Jean-Jacques Birgé

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samedi 31 janvier 2009

Le rhume sec ne sied pas au punch


Il suffit que je m'allonge pour que mon nez se bouche. Ma gorge s'assèche et la suffocation du carton-pâte me réveille en sursaut. Dans un premier temps boire un verre d'eau favorise le retour au sommeil, mais au fur et à mesure que la nuit avance, la fréquence s'amenuise, m'amenant doucement vers l'insomnie matinale, ou plus déstabilisant, un break de mi-nuit de une ou deux heures où je vais travailler pour ne pas jouer les crêpes improductives. Je n'ai plus d'autre choix que la station debout, souvent bien avant l'aube. Là, après quelques démangeaisons et deux éternuements, tout redevient fluide. Je respire. Jusqu'au soir, où l'idée d'aller me coucher devient cauchemardesque. Et ce depuis des semaines...
J'ai pris des médicaments divers et avariés, revu l'homéopathe qui m'avait sorti de l'asthme d'un coup de granules magiques, aucun traitement n'y fait. Les muqueuses s'assèchent dès que je bascule. Je ne dors plus, sans pour autant m'inquiéter pour mon nez. Cela finit par ressembler à une cuite. Je voudrais bien retrouver le goût du sommeil, la douce brise de l'air marin, le vent de la montagne, les volutes de la cuisine lorsque les parfums deviennent visibles à l'œil nu.

Illustration : Autoportrait matinal en forme de mouchoirs (2009)

vendredi 30 janvier 2009

Un poing c'est tout


Johannesburg, avril 1993. Les lois de l'apartheid ont été abolies, mais les élections ne porteront Mandela et l'ANC au pouvoir que dans un an. L'extrême-droite est toujours à l'œuvre. Des snipers sont embusqués dans les townships. Le secrétaire général du Parti communiste sud-africain (SACP), Chris Hani, vient d'être assassiné. Le lendemain, une marée humaine danse en formant des vagues comme un dragon chinois de la largeur de la rue. Le tapis volant qui s'avance en chantant se hérisse de poings levés. L'image replace l'individu au milieu du groupe. Chacun est seul, debout, avec tous les autres, ensemble, dans l'action. Les poings se lèvent vers le soleil. Il y aura à nouveau de la lumière si on décide de la réinventer.
P.O.L. me fait justement remarquer que mes billets politiques manquent d'humour. Ce serait certainement plus efficace, mais je ne sais pas. Peut-être ai-je peur de devenir cynique, de perdre les illusions de mes jeunes années ou encore de trahir les anciens qui m'ont transmis l'histoire de leurs luttes. À moins que ce ne soit qu'une icône héroïque remontant à l'enfance, le goût de l'ultime rebondissement salvateur, mâtiné d'un complexe culturel, de culture physique cela va de soi ! Non, cela n'allait pas de soi. J'avais l'impression de n'avoir d'aura charismatique que dans la parole du tribun... Les journaux satiriques me font à peine sourire. Dans mon cœur je suis un pleureur, un saule acidifiant ses larmes, un jeu de mots me fournissant mes armes comme de fines lames tranchant dans le vif du sujet. J'envie les humoristes capables à la fois de faire des analyses et des propositions. J'aimerais terminer par une pirouette comique, mais n'accouche chaque fois que d'une envolée lyrique. Rien d'anormal pour un musicien ! La musique est rarement drôle.

Photogramme de mon film Idir et Johnny Clegg a capella (Vis à Vis, Point du Jour)

jeudi 29 janvier 2009

Grève générale

Aujourd'hui c'est dans la rue que ça se passe.

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mercredi 28 janvier 2009

Bonne humeur et mauvaise conscience


Les deux terrains coexistent. Dans la sphère privée, l'hédonisme est de rigueur. Face à la société humaine, l'addition est douloureuse. On a beau apprécier les grimaces de clown et la danse du ventre, comment accepter le plaisir sans le partager avec le plus grand nombre. La partouse épicurienne à l'échelle de la planète est un rêve d'enfant. Que chacun mange à sa faim, ait un toit et la possibilité de choisir son destin peut sembler un vœu pieu, mais quel autre enjeu vaut-il que l'on s'accroche à la vie ? Le droit de régresser n'est pas donné à tout le monde. L'exploitation de l'homme par l'homme, son assujettissement, les crimes dont il est autant victime que complice empêchent la libido de s'épanouir. Elle renvoie toujours à l'enfance, par le vertige du sexe, la faim du sybarite, l'odeur de sa merde ou la précieuse quête d'un Graal aussi naïve que nécessaire. Le cycle inexorable ressemble plus aux cercles d'un derviche qu'à une évolution. La spirale est double, ascendante dans les élévations de l'âme, abyssale dans sa pitoyable impuissance. Le singe n'arrive plus à se redresser. Nous voilà bien ! À mettre en scène ses contradictions, le corps est plus démonstratif que l'esprit. Pas d'enfumage, mais les manifestations physiques du combat que se livrent le désir de vivre et sa propre incapacité à la partager hors du cercle des initiés. C'est dégueulasse. Que l'on ne s'étonne point que cela fasse mal ou rende malade. Le drame est total, la difficulté d'être absolue. Les nantis de la planète, minorité aux commandes, ayant-droits historiques ou citoyens de base, jouissent ou du moins ils le croient, s'étourdissant dans la consommation des objets ou des sensations. C'est de nous tous, sans exception, dont il s'agit, si vous êtes seulement "équipés" pour lire ces lignes. Mais lorsque la mort se présente que reste-t-il à cet infiniment petit, perdu dans le vaste univers du temps, que la satisfaction d'avoir su prendre et donner, de partager ses richesses et ses interrogations, qu'elles fussent matérielles ou spirituelles ? C'est bref. Raison de plus.

Paysage sylvestre au lever du soleil (1835) de Caspar David Friedrich

mardi 27 janvier 2009

Libération ouvre ses colonnes à Alain Badiou


Ce matin, le journal Libération, qui jusqu'ici prit le soin le soin de le caricaturer, donne la parole à Alain Badiou, les rares commentaires du philosophe sur l'actualité agissant comme de petits échos à un entretien où le "démocratisme" est clairement mis en question. Badiou insiste sur la nécessité de "se tenir à distance et de la forme-parti et de l'État, et aussi savoir résister au fétichisme du "mouvement", lequel est toujours l'antichambre du désespoir."
Dans une discussion entre amis hier soir, j'ai pu constater moi-même comme il leur était difficilement acceptable d'assimiler à des pansements les propositions pleines de bons sentiments des uns ou des autres alors que tous les fondements du capitalisme libéral ont perverti en amont le système de repères utilisé. Émettant des doutes sur la rigueur des techniques de la psychologie sociale, même émises par la passionnante Ester Duflo devant le Collège de France, j'apparaissais isolé, "sur un rocher", alors que je soulignais simplement que les termes des enquêtes faussaient les protocoles dès lors qu'ils se réclamaient d'une vérité objective sans approfondir les raisons de l'état des choses et des êtres impliqués. La réduction de l'oppression des peuples à des équations dont les termes sont isolés du contexte m'a toujours révolté. Appliquant au public les techniques de marketing du privé, on ne cherche qu'à guérir des symptômes sans remonter aux causes primordiales. Pour en revenir au désespoir, il faut une bonne dose de volontarisme pour ne pas y sombrer tant l'éducation ne nous prépare qu'à nous conformer, voire dans le meilleur des cas réagir, lorsqu'il n'est de solution que dans l'action.
Plus loin, Alain Badiou (photographié ici lors d'une conférence de Slavoj Žižek à l'E.N.S. en mai 2008 qu'il présentait) rend hommage au "trio exemplaire de la fin du XIXe siècle et du début du XXe : Darwin, Marx, Freud... Trois savants (biologie, économie politique, psychologie clinique)... Qui sont aussi des philosophes (théorie de la vie, de l'histoire, du sujet)... Et des révolutionnaires : contre la théologie créationniste, contre la société de classe, contre la vieille morale sexuelle... Donnant sens à des notions à la fois neuves et fondamentales : l'évolution, la sélection, le capitalisme, le communisme, l'inconscient... Ils ont produit des effets immenses, dans tous les domaines du savoir et de l'action. Ils sont inclassables, inépuisables..."
En ce qui concerne l'actualité française, le message est on ne peut plus simple puisqu'il suggère que la rue appelle (jeudi ?!) à la démission de l'orléaniste Sarkozy tant les fronts se multiplient contre sa politique de destruction massive tous azimuts. De quoi Alain Badiou est-il le nom ? Par son rejet de "l'asthénie régressive", sorte d'aquoibonisme démobilisateur, il ne confond par son refus de vote avec le cynisme du citoyen français que la politique ennuie ou qu'il réduit à des mesurettes tant qu'il peut jouir de ses privilèges.

lundi 26 janvier 2009

Le tamis de la correspondance


Envoyer des mails n'est plus une méthode fiable pour correspondre. Spams ou afflux considérable de courrier risquent de faire passer à la trappe des messages importants.
Avant l'ère informatique, écrire une lettre à la main ou dactylographiée impliquait une démarche signifiante, d'autant qu'elle nécessitait de s'appliquer lisiblement, de rédiger une enveloppe, d'y coller un timbre et de passer à la poste. Il suffit aujourd'hui de taper quelques mots et d'appuyer sur un bouton. La gratuité profite à la frénésie. Quand je pense qu'à l'avènement des mails certains ont prétendu que cela allait tuer l'écrit !
La quantité délirante de spams publicitaires et autres imbécilités absorbe des messages importants sans que l'on comprenne pourquoi le filtre a dirigé tel ou tel dans la poubelle qu'il sera bien imprudent de vider sans en vérifier le contenu.
Ces derniers temps, au lieu de me plaindre des centaines de spams envahissant mon dossier d'indésirables, je me suis systématiquement désinscrit, réduisant leur nombre au moins par dix. Il faut d'ailleurs que je pense à coller une étiquette "Pas de publicité" sur ma boîte aux lettres pour la soulager elle aussi.
Envoyer un SMS, décrocher son téléphone ou se fendre d'une missive postale est aujourd'hui beaucoup plus prudent si l'on veut être certain de toucher son correspondant.
Lorsque je désire que mon courrier ressorte du lot distribué par le facteur, je colle un timbre de collection plutôt qu'une banale Marianne, personnalisant l'enveloppe en fonction du destinataire. Ma petite collection de timbres en vigueur (ils le sont tous hormis ceux édités par le Gouvernement de Vichy et l'on peut commander les nouveautés sur le site de La Poste) rassemble trois Tex Avery (le loup, Droopy et la pin-up), un Auguste, la baie d'Halong, un mammouth, Henner et Garouste... Les augmentations régulières m'obligent néanmoins à compléter le tarif par des Marianne à centimes.
Lorsque je veux être certain d'être lu, je choisis également une carte postale qui marquera le coup parmi une seconde collection, toujours d'images. Par exemple, L'origine du monde de Courbet génère immanquablement une réponse !
Quant à Internet, les réseaux sociaux comme FaceBook ou MySpace s'avèrent plus fiables que le mail traditionnel. Certains y accumulent pourtant les "amis" afin de promouvoir leurs activités. Si vous souhaitez être fixé il suffit souvent de vérifier le nombre de leurs "amis". Pour ne pas être submergé par le nombre et préserver une qualité de la relation, j'ai pris l'habitude de n'accepter que les personnes que je connais ou dont les informations m'en donnent envie. J'envoie sinon un mail intitulé "Qui êtes-vous ?" en copiant-collant le message : "Avant d'accepter une demande d'amis, je pose cette question à tous ceux et à toutes celles que je ne connais pas, quand ma mémoire fait défaut ou que les informations de FaceBook ne me permettent pas de l'apprendre."
L'autre méthode consiste à posséder un nombre dément d'adresses mail dédiées chacune à une activité, mais si l'on se connecte avec son iPhone cela peut s'avérer fastidieux. On choisira.
Le Blog peut aussi être considéré comme une manière de communiquer sans être obligé de radoter. Je l'espère. Il y a mille façons d'écrire, de parler, d'échanger, de voir et d'entendre, mais il n'y en a qu'une pour vivre véritablement, il faut sortir, marcher, étreindre pour sentir ce qui ne peut s'écrire.

dimanche 25 janvier 2009

L'ONJ et ses fantômes


Vendredi soir, le nouvel ONJ faisait sa première apparition sous la forme d'une répétition publique du projet Around Robert Wyatt à la Dynamo de Banlieues Bleues à Pantin. Son directeur artistique, Daniel Yvinec, avait pris soin de faire distribuer un petit texte en fixant les termes : "Si certains musiciens vous tournent le dos, ne vous formalisez pas, c'est pour mieux communiquer avec leurs semblables, indirectement vous devriez en bénéficier... Il est possible par ailleurs qu'il soit nécessaire de faire quelques mises au point au cours d'un morceau qui de fait ne sera pas donné dans son intégralité. (...) N'hésitez pas à déambuler dans ce lieu pour trouver un emplacement qui vous convient, à vous promener pour mieux voir ou mieux entendre. Vous pouvez même, si le cœur vous en dit, vous frayer un chemin, entrer dans la forêt des pupitres pour vivre quelques instants au cœur de l'orchestre..." L'enregistrement du disque qui sortira le 23 avril commence d'ailleurs aujourd'hui dimanche. Peu de spectateurs osèrent céder à l'invitation si ce n'est les photographes s'en donnant à cœur joie.
Jazz Magazine m'ayant commandé cinq épisodes sur les préparatifs de ce nouvel ONJ dont le dernier reste à paraître, je rappellerai néanmoins les enjeux de ce premier projet en citant encore Yvinec : "Bien souvent, on enregistre des disques en posant dans un premier temps les bases instrumentales. On y ajoute ensuite la voix. Il m'a toujours semblé étrange de faire entrer le personnage principal à la fin du film. Around Robert Wyatt inverse le processus en utilisant les voix a capella comme point de départ." Étrange impression onirique de voir les dix jeunes musiciens s'exécuter sous les limbes vocales de Wyatt, Daniel Darc, Yaël Naïm ou Rokia Traore. De tous ces bienveillants fantômes ne manquaient que Camille et Irène Jacob parmi les invités annoncés. On se plaît à rêver à ce qu'en ferait un Bashung... Les arrangements de Vincent Artaud (sur la photo à droite d'Yvinec, avec le guitariste Pierre Perchaud) offrent l'avantage d'ignorer les originaux en ne se référant qu'aux voix, proposant des chansons une interprétation qui évite soigneusement le clonage forcément décevant.


Jazz, tout en restant fidèle à la couleur "classique" européenne de l'arrangeur et en lorgnant vers une pop où tel crescendo me fait irrésistiblement penser à la fin de A Day In The Life, l'École de Canterbury sachant parfaitement ce qu'elle doit aux quatre gars de Liverpool, la musique joue des effets d'ensemble plus que de chorus inutiles tant la voix est le soliste de ces évocations. À la pâte des cuivres s'ajoutent parfois les timbres étranges de Joce Mienniel transformant sa voix dans le logiciel Usine ou de la pianiste Ève Risser penchée sur les cordes de son instrument lorsque l'une et l'autre n'assurent pas leurs parties de flûtes. Sur la photo, on découvrira Sylvain Daniel au cor d'harmonie, Antonin Tri Hoang, Rémi Dumoulin et Matthieu Metzger aux anches, Guillaume Poncelet à la trompette. Le claviériste Vincent Lafont a finalement rejoint la petite bande en remplacement de Paul Brousseau tandis que la batteur Yoann Serra dirige ce passage rythmique.
Écouter ainsi les chansons de Robert Wyatt ou celles de ses amis John Greaves et Elvis Costello produit une impression de voyage, un déplacement étrange que les voix désincarnées mais extrêmement présentes renforcent en émotion. Connaître véritablement de quel bois se chauffera l'ONJ exige d'entendre l'ensemble des trois projets 2009. De quelle liberté jouiront sur scène les interprètes ici plus musiciens de pupitres que personnalités engagées ? Les arrangements très écrits d'Alban Darche pour le second programme en hommage à Billie Holiday, Broadway in Satin, créé le 7 mars à Saint-Ouen, leur laisseront-ils une plus grande d'initiative ? Faudra-t-il attendre le film muet Carmen à l'Opéra Comique dont les musiciens écriront eux-mêmes la partition sous les traitements électro-acoustiques du pianiste Benoît Delbecq pour découvrir toutes les ressources de ces jeunes gens pour la plupart encore inconnus du public ? Vous le saurez lors du énième épisode de cette excitante aventure !

samedi 24 janvier 2009

Speed Racer remonte la course


Bien que rarement en accord avec les critiques cinéma qu'en général je lis plutôt après voir vu les films pour me faire ma propre opinion et éviter que l'on me gâche le plaisir de la découverte en me racontant le scénario, j'ai suivi le conseil d'Olivier Séguret dans Libération en allant regarder Speed Racer, le dernier film des frères Andy et Larry Wachowski, auteurs de la Trilogie Matrix et scénaristes de V for Vendetta. Il émanait de l'article quelque chose de l'ordre du jamais vu, on y faisait référence à la 3D, aussi ai-je pensé que nous étions peut-être en présence d'un de ces nouveaux objets qui changent la face du spectacle cinématographique. C'est le sentiment que me procura Tron à sa projection en salle en 1982, comme si il y avait désormais le cinéma avant et celui après Tron. La technique a souvent bouleversé l'histoire de l'art, comme l'invention du tube en plomb donna naissance à l'impressionnisme dès lors que l'on pouvait aller peindre sur nature en emportant les couleurs dans sa poche.
En France comme aux États-Unis, la presse éreinta Speed Racer qu'elle trouvait à juste titre bien pauvre scénaristiquement, divertissement des familles un peu cul cul la praline. Comme si la plupart des blockbusters n'obéissait pas à la débilité ambiante, marketés pour un public d'ados de 16 ans ne s'intéressant qu'aux jeux vidéo et au cinéma d'action pour les garçons, aux bluettes à l'eau de rose pour les filles ! Entre les films qui font réfléchir en interrogeant le supposé réel et le cinéma forain qui le fait oublier, le fossé s'agrandit, le niveau social et culturel dictant qu'on doive appartenir à un clan ou à l'autre. Il y a pourtant un temps pour tout, et que le cinématographe retrouve ses origines d'attraction foraine n'est pas pour me déplaire.
Certains films brisent cette convention et mêlent astucieusement la magie à la réflexion. Sans rejoindre ces chefs d'œuvre de plus en plus rares, Speed Racer décoiffe par son traitement graphique et ses effets 3D. L'utilisation de la couleur et du filé, les volets horizontaux qui remplacent les coupes de montage traditionnelles, les trucages sur fond vert donnent des idées de comment les utiliser autrement que pour un divertissement de pure forme. Inspiré d'un célèbre manga, le film explose dans les scènes de course automobile, avec humour et virtuosité, nous faisant oublier les trop nombreux passages dialogués pleins de bonnes intentions. Film à découvrir sans hésiter pour voir l'écran sous un angle différent.

vendredi 23 janvier 2009

Du poil de la bête


Imaginez comme il peut être pénible d'être réveillé par les régurgitations du chat vomissant sur la moquette. J'avais vraiment la tête dans le pâté. D'habitude Scotch a la délicatesse de s'exécuter en choisissant une surface lavable. Comme je lui courrais après pour le mettre dehors, il a terminé dans l'escalier. Une manière de se purger ? À peine ai-je rangé l'eau chaude et le Sopalin, c'est sympa comme billet pour le petit-déjeuner ! La bêêête avait arrêté ce genre de sport depuis que nous la brossions avec une brosse magique, complément indispensable de la brosse électrostatique pour les coussins où elle se vautre. Ses longues et fines dents en métal ressemblent à des griffes rétractables. Scotch adore ça. Il tend le cou en avant comme si c'était pour lui caresser le menton, mais pas du tout ! Enfin, cela se négocie. Quand les poils sont pris dans la brosse, comme arrachés à la fourrure féline, il suffit d'appuyer sur le bouton rouge pour que les dents de la brosse s'escamotent. Attrapons alors délicatement la touffe tressée. On pourrait la garder pour s'en faire des moufles comme les Russes avec ceux de leur chien. À Moscou, on vend même des pull-overs tricotés ainsi, mais il faut du temps ou un animal énorme. Les Moscovites peuvent alors garder sur le dos un souvenir chaud et chaleureux de leur animal après qu'il soit passé à trépas. Comme cela pousse vite, ils ne sont pas non plus obligés d'attendre quinze ans. La touffe grise que je jette à la poubelle ressemble plutôt à petit mouchoir carré en fourrure tissée, quel métier !

jeudi 22 janvier 2009

Répétition des Vampires au Cap (1995)


Recherchant systématiquement ce qui pourrait être publiable sur YouTube, DailyMotion ou Vimeo, je réalise des petits montages avec les quelques rushes du Drame égarés parmi mes archives domestiques. En 1995, le Centre Culturel Français de Johannesburg nous propose une tournée en Afrique du Sud pour célébrer le centenaire du cinématographe. Comme les organisateurs métropolitains ont la mémoire courte, nous en sommes flattés bien que nous ayons alors décidé d'arrêter de jouer en public. Notre interlocuteur me demande si j'ai jamais vu les baleines passer au large du Cap de Bonne-Espérance ou si j'ai jamais nagé au milieu des manchots ? Il est difficile de refuser ce genre de proposition malhonnête, et nous acceptons de bon cœur ! Les dates ayant glissé de quinze jours, nous manquerons les baleines, mais nous passâmes un temps merveilleux au milieu des volatiles nautiques. Si leur pas maladroit est comique, leur nage rappelle le vol du goéland sitôt qu'ils ont plongé. Pour jouer en direct avec Les Vampires de Louis Feuillade, Bernard Vitet et moi demandons à l'accordéoniste Michèle Buirette, qui est en outre la mère de ma fille, de partir avec nous pour cette tournée de ciné-concerts.
J'évoquerai en son temps mon précédent voyage en Afrique du Sud avant Nelson Mandela pour tourner le film Idir et Johnny Clegg a capella et ce retour après la fin de l'apartheid, deux voyages que les paradoxes locaux rendirent plutôt pénibles, si ce n'est chaque fois le plaisir partagé avec nos hôtes.
Comme souvent avec les quelques archives que j'ai retrouvées, il s'agit d'une répétition et l'on m'y voit peu puisque je tiens la caméra. De plus, la qualité est souvent médiocre, mais ces rares témoignages ont l'heur de plaire aux amateurs de nos élucubrations artistiques. Les premiers plans du 20 novembre se situent au Studio GRRR à Paris. Bernard cherche ses notes au bugle tandis que Michèle lui souffle les accords. Dix jours plus tard, dans une salle du Cap, les amis se retrouvent pendant la balance pour interpréter Carton, chanson du disque éponyme, qui colle parfaitement avec un film muet puisque les paroles sont constituées de titres de films et qu'on y évoque les intertitres des films muets, d'où son titre ! Bernard pose son instrument pour chanter avant de gratouiller les cordes du piano. À la fin j'ai ajouté deux plans. Sur le premier, on ne voit pas le contrechamp qui aurait été trop hors sujet, un gigantesque gorille ! Sur le second, nous sommes entassés tous les trois dans une automobile en route pour le théâtre de Joburg où nous emmène Alexandre de Clermont-Tonnerre. Je me souviens seulement qu'il ne fallait pas se promener au-delà d'un certain trottoir, sinon nos vies seraient gravement en danger. Il est des accords qui nous échappent.

mercredi 21 janvier 2009

God bless America... Gott mit uns... God save the Queen... Allah Akbar...


Allumant l'auto-radio en revenant des courses, je tombe sur la fin du discours d'investiture de Barak Obama se terminant évidemment par "God bless America!". Ici, et dans une majorité de films américains jouant le rôle de service de communication du pays mieux que tous les plénipotentiaires, Dieu s'invite régulièrement sans qu'on l'y ait invité. L'institution l'impose, un point c'est tout.
Au XXIe siècle, comment peut-on continuer à diffuser de telles histoires à dormir debout et les donner pour véridiques ? Comment peut-on jurer sur la Bible de dire toute la vérité, rien que la vérité ? Les agnostiques apprécieront le paradoxe, s'il leur arrivait un jour de devoir se prêter à l'exercice ! L'exemple symbolique de l'État dicte sa loi à la population.
Chaque fois que Dieu est invoqué légalement nous avons du mouron à nous faire. On voit aujourd'hui les dégâts que génère la collusion de l'État et de la religion dans les pays obscurantistes et ségrégationnistes qui la brandisse, de l'Iran à Israël, des États-Unis au Pakistan.
Dans Le Mépris de Jean-Luc Godard, après avoir évoqué le combat d'Ulysse contre les dieux, le réalisateur Fritz Lang dans son propre rôle tente d'expliquer au producteur joué par Jack Palance que les dieux n'ont pas créé les hommes, mais que ce sont les hommes qui ont créé les dieux. Prokosh est une caricature des États-Unis, un enfant capricieux qui veut faire la loi et qui aime les dieux pour s'y identifier comme à des super-héros. Lang qui incarne toute la culture européenne commente ensuite un poème d'Hölderlin, insistant sur le fait "étrange, mais vrai" que ce n'est plus la présence de Dieu, mais son absence qui rassure l'homme.
Nous voilà bien rassurés !

mardi 20 janvier 2009

Où est la maison de mon ami ?


Déjà pas très en forme, je n'aurais pas dû regarder le film d'Abbas Kiarostami. Pourquoi les films où la pression sociale est forte et paraît immuable me dépriment-ils ? Pourtant, par ses initiatives, Ahmad, le gamin de huit ans, se révolte à sa façon contre l'absence d'écoute des adultes qui l'entourent. Pour les mêmes raisons, je ne supporte pas mieux les films où un personnage s'impose sans que personne n'ose l'éjecter, comme dans "Harry, un ami qui vous veut du bien" de Dominik Moll. La révolte qui gronde en soi sans pouvoir s'exprimer m'est pénible. Je ne suis pas non plus un fan du réalisme qui prétend calquer la vérité. Bien que Où est la maison de mon ami ? soit un beau film, je me suis ennuyé jusqu'à broyer du noir.
Le terrain était propice. Les nouvelles de début d'année ne sont pas des plus réjouissantes et je sais qu'il me faudra attendre quelque temps avant l'arc-en-ciel annonciateur du printemps. Bernard nous fait des frayeurs avec sa santé, mon camarade d'enfance Paul se tue en tombant dans son escalier le jour des 18 ans de sa fille, Maman met sa société en faillite, je n'arrive pas à réparer la dynamo de mon vélo, mon rhume sec m'empêche de dormir, etc. Tout peut devenir élément de contrariété, des choses graves à des futilités.
Comme je sais que l'on ne peut pas éviter les mauvaises nouvelles et que la vie est marquée par l'alternance entre bonnes et mauvaises, j'ai trouvé la solution la moins douloureuse : je réduis le temps pénible à son strict minimum. Ne pouvant influer sur l'intensité de l'oscillation, je travaille sur sa fréquence, entretenant de larges crêtes et rendant les creux aussi étroits que possible.
Je me replonge dans le travail pour ne pas virer à la dépression. Ne me dites pas que c'est une fuite en avant, cela a le don de m'énerver. Du volontarisme, d'accord. À quoi sert-il de se lamenter ? L'actualité suffit à m'abattre. Israël, admiré sur son flanc nord pour ses frappes chirurgicales, se flatte de ses succès criminels dans sa région sud, détruisant la culture juive dont je me targuais enfant. De son côté, notre capricieux président détruit la culture française dont j'étais si fier à l'adolescence. J'ai mal à l'homme. Partout, on tue de plus belle, on saccage, on méprise, on exploite, mais la révolte se fait attendre. L'anesthésie est efficace. Il est des matins où elle ne fait plus aucun effet.

Illustration : Tombe de 3300 ans avant J-C.

lundi 19 janvier 2009

Du vide


Lorsque l'on est très actif, on a beau savoir que l'on a quatre semaines sans vraiment de rendez-vous, ce n'est pas facile de décider de s'arrêter pour prendre des vacances. Suis-je encore capable de rester contemplatif, devant une toile, un paysage, un livre, devant le vide qui vous happe et laisse enfin de l'espace pour l'inattendu, le renversant, le renversé ? La fatigue évite la bousculade, la cohue des idées. Au lieu de cela se forme un encombrement, un goulet d'étranglement, un vide stérile. Il y aurait donc deux formes de vide, le vide peau de chagrin et le vide appel d'air. Expansion ou trou noir ? L'interrogation sur l'infini me plonge toujours dans une mélancolie métaphysique qui remet à sa place l'infiniment microscopique de notre condition humaine. Le vertige de la mort m'attrape lorsque je pensais l'avoir vaincu. Le magnétiseur m'assure que les petits dormeurs vivent vieux, c'est double bonus. Les anciens nous montrent la voie. Est-ce rassurant ou paniquant de sentir que son tour approche ? Pourtant, dès le début, chaque pas est dirigé vers la sortie. Toute sa vie on oscille entre le mûrissement et la régression. Faire l'amour, rire et fou rire, se saoûler ou rechercher le vertige, ne serait-ce que se souvenir, sont des manifestations régressives. La sénilité permet in extremis de boucler la boucle. Retomber en enfance est une recherche permanente et nécessaire. Le vide est sanitaire, pardon, salutaire.

dimanche 18 janvier 2009

Le grand orchestre d'Un D.M.I. répète L'homme à la caméra (1986)


L'archéologie domestique révèle des traces insoupçonnées. Je creuse, époussette, feuillette. Apparaissent sans cesse des bribes de mémoire enfouies sous les piles accumulées au fil du temps, classées, brouillées par les déménagements, images, sons, programmes, articles de presse, partitions, lettres... Voici donc aujourd'hui un petit montage rapide du seul témoignage vidéographique du grand orchestre d'Un Drame Musical Instantané. La scène se passe début 1986 à Paris. Nous répétons la reprise de L'homme à la caméra que nous avions créé trois ans plus tôt, le 5 octobre 1983, au festival Musica à Strasbourg. On reconnaîtra Francis Gorgé (guitare), Bernard Vitet (cigarettes), Youenn Le Berre (flûte), Hélène Sage (clarinette basse), Philippe Legris (tuba), Bruno Girard (violon), Marie-Noëlle Sabatelli (violoncelle), Geneviève Cabannes (contrebasse), Lê Quan Ninh et Benoît Moerlen (percussion) et moi-même (fauteuil)... Impossible de me souvenir du nom de l'altiste qui remplaçait Nathalie Baudoin, ni de celui du corniste, Patrice Petitdidier étant absent.
Nous avions imaginé la musique du film muet de Dziga Vertov en nous inspirant de ses écrits sur le "laboratoire de l'ouïe". C'est aussi la première fois que nous composions des chansons qu'interprétaient Geneviève, Didier et Bernard. Nous avons enregistré un 33 tours du spectacle lorsque nous sommes passés au Théâtre Déjazet à Paris. C'est une des plus belles partitions du grand orchestre, mais le disque n'a pas eu beaucoup de succès. Nous avions mal pensé la pochette qui pouvait laisser croire qu'il manquait les images de Vertov, or l'enregistrement avait été pensé hors contexte. Il aurait probablement été mieux reçu si nous ne nous étions pas référés au ciné-concert.
Pour la petite histoire, Youenn Le Berre est un des fondateurs du groupe celtique Gwendal, Bruno Girard du groupe d'influence d'Europe de l'Est Bratsch, Geneviève Cabannes du trio féminin Pied de Poule avant de rejoindre Castafiore Bazooka, Hélène Sage a composé de nombreuses musiques pour la danse, Lê Quan Ninh a intégré le quatuor de percussion contemporaine Hêlios sans négliger la libre improvisation, Philippe Legris est toujours sur la brêche (il a même enregistré une pièce du Drame pour tuba solo !), Didier Petit a fondé le label de disques in situ avant de se consacrer exclusivement à son instrument et à l'improvisation... Depuis, il m'est arrivé de jouer avec Hélène et Didier pour divers projets de création. Quant à mes deux camarades du trio historique du Drame, une recherche sur ce blog vous donnera plus d'informations que vous pourrez en assimiler en une seule fois !

samedi 17 janvier 2009

Spike Jones explose la télé


« Thank you music lovers », aujourd'hui est un grand jour ! Un coffret de 3 DVD de Spike Jones vient d'être publié aux Etats-Unis, accompagné d'un CD d'inédits. Spike Jones et ses City Slickers forment certainement l'orchestre le plus déjanté qui ait jamais existé, influençant Frank Zappa, John Zorn, Weird Al Yankovic, Thomas Pynchon, le Bonzo Dog Band, tous les bruitistes de la Terre et les designers sonores du futur. Il existait déjà un documentaire passionnant mais frustrant intitulé The Spike Jones Story. The Legend offre cette fois les shows intégraux à nos pupilles dilatées qui n'en croient pas leurs oreilles. Le chef d'orchestre qui dirigeait avec un pistolet à la main et un chewing-gum à la mâchoire est également l'ancêtre de la vidéo musicale tant ses mises en scène préfigurent l'intérêt que porteront plus tard les amateurs de scopitones et de clips.
Fin des années 40, Spike Jones tourne aux USA avec sa Musical Depreciation Revue réunissant musiciens, acrobates, jongleurs, chanteurs et comédiens. J'avoue préférer les parties musicales burlesques aux sketchs comiques, comme enfant j'étais fou des clowns musicaux qui ne disent pas un mot, mais n'en pensent pas moins. On connaissait les gags sonores de Spike Jones par les disques, souvent sans savoir que les visuels étaient encore plus nombreux, plus dingues, plus invraisemblables ! Il rappelle les musiciens de dessin animé comme Carl Stalling sauf qu'ici nous sommes en direct, sans filet, et que ce sont les musiciens qui jouent aussi le rôle des écureuils fous. Parodiant les classiques, les virtuoses City Slickers martyrisent Laura, Sheik of Araby, Hawaïan War Chant, Cocktails for Two, All I Want for Christmas Is My Two Front Teeth, Chloe... à coups de cloches à vache et de trompes d'auto, de sifflets à roulette et d'appeaux d'oiseaux, de banjos mitraillettes et de nain caché dans la contrebasse, d'éternuements et hoquets, de rires et de voix gaguesques tranchant brutalement avec les crooners qu'ils invitent.
Mais ce qui surprend le plus pour qui n'a évidemment pas connu la télé américaine au début des années 50, c'est la place de la pub ! J'ai compris son importance lorsque Steve Ujlaki me raconta le lancement d'HBO dont il avait été l'un des vice-présidents, la chaîne de cinéma qui inspira directement Canal+. « L'enjeu était de faire une chaîne qui ne soit pas de la télévision. Jusque là, les programmes étaient choisis par les annonceurs.» On voit cela très bien dans la géniale série Mad Men qui vient de recevoir un Golden Globe pour la seconde année consécutive. Le spectacle hebdomadaire de la NBC s'intitulait explicitement Colgate Comedy Hour et les saynètes comiques alternaient avec de longs sketchs de pub, les acteurs se prêtant au jeu. Le disque 2 présente deux All Star Revue entièrement consacrés à Spike Jones, ce qui nous permet de savourer en tout quatre heures de spectacle à valeur de document exceptionnel, car montré tel qu'à l'époque, 1951-52, sans coupures, ni playbacks (outre ceux joués en direct par les instrumentistes). Le troisième DVD rassemble un entretien avec le maestro chez lui en famille, son apparition en Leonard Burnside au Ed Sullivan Show, des interviews de ses musiciens, etc. Spike Jones raconte que ce sont les couinements des souliers d'Igor Stravinsky dirigeant son Oiseau de feu qui lui donnèrent l'idée de remplacer les percussions par des effets sonores comiques.
Détail important : les galettes commandées sur Amazon.com ne sont pas restreintes à la zone américaine et fonctionnent donc sur les lecteurs français.

vendredi 16 janvier 2009

Le Journal des Allumés ranime la flamme

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Pour ma dernière contribution au Journal des Allumés, j'ai tapé quelques lignes en commentant la photographie de Guy Le Querrec qui fait comme d'habitude la dernière de couverture en plus de toutes celles qui animent les colonnes de caractères. Valérie avait choisi pour l'exercice la célèbre image où l'on voit un homme chauve approcher son oreille d'un microsillon 33 tours 30 centimètres. Je gardais en mémoire les vœux du label Silex d'il y a une quinzaine d'années qui étaient justement illustrés par ce cliché quasi surréaliste. Et voilà qu'hier le téléphone sonne et j'entends mon comparse André Ricros qui en tint le gouvernail avant son rachat par Auvidis et sa mise au pilon par Naïve. L'accent de mon ami file sur les pentes volcaniques comme un aligot au son de la cabrette. Cela faisait bien sept ou huit ans que je n'avais pas de ses nouvelles autrement que par la bande. Le plaisir était immense. Les nouvelles étaient bonnes, ce qui contrastait avec l'état du disque, bien mal en point à force de bourrage de mou. L'industrie fainéante et ses suppôts naïfs feignant de se tromper de combat font tout leur possible pour publier les faire-part de deuil alors que la coexistence semblerait plausible, voire souhaitable, du moins le temps de proposer autre chose que la volatilisation des gaz à effets de griffes.
J'aurais pu évoquer ces rayures de Dalton qui font sauter les bras après les jambes, si je n'avais opportunément pensé aux vers que Brigitte Fontaine chantait avec le Drame un après-midi de 1992 : "Serait-ce le sillon où se grave la vierge ou le microsillon poussiéreux des concierges ?". Pas de question plus à propos !... La chanson est en ligne sur le site et la webradio des Allumés, mais rien ne vaut l'original avec ses notes manuscrites et une qualité sonore qui n'a rien de comparable avec un fade mp3 ! Vous l'aurez compris, même si quelques individus pressés penseront que j'ai abusé des bonnes choses et s'éviteront de revenir sur ce qui pourrait paraître abscons à première lecture, les dés étaient pipés, cela va de soi, ça ira sans. L'aventure était belle, mais les sirènes du midi sonnaient la retraite. Or il existe d'autres soleils, d'autres virages. J'en ai donc profité pour prendre officiellement congé de l'association puisque l'espace m'était offert et que la chose semblait déranger au point qu'on l'escamote comme au bonneteau, passez muscade, ni vu ni connu je t'embrouille...


J'avais déjà "feuilleté" le dernier numéro du Journal des Allumés, vingt-troisième du nom, en le téléchargeant en pdf sur le site, mais j'étais heureux de pouvoir le tenir entre mes mains, d'autant qu'il avait doublé de volume depuis la dernière fois et probablement avant la prochaine, la crise exigeant certains sacrifices humains dont les quotas dépassent l'afflux des volontaires. Particularité dont je m'enorgueillis dans un dernier souffle avant de naviguer sous d'autres tropismes, ce n°23 se moque des nouveautés et présente 123 disques de l'immense catalogue, 49 labels dont les fleurons sont ici offerts en pâture à 35 plumes et 21 illustrateurs/trices avant de se retrouver dans les boîtes aux lettres des abonnés ravis qui en commanderont le plus possible avant rupture des stocks et fin des soldes. Et si la solde est réduite à portion congrue, raison de plus pour se faire plaisir en acquérant ce qui se fait de plus seyant en matière de musiques différentes, puisque de jazz il est heureusement rarement question chez ces Allumés qu'aucune dénomination ne réussit jamais à étiqueter au grand dam des marchands, même si c'est nous qui en faisons toujours les frais au bout du compte. Nous, ce sont les artistes et le public, réunis dans la même galère dès lors qu'on ne surfe pas sur le mainstream, un courant froid et cynique qui ne se préoccupe pas trop des amateurs, leur préférant la horde des consommateurs.
Or plutôt que de confier la chronique de leurs propres disques à des producteurs trop systématiquement tentés par l'hagiographie, Jean Rochard eut l'excellente idée de proposer l'exercice tantôt littéraire tantôt graphique à toute une bande d'illuminés qui ne sont, pour la majorité, pas partie prenante dans l'affaire. La liste est fastidieuse, mais elle pourra donner l'envie à certains ou certaines de se plonger dans toute cette prose (il y a même des poètes comme Emmanuelle K qui vient, je n'en suis plus à une digression près, de publier un décapant recueil en 4 petits volumes rouge et noir intitulé "Quand l'obéissance est devenue impossible" aux éditions réunies du Krill et de la Différence) qui commente les 123 albums choisis par thématiques plus ou moins évidentes, soit Jean Annestay, Rachid Bordji, Didier Boudet, Philippe Carles, Luce Carnelli, Cattaneo (passé à la critique de disques, mais si !), Philippe Charton, Dominique Dompierre, Olivier Gasnier, Nicole Lat, Guy Le Querrec, Vincent Menière, Paul Merval, Mocliher, Leonard Peltier, Hervé Péjaudier, Marc Péridot, Jacques Petot, Germain Pulbot, Christelle Raffaëlli, Jean-Paul Ricard, Michel Souris, Christian Tarting, Jacques Thollot, Sylvain Torikian, Benoît Virot, Jean-Louis Wiart, Patrick Williams, je reprends ma respiration pour annoncer les petits mickeys de Jean-Claude Claeys (pour la une), Stéphane Courvoisier, Chloé Cruchaudet, Efix, Nathalie Ferlut, Sylvie Fontaine, Laurel, Ouin, Sangram Majumdar, Muzo, Percelay, Pic, Jeanne Puchol (pour L'origine du monde des disques en haut de ce billet, sur une idée de Rochard), Rocco, Andy Singer, Marianne Trintzius, Jonathan Thunder, Zou, etc., parce qu'il y a même des et caetera ! Pardonnez-moi si pour une fois je me passe d'aller chercher les liens Internet de toute cette joyeuse bande de gens graves...
La plupart des invités prennent la tangente pour nous parler des disques, peu de critique culinaire, à savoir l'âge du capitaine ou la chemise à fleurs du soliste à l'avant-scène, cela nous change de la "littérature" spécialisée. En sait-on plus sur les galettes ? Ici ou là parfois. Mais le plus souvent la musique résonne dans les boîtes craniennes évoquant mille et une nuits de veille aux sons des tambours, des anches et des cordes. Les chants trouvent leurs échos par les mots des esprits frappeurs, par les arabesques des crayonnés, par les bouches grandes ouvertes d'oreilles bienveillantes. Tous cherchent le terrible secret du son, l'envoûtant mystère du chant, le terrible reflet du monde qui les enveloppe, le silence des marges, le fracas des courants, l'alternance des tensions et des détentes, la nature recomposée, la machine apprivoisée, le corps démonté, le temps remonté, la musique des sphères... Il y en a pour tous les goûts.

jeudi 15 janvier 2009

Voleurs de foules, le rap de Denis Robert


Voleurs de foule (D.Robert/B.Delbecq/C.Hartlap)
La vidéo est en ligne depuis plus d'un an. Le journaliste qui révéla l'affaire Clearstream est harcelé comme personne depuis lors (celui du Luxembourg ?). Les frais de justice sont très largement au-dessus de ses moyens. Face à cet acharnement, son comité de soutien ne le laisse pas seul et met en vente, par exemple, un T-shirt amusant qui fait tourner la roue du travail chère à Napoléon IV. Denis Robert jugule ses angoisses en produisant autre chose que les livres qui lui ont valu pas moins de 200 visites d'huissiers à son domicile et 30 procédures judiciaires. À la Galerie W Eric Landau, Denis Robert expose d'immenses tableaux des listings informatiques qu'il a annotés de sa main. Il écrit même une chanson en avril 2007 à l'occasion d'un concert de soutien à La Cigale auxquels participent Didier Super, Cali, Miossec, Tony Truant et toute la bande de Groland. Il l'enregistre avec deux "potes" musiciens, Djengo Hartlap (qui masterise les disques Plush) et le pianiste Benoît Delbecq. Un troisième, Yves Lespagnard, le réalise. Oui, c'est bien Benoît à l'éternel sourire qui s'y colle, celui qui jouait sur notre Machiavel... Il paraîtrait que le titre doit bientôt sortir en téléchargement sur un label canadien. Tout récemment, on a pu apercevoir Denis Robert sur béquilles dans le film de Bruno Delépine et Gustave Kervern, l'abrasif et déjanté Louise Michel.

mercredi 14 janvier 2009

Comme un chef


Suite du billet d'hier qui vous retrouverez topographiquement en-dessous de celui-ci !

... La chute de Roland Cahen à la question "Quelle question ai-je oublié de vous poser ?" montre encore que les gens sérieux et sensibles ne peuvent envisager leur art, et la vie en générale, sans penser à la gastronomie ! À ce propos je tiens à signaler l'excellent livre que Sacha Gattino, amusante coïncidence, puisqu'il est lui-même un designer sonore inventif et raffiné, m'a conseillé, soit Comme un chef, pavé de 650 pages publié par Larousse. Les auteurs se sont entourés de 18 grands chefs, du pâtissier Pierre Hermé au Catalan Ferran Adrià, du Japonais Hisayuki Takeushi au spécialiste des épices Peter Gordon, de Ken Hom à Christine Manfield... Le principe de cette encyclopédie est calqué sur celui de Cuisine Succès, l'école de la cuisine chez le même éditeur, une autre bible, à savoir qu'il ne s'agit pas d'un livre de recettes proprement dit, puisqu'il montre en images comment les réussir. S'il privilégie un tour du monde des palais fins, on apprendra donc aussi à cuire le riz, faire des œufs brouillés, rattraper une mayonnaise aussi bien que découper une viande, ébarber ou désarêter un poisson, voire créer une écume... Quant aux recettes, elles sont à la hauteur des chefs convoqués. Je n'ai fait que lire l'ouvrage sans me mettre aux fourneaux, mais j'en ai l'eau à la bouche, d'autant que l'ami Sacha nous en a donné un avant-goût la semaine dernière en enfilant son tablier (en fait il s'habille en noir pour l'occasion "car on voit moins les tâches !"). Si vous pensez que je m'égare, relisez Impro Soupe que j'avais écrit pour le Journal des Allumés.

mardi 13 janvier 2009

La conférence sur le design sonore à l'ENSCI affiche complet


Rectificatif attendu : il ne reste plus aucune place pour la conférence sur le design sonore organisée par Les Designers Interactifs à l'ENSCI le 22 janvier avec Roland Cahen, Nicolas Misdariis et moi-même. Si vous vous y êtes pris trop tard ou que vous souhaitiez réviser vos classiques, Xavier Collet a réalisé un entretien avec chacun d'entre nous qu'il a mis en ligne en les découpant astucieusement en chapitres correspondant à ses questions. J'ai signalé le mien, enregistré en premier, ici-même. Vous retrouverez ceux de Roland Cahen et Nicolas Misdariis en cliquant sur ces liens du site des Designers Interactifs. Les trois points de vue se complètent admirablement en réfléchissant des pratiques radicalement différentes.

(suite incongrue à cette annonce dans le billet de demain qui se trouvera au-dessus de celui-ci, logique de présentation des blogs oblige !)

La Commune par Peter Watkins


Il faut bien commencer par le début, la suite est un combat. J'ai eu du mal à choisir parmi les nombreux extraits sur YouTube de La Commune, le film que Peter Watkins a tourné en 2000 sur la révolution du printemps 1871 à Paris. Ce film exceptionnel par la manière de concevoir le cinéma, sur un évènement exceptionnel scandaleusement peu traité (La Nouvelle Babylone de Kosintsev et Trauberg également vivement conseillé, surtout avec la partition originale de Chostakovitch, une de ses plus belles, que j'ai eu la chance de voir avec l'ensemble Ars Nova) et escamoté par l'Éducation Nationale, dure plus de 6 heures sans que l'on s'ennuie une minute. Watkins nous plonge dans l'époque en tournant comme si l'action se passait aujourd'hui : caméra à l'épaule, une équipe de télévision filme et interviewe les protagonistes, communards, versaillais, parisiens en proie à leurs contradictions, les 200 acteurs ont presque tous choisi le rôle qu'ils souhaitaient incarner, des journaux télévisés de la chaîne versaillaise déversent la propagande du criminel Thiers, les conversations débordent sur des préoccupations contemporaines, le jeu des acteurs qui ne se privent d'aucun regard vers la caméra donne un ton d'actualité vécue à une reconstitution brechtienne des deux mois d'effervescence, espoir et horreur, qu'ont connu les Parisiens et dont l'analyse révèlera Karl Marx au grand public. Si vous voulez apprendre ce que fut La Commune de Paris, si vous voulez comprendre les enjeux politiques et sociaux de notre vie aujourd'hui, si vous voulez découvrir un cinéma radicalement différent de tout ce que vous avez jamais vu (hormis les autres films tout aussi remarquables de Watkins, tels La bombe ou Punishment Park), achetez le double DVD édité par Doriane chez qui on trouvera également les autres films de Peter Watkins comme Edvard Munch ou Le libre penseur sur August Strindberg. Absolument indispensable à quiconque s'intéresse au cinéma et surtout à quiconque rêve encore de changer le monde...

lundi 12 janvier 2009

Un Drame Musical Instantané répète Le K (1992)

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Il n'est jamais facile de condenser un spectacle en quelques minutes. C'est pourtant ce que je fais avec les archives exhumées d'Un Drame Musical Instantané. Ce sont des documents, des témoignages, la qualité de l'image et du son sont très limite, mais c'est tout ce qui reste. Ici une répétition du K, ailleurs une autre de Zappeurs-Pompiers 1 (1988) ou un concert de Machiavel au Pannonica (1999), plus tard une représentation de J'accuse avec Richard Bohringer dans le rôle de Zola et un orchestre de 70 musiciens (1989), une de Zappeurs-Pompiers 2 (1990), le grand orchestre du Drame en répétition (1986), des bribes de Machiavel en studio (1999), etc.
Le K fut créé le 4 octobre 1990 au Festival Musiques Actuelles de Victoriaville (Québec) avec le comédien Daniel Laloux. La création française se tint en février 1991 au Festival Futures Musiques avec Richard Bohringer interprétant cette fois le texte de Dino Buzzati. Une précédente version avait été présentée en 1985 avec Michael Lonsdale et le percussionniste Gérard Siracusa. Quelle que soit la version, figurait également au programme une autre nouvelle de Buzzati, Jeune fille qui tombe... tombe.
Le K fut publié en CD avec Richard Bohringer, d'abord chez GRRR, puis chez Auvidis, légèrement écourté, dans la collection Zéro de conduite. Au rachat d'Auvidis par Naïve, toute le collection disparut. Heureusement GRRR ressortit l'album dans sa version originale. Le K fut nominé aux Victoires de la Musique dans la catégorie pour la jeunesse aux côtés d'Henri Dès, mais c'est Walt Disney qui l'emporta avec Aladdin ! Je me souviens très bien de la joie de Pascal Comelade qui s'était laissé embarqué comme nous dans cette galère lorsqu'il me reconnut sur le fauteuil juste devant lui. Quant à Jeune fille qui tombe... tombe, il est sorti sous le label in situ alors dirigé par Didier Petit avec Daniel Laloux affublé de son tambour napoléonien. Je le préfère nettement à notre enregistrement du K.
Au Théâtre de Quimper en 1992 (montage ci-dessus), Daniel Laloux avait repris le rôle du narrateur. Un Drame Musical Instantané, producteur du spectacle, ici en répétition, était composé de Francis Gorgé (guitare, ordinateur, instruments de synthèse), Bernard Vitet (trompettes, anche, piano) et moi-même (instruments de synthèse, trombone, voix). Le scénographe était Raymond Sarti, le luminariste Jean-Yves Bouchicot. Raymond avait inventé un décor tout en métal rouillé, vieux ventilos, loupes géantes et nuages mobiles. Jean-Yves éclairait la scène avec des machines improbables comme de vieilles photocopieuses dévoyées.
L'aventure magnifiquement avancée s'est terminée en catastrophe. Nous jouions au Festival Musique Action de Vandœuvre-les-Nancy avec tous les atouts en main, distribution idéale, conditions techniques parfaites, éclairage, sonorisation, la partition sur le bout des doigts et enfin une vingtaine de programmateurs de festivals dans la salle. Ce sont des choses qui arrivent, nous étions si sûrs de nous que nous nous sommes relâchés et avons joué comme des pieds, mettant un terme à tout espoir de continuer à tourner le spectacle.

dimanche 11 janvier 2009

Fatale amnésie


À changer de siècle se révèlent des mutations inattendues, des amnésies culturelles surprenantes exigeant de plus en plus souvent des transmissions urgentes de savoir ou de connaissances. Cette réflexion m'est venue à la lecture du palmarès 2008 des journalistes des Cahiers du Cinéma dans leur numéro de janvier. Cherchant à comprendre le goût des uns et des autres, j'y lis une troublante perte de repères, un effort chaotique pour s'inventer une ligne que la production internationale ne facilite pas. Ici aussi règne la confusion entre les effets de foire et les regards d'auteurs, fascinations foireuses et obscures hauteurs. C'est que j'ai toujours autant besoin de ma dose de découverte et d'étonnement pour continuer à avancer.
La lecture mensuelle du reste du magazine me suggère une hypothèse. Je suis abonné aux Cahiers depuis 1975, mais je rattrapai alors mon retard en compulsant les numéros précédents de cette revue créée en 1951. Si depuis quelques temps, je n'y apprends plus grand chose, est-ce dû à l'âge des capitaines ou à l'état de la production cinématographique, l'adjectif "audiovisuelle" ne pouvant convenir à une revue qui ne fait qu'effleurer la télévision et ignore l'hypermédia ? Lorsque je commençai à m'y plonger, la rédaction avait une dizaine d'années de plus que moi et me guidait dans le noir des salles obscures comme on aide un aveugle. L'époque aussi était tout autre, plus encline à refaire le monde qu'à le protéger.
Aujourd'hui, les rédacteurs ont vingt ans de moins que moi, le nombre de films à inscrire au patrimoine de l'humanité a grossi, le temps pour voir et revoir est limité par les immuables vingt-quatre heures de chaque journée, la cinéphilie se limite souvent pour le spectateur lambda à la date de sa propre naissance. Les comptes d'apothicaire de cette douloureuse équation montrent à quel point l'amnésie constatée caractérise la mutation.
Comme je discutais avec mes étudiants en Master 2 Hypermedia, une brochette stimulante de jeunes gens et jeunes filles intelligents et sensibles, j'étais effaré d'apprendre qu'aucun d'eux n'avait jamais entendu parler de Jacques Tati ou Luis Buñuel ! À cet instant, j'ai recommencé à penser qu'une revue contemporaine, qu'elle soit de musique ou de cinéma, devait immanquablement tracer des ponts entre l'actualité et le passé si elle voulait espérer inventer l'avenir.

samedi 10 janvier 2009

FluxTune fait son apparition sur YouTube


Frédéric Durieu a récemment mis en ligne des enregistrements réalisés avec notre nouvel instrument virtuel, FluxTune, le programme de composition musicale que nous avons conçu après La Pâte à Son et qui attend depuis quatre ans que nous lui trouvions des conditions satisfaisantes pour le rendre public. FluxTune est conçu comme un Lego où le circuit constitue une sorte de partition obéissant à des lois totalement différentes des séquenceurs traditionnels. Le secret réside dans le comportement des aiguillages programmés par Fred. FluxTune peut être considérée comme la forme adulte de La Pâte à Son, avec une interface à la fois puissante et la plus simple possible.


Fred a commencé par placer Rave Party sur YouTube, emballement de percussions sur rythmique techno dont j'ai réalisé les sons avec mon Ensoniq VFX-SD en cherchant à retrouver les effets produits par alternance rapide de plusieurs programmes. C'est souvent en cherchant à reproduire un geste musical que j'invente des timbres et des modes de jeu. Les deux autres exemples, ComeBack et Aubade, sont réalisés à partir d'échantillons de piano sur cinq octaves et deux couches de timbres.


Depuis son château du sud de la France, Fred a programmé les algorithmes, secondé par Kristine Malden qui a apporté sa patte graphique tandis qu'à Paris je tentais de rendre mélodieuses nos élucubrations qui dans les premiers temps d'expérimentation n'avaient rien de très musical ! J'ai raconté comme il fut passionnant de devoir exprimer en mots ce dont je rêvais en termes musicaux à un mathématicien sans aucune compétence musicale et dont les algorithmes m'échappent au point que je les conçoive comme des équations poétiques ! Empiriquement nous nous sommes progressivement approchés de ce que nous imaginions l'un et l'autre au début du projet. Il reste encore quelques ajustements à faire. J'ai demandé par exemple à Fred qu'il soit possible de contrôler des instruments midi depuis FluxTune plutôt que de devoir se cantonner à ceux que j'ai échantillonnés note à note. Du sien, il affine l'interface et la présentation graphique. Nous continuons à avancer doucement, lorgnant une opportunité pour conclure, comme un nouveau début !

vendredi 9 janvier 2009

Le retour de la délation institutionnelle


Antoine me signale ce site du Ministère de l'Intérieur dont les deux seuls liens sont celui des ministères de la défense et de la justice. Si le site avertit contre les scam, le phishing et nous enfume sur le peer-to-peer, la page d'accueil ne peut que nous faire sauter au plafond. C'est le retour à la délation, d'autant qu'elle peut s'exercer anonymement, du moins tant que le Ministère ne fait pas de recherche sur l'IP expéditrice. Les signalements sont traités par des policiers et gendarmes affectés à la Plateforme d'Harmonisation, d'Analyse, de Recoupement et d'Orientation des Signalements (PHAROS). Cette plateforme est intégrée à l'Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information et de la Communication. Ce service appartient à la Direction Centrale de la Police Judiciaire, composante de la Police nationale. Plus haut, on peut lire les contenus à signaler : Il doit s'agir d'un contenu ou d'un comportement illicite, c'est-à-dire qu'il doit être interdit et puni par une loi française. Les contenus ou comportements que vous jugez simplement immoraux ou nuisibles n'ont pas à nous être signalés. Il doit s'agir d'un contenu public de l'Internet, auquel tout internaute peut se retrouver confronté : site internet, blog, forum, propos sur un « tchat », agissement d'un « rôdeur » anonyme sur une messagerie, etc. Il ne doit pas s'agir d'une affaire privée avec une personne que vous connaissez, même si elle utilise Internet pour vous nuire. Dans ce cas, présentez-vous dans un Commissariat de Police ou une Brigade de Gendarmerie. Il ne doit en aucun cas s'agir d'une urgence nécessitant l'intervention de service de secours (accident, incendie, agression, etc.) Dans ce cas, il faut composer le « 17 » sur votre téléphone. Ça va, vous voilà rassurés ? Bonnes gens, il ne suffit plus de dormir tranquille car la police veille, participez y activement en devenant auxiliaire de police et ne vous arrêtez pas à Internet, dénoncez vos voisins de palier et faites-le dans les règles !

Comment le peuple juif fut inventé


Hier matin, Serge m'envoie un lien vers l'émission de Daniel Mermet "Là-bas si j'y suis". Il s'agit d'un entretien radiophonique passionnant avec Shlomo Sand autour de son livre "Comment le peuple juif fut inventé" (Ed. Fayard). Pour corroborer ce qu'avance le chercheur, j'ajoute que c'est ainsi que l'histoire me fut transmise dans ma famille juive... Prosélytisme, tribus converties dans toute l'Europe et l'Afrique du nord, liens culturels à défaut de religieux, aucune ambiguïté sur l'origine du monde ! Aucune trace de race ni de peuple. L'Histoire fit le reste.


L'extrait YouTube ci-dessus n'est là que comme bande-annonce de l'entretien avec Shlomo Sand dont je suggère fortement l'écoute intégrale sur France Inter...
Comme d'autres, j'avais donné ces informations en commentaires, et puis je me suis dit que cela valait le coup de le faire monter d'un cran dans la hiérarchie bloguienne, parce que nombreux lecteurs ne lisent pas les commentaires, surtout lorsque nos échanges sont longs et interminables.

jeudi 8 janvier 2009

Machiavel au Pannonica (1999)

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Le Pannonica, Nantes 1999. Document d'archives. Un Drame Musical Instantané se produisait alors sous le nom de Machiavel, titre du dernier album du Drame, plus électro que techno et axé sur le recyclage des vinyles de l'orchestre.
Je venais de terminer le CD-Rom Alphabet et proposai à Murielle Lefèvre et Frédéric Durieu de prendre en charge les projections en improvisant les images comme nous le faisions pour la musique. Bernard Vitet est ici à la trompette, Philippe Deschepper à la guitare et DJ Nem aux platines. Quant à moi, je joue du Theremin et du synthétiseur...

mercredi 7 janvier 2009

Pourboire


Je venais enregistrer un entretien à France Musique avec Franck Médioni pour sa nuit Charles Mingus qui sera diffusée dans celle de samedi à dimanche de minuit à 7 heures du matin. J'avais dans ma musette les séances dirigées par Edgard Varèse avec entre autres Mingus et Macero, et l'interprétation d'Un Drame Musical Instantané de ''Don't Be Afraid, The Clown Is Afraid Too''. Il faisait plutôt froid. Comme j'étais un peu en avance à Radio France je suis allé boire un thé citron aux Ondes. Je lisais tranquillement le journal. On y parlait poussières d'étoiles et braquages de mômes. J'entends une vieille dame derrière moi demander au garçon s'il peut lui réserver sa table à l'année. Il semble que ce ne soit pas la première fois qu'elle lui adresse cette requête. Je me demande même si elle ne lui fait pas des avances. La voici qui se lève pour me parler :
- Je ne voudrais pas vous déranger, mais savez-vous ce qu'il est d'usage de laisser comme pourboire pour le service ? 10 ou 15% ?
- Depuis 1987, le service est compris dans les cafés et les restaurants. Si vous êtes contente de l'accueil vous pouvez toujours laisser un pourboire, mais rien ne vous y oblige...
- Il n'y a pas de taux précis ?
- Vous pouvez donner ce que vous voulez puisqu'il n'y aucune obligation.
- Le garçon ne me fera pas la tête ?
- Non, moi-même je ne laisse rien depuis que le service est inclus, sauf si je suis très content...
- Ah bon, et les taxis ?
- J'ai l'habitude de laisser 10%, mais rien d'obligatoire non plus...
- Vous avez le regard droit. C'est ce que je vais faire. Peut-être vaut-il mieux que je le donne à un pauvre. Vous n'en avez pas besoin, vous-même ?
- Euh, non, pas vraiment !
- Alors j'y vais de ce pas...
Le temps de dire ouf et je vois trottiner cette vieille dame indigne sur le trottoir comme une antilope avec son vison et son chapeau sur les oreilles.
Oui c'est elle, sur son fauteuil, là, tout au fond à la terrasse...

mardi 6 janvier 2009

Neige-Nuit-Sable-Sang


Il neige à Paris. Il tombe des flammes à Gaza. La poudre blanche ravit les enfants. La noire les ravit à la vie. La Shoah ne justifie aucun nouveau crime. Cela n'a jamais été un blanc seing pour pouvoir opprimer et tuer à sa guise. Le nombre de morts de part et d'autre est disproportionné. La communauté internationale s'en émeut, mais l'ONU est toujours paralysée par son système si absurde que l'on peut se demander si ce n'est pas intentionnel ? Les Israéliens ne comprennent pas que nous les condamnions sous prétexte qu'ils vivent dans la terreur des attentats et des roquettes. Ils n'imaginent pas ce que doivent endurer les Palestiniens depuis un demi-siècle d'occupation et de brimades. Le blocus les prive des denrées de première nécessité, de médicaments, parfois d'eau et d'électricité, les empêchant de sortir de leur pays grand comme un mouchoir de poche où ils sont entassés. Les états arabes s'en lavent les mains. Les occidentaux désapprouvent, mais s'enferrent dans leur impuissance. Les Palestiniens sont seuls. Les Israéliens sont soutenus par les Etats-Unis. Ils jouent avec le feu. La crise mondiale qui touche l'Oncle Sam pourrait renverser la donne. L'histoire se répète toujours, seuls les rôles varient. Tsahal agit en toute impunité. Quels crimes honteux perpétuent les soldats d'Israël au point d'interdire aux journalistes l'accès aux territoires ? Cela s'est vu en Irak. Jamais Israël ne trouvera la paix (c'était pourtant l'idée qui guida à sa création !) tant que ce pays préparera la guerre, tant qu'il se repaîtra de son colonialisme et de son expansionnisme. Pendant ce temps-là les Palestiniens se chamaillent, pour des raisons équivalentes. Les religions ont pourri l'espace civil. Partout où elles font cause commune avec l'État règne l'absurdité. Les populations s'y engouffrent sans comprendre de quoi ou de qui elles sont le jouet. Quelles que soient ses origines, il est indispensable de condamner l'Etat d'Israël sans confondre les Juifs avec le gouvernement israélien élu. Nous devons tous nous révolter contre l'abomination dont sont victimes les Palestiniens, même si ce ne sont pas des anges, mais qui le serait après tant d'années d'occupation et du désespoir parfois suicidaire qu'elle a engendré ? Il est de notre devoir de dénoncer le délire paranoïaque d'Israël, et de façon encore plus virulente si l'on est d'origine juive. Aucun antisémitisme ne pourra trouver de justification foireuse si les Juifs de la diaspora ne se font pas complices de l'ignominie d'un Etat devenu la caricature du martyr de ses aïeux. À qui profite l'amalgame ? Les rôles évoluent. Chaque pays s'est un jour retrouvé dans la position d'assassin. L'Allemagne s'est relevée du nazisme, l'Espagne du franquisme, la France de la collaboration, les empires se sont écroulés... Combien de temps faudra-t-il à Israël avant de pouvoir se regarder dans la glace ? Combien d'innocents mourront avant que les peuples comprennent que la mort est la pire des options ? Celle qui nous condamne tous. Combien de temps faudra-t-il pour assimiler qu'à moins de tuer tout le monde, on appelle cela un génocide, il y aura toujours un Palestinien pour crier vengeance, quitte à périr dans le déchirement de son cri ? Arrêtez le massacre, c'est moi que vous assassinez.

lundi 5 janvier 2009

Zappeurs-Pompiers 1 (1988)


Il ne reste pas grand chose des centaines de spectacles que nous n'avons donnés qu'une seule fois. Nous avons oublié. C'est toujours beaucoup de travail, mais la mémoire est volatile par essence. Nous oublions les émotions intenses du spectacle vivant au profit des notes, des images, fixes ou mouvantes, que l'on a pris le temps d'imprimer. Comprenant tôt l'importance des traces, j'enregistrai beaucoup, d'autant plus que nous pratiquions l'improvisation la plus libre qui soit. Chaque bande magnétique capte un instantané du Drame et le sauve de sa fulgurance jupiterienne. C'est se saisir d'un éclair pour le rejouer à l'infini.
Document d'archives. La qualité de l'image et du son est ce qu'elle est, pas terrible! Le 22 septembre 1988, Un Drame Musical Instantané répète "Zappeurs-Pompiers 1" au cours de la Manifestation Internationale de vidéo et de télévision de Montbéliard. Le comédien Eric Houzelot qui vient de quitter alors la troupe 4 litres 12 et la chorégraphe Lulla Card (aujourd'hui Lulla Chourlin) improvisent avec le trio du Drame. Je monte les images en direct à la zapette (débuts de la télévision par satellite) tout en jouant avec Francis Gorgé et Bernard Vitet. L'année suivante, "Zappeurs-Pompiers 2", créé au Cargo à Grenoble pour les 38e Rugissants, écrit et composé par le trio du Drame, le clown Guy Pannequin et Lulla Card succèdera à ce premier jet entièrement improvisé. Nous collaborerons encore dans la même jubilation avec Lulla lors de notre succès à la Péniche-Opéra, 20 000 lieues sous les mers.
L'album suivant, Qui vive ?, sur lequel figure la musique du "2" a figé mon souvenir. Une captation en a été faite, j'ai les rushes, mais il faudrait que je trouve un moyen de transférer mes BetaSP pour raviver ma mémoire. En attendant, j'ai réalisé un petit montage du "1" bien que l'image soit sombre et le son distordu. 2 minutes 26 secondes pour le ressusciter !

dimanche 4 janvier 2009

Le Général de Gaulle


Écouter et voir Lors, Laurent Jouin, me font voyager. Me fait ou me font ? Dans le temps, dans la ville, à la campagne, sur l'eau, euh, là je m'avance peut-être un peu... Donnant naisance, en alternance, à une profonde gravité et un grand éclat de rire. Pas ensemble. L'un après l'autre. Acteur comique, chanteur dramatique. De l'un à l'autre. D'un claquement de doigt.
J'ai filmé Lors à l'Ile Tudy en août 1996. Il chante a capella une chanson "traditionnelle" qu'il a collectée sur le terrain, "Le Général de Gaulle", de Louis Raoul. Onze ans plus tard, il enregistrera ce petit bijou, accompagné par Robert Kevran, sur son CD/DVD "Chansons de la Bretagne éternelle d'hier et de toujours, pour maintenant par rapport à demain" (Keltia Musique). C'eut été un crime que ça se perde !

samedi 3 janvier 2009

Les copains s'entretiennent


J'ai écouté les entretiens vidéographiques d'Antoine Schmitt et Etienne Mineur sur le site Magnetic Room. Je stipule "écouté" parce que les images et le montage ne sont hélas pas à la hauteur des propos passionnants des interviewés. À leurs côtés, vidéotés ou retranscrits, sont regroupés les artistes qui ont tapé dans l'œil de Maël et Marie. Musiciens, DJ, vidéastes, artistes du Net-Art ont tous en commun d'être branchés par le numérique : Etienne Cliquet, Reynald Drouhin, Jérôme Lefdup, Sonia Marquez, Joseph Morder, Julie Morel, Richard Pinhas, Clump of trees, Electric Indigo, Clara Moto, Danielle de Picciotto, Scanner se sont prêtés aux questions bienveillantes de leurs hôtes. C'est sympathique et instructif, une bonne façon de commencer l'année en plongeant dans les rêves ou le réel des un(e)s et des autres.

P.S. : décidément c'est le jour des post-scriptum... L'entretien de Richard Pinhas me rappelle que pendant six mois, vers 1974 ou 1975, je participai en trio au groupe Lard Free avec Gilbert Artman à la batterie et au vibraphone et lui-même à la guitare. Je me souviens avoir joué au Bus Palladium et au Gibus. Ce dernier concert s'était déroulé dans des conditions plutôt difficiles puisqu'on dut me porter en scène, mon hépatite virale étant diagnotiquée le lendemain ! Je déclinai ensuite l'invitation d'Artman de participer à la création d'Urban Sax, en désaccord avec sa conception de la musique répétitive.

Autoréduction à Monoprix


Une cinquantaine de précaires, chômeurs, intermittents de l’emploi, du spectacle, étudiants... ont bloqué mercredi après-midi les caisses du Monoprix de la rue du faubourg Saint Antoine. Le contenu a été en partie fourni aux sans-papiers de la Bourse du travail de Paris occupée et aux mal logés en lutte du gymnase Saint Merri...
Comme j'ignore comment l'information sera relayée dans la presse et que je m'intéresse à des formes de résistance à la fois populaires et efficaces, je vous renvoie vers ce passionnant article de Rue89 signalé par Hélène Collon sur FaceBook. Il est indispensable d'inventer de nouvelles formes de lutte qui rencontrent l'adhésion et la solidarité des usagers. Pousser les transports en commun à la gratuité (c'est interdit !) serait par exemple plus efficace que l'arrêt des trains... Monoprix a préféré laisser passer les caddies plutôt que continuer à bloquer les caisses avec un gros manque à gagner ou se lancer dans une action antipathique, risquée commercialement, comme l'intervention de la police, se contentant de porter plainte... Pour une fois l'idée de réveillon me sourit.

P.S. : j'ai été mauvaise langue, je n'aurais rien écrit sur le sujet si j'avais été cherché plutôt le journal dans la boîte ; l'affaire fait la une de Libération ce matin.

vendredi 2 janvier 2009

Entretien audio en 9 chapitres sur le design sonore


En prévision de la conférence du 22 janvier prochain organisée par les Designers Interactifs à l'ENSCI en compagnie de Nicolas Misdariis et Roland Cahen, j'ai répondu aux questions de Xavier Collet qui introduit ainsi les neuf chapitres de notre entretien que j'ai découvert hier grâce à un mail d'avertissement automatique de Google :
"Nous vous proposons de découvrir aujourd’hui l’interview de Jean-Jacques Birgé, designer sonore, compositeur, cinéaste et également pionnier de la création “multimédia”. L’épaisseur du personnage a influencé la forme de cette entrevue. Nous devions parler design sonore et médias interactifs, mais chez Jean-Jacques Birgé, toute pratique artistique ou de design s’inscrit dans une démarche globale qui transcende les disciplines, les styles, les écoles, une démarche qui questionne la société, une démarche qui s’engage, s’affirme et qui est capable d’inventer sa propre place dans le monde.
Ainsi le format de l’interview est, comme la précédente, divisée en questions, car il fallait bien un cadre, mais celles-ci se prolongent dans des digressions, des anecdotes qui sont le témoignage d’une vie consacrée à l’art, au design et à la recherche d’une vérité personnelle. Une interview pleine de sincérité et d’humanité en ces temps Orwelliens de manipulation généralisée et de barbarie économique."
C'est amusant, Xavier Collet a souvent terminé les chapitres qu'il a découpés par l'un de mes éclats de rire. L'ensemble des neuf chapitres dure moins d'une heure, alors que mon intervention devra durer seulement quinze minutes avant de retrouver mes collègues autour d'une table ronde. Je l'ai donc structurée en trois parties de cinq minutes qui me laissent libre d'improviser. Après une très courte présentation autobiographique, je compte expliquer comment j’en suis arrivé au design sonore, à Nabaztag (c'est la commande) et aux choix qui s'y rapportent (voix féminine, charte sonore, identifiants de connexion…). Je commenterai ensuite une succession d’exemples sonores déjà montés entrecoupés de silences, espérant que l'enregistrement saura m'interrompre avec humour et à propos, le temps ramassé induisant un duel plus qu'un dialogue. Je crains trop les interventions figées où je m'endors comme tout un chacun, les projections illustratives type PowerPoint et les éternels ressassements. Le quart d'heure ne permettant pas la digression, j'envisage ma prestation comme un challenge scénique qui me fiche la trouille, ce qui est toujours de bonne augure, un juste équilibre entre la confiance et le risque. Je terminerai en évoquant Nabaz'mob, l’opéra pour 100 lapins avec en coda le petit film de la création avec Antoine Schmitt réalisé par Françoise Romand.

Photo © Aldo Sperber 2008

jeudi 1 janvier 2009

Le spectateur qui en savait trop


Le livre de Mark Rappoport (P.O.L.) ressemble à ses propres films où un acteur joue le rôle de son héros défunt comme dans ''Rock Hudson's Home Movies'' ou ''From the Journals of Jean Seberg''. Dans Le spectateur qui en savait trop, l'auteur rêve de personnages ayant existé en les incarnant à la première personne du singulier. En faisant basculer l'analyse du côté de la fiction, il devient le fils de Madeleine dans Vertigo, celui de Vera Miles et du dernier Tarzan, il est Rita Hayworth aussi bien que l'acteur affublé du costume de la créature du lac noir ou la fille en maillot de bain du film, il est cet acteur de S.M.Eisenstein ou le cinéaste lui-même révélant l'objet de son désir, il permet à Marcel Proust et Alain Resnais de se rencontrer sur le plateau de Marienbad, il évoque magiquement Robert Bresson, Catherine Deneuve ou Silvana Mangano...
Ses contrechamps littéraires nous emportent sur le tapis volant des illusions cinématographiques pour révéler l'envers du décor. Rappaport invente à son tour ces petites histoires qui font la grande, comme toutes celles qui sont données pour véridiques, mais qui resteront à jamais invérifiables, fruits de confessions impudiques dont se repaissent cinéphiles et autres midinets. En nous identifiant au narrateur, nous devenons nous-mêmes le héros de chacune de ces nouvelles transformées en autant de courts-métrages, remix intellident, sensible et provocateur de "ce dont sont faits les rêves" de cinéma.

Illustration : extrait d'un photo-montage de Mark Rappaport.