. L’ensemble réfléchit la fantaisie et la profondeur de son œuvre avec humour et générosité.
Françoise Romand
Après ses études à l'IDHEC (devenu la FEMIS), Françoise Romand réalise son premier film en 1985 Mix-Up ou Méli-Mélo découvert au Moma à New York et acclamé par la critique américaine. En 1986, Appelez-Moi Madame confirme son style à la frontière du documentaire et de la fiction et la conduira à enseigner le cinéma à Harvard. Son dernier film, Thème Je (2004) est une fiction expérimentale autobiographique (à paraître l'année prochaine).
En 2007, elle explose les frontières entre cinéma, spectacle vivant et Internet avec son premier Ciné-Romand. Aujourd'hui, en association avec La Bellevilloise, elle propose de renouveler l’expérience pour une soirée exceptionnelle…
Plus d’infos sur les sites www.romand.fr et www.cine-romand.com
Des photographies d'Aldo Sperber, mes propres impressions et photos sur ce blog lors du premier Ciné-Romand (1 2 3), la bande annonce sur YouTube...

N.B.: avis aux étourdis (dont je fais partie), nous venons de passer à l'heure d'hiver, donc retardez vos montres d'une heure ! On bégaie...

samedi 25 octobre 2008

Catastrophe


À vouloir trop en faire, je scie la branche sur laquelle je m'assieds pour rédiger mes articles quotidiens (et non quotidiennement). Cette différence me joue des tours. Comme il m'arrive de ne pas avoir le temps d'écrire, j'anticipe parfois en préparant un billet que je poste plus tard. À l'instant de publier je corrige souvent quelques effets de style ou je rajoute un lien hypertexte qui donnera les détails dont je ne souhaite pas m'encombrer. Ce matin je pensais publier une petite histoire lorsque je découvre qu'elle figure déjà depuis presque une semaine sur mon blog ! Évidemment ce jour-là il y en avait deux, mais je ne m'en suis pas aperçu. J'ai probablement décocher la case fatale sans faire attention. Pas moyen de revenir en arrière sinon en meublant l'espace vacant de mon imagination par ces lignes à dormir debout, je veux dire par ces lignes écrites assis, mais dormant debout, tant ma nuit fut courte. Est-ce important de savoir si c'est bien celle qui précède ou une autre ? Je m'en fiche comme de mes premières chaussettes, car mon côté obsessionnel ne va pas jusqu'à collectionner tout ce qui me vêt, encore que... Je garde à la cave mes vieilles frusques pour nettoyer les carreaux et cirer les godasses. Et puis toutes mes nuits sont courtes, vous le saviez. Comment, sinon, aurais-je le temps de vous retrouver chaque matin, de faire le reste de mon travail, les courses, d'entretenir la maisonnée, de voir les amis et tutti frutti ?
Demain dimanche est le Jour J pour Françoise. Nous vérifions le matériel : 5 vidéoprojecteurs, 2 plasmas géants, une dizaine de moniteurs télé, 18 casques, une quinzaine de systèmes son et de lecteurs DVD, tous les câbles et adaptateurs qui vont avec, les affichettes, les films... Pour visiter les dix appartements autour de La Bellevilloise, une vingtaine de guides prêtent main forte à Françoise qui les appelle des Anges. Pauline Fort l'assiste depuis des semaines. Avec Igor Juget et Étienne Carton de Grammont nous filmerons l'événement qu'elle devra monter avec Igor d'ici le 15 novembre pour que le film intitulé logiquement Ciné-Romand soit projeté au Centre Pompidou dans la programmation des Cahiers du Cinéma sur le cinéma numérique dans le cadre du Festival d'Automne. Un marathon chasse l'autre. Le film de 1h40 inclura des extraits de son œuvre dans l'esprit de la soirée de demain.
Le petit film qui ouvre cet article est la bande-annonce que Jean-Luc Godard a réalisé pour le Festival de Vienne en Autriche.
D'amour.

vendredi 24 octobre 2008

Angoisses au tamis du rêve


Je me suis réveillé au milieu de la nuit parce que "mon problème était d'être à l'heure". Pour ne pas arriver en retard à l'école, je courrais tous les jours avec mon cartable qui pesait une tonne. Je n'ai pas manqué un cours. Plus tard, je faisais le tour du pâté de maisons pour ne pas être en avance à mes rendez-vous. Je refusais d'entrer au cinéma si la séance était commencée. Pourquoi Françoise s'arrange-t-elle toujours pour que nous arrivions au dernier moment à la gare, quitte à rater le train ? Poussée d'adrénaline et de sueur au compteur ! À notre première sortie, elle est d'ailleurs arrivée dix minutes après que La symphonie du hanneton soit commencée. J'ai compris que cela ne serait pas facile, ni pour l'un ni pour l'autre.
Car la phrase de mon rêve cachait un autre sens. Il apparut comme je la répétais à voix basse en allant chercher un verre d'eau dans la salle de bain. "Mon problème était d'être râleur". Celles et ceux qui me connaissent savent que mon ton cache parfois mes intentions. Ma voix haut perchée peut devenir très désagréable si je m'emporte. Entendre là : lorsque la passion me fait m'envoler vers de hautes sphères jusqu'à dévaler la pente comme des boules de bowling sur des montagnes russes, la démonstration du tribun produisant une excitation à flanquer le vertige à mes interlocuteurs jusqu'à les rendre sourds. On peut me croire agressif, alors que ce n'est nullement mon propos. Quand il le faut, je sais aussi me défendre sans ambiguïté et j'ai vu des cheveux se dresser à l'horizontal devant ma réelle colère. Il ne s'agit pas de cela, mais d'un quiproquo généré par mes angoisses et celles de mes victimes. Je le suis aussi, bien évidemment, les miennes s'exprimant par le hiatus, les leurs par le motus.
Nous voilà bien ! Comprenez que dès lors il me soit impossible de me rendormir...

jeudi 23 octobre 2008

Appelez-moi Madame (4)


Françoise Romand a mis en ligne la bande annonce de son film Appelez-Moi Madame dont le DVD paraîtra officiellement le 17 novembre, distribué par Doriane (mais que l'on peut recevoir en primeur dès maintenant, pour 20€ port compris, en écrivant à alibiprod@free.fr) et qu'elle fêtera lors de son Ciné-Romand à La Bellevilloise dimanche prochain 26 octobre de 18h à 23h.
Le sujet ? Dans un petit village normand, un militant communiste, marié et père d'un adolescent, devient transsexuel à 55 ans, aidé par sa femme.
À sa sortie en 1987, le célèbre critique du New-York Times, Vincent Canby, écrivait "Miss Romand fait des documentaires uniques. Elle s'attache aux faits mais il y a certaines réalités que peu de romanciers ou écrivains supposés sérieux traiteraient si ce n'est sous des pseudonymes... Dans Appelez-moi Madame, la cinéaste nous fait partager sa curiosité, son étonnement et son regard..." Pour cette édition dont Étienne Mineur a conçu la pochette, Françoise a réalisé deux entretiens, l'un en français, l'autre en anglais, compléments de programme qui tranchent radicalement avec les bonus habituels !

Documentaires ou fictions, tous les films de Françoise Romand interrogent l'identité de ses personnages. Dans Mix-up ou Méli-mélo des bébés sont échangés à la naissance, dans Appelez-moi Madame un militant communiste devient transsexuel à 55 ans, dans Les miettes du purgatoire deux jumeaux vivent en symbiose avec leurs parents très âgés, dans Passé Composé un homme à la recherche douloureuse de son passé rencontre une femme amnésique qui fuit le sien, dans Vice Vertu et Vice Versa deux voisines de palier s'échangent leurs vies, l'une prostituée de luxe l'autre intellectuelle au chômage, jusqu'à Thème Je où la cinéaste retourne sur elle la caméra en fouillant les histoires de famille et les réinventant, se permettant avec elle-même ce qu'elle n'aurait jamais osé avec qui que soit d'autre.
Documentaires ou fictions, la cinéaste mord le trait et met en scène les hommes et les femmes de la vie réelle comme s'ils étaient des personnages de roman. Pour elle, la vérité n'a jamais existé au cinéma. Les regards face caméra renvoient au miroir du spectateur. Avec tendresse et compassion, Françoise Romand recompose le passé en faisant jouer aux protagonistes leurs propres rôles. Espiègle et complice, elle ouvre la porte à toutes leurs fantaisies.
Dès le début d'Appelez-moi Madame le ton est donné. Ovida Delect fait un signe de connivence à la caméra et raconte ses fantasmes que la cinéaste concrétisera en images. La musique de Nicolas Frize accompagne la mariée qui court au ralenti sur la plage. En 1986 dans un petit village normand, devenir transsexuel à 55 ans avec l'aide de sa femme n'est pas une mince affaire pour ce communiste et poète, ancien résistant resté muet sous la torture. L'amour d'Huguette pour son mari devenu femme transcende tous les poncifs et son douloureux sacrifice réfléchit le statut de toutes les femmes. Avoir été directrice de l'école maternelle fait passer la pilule auprès des villageois. Dans un micro-trottoir rythmé par le hachoir du boucher, la réalisatrice se débarrasse rapidement des remarques grivoises que le curé couronne. Les deux mamies tournent le dos à ces commérages. Les films de Françoise Romand évitent les commentaires, ils parlent d'eux-mêmes, réfléchissant les vies ordinaires de personnages extraordinaires sous l'œil fantasque de la mise en scène. Le drame se joue toujours dans la comédie. La distance n'est pas celle de l'auteur à son sujet, mais du sujet au filmage, rapprochant le spectateur au plus près de l'émotion en le faisant entrer incidemment dans les arcanes du cinéma.

Site dédié à Ciné-Romand

mercredi 22 octobre 2008

Pré-ONJ


Hier soir à La Balance avait lieu la soirée de présentation du nouvel Orchestre National de Jazz dont la direction artistique a été confiée à Daniel Yvinec. J'y allais sans penser au troisième épisode que je dois rédiger pour Jazz Magazine d'ici la fin du mois, puisque Franck Bergerot, son rédacteur en chef, avait envoyé un jeune journaliste et un photographe pour couvrir l'évènement en marge de mes chroniques. Yvinec avait demandé à ses musiciens de présenter de courtes pièces, souvent improvisées, en petites formations, histoire d'apprendre à se connaître, puisque certains ne s'étaient encore jamais rencontrés. Ce n'était donc pas un ONJ, mais les prémisses de quelque chose dont personne n'a encore l'idée, pas même ses protagonistes. Dire que le spectacle fut prometteur serait insultant tant l'alliage fut somptueux et les alliances merveilleuses par la variété et la richesse des émotions prodiguées. Ce fut un des plus agréables moments de musique que j'ai passé depuis longtemps. En face de chaque séquence, j'ai griffonné un mot dans l'obscurité écarlate de la salle qui se prêtait parfaitement à la musique de chambre.
Ève Risser (relève la tête ou je n'arriverai jamais à te prendre en photo !) ouvre le bal au piano et au synthétiseur : invention.
Antonin Tri Hoang la rejoint au sax alto : frénésie.
Ça commence bien, puisque c'est grâce à ces deux-là que je me suis intéressé au projet d'Yvinec...
Guillaume Poncelet à la trompette et au piano joue avec le guitariste Pierre Perchaud : tendresse.
À peine remis d'un accident de scooter il y a trois jours, Paul Brousseau pose sa béquille pour rejoindre claviers et batterie face au saxophoniste Matthieu Metzger : liberté.
Absent, Joce Mienniel a enregistré une vidéo projetée sur le mur, passant de la flûte aux effets vocaux didgeridesques, à la guimbarde avec retour à la flûte basse tandis que Yoann Serra l'accompagne en différé sur ses fûts : démesure.
Le batteur est rejoint par le bassiste Sylvain Daniel et le guitariste Pierre Perchaud, puis par Rémi Dumoulin au soprano : j'allais écrire funky, j'opte pour puissance.
Surprise en forme de coda, la chanteuse Karen Lanaud est accompagnée par Sylvain Daniel et Antonin Tri Hoang : sensualité.
Si l'ONJ arrive à préserver ces états de grâce où souffle un vent de jeunesse salutaire, l'addition risque d'être joyeuse !

mardi 21 octobre 2008

Prix de Camaraderie


Lorsque j'étais enfant, l'école communale distribuait des Prix en fin d'année à tous les bons élèves. S'il en est un que je n'ai jamais eu et ne pourrais jamais obtenir, malgré tout l'amour du monde que j'aurais pu offrir, c'était celui de camaraderie pour lequel mes condisciples votaient "démocratiquement". Pour y avoir droit, j'avais déjà remarqué qu'il ne fallait pas trop se faire remarquer. Le premier ou le dernier de la classe n'avaient donc aucune chance de se le voir attribuer, trop jalousés par le reste des petits garçons, que ce soit à cause du succès scolaire de l'un ou du vent de liberté insouciante qui soufflait sur l'autre. Cela peut paraître invraisemblable, comme venu d'un autre âge, mais toute ma scolarité, de l'école maternelle à la terminale, s'est exercée sans aucune mixité. École de garçons, en blouse grise et porte-plume, et lycée de garçons, t'ar ta gueule à la récré ! À l'école Théodore Deck rue Saint Lambert, ils avaient tous des noms assez marrants, je me souviens de Brisebras, Condevaux, Greilsamer, Fructus, Tempez... Sur toutes les photos de classe que j'ai pieusement conservées, je constate un truc étrange, Paul était absent.
En 9ème (l'équivalent du CE2), isolés par nos résultats extrêmes, Paul et moi devinrent amis. Sa maman était concierge et son père d'origine antillaise le faisait assimiler à un "sale bougnoule". Issu d'une famille où la politique était l'une des principales préoccupations, je pris illico sa défense tant sur le plan social que racial. De son côté, Paul (photo ci-dessus), qui était haut comme trois pommes, était nettement plus costaud que moi et, ne tolérant aucune agression verbale ou physique à mon égard, assumait le rôle de garde du corps. Ensemble, nous avons rêver de chasse au trésor, d'histoires de détectives et nous sommes allés aux louveteaux, dépendant des Éclaireurs de France, organisation scout laïque, où nous avons appris des milliards de choses pendant trois ans et bien rigolé. C'était mon meilleur copain. Lorsque je suis entré au lycée, je l'ai perdu de vue. Paul s'était engagé pour cinq ans dans l'armée, il avait ensuite été gardien de prison, vigile, légionnaire, pompier, il avait changé de nom, l'avait retrouvé, et lorsque j'entends sa voix au téléphone je nous revois faisant voguer des bateaux en papier dans le caniveau de la rue de la Croix Nivert. Aujourd'hui il est gardien dans un grand ensemble en province. Je ne l'ai pas revu depuis des décennies, mais je sais que j'aurai encore de ses nouvelles lorsqu'arrivera le mois de nos anniversaires, cette année ou une autre...
Si je devais voter un jour pour le meilleur camarade, Paul est certainement celui qui le mériterait.

lundi 20 octobre 2008

Peur(s) du noir


Est-ce d'avoir racheté la maison de Bernard dans le XVème qui a inspiré Etienne Robial, le directeur artistique de ce film à sept mains, mais l'ambiance est bien glauque et le graphisme noir à souhait. Noir et blanc pour être exact, mais le noir existerait-il sans blanc ? Les séquences de Blutch et Pierre di Sciullo dessinent les chaînes qui unissent celles des quatre autres, Charles Burns, Marie Caillou, Richard McGuire, Lorenzo Mattoti. Que j'ai une préférence pour Burns et Caillou importe peu, c'est la réunion de tous ces éléments hétérogènes mais unifiés qui fait l'intérêt de l'ensemble. Et encore au delà du film, ce sont les compléments de programme qui donnent au DVD toute sa tenue. Le principe finit par porter préjudice à la programmation en salles où ne seront projetés ni la passionnante visite guidée de l'exposition d'Angoulême par Robial (visite), ni les croquis et étapes intermédiaires, ni les vidéos et dessins des gagnants du concours MySpace autour du film, etc. Le travail sur le son (5.1) et les voix des comédiens, entre autres Aure Atika et Guillaume Depardieu, Nicole Garcia, Artur H, donnent au long métrage son allure cauchemardesque qui n'a rien de gore pour autant, rassurons les âmes sensibles. Le site livre à son tour maintes informations précieuses sur les uns et les autres que le boîtier du DVD tait scandaleusement.

A parte : cet après-midi lundi de 15h à 17h, je présente mon travail et glose sur les rapports du son et de l'image dans les médias audiovisuels et interactifs dans le cadre des rencontres médias avec les étudiants de Master 1 et 2 du Master Création et Édition Numériques de l'Université Paris 8. Cela se passe au Cnam, 2 rue Conté 75003 Paris, amphi Gustave Planté, 1er étage (bâtiment au fond de la cour à droite).

dimanche 19 octobre 2008

Petit cours élémentaire d'économie


Que s'est-il passé aux États Unis pour les deux millions de familles expulsées de leur maison (le chiffre est hélas très provisoire) ? Elles ont emprunté à taux variable : les premières années, le remboursement était extrêmement léger, et les suivantes le taux s'est envolé, ne leur permettant évidemment pas de suivre. Comme leur emprunt était garanti sur la valeur de l'hypothèque de "leur bien", elles ont tout perdu en étant saisies. Depuis, elles vivent sous des tentes ou des mobile-homes, et les maisons, vidées et non entretenues, s'écroulent. Ce n'est pas une très bonne affaire pour les banques qui ont initié ce modèle, puisqu'elles se sont écroulées à leur tour. C'est le scandale des subprimes. Il y a deux ans, fasciné par l'Amérique, ce qui nous sert de président vantait ce système !

L'endettement individuel est censé être un des garde-fous de la société capitaliste. Lorsqu'on a acheté à crédit son appartement, sa bagnole et son réfrigérateur, on se tient à carreau, on ne rue pas dans les brancards. L'accession à la propriété, sous des allures "démocratiques", est un système de contrôle. Maintenant, ceux qui sont à la rue n'ont plus rien à perdre. Et aux États Unis ils sont armés, car, s'ils ont perdu leur toit, ils ont conservé leur joujou qui fait du bruit et des étincelles quand on s'en sert.

Pourvu que leur conscience politique leur permette de faire les bons choix et qu'ils s'orientent vers une solidarité communiste plutôt qu'un repli communautaire revanchard ! En Allemagne, la crise de 1929 avait fait le lit du nazisme, ce national socialisme qui avait donné du travail à tous les chômeurs par sa politique des grands travaux et sa haine ciblée des capitalistes (annexant les uns et brûlant les autres avec toute la marmaille)... Aujourd'hui, craignons les chemises brunes plus que jamais, car face au désespoir, une population abrutie par l'intoxication médiatique est prête à l'absurde.

Merci à P.O.L. pour le lien vers la vidéo. Pour plus d'infos, voir L'argent dette.

Le langage du ventre


Comment faire un cadeau en orientant le choix du destinataire, sans choisir à sa place ou lui remettre bêtement un chèque ? Offrir un présent est pourtant une manière de dialogue entre deux êtres. Le choix implique de s'intéresser aux goûts de l'autre, message intime qui montre à quel point nous sommes à l'écoute de ses désirs. La SmartBox marque un entre-deux, dirigeant la sélection vers un pôle sans prendre de décision franche. Une aventure, un massage perso, un séjour ou un repas pour deux, un atelier initiatique, 31 boîtes de 30 à 400 euros pour combler tant de rêves inexprimés envahissent les abords des caisses enregistreuses. Cela fonctionne sur le même schéma que les chèques-cadeaux, en cernant le sujet sans lui imposer quoi que ce soit ni s'en débarrasser en sortant simplement son porte-feuilles. La formule fait déjà un malheur. À Noël, ma maman m'offrit Saveurs du Monde et Dégustation. Françoise et moi avions choisi un restaurant colombien et un magasin de chocolats ! Nous avons déjà dîné, il nous reste la dégustation commentée et les ganaches...

samedi 18 octobre 2008

La taxe pique-nique


Je croyais que Caro se fichait de moi, mais la taxe pique-nique n'était pas une de ses inventions taquines, mais celle, très sérieuse, du Ministre de l'Écologie, Jean-Louis Borloo, dont le nom rappelle celui des personnages des films de Jean-Pierre Mocky. "Un surcoût de 90 centimes sera appliqué aux produits non recyclables, comme les assiettes, les gobelets en carton ou les sacs en plastique." La taxe est donc perçue au kilo de vaisselle jetable et il est question de l'étendre aux sacs distribués aux caisses des magasins, aux briquets, rasoirs et adhésifs. Allez savoir maintenant si elle sera appliquée et comment, c'est comme toutes les mesures du gouvernement, les effets d'annonce comptent plus que les faits réels, ce qui parfois est assez dommage, et d'autres fois on l'a échappée belle...
On prétend pénaliser les producteurs et les consommateurs de déchets comme on moraliserait les banques. Quelle marrade ! On fait payer plutôt que changer les usages. On déforeste, on pollue, on souille, on brevète, on pasteurise, on faux-monnaye, on exploite, on assèche, on saigne, on canonne, on émet, on enterre, on gaze, on construit, on expulse, on reconduit à la frontière, et on taxe. L'impôt fait passer la pilule de l'absurde et du gâchis généralisé. Le droit de polluer n'est pas à la portée de n'importe qui, de n'importe quel État. Ce serait bête de s'en priver lorsque l'on en a les moyens.
"Les cons" fustigés par Jean Rochefort dans le film de Patrice Leconte, Tandem, vont encore raquer pour pouvoir se faire une petite bouffe en bordure de la route, à moins qu'ils boivent à la bouteille et jettent tout direct dans le bas fossé sans s'encombrer de sacs en plastique qui saliraient le paysage. Il est des pays où les champs de sacs en plastique bleu fleurissent à toutes les saisons. Les emballages à base de métal, les films plastique pour envelopper la barbaque dans les supermarchés, le polystyrène pour protéger les appareils ménagers, etc. seront-ils soumis aussi à taxe ? De son côté, avec les économies réalisées sur cette "taxe pique-nique", l'Élysée multipliera les cocktails dans de la vaisselle choisie et on y pètera dans la soie naturelle sans culpabilité mal placée d'avoir utilisé des produits de synthèse difficilement recyclables.
J'adorerais dîner avec les fonctionnaires qui ont pondu cette loi. Ce serait bigrement instructif.

Mon portrait sonore par Émilie Mousset


J'avais rencontré Émilie Mousset alors qu'elle était l'assistante de Anne-Laure Liégeois sur la pièce de théâtre Médée dont j'avais composé la partition sonore. Quelques temps plus tard, attirée par le son, Émilie est venue me rendre visite au studio pour réaliser un petit portrait sonore de ma pomme. Elle a ainsi ponctué notre entretien avec les instruments de musique dont j'ai joué pour elle. On entendra mon VFX (c'est un synthétiseur), des guimbardes, la trompette de poche, une varinette, des percussions, mes téléphones, une flûte, des petits jouets, un carillon de pots de fleurs, le piano qu'elle a mélangé pour en faire une bouillabesse à la fois chronologique, didactique et loufoque. Je ne sais pas si elle fait exprès de laisser du silence à la fin de l'extrait qu'elle m'envoie, mais sa référence indirecte à Mozart et Cage me plaît beaucoup !

Durée : un peu moins ou un peu plus de 7 minutes selon son goût pour le silence en question...

vendredi 17 octobre 2008

Amer béton (Tekkonkinkreet)


Une étudiante en Master 2 à Autograf m'a conseillé le film Tekkonkinkreet sorti en 2006 et dont le DVD est vendu seulement 10 euros sous le titre français Amer Béton. Le réalisateur Michael Arias est américain, mais a suffisamment vécu au Japon pour parler couramment la langue, ce qui lui permet d'être le premier gaijin, un "étranger", à diriger un film d'animation de cette ampleur. Dès le générique, nous sommes saisis par les audaces sonores, voix dans le noir, écart dynamique des intensités, et par la beauté du graphisme. Plusieurs techniques coexistent, dessins peints à la main côtoient infographie. Le souci du détail dans les décors, les costumes et les personnages est à l'honneur. La musique du groupe techno anglais Plaid est pertinente, même si elle obéit souvent aux règles dramaturgiques illustratives habituelles.


Après avoir produit The Animatrix, Michael Arias est tombé amoureux de la bande dessinée de Taiyo Matsumoto, le manga Tekkonkinkreet. Dans la jungle urbaine de Treasure City, deux orphelins surnommés les Chats, Noir, l'aîné responsable et pragmatique, et Blanc, le petit dans la lune, volent de toit en toit pour protéger leur territoire contre les bandes adverses et les yakuzas. Le scénario n'a rien d'exceptionnel, mais le film réalisé au Studio 4°C est sympathique, jouant sur la solidarité des plus démunis face aux manigances des promoteurs. On en prend plein les yeux et les oreilles, le travail sur le son est superbe et les images sont d'un éclat magique rendant parfaitement la palette multicolore et hétérogène d'une ville asiatique. Joli univers poétique.


On trouve tant de bandes-annonces du film et d'extraits que je ne sais plus que choisir pour vous mettre l'eau à la bouche, mais rien ne vaut la version 5.1 en 16/9 sur grand écran. Un ravissement absolu ! Ce troisième trailer me semble sonorisé avec une autre musique que celle de Plaid, peut-être cette mode pirate du mashup vidéo qui consiste à monter une musique d'une bande-annonce sur l'image d'une autre ?

jeudi 16 octobre 2008

Pommes d'argent au Souffle continu


Samedi après-midi j'ai dévalé la côte jusqu'au magasin de disques Le Souffle Continu que viennent d'ouvrir Théo Jarrier et Bernard Ducayron. On y trouve tout ce qui sort de l'ordinaire des grandes surfaces autrefois culturelles : du rock (indépendant, psyché 60's et 70's, post rock, free folk, krautrock, progressif, in opposition, no wave, hardcore 80's...), du jazz (free, improvisation libre...), de la musique expérimentale (classique contemporain du sérialisme au spectralisme, field recordings, électro-acoustique, concrète, fluxus, répétitif, minimaliste...), de l'électronique (electronica, dub, trip-hop...), du hard (heavy metal, trash, black metal, gothic, dark wave, electro indus...). Les prix sont plus que compétitifs et les deux compères aiment leur métier de disquaires. La boutique est sise au 22 rue Gerbier, au coin de la rue de la Roquette, avant d'arriver au Père Lachaise déserté par le fantôme de Jim Morrison. Ils n'y perdent pas au change puisqu'à l'endroit du passage piétons de la rue précédente, dite de la Croix Faubin, ont été préservées les cinq stèles sur lesquelles reposait la guillotine devant la porte de la prison de la Roquette de 1870 à 1909. La peine de mort a été abolie, celle du disque est partie remise.
Samedi après-midi il fait beau. Je ne repars pas les mains vides, puisque j'acquiers un livre d'entretien de Jacqueline Caux avec le regretté Luc Ferrari et que je découvre le second album des Silver Apples, perdus de vue depuis mon retour des USA en 1968. Du haut de mes quinze ans j'avais déjà un sacré nez puisque je rapportai dans mes bagages les trois premiers Mothers of Invention, les Silver Apples, Crown of Creation du Jefferson Airplane, David Peel and The Lower East Side, In-A-Gadda-Da-Vida (!) d'Iron Butterfly, Wild Man Fisher, et qu'à mon retour je trouvai chez Pan Music tenu par Adrien Nataf, mon premier contact avec un vrai disquaire, les deux premiers disques de Captain Beefheart, très vite suivis par White Noise, Sun Ra et Harry Partch...
En écoutant Contact deuxième album des Silver Apples datant de 1969, je me rends compte que c'était probablement la première fois que j'entendais du synthétiseur dans un environnement rock. La même année, le Switched-on-Bach de Walter (devenu Wendy) Carlos relevait plus de la prouesse technologique qu'il ne réfléchissait mes goûts rock 'n roll (en France, on disait "pop" plutôt que "rock" qui se référait alors à Elvis et consorts). Contact ressemble beaucoup à mon disque argenté dans lequel était glissé un poster couleurs plein de photos du duo sur les toits de N.Y., Dan Taylor jouait d'une batterie mélodique de 13 fûts et 5 cymbales et Simeon d'une batterie d'oscillateurs qui portait son nom. Le Simeon, composé de 9 oscillos contrôlés par 86 boutons, était joué avec les mains, les coudes et les genoux tandis que les pieds activaient les basses. Leurs voix reflétaient parfaitement l'époque psychédélique. Je terminai ainsi la soirée en me laissant bercer par leurs rythmes et leurs chansons.

mercredi 15 octobre 2008

L'iceberg de Sarti


Le scénographe Raymond Sarti a enfin terminé son site. La phrase correcte devrait être "Raymond Sarti a enfin commencé son site" tant ses œuvres se succèdent au rythme infernal d'une machine à coudre et que son activité est toujours tournée vers le futur, puisqu'elle se pratique en amont des projets. Le site divisé en quatre sections, Arts de la scène, Cinéma, Expositions, Architecture et paysage, recèle pas moins de 1600 documents, chaque image en cachant des dizaines d'autres, esquisses, dessins, plans, photographies, textes, presse... Un iceberg aux intonations chantantes de ses origines méditerranéennes !
J'ai évoqué ici notre rencontre sur J'accuse de Zola que nous montâmes avec Bohringer, Fonfrède, une harmonie de 70 musiciens dans une mise en scène d'Ahmed Madani, je reviendrai un de ces jours sur l'année passée ensemble à réaliser l'exposition-spectacle Il était une fois la fête foraine à la Grande Halle de La Villette (CD épuisé chez Auvidis) ou plus tard The Extraordinary Museum au Japon et Jours de cirque à Monaco, au Grimaldi Forum. Pour nous, Raymond dessina les décors gigantesques du K que le Drame monta aussi avec Richard Bohringer et Daniel Laloux (CD), les costumes de Crasse-Tignasse (CD pour enfants également épuisé, ce qui explique que j'ai produit la majorité de mes disques, ceux-ci toujours disponibles contrairement à ceux sortis sur d'autres labels plus importants !), il fit les dessins de Kind Lieder (CD... Avec ici en photo la vitrine de la Fnac, entièrement constituée de vinyles du Drame, entre Sonia Delaunay et Arman), les pochettes d'Urgent Meeting (CD) et Opération Blow Up (CD)... J'ai choisi d'évoquer ces contributions, car, activités minoritaires, elles ne figurent pas dans le site de Raymond, comme la veste magnifique qu'il peignit à la main en imitant des bas-reliefs romains et que j'enfile de temps en temps pour remplacer un smoking. Plus elle s'élime, plus elle embellit !
Raymond Sarti sait gérer des projets pharaoniques, mais aussi produire un effet bœuf avec trois francs six sous. Et puis c'est un ami, un petit frère. Il possède une tendresse, une fragilité qui font transpirer d'humanité les murs, sols et plafonds, donnant à ses jeux de construction des allures d'éternité alors qu'il a tout imaginé et construit dans l'éphémère. Si le temps semble s'être écoulé, c'est seulement celui du spectateur ou du promeneur...

mardi 14 octobre 2008

Tant que les heures passent


"Tant que les heures passent", bouillonnements, crépitements, piaillements forment les éléments d'une pâte organique qui ouvre sa porte à la matière humaine, à sa mécanique des fluides, dévorant la nature au fur et à mesure qu'elle la découvre et la traverse. Les corps sonores sont donnés pour ce qu'ils sont. Aucun anthropomorphisme ne vient pervertir ni leur rythme ferroviaire ni les timbres reconnaissables pour celle ou celui qui pratique l'art des bruits. Car si Bérangère Maximin choisit des sonorités communes à nombreuses œuvres électro-acoustiques elle sait les faire raisonner (la faute est de bon ton) en les agençant à sa façon.
Cela ne fait que commencer. "Boudmo" suinte jusqu'à transformer la baignoire en grotte humide et l'émail en puits sans fond. La main fait grincer les insectes de métal. L'alchimie devient sensuelle.
La voix parlée fait son entrée dans ""Ce corps vil", à la fois ingénue et vicieuse. Part One : échappée de son île, elle plonge dans un aquarium. On voit tout. Part Two : les murs se rapprochent, asphyxie. Qu'est-ce qui fait qu'une musique électro-acoustique se mette à vivre, à swinguer, quand tant d'autres nous endorment ? L'urgence, quelques hésitations, éviter le contrôle à tout prix, c'est dans les failles que la personnalité se dévoile. Enfermée à double tour, la compositrice devenue auteure s'échappe par les fentes du bois, par des trous de serrures mal obstrués, par de fausses lianes incarnées par le geste.
Le geste instrumental, c'est là le secret !
Les pièces sont très différentes les unes des autres. Avec gumbri, karkabas, violons tziganes et flûte océanique, le rapide intermède "Voyages morphologiques" épingle le pittoresque comme un papillon. Cruel ! Cruelle ?
"Si ce n'est toi (If It's Not You)" rappelle les archets pointus, introduit les cuivres glissants, pour finalement créer le malaise auquel on ne croyait plus, trop habitués aux convenances de l'institution. Ça dégouline, ça gerbe dans le trop plein, ça déborde. Comme on se sent mieux, après ! Après l'alerte, même si ça tourne encore...
Last but not least des surprises que recèlent l'album "Tant que les heures passent" paru chez Tzadik (dist. Orkhêstra), le magma électro-acoustique se transforme en solo de batterie, free jazz, rituel sauvage de nos jungles urbaines où le corps rejoint la machine pour des noces tant attendues qu'on n'en avait oublié l'heure qu'il est.

lundi 13 octobre 2008

Sus aux Banksters !


Je ne remercierai jamais assez mes rabatteurs qui me conseillent et m'envoient de petits sujets pour que mon inspiration ne se tarisse pas et que je reste fidèle au poste chaque jour de la semaine. Si je compte le temps passé à écrire chaque jour ici et ailleurs je n'en suis pas encore aux 35 heures, mais je m'en approche, ce qui me laisse tout de même une soixantaine d'heures pour m'occuper du reste de mon boulot !
The Job, le film que m'indique cette fois Pierre-Oscar Lévy, prend une valeur toute particulière en ces temps de crise où l'avenir est plus qu'incertain. Dans Le Monde d'hier, Immanuel Wallerstein, l'un des initiateurs du mouvement altermondialiste, fondateur et directeur du Centre Fernand-Braudel pour l'étude de l'économie des systèmes historiques et des civilisations de l'université de l'Etat de New York, à Binghamton, annonce que "le capitalisme touche à sa fin" sans savoir pour autant quel système lui succédera. L'entretien est passionnant. En ce qui concerne le film de Jonathan Browning, Grand Prix 2008 du 10e Festival des Très Courts, remarquez que c'est la bande-son qui donne tout son sens à l'action. On pourrait raconter une toute autre histoire en changeant de musique, ce qui n'est évidemment pas ici notre propos. Si les plus pauvres vont morfler un maximum, ni les classes moyennes ni aucun secteur ne seront épargnés... Et Antoine Schmitt de surenchérir en pointant un autre film, plus long cette fois et sérieusement instructif, L'argent dette.


En 52 minutes, le film didactique de Paul Grignon est clair, dense et brillant, même s'il demande un petit effort pour comprendre l'incroyable réalité de l'arnaque du système (English version available). Il explique d'abord historiquement la création de l'argent, du prêt, des banques, et donc comment créer de l'argent à partir de rien du tout. L'ère moderne a poussé le bouchon jusqu'à créer l'argent virtuellement à partir des dettes des emprunteurs. Sans dettes il n'y aurait pas d'argent. Quand les prêts chutent, l'argent se dissout, et les saisies entraînent le système dans la crise. Le monstre s'auto-dévore. Les ressources naturelles sont pillées. Les États sont évidemment complices. La notion même de croissance est mise en question. Vous pouvez commander le DVD sur MoneyAsDebt (version française PAL disponible), un site bourré d'informations indispensables sur la crise avec force citations historiques, liens, textes, etc. Allez jeter un coup d'œil, vous n'en ressortirez pas indemnes !

P.S. : Si le lien avec Vimeo est coupé, vous pouvez regarder le film en plusieurs parties sur DailyMotion, et Arrêt sur images a réalisé un petit dossier.

dimanche 12 octobre 2008

RjDj explose la réalité sonore


Antoine Schmitt me signale une application amusante pour l'iPhone qu'il aurait bien aimé avoir réalisée, mais l'Autrichien Michael Breidenbruecker l'a devancé du haut de ses Alpages en plaçant RjDj sur l'Apple Store. Lorsqu'on se pare de l'headset de son iPhone, le logiciel traite en temps réel les sons du micro et les restitue transformés dans le casque. Rien d'extraordinaire pour l'instant dans les mutations générées si ce n'est que l'idée est particulièrement adaptée à l'objet nomade. Les distorsions de la réalité sont amusantes, excitantes ou relaxantes selon les programmes appelés ici des "scènes". L'interface est simple et élégante, et l'équipe de RjDj appelle les programmeurs à contribuer au développement de nouvelles scènes en diffusant le kit librement, à condition de se mettre au langage Pure Data, une déclinaison voisine du logiciel Max. Moi qui n'écoute jamais de musique au casque façon baladeur, j'ai hâte de l'expérimenter dans la rue, le métro ou en forêt. Les possibilités sont plus grandes qu'il n'y paraît et nous pouvons dores et déjà pervertir notre environnement sonore en le rendant plus psychédélique et imaginer d'autres scènes ébouriffantes !
RjDj Single est gratuite, mais n'offre qu'une seule scène, Echolon de Damian Stewart, une bonne façon de tester l'application avant de craquer pour RjDj Album, un choix de six scènes (Eargasm, Gridwalker, Loopinger, Noia, WorldQuantizer...) pour la somme dérisoire de 2,39 euros.

samedi 11 octobre 2008

Ping Pong pour deux somnambules


Durée de chaque film :
Jumeau Bar 4'08 - Modified 6'07 - L'ardoise 5'33 - Les dormeurs 3'17

Voilà, nous avons ajouté une page à notre collaboration pour qu'elle se poursuive ici et ailleurs. Depuis que je joue en duo avec Nicolas Clauss, je suis aux anges lorsque nous nous produisons en spectacle. Sous le nom de Somnambules, nous avions adoré jouer avec d'autres musiciens tels Pascale Labbé, Didier Petit, Étienne Brunet, Éric Échampard, mais j'étais trop préoccupé par l'orchestre pour me fondre totalement aux tableaux interactifs de Nicolas.
Bien que je sois capable de produire autant de bruit qu'un grand orchestre, je n'ai jamais apprécié le solo, pas tant pour la musique que pour le plaisir du ping pong. Les images que mon camarade anime en direct me renvoient une critique, des propositions, un univers qui me stimulent et me permettent d'improviser librement. D'un spectacle à l'autre, nos interprétations à tous deux peuvent différer radicalement, nous créons de nouvelles œuvres, nous en donnant à cœur-joie. Ce billet n'apporte aucune analyse, les films parlent d'eux-mêmes, aujourd'hui mes notes livrent seulement quelques informations "techniques"...
Ainsi, nous commençons souvent avec Jumeau Bar dont je transforme les sons avec mon Eventide H3000, une sorte de synthétiseur d'effets que j'ai programmé pour passer les sons à la moulinette. Nicolas construit également ses boucles en proposant sa propre version du module interactif original. Si vous allez sur FlyingPuppet, vous pourrez jouer vous-même avec la vidéo... Pervertir le travail que j'ai réalisé il y a quelques années est une opération très amusante. Je tire le scénario vers l'humour, en trafiquant les sons synchronisés, en exagérant les nuances par des effets appropriés à chaque plan.


J'ai placé les quatre films sur DailyMotion et YouTube, mais je préfère en général le premier qui n'incruste pas son nom dans l'image comme on marque les troupeaux. Modified est le dernier tableau de Nicolas Clauss, pas encore en ligne, le plasticien hésitant à l'heure actuelle entre exposer ses tableaux animés sur le Net ou off line dans des espaces réels. La rareté produirait-elle plus de désir ? Le plus souvent, ses œuvres rendent mieux leur jus lorsqu'elles sont projetées sur de grands écrans, les ordinateurs ne rendant pas la beauté du détail, l'émotion de l'immersion...
En modifiant électroniquement ma voix, une cythare inanga (rapportée de Stockholm en 1972), un violon hou-kin (achetée deux ans plus tard rue Xavier Privas) et une flûte roumaine (je ne me souviens plus d'où elle vient, mais ses sons stridents passent au-dessus de n'importe quel ensemble ou magma électro-acoustique), je suis la logique du tableau interactif joué en direct par Nicolas, un Organisme Programmatiquement Modifiable...


Avec deux petits instruments électroniques, un Tenori-on et un Kaossilator, j'accompagne les divagations dessinées d'une bande de gamins avec qui Nicolas a élaboré l'installation interactive de L'ardoise. J'ai réussi à m'approprier le Tenori-on depuis que j'y ai glissé mes propres sons. Il n'y a hélas que trois banques personnelles pour 125 timbres d'usine. J'utilise ici des échantillons de mon VFX. Le Kaossilator me sert de joker. Lorsqu'on improvise, il est toujours utile d'avoir plus de matériel que ce dont on a besoin. Au dernier moment, j'ai décidé d'ajouter une radiophonie réalisée en 1976, premier mouvement de mon inédite Elfe's Symphonie que je diffuse avec un cassettophone pourri. Depuis, je l'ai numérisée pour pouvoir la traiter électro-acoustiquement avec l'AirFx, un autre effet qui permet, par exemple, de scratcher n'importe quelle source sonore comme un DJ sur sa platine, mais sans y toucher, en jouant avec un rayon infra-rouge en 3D !


Le dernier film qu'a tourné Françoise à La Comète 347 montre Les dormeurs, une pièce de Nicolas de 2002 que j'aime beaucoup et que j'accompagne à la trompette à anche. Comme Jumeau Bar, vous pouvez jouer vous-même avec en allant sur le site après avoir téléchargé le plug-in Shockwave.

vendredi 10 octobre 2008

Que Dieu garde son calendrier !


Un Pakistanais sans papier a probablement glissé dans ma boîte aux lettres ce calendrier offert par l'agence immobilière Orpi. C'est le premier de l'année, le premier de l'année 2009, support de publicité aux services divers, serrurerie pour protéger son habitation, plomberie ou électricité pour réparer les appareils de moins en moins solides, etc. Plié, l'objet ressemble à un carnet à spirales prétendant réfléchir le rythme scolaire de notre laïcité. Au centre la double page cartonnée rappelle la sempiternelle liste des saints et des jours fériés. On ne voit pas le cycle lunaire qui est pourtant le seul truc qui excite ma curiosité. Par contre, le verso répertorie toutes les fêtes religieuses, boudhistes (2), musulmanes (10), juives (9) et chrétiennes (7). Blasphématoire, Orpi a beau titrer que l'agence est "toujours à vos côtés", en tant qu'athée je me sens exclu par sa politique commerciale communautariste. Je repense à la "formule ridicule" attribuée abusivement à André Malraux qui n'a jamais dit « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas », mais « le grand problème du XXIe siècle sera celui des religions », ce qui est radicalement différent ! Il ne manque plus que le programme télé pour que le panorama des religions soit complet, mis à jour en somme pour le nouveau siècle, avec signalement des horaires précis du Journal Télévisé selon les chaînes, pour qu'aucune congrégation ne soit laissée pour compte.
Travailleur indépendant infatigable, ma seule riposte sera d'ignorer les week-ends, les jours fériés, les commémorations, les jours de grève, les services minimum, en me mettant en vacance de ce planning grillagé pour vivre chaque jour comme si c'était le dernier... Ou le premier, ébauche d'un refus et de d'une résistance plus urgente que jamais.

jeudi 9 octobre 2008

Octobre, le mois des krachs


19 octobre 1987. Le "hasard" fait bien les choses. Le lendemain matin, Un Drame Musical Instantané avait rendez-vous avec Jean-Jacques Henry aux Archives du Film de Bois d'Arcy pour assister à la projection de la copie rénovée du film L'argent, d'après le roman d'Émile Zola, dont nous devions composer la musique à l'occasion du centenaire du cinéaste Marcel L'Herbier. Lors de la sortie du DVD j'avais publié en avril dernier cette photo de Bernard, Francis et moi lisant chacun un quotidien faisant leur une du "lundi noir". La veille au soir, je zappais en direct les chaînes télé pour concocter un petit montage sonore "radiophonique" sans les images, sans collure ni aucune manipulation d'aucune sorte, juste au bouton de pause, sur le krach boursier que tous les commentateurs comparaient au ''jeudi noir'' du 24 octobre 1929. J'avais immédiatement eu l'idée de l'intégrer à notre partition de ce film-fleuve :
© GRRR 1987
Après avoir ajouté un dernier élément hétérogène en coda, un enregistrement de notre grand orchestre pour faire le lien avec le trio se préparant à jouer plus de trois heures en direct dans l'obscurité, j'intitulai Retournement de tendance ou nouveau vertige ce premier mouvement montrant que ce sont les mêmes schémas depuis Zola et que le film de 1928 (!) reste d'une actualité brûlante, d'ailleurs tant dans sa plastique que dans son analyse économique et politique. Le roman, écrit en 1891 en plein scandale de Panama, s'inspirait lui-même du krach de l'Union Générale dix ans plus tôt. Quatre vingts ans après le film, rien n'a changé. Ecoutez encore le discours d'il y a vingt et un an, ce sont les mêmes mots, ce qui montre aussi que feindre la surprise est d'un cynisme achevé.
Certains parlent aussi de moraliser le secteur bancaire et financier. C'est une blague ! On ne peut moraliser une entreprise de vol caractérisé. Tant que les hommes et les femmes ne se révoltent pas contre cette escroquerie institutionnelle, l'empire du crime a de beaux jours devant lui.

mercredi 8 octobre 2008

Petits ours jaloux et sombres crapules


Nous ne cessons de recevoir des plaintes d'amateurs de civets qui n'ont pu assister samedi soir à Nabaz'mob, notre opéra pour 100 lapins communicants. Ceux qui ont eu la chance de voir de quoi il retourne nous envoient des témoignages de gratitude et non des moindres... Nous ne pouvons pas encore tout dévoiler, mais je vous livre aujourd'hui une exquise miniature reçue ce matin par la poste. Maguy Siegel, qui fut la monteuse de plusieurs films de Françoise, intitule le tableau que j'expose avec gourmandise dans la salle à manger "Petits ours jaloux des petits lapins". Miam !
Quant à l'écrivaine publique Dominique Giudicelli, "biographe familiale agréée", elle nous envoie un des rares clichés où Antoine et moi apparaissons sur la photo de famille avec toute la marmaille.


Ces délicates attentions soulagent mon fardeau. Ce devait être un billet léger. Hélas, les pensées sombres me rattrapent. Ceux qui se fichent du krach boursier parce qu'ils pensent ne rien avoir à perdre se trompent. Ce sont ceux qui n'ont rien qui vont en pâtir le plus. Les prix vont monter, le chômage s'amplifier, les fins de mois seront plus pénibles. Les autres s'empiffreront ou se serreront un peu la ceinture sur leurs à-valoir. La bourgeoisie joue à fais-moi peur, mais la Bourse n'est qu'une énorme machination des puissants pour piller les petits porteurs et se refaire une santé après avoir tiré sur la corde.
Ce soir, les facéties de nos petites bêtes ne me font pas rire. Peut-être parce que j'ai regardé un film triste, Boy A, de John Crowley, l'histoire d'un jeune Anglais qui essaie de refaire sa vie mais dont le passé le poursuit par l'entremise de la connerie humaine. Jacques Brel disait qu'il n'y a pas de gens méchants, mais seulement des imbéciles. Elsa me demande pourquoi il fut traité de boy-scout ? Je ne savais pas, mais c'est ainsi que les humanistes sont perçus, naïfs hypersensibles et volontaristes...

mardi 7 octobre 2008

Traquenard sur la TSF


Sébastien Vidal et Laurent Sapir m'invitaient hier soir à parler des blogs dans leur émission sur TSF au Duc des Lombards. Le club de jazz appartient désormais au même propriétaire que TSF, actionnaire unique depuis la mort de Jean-François Bizot, et patron de Pierre et Vacances. J'ignorais que j'étais supposé servir de faire-valoir au journaliste Pierre Assouline, responsable du blog La République des Livres et auteur du récent bouquin Brèves de Blog. Les deux responsables de l'émission s'adressant essentiellement à leur collègue journaliste, au demeurant intéressant, j'étais obligé de lui couper de temps en temps la parole si je voulais en placer une, que ce soit sur le Blog des Allumés du Jazz que j'initiai il y a déjà un bail ou sur le mien, accessoirement. Le temps qui nous était imparti ne nous permettait, de toute manière, que d'exprimer quelques banalités pour les pratiquants en restant abscons pour les autres.
Lorsque Assouline aborda le calamiteux dialogue Houellebecq-BHL, j'arrivai tout de même à évoquer mon propre duo avec l'auteur des Particules élémentaires et du Sens du combat, CD qui ne s'est évidemment pas vendu comme sont supposés le faire les 110000 exemplaires mis en place par les services marketing de Grasset et Flammarion conjugués, et lui glissai un exemplaire de notre Établissement d'un ciel d'alternance paru en début d'année chez GRRR et distribué par Orkhêstra, à mon avis parmi ce que Michel a produit de meilleur, loin des provocations puériles qui ont fait son succès et oblitéré ses réelles qualités de poète.
La suite, sur le plus lu de tous les blogs littéraires ? Je crains que mon service marketing ne soit pas à la hauteur...

lundi 6 octobre 2008

Réservez dores et déjà votre Ciné-Romand


Pour annoncer son nouveau Ciné-Romand à La Bellevilloise le dimanche 26 octobre prochain, Françoise Romand a mis en ligne un petit film de la première à Paris en mars 2007. Le happening commençait chez elle et se continuait en jeu de piste dans son immeuble 1930 avec la complicité de ses voisins, chez eux, entre fiction et réalité.
Les spectateurs se perdent dans le labyrinthe, de la cave aux chambres de bonne en passant par des appartements aux portes entrouvertes où il surprennent des scènes de la vie quotidienne avec la télé diffusant en boucle ses documentaires ou ses fictions. À partir de son travail de réalisatrice, Françoise génère une création à la croisée du théâtre documentaire et du cinéma, réfléchissant la fantaisie et la profondeur de son œuvre avec humour et générosité. Le petit montage intègre les photos d'Aldo Sperber et vous pouvez retrouver le carnet mondain de ces soirées façon Gala relatées sur ce blog les 12, 17, 19 et 20 mars 2007.
Françoise réitère l'expérience pour une soirée unique à La Bellevilloise et dans des appartements alentour. Ce sera un dimanche comme hier. Le nombre de places étant limité, il est prudent de s'inscrire dores et déjà en écrivant à alibiprod@free.fr
En même temps, sort son second DVD, Appelez-moi Madame, distribué par Doriane Films.

dimanche 5 octobre 2008

Succès délirant de notre opéra Nabaz'mob


La matinée avait mal commencée. Je suis déjà en route lorsque qu'Antoine m'appelle pour me prévenir qu'il ne sera pas à l'heure au montage de notre opéra à Bercy Village. Sa vieille Clio, sur le parking de la gare près de chez lui, s'est fait vandalisée dans la nuit. Les gamins sont allés jusqu'à déchirer en petits morceaux tous les papiers qu'ils ont trouvés, les contraventions dans la boîte à gants (!), s'attaquant au siège bébé, défonçant le tableau de bord, arrachant les leviers... En agrandissant la photo, on aperçoit la mine déconfite et médusée de sa compagne et de sa fille découvrant le sinistre. Tout au long de cette folle journée, les mœurs humaines n'en finiront pas de nous surprendre...
Sous le Passage Saint-Vivant, vestige en pierre de taille des anciens entrepôts, Benoît et Daniel m'aident à placer les 100 lapins sur les podiums en gradins. Devant la difficulté de sonoriser les petites bêtes dont le son est très discret, nous plaçons les enceintes des haut-parleurs au milieu de la ruelle couverte pour que le public entende la musique au fond de la salle tandis que les premiers rangs profitent du son direct des cent petits haut-parleurs cachés dans le ventre des Nabaztags.
Avant même que le soir ne soit tombé, l'attraction des petits robots wi-fi provoque une affluence encore jamais vue à Bercy-Village. Les scanners placés sous les portiques des entrées nous donneront bientôt les chiffres de fréquentation, des milliers de noctambules faisant la queue jusqu'à deux heures du matin bien que la fin du spectacle ait été annoncée. Dès la seconde représentation, là où nous attendions vingt enfants du Parcours Paris-Mômes, il en arrive deux cents. Nous multiplierons les séances, en enchaînant dix coup sur coup au lieu des six prévues, mais nous ne pourrons accueillir que le quart des spectateurs venus assister à notre opéra Nabaz'mob. Des dizaines de copains feront demi-tour, découragés par la foule compacte qui a envahi le Cour Saint-Emilion. France 2, France 3, TF1 se succèdent pour leurs journaux respectifs d'aujourd'hui dimanche. Antoine reste zen, donnant l'ordre aux bestioles d'entamer chacun des trois mouvements les uns après les autres, tandis que je tente de gérer la salle, l'afflux, la presse et le stress que produit chez moi autant de monde. La dernière séance est ponctuée des cris des manifestants dépités de n'avoir pu assister au spectacle. À leur tour, ils entonnent en chœur "Libérez les lapins !". Ceux-ci, stoïques jusqu'au bout de la soirée, sauront imposer le silence pour se faire écouter.
Maÿlis et Françoise nous aident à ranger les bestioles et leurs oreilles articulées dans leurs malles. Il est trois heures lorsque nous regagnons nos pénates, fourbus, mais évidemment contents du succès remporté par notre opéra contemporain, nous remémorant les milliers d'yeux pétillants que le spectacle a enchanté tout au long de cette Nuit Blanche hallucinante.

samedi 4 octobre 2008

Nabaz'mob à la Nuit Blanche, 6 représentations à Bercy Village


C'est ce soir le grand soir. Nos lapins sortent pour jouer leur partition du diable. Sans sa chorégraphie auriculaire et lumineuse, leur chant instrumental aurait-il le même pouvoir de séduction ? J'en doute. Comme chacun sait, la musique contemporaine avec les documentaires animaliers, cela fonctionne très bien ! Notre fiction critique et lagomorphe semble obéir aux mêmes lois, celles des utopies.

Nabaz’mob à la Nuit Blanche
Opéra pour 100 lapins communicants Nabaztag
Chorégraphie et musique d’Antoine Schmitt et Jean-Jacques Birgé
Samedi 4 octobre
séances de 23 minutes, ce soir à 20h / 21h / 22h / 23h / 24h / 1h
Bercy Village, passage Saint-Vivant – Paris 12e
M° Cour Saint-Emilion (ligne 14, ouverte toute la nuit, les autres métros roulant jusqu'à 2h15 !)

100 lapins Nabaztag interprètent, tous ensemble, un opéra composé par Antoine Schmitt et Jean-Jacques Birgé. Convoquant John Cage, Steve Reich, Conlon Nancarrow ou György Ligeti, cette partition musicale et chorégraphique ouverte en trois mouvements, transmise par Wifi, joue sur la tension entre communion de l'ensemble et comportement individuel, pour créer une œuvre forte et engagée. Cet opéra questionne les problématiques du comment être ensemble, de l'organisation, de la décision et du contrôle, qui sont de plus en plus centrales et délicates dans notre monde contemporain.
Antoine Schmitt et Jean-Jacques Birgé sont respectivement le designer comportemental et le designer sonore du lapin Nabaztag fabriqué par Violet. Ils ont choisi de pervertir l'objet industriel pour en faire une œuvre artistique où la chorégraphie d'oreilles, les jeux de lumière et les cent petits haut-parleurs cachés dans le ventre de chaque lapin forment une écriture à trois voix s'appuyant sur le décalage temporel et la répétition, la programmation et l'indiscipline.
Une Nuit Blanche à Bercy Village pour les petits et les grands : à voir absolument et en profiter aussi pour voir l’exposition de Paris Mômes «Photographie la nuit».

Renseignements pour le public au 01 40 02 91 98

vendredi 3 octobre 2008

Rêve de palmiers


Pas question de le croquer avant de l'avoir terminé, disait Auguste Renoir à sa cuisinière tandis que la famille affamée attendait qu'il ait fini de peindre le poisson pour passer à table. Photo ! Le palmier de la boulangerie de la Place du Vel d'Hiv aux Lilas est à se damner. Contrairement à la pâte feuilletée croquante qui s'effrite souvent, il est moelleux comme un oreiller qui aurait retrouvé ses formes au réveil. Il fond dans la bouche, mortel ! Je le retourne, comme un "cœur, pareil à une flamme renversée". C'est le calligramme gravé sur la tombe de Guillaume Apollinaire au Père Lachaise. J'aimerais que sur la mienne on distribue des palmiers qui font rêver d'ailleurs, paradis artificiels qui vous réconcilient avec la vie, promesses de lendemains qui chantent... Son parfum de sucre colle aux dents comme une douce vitamine. À 31 ans, je me souviens m'être dit qu'un jour j'aurai de quoi m'acheter un croissant lorsque j'en aurai envie. Il faut apprendre à être patient. Ah, le lyrisme boulanger !

jeudi 2 octobre 2008

100 lapins de plus en plus impatients avant la Nuit Blanche


Nous pensions attendre sagement samedi, mais nous voyons des lapins partout, nous lisons du lapin, nous entendons du lapin, nous mangeons du lapin.
Dans Le Journal du Dimanche du 28 septembre, le commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint-Cyr, président du Palais de Tokyo, suggère les douze artistes "à ne pas louper" dont nous faisons partie : "Deux compositeurs qui convoquent des génies comme John Cage, monument de la composition, de l'art conceptuel... C'est une œuvre enveloppante tournée vers le futur, et toutes les possibilités qu'elle annonce me rendent optimiste." Youpi ! Télérama en fait la une de Sortir. C'est l'un des sujets du Parcours-Jeu Enfant de Paris-Mômes. Comme les autres, le Festival Musiques Libres de Besançon prend la même photo pour son affiche, même s'il en choisit une autre pour son programme... J'en ai pris plein d'autres dont on peut voir des échantillons sur le site de Nabaz'mob, toutes libres de droits ! Car c'est probablement le secret. Une bonne photo a toujours de bonnes chances d'être publiée. Si, en plus, elle ne coûte rien, le tour est joué. Revers de la médaille, il est aujourd'hui difficile aux photographes de placer leurs photos tandis que les sites d'images libres de droits fleurissent sur le Net comme des champs de carottes, sans parler du droit à l'image qui complique considérablement le métier. Que nous soyons compositeurs de musique, plasticiens, cinéastes, graphistes, photographes, seule la qualité de notre travail peut faire la différence. Comme vous connaissez mon goût pour les changements d'angle, je souhaite vivement que des professionnels de l'optique et du déclencheur s'emparent de notre travail !
En attendant samedi et sa Nuit Blanche, Antoine Schmitt et moi-même fignolons Mir:ror, le futur objet de Violet, nouvel accessoire qui flattera le narcissisme de nos bestioles, tentées par l'indiscipline malgré l'organisation qui les régule...

mercredi 1 octobre 2008

Les vies intimes de Barry Purves


His Intimate Lives, le DVD de l'animateur-marionnettiste anglais Barry Purves (site à butiner, c'est du miel) est accompagné d'un somptueux livret de 80 pages en largeur (Potemkine). Lorsque l'objet fait masse on dit que c'est une petite merveille. On ne compare pas les six films d'animation à la Pyramide de Khéops ou aux jardins de Babylone, mais ils en imposent par la maîtrise et la variété des tons. Bonus indispensables, la présentation de chaque film par l'auteur-réalisateur-animateur et son entretien avec Michel Ocelot apportent toute la lumière sur son travail d'orfèvre. Le livret rappelle les clés de l'animation image par image (stop motion) : l'écriture et la pré-production, la fabrication des marionnettes, la création des décors, l'éclairage et l'organisation du tournage, l'animation et la réalisation, la post-production.


De Next (1989) qui met en scène William Shakespeare au burlesque Hamilton Mattress (2001), chaque film possède sa propre ambiance, sa couleur, sa petite musique.


L'épuré Screen Play utilise les règles du Kabuki et du Bunraku (il y a vingt ans, j'avais adoré composer la musique de Bunraku, fantômes de la mémoire pour Jocelyne Leclercq et la Cinémathèque Albert Kahn !). Rigoletto (1993) est une réduction de trente minutes du tragique opéra de Verdi en version anglaise. L'érotisme d'Achilles (1995) est interprété par des sculptures grecques dans un souci de simplicité qui tranche avec le précédent ou Gilbert et Sullivan, The Very Models (1998), opéra comique mettant en scène les deux célèbres auteurs britanniques.


Les six joyaux de la couronne réunis dans ce beau coffret, et dont les pâles reproductions sur YouTube ne rendent évidemment pas la qualité (de plus ce ne sont pas mes préférés), constituent l'œuvre majeure de Purves. Manquent tous ses premiers et son dernier, Rupert Bear, 52 épisodes de dix minutes (2005-2007) comme ses contributions à Mars Attacks! ou King Kong. Barry Purves est également metteur en scène de pièces de théâtre et acteur...
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