Jean-Jacques Birgé

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mercredi 31 décembre 2008

Réveillonnez avec la police !


35 000 policiers se déploient ce soir, dont 7 000 à Paris, pour s'assurer que le Réveillon se passera bien dans la loi et l'ordre. La ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, espère préserver ainsi "l'esprit festif" qu'elle pense absent des préoccupations des garçons sauvages. Elle se trompe lourdement, tout comme le directeur de la police urbaine de proximité (un titre comme ça cela ne s'invente pas, des fois qu'on la sente trop lointaine), Alain Gardère, qui parle d'un dispositif "montant en crescendo au long de la journée" (le terme est beau comme un feu d'artifices), car il craint les "traditionnels débordements de groupes de jeunes alcoolisés et sous l'emprise du cannabis". Alors là on se pisse dessus, pas qu'on ait trop ingurgité de mousse ni pour éteindre le feu, mais amalgamer alcool et pétards, il faut le faire ! Voilà un demi-siècle que chacun sait que la marijuana aurait plutôt tendance à abrutir qu'à exciter... Il est vrai que la cocaïne est une drogue de riches et il serait dommage que ceux qui s'en ficheront plein le pif dans le quartier des Champs Élysées soient dérangés par des bandes de voyous... Voilà comment le gouvernement justifiera donc le déploiement de policiers "en nombre et mobiles", des fois que la température glaciale tuant chaque jour des SDF ou que le cynisme patronal produisant du chômage comme s'il en pleuvait ne suffisent pas à attiser le feu de la crise ! Bonnes gens, réveillonnez tranquilles, soyez, vos avoirs sont sous bonne garde, la police veille.

Couteaux à croquer


La cuve à mazout est pleine à ras bord, il reste deux stères de bois dans le jardin, sels aux algues et essences relaxantes sont alignés sur le bord de la baignoire, la couette recouvre le futon, le feu crépite dans l'âtre, tout va bien. Avec ce froid humide qui transforme le macadam en patinoire je n'avais nullement envie de bouger dans les prochains jours, je suis donc sorti faire des courses à Belleville, accumulant les provisions de bouche comme un écureuil fou. En cette saison mes soupes asiatiques sont tout indiquées, encore faut-il que j'ai toutes mes bases, d'où mon escapade à Chinatown. À côté du canard fumé, des tripes laquées, des pattes de poulet en vinaigrette et des légumes extravagants que j'ai encore découverts hier matin, j'ai trouvé des couteaux à environ sept euros le kilo, plutôt rares sur les étals de nos marchés. Il y avait si longtemps que nous n'en avions mangés que nous nous sommes faits une ventrée de ces mollusques crus à l'exquis petit goût de noisette. Comme il se contracte et remue comme un serpent, l'animal doit en rebuter plus d'un, avec son pied qui dépasse du coquillage, ressemblant selon son désir à un long clitoris ou un petit pénis ! On attribue aux huîtres certaines propriétés aphrodisiaques, en est-il de même avec la chair des couteaux ?... 8o))

mardi 30 décembre 2008

True Blood et Towelhead, le retour d'Alan Ball


Il est passionnant de comparer Towelhead, le premier long métrage d'Alan Ball (à paraître le 30 décembre en DVD Zone 1 et seulement l'an prochain sur nos écrans) et sa nouvelle série True Blood (récemment diffusée par HBO), pour laquelle il a signé pour deux saisons et dont la première est diffusée pour l'instant sur Orange.
Alan Ball s'est fait connaître du grand public avec le film American Beauty réalisé par Sam Mendes, puis pour avoir créé Six Feet Under, considérée par beaucoup comme la meilleure série télévisée jamais réalisée. Au bout de cinq saisons, Ball avait eu l'intelligence de mettre fin à cette sensationnelle saga en rendant toute suite impossible par un ultime et génial ressort de scénario. On se souviendra de la première minute de chaque épisode qui voit mourir un des personnages présents après un suspense de soixante secondes, le défunt teintant l'épisode de son environnement social, ou les dialogues rêvés de toute la famille avec le père disparu dès le début, les pubs de l'épisode pilote, Brenda, fille de deux psychanalystes, les amours du fils David avec son copain flic et noir, etc. Les cinq saisons sont à voir d'un bout à l'autre ; la qualité des scénarios, du jeu d'acteurs, de la lumière, jusqu'à son générique, montrent que si le cinéma américain est engoncé dans des poncifs holywoodiens des plus conformistes sa télévision est capable d'une liberté qu'aucune autre industrie ne s'est autorisée. Pour qu'une chaîne française produise enfin une série intelligente et originale, il faudrait laisser les clefs à des auteurs autrement plus inventifs et gonflés.
Bon sang, True Blood, la nouvelle série d'Alan Ball tient ses promesses. Sans dévoiler quoi que ce soit qui ne le soit dès les premières minutes, l'action se passe dans une petite ville de Louisiane, les vampires ont été "légalisés" mais souffrent d'une forme de ségrégation raciale... L'argument permet une fois de plus à Alan Ball d'évoquer la sexualité, la politique et les mœurs de son pays. Ce "très long métrage", inspiré par les romans de Charlene Harris, de plus de dix heures, chacun des 12 épisodes durant 52 minutes, est brillant, provoquant, excitant, magnifiquement interprété, dans des décors extérieurs qui nous emmènent loin des séries claustrophobes. Il semble même que sa durée soit du double, car, cette fois, le dernier épisode nous maintient dans le suspense, l'histoire se poursuivant avec la seconde saison. Le site d'HBO recèle de savoureux bonus (extras) comme "Vampires in America" ou "Vampire Motel Commercial", votre sang ne fera qu'un tour. Si vous n'avez pas encore vu cette première saison, ne vous rongez pas les sangs en regardant les résumés de chaque épisode, vous gâcheriez votre plaisir, attendez patiemment sa diffusion en France ou sa parution en dvd.


Towelhead, également appelé Nothing is Private après des plaintes stupides de la communauté arabe et musulmane qui semble avoir compris le titre à contre-sens, est un film beaucoup plus grave faisant ressembler True Blood à une fantaisie ! Tandis que la série utilise le vecteur de la sexualité pour aborder la ségrégation, le long métrage renverse le procédé, ici le racisme révèle la sexualité, en particulier celle des jeunes filles, sujet rarement abordé au cinéma, du moins avec cette franchise, ainsi que la pédophilie. À sa vision, on comprendra facilement son échec américain ! Towelhead, adapté du roman d'Alicia Erian, La petite arabe, met mal à l'aise, il donne à réfléchir, il dérange. Que peut-on attendre de mieux d'un bon film ? C'est tout le contraire de la plupart de ceux qui vous caressent dans le sens du poil et racontent ce que nous souhaitons entendre, les films prétendument à thèse, en fait porteur d'un message qui ne convainc que celles et ceux qui souhaitent être convaincus, rassurés de ne pas être seuls à penser ainsi. Le même soir, nous avons regardé un film sympa, plein de bons sentiments, The Visitor, c'était reposant, mais il n'y avait pas la charge critique de l'œuvre de Ball, qui a d'ailleurs beaucoup de ressemblance avec son premier succès, American Beauty. Sauf que cette fois, Ball ne s'embarrasse pas de glamour. La tendresse qui s'y exprime n'a rien de démagogique, elle met en jeu les contradictions et les ambiguïtés de chacun, acteurs et spectateurs.

lundi 29 décembre 2008

Démence


Lorsque j'entends Dieudonné accueillir le négationniste Faurisson, je repense à ce passage de Shock Corridor où Samuel Fuller montre Trent, le premier étudiant noir admis dans une Université blanche en Alabama, devenu fou à cause de l'accueil qui lui a été fait, se prendre pour un Blanc, fondateur du Ku Klux Klan... What else? Même sans sous-titres, vous pouvez comprendre l'analogie, particulièrement vers la sixième minute de la séquence ! Il y a partout des associations malheureuses, des raccourcis criminels, des transpositions erronées, des justifications monstrueuses, des glissements de démence... L'inconscient joue bien des tours. C'est terrible.

dimanche 28 décembre 2008

Un Drame Musical Instantané joue Mingus (3/3)


À l'occasion du trentième anniversaire de la disparition du compositeur et contrebassiste, voici la troisième et dernière livraison des inédits du Drame interprétant en trio l'album orchestral de Charlie Mingus Let My Children Hear Music. Après Adagio Ma Non Troppo et Don't Be Afraid, The Clown's Afraid Too, après The Chill of Death et The I of Hurricane Sue, voici d'abord Mingus contre Tizol où je tiens à la fois le piano, la basse et la batterie pour accompagner mon récit tiré du roman de Mingus tandis que Bernard Vitet à la trompette et Francis Gorgé à la guitare viennent m'épauler dans cette aventure au son de Take the "A" Train :

Bon d'accord, il y a des à peu près, mais le recours à des textes littéraires lus en musique fonctionne très bien en scène. Je rappelle que tout ce qu'il reste de cette création, jouée une seule fois avant l'éclatement du trio fondateur d'Un Drame Musical Instantané, est une répétition enregistrée en studio quelques jours plus tôt. J'ai toujours fait très attention de sous-jouer pendant les répétitions pour laisser l'émotion du concert intacte et y jouer des effets de surprise. Une répète réussie est un danger mortel. La frustration est plus productive que la sécurité.
Pour la deuxième pièce du programme dont seul le texte est de Mingus, Bernard lit ensuite Pourquoi je serais mieux traité en privé par mon propre psychlologue (ou La belle vie de Bellevue), un autre chapitre de Moins qu'un chien et joue de la trompette à anche, Francis est à la guitare midi, j'utilise mon synthétiseur et des effets vocaux :

Pour terminer, Hobo Ho présente Bernard à la trompette, Francis à la basse et aux percussions et moi-même à la flûte, au trombone et aux percussions :

Ce billet fait suite à l'évocation de Charles Mingus pour l'album d'hommage dû à Hal Willner et à la diffusion de deux autres billets présentant le reste de la répétition du 17 mars 1992 : 1 et 2.

samedi 27 décembre 2008

Des barreaux aux fenêtres


Depuis trois ans nous avons regardé se construire les lofts en face de chez nous et nos nouveaux voisins s'installer les uns après les autres. Des liens d'amitié se sont créés avec certains. Nous attendons le moment opportun pour faire la connaissance de ceux avec qui nous avons de nombreux amis communs. Les rapports de voisinage sont toujours des questions épineuses. Je me souviens de cette adage sarajevien du temps du Siège : "Dieu te demandera ce qu'il en était de ton voisin et de ton chien." Une de mes voisines ne m'adresse plus la parole depuis huit ans, nous partageons le strict minimum avec ceux qui entretiennent un repli communautaire, la glace se dégèle avec d'autres, mon chat va bien et j'évite soigneusement tout contact avec le prétendu Grand Horloger, la pire crapule de bande dessinée que les humains aient inventée...
Tous les appartements d'en face ne sont pas encore habités. Regardant les ouvriers poser des barreaux à toutes les fenêtres du rez-de-chaussée du lot qui fait l'angle, je suis tombé dans un abîme de perplexité tant l'impression de voir s'ériger une prison m'agresse chaque fois que je mets le nez à la fenêtre. La paranoïa se justifie-t-elle ou est-ce un délire sécuritaire ? Qu'est-ce qui peut bien pousser une famille à vivre derrière des barreaux ? Craignent-ils pour leurs avoirs ? Bijoux, tableaux, signes extérieurs de richesse visibles depuis la rue ? Aiment-ils seulement vivre toutes fenêtres ouvertes, hiver comme été ? Si la plupart de leurs voisins ont opacifié la partie à hauteur d'homme en collant un film sur les vitres, l'un d'entre eux ne s'en est même pas donné le mal, estimant que le passage dans la rue était si rare, surtout la nuit, que rien ne justifiait d'empêcher la lumière de filtrer. Alors ? Le 93 a-t-il si mauvaise presse qu'il nécessite de se mettre en cage ? Les grandes fenêtres sont pourtant conçues contre les effractions, sinon je comprendrais. Des volets exigent qu'on les ouvre et qu'on les ferme, train-train quotidien qui pourrait mettre la puce à l'oreille des voleurs. Je louai, dans l'ancien temps, une maison dont l'une des fenêtres était grillagées. La pièce était sinistre, impression claustrophobe de vivre dans un commissariat. Françoise dit que ce n'est pas sympa pour les autres qui risquent de se faire cambrioler plus facilement, les voyous préférant s'attaquer au plus facile, tout devant être "bouclé" en moins de quelques minutes. A contrario, n'est-ce pas indiquer là où l'enjeu en vaut la chandelle ? Leur assurance exige-t-elle ces dispositions, mais alors quid des quatre autres rez-de-chaussée ? Il est vrai que l'aération n'a peut-être pas été réfléchie. N'y avait-il d'autre solution ? Quoi qu'il en soit la vue de ces barreaux me rend triste chaque fois que je me penche... J'y vois les dents serrées, un filtre inamovible, une muselière qu'il faudra penser électrifier quand les garçons sauvages s'approcheront de la capitale...

vendredi 26 décembre 2008

Parade


Quand j'étais petit, mon grand-père m'emmenait chaque année assister à la Parade de la Garde Républicaine. Mon passage préféré était l'escadron motocycliste roulant au ralenti et tricotant d'étonnants enchevêtrements en équilibre sur leurs engins. L'ensemble ressemblait à un défilé militaire à travers les âges. Je crois que Grand-Papa aurait aimé continuer l'armée plutôt que faire le représentant en toile de tente. C'est comme cela que je m'en souviens. Il répétait imperturbablement l'histoire de sa jument qui s'appelait Arlette (comme son aînée !) ou nous donnait des cours théoriques de tir au mortier, surtout si mon cousin Alexandre l'y exhortait avant de prendre le large, nous plantant là. Pour mes exposés sur la Guerre de 14, l'officier de réserve, c'est ainsi qu'il aimait se représenter, me prêtait son casque de poilu, sa citation de blessé à Verdun et ses décorations. Il militait à la Protection Civile. Mon père le provoquait politiquement parce qu'il était resté gaulliste après 1945, il l'appelait Papa, lui dont la mère était morte de la tiphoïde lorsqu'il avait trois ans et dont le père était parti en fumée à Auschwitz. Je l'aimais bien, même si les échanges étaient limités. Je me suis fait réformé ! J'entretenais par contre une vraie complicité avec ma grand-mère que nous appelions Grand-Maman. Il se prénommait Roland et elle Madeleine. Ma mère n'aurait jamais supporté que ses petites-filles l'appellent autrement que Geneviève. Le film transmis par Henri Texier m'a rappelé ses nuits de mon enfance que je partageais seul avec mon grand-père. Ah, la précision suisse, le chocolat, la neige, le paradis fiscal, ça grise !

P.S.: le film ayant été retiré de YouTube, j'en ai trouvé un plus récent...

jeudi 25 décembre 2008

Une utopie contre le profit, le crime et le gâchis ?

Si le film n'apparaît pas sous FireFox, essayez avec un autre navigateur comme Safari, Navigator, Camino, Opera ou allez directement sur sa page.

Si mes billets semblent parfois longs à certains de mes lecteurs, que dire alors d'un film de deux heures à regarder sur son petit écran ? Je répondrai que c'est le jour parfait pour prendre son temps et même le gagner en apprenant comment marche le monde, d'autant qu'il existe d'autres solutions.
La première partie aborde l'argent-dette qui permettra d'avancer en terrain connu pour ceux qui ont regardé le film de Paul Grignon. Le ton est plus calme, le débit plus posé. Vous vous accrocherez peut-être aux sous-titres pour comprendre comment fonctionne le système, aux mains des banques qui inventent de l'argent qui n'existe pas et créent de façon régulière l'inflation... La seconde partie vous révèlera l'existence des trois carnassiers en charge de "convaincre" les pays récalcitrants : le tueur financier, un corrupteur, les "chacals", assassins anonymes, et l'armée lorsque les deux précédents ont échoué ! Tout le début du film est particulièrement passionnant, la suite est à la fois plus confuse et simplificatrice.
La troisième partie revient sur la privatisation, la dévaluation, l'invention du "terroriste" (à ne pas confondre avec le fictif Al Quaida, qui est en réalité une base de données informatiques des Moudjahdin financés par la CIA dans les années 80) qui va permettre par exemple aux USA de contrôler 90% de l'héroïne mondiale, etc. La cupidité n'est qu'un symptôme. Le mécanisme sous-jacent de tout système économique est constitué de l'argent, du travail et de la compétition. Dans un système monétaire, la rareté accentue le profit. Le Projet Venus, que l'on comprend alors sous-tendre l'ensemble du film, prend en considération les ressources planétaires et les avancées technologiques pour imaginer une alternative au gâchis, au crime et au profit d'un petit groupe sur l'ensemble. On en arrive donc aux énergies alternatives, aux transports de l'avenir et, surtout, à penser la vie planétaire autrement.
La dernière partie est essentiellement dirigée vers un public américain : Dieu y est présent partout, à l'école, dans les institutions, dans les lois, à tous les niveaux de la société... Vous pourrez penser que la démonstration est parfois un peu naïve, mais on imagine mal les États-Unis aussi arriérés intellectuellement (le film est américain, ça rassure sur la Résistance). Attention, ils représentent le modèle ! Penser, réfléchir, rêver. Sommes-nous capables de nous révolter et de changer nos habitudes dictées par le profit ?

J'ignore précisément ce que représente le Zeitgeist Movement, mais je remercie Marie-Jésus pour le lien vers ce film de Peter Joseph qui pourra initier de nombreux débats.

mercredi 24 décembre 2008

Un Drame Musical Instantané joue Mingus (2/3)


Suite de la mise en ligne des inédits mingusiens d'Un Drame Musical Instantané adaptant le vinyle orchestral Let My Children Hear Music pour trio, avec tout d'abord The Chill of Death :

J'y lis un extrait de Beneath the Underdog (Moins qu'un chien) en transposant ma voix dans le grave avec mon harmoniseur, accompagné par Bernard Vitet au piano et Francis Gorgé à la guitare midi. J'utilise aussi un synthétiseur Ensoniq VFX-SD que j'ai programmé et qui est resté mon clavier principal depuis vingt ans.
Vous pouvez écouter ensuite The I of Hurricane Sue avec Bernard à la trompette transformée par mon harmoniseur "intelligent", l'Eventide H300SE, Francis est aux percussions et à l'échantillonneur, je joue également des percus, du synthé et diffuse les ambiances...
Plus d'information sur le premier billet consacré à cette répétition, seul témoignage d'une unique représentation qui ne sera jamais enregistrée.

mardi 23 décembre 2008

Le bouquet de misère


La période des fêtes de fin d'année est propice aux règlements de compte familiaux, ou, du moins, elle délie les langues et expose en plein jour les contrariétés ravalées. Non, ce n'est pas toujours une trêve ! À Noël se retrouver ensemble ou s'en exclure exacerbe les sensibilités. Les souhaits s'expriment, et pourtant on ne se fait pas de cadeau. Le jour de la nativité pour les Chrétiens, le spectre de la mort rôde. Les Orthodoxes fêtent Noël le 6 janvier, on est dans les dates. Les Juifs, ayant pour coutume de se plaindre toute l'année et d'aborder de front les questions névrotiques, ne pourront échapper à la tentation ! J'ignore comment cela se passe pour les autres, mais tout rassemblement familial peut être une occasion inespérée de laver son linge sale en famille.
La famille ! Mon père m'expliqua très tôt qu'on ne lui devait rien si l'on ne partageait pas les mêmes valeurs morales avec les personnes concernées. Ascendants, descendants, collatéraux ne pouvaient prétendre à aucun traitement de faveur. La famille dont on hérite et à laquelle on donne naissance est le creuset de toutes nos névroses. Celle que l'on se choisit est autrement plus motrice, elle porte "notre" avenir plus sûrement que les lois du sang. Les deux ont évidemment souvent des éléments communs.
Mais jusqu'où s'étend le cercle de la famille ? Les pièces rapportées, conjoints et conjointes, en font-elles partie ? Lorsque des problèmes surviennent au sein du noyau familial, il est à craindre que leur rôle assigné soit celui du fauteur de troubles et qu'il ou elle devienne de fait le bouc-émissaire, le bouquet de misère comme l'appelait Marianne lorsqu'elle était enfant. Quelle que soit la parenté, les uns et les autres préfèrent souvent éluder la question en reportant leurs reproches sur un tiers plutôt que d'assumer les secrets enfouis, les rancœurs inexprimées, les mensonges idiots qui pourrissent leur vie et continueront à le faire tant que les responsabilités de chacun n'auront pas été assumées, et le pire, c'est que cela se transmet ! Ça se passe comme souvent dans les feuilletons français à la télé : c'est le provincial ou l'étranger qui fiche le souk dans le groupe ! À défaut de pouvoir incarner le mal, il sera le révélateur diabolique des dissensions internes. Devant la peur d'affronter la vérité, fut-elle multiple, par lâcheté ou par bonté d'âme, la fuite ne laisse aucune autre échappatoire que de désigner un coupable qui permette de se rabibocher plus tard entre soi.
Brus, gendres, belles-sœurs, beaux-frères, belles-mères, etc., n'en prenez pas ombrage. Les rôles s'inversent aisément dès lors qu'il y a union, légale ou factuelle qu'importe, c'est le pouvoir des uns sur les autres qui est en jeu. La résistance accule l'autorité à la prise d'otages. La seule échappatoire réside dans l'émission claire de ses vœux. L'expression assumée du désir libère la libido et permet de savoir ce à quoi l'on tient, ceux et celles avec qui nous souhaitons grandir. La famille est un frein dès lors qu'elle nous enferme dans des coutumes dont les usages ne sont plus discutés. On mettra ainsi toute sa vie à savoir qui l'on est, ce qui nous appartient en propre et ce dont nous avons hérité sans le vouloir.

lundi 22 décembre 2008

Un Drame Musical Instantané joue Mingus (1/3)


Crapahutant une fois de plus dans les archives, je mets la main sur une répétition du 17 mars 1992 enregistrée au Studio GRRR, boulevard de Ménilmontant. Le Drame préparait une création commandée par Michel Pintenet pour le Passage du Nord-Ouest à Paris avec pour thème Charles Mingus. Comme nous aimons relever les paris impossibles, le trio décide d'adapter Let My Children Hear Music, un disque en grand orchestre du compositeur américain, écrit vingt ans plus tôt et produit par Teo Macero. Les morceaux originaux étaient transcrits, arrangés ou orchestrés par Hub Miller, Alan Ralph, Sy Johnson, Hub Miller et Mingus lui-même. Nous choisissons d'interpréter Adagio Ma Non Troppo, Don't Be Afraid The Clown's Afraid Too, The I of Hurricane Sue, Chill of Death et Hobo Ho, ajoutant deux pièces de notre composition sur des textes de Mingus extraits de son roman autobiographique Moins qu'un chien (Beneath The Underdog) que nous intitulons Charlie Mingus contre Juan Tizol et Pourquoi je serais mieux traité en privé par mon propre psychlologue. C'est la seule fois, à part une pièce de John Cage et une chanson d'Henri Duparc, que le Drame interpréta la musique d'un autre compositeur. Nous ne jouerons d'ailleurs qu'une seule fois ce répertoire. Peu après la représentation, Francis Gorgé ayant quitté le groupe, nous ne l'enregistrerons jamais pour le disque. Il joue ici de la guitare Midi et diffuse les séquences qu'il a préparées. Bernard Vitet est à la trompette et au bugle. Il joue de la trompette à anche sur Pourquoi je serais mieux traité... en plus de dire le texte. Quant à moi, je joue du synthétiseur et je trafique ma voix pour maints effets de bruitage. Je crois que l'on entend aussi un peu de trombone et de flûte sur Hobo Ho. Je slame en français le combat contre Tizol et je transpose ma voix dans le grave pour interpréter en anglais The Chill of Death avec Bernard au piano. Tout ce qu'il nous reste est une copie cassette d'une répétition quelques jours avant la création qui ne fut jamais reprise...
En cette période de fêtes et pour le trentième anniversaire de la mort de Charles Mingus, la maison ne reculant devant aucun sacrifice vous gratifie aujourd'hui des deux premiers morceaux, d'abord Adagio Ma Non Troppo :

suivi de Don't Be Afraid, The Clown's Afraid Too :

soit 26 minutes totalement indédites...

dimanche 21 décembre 2008

Hal Willner, l'alchimiste des "tribute albums"


Une fois par mois, Stéphane Ollivier m'appelle ou bien c'est moi. Les deux ours sortent relativement peu, aussi devisons-nous sur le monde de la musique, évoquant souvent les nouveautés cinématographiques ou discographiques qui nous ont marqués depuis la dernière fois. Comme je lui raconte que Easy Come Easy Go, le dernier CD de Marianne Faithfull dont j'adore la voix, m'a surtout séduit par ses arrangements, Stéphane me conseille Weird Nightmare, le Mingus produit en 1992 par Hal Willner, qui m'avait échappé. Les disques que ce producteur a concoctés m'ont toujours enchanté. Ils représentent un cousinage évident avec mon travail sur Sarajevo Suite comme avec certaines des "compilations" du label nato dont je suis fan tel Les voix d'Itxassou réalisé sous la houlette de Tony Coe, au détail près que Willner s'est essentiellement consacré à ce que l'on appelle des "tribute albums", honorant Nino Rota, Thelonious Monk ou Kurt Weill, des compositeurs qui me sont chers. Dans cet esprit, il commit d'autres hommages, mais en public, adressés à Tim Buckley, Edgar Poe, Harry Smith, Leonard Cohen ou au Marquis de sade, comme des compilations de textes parlés accompagnés en musique pour William Burroughs ou Allen Ginsberg... Je profite de ces recherches pour commander Stay Awake: Interpretations of Vintage Disney Films, d'autant que les deux albums qu'il avait produits autour du compositeur de dessins animés Carl Stalling font partie de mon Panthéon, et Whoops, I'm an Indian, réalisé sous son propre nom à partir d'échantillons de 78 tours des années 40, techno complètement déjantée en collaboration avec Howie B et Adam Dorn (Mocean Worker).
Lost in the Stars, the music of Kurt Weill rassemble Sting, Marianne Faithfull, Van Dike Parks, John Zorn (directeur artistique du sublime The Carl Stalling Project), Lou Reed, Carla Bley, Tom Waits, Elliott Sharp, Dagmar Krause, Todd Rundgren et Gary Windo, Charlie Haden, etc. tandis que That's The Way I feel Now, a tribute to Thelonious Monk nous offre sur une platine Donald Fagen, Dr John, Steve Lacy avec Gil Evans, Elvin Jones ou Charlie Rouse, Bobby Mc Ferrin, Chris Spedding, Randy Weston... Chaque album est une longue liste d'étoiles rocky ou jazzy qui s'approprient intelligemment le sujet imposé. Pourtant, Amarcord Nino Rota qui présente encore Jacki Byard, Carla Bley, Bill Frisell, Muhal Richard Abrahams, Steve Lacy ou Carla Bley manque du recul que surent prendre les suivants.
Weird Nightmare, meditations on Mingus est pour moi une nouvelle petite merveille qui me rappelle le dernier concert d'Un Drame Musical Instantané avec Francis Gorgé, commandé par le Passage du Nord-Ouest en 1992 (même année !), que nous n'avons jamais édité. Nous avions relevé le défi en choisissant d'adapter à notre trio l'album du grand orchestre Let My Children Hear Music ! Je possède seulement un enregistrement sur cassette de cette création, la seule avec une pièce de John Cage dont nous ne soyons pas directement les compositeurs. Comme j'en ai un souvenir merveilleux, j'essaierai bientôt d'en mettre quelques extraits en ligne après numérisation. L'éclatement du noyau original du Drame après seize ans de collaboration nous empêcha d'en faire un disque et c'est un de mes rares regrets avec les trois heures dix du film L'argent de Marcel L'Herbier.
Contrairement à ses habitudes, pour son hommage à Mingus, Willner monte un orchestre fixe composé de Bill Frisell, Art Baron, Don Alias, Greg Cohen, Michael Blair, Gary Lucas, Francis Thumm, accompagnant Elvis Costello, Vernon Reid, Henry Rollins, Charlie Watts, Chuck D, Hubert Selby Jr, Keith Richards, Leonard Cohen, Diamanda Galás, Dr John, Henry Threadgill, Marc Ribot, Geri Allen, Don Byron, Bobby Previte, etc. Ces interminables listes de pointures n'ont pourtant rien du collage. Chaque album est d'une unité merveilleuse tant l'hommage est réel et sincère. L'utilisation des fantastiques instruments d'Harry Partch, entendus ici pour la première fois hors du contexte original, lui confère en plus une tonalité exceptionnelle, percussions envoûtantes, tonalités étranges, timbres inouïs qui fonctionnent parfaitement avec les œuvres d'un des plus grands compositeurs américains, mort il y a 30 ans le 5 janvier 1979, Charles Mingus, dont les textes extraits de son autobiographie Beneath The Underdog (Moins qu'un chien), ouvrage indispensable, justifie une liste de superlatifs, recréation d'une folle énergie.

samedi 20 décembre 2008

DTC646, le compte de Madoff chez Clearstream


Pour quelle raison la presse ne parle-t-elle pas de ce qui est advenu de l'argent volé par Madoff alors qu'elle a entre les mains les documents explosifs qui lui ont été envoyés ? Ou bien devrait-on dire : quels intérêts défend la presse pour ne pas évoquer le lien entre Madoff et Clearstream ? Lorsque l'on sait qui en sont les propriétaires, il n'y a pas de quoi s'en étonner. Même le Canard Enchaîné est compromis, on l'a maintenant compris. Seul organe à le révéler, Rue89 dévoile que Madoff a ouvert un compte depuis New York chez Clearstream le 2 novembre 1999. En fouinant un peu sur le Net, on trouverait même le numéro de ce compte qui est aussi entre les mains des policiers et des juges français et qui figure évidemment sur le vrai listing que détenait Denis Robert, Denis Robert qui va continuer à être harcelé par une armée d'huissiers et d'avocats ! Jean de Maillard précise que toutes les banques plantées par Madoff sont répertoriées dans les livres de Clearstream, mais qu'évidemment le secret bancaire en vigueur au Luxembourg empêche de savoir à quel nom est le compte de Madoff, en particulier si c'est la société qui se cacherait au 17e étage de ses bureaux...
Quoi qu'il en soit, le système s'affole, Madoff n'a pas été démasqué puisqu'il s'est livré lui-même par l'intermédiaire de ses fils avec qui il travaillait, manière de les mettre à l'abri, et il est fort à parier que d'autres débordements du système bancaire capitaliste seront révélés dans les semaines qui viennent. Les banques préfèreront-elles continuer à se protéger derrière le secret, profitant toujours des paradis fiscaux avec l'assentiment des états, au détriment de leurs gros clients floués ou bien ceux-ci seront-ils suffisamment influents pour faire éclater un système délirant, révélant au grand jour l'énorme arnaque sur laquelle est fondée tout le système capitaliste ? Quand on pense que certains parlent de manipulation quand les lycéens descendent dans la rue ou qu'éclatent les émeutes à Athènes ou Malmö, c'est d'un comique achevé...

La Wii évite les coups de pompe


Denis Bertrand décrypte ici la parade du président des États Unis face au lancer de chaussures qui lui arrivent en pleine figure. S'il transforme le mépris du journaliste irakien en geste dérisoire, il est impossible d'en rester à cette interprétation shakespearienne du sémioticien de Paris 8. De deux choses l'une, soit les deux hommes sont de mèche, ce qui explique l'esquive alerte d'un type qui, au début de son mandat, n'était pas capable de mâcher un chewing-gum en même temps qu'il descendait une passerelle d'avion sans rater la marche (j'ai tout mélangé à force de tester la Wii Fit et de recevoir des tatanes sur le nez, je suis trop nul à ce genre de sport, je suis sonné, j'ai confondu chewing gum et Bretzel, aéroport et terrain de sport... Merci à POL pour son commentaire rendant à Gerald Ford ce qui lui revient. J'espère que cela ne va pas déconsidérer l'autre billet du jour autrement plus sérieux...), soit le président de la plus grande puissance mondiale a passé ces derniers mois à s'entraîner à la Wii Fit, laissant le pays aux mains des amis de son père, une bande d'outlaws texans propriétaires de puits de pétrole, prêts à tout pour conserver les rênes du pouvoir et protéger leurs avoirs. Il ne reste alors plus qu'à savoir qui a offert la console à Bush (il s'agit de faire des têtes avec des ballons en évitant les chaussures qui s'y substituent de temps en temps) pour connaître le nom de celui qui tirait les ficelles de la marionnette !
Si vous souhaitez devenir président des États Unis et que vous n'avez pas les moyens de vous payer ou de vous faire offrir une Wii Fit pour Noël, vous pouvez vous entraîner .

vendredi 19 décembre 2008

Let's Get Lost


Confronté à l'imposant facing du film consacré à Chet Baker en tête de gondole dans un supermarché de la culture, je craignais le pire, mais comme je ne connais pas bien le trompettiste dont m'a souvent parlé Bernard, je prends le risque de le rapporter à la maison. Le coffret est luxueux, puisque le film de Bruce Weber est accompagné d'un making of, d'archives du tournage, de deux clips du cinéaste soit Everything Happens to Me et C'est si bon, du court-métrage The Teddy Boys of the Edwardian Drape Society et d'un autre, celui-ci avec Chet et réalisé en 1964 par Enzo Nasso. Le livret inclut d'émouvantes images de William Claxton, premier photographe à avoir saisi la belle gueule du rebelle, tandis que Weber montre la figure ravagée du toxico. Enfin un CD offre deux morceaux inédits enregistrés pendant le film.
Surprise, le film ressemble aux débuts de Cassavetes, noir et blanc très jazz, mouvements de caméra swing, les témoignages ne plombant jamais les documents d'archives ni les scènes tournées en 1987, un an avant que l'on ne retrouve le héros fracassé sous la fenêtre de son hôtel à Amsterdam. La musique est partout, rythmant la chronique d'une vie plutôt schizophrène, suavité de la voix et de la trompette, tendresse du regard d'un côté, brutalité, magouilles et bobards du bad boy de l'autre. À la manière de Weber de filmer son héros et les jeunes gens qui l'entourent, on peut se demander qui du cinéaste ou du musicien refoule ses pulsions homosexuelles. Les filles ont beau jalonné le parcours du jazzman, toute sa vie sonne comme une fuite en avant, le masque se fripant au fur et à mesure de la descente aux enfers.
Bernard Vitet m'avoue qu'il est triste que sa collaboration avec Chet Baker ne soit jamais évoquée. Lorsque l'Américain débarque à Paris, il propose au Français de jouer ensemble, lui assurant qu'il ne cherche pas un faire-valoir, mais qu'un orchestre à deux trompettistes serait une idée formidable. L'aventure dure six mois où le duo alterne sur scène jeu d'échecs et chorus. Au Chat qui Pêche, à l'époque sans micro ni sono, la voix de Chet ne porte pas à plus d'un mètre. Intègre, il n'avait d'oreille que pour la musique qu'il entendait, là tout près, susurrée.

jeudi 18 décembre 2008

Dans la nuit des images, le son est un trou noir


Dans la nuit, des images "est une manifestation artistique consacrée aux arts visuels et numériques présentée en clôture de la Présidence française du Conseil de l'Union Européenne et de la saison culturelle européenne, par le Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux arts plastiques) et par Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains dirigé par Alain Fleischer, directeur artistique de l'exposition." Tous les jours jusqu'au 31 décembre, de 17h à 1h du matin, la nef du Grand Palais abrite, dans une atmosphère glaciale et majestueuse, 140 œuvres d'artistes célèbres et jeunes gens issus du Fresnoy (entrée libre !). Sur les écrans plantés comme un champ de fleurs sauvages dans une grotte miraculeuse, vous y reconnaîtrez peut-être William Klein, Bob Wilson, Michael Snow, Chris Marker, Manoel de Oliveira, Samuel Becket, Christian Marclay, William Kentridge, Fischli et Weiss, Nam June Païk ou Bill Viola, mais l'impression générale domine et écrase l'ensemble des individualités. L'installation de Fleischer phagocyte les expressions de chacun comme un immense sampling chorégraphique, le grand mix n'étant que visuel tant le son n'a pas été pensé pour l'occasion. La France expose sa surdité. Que les œuvres projetées soient muettes ou sonores ne fait aucune différence, le brouhaha est à l'image de la mégalomanie nationale. Il aurait pourtant été intéressant de réfléchir la partition sonore de cette colossale chorégraphie, d'y consacrer ne serait-ce qu'une petite part du budget pour faire de ce tape-à-l'œil une symphonie, mais ici comme ailleurs le son reste le parent pauvre, le dispensable accessoire, la question escamotée.


Que cela ne vous empêche pas d'y faire un tour ! La façade du Grand Palais où Charles Sandison projette des mots issus de la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union européenne sous le titre Manifesto : Proclamaćion Solemne est impressionnante, même si les mots perdent de leur sens. Le gigantisme du Data.tron (prototype) de Ryoji Ikeda échappe heureusement à l'écrasement. Le colloque "Vitesses Limites" cet après-midi et demain matin est certainement passionnant, puisqu'y participent Alain Badiou, Bernard Stiegler, Nicole Brenez, etc. Sont programmés des concerts, des projections, toute une panoplie d'évènements apte à camoufler une fin d'année qui annonce le début d'une crise grave que personne ne semble souhaiter évoquer. Vous en aurez plein les mirettes. Habillez-vous chaudement, oubliez vos oreilles, cherchez la découverte (son palais est de l'autre côté, sur la face obscure de l'édifice), c'est la fête !

Quand je serai grand(e), je serai...


Le Musée des Arts Décoratifs, situé rue de Rivoli dans une aile du Louvre près des Tuileries, vient d'inaugurer sa nouvelle exposition dans la Galerie des Jouets sur le thème Quand je serai grand(e), je serai.... La ligne est toute tracée entre nos rêves d'antan et notre actualité individuelle. Aussi, au delà des 500 objets qui nous feront retomber en enfance en deux coups de cuillère à pot, j'ai noté avec satisfaction le (e) du titre. La dernière vitrine enfonce le clou en présentant des adultes qui ont réalisé leurs fantasmes et leurs désirs en échappant aux poncifs sexués habituels qui voudraient qu'Emmanuelle Huynh soit bien devenue danseuse et chorégraphe, Yannick Eymard sapeur-pompier, Gaspard Yukievitch styliste, Eric Reinhardt écrivain... Car Claire Charpentier est aujourd'hui pilote de ligne et commandante de bord, Claire Gibault chef d'orchestre et député européenne, Mathilde Laurent parfumeur ou nez, Chantal Desbordes la première et seule contre-amiral de la Marine Nationale tandis que Benoît Legoedec travaille comme sage-femme ! De même, on aurait également aimé savoir quelles sont les origines sociales des unes et des autres !
En plus des informations distillées heureusement au compte-gouttes pour laisser la magie des objets nous faire voyager et ne pas surcharger l'exposition de cartels indigestes, le site du Musée offre intelligemment une multitude d'images et de textes complémentaires, en particulier sur cette vitrine (photo © Luc Boegly pour Les Arts Décoratifs). C'est jusqu'au 24 mai, mais n'attendez jamais le dernier jour pour vous demander ce que vous deviendrez plus tard !

mercredi 17 décembre 2008

Les plages d'Agnès


Aujourd'hui sort Les plages d'Agnès, autoportrait d'Agnès Varda qui feint de se peindre à reculons alors que la "grand-mère de la nouvelle vague" volète parmi ses souvenirs avec toujours autant d'humour, d'intelligence et d'émotion comme elle le fit le long de 33 longs et courts-métrages, après avoir été photographe, avant de se plonger dans le bain de ses installations contemporaines... Mais là ce sont des plages, comme celles d'un disque, ou bien les pages d'un livre qu'on tourne, jeux de mots survolés à tire d'ailes, jeux de plage qu'on partage avec ses enfants et petits enfants, pas seulement la famille, mais aussi celles qu'elles a influencées, ceux qu'elles a croisés. Jacques Demy est évidemment présent partout, mais lors de la projection au Cinéma des Cinéastes je fus particulièrement ému par son évocation de Jean Vilar et de tous les comédiens disparus, comme plus tard Delphine Seyrig... Les deux bandes-annonces résument bien la boule à facettes qui fait tourner sa tête couronnée : à la fois coquète et drôle, elle a laissé pousser ses cheveux teints en conservant une calotte grise sur le dessus de son crâne !


À la fin du film, la cinéaste interrompt le générique pour ajouter quelques plans "volés aux copains". C'est la séquence de ses 80 balais et là, sur l'écran, je me vois au milieu de la fête. À la sortie, Agnès me dit "Tu as vu, on ne voit que toi !". Trop mignonne ! Moi, je m'étais laissé porter par les vagues, par les jeux de miroirs sur la plage du Nord, par la beauté de Sète, par le sable sous les pavés de la rue Daguerre, par les retrouvailles à Venice et Santa Monica, par les embruns de Noirmoutier, avec une irrésistible envie de découvrir les quelques films que je ne connais pas encore...

Le plus grand escroc du siècle ne serait qu'un amateur


Françoise me fait remarquer qu'il est étrange de reprocher à Bernard Madoff d'être le plus grand escroc du siècle sous prétexte que laissant espérer des profits juteux à ses pigeons il était incapable de rembourser tous ses "actionnaires" alors que tout le système bancaire fonctionne sur la même arnaque. Il avait l'habitude de rembourser cash ceux qui l'exigeaient, mais n'avait pas prévu que la crise génèrerait une demande telle qu'elle dévoilerait le pot aux roses. Si demain, nous nous pointions tous à notre succursale bancaire et que nous exigions de retirer tous nos avoirs, la banque serait bien incapable de faire face à la demande. La différence ressemble à l'écart qui divise les sectes et les religions établies : il n'y en a pas ! Ce n'est qu'une question de proportion, celle de l'escroc est bien moindre que celle de son modèle, l'ensemble du système bancaire. Tous pratiquent en réalité un exercice de haute voltige, de monte-en-l'air, qui ressemble bigrement à la Chaîne de Ponzi.
Ici et là j'entends que cela pourrait d'ailleurs consister en un acte révolutionnaire qui ferait s'écrouler le système capitaliste du jour au lendemain : si nous retirions tous nos avoirs en liquide, les banques, ne pouvant faire face, feraient illico banqueroute. La proposition peut sembler alléchante, mais elle favoriserait évidemment les plus rapides devenus les nouveaux maîtres du monde, à moins que le Capital ne se ressaisisse en inventant je ne sais quelle dévaluation. Des émeutes suivraient immanquablement la fermeture des guichets. Qu'adviendrait-il ensuite ? Reprise en mains par la violence ? Mais de quelle nature ? Je ne suis pas assez calé en économie ni en histoire pour y répondre, mais la question mérite d'être posée...
Car il n'est pas question de moraliser un système immoral. Toutes les affaires récentes révèlent brutalement que le système inique s'essouffle et laisse entrevoir les signes de sa chute. Rien de certain encore, mais scénario parfaitement envisageable.

Photogramme de It's A Wonderful Life de Frank Capra.

mardi 16 décembre 2008

Instruments de musique virtuels et interfaces de voyage


Après l'Electric Toy Museum, j'ai installé les instruments solo de l'Ircam qui tournent également sur l'application UVI Workstation ou l'échantillonneur virtuel MOTU MachFive II, en local ou depuis son séquenceur. Rappelons que l'UVI est un puissant instrument multitimbral MAC/PC aux pistes illimitées avec effets intégrés dont des réverbérations à convolution, des modulateurs en anneau, distorsions, filtres, etc., permettant le jeu en temps réel, et qu'en plus il est en libre téléchargement ! Les Ircam Solo Instruments ont été enregistrés par les meilleurs solistes qui ont ajouté maints effets de musique contemporaine au jeu classique. Les échantillons sont tous exceptionnels : violon, alto, violoncelle, flûte en ut, hautbois, clarinette, basson, trompette en ut, trombone, tuba, sax alto, cor, accordéon, guitare et harpe ! Ne vous étonnez pas qu'il en manque, ce volume 1 de 15GB sera complété ultérieurement par le reste de l'orchestre. Magnifique travail d'échantillonnage qui ravira les adeptes de la musique acoustique !
Une autre application tout à fait intéressante est proposée gratuitement par les Allemands de Hobnox. AudioTool offre tout un attirail d'instruments électroniques en ligne développé sous Flash ! Il suffit de câbler les clones des boîtes à rythmes Roland TR808 et TR909, de synthétiseur Boss TB303, du Kobolt, de mélangeur et splitter, plus une dizaine de pédales d'effets et de programmer tout cela pour produire des musiques cette fois totalement électro. Comme on peut enregistrer un morceau de seulement cinq minutes, j'imagine que cette version préfigure une autre, plus compète et payante...


Côté hardware, trois petits outils très attendus sont sortis chez Korg (photo en haut). Pour 50 euros chaque, pourquoi se priver d'un petit clavier midi comme le NanoKEY permettant enfin d'emporter avec soi de quoi composer voire enregistrer ou jouer pour peu que l'on supporte de le faire avec le bout des doigts ? Tout aussi légers, d'à peine 32cm, soit la largeur d'un portable 15 pouces, le NanoKONTROL ou le NanoPAD raviront les mixeurs qui supportent mal de manipuler un seul bouton ou curseur à la fois, ou d'être obligés de se passer de leur interface de percussion lorsqu'ils partent en vacances, car évidemment ces petits outils ne remplacent pas les grands, mais ils rendront bien des services, sans se casser le dos ni renoncer à la musique sous prétexte d'encombrement et de surcharge.
Chaque fois que je rends visite à Univers-Sons près de la République, je pose à Marie la même question : "Avez-vous reçu quoi que ce soit de barjo ces derniers temps ?" Car ces enregistrements d'instruments contemporains et ces interfaces nomades sont plus utiles que loufoques. Les instruments qui sortent de l'ordinaire se font rares et ne résistent pas très longtemps aux lois du marché. Mes dernières acquisitions dans le domaine du bizarre avaient été le VS-Synth, l'AirFX et l'AirSynth devenus déjà des collectors, le Kaossilator et le Tenori-on dont on parle beaucoup dans la presse dans la rubrique des innovations technologiques mais qui coûte relativement cher !

lundi 15 décembre 2008

Pour une véritable démocratie ?


Lorsque notre ami Thierry nous a raconté qu'il rentrait d'une réunion de médecins planchant sur un nouveau système d'évaluation, nous sommes immédiatement montés au créneau pour nous insurger contre ces méthodes de nivellement par le bas qui coincent tout dans des cases et excluent les pensées marginales. Mal nous en a pris. L'équipe du GIMROS (Groupe d'Innovations Médicales et de Recherches en Organisations de Santé) réunie autour des phénomènes de santé réfléchit justement à un contre-système qui remet en cause les pratiques usuelles ayant pour caractéristique de ne pas fonctionner correctement puisqu'elles filtrent les remarques iconoclastes qui s'avèrent souvent les issues de ce qui deviendra la nouvelle norme, mais toujours trop tard.
Au lieu de fonctionner à la majorité des voix, ce qui est le propre de toutes les associations et systèmes prétendument démocratiques, leur proposition consiste à prendre en compte les voix minoritaires, ne serait-elle qu'une et isolée, pour aussi fondamentale que celle du plus grand nombre. Il suffit ainsi d'une seule personne rétive ou dubitative pour interroger le groupe. Lorsque tout semble évident, comment se fait-il donc que l'un d'entre nous ne soit pas convaincu ? Le monde de la science, de l'art ou n'importe quelle organisation ont pu vérifier que ce qui semble fonctionner au premier abord sera démenti dans l'avenir ou que l'on perd souvent de nombreuses années pour ne pas avoir écouté une voix isolée, et par là-même étouffée par le nombre. Ils appellent ces résistances et ces doutes "les petits signes". Lorsque ceux-ci émergent, même s'ils semblent absurdes au reste des convives, tout le processus s'arrête pour essayer de comprendre. Il s'agit donc de faire la balance entre les recommandations et les inévitables normes, sans bloquer les processus.
En écoutant l'exposé de notre ami médecin que je rapporte ici tant bien que mal, j'entrevois une alternative au système dit démocratique qui ressemble le plus souvent à la loi du plus grand nombre, système catastrophique qui montre aujourd'hui ses limites. En qualifiant du même pouvoir les voix isolées, le système devient intelligent et pourrait ouvrir une nouvelle voie à ce que l'on a coutume d'appeler abusivement la démocratie. Cette réflexion souligne que chaque individu est différent et ne peut se conformer à un moule unique. On voit bien que dans le domaine de la santé un traitement qui fonctionne pour beaucoup n'est pas forcément efficace pour d'autres. Comment alors inventer un système qui ne soit pas uniforme et exclusif pour intégrer les particularités de chacun ? Chaque individu représentant lui-même un système unique et complexe, celui qui les rassemble ne pourra alors évidemment être réduit au plus petit dénominateur commun, mais se définira enfin dans toute sa complexité, non seulement en n'excluant aucune minorité, mais en s'enrichissant de toutes.

dimanche 14 décembre 2008

Feux d'artifices pour un designer sonore et deux acteurs comiques


Sachant que Sacha Gattino en avait composé la musique et jouait dedans, vendredi soir nous sommes allés voir Le repas de Valère Novarina à la Maison de la Poésie. Position amusante et inhabituelle, avec plusieurs autres spectateurs je fus invité à assister au spectacle depuis un fauteuil à même la scène. Agréable point de vue qui me permettait en outre d'allonger les jambes, mais qui m'empêchait d'admirer toutes les facéties de mon camarade et collègue situé au-dessus au fond du plateau et faisant éclater des ballons de baudruche avec une fléchette pour sonoriser les coups de feu clouant en l'air les acteurs de la pièce ou jouant d'appeaux rigolos. Je le voyais tout de même nous caresser les oreilles avec son jeu mélodique sur des petits gongs accordés ou souffler dans de drôles d'instruments jouets.
Sacha est un des designers sonores que j'apprécie le plus. DJ inventif de tous les défilés du couturier Issey Miyaké, il réalisa longtemps le design sonore de leur site Internet en collaboration avec le graphiste Étienne Mineur, tout en élégance et délicatesse. Pour Le Repas, il a composé des chansons, drôles et farfelues, dont les rythmes enjoués scandent la pièce, des accompagnements bruitistes fort à propos qui montrent que le théâtre serait bien inspiré de faire plus souvent appel à des compositeurs inspirés et des ingénieurs du son zélés apportant un supplément d'âme, des ambiances immergeantes, des interludes suspensifs ou le contre-champ sonore, antidote à l'illustration stérile. La pièce, hélas un peu trop longue, est traitée sur un mode à la Jarry qui jongle avec la prose inouïe de l'auteur (jusqu'au 21 décembre à 21h)...
Décidément théâtrale, ce qui n'est pas mon habitude comme vous avez pu le constater sur ce blog, la fin de semaine nous avait emmenés la veille au Splendid voir Pascal Légitimus et Mathilda May dans Plus si affinités, un titre et une affiche qui ne laissaient présager la qualité de leur duo drôle et échevelé. Les deux comédiens s'y livrent à un tour de force, enchaînant les personnages comme des transformistes. Je connaissais évidemment Pascal avec Les Inconnus et pour ses rôles à l'écran, mais j'ignorais les talents comiques de sa partenaire qui peut s'adonner ici à un naturel auquel le public n'est pas habitué. On rit beaucoup. Pascal, ici léger et alerte comme un Charlie Chaplin, peut développer un jeu physique auquel ses deux anciens comparses ne l'autorisaient pas (jusqu'au 3 janvier, également à 21h).
Ces deux soirées nous ont aussi montré que théâtre privé et théâtre subventionné ne réfléchissent pas des genres si cloisonnés...

samedi 13 décembre 2008

Le palais des mirages


Faut voir. Les plantes sont vraies. Le palais un faux. Le miroir réfléchit nos illusions. Le lointain est derrière nous. Question de distances. Le passé est immense. L'avenir sans perspectives. Se pencher à la fenêtre est moins dangereux que ne l'indique l'écriteau. C'est une prison. Le demi-tour s'impose. C'est un jardin. L'extraordinaire est sa reproduction. Il y a là quelque chose de morbide. Quelle construction utopique rétablirait l'équilibre ? Aucune. C'est une chute. Il n'y aura bientôt plus d'eau. Il faudrait un arrosoir ou un bon tuyau. Il aura fallu abattre des arbres, extraire du marbre, semer. Reprenons. Sans cesse, c'est ce que nous faisons. Nous ne nous retournons pas, condamnés à répéter les erreurs de l'histoire. Un cas d'espèce. Je ne me vois pas dans la glace. Le cinéma nous a appris ce que cela signifiait. Nous nous entredévorons. Sous son apparence inoffensive l'image est monstrueuse. Un mirage. Une image pieuse. Des pixels sur un écran. La naissance se fait attendre. La réflexion montre un bout de ciel. C'était hier. Pourtant quelqu'un demande : "C'est pour aujourd'hui ou pour demain ?". Les bras m'en tombent. J'ai à peine le temps d'appuyer sur le bouton. C'est déjà fini. Ça vient de recommencer. Faut voir.

vendredi 12 décembre 2008

Ambivalence d'André Malraux


Le mystère Malraux paraîtra en DVD le 7 janvier prochain aux éditions Montparnasse, accompagné d'un extrait télévisé de quatre minutes du discours à Jean Moulin, modèle du genre, en complément de programme. Le film réalisé par René-Jean Bouyer est le récit d'un aventurier qui a su garder secrète sa vie personnelle pour se fabriquer une légende. Ses intimes ont du mal à soulever le voile tant le mystère leur est toujours resté opaque. L'histoire est aussi excitante et mystérieuse, toutes proportions gardées, que celles d'un Henry de Monfreid ou d'un Jacques Vergès. Orgueilleux, mythomane, exalté, remarquablement intelligent, son ambition répond à ses origines modestes et à son absence de diplômes. S'il s'invente un rôle de commissaire politique en Chine ou se proclame colonel dans la Résistance, André Malraux n'en aura pas moins été écrivain, pilleur d'œuvres d'art à Angkor, journaliste anticolonialiste, chef de l'escadrille España pour la République espagnole, cinéaste, résistant et combattant, Ministre des Affaires Culturelles gaulliste (on lui doit les Maisons de la Culture) après avoir été trotskyste dans ses jeunes années. Admirateur fervent du général de Gaulle et héros de la politique spectacle, son ambition eut raison de ses convictions... Les manuscrits exposés laissent entrevoir sa manière de composer ses livres, montés comme au cinéma. Il se passionne pour l'art, probablement afin de conjurer la mort qui l'entoure. Ses deux frères disparaissent pendant la guerre, l'un fusillé, l'autre torturé et déporté, deux de ses fils se tuent en automobile, leur mère est broyée par un train, Louise de Vilmorin meurt alors qu'il vient de la retrouver... Si les femmes tiennent une place importante dans sa vie, il dit ne jamais avoir connu l'amour. C'est un être analytique et calculateur, mal dans sa peau, trop préoccupé par son image. Le film, narré sobrement par Edouard Baer, mêle habilement les documents d'archives, les reconstitutions rappelant Errol Morris (gros plans, vues de dos ou lointaines) et les témoignages. Pour la première fois, s'expriment sa veuve Madeleine Malraux, son fils Alain Malraux, Sophie de Vilmorin, son psychiatre le Dr Bertagna, la famille de Josette Clotis, son grand amour disparu dans un accident ferroviaire... Atteint du syndrome de La Tourette, il sombrera dans l'alcoolisme et la dépression, alors qu'on lui attribuait une dépendance à l'opium. Si le film ne s'attarde pas sur son retournement de veste, il n'a rien d'une hagiographie et son aventure fait partie des grands mythes du XXème siècle. On aurait pourtant apprécié un peu plus de psychologie, car entre les lignes se devine l'histoire d'une traîtrise, celle de ses origines sociales pour commencer.

jeudi 11 décembre 2008

Le scandale de l'ONU, c'est qu'il n'y en a pas...


J'avais gardé sous le coude cette photo prise du siège des Nations Unies à New York. J'attendais quelque scandale pour en illustrer mon billet, mais le pire scandale est qu'il n'y en eut pas. L'ONU dort sur des lauriers usurpés. Ses objectifs sont censés "faciliter la coopération dans les domaines du droit international, la sécurité internationale, le développement économique, le progrès social et les Droits de l'Homme". On croit rêver, c'est un cauchemar de plus, un canular morbide. Que ce soit en Bosnie, en Tchètchénie, en Irak, en Afrique ou dans n'importe quelle partie du globe où son pouvoir aurait dû ou devrait s'exercer, l'inefficacité n'a de rivale que ses compromissions. Il faut dire que quatre des cinq plus gros exportateurs d'armement sont membres permanents de son Conseil de Sécurité, à savoir les États Unis, la Russie, la France et la Grande Bretagne, le cinquième membre est la Chine qui en est le deuxième importateur, et chacun est affublé d'un droit de veto pour toutes les décisions ! Les criminels ont les clefs du bâtiment. Full Stop.

mercredi 10 décembre 2008

Le relief de l'invisible


Adolescente, Elsa refusait de lire des bouquins. Je n'avais de cesse de lui répéter qu'elle risquait de s'ennuyer dans la vie, rien n'y faisait. De toute façon, elle m'avait bien expliqué que j'avais souvent raison, mais qu'il était nécessaire qu'elle fasse elle-même les bêtises pour apprendre à grandir. Que voulez-vous répondre à cela ? En ce qui concerne la lecture, je dois reconnaître que je m'y étais moi-même mis très tard. Cela ne m'a jamais empêché de dévorer encyclopédies et dictionnaires. Dans les moments de conflit avec ma fille, il m'est arrivé de regretter de ne pas avoir eu aussi un fils, un petit garçon comme j'avais été, curieux de tout... C'est idiot, mais c'est comme ça ! Nos exemples sont imparfaits, pire, ils sont le terreau des névroses de nos enfants. Aujourd'hui, les choses ont changé, Elsa mène sa vie comme elle l'entend, elle lit plus que moi, et j'adore discuter avec elle de tout et n'importe quoi. Les réflexions politiques ou psychanalytiques appartiennent à la première catégorie, les tracas du quotidien à la seconde ! Nos conversations me rassurent, et je ne sais pas si mon insistance a fini par porter ses fruits ou si la jeune femme s'est transformée malgré moi, à son rythme, with a little help of sa mère and her friends. Cela n'a plus d'importance. Un jour, elle fera suer ses mômes, reproduisant plus ou moins ce qui l'énervait en nous...
Je ne sais plus pourquoi je pensais à cette difficulté de l'accompagnement en regardant un des épisodes de la série réalisée par Pierre-Oscar Lévy, Gabriel Turkieh et Jean-Michel Sanchez. Chaque film est construit de la même manière, longue plongée avant depuis l'objet à distance de l'œil jusqu'à pénétrer au plus profond de la matière et whiiiiiit ! On revient en arrière vitesse grand V en repassant par toutes les étapes du grossissement. Une aile de papillon, la peau de notre main, la carapace d'un crabe, un engrenage en acier, un cheveu, une dent, une fleur, un pou, un champignon, une mouche, du béton, de l'alu, du plastique, du maïs, etc., l'inventaire tient du poème lorsque se découvrent des paysages à couper le souffle. Cela me rappelle un court métrage qui fonctionnait aussi dans l'autre sens, nous faisant reculer dans les étoiles. Nous prendrions-nous pour Stephen Hawking à tenter d'unifier relativité générale et théorie des quanta ? L'exercice est séduisant. Ici la danse des atomes à portée de vue, en passant par tous les intermédiaires, toutes les échelles de grossissement, dans un mouvement fluide et ininterrompu, sans interpolation. Le rêve devient vérité, puisque c'est ce qu'on voit ! On voit tout. Du moins tout ce que caméras à haute définition et microscopes électroniques nous permettent de regarder en l'état. La "réalité" plonge dans l'inimaginable. Les 22 films, réunis en DVD sous le titre Le relief de l'invisible (Idéale Audience), montrent l'unicité et la diversité de la matière, à nous en donner le vertige. Quoi de mieux ?

mardi 9 décembre 2008

L'amour se nourrit des fêlures


Derrière le masque du succès se cachent nos difficultés et nos souffrances. La réussite produit de l'admiration. L'amour, parfois l'amitié, se nourrissent de nos échecs et de notre fragilité. La sensibilité d'un être pour un autre lui permet de voir son véritable visage, celui qui a évolué à travers les âges. La croûte s'est durcie par dessus les cicatrices. Le public ne voit que la puissance qui fait de l'ombre à la lune, l'effet leurre. Le public, c'est le monde, c'est tout le monde, c'est tout un chacun. Celles et ceux qui ne sont pas dupes de notre entrain, de notre bonheur, forment le petit noyau des amis. Parmi eux, l'un ou l'une y voit encore plus clair et perce à jour l'enfant qui se calfeutre jusqu'à lui transpercer le cœur. L'amour vient se nicher dans ces revers, une faille, des pleurs, quelques rires, un lâcher-prise.

lundi 8 décembre 2008

Les pères Noël des Allumés


Jusqu'au 5 janvier 2009, les Allumés du Jazz jouent les pères Noël et font une promotion exceptionnelle sur toute une sélection de disques. Pour en connaître la liste complète, il vous suffit de faire un tour sur leur Blog ou en les retrouvant sur la page de promotions du site ! Pendant la durée de l'opération, vous retrouverez la plupart de ces disques au prix de 11€ (au lieu de 15€).
Je relaie l'info précieuse en ces temps délicats où le petit commerce se joue de nos habitudes et où la fin du mois risque d'être plus pénible que jamais pour nombre d'entre vous. Je n'y suis absolument pour rien : je rappelle que j'ai démissionné de toutes mes fonctions au sein de cette fameuse association de producteurs pour me consacrer à mon travail de création, je n'ai ni choisi la photo que je reproduis ici, ni eu l'idée de cette opération bien opportune. Parmi les 88 petites merveilles qui brilleront dans la nuit, GRRR y participe avec 5 CD et non des moindres : Carton, l'album de chansons de Birgé-Vitet ; Trop d'adrénaline nuit, réédition avec bonus du premier album d'Un Drame Musical Instantané, une liberté de tons comme on n'en fait plus ; L'hallali, CD orienté vocalement puisqu'il accueille le regretté Frank Royon Le Mée, la chanteuse Dominique Fonfrède, l'opéra-bouffe La Fosse avec la tout autant regrettée Martine Viard et une ribambelle de comédiens fameux ; Qui vive ?, le plus dingue de tous les disques du Drame ; et Les araignées, le meilleur et le plus étonnant de tous les albums d'Hélène Sage. Enfin, les pressions familiales sont telles que cette année encore je ne coupe pas à la hotte et à la course aux bonnes idées pour le faire avec panache. Remercions donc tous ces généreux labels de nous donner tant d'idées savoureuses, langoureuses, hirsutes ou provocantes pour combler petits et grands avec toutes ces bonnes idées originales et pas chères !

Rafle 2008

Je ne sais jamais si mes lecteurs écoutent les extraits sonores que je place de temps en temps dans mes articles. Cette fois, ce n'est pas une chanson, ni un morceau de musique, mais une lettre lue à l'antenne par un journaliste de France Inter que j'ai reçue par mail. Cela s'est passé le 17 novembre dans une école du Gers. C'est un prof qui témoigne :

Que vous faut-il de plus ?

Immemory de Chris Marker (version anglaise pour OS X)


Souvent évoqué dans cette colonne, le CD-Rom de Chris Marker édité en 1997 par le Centre Pompidou paraît en anglais dans une version révisée, augmentée des X-Plugs, et surtout compatible avec le système Mac OS X version 10.4.11 et ultérieures. Rassemblant des quantités d'images, de textes, de bouts de film, de sons, de citations, Immemory est un jalon incontournable de l'œuvre de Chris Marker. J'ai dit et répété qu'il avait beau avoir une interactivité extrêmement sommaire, c'est l'un des rares objets multimédia de cette époque qui ne donne pas l'impression d'avoir perdu son temps lorsqu'on le quitte. Il est à Marker ce que sont les Histoire(s) du cinéma à Godard. Une somme, non, dirait Eisenstein, un produit ! Entendre une œuvre dont la transversalité, concept moderne s'il en est, est le maître-mot.
Il y a quelques mois j'avais abordé Le trou noir de la création numérique, billet commenté par Éric Viennot et Pierre Lavoie, parmi d'autres. Il est absolument nécessaire de rééditer en français Immemory, histoire de mémoire, avec les autres œuvres essentielles qui marquèrent ces années fastes et inventives. La rapidité de renouvellement des supports informatiques a rendu inaccessible ce patrimoine culturel inestimable. Il y a quelques jours, Antoine Schmitt et moi-même avons ainsi décidé de trouver les moyens financiers de porter notre CD-Rom Machiavel sur Internet et, pourquoi pas, sur l'iPhone ; le portable d'Apple se prêterait superbement au scratch interactif des 111 boucles vidéo et à ses facéties comportementales (Machiavel réagit au plaisir et à l'ennui !). Il est indispensable de faire revivre les CD-Roms qui ont marqué leur temps, par leur invention, la qualité de leur contenu et les modes de jeu que les nouvelles technologies ont suscités : Puppet Motel de Laurie Anderson, Reactive Squares de John Maeda, Machines à écrire d’Antoine Denize, œuvres de Peter Gabriel, l'Oncle Ernest, etc., et bien évidemment le modèle d'interactivité que représente notre Alphabet, multiprimé et internationalement acclamé ! On s'en souvient, mais les nouvelles générations les ignorent cruellement. Aucun organisme institutionnel ne s'en préoccupe, aucune ligne budgétaire n'y est affectée. Quel gâchis ! Avant l’éclatement de la bulle Internet, la création artistique profitait de l’enthousiasme pour l’interactivité qui confond l’interprète et le spectateur. Les budgets, tant pour la création que pour l’institutionnel, étaient conséquents si on les compare avec ce qui se pratique aujourd’hui, donnant les moyens à ses acteurs de prendre le temps de la recherche et du développement. On parlait alors de contenu, estimant qu'il était indémodable puisque portable sur de nouvelles plate-formes. Tout est là. Internet ou le smartphone pourraient leur donner une nouvelle jeunesse à l'instar du DVD pour le cinéma. De nouvelles vocations ne manqueraient pas de se déclarer au vu et su du trésor que représentent ces œuvres aussi historiques qu'inégalées.

dimanche 7 décembre 2008

Du véritable sirop d'érable


Comment se fait-il que l'on ne trouve en France que du sirop d'érable insipide où le sucre camoufle le parfum envoûtant des arbres ? Il semble pratiquement impossible d'acheter le nectar sous son conditionnement original, que ce soit en boîte de conserve, le plus courant, ou en bidon de métal, comme sur la photo. Méfions-nous donc des produits destinés à l'exportation vendus en bouteilles dans les supermarchés. Je réfléchis en dégustant les yeux fermés mon yaourt maison (recette à venir) recouvert du liquide ambré que m'a rapporté Adelaide. C'est la requête que je réitère à quiconque revient du Québec. Qu'il soit clair ou foncé je me damnerais pour cette eau magique. Car le sirop d'érable ne provient pas de la sève, mais de l'eau qui remonte des racines par dessous l'écorce.
À mon dernier voyage, Marie-Ève m'avait conduit dans la forêt jusqu'à une cabane à sucre pour goûter la tire à la fin de l'hiver. Auparavant nous nous étions un peu coupé l'appétit avec le repas traditionnel, omelette, jambon, pommes de terre, fèves au lard, grillades de lard dites oreilles de crisse, le tout arrosé de sirop d'érable. La fête se terminait par une dégustation de tire, sirop que les acériculteurs font chauffer à 113,5° avant de l'étirer sur la neige pour qu'il se fige. On s'en fait soi-même des sucettes en l'enroulant sur de petites spatules en bois. Sublime !

samedi 6 décembre 2008

Claire Diterzi et Camille, ingénieuses du son


Amusant comme la moindre variétoche anglo-saxonne passe pour de la pop ou du rock tandis que les artistes hexagonales sont associées à la chanson française ! Pourtant, dégageant autant de fraîcheur que d'inventivité, tout en prouesses vocales et originalités instrumentales, Claire Diterzi ou Camille sont bien les cousines continentales de Björk. La première a sorti un CD salué par de nombreux journaux et magazines sans qu'elle ait encore gagné les faveurs du grand public, la seconde a mis en libre téléchargement son concert au Zénith pendant la semaine qui a suivi la soirée du 25 novembre. Les deux filles prennent toute leur dimension en spectacle vivant qu'elles peaufinent redoutablement. L'une comme l'autre écrivent leurs paroles, composent et interprètent elles-mêmes leurs élucubrations. Diterzi jouent des guitares et de nombreux autres instruments, programme ses machines et joue le rôle d'ingénieuse du son. Camille écrit aussi paroles et musique, joue du piano et se donne des claques puisque, bien qu'accompagnée par une huitaine d'autres musiciens, l'ensemble ne fait appel à aucun autre instrument si ce n'est quelques effets d'ambiance rythmiques.
En s'inspirant d'une dizaine d'œuvres d'art, de Fragonard à Lucian Freud en passant par Turner, Toulouse-Lautrec ou Rodin, Claire Diterzi s'approprie ses exercices de style en lorgnant du côté de Gotainer et Mistinguett. Jouant de toutes les facettes de son Tableau de chasse, elle donne à la variété française ses lettres de noblesse et en justifie les termes en pleine modernité.


Camille prend toute sa mesure sur scène. J'avais été déçu par son récent album, Music Hole, mais son spectacle homonyme m'enchante comme m'avait emballé Le fil. J'ai regardé et écouté les deux heures téléchargées sur son nouveau site avec une joie partagée. Passées les premières minutes un peu trop démagogiques et politiquement correctes à mon goût, Camille reprend son souffle et nous embarque dans un monde orange et noir bien à elle, avec son naturel, son toupet et sa légèreté. L'orchestre que constituent les choristes jouent des percussions corporelles, les virtuoses rivalisent de prouesses à la basse vocale et à la percu buccale, la pianiste est parfaitement en phase, tous époustouflants de virtuosité sous la houlette de la nouvelle étoile. Camille a beau faire semblant de minauder comme une ado, on sent qu'elle dirige l'ensemble avec une poigne de faire et de parfaire. En analysant le montage en direct du film de la soirée, on comprend que tout est répété, calculé, maîtrisé et représente un travail considérable, du bel ouvrage ! Camille, à l'instar des plus grand(e)s, sait passer la rampe en entraînant son public dans les nuages.

vendredi 5 décembre 2008

Maux tus et bouches cousues


C'est une pensée récurrente. Je suis chez moi au chaud. Je regarde le jardin. Mes billets m'apparaissent bien légers face à l'actualité révoltante que nous font partager les médias dominants à coups de flashes d'information volatiles ou les résistants de l'ombre révélant les maux tus et bouches cousues. Rafle dans une école en Isère, descente de police dans des classes de troisième avec fouille au corps dans le Gers, accusation sans preuves d'une hypothétique ultra-gauche à Tarnac, méthodes abusives des gardes à vue, projets de cadenasser les asiles psychiatriques ou d'incarcérer les enfants dès 12 ans, surpopulation des prisons avec suicides à la clef, cynisme du patronat, cadeaux somptueux de l'État offerts aux riches sur le dos des pauvres, SDF morts de froid aux portes de Paris, chômage grandissant et faillites des petites entreprises, arrogance du pouvoir pérorant dans la peopolisation tape-à-l'œil, blanc-seing à la brutalité de ses flics, presse aux ordres de ses propriétaires, télévision à la botte de leur ami président démocratiquement (!) élu... Nous sommes débordés par les manifestations d'un régime paranoïaque qui multiplie les effets d'annonce, les coups fourrés et les coups foireux. Et encore ! Je n'évoque ces exemples que dans le cadre serré de la politique nationale. Partout les populations semblent anesthésiées. Mais qu'en sait-on vraiment ? La presse est sous contrôle. On pille les ressources de la planète, faune et flore, on parque les pauvres, on les exproprie, on les affame et on les assassine puisque le lumpen n'est pas récupérable, on les fait s'entretuer pour s'approprier le minerai ou le cacao... Ma plaquette de chocolat a le goût du sang. Les lois de l'entropie sont à l'œuvre. Tout a une fin. Les révolutions ne se produisent que lorsque la faim devient intolérable et qu'un mouvement politique s'organise. Entre faim et fin il n'y a que la rime qui soit riche. "S'ils n'ont plus de pain qu'ils mangent de la brioche !" Dans ses Antimémoires, Malraux raconte qu'en Chine pendant la Longue Marche il n'y avait plus d'écorce aux arbres sur plusieurs mètres de haut, générant, de plus, des dysenteries terribles. Où se produira le débordement ? Aux États Unis où les armes sont en vente libre, lorsque les noirs et les hispanos comprendront que leur président est un fantoche de plus à la botte du Capital, le dernier coup de génie de la CIA ? En Afrique où des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont sacrifiés sur l'autel de l'inexploitabilité ? En Amérique du Sud, seul continent où souffle actuellement une brise de révolte contre le pillage de ses ressources naturelles par le géant du Nord ? En Russie ou en Chine où la corruption se frotte aux modèles conjugués du libéralisme sauvage et des restes du stalinisme ? J'évite d'évoquer l'Australie au risque de comparer notre cas à celui des kangourous et des aborigènes ! Mais que se passe-t-il donc dans notre vieille Europe anesthésiée ? Est-ce la fatalité, l'embonpoint, la superficialité, la compromission, la paresse, la lâcheté qui nous assagissent ?
Mes billets reflètent souvent une consommation (plutôt culturelle mais qu'est ce que cela change ?) qui fait écran à la difficulté d'être et à la responsabilité civile, citoyenne ou simplement humaine. Nous vivons avec nos contradictions. La culpabilité ne résout rien. Seule notre responsabilité peut changer les choses. Notre sens critique doit s'exercer dans tous les domaines, sur tous les fronts. Il y a heureusement des jours où je me laisse aller à l'euphorie et où j'oublie un instant l'horreur du monde des hommes. Je m'étourdis. Tension, détente, pour avancer nous avons besoin de ces deux termes, consonance et dissonance, le yin et le yang ! Comment trouver l'équilibre ? Certainement pas en jouant les trois singes, à nous boucher les oreilles, fermer les yeux et nous taire. C'est dans la rue que se jouera la prochaine manche... De quel côté de la barricade serons-nous ? Quelles flammes nous ranimeront ? Répétition.

Illustration de l'exposition Kiefer au Grand Palais, à deux pas de celui de l'Elysée.

jeudi 4 décembre 2008

La maîtresse des ombres


Le coffret DVD de Lotte Reiniger édité par Carlotta fait partie des indispensables de l'animation avec les films de Émile Cohl, Windsor McKay, Len Lye, Oskar Fischinger, Ladislas Starévitch, Walt Disney, Alexandre Alexeïeff, Norman McLaren, Jiri Trnka, Youri Norstein, Paul Grimault, Hayao Miyazaki, Isao Takahata, Jan Svankmajer, Nick Park, Tim Burton et quelques autres... Si les objets dérivés qui les accompagnent brancheront exclusivement les petits (flipbook, poster, cartes postales, album à colorier et crayons de couleur), les deux DVD sont une mine d'or pour quiconque a gardé ses yeux d'enfant et le goût pour l'émerveillement.
Les aventures du Prince Ahmed, premier long métrage d'animation de l'histoire du cinéma (1923-1926, onze ans avant le Blanche-Neige de Disney), est un film en papier découpé, animation de silhouettes dûe à la magicienne Lotte Reiniger, qui influença grandement Michel Ocelot des décennies plus tard. C'est de la dentelle, du rêve à l'état pur, les mille et une nuits garanties sur facture, soit 34,99€ pour le film plus 18 courts métrages, 2 documentaires exceptionnels, l'un allemand, l'autre anglais, bonus passionnants qui éclairent l'art de la dame. On est saisi par le travail d'orfèvre, la sensualité des mouvements, l'atmosphère créée par les flous, la profondeur des paysages, l'évocation magique des formes découpées. Lotte Reiniger travaillait avec son mari le réalisateur Carl Koch à la prise de vue, l'architecte français Bertold Batosch, auteur de L'idée, aux animations, et, pour les arrière-plans manipulés séparément, Walter Ruttmann l'auteur du célèbre film expérimental Berlin, symphonie d'une grande ville, l'équivalent allemand de L'homme à la caméra de Vertov. Le couple Reiniger-Koch était ami de Jean Renoir, pour lequel ils réalisèrent le théâtre d'ombres de La Marseillaise et qui l'appelait "la maîtresse des ombres", et de Bertolt Brecht. Ils s'exilèrent à Londres à la montée du nazisme.


Les aventures du Prince Ahmed est présenté dans une version remasterisée absolument magnifique, avec la musique originale d'époque de Wolfgang Zeller et, dans la version française, Hanna Schygulla lisant les cartons de sa voix sensuelle et envoûtante. Les courts-métrages renvoient à l'univers des contes (Perrault, les frères Grimm, Andersen, 1001 nuits...) et à la musique (Carmen, Papageno...).

mercredi 3 décembre 2008

sortirdelacrise.tv



Décidément, Pierre-Oscar me gâte. Il m'envoie régulièrement les épisodes du feuilleton réalisé pour la campagne du P.U.M., le Parti Unique de la Majorité. Cinq ont déjà été mis en ligne sur les neuf annoncés. Le premier date du jeudi 20 novembre et s'intitule Envie d'être propriétaire ?



Le début de chaque film est drôle et vise juste. Dommage que la seconde partie fasse retomber le soufflé par son côté plan-plan, avec un ton de voix qui se veut revenir au sérieux. À quoi bon ? Le second clip a été publié le lundi 24 sous le titre Devenez livreur de pizza !



Chaque clip est accompagné d'un petit texte que l'on pourra lire en cliquant sur son titre, cette fois Salaires, ne perdez pas espoir ! du mercredi 26 novembre.



Le PCF se lance dans une campagne par l'absurde. On n'en attendait pas moins d'un organisme dont la ligne tient en effet de l'absurde depuis des décennies, du traîté de non-agression à son alignement sur la politique soviétique, de son adhésion suicidaire au Programme Commun à l'abandon de ses exigences idéologiques au profit de campagnes électoralistes. On peut aujourd'hui juger du gâchis. Il est à craindre que cette amusante campagne ne changera rien à l'affaire. Dommage ! Les idées dites communistes ou gauchistes sont pourtant les seules à faire obstacle au libéralisme sauvage et à l'internationale cynique du Capital. L'épisode du vendredi 28 novembre est Votre santé, c'est important !



Trop individualiste diront les uns, petit bourgeois clameront les autres, je n'ai jamais adhéré à un parti quel qu'il soit. Compagnon de route du PC au temps où c'était un parti de masse et où je sonorisais et musiquais ses manifestations, j'oscillais entre un trotskysme indépendant et un anarcho-syndicalisme salutaire. N'empêche que pendant de nombreuses années, les municipalités où l'on rencontrait de vrais interlocuteurs de la culture étaient toutes dirigées par des cocos et je suis heureux de toujours habiter une ville qui y est historiquement rattachée.
Lundi dernier, c'était Travaillez donc le dimanche !



Aujourd'hui le P.U.M. met un sixième épisode en ligne. Je vous laisse le découvrir en allant sur sortirdelacrise.blogspot.com. Les suivants seront disponibles les vendredi 5, lundi 8 et jeudi 11 décembre...

mardi 2 décembre 2008

97 jouets musicaux électriques au bout des doigts


La société française UltimateSoundBank vient d'éditer un drôle d'objet pour les musiciens fondus de musique bizarre. Electric Toy Museum est un logiciel rassemblant 97 jouets musicaux électriques, échantillonnés selon les règles de l'art en 24bits/96kHz. La collection d'Eric Schneider a été enregistré en 14000 samples sous 1000 presets, de quoi passer, pour seulement 209€, de longues journées à tout explorer si l'on est branché par les sons minimalistes de ces boîtes en plastoc, grinçants, distordus, couinants, drôles ou envoûtants.
Le logiciel UVIworkstation, livré avec (appât intelligent, il est même téléchargeable gratuitement séparément !), permet de jouer, en direct et sur plusieurs pistes, tous ces timbres rarissimes ou de contrôler l'ensemble par son séquenceur habituel. Ça marche sous Mac et PC, en AU, VST, RTAS et MAS. Seule contrainte, utiliser une clef de sécurité iLok (40€, commercialisée par exemple par Univers-Sons comme tout le reste) pour profiter du logiciel sur n'importe quel ordinateur. L'iLok offre la possibilité de mémoriser jusqu'à 150 autorisations, beaucoup plus que l'on ne pourra jamais en accumuler.
De plus, l'UVI engine est un échantillonneur puissant qui offre de jouer aussi bien et facilement les sons d'autres banques comme les instruments symphoniques MOTU ou les instruments solo de l'IRCAM (j'y reviendrai) que n'importe quel fichier audio externe jouable par glisser-déposer. Voilà qui va me permettre d'intégrer mes propres sons, entre autres sur scène, sans avoir besoin d'acquérir un autre échantillonneur. En outre, l'UVI peut traiter tous ces échantillons en temps réel par de multiples effets, réverbe à convolution, filtres, LFO, boucles, stretch, etc.
Les jouets du Museum sont classés en dix catégries : Enfants, Développés, Drums & FX, Mini Sampler, Jouets musicaux, Orgues basiques, Idiots, Petits, Speech et Style-o-phone. Je retrouve ainsi quelques uns de mes jouets qui ne sont plus forcément opérationnels. Mais les quatre synthés chinois achetés chez Tati ces dernières années au moment de Noël et que j'utilise de temps en temps en concert ne figurent pas dans la liste, hé hé ! Coïncidence amusante, il se pourrait bien que les instruments originaux qui ont servi à réaliser cette superbe application se retrouvent exposés l'année prochaine dans le même musée que notre opéra pour 100 lapins, et ce pendant six mois, en installation permanente. Mais chut ! C'est encore un secret...

lundi 1 décembre 2008

Romand par Nova

Papapoule


Pour moi sept ans en arrière, pour les filles plus de trente ans, je repense à ma rencontre avec Sonia et Carole, au décale-âge de nos vies, à la distance du vide, au trop-plein d'amour des pères qui empêchent les filles d'avancer, au besoin de rupture, à la nécessité du retour, guerre et paix au sein de la famille, les filles morflent plus que les garçons, le second cordon résiste à la faux du temps, où est le vrai ? Le nouvel amour est à recomposer, il faut du temps, il en faut tant, les filles s'y perdent, les gars font semblant, c'est un travail... Sonia Cruchon a réalisé un clip freudien pour Carole Masseport en montant du found footage. Il a fallu creuser. L'inconscient se projette en noir et blanc. Contraste. Nuances de gris. Sous leur tendresse réelle, les films de famille cachent des secrets encombrants. Certains ont existé, d'autres hantent les rêves, reconstructions fantasmatiques de la culpabilité, incapacité de rendre le trop perçu, interrogation du maillon sur la chaîne... Lacan dit que l'amour c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. Quelle place les hommes pourront-ils occuper ? Stéphane Rombi accompagne Carole à la guitare. La chanson est belle et douloureuse. Le clip colle à la peau en une longue suite de questions sans réponses.
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