Jean-Jacques Birgé

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dimanche 30 novembre 2008

Le calamar géant Magnapinna


Ce n'est pas le plus gros, il fait dans les sept mètres tandis que d'autres iraient jusqu'à trente mètres comme celui qui attaque le Nautilus dans le roman de Jules Verne, mais c'est un drôle d'animal d'une espèce extrèmement rare, avec ses longues tentacules en formes d'épaules. Ce monstre a été découvert dans le Golfe du Mexique en novembre 2007 à 2,5 km de profondeur. La société pétrolière Shell a filmé le Magnapinna à travers un sous-marin télécommandé. Il a fallu plusieurs mois avant que le film ne nous parvienne, car ce genre de découverte, si elle fait le bonheur des zoologistes, n'arrange pas les industriels qui colonisent les fonds marins, de peur qu'on promulgue des lois pour protéger faune et flore. Lorsqu'Un Drame Musical Instantané avait monté 20 000 lieues sous les mers à La Péniche Opéra, nous avions d'ailleurs taillé un costard de colonialiste au Capitaine Nemo. Si le rêve de la forêt vierge, d'île déserte et de tribu inconnue s'est évaporé depuis mon enfance, la mer recèle toujours plus de surprises que mon imagination ne peut en susciter.

Merci à P.O.L. d'avoir remonté la bestiole à la surface de mes connaissances...

samedi 29 novembre 2008

Bonjour Philippine !


Dans ma famille, on y joue depuis tout petits. Si une amande contient deux graines, chacun en mange une et, le lendemain matin, le premier qui dit à l'autre "Bonjour Philippine !" reçoit un cadeau. Dans le premier long métrage de Jacques Rozier, les deux filles qui se disputent les faveurs d'un garçon le crient en même temps à leur réveil, ce qui n'aidera pas Michel à faire son choix.
Comme je suis un admirateur inconditionnel de ce cinéaste longtemps maudit, j'ai joué avec moi-même en mangeant les deux graines et... J'ai perdu. J'avais annoncé il y a quelques mois la publication du coffret DVD de Jacques Rozier (ed. Potemkine), mais je ne l'ai reçu qu'hier matin suite à un cafouillage d'Alapage et un rattrapage de la Fnac. Ou bien j'ai gagné, parce que je vais pouvoir me gaver des quatre films enfin édités, accompagnés des courts Rentrée des classes et Blue Jeans, ainsi que d'entretiens avec Jean-François Stévenin, Jacques Villeret, Bernard Menez... Si cela avait été une intégrale, auraient également figuré les courts-métrages Une épine dans le pied, Dans le vent, Le parti des choses, Roméos et Jupettes et quelques autres. Je possède heureusement Paparazzi (présent sur le DVD Zone 1 Criterion du Mépris de Jean-Luc Godard), son Cinéastes de notre temps sur Jean Vigo (coffret), la filiation est claire, et en VHS Comment devenir cinéaste sans se prendre la tête, Nono et Nénesse et Molina. C'est avec l'intégrale Jacques Demy la meilleure préfiguration des fêtes de fin d'année.
Depuis que Jean-André Fieschi me l'a fait découvrir lorsque j'étais étudiant à l'Idhec (comme Rozier le fut également), je me suis repassé tant de fois Adieu Philippine que je le connais par cœur. Je me récite les dialogues, je les cite, en fredonne la musique, me remémore le faux plan séquence sur les boulevards et jamais ne m'en lasse. Jubilatoire, le montage, la musique... Comme deux autres de mes films fétiches, Les parapluies de Cherbourg de Demy et Muriel de Resnais, c'est un des rares qui osa suggérer la guerre d'Algérie en toile de fond, sujet tabou dans le cinéma de l'époque. Nous sommes en 1960. Si Adieu Philippine est une comédie, comme tous les films de Rozier, il sait aussi être grave à nous coller la chair de poule. Rupture de rythme quand Dédé revient de 27 mois et demi en Algérie et qu'il dit qu'il n'a rien à raconter, ou que Michel se retourne vers Juliette et Liliane qui se marrent alors qu'il y part et que c'est sérieux... Le regard tendre sur les filles, les doutes de son héros, la drôlerie de Pachala interprété par le sublime Vittorio Caprioli, la valeur documentaire de ses fictions (le plateau d'une émission de variétés de Jean-Christophe Averty avec Maxime Saury, les studios de l'ORTF pendant Montserrat de Stellio Lorenzi, le Club Méditerranée...), l'inventivité des plans et de leur assemblage font de son premier long-métrage un chef d'œuvre de la nouvelle vague, son emblème. Lorsque Georges de Beauregard qui vient de produire A bout de souffle demande à Godard s'il connaît d'autres petits génies dans son genre, celui-ci lui indique illico Rozier qui sera à la limite de ruiner le producteur. Le cinéaste acquerra la douloureuse réputation de dépasser chaque fois le planning au montage et verra toutes ses œuvres devenir des supplices et des films-cultes. Entre le début du tournage et sa reprise des mois plus tard, les jeunes comédiens ont grandi, ce qui produit de drôles d'effets de décalage.
Je vais revoir avec joie Du côté d'Orouët qui a révélé Bernard Menez (musique Daevid Allen Gong !), Les naufragés de l'île de la Tortue avec Villeret et Pierre Richard, et le sublimissime Maine Océan dont nous ressassons les dialogues depuis vingt ans, et "Chtonk le billet !". Menez, Luis Rego et le trop méconnu Yves Afonso sont les dignes héritiers de Michel Simon, Carette, Jouvet ou Le Vigan. Que d'la bombe, comme disent les djeunz ! Indémodables, les films de Rozier dessinent chaque fois une époque et ses mœurs, ils donnent une pêche d'enfer et du baume au cœur. Avec ce coffret magique, on espère que Rozier va enfin se défaire de sa réputation imbécile de cinéaste maudit (chaque fois qu'Adieu Philippine est sorti, ce fut le bide malgré les critiques dithyrambiques) et lui donner les moyens de terminer Fifi Martingale (présenté en 2001 dans une version inachevée) et Le perroquet bleu (à moitié tourné). Après avoir attendu si longtemps cette édition, j'en piétine à nouveau d'impatience.

vendredi 28 novembre 2008

Les applis d'iPhone inaugurent un nouveau modèle économique


Les iPhones se propagent à vitesse V. Nous avons éclaté de rire lorsque nous avons tous sorti le nôtre dans le même mouvement. Chacun télécharge de nouvelles applications en fonction de ses aspirations. Nombreuses sont gratuites, d'autres payantes, mais à 0,79 euro ce serait stupide de se passer par exemple des centaines de chaînes de radio offertes par allRadio. Il est si facile de les télécharger ou de les acheter en un clic qu'un nouveau modèle économique se dessine. D'un côté les applis coûtent si peu qu'il serait dommage de s'en priver, de l'autre le nombre d'utilisateurs potentiels laissent entrevoir des revenus substantiels pour les développeurs et les créateurs, ce qui n'a jamais été possible sur le Net en dehors des sites pornos. Lorsque le pli de payer est pris, les usages évoluent. Antoine et moi avons commencé à imaginer des applications artistiques interactives qu'il ne reste plus qu'à réaliser !
J'ai déjà téléchargé de quoi remplir sept des neuf écrans accessibles et je crains donc que nous soyons vite limités par cette capacité :
- Très utiles, Paname pour le trafic automobile à Paris et région parisienne, GoVelib pour la disponibilité des bicyclettes et leurs emplacements, AroundMe pour trouver parkings, stations-service, supermarchés, bars, banques, pharmacies, etc. à proximité, plus une collection de traducteurs avec éventuellement prononciation à haute-voix.
- Comme tous les sites qui ont développé une version adaptée à l'iPhone (par exemple, Le Monde), les raccourcis de communication sont appréciables : FaceBook, MySpace, AIM, IM+Lite, Palringo, Fring... Mais j'appelle avec Skype par s4iphone.com sur Safari !
- Pour prendre toutes sortes de mesures, Dimensions est extrêmement complet (1,59€), du pied à coulisse au mètre de couturière, de la surface calculée à l'aide de l'appareil-photo au niveau à bulle ou à la distance de l'orage ! Les diverses lampes de poche sont aussi très pratiques...
- J'ai déjà évoqué ici Midomi qui reconnaît la chanson que l'on siffle, mais j'ajouterai Pitch2Note+ et Tuner440. J'amplifie le son ambiant considérablement avec istethoscope (attention allez-y mollo) et je le transforme cosmiquement avec RjDj Album (2,39€, mais il existe une version lite gratuite). Brian Eno, à qui l'on doit une version de son jeu de cartes Oblique, propose Bloom pour jouer des séquences de notes en boucle lorsque l'on tapote l'écran tactile. Autre application musicale amusante, ZooZBeatL, mais sans commune mesure avec BeatMaker, véritable studio de création musicale mobile pour seulement 15,99€. Enfin Ocarina de Smule (0,79€) permet de jouer en soufflant dans le micro et de regarder la planète s'éclairer là où d'autres fadas annonent des petits airs idiots.
- AirSharing permet de transformer l'objet en disque dur (5,49€) et Simplify d'avoir accès à une trentaine de bibliothèques iTunes de ses amis, donc plus besoin de recopier ses mp3.
Souvent les applications payantes sont gratuites pendant quelques jours à leur lancement, ce qui exige de se tenir informé régulièrement en se connectant à l'AppleStore sur iTunes... Une autre méthode pour faire des économies consiste à ne pas se laisser aller à acheter ces nouveaux jouets technologiques, mais cela est bien compromis puisque pour lire ce billet vous avez déjà cédé aux sirènes du multimédia.
Dernier conseil, mais de taille, éteignez votre iPhone tous les jours ou tous les deux jours et relancez-le pour effacer la mémoire tampon qui risque de le bloquer. En cas de gel de l'écran, tenez longuement appuyés le bouton d'extinction en même temps que celui de sélection pour parvenir à l'éteindre. Si ce bug se reproduit trop souvent, restaurez à partir d'iTunes, sans risque de perdre vos données puisque vous y avez régulièrement synchronisé votre iPhone. Attention, cela prend du temps, comme toute nouvelle mise à jour, minimum une heure.

jeudi 27 novembre 2008

Le retour du ballon rouge


Mes souvenirs m'appartiennent-ils en propre ou sont-ils la reconstitution d'une mémoire induite par les traces graphiques ? Rue Vivienne dans les années 50. Je marche seul sur les trottoirs. L'été je porte une culotte courte, l'hiver un pantalon. Pour traverser, j'attends que le feu passe au rouge. Parfois j'attrape la main d'un monsieur et je reprends mon indépendance de l'autre côté de la voie. J'ai cinq ans lorsque nous quittons le IIème arrondissement pour le XVème.
Rue Léon Morane dans les années 60, devenue depuis rue des frères Morane. Après l'école communale Lacordaire, je fais mes trois dernières années à Saint Lambert, de la neuvième à la septième. Le matin, j'emprunte la rue de la Croix Nivert, croise la rue de la Convention, passe devant la station Shell du père de Chrétien, bifurque un bout de Lecourbe et rejoint la cour de l'école. Au retour, je préfère passer par la rue de Javel où habite mon copain Paul Makloufi. Au bout de la rue, Fructus tourne à droite, moi je rentre tout droit. Nous habitons au rez-de-chaussée du numéro 15. Mais la ville a changé. Nous sommes entrés dans l'ère moderne. Avant, c'est l'ancien temps.
Dans Le ballon rouge tout ressemble à mes premières années, Paris, les rues vides, l'autobus à plate-forme, les automobiles, les vêtements que nous portions... Tous les enfants de cette époque semblent se reconnaître dans Pascal, le fils du réalisateur Albert Lamorisse, qui partage la vedette avec le ballon. Le film "restauré numériquement en haute définition" est superbe (Malavida). Voilà qui me change de l'à-peu-près en ligne sur Google Video ou de la copie 16mm que j'ai rangée à la cave aux côtés de Bim le petit âne. Chaque fois que je le vois, j'ai l'impression d'assister à la projection d'un film de famille. Mon père tournait chaque année quelques mètres de pellicule avec sa caméra. Mes huit premières années tiennent sur une bobine d'une cinquantaine de minutes. Après il faudra attendre la naissance d'Elsa pour qu'à mon tour je me mette filmer. Le ballon rouge est remarquablement mis en scène, comme si tous les nôtres en constituaient les rushes, des bouts d'essai. Le DVD propose également Crin Blanc, son précédent petit chef d'œuvre, mais les sympathiques compléments de programme ne sont hélas pas à la hauteur, documentaire sur le héros de Crin Blanc d'un côté, souvenirs de Pascal Lamorisse de l'autre, chacun tentant de transmettre son expérience à sa propre fille. Peu importe si ces deux documentaires n'en finissent pas, le second a le mérite d'évoquer les autres films du cinéaste, en particulier Le vent des amoureux pendant lequel il périt dans un accident d'hélicoptère. Les deux moyens-métrages, et particulièrement Le ballon rouge, restent des merveilles indémodables.
Si pour être de partout il faut être de quelque part, pour être de son temps il faut apprendre à se conjuguer à tous.

mercredi 26 novembre 2008

Tes abysses me sont des abîmes


J'en ai marre, j'en ai marre, j'en ai marre. Chaque fois que je cherche la maquette de la chanson Tes abysses me sont des abîmes composée avec Bernard Vitet, j'y passe la matinée. C'est dur d'être obsessionnel. Pas moyen de retrouver l'original qui est forcément sur DAT, mais en fouillant dans les archives je découvre chaque fois une foule de trucs oubliés, inédits, concerts, émissions de radio, maquettes, rencontres, improvisations... Je finis par mettre la main sur une copie cassette sur laquelle est également enregistré le playback de L'@ des Chiapas, un autre inédit dont il existe quelque part une version avec ma voix. Bon, cette fois j'écris le titre sur le boîtier et surtout je numérise. L'indexation sur Tri-Catalog de mes archives informatiques rend tout accessible en un clic ; il suffit de taper le nom d'un fichier et je retrouve instantanément le titre parmi des centaines de CDR. Il n'empêche que j'aimerais bien retrouver la DAT et, mieux encore, avoir un jour l'occasion de l'enregistrer avec un véritable orchestre.
En 1992, lorsque Francis Gorgé quitta Un Drame Musical Instantané, Bernard et moi nous sommes demandés ce que nous avions envie de faire. Nous avions un petit matelas, de quoi tenir une année sans rentrée pécunière. Ensemble, nous avons exprimé le désir d'écrire des chansons. Bernard avait beaucoup œuvré dans le domaine puisqu'il accompagna en soliste Gainsbourg, Barbara, Montand, Bardot, Claude François, Brigitte Fontaine, Colette Magny, parmi des dizaines d'autres, et qu'il composa (anonymement, ça c'est un peu idiot, on y reviendra) le pont du plus rentable tube du répertoire de la Sacem ! Comme nous ne composions plus que pour le plaisir, nous n'avons jamais autant travaillé que pendant cette année prétendument sabbatique ! Avec le Drame, nous avions déjà produit quelques chansons ici et là, et en particulier le CD Kind Lieder, sous-titré "neuf chansons qui font mal". André Ricros nous commanda Crasse-Tignasse pour la collection pour enfants Zéro de Conduite, que nous enregistrâmes avec le percussionniste Gérard Siracusa et, en invité, Michel Musseau au piano. Ces "neuf chansons pour les enfants qui aiment avoir peur" d'après Der Struwwelpeter du Dr Hoffmann dans une traduction remarquable de Cavanna nous donnèrent envie de faire un disque plus "adulte", avec l'ambition de secouer la variété française. Carton ne remporta évidemment pas le succès escompté, si ce n'est sa partie CD-Rom qui associait à chaque chanson un jeu interactif à partir des photographies de Michel Séméniako, devenant une référence dans le domaine et inaugurant toute une série de CD-Rom et d'œuvres interactives en ligne, mais ça c'est une autre histoire.


Nous avions rangé Carton dans un tiroir et ne l'avons publié que quatre ans plus tard en 1997, après l'avoir remixé quatre fois. Bernard n'était jamais content et je crois qu'il continue à marmonner dans sa barbe que c'est n'est pas encore ça ! Si j'avais dû attendre qu'il soit satisfait de quelque morceau que ce soit nous n'aurions jamais rien sorti en trente-deux ans de collaboration... Après avoir terminé Carton, je m'étais trouvé une veine de parolier et lui de compositeur. Je suis épaté par l'à propos lyrique de ses mélodies et par ses astuces harmoniques. L'orchestration et la programmation me sont dévolues. Nous avons envisagé proposer nos chansons à des interprètes, mais nous n'avons jamais eu le courage d'en faire la démarche. Nombreuses compositions hantent ainsi nos tiroirs. Tes abysses me sont des abîmes en fait partie, avec quelques dizaines d'autres. Celle-ci a le mérite d'exister sous forme de maquette, ce qui me permet de vous la livrer aujourd'hui, dans le plus simple appareil :



Il est toujours pénible d'être catalogué. Les amateurs de nos élucubrations instrumentales ou expérimentales étaient aussi décontenancés que celles et ceux qui adoraient nos chansons mais ne comprenaient rien au reste de notre travail. Encore aujourd'hui, j'ai du mal à faire admettre que mes pièces orchestrales ou virtuelles, mes œuvres de commande et les morceaux les plus personnels, mon travail de designer sonore ou de compositeur procèdent de la même logique et de la même sensibilité. Sans parler de mes casquettes de réalisateur de films et d'auteur multimédia, de directeur artistique et de producteur, de blogueur et journaliste, de pédagogue et de donneur de leçons... On se retrouve affublé du qualificatif de touche-à-tout, certes de génie (cough cough, je cite Libé !), mais la plupart du temps cela ne fait pas sérieux, alors que dans le genre on ne fait pas plus rigoureux. À chaque projet correspond un support, à chaque support correspond un projet spécifique.

Photos prises à Paris en 1982 chez Tion Fa et au Québec en 1987.
Chanson enregistrée au Studio GRRR, boulevard de Ménilmontant.

mardi 25 novembre 2008

Coffrets DVD vus et revues


Chaque film correspond à l'humour du jour, ou de la nuit. Il n'est nul besoin de faire de ségrégation entre une œuvre d'art et un produit de divertissement, art and entertainment, à condition de noter la différence entre l'intérêt réel et une détente décervelante. Il y a des soirs où un bon blockbuster fait mon affaire, d'autres où j'ai besoin de voir un film qui laisse des traces après la projection. Tropical Thunder, The Dark Knight, American Gangster, Mad Detective, Gangster Number One, The Oxford Murders m'ont permis de penser à autre chose, à rien en l'occurrence, m'arrachant in fine à mes occupations stakhanovistes. Tous sont des films d'action anglo-saxons, mais tous ne sont pas égaux devant la loi du cinématographe. In Bruges cache par exemple un film beaucoup plus personnel qu'il n'en a l'air, me rappelant Fuller pour les chromos et Cassavetes pour son humanité. On peut se laisser porter par l'industrie américaine ivre d'effets spéciaux et apprécier une comédie légère, un film d'animation, un pamphlet politique ou un truc qui ne ressemble à rien.
Commençons par quelques coffrets qui m'ont particulièrement touché. J'aurais voulu faire un billet sur les 15 films et 9 court-métrages d'Aki Kaurismäki (11 DVD, Pyramide Vidéo), mais si j'attends d'avoir tout vu, je risque de ne jamais le faire ! La question se pose chaque fois que l'intégrale se dessine. Si j'ai des réserves sur les déclinaisons musicales kitschissimes des Leningrad Cow-Boys, qu'ils aillent en Amérique, rencontrent Moïse ou les chœurs de l'Armée Rouge, les films qui s'étalent de 1983 (Crime et châtiment) à 2006 (Les lumières du faubourg) révèlent un cinéaste plein d'humour critique et de franche tendresse. Il donne à ses personnages de démunis une humanité puissante loin de toute mièvrerie ou de l'apitoiement chrétien que les nordiques véhiculent souvent lourdement. Kaurismäki est un réalisateur incisif et caustique, révélant les laissés pour compte d'une société à qui il interdit d'éteindre ses Lumières. Au loin s'en vont les nuages et L'homme sans passé en sont deux récents fleurons exemplaires.
Les Éditions Montparnasse éditent nombreux documents passionnants et engagés comme le documentaire d'Arnaud Ngatcha et Jérôme Sesquin, Noirs, l'identité au cœur de la question noire, qui donne quelques clefs sur la colonisation. Le film n'a pas l'originalité de ceux de Jean Rouch dont un incontournable coffret de 4 DVD rassemble Les Maîtres fous, La chasse au lion à l'arc, Jaguar, Moi un noir, Petit à petit, La pyramide humaine regroupés dans les astucieuses rubriques Ciné-Transe, Ciné-Conte, Ciné-Plaisir, Ciné-Rencontre et Ciné-Rouch, pour 11 heures de programme et de nombreux compléments inédits. Sur le terrain, loin des mondanités parisiennes, Jean Rouch était un incroyable conteur donnant à voir et à entendre des hommes dont les us et coutumes d'un autre continent interrogent les nôtres. Claque assurée !
Toujours chez Montparnasse sort le troisième volume de l'intégrale Straub et Huillet, cette fois consacré aux films allemands. La Chronique d'Anna Magdalena Bach est un must absolu en matière de film musical. Comme pour l'opéra Moïse et Aaron, la musique est enregistrée en direct, ici par des musiciens baroques dirigés par Nikolaus Harnoncourt, avec Gustav Leonhardt dans le rôle de Bach. Les affres du musicien décrites par son épouse, documents à la clef, nous montrent que le statut de l'artiste n'a pas tellement bougé depuis cette époque. Les deux autres disques présentent Leçons d'histoire d'après Les affaires de Monsieur Jules César de Bertolt Brecht et Antigone sous-titrée L'Antigone de Sophocle d'après la traduction d'Hölderlin retravaillée pour la scène par Brecht. Les films de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub posent question à nos pratiques de spectateur, proposant une lecture si contemporaine qu'ils révèlent les archaïsmes du cinématographe. L'angle d'approche est si personnel qu'il nous brusque et nous oblige à voir le monde avec des yeux neufs, comme si nous découvrions le cinéma pour la première fois. Le Volume 2 rassemble les films italiens De la nuée à la résistance, Ces rencontres avec eux, tous deux d'après Cesare Pavese, Sicilia! d'après Elio Vittorini dont une version théâtrale inédite et Fortini/Cani d'après Les chiens du Sinaï de Franco Fortini. Le volume 1 présentait les deux premiers films et les trois films inspirés par Arnold Schönberg. Il reste encore deux coffrets à paraître. Je reviendrai aussi sur le premier du Cinéma de Mai 68, une histoire lorsque j'aurai avancé dans son visionnage, mais qui s'avère tout à fait exceptionnel comparé aux autres productions récemment éditées sur le sujet.


Aux États-Unis, donc Zone 1 mais avec sous-titres français, sont parus les trois premiers films du grand documentariste Errol Morris, Vernon, Florida, série de portraits d'Américains aussi typiques qu'excentriques, Gates of Heaven, sur les cimetières d'animaux et ceux qui les peuplent, et The Thin Blue Line, une enquête policière si bien menée qu'elle innocenta le présumé coupable et gagna un Oscar à Holywood... Pas étonnant pour un ancien détective privé, même si le héros libéré lui fit tout de même un procès après... Morris succomba ensuite au succès avec des films un peu plus commerciaux.
En France, Gaumont a édité un luxueux coffret, premier volume de 7 DVD sur le cinéma premier, avec des films rares des pionniers Alice Guy, première femme cinéaste au monde, Louis Feuillade, dont on connaissait plutôt Les Vampires et Fantômas que les nombreux courts-métrages, et Léonce Perret...


Terminons avec le premier coffret consacré à Douglas Sirk par Carlotta qui vient d'en publier un second. Comme toujours chez cet éditeur, chaque film est accompagné de compléments de programme exceptionnels. Le secret magnifique est suivi du film de John M. Stahl dont il est le remake. Tout ce que le ciel permet dont Todd Haynes s'est inspiré pour Loin du paradis, est accompagné d'un entretien avec ce dernier et d'études sur la filiation de Sirk, en particulier Fassbinder. Le temps d'aimer et le temps de mourir présente entre autres deux entretiens avec son réalisateur et Mirage de la vie la version antérieure de Stahl dont il est aussi le remake, un entretien avec Christophe Honoré, etc. J'avoue n'avoir découvert cet immense cinéaste que récemment grâce aux conseils de plusieurs amis dont Mark Rappaport. Les mélodrames n'étant pas d'emblée ma tasse de thé, j'étais passé à côté ! Tout en finesse, Sirk dissèque les êtres humains et les sociétés qui les ont engendrés. Les personnages sont pris dans un réseau de contradictions qui est le propre de la condition humaine. Les a-priori sur l'âge, le racisme, la guerre volent en éclats. Le Technicolor est à couper le souffle, les cadres d'une invention rare, les acteurs formidables. Bouleversant !

lundi 24 novembre 2008

Le temps du gâchis


Patricia l'a envoyé à Antoine qui me l'a signalé avant que je le reproduise à mon tour sur mon blog. Ainsi circulent les infos sur la Toile. Cette fois, des sous-titres français défilent sous la démonstration speed de Story of Stuff (meilleure qualité de cette version, mais sans sous-titres !). Ça file à 100 à l'heure, mais l'argumentation d'Annie Leonard est très claire. La vitesse réfléchit parfaitement le maelström dans lequel nous sommes entraînés. De quoi suffoquer ! Et après, savez ce qu'il vous reste à faire ?

dimanche 23 novembre 2008

Accablant document émanant du Ministère de l'Éducation sur la "veille de l'opinion"


Après Edvige, une heureuse indiscrétion nous permet d'appréhender les projets du gouvernement. Bonne lecture, souriez, vous êtes filmé !

Extrait (pour lire l'intégralité du document, cliquez sur "Lire la suite" en bas de ce billet).

ARTICLE 5 - DESCRIPTION DES PRESTATIONS
5.1.1 Objectif
Le dispositif de veille en question vise, en particulier sur Internet, à :
- Identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles ou émergents)
- Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion
- Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau
- Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation
- Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles)
- Suivre les informations signifiantes dans le temps
- Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.)
- Rapprocher ces informations et les interpréter
- Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise
- Alerter et préconiser en conséquence
Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués.
5.1.2 Sources surveillées
La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc. Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.).
Les sources d’informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d’agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées.
Les interactions entre des sources de nature différente, les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés.

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samedi 22 novembre 2008

Jacques Lacan, poète circonlocutoire


Ouf ! Voilà qui me rassure. Dans le film Jacques Lacan, la psychanalyse réinventée, Françoise Dolto, Pontalis et d'autres psychanalystes racontent qu'ils ne comprenaient souvent pas grand chose à ce que racontait le second génie de l'inconscient, mais qu'il leur semblait pouvoir devenir intelligents s'ils persévéraient. Fin des années 70, grâce à Dominique Meens qui me demande de l'enregistrer pour lui, je suis renversé par Radiophonie, sept questions de Robert Georgin auxquelles répond longuement Jacques Lacan pour les Après-midis de France Culture. Tout m'échappe, mais j'ai le sentiment d'être en présence d'une mine d'or et me laisse bercer par la poésie de la langue. Je place alors le psychanalyste aux côtés de Jean Cocteau et Jean-Luc Godard, ces trois voix devenant fondatrices de mon passage à l'âge adulte.
Je jouis des effets circonlocutoires qui permettent de tourner autour du sujet sans jamais viser le centre, mais s'en approchant au plus près au fur et à mesure des révolutions. La poésie, qu'elle soit verbale, sonore ou picturale, a cette force de ne jamais se périmer, contrairement à la science démentie à l'instant même où toute théorie est émise. La poésie vise juste, parce qu'elle va puiser ses racines au plus profond du moi, reflet égocentrique de toute organisation sociale. Dans son histoire féline, Cocteau écrivait que les poètes ne mentent jamais, ils témoignent.

Jacques Lacan fut peu enregistré, encore plus rarement filmé. Son dernier séminaire, à Caracas, se trouve en mp3 sur Ubu.com, comme ceux intitulés L'envers de la psychanalyse, ... Ou pire, Encore, Les non-dupes errent, L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre, un hommage à Lewis Carroll et Alice, un Petit Discours à l'ORTF et le premier impromptu de Vincennes. Télévision, one-man show extraordinaire de 1973 tourné par Benoît Jacquot (texte sur un petit fascicule paru au Seuil dans la collection du Champ Freudien que le psychanalyste dirigeait, et également présent sur Ubu), est avec Radiophonie la trace la plus importante en marge de ses Écrits ! Ce film, de très loin le plus passionnant de tous, n'a pas encore été porté en DVD, bien qu'il exista en VHS. Arte Vidéo édite aujourd'hui la Conférence de Louvain accompagnée de Jacques Lacan, la psychanalyse réinventée, documentaire d'Elisabeth Kapnist, écrit avec Elisabeth Roudinesco, ponctué par une musique inopportune de Michel Portal sur des plans vides. Ce film n'est pas à la hauteur du précédent, Jacques Lacan parle, réalisé par Françoise Wolff que le précédent cite abondamment et qui se terminait par un petit entretien où Lacan semble énervé par son interlocutrice. La conférence est exemplaire du fait qu'un jeune étudiant néo-situationniste l'agresse patissièrement, anticipant la tradition des entarteurs belges, tandis que celui-ci retourne la salle en défendant le révolté contre les endormis. Mais Télévision reste le chef d'œuvre qu'il serait urgent de rééditer.

vendredi 21 novembre 2008

Le septième saut


Avec l'argent et le sexe, la mort est le troisième sujet qui préoccupe le plus les "êtres" humains. Ces trois axes avaient guidé nos choix lorsqu'avec Antoine Schmitt nous réalisâmes le CD-Rom Machiavel. La photo de 1973 prise par Thierry Dehesdin pour le light-show H Lights où Philippe Danton joue le rôle de la Faucheuse me replonge dans le puits sans fond de la question sans réponse. Le calme m'envahit tandis que me reviennent mes propres phrases, précédées par les images d'Ingmar Bergman scellées par le mystère... Et même si c'était le septième, la septième vie, qu'y pourrions-nous si ce n'est apprivoiser l'infini dans la plus grande humilité du plus petit éclat ?
Son nom me fut imprononçable jusqu'à ce qu'elle fut partout. Sarajevo, novembre 1993. Règlement de comptes rondement mené. Je ne la craindrai plus jamais. Elle peut surgir de nulle part tant et si bien que j'apprends à avancer dans son ombre. Bon docteur, Anh-Vân me dit que tant que je souffre je suis vivant. Je me pince en tournant. Preuve par du neuf, matin après matin. Un jour, mes yeux ne s'ouvriront pas. Il y a le temps. Les jeunes gens n'ont nul besoin d'y penser, c'est prématuré. Sauf accident, on ne meurt que lorsque l'on est fatigué de vivre. Sans elle, la vie serait insupportable, elle n'aurait aucun sens. Nous savons où nous allons. J'ai franchi le col depuis déjà longtemps. La vallée n'est pas un mirage, elle abrite le fleuve. Je ne l'attends pas, je vais au devant. Je m'approche, je lui souris. Cela ne l'amuse pas, elle se détourne. Jusqu'à la prochaine fois.
Certains pourraient me croire cynique lorsque j'avoue ma tranquillité à voir mourir celles et ceux que j'aime. Tant que je vous enterrerai je serai vivant. Plus vous serez, mieux je vieillirai. Prenez votre temps. Rien ne presse. Ma tristesse n'en est pas atténuée pour autant. J'ai demandé à Elsa d'être enterré au Père Lachaise, pour la ballade, l'air frais, les oiseaux, les chats, les feuilles des arbres... Rien ne manquera, puisque je ne serai plus là. La passe, un tour de passe-passe. Seuls mes atomes danseront sur mon corps pour réinventer la matière. La conscience m'aura quitté. Je serai libre. Ceux qui restent sont les prisonniers de ceux qui partent. La faux ne signifie rien. Rien de vrai. La mémoire a beau être adhésive, le ruban se décolle à l'humidité des larmes. Par ci par là reste une image, menteuse. On prend son mal en patience et l'on rit. La vie est belle.

jeudi 20 novembre 2008

Jodhaa Akbar en 5.1


Il y a sept ans, en faisant mes courses indiennes dans le haut de la rue du Faubourg Saint-Denis, j'achète quelques dvd hindi sur les conseils d'un vendeur tamoul. J'avais découvert des extraits de films de Bollywood grâce à une compilation de chansons programmée sur Canal Plus et je recherchais désespérément Eena Meena Deeka du film Aasha. À l'époque, s'intéresser à ces films populaires était le comble de la ringardise. Je doute que pour beaucoup les choses aient changé. J'adore leurs films kitsch des années 50-60, en particulier ceux qui se réfèrent au rock 'n roll, trépidants et drôles. Réaliser une comédie musicale (ou un drame musical) fait soustraire certains paramètres à la réalité, apportant toujours un peu de poésie, comme certains films en noir et blanc, par exemple. Rentré chez moi, je déballe les petites merveilles et suis sidéré de l'accélération cardiaque que me procure Lagaan d'Ashutosh Gowariker, d'autant que je n'ai aucune appétence pour le sport filmé et le cricket en particulier. Son film suivant, Swades, est aussi didactique, toujours prônant une certaine forme d'indépendance patriote. Gowariker utilise toujours son travail pour porter un message, c'est sa faiblesse, mais cela lui permet de se distinguer. Car les films de Bollywood obéissent à des règles très strictes auxquelles les cinéastes essaient d'apporter chaque fois un petit quelque chose : amours contrariées, trahisons, retournements de situation, happy end, rebondissements du feuilleton, même si le film est d'un seul tenant... Jodhaa Akbar, qui sort le 4 décembre en double ou triple DVD, dure 3h25 (Bodega).
Le nouveau film de Gowariker est un peu ramollo, peut-être parce que la composition musicale manque d'authenticité, trop world à mon goût, mais il offre un spectacle populaire typique du genre. Bollywood porte bien son nom. Le spectacle, grandiose et coloré, rappelle les grandes fresques hollywoodiennes. "Au 16e siècle, l'Hindoustan est dominé par la dynastie des empereurs musulmans moghols. le dernier héritier, Jalaluddin Muhammad Akbar, un farouche guerrier, multiplie les batailles pour repousser les frontières de l'empire. Afin d'unifier le territoire qui deviendra l'Inde, il consent à épouser Jodhaa, une princesse rajpoute hindoue..." Au delà de l'évocation épique et de la guimauve sentimentale de rigueur, on notera le pouvoir grandissant des femmes et la tolérance entre religions qui y est prônée, renvoyant l'Inde à l'une de ses problématiques les plus aigües.
Mais ce qui m'intéresse avant tout dans ce film, puisqu'à l'affût de la spécificité de chaque œuvre, c'est l'utilisation du son et du 5.1 en particulier. La partition sonore fait partie du script. Loin de vouloir se faire oublier comme souvent, le son se signale par une panoplie d'effets spéciaux en corrélation avec le scénario ou la musique. Lorsqu'une voix tourne tout autour des comédiens, le 5.1 rend le vertige. Les sabots des chevaux ne sont pas synchrones avec la cavalcade, préférant rythmer la musique comme un riff de percussion. Les hors-champ peuvent se localiser dans un contre-champ occupé par les spectateurs. On entrevoit les possibilités du système s'il était utilisé à des fins plus critiques. Son utilisation ici lui confère un rôle à part entière, comme les jeux de couleurs, une voix off ou un sous-titre.
L'édition en 3 volumes offre un documentaire de trois heures, Les cinémas indiens, du nord au sud, réalisé par Hubert Niogret, très intéressant, même s'il est fatiguant de s'avaler autant d'extraits d'entretiens à la queue leu-leu, et une rencontre avec Gowariker. Jodhaa Akbar est aussi le premier film bollywoodien qui sort en Blu-ray, mais c'est un format qui pour l'instant m'échappe. Ah oui, j'oubliais les scènes de bataille avec quatre-vingt éléphants ou le dressage par Akbar à mains nues, impressionnant ! Je me suis souvenu de mon voyage dans le Teraï au Népal : lorsqu'un pachyderme passait le ciel s'obscurcissait.

mercredi 19 novembre 2008

Thierry Dehesdin sort des clichés du tout début des années 70


En crapahutant dans mes archives à la recherche d'inédits musicaux que je pourrais exploiter pour mon projet d'album, je tombe sur les milliers de diapositives qui constituaient le fond du groupe de light-show H Lights. Dans des boîtes et des paniers sont rangés un peu pêle-mêle des liquides séchés d'Antoine Guerreiro et Luc Barnier, des effets cinétiques de Krishna Lights à Londres, mes propres recherches en matière de polarisation et de chimie sur celluloïd (j'illustre de temps en temps mes billets avec certaines d'entre elles), quelques acides de Michaëla Watteaux, des archives des années 50 (monuments, scènes coquines, reproductions de tableaux...), tous les dessins d'Antoine, des repros de comics et de posters, des images que j'ai rapportées de mes voyages, ainsi qu'une quantité pharaonique de diapositives prises par Thierry Dehesdin que nous mettions en scène avec toute la troupe. Le format était généralement 24x36, mais nous avions parfois des 4x4 ou des 6x6. Si j'en parle aujourd'hui, c'est que Thierry a scanné celles qu'il préfère et m'en a fait gentiment copies et tirages. En voici trois (© Thierry Dehesdin) qui rappellent furieusement les années hippies (personne n'utilisait le mot "baba cool", apparu beaucoup plus tard). La bande ressemble à un groupe pop en séance photos, plus vraie que nature. Aux abattoirs de La Villette, je me cache sous mon haut de forme et ma cythare inanga aux côtés de Luc masqué, Mia en robe de chambre, Philippe Danton et Antoine en capes. La suivante a été prise dans la maison de campagne d'Annabel Clin (à gauche sur le cliché) à Vert, une maison incroyable avec jardin à la française et jardin anglais, des mezzanines, des voûtes, le luxe pour nos élucubrations psychédéliques !


J'ai rencontré Thierry en terminale, au Lycée Claude Bernard à Paris comme la majorité des protagonistes. Ayant appris que son père possédait un studio, je lui propose d'en profiter le week-end pour faire des photos à projeter avec le light-show que j'ai fondé, en 1969 à mon retour des États-Unis. Robert Dehesdin avait hérité d'un lieu improbable, surréaliste pour la bande d'énergumènes que nous formions, et prestigieux puisque situé Place Vendôme, juste à côté de la bijouterie Chaumet ! Le grand-père avait été chapelier et quelques couvre-chefs trônaient encore dans l'atelier. Les images que je reproduis ici n'y ont pas été prises et je crains de ne pouvoir montrer ici les autres, car nombre sont des nus. Ils étaient certes cadavériques, censés interprétés les habitants du Royaume des Morts, mais nous sommes tout de même tous et toutes à poil ! À cette époque, la nudité nous paraissait aller de soi et nous n'avions aucune difficulté à poser dans le plus simple appareil. Thierry, toujours patient et souriant, savait mettre tout le monde à l'aise. Je me souviens que c'était le seul à toujours rester sobre. La troisième diapositive vient d'une séance dans le carré botanique du Jardin des Plantes. C'est la séquence des Lotophages où figurent ici Laura Ngo Minh Hong, Francis Gorgé et Éric Longuet (je n'arrive pas à me souvenir du prénom de la jeune fille à droite qui était alors la petite amie de Luc). Éric porte une tunique et un collier qui m'appartenaient et je pense qu'il avait emprunté la jupe à l'une des demoiselles. Thierry a profité de la cohorte de modèles pour tester toutes sortes d'effets spéciaux que le numérique a souvent rangé aux oubliettes : prismes, infra-rouges, halo, etc. Les diapos étaient présentées en tryptique, avec un projecteur supplémentaire au centre pour jouer des effets d'animation, ce dont je m'acquittais avec les paumes de mes mains.


C'est grâce à lui que je suis entré à l'Idhec. Alors que j'avais décidé d'arrêter mes études, je suis rentré à la maison en racontant que Thierry avait l'intention de tenter le concours d'entrée à l'école de cinéma. Ma mère m'y poussa et l'on connaît la suite. Ma vie en fut radicalement changée. L'année suivante, Michaëla Watteaux et Luc Barnier réussissaient de même. Nos bourses d'études nous permirent de louer un appartement où nous avons vécu en communauté, tous les trois plus Antoine qui était aux Beaux-Arts comme Francis, Philippe Labat et Éric... Avec Luc, Antoine Guerreiro, Bernard Mollerat, Philippe Danton, Francis Gorgé, nous avions composé un spectacle de deux heures que nous ne jouâmes qu'une seule fois. L'audition devant Sylvia Monfort, alors directrice du Carré Thorigny, n'ayant pas été à la hauteur de nos espérances et nos nouvelles attributions nous emportant vers de nouveaux rivages où les images rythment le temps à raison de 24 par seconde, le light-show s'éteint en 1974. Thierry me rappelle que les conditions pour montrer "Brrr, j'ai grand regret de n'avoir pas pris double manteau" n'étaient pas à notre avantage. La salle était vide, il n'y avait pas de retours, donc nous n'entendant rien sur la scène Francis et moi jouions de plus en plus fort, ce qui devait redoubler d'agressivité aux oreilles de Madame Monfort dont ce n'était pas forcément la tasse de thé. Nous n'avions pas non plus imaginé qu'il faudrait rejouer le spectacle tous les soirs identique à lui-même et cette pensée, nouvelle, nous terrorisait. Elle ne me lâchera pas.
Bernard, Philippe Labat, Éric ont disparu prématurément. Je pense souvent à eux. Que sont devenues Annabel et Laura ? Perdues de vue, comme Jean-Pierre Laplanche, Elisabeth Graine, Catherine, Carole et d'autres qui apparaissent sur les autres clichés. J'envoie copies à ma petite sœur Agnès... Michaëla réalise des comédies pour la télévision, Luc est un monteur recherché (d'Assayas aux Chtis !), Antoine est devenu ethnologue, Philippe Danton un fameux botaniste, Francis le grand spécialiste de QuickTime. Thierry (à la recherche de tous ses anciens modèles / écrire ici si vous avez une piste !) est toujours photographe.

mardi 18 novembre 2008

Emile Cohl, l'inventeur du dessin animé


Vient de paraître un magnifique livre sur Émile Cohl, l'inventeur du dessin animé, 170 pages grand format, préfacé par Isao Takahata (le réalisateur du Tombeau des lucioles et de Mes voisins les Yamada) et agrémenté de 2 DVD Gaumont Pathé Archives comportant l'intégralité des films existants (mais seulement 1/5 de l'œuvre) de ce personnage illustre et méconnu (ed. omniscience), Émile Cohl, dont je reproduis ici Fantasmagorie, premier dessin animé de l'histoire du cinéma. C'était le 17 août 1908 au Gymnase sur les Grands Boulevards. Cohl suivait les traces d'un autre Émile, Reynaud celui-là, inventeur du théâtre optique en 1888, et de Georges Méliès, "inventeur du spectacle cinématographique" en 1896, comme il est gravé sur sa tombe au Père Lachaise. En 1908, Émile Cohl avait déjà 51 ans et une longue carrière de caricaturiste.
Je connaissais ses dessins à transformations, on appelle cela aujourd'hui du morphing, mais j'ignorais qu'il avait inauguré autant de techniques variées : l'animation en volume avec Les allumettes animées, le premier film de marionnettes avec Le tout petit Faust, le premier dessin animé en couleurs avec Le peintre néo-impressionniste, le premier dessin animé éducatif avec La bataille d'Austerlitz, la pixilation avec Jobard ne peut pas voir les femmes travailler, le papier découpé, etc. Je suis sidéré de retrouver près de 70 films à côté de deux documentaires... Quant au livre signé Pierre Courtet-Cohl (son petit-fils disparu depuis) et Bernard Génin, il est merveilleusement mis en page, avec une quantité extraordinaire d'illustrations, d'anecdotes et d'informations passionnantes. Il réalisa également la première série de dessins animés avec Le chien Flambeau et le premier dessin animé tiré d'une bande dessinée et pas n'importe laquelle : Les Aventures des Pieds Nickelés ! Oublié, atteint de paranoïa, il mourra le 20 janvier 1938, la veille de Méliès qui était son cadet de quatre ans !

Lorsqu'en 1974, étudiant à l'Idhec, je réalisai La nuit du phoque en collaboration avec Bernard Mollerat, nous décidâmes d'imaginer un scénario où nous tenterions tout ce que nous n'avions pas encore eu le temps d'essayer pendant nos trois années d'études : éclairer toute une rue de nuit, diriger des enfants et des animaux (appréciez le collage), tourner à plusieurs caméras, travailler en infra-rouge, pasticher les chorégraphies de Busby Berkeley en filmant en plongée depuis un belvédère au centre d'une forêt (de vrais malades !) et les films de Jean-Luc Godard (dialogue impossible se terminant par un snuff movie avec un ver de farine)... Aussi, commencèrent-nous directement par un pré-générique au banc-titre (le générique se trouve en plein milieu du film !) et nous testâmes quelques animations simples avec des bouts de carton que nous faisions glisser. Lorsque je m'attaquai au "multimédia", je retrouvai le goût pour l'animation que j'avais un peu laissé tomber. La programmation informatique a grandement joué en faveur du retour en grâce de cet art. En travaillant sur le CD-Rom Alphabet, me revint tout ce que j'avais découvert vingt ou trente ans plus tôt... Je ne sais pas si les animateurs ont pensé à tirer partie de la programmation algorithmique qui leur permettrait de gagner un temps fou par rapport au système image par image, mais surtout d'improviser en jouant avec les objets comme avec des marionnettes...

Le DVD a permis de découvrir ou redécouvrir l'animation confinée aux heures tardives de la télévision dans sa meilleure époque ou à quelques rares émissions. Sans parler de ceux qui ont réalisé des longs métrages et gagné leurs galons en salles, Lotte Reiniger, Ladislas Starevitch, Len Lye, Oskar Fischinger, Norman McLaren, Alexandre Alexeïeff, Jiri Trnka, Yuri Norstein, Jan Svankmajer, Phil Mulloy, Bill Plympton, Barry Purves, par exemple, ont largement bénéficié de ce nouveau support. Il n'y aurait pas de Disney sans Cohl, ni de Miyazaki sans Grimault. Rappelons que La table tournante réalisé par ce dernier avec Jacques Demy ne figure pas sur l'intégrale Demy qui vient de sortir (compilation indispensable dûe à ses enfants Rosalie et Mathieu, mais présentation et bonus décevants en comparaison de ce qu'Agnés Varda aurait "inventé") ; il est heureusement disponible avec Le Roi et l'oiseau.

lundi 17 novembre 2008

Position antalgique


Je me fatigue à répéter toujours les mêmes postures. Mon corps se souvient de la douleur, le muscle se contracte lorsqu'il la pressent. Position antalgique façon bonzaï. Reprogrammer la mémoire, un travail de longue haleine avec vue sur l'avenir. Je fête le trente-cinquième anniversaire de mon petit orteil cassé et le vingt-cinquième anniversaire de ma hernie discale ! J'ai appris à retenir mon souffle pour éteindre les bougies comme si c'était banal. Bernard m'enseigna la respiration continue en quelques minutes, ensuite c'est une question d'entraînement.
Je me fatigue à répéter qu'il faut toujours se demander à qui profite le crime. Dans mon cas, il n'y a pas d'ambiguïté, puisque je suis maître de mes mouvements, du moins je feins de le croire, mais dans celui de ceux que la société met rapidement à l'index la question renverse souvent l'énoncé officiel. Le drame vient du fait que le pouvoir écrit les livres d'histoire et qu'il la réécrit autant de fois que nécessaire. On nous ressasse que l'ultra-gauche serait responsable des attentats au fer à béton. Qui que ce soit possède un peu de jugeotte sent le doute monter. C'est ce que mon petit orteil m'a dit. Quel intérêt aurait une bande d'anarchistes à emmerder les usagers de la SNCF et à fragiliser une société que l'État souhaite privatiser ? Dans l'infantilisme politique du désespoir, on peut comprendre qu'assassiner un PDG ou un général auront pu faire symbole, mais là je me cambre. Aïe ! (voir premier paragraphe). Est-ce pour sauver sa peau que la Ministre Alliot-Marie invente les termes justifiant sa charge ? Est-ce parce que la CNT, le syndicat anarchiste, prend de plus en plus d'ampleur dans le secteur public qu'il est nécessaire d'y jeter le discrédit ? Est-ce pour camoufler les manœuvres liberticides du gouvernement en polarisant l'attention de la population sur un truc inepte ? L'énigme tient en haleine, pendant qu'on vous coupe l'oxygène qui irrigue le cerveau. Ce n'est pas la première fois, du Cimetière de Carpentras au super-héros Ben Laden.
Suite à l'élection du Président Palmer, la CIA, dont c'était le candidat préféré, annonce la fin prochaine du mythe Ben Laden, "trop fatigué à s'occuper de sa santé pour rester aussi nuisible" qu'il est présenté depuis huit ans, le temps de deux mandats républicains. On commence à se douter que le terroriste type obéit à certaines lois de marketing. Ben Laden est une magnifique invention à grand spectacle qui a su polariser l'attention du monde pendant que les États-Unis continuaient leur exploitation planétaire. Vivant, il risquerait de parler et ne serait jamais aussi crédible que dans l'imaginaire proto-holywoodien des populations du monde entier, colonisées ou résistantes. Les uns et les autres s'en servent comme d'une icône. Il n'existe pas plus que les prétendus anarchistes qui freineraient depuis des mois les TGV. On nous aurait sortis une bande de fanatiques adeptes du retour à la terre, c'eut été plus crédible, mais on aura voulu viser la montée de la gauche (je pense au NPA, le Nouveau Parti Anticapitaliste de Besancenot) et des anars qui reprennent du poil de la bête. C'est vrai que dans une manif la CNT clame des slogans qui font souvent sens et, de plus, avec le sourire ! Si le bonheur, c'est la lutte, alors cette montée mérite que les pouvoirs s'en préoccupent comme d'une guigne et se servent de l'arme "démocratique" la plus efficace, la désinformation !

dimanche 16 novembre 2008

Le grand verre


Hier après-midi la projection du film de Françoise à Beaubourg remporta un vif succès. On dit vif pour exprimer le vivant. Le remix est vivifiant. On dit aussi vif pour mis à nu. Son féminin est vive comme un hourra couronnant ces dernières semaines. La mariée regardée par ses célibataires, même. Le Centre Pompidou affichait travaux pour le raout de la Sinistre de la Culture devant accueillir ses homologues étrangers dans le trou à -1. Lorsque tous les spectateurs eurent quitté la salle de cinéma, mon envie de pisser s'épanouit légitimement. D'habitude on ne fait la queue qu'aux femmes, mais bizarrement elle s'allongeait chez les hommes. Les urinoirs étaient tous condamnés ! Une fuite ? Nous montons au sixième étage où je constate le même phénomène. Convoquant Marcel Duchamp et Christo, les techniciens de surface ont enveloppé l'objet dans du plastique entouré de bandelettes adhésives. Court-circuitant le train-train du musée, la sécurité aurait-elle sérieusement eu vent d'anarchistes piégeant l'œuvre avec des fers à béton pour en faire un Tinguely ? Une fuite. Cela ne tient pas debout. Quelle histoire pour une fontaine ! Je suis renversé. Ce sont bien des multiples : tous les urinoirs du Centre sont emballés... Comme les spectateurs dans la salle comble, devant la fluidité du montage de Ciné-Romand. L'amalgame prend tout son sens. On rit, on pleure, on est touchés, et je me laisse enfin aller à ces élucubrations, libations sensasses de décompression n'ayant rien à cirer des pompes et circonstances.

samedi 15 novembre 2008

Ciné-Romand (4) - avant-première


C'est aujourd'hui-même à 14h au Centre Pompidou (salle cinéma 2, niveau -1), pour le quatrième jour de Cinéma numérique 2 organisé par les Cahiers du Cinéma (voir critique des Cahiers) dans le cadre du Festival d'automne (entrée 4 ou 6 euros, durée 1h26).
La photographie de Ciné-Romand qui illustre ce billet est toujours d'Aldo Sperber dont la nouvelle exposition à La Maison des Photographes (121 rue Vieille du Temple à Paris 3ème jusqu'au 30 novembre) présente de grandes images pleines d'humour et de couleurs pimpantes.
Quant à Françoise Romand, notons qu'elle a réalisé le film en trois semaines, temps qui la séparait du happening qui l'a inspiré. Elle en a fait un film à part entière, recomposant sa filmographie à la lumière d'aujourd'hui en une fantaisie prismatique qui fait ressortir l'unité de son travail. Ciné-Romand est le complément idéal de Thème Je (DVD à paraître en 2009). Il déplace le phénomène d'identification, qui vise habituellement les acteurs, vers les spectateurs. La mise en abîme va jusqu'à la projection du film en salle. Ne ratez pas cette occasion exceptionnelle, en présence de l'artiste !

vendredi 14 novembre 2008

Le ventre fou


Je me suis souvent répandu sur mon goût prononcé pour les expériences culturellement incongrues. Le changement de repères est toujours salutaire pour comprendre ce qu'on fait là. La récolte concerne cette fois des sites "culinaires" proposant des trucs marrants ou provoquants. Commençons par dix pizzas asiatiques délirantes et pas forcément faciles à digérer (film). Poursuivons avec vingt glaces japonaises aux parfums les plus improbables (pour les non-anglophones absolus, je traduis : langue de bœuf, cactus, charbon, fromage, aile de poulet, piment, ail, chèvre, pieuvre, huître, perle, vipère, bœuf cru, sel, nouilles aux ailerons de requin, sauce de soja, seiche, tomate, viagra, wasabi), là il y en quelques unes qui me tentent ! Continuons avec la farandole des aliments basiques qui défoncent, il y a aussi des mets bizarres, des fritures de tas de trucs (on vogue loin des tempuras, on se noie même avec certitude), du chocolat partout, ou plus sainement les aliments qui combattent le "mauvais" cholestérol... On peut aussi retrouver le goût des choses en s'immergeant dans le noir ! Terminez la visite par un restaurant japonais à la décoration très buñuellienne.

jeudi 13 novembre 2008

Discorama, comme un dimanche


Ça commence à s'affoler pour les fêtes chez les éditeurs. Prix littéraires d'un côté, coffrets DVD de l'autre, comme si le porte-monnaie était extensible alors que la crise touche les ménages de plein fouet. Lorsque l'on n'en est pas directement victime, on n'a qu'à regarder autour de soi en ouvrant les yeux et les oreilles pour s'en convaincre.
N'empêche qu'il y a de beaux cadeaux à (se) faire, tel ce coffret de 3 DVD (INA, 29,99€) compilant les Discorama de Denise Glaser, programmés le dimanche avant le déjeuner dans les années 60. Avant de devenir la première productrice-présentatrice de la télévision avec son émission dédiée à l'actualité du disque, Denise Glaser avait été une illustratrice sonore recherchée. On pourra apprécier la qualité de ses entretiens devenus des modèles de ce que cela avait été et de ce que cela pourrait être ! Le temps de respirer, d'écouter, de s'exprimer... Beaucoup de tendresse et d'engagement. À l'époque le pouvoir gaulliste contrôlait les informations, mais fichait la paix aux secteurs des dramatiques et des variétés, repères de "rouges" ! C'est devenu plus difficile à partir de 1981, car les socialistes avaient compris l'importance des autres émissions que le Journal... Le réalisateur Raoul Sangla contribua grandement au succès de Discorama, avec ses échelles et ses caméras dans le champ et ses deux tabourets, comme de son égérie. Mais, définitivement virée en 1974, Denise Glaser mourut neuf ans plus tard dans la misère.
Le coffret offre des instants inoubliables, que l'on apprécie ou pas les artistes, peu importe ! Denise Glaser savait faire parler ses invités, les mettre à l'aise, leur laisser le temps... Se succèdent Barbara, Brel, Ferré, Moustaki, Gainsbourg, Polnareff, Lara, Le Forestier... Mais aussi Piaf, Bécaud, Aznavour, Nougaro, Reggiani... Ou encore Xenakis, Dali, Vince Taylor, Johnny, Eddy, Dutronc... Comme Paco Ibañez, Miriam Makeba (récemment disparue), Caetano Veloso, Joan Baez... Et en bouquet final, Dick Annegarn et Nino Ferrer... J'en passe... Elle offrit leur chance à nombre d'entre eux alors qu'ils débutaient...

mercredi 12 novembre 2008

Le grand écart


Hier j'ai dit des bêtises. Sur la boîte il était pourtant écrit : "trouble du comportement, modifications de la conscience, confusion, baisse de vigilance..." Pas facile de tout gérer avec un lumbago, le petit orteil en l'air et les drogues. Cela manque cruellement de souplesse. Ne jouant plus au Twister, quand sonne l'heure du blog la position devient sportive. Aujourd'hui je préfèrerais me taire en espérant que ma santé me permettra bientôt de retrouver mes esprits. C'est pas donné ! Je ne parle pas de mon corps, c'est bientôt la fin, la fin de mes douleurs. Je fais ce que je peux. C'est la panade, mais j'y travaille d'arrache-pied (aïe !). Non, c'est pas donné d'avoir quelque chose à raconter chaque soir sans se répéter ; encore faudrait-il le dire toujours avec pertinence, de différentes manières selon les humeurs, selon les couleurs du ciel ou des drapeaux. Comment y échapperais-je ? Un bout de chiffon au bout d'une perche pour qu'on le voit de loin, comme un écran que l'on empêche de s'éteindre pour rameuter les camarades. C'est dur de taper dans du mou. Quant à me taire, c'est un gag, non ?
Le film de Peter Brook est tragique. Oui, ça se passe aussi comme ça. Non, cela peut se passer autrement. Bien heureusement. Brook met en garde. Et si c'est naturel, ce n'est pas humain, car, je l'ai déjà écrit (vous voyez je perds la boule), partout où l'homme passe la nature trépasse. Il faudra bien s'accorder. Nul constat d'échec, mais du pain sur la planche à gérer le grand écart (ouïe !) entre nos rêves, les moyens que nous nous donnons pour les exaucer et la pratique effective de nos gestes.

mardi 11 novembre 2008

Sa Majesté des mouches


L'éditeur Carlotta fait toujours bien les choses. Le complément de programme est aussi passionnant que le film qu'il accompagne. Peter Brook y raconte comment il réussit à réaliser son premier film en 1963 d'après un roman de William Golding. Il évoque la magie du casting et répond aux questions que l'on est à même de se poser : que sont devenus les enfants qui jouaient dans Sa Majesté des mouches, film hors normes, unique, analyse bouleversante de la condition humaine ? Tout semble monstrueusement naturel, comme le retour fulgurant à l'état sauvage de ses gosses abandonnés sur une île déserte suite à un accident d'avion.
L'histoire de l'humanité passe par le conte à valeur de mythe. C'est hélas ainsi que l'on fait naître les mythes. Le vernis de la bonne société craque pour laisser place à tout ce qu'elle contient et encadre, une organisation tribale, injuste et brutale sous la coupe d'un chef charismatique, à l'image de ce que l'Allemagne avait représenté. Quelques scènes hystériques construisent le rituel et instaurent une religion aussi absurde que n'importe quelle autre. L'intolérance prend le dessus et la mort est son exutoire. L'animalité de l'homme (Brook a refusé d'ajouter des rôles féminins qui auraient immanquablement sexualisé le scénario !) renvoie à la puissance des forts sur les faibles au combat de la force et de l'esprit. qui paieront souvent de leur vie. Beaucoup y laissent la vie. Le roman de Golding est sans ambiguïté : la civilisation, représentée par un montage d'images fixes évoquant l'éducation rigoureuse britannique et la guerre froide, ponctue le générique d'ouverture. La civilisation n'est ne serait qu'un fragile garde-fous où la liberté peut rapidement glisser vers la sauvagerie, la superstition et la violence. Devant la justesse des questions posées par mc, je préfère corriger le texte initial (en barrant et en signalant les ajouts en gras, pour que son commentaire reste cohérent). Mes corrections n'apaiseront probablement pas la virulence de sa critique, mais elles me permettent d'assumer un texte écrit un peu trop rapidement avec prise médicamenteuse déconseillée pour la conduite et l'usage de machines.


Dans Le cinéma en liberté, Peter Brook insiste qu'il ne peut y avoir de liberté pour l'auteur d'un film qu'avec un budget riquiqui, et d'évoquer les mérites du cinéma numérique. Il décrit ensuite comment, quarante ans plus tard, le chasseur dictatorial est devenu trafiquant d'armes en Amérique du Sud, le démocrate est féru d'écologie, et Piggy un brillant et généreux homme d'affaires spécialisé dans le commerce de friandises avec l'ex-URSS ! Le casting était-il aussi pointu ou les rôles auront-ils marqué les comédiens en herbe ? La société des mâles, rejouant la guerre du feu, est démasquée. Les jeunes acteurs sont tous exceptionnels, le noir et blanc propice au nouveau mythe, la jungle aussi paradisiaque qu'infernale. Le commentaire de mc en dit plus que je ne l'expose, veuillez vous y référer en cliquant sur Commentaires.
Le dvd est accompagné d'une partie pédagogique lisible exclusivement sur un ordinateur. Riche et dense, elle ouvre de sérieux débats dans le cadre scolaire, et dans la vie précaire que nous menons sans pouvoir présumer de l'avenir. Mais Sa majesté des mouches est surtout un grand film, indémodable, nos sociétés continuant à perpétuer les mêmes valeurs sous-jacentes, et faisant tout ce qu'elles peuvent pour faire oublier que l'homme, tout pensant qu'il est, est l'animal qui s'est arrogé tous les pouvoirs.

lundi 10 novembre 2008

À cloche-pied façon bonzaï


Non mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? J'étais déjà complètement tordu avec une contraction musculaire qui ne cède pas malgré l'ostéo et la pharmacopée grand style, il a fallu que je me recogne le petit orteil en jouant avec Scotch autour du lit. Ça brûle dans le bas, ça presse dans le dos, j'ai le cerveau qui commence à fumer, et pas n'importe quoi, vraiment il ne manquait plus que ça ! Comme je suis raide comme un passe-lacet, j'ai du mal à voir mes orteils, d'où l'accident fatal ! Cet enchaînement d'inculture physique explique ce billet creux qui me renvoie à ma plus simple expression, la cellule, cellule de décompression, et minimalisme du aïe.

Illustration (celluloïd, laque et allumette) réalisée en 1969 pour H Lights.

dimanche 9 novembre 2008

Déversoir


J'ai emmené Elsa et Chloé voir le spectacle de la contorsionniste québecquoise Angela Laurier au Théâtre des Bergeries à Noisy-le-sec, conseillé par Françoise que Déversoir avait emballée lors de sa programmation à La Villette. Malgré mon lumbago qui ne cède toujours pas, j'en suis ressorti renversé. Angela Laurier a construit son spectacle sur une résistance. Elle a mis en scène son propre corps face au drame où son père maniaco-dépressif et son frère schizophrène ont subi l'un et l'autre des électrochocs. Le grand écran présente le road movie de la saga familiale, avec sa mère et ces deux-là. Le moment le plus émouvant et le plus généreux arrive lorsque tout est terminé, quand le frère malade et son propre fils viennent saluer. La contorsionniste a su jouer de son art pour apprivoiser la douleur de leur histoire. En regardant le numéro qu'elle exécutait du temps où elle participait au Cirque du Soleil, on saisit l'écueil qui sépare la mécanique trop bien huilée et la profondeur de l'aventure familiale qui va lui permettre de se réconcilier aussi avec son corps qu'elle ne pouvait plus voir en peinture.


La peinture, j'y ai pensé tout le temps pendant Déversoir. J'ai vu passer tous les modèles de Jérôme Bosch, ces monstres étonnants dont les corps difformes sculptaient leur résistance à la normalité. En croisant son art et l'histoire qui l'a faite femme, elle a trouvé ce que tout saltimbanque cherche à partager, l'amour du monde, impossible mais pourtant réel.

samedi 8 novembre 2008

Ciné-Romand (3) - le film


J'ai réécrit hier le texte qui suit pour annoncer l'avant-première du film de Françoise, dans une semaine exactement, samedi 15 novembre à 14h au Centre Pompidou (salle cinéma 2, niveau -1), pour Cinéma en numérique organisé par les Cahiers du Cinéma (voir critique) dans le cadre du Festival d'automne (entrée 4 ou 6 euros, durée 1h35). La photo d'Aldo Sperber y figure, parmi d'autres. Igor et moi en terminons le mixage. Nous sommes tous excités comme des puces. Entre le tournage en direct du happening et la projection du film à Beaubourg, il se sera écoulé seulement trois semaines ! C'est un marathon.

Ciné-Romand (le film)

De Mix-Up à Thème Je, Françoise Romand réinvente le documentaire en lui injectant la fantaisie de la fiction. Dans tous ces films, bouleversants d'humanité et de compassion pour ses personnages, elle n'est pas dupe du pouvoir de la caméra et ne cesse de répéter que "tout ça, c'est du cinéma !" Son humour critique et la complicité qu'elle installe avec celles et ceux qu'elle filme, tant dans ses fictions que dans ses documentaires, lui permettent de réaliser une œuvre dont la recherche de l'identité est la clef.
Dans un premier temps, Ciné-Romand fut un happening en appartements autour de ses films. Avec la complicité des voisins d'un quartier et une armée de guides qu'elle nomme des anges, Françoise Romand invente une installation ludique, qui gomme définitivement la frontière imaginaire entre fiction et réalité... La consigne est simple : les hôtes, chez qui sont projetés les films de la réalisatrice, continuent à vivre comme si de rien n'était tandis que les spectateurs les visitent dans la plus grande discrétion. À partir de son travail de réalisatrice, l’artiste génère une création à la croisée du théâtre documentaire et du cinématographe. L'installation est saisissante. Françoise Romand la filme, rajoutant une strate à la mise en abîme dont la projection en salle n'est peut-être pas le dernier avatar.
En filmant les spectateurs des appartements où se jouent naturellement des scènes domestiques, Françoise Romand rejoue une nouvelle fois L'arroseur arrosé, l'une des premières fictions de l'histoire du cinéma, reprenant le rôle de son propre arrière grand-père ciotaden, le gamin espiègle qui pliait le tuyau. En effet, chez les habitants le dispositif se renverse. En s'y invitant subrepticement, les visiteurs, voyeurs par essence, semblent happés par les films qu'ils feignent de regarder. Leurs hôtes, exposés sans filet, voyant défiler une ribambelle de gens qu'ils ignorent, les analysent à leur tour. Par cet effet de miroir répondant au souhait de Jean Cocteau, c'est-à-dire réfléchissant, Françoise Romand transforme l'essai en film, dès lors que ses personnages effacent tout ce qui permettrait d'identifier réel ou fiction ! Chaque personne y joue son propre rôle ou, du moins, une facette souvent enfouie de sa personnalité. Le rideau virtuel qui séparait les deux espaces, d'un côté la vie, de l'autre le spectacle, est fragile voire volatile. Combien d'Alice franchirent ce soir-là le miroir ? Et dans un sens, et dans l'autre ?
Acteurs et spectateurs ont joué dans la même pièce, comme à l'époque du Living Theatre dans les années 60. La question n'est plus de savoir si le public participe, mais qui est le public ? L'évidence devrait nous sauter aux yeux. La différence n'existe pas, il n'y en a jamais eu, il n'y en a pas, il n'y en aura pas tant que les œuvres éclaireront nos propres émotions, nous rassurant ou nous bousculant, nous renvoyant toujours au phénomène d'identification et à sa critique, merci Monsieur Brecht. Quel que soit l'angle, c'est l'impossible qui passe dans le réel ! Documentaire et fiction, non, ni documentaire ni fiction !
En mêlant des extraits de ses films au spectacle du happening, Françoise Romand tisse une toile où la place de chacun n'est plus assignée. On traverse Ciné-Romand comme des somnambules dans une maison de poupées, découvrant la dimension buñuelienne de nos vies, lorsque l'appartenance sociale et la famille façonnent nos gestes et nos pensées, sans que l'on ne sache jamais pourquoi, pourquoi on va au cinéma...

vendredi 7 novembre 2008

Intégrale Demy, un coup de baguette magique !


Je suis aux anges. Geneviève, c'est ma maman, m'a offert l'intégrale DVD de Jacques Demy dont le coffret sortait le jour de mon anniversaire. Une "princesse m'apporte ses vœux" à La Régalade, accompagnés de ceux d'Agnès V. (carte postale en illustration). On reste dans le quartier. Je retrouve des films rares et quelques perles inédites en boni. Je n'ai jamais vu La naissance du jour filmé pour la télé d'après Colette, j'ai oublié Le bel indifférent d'après Cocteau, quasi voisins de paliers ces deux-là. Le Palais Royal était mon jardin d'enfance. Je ne vais tout de même pas rabâcher sur ce coffre aux trésors en rappelant Les Parapluies, Les Demoiselles ou Peau d'âne. J'ai attendu la naissance de ma fille pour les voir et revoir sans passer pour un ringard. Jusque là, je les regardais en douce, je pleurais à l'un, me remontais le moral avec l'autre, rêvais avec le troisième. Cette édition permettra-t-elle de réhabiliter Une chambre en ville, drame musical renversant sur fond de lutte sociale ? Je brûle d'impatience. Tout voir et revoir, oui. Peut-être avons-nous été injustes avec les moins réussis ? Les personnages circulent d'un film à l'autre. Je liste ce que je ne connais pas, les premiers dessins animés, les entretiens, les reportages, les documents sonores du CD qui accompagne ces douze DVD ! Le site Ecran Large donne toutes les détails sur le contenu du coffret (Arte Vidéo).
J'envie la complicité que Françoise entretenait avec le cinéaste d'une humilité confondante. Arrivé en avance pour la projection de Appelez-moi Madame, il pose des questions à Françoise comme si c'est elle la pythie. La projection du film le subjugue. C'étaient les derniers mois de sa vie. Plusieurs entretiens datent de cette époque. Curieux, fin, délicat, elle m'en parle comme s'il était l'un de ses propres personnages, tellement attachant. Comme sa compagne est assise sur le fauteuil basculant avec les jambes repliées, Jacques tire sur sa robe pour la rallonger. Agnès Varda se moque de lui parce qu'il aurait peur que l'on voit sa culotte ! Je deviens midinet en regrettant de n'avoir pas été une petite souris pour assister aux dîners auxquels participaient Delphine Seyrig et Sami Frey. Jacques Demy était un ange discret. Dans tous ses films, il nous fait croire aux fées, puisque l'on est aujourd'hui assez grand pour savoir qu'ils recèlent de terribles secrets de famille, des drames surmontés, des fantasmes d'enfant, transformés en histoires merveilleuses par un des plus grands virtuoses de la baguette magique. Comme tous les contes de fées, les films de Jacques Demy se comprennent différemment au fur et à mesure que l'on grandit.

jeudi 6 novembre 2008

Mind Game, vertigineuse plongée dans le cinéma d'animation



Dans Mind Game du réalisateur Masaaki Yuasa d'après le manga de Robin Nishi, la logique du rêve est aussi difficile à suivre que le scénario de Ghost in the Shell. L'animation explose le cadre et déborde d'imagination. Le film, produit en 2004 par le Studio 4°C, responsable du très beau Amer béton, est une œuvre originale qui rappelle aussi bien Windsor McKay (Little Nemo) que Moebius. Les hallucinations héritent aussi bien de la scène conçue par Salvador Dali pour Dumbo l'éléphant que les références au manga dessinent un époustouflant portrait du Japon contemporain. Cet entre-choc de styles aussi différents dans une même scène dérègle tous nos sens, nous faisant valdinguer dans un trop-plein d'émotions plastiques qui disloque la narration au travers d'un prisme déformant. Le flash rend l'expérience si troublante que lorsque la lumière se rallume dans la salle elle nous replonge aussi sec dans l'obscurité du quotidien. Mind Game est un film sur le vertige, expérience ultime de la mort et retour à la vie, une jeu d'esprit où la peur prend ses racines dans la petite enfance et le courage dans ce qui nous reste d'imagination.

Merci à Karine de m'avoir fait découvrir ce diamant noir.

P.S. : cela n'a absolument rien à voir, mais Jacques Oger m'annonce la mort de Jimmy Carl Black, "the Indian of the group" des premiers Mothers of Invention. Les fans historiques de Frank Zappa comprendront ma tristesse.
Puisque je suis dans les brèves, les Cahiers du Cinéma de novembre ont publié deux articles sur Françoise, l'un pour Appelez-moi Madame (DVD à paraître le 18 novembre), l'autre pour Ciné-Romand (avant-première du film à Beaubourg le 15 novembre à 14h dans le cadre du Festival d'automne, à ne pas manquer, que vous ayez participé au happening ou que vous l'ayez raté !).

mercredi 5 novembre 2008

Yukka stère


Lorsque l'on est encerclé par les gros titres, lorsque l'on travaille jour et nuit sur des projets prenants, s'il n'y pas d'accident, c'est difficile de parler d'autre chose. Pas besoin d'ajouter une voix au tintamarre qui camoufle l'avenir. D'un autre côté, trop envie de parler de ce qui nous anime. Fidèle au poste, j'essaie d'éviter les écueils. Je suis le gamin qui grimpe en haut du mât. De temps en temps, je regarde à la fenêtre, j'ouvre et respire un grand coup, je vais parfois jusqu'à trois pas dehors pour admirer les fleurs de yucca. Deux fois par an, ce n'est pas croyable ! Hier soir j'ai cueilli des tomates cerises à la lampe de poche. Elles étaient sucrées et parfumées... Je ne dis rien de ce que je fais.

mardi 4 novembre 2008

Invasion de lapins à Besançon


Prélude
Hallucinant ! Nos lapins ont envahi Besançon, affiches géantes sur les panneaux de la ville et chez les commerçants, format large au cul des autobus, 40x60 un peu partout, autocollants, type vitrail pour coller sur les vitres, sans compter le programme, les invitations et le site du passionnant festival Musiques Libres 2008 dirigé par Philippe Romanoni.
Jamais il n'y eut autant des spectateurs, dit-on, Nabaz'mob allant jusqu'à jouer un rôle de locomotive pour le reste des spectacles qui affichèrent une hausse de 40% de fréquentation par rapport aux années précédentes !


Nabaz'mob
Nos cent rongeurs wi-fi en plastique blanc n'attrapent pas pour autant la grosse tête et jouent leur partition impeccablement, si ce n'est le quatrième olibrius du premier rang côté cour qui accuse un léger retard systématique, valorisant la meute de ses congénères appliqués à remuer leurs oreilles comme les tentacules menaçantes d'un parterre d'anémones de mer. Ils jonglent avec leurs cinq leds multicolores, s'ils ne les contiennent pas dans un ensemble aussi sombre qu'envoûtant.
Dans l'ancien cirque couvert du Kursaal, l'acoustique aurait permis de jouer sans amplification, nous faisant profiter du mouvement organique produit par les cent haut-parleurs cachés dans leurs petits ventres (oui, Nabaztag est une pythie ventriloque, puisqu'elle n'a pas de bouche et parle avec son ventre lumineux), si nous n'avions craint, à tort, que la musique n'atteigne difficilement les spectateurs perchés jusqu'au second balcon.


Analyse
Fred Jimenez dans L'Est Républicain d'hier lundi :
BEN MON LAPIN !
(...) Le symphonique lapinos de Jean-Jacques Birgé et Antoine Schmitt a laissé plus d'un spectateur pantois, hier, en clôture du festival Musiques Libres.
Ce concert pour cent Nabaztag, ces petits lapins numériques commandés via connexion wi-fi, avait attiré nombre de couples avec leurs jeunes, voire très jeunes enfants, dans un Kursaal quasi comble.
Mais le spectacle n'avait rien d'un conte anecdotique. Il fallait se laisser gagner par la poésie douce-amère de ces petites créatures dont les oreilles balayées par le son faisaient penser aux anémones de mer caressés par un courant sous marin. Le chuchotement amplifié des lapins communicants redistribuant avec force effets lumineux les musiques (...), avait quelque chose de poignant, voire touchant, de l'ordre d'une fable désespérée sur la condition humaine.
La fixité robotique des intervenants, privés de libre arbitre, inspirant un déroutant retournement sur la question de sa propre sensibilité aux mouvements de masse. Cette partition chorégraphique a été accueillie avec une attention religieuse par le public, même le plus jeune.


Postlude
À la sortie du spectacle, soufflait le ventilateur de l'installation Cube-Mouvement de la jeune coréenne Oh You Kyeong, élève de Penone, dans le théâtre du Grand Kursaal. 3300 boîtes en papier léger valsent au gré de la fantaisie des courants d'air. Les cubes se soulèvent, se bousculent, s'envolent, retombent, se calent, s'expulsent et cabriolent encore. Nous sommes restés longuement devant les figures chorégraphiques, admirant les principes d'incertitude qui transformaient sans cesse l'œuvre qui nous surprenait en inventant de nouvelles figures. Cubes blancs contre lapins blancs, trente trois fois plus nombreux, c'est en frères qu'ils partagent l'espace avec nos lapins ou lapines (la question est le grill).


Notes persos
Notre excursion bisontine me permit de retrouver le designer sonore Patrick Susini, de vieux copains comme la chorégraphe Lulla Chourlin (avec qui le Drame monta Zappeurs-Pompiers dans les années 80 alors qu'elle s'appelait Lulla Card) et le compositeur Patrick Roudier (rencontré à l'époque de Rideau ! et pour qui Bernard et moi jouâmes les rôles de Moïse et Aaron dans l'opéra de Schönberg ainsi que Ninetto Davoli et Toto dans Uccelacci e uccelini !). Nous échangeâmes d'amusantes évocations psychanalytiques avec Lucia Recio et Xavier Garcia venus représenter leur Radiorama. J'entendis quelques minutes du duo de Didier Petit et André Minvielle avec beaucoup d'émotion. Les facéties scéniques du Trio de Bubar excitèrent notre appétit. J'ai d'ailleurs rapporté du morbier, du comté, de la cancoillotte artisanale à l'ail et une saucisse de Morteau. L'accueil de toute l'équipe de Musiques Libres fut si chaleureuse qu'elle mérite enfin d'être signalée...

lundi 3 novembre 2008

L'effet domino


Cliquer sur le lien http://producten.hema.nl/ vous mènera au site des magasins hollandais Hema. Une surprise vous y attend (merci P.O.L.). C'est dommage que ce ne soit qu'une pub et que l'animation ne s'applique pas au site ordinaire dont l'url s'obtient en remplaçant producten par www.


Certains y verront un remake du fascinant film de Peter Fischli and David Weiss, Der Lauf der Dinge (Le cours des choses), réalisé en 1987, mais l'effet domino est bien antérieur, et ce genre d'expérience donne lieu à de fantastiques concours de réactions en chaînes dont les Pays Bas sont très friands, comme le Domino Day retransmis à la télévision depuis 1986.
En 1954, sur ce modèle, le Président Eisenhower échafauda sa Théorie des dominos contre la propagation du communisme dans les pays de l'Est. Aujourd'hui, on cite cette théorie en exemple pour évoquer la crise économique actuelle, cette fois la chute du capitalisme. Les dominos s'écroulent les uns après les autres sans que l'on sache très bien où ça va. Les yeux sont fixés sur l'instant, sans aucune perspective d'avenir.

dimanche 2 novembre 2008

Après deux mandats Bush, wassup ?


P.O.L. me signale ces deux vidéos hilarantes réalisées à huit ans d'intervalle. Que sont devenus les acteurs de la célèbre pub pour la bière Budweiser ? Ces vidéos circulent pas mal sur la Toile, mais vous n'êtes pas forcément déjà tombés dessus...


Charles Stone III, le réalisateur des deux clips mousse visiblement pour Obama. Si McCain passe, l'Amérique accélère sa chute avec en prime le château de cartes bancaire mondial et la révolte nécessaire des plus démunis. Si c'est Obama, c'est la politique hégémonique américaine qui se poursuit, le pays s'enfonçant doucement sous le poids des bandits du Capital.

samedi 1 novembre 2008

Nabaz'mob, icône des Musiques Libres


Je suis tout fier et flatté. Affiches, programmes, flyers, site Internet, le Festival Musiques Libres de Besançon a réalisé toute son identité visuelle cette année avec mes photos de Nabaz'mob. Notre opéra pour 100 lapins communicants fait la clôture du Festival demain dimanche à 16h. Beau programme où jouent également Jean-François Pauvros, Xavier Garcia, Didier Petit, je ne cite que les copains, parmi tant d'autres que je ne connais pas. Voilà un bout de temps que je n'étais pas retourné à Besac !


Au même moment, encore aujourd'hui et demain, un autre pote, Stéphane Cattaneo y expose ses dessins 14 avenue Fontaine Argent de 14h à 18h. On aura repéré ses dessins dans le Journal des Allumés, dégusté Beautiful Life, un quatre mains avec Moebius, et revu ses pages de garde généreusement personnalisées. Cattaneo jongle avec les couleurs comme il dessinait ses lignes coupantes sur des surfaces contrastées par l'encre noire. Il tamise le réel à la passoire du dessin caustique, son regard décalé le faisant passer dans l'abstraction sans préméditation.

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