Jean-Jacques Birgé

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jeudi 30 avril 2009

Lévitation


Troisième auto-portrait. Après le renversement et la mise en avant, la lévitation. Me prêter au jeu et vouloir vous faire partager mes expériences, qu'elles soient tragiques ou amusantes, m'exposent en première ligne. Devant Antoine Schmitt (qui prend la photo) et Xavier Boissarie hilares, je souffle dans le ballon comme un forcené pour m'élever dans les airs, ou plus exactement soulever la chaise sur laquelle je suis assis. La scène se déroule au PASS à Mons en Belgique dans le cadre de Robotix's où nous avions emmené notre marmaille lagomorphe. Je ne pensais plus à rien, concentré sur mon numéro de respiration continue que j'étais le seul à percevoir, entendu que cela ne produisait aucun son et que mes camarades étaient probablement ignorants de la prouesse que je visais, léviter sans à-coup puisque je soufflais sans reprendre ma respiration.
Dans mes plus jeunes années, j'ai très souvent rêvé que je volais. Je me concentrais et, par une pression du cerveau vers le lobe frontal, tant qu'aujourd'hui j'en porte les stigmates, deux rides au-dessus du nez, je générais une force qui me permettait de m'élever à la verticale comme si j'avais eu des réacteurs accrochés dans le dos. L'impression était si extraordinaire qu'au réveil j'étais presque convaincu d'avoir réussi ce tour de force. Seule la logique me permet encore de penser que mes envols n'étaient que psychiques. D'autant que persuadé que l'impossible était à portée de mains, j'ai tenté de reproduire l'expérience en plein jour et sans aucune substance, sans ne jamais y arrivé.
Mais cet après-midi là, en soufflant comme un malade, la chaise a tout de même bougé de quelques centimètres...

mercredi 29 avril 2009

La une de la revue Impro Jazz


Le numéro 155 d'Impro Jazz vient de sortir avec 8 pages d'un long entretien avec le journaliste Gary May en février 2009. La revue offre également des rencontres avec le contrebassiste anglais Barry Guy, le trio Peeping Tom composé de Pierre-Antoine Badaroux, Joel Grip ("Heido Joel !") et Antoine Gerbal, l'écrivain amateur de jazz Sébastien Ortiz, des chroniques de disques rédigées par des musiciens comme Claude Parle ou Marc Sarrazy, des annonces de concerts, etc.
Je me rends compte que je ne parle pas toujours de la même manière selon mes interlocuteurs et les magazines dans lesquelles ils écrivent. Cette fois je suis surpris par mon langage fleuri ! Le style décontracté de l'entretien à bâtons rompus me laisse jouer à saute-mouton avec les nuages. Les photos sont sympas, du trio du Drame au Jardin du Luxembourg lorsque je portais barbe pointue et cheveux longs à celui formé avec les filles de Donkey Monkey, des images où je joue avec le film muet L'argent à celle des lapins. Sur l'une d'elles je dirige derrière un pupitre avec exactement les mêmes gestes que sur la une où je joue du Theremin sur la scène du Festival d'Assier. Après Sextant c'est seulement la seconde fois que je suis en couverture d'un magazine. Comme cela me fait très plaisir, je les laisse négligemment traîner tous les deux sur la table du salon !

mardi 28 avril 2009

sɹǝʌuǝ,l à ɹǝsuǝd


éuɹnoʇǝɹ ʇnoʇ sıns ǝɾ
ǝʇdɯoɔ uǝ sıɹd sɐd ʇuos ǝu sʇuǝɔɔɐ sǝl ǝpnʇıqɐɥ,p ǝɯɯoɔ sıɐɯ
sǝlɐʇıdɐɔ sǝl ǝnb snld sɐd
ʇuɐsnɯɐ ʇsǝ,ɔ sɐɔ snoʇ uǝ
ǝƃɐssǝɯ ǝl ɔǝʌɐ ǝɔuɐʇsıp ǝun ʇınpoɹd ɐlǝɔ

En 1993, j'avais écrit le texte d'une chanson dont voici un extrait. Trop maladroite, nous ne l'avons jamais terminée. L'idée m'en était venue parce que Freddie m'appelait "Monsieur Tout-à-l'envers" :

J'ai toujours fait les pieds au mur
Pour pouvoir mille lieues réfléchir
Enfant je réinventais mes jouets
En les retournant à toute allure
Et dans ma chambre se déguisaient
De nouvelles histoires à dormir
Debout musique le matin tôt
Pour ondes courtes et pompe à vélo

Penser à l'envers
Les plaies ne me disent rien qui vaille, la gêne
Penser à l'envers
Et contre tout ce qui nous étouffe, sans peine
Penser à l'envers
Défoule des foules...

Reprendre les acides et les bases
Un petit degré sur le rapporteur
Et c'est la boule qui chavire
Les continents qui se rejoignent
Des passés s'ils font table rase
Y a pas d'avenir sans les leurres
Ne pas y croître pour grandir
Crochus les atomes s'éloignent

Penser à l'envers
Les plaies ne me disent rien qui vaille, les filles
Penser à l'envers
Et contre les toux qui vous étouffent, pastille
Penser à l'envers
Des foules dessoûle...

˙˙˙suoɯ à ɹoıslǝɔxǝ,l ǝp ǝlqɐʇ ǝun,p ɔuız ǝl ɹns oʇoɥd ɐɯ sıɹd ɐ ǝuıoʇuɐ

lundi 27 avril 2009

Tchagadada Tchakadadidadikounda


Bravo à Mika, Blaise, Martine et Sonia ! Le danseur interactif est en ligne sur le site des Ptits Repères. Entrez, sélectionnez "Les glucides", encore une fois, choisissez quelques aliments, appuyez sur le bouton jaune au dessus du mixeur, vous voilà face à face avec un danseur fou. À vous de jouer ! J'ai déjà tout expliqué ici ! Vous n'avez plus qu'à suivre le professeur de danse pour apprendre les pas...


Lorsque j'étais adolescent, le samedi soir dans les surprises-parties, j'étais trop timide pour inviter les filles à danser. Je crois être devenu musicien pour les faire danser sans avoir à les inviter...

dimanche 26 avril 2009

Bernard Vitet, le retour


Comme j'étais allé chercher Bernard chez lui à midi rue Pelleport, nous avons fini par échouer sur un des lieux de nos crimes. Je visais Viet Siam, mais le restaurant qui appartient aux mêmes propriétaires que Lao Siam semble fermé le jeudi. Dans les années 80, Nïoullaville fut l'une des cantines d'Un Drame Musical Instantané. Nous y savourions les chariots de vapeur, en particulier les pattes de poulet et de canard, les tripes aux haricots noirs, mais aussi la salade de méduse, la soupe de poisson cambodgienne à la noix de coco, les bouillies de riz aux œufs de cent ans et au gingembre, les viandes laquées... Pour le côtes-du-rhône dont il était incapable de se passer, Bernard avait l'habitude de répondre au garçon qui attendait son feu vert : "Il est égal à lui-même !". L'endroit si couru à l'époque est devenu complètement désert, à tel point qu'il m'arrive de me poser des questions sur la finalité de tels commerces. On raconte que certains restaurants servent de blanchisseurs ; il suffit de déclarer beaucoup plus de couverts que la réalité. Simple supposition, car je n'ai aucune idée sur comment un restaurant aussi immense qu'un hall de gare peut tenir sans clientèle. Hélas ou évidemment, le niveau a considérablement baissé, pas les prix ! Et Bernard d'évoquer les changements et les stagnations de notre société, la grande mutation...
J'ai pris une photo de ses nouvelles lunettes, des Matsuda que j'avais gagnées aux enchères sur eBay pour un bol de riz. Tandis que je le raccompagne, mon camarade me confie qu'il se verrait bien composer une symphonie ou un opéra, à condition qu'on lui en passe commande, mais ces temps-ci sont bien pauvres en projets de ce genre. Dans ces années 80, avec le Drame, nous avions composé la suite symphonique La Bourse et la vie, l'opéra-bouffe L'hallali ainsi que J'accuse et Contrefaçons avec un orchestre de 70 musiciens... Dans l'attente d'une telle opportunité je lui demande juste quelques conseils pour une suite d'accords en vue de les tester sur FluxTune pour lequel j'ai des petites idées... Nous espérons tous deux retravailler ensemble sur un projet orchestral dès que l'occasion se présentera. Si le trompettiste Bernard Vitet ne jouera plus sur scène pour raison de santé, sa pâte de compositeur ne fait que se bonifier avec l'âge. C'est un truc sympa de la musique, les vieux compositeurs ne sont pas mis au rencard, bien au contraire... C'est un métier où il peut être agréable de vieillir.

samedi 25 avril 2009

Le cirque Calder


Il est rare de pouvoir admirer les petits personnages du Cirque de Calder. Si le film de Jean Painlevé tourné en 1955 (ci-dessous) est projeté au 6ème (nocturnes de l'exposition "Les années parisiennes, 1926-1933" tous les jours jusqu'à 23h, sauf le mardi où les musées sont fermés) et au 4ème étage de l'exposition présentée au Centre Pompidou jusqu'au 20 juillet, on trouvait celui tourné en 1961 par Carlos Vilardebo (ci-dessus, moins complet mais peut-être plus enlevé) depuis quelques années en DVD aux Éditions du Paradoxe avec en prime Les mobiles de Calder et Les gouaches de Sandy. Comme j'avais déjà eu la chance d'admirer le Cirque, ce sont les portraits au fil de fer qui me surprennent le plus. Leurs ombres projetées sur le mur blanc révèlent un autre aspect de chaque personnalité. C'est la magie Calder, jeune artisan illusionniste qui fait ses premiers pas dans l'art, avant sa rencontre d'avec Miró, avant ses célèbres mobiles et stabiles qui feront sa renommée. On retrouvera ce goût de l'enfance et du jeu chez Tinguely, digne héritier de cet enchanteur. Petit détail, mais de taille et de bonne, saluons les cartels qui précisent titre, date, etc. bien au-dessus des œuvres, lisibles sans bousculade et sans qu'on ait besoin de chausser ses bésicles.
Plus loin, la rétrospective Kandinsky (jusqu'au 10 août, 11h-23h comme la précédente) montre la fraîcheur du jeune russe qui se laissera trop rapidement influencer par ses contemporains dès lors qu'il voyagera... Les premières salles éclatent de couleurs et de formes merveilleuses, des bleus électriques explosant parmi les couleurs chaudes de ses époustouflantes "improvisations"... Les dernières œuvres semblant cette fois empruntes des mimis aborigènes donnent envie de revenir au point de départ, celui de l'innocence...


Ah, c'est un bien autre cirque que celui de la veille ! Pour répondre à certains commentaires et suite aux confessions de quelques participants de cette prétendue Force de l'Art, je souhaite préciser qu'avec une telle présentation une œuvre de sens se serait glissée au milieu du fourre-tout que l'on n'y aurait vu que du feu, éblouis par tant de poudre aux yeux, du sable en l'occurrence, la vilaine affaire ! Si nos lapins s'étaient retrouvés dans cette galère, ils auraient certainement parus aussi crétins que les autres, à ramer contre vents et marées, engloutis par l'or que les marchands y briguent, courbettes et pompeux propos à l'appui. Toute la manœuvre est un mensonge, très peu d'œuvres ayant été conçues pour l'occasion (voyez les dates) contrairement à ce qui est annoncé, supercherie ostensible tant le le lieu magnifique s'en trouve inexploité. On aurait imaginé prendre de la hauteur ou se promener sur les coursives désespérément désertes. Le public crédule s'en retrouve berné et, non, je ne confonds pas Duchamp, Klein ou Beuys avec ces professeurs indignes de leurs chaires qui présentent en ces lieux toute leur fatuité à briguer naïvement les places de ceux qu'ils "ensaignent"...
Comme les cinéastes qui ont choisi de défendre la loi Hadopi, trop vieux pour comprendre ce qui se joue dans notre monde en pleine mutation, les artistes qui se prêtent à ce jeu d'écritures ratent l'avenir en collant à la demande marchande et se compromettent dans cette tricherie indigne de notre siècle naissant.

vendredi 24 avril 2009

La farce de l'or ou le salon de l'étalagiste


Commerçants, si vous désirez actualiser vos vitrines, dirigez-vous sans hésiter vers le Grand Palais où de jeunes artistes rivalisent d'astuce et proposent des idées amusantes pour animer la présentation de vos produits en attirant l'attention des passants !
L'ensemble, sans exception aucune, donne l'impression d'une exposition de jeunes étudiants des Beaux-Arts de seconde année travaillant sans aucune urgence sous l'égide de professeurs dépassés par les mutations du monde qui les entoure. Ces jeunes gens dorés semblent pourtant tous feindre de le réfléchir au travers d'idées spirituelles et de bons mots dignes de l'Almanach Vermot. L'art plastique disparaît au profit d'une sélection de manifestations monomaniaques censées les conduire au firmaaament de l'aaart alors qu'ils n'expriment que l'impuissance de ce monde à se renouveler et proposer de nouvelles utopies.
Le programme remis par une armée de gentils médiateurs formés à la même école, après un avant-propos roucoulant d'une ministre de la culture peu encline au monde contemporain, commence ainsi son mode d'emploi : La Force de l'Art 02 réunit dans l'actualité de la création les œuvres d'artistes de générations et de styles à peine comparables - comme le furent, en leur temps, Monet, Mondrian, Duchamp, dissemblables par l'âge ou les préoccupations, mais qui, dans une même période, créèrent en France des œuvres inoubliables..." Les bras m'en tombent. J'ai du mal à taper la suite tant ma stupeur devant tant de vacuité est à la taille de la majestueuse coupole du Grand Palais. Je n'arrive même pas à être en colère. Tout cela est désarmant, c'est le mot, désarmant. L'exposition, tragique, réfléchit bien l'État de l'art dans notre pays. Comment faut-il interpréter tant de signes s'accumulant dans le même sens ? Est-ce l'enseignement de l'art dans les écoles qui pousse à cette superficialité se camouflant derrière quelques concepts faciles et spirituels ? Certains sont même amusants, voire astucieux. Est-ce le reflet d'une société anesthésiée et corrompue ? Promouvoir ces artistes-là serait-il une manière de faire taire la colère qui gronde ailleurs ? À comparer avec les œuvres de Kréyol Factory présentée à la Grande Halle de La Villette par exemple, on saisira l'écueil qui sépare l'urgence du tout petit supplément d'âme visé ici et pour autant manqué. Dans le meilleur des cas, résident quelques idées amusantes pour égayer les vitrines des magasins, impression renforcée par une scénographie "blanche" qui a le mérite de ne pas écraser les zœuvres.
La Force de l'Art 02 ne se cantonne pas à ce salon de l'étalagiste. Décentralisée, elle présentera Daniel Buren au Grand Palais, Gérard Collin-Thiébaut au Louvre, Bertrand Lavier à la Tour Eiffel, Annette Messager au Palais de la Découverte, Orlan au Musée Grévin, Pierre et Gilles à l'Église Saint-Eustache. La messe est dite. Espérons que les performances programmées certains jours sauront embraser l'exposition anesthésiante d'une virulence ou d'une beauté qui lui font cruellement défaut ! Les mises en ligne d'artistes virtuels sauront-elles recaler notre nouveau monde au-delà de tant de torpeur et d'auto-suffisance ? Le premier mouvement de cette Force de l'Art est une farce de l'or où l'État sarkozien montre les dégâts considérables qui sont à l'œuvre et où l'on tente de pallier à l'absence de l'art par des coups médiatiques encadrés par un dispositif pédagogique plus nocif qu'inefficace. Ce qui est fondamentalement en question c'est l'orientation de l'art vers un processus marchand, directement et indirectement. Ainsi les Festivals de Cannes, d'Avignon ou des Vieilles Charrues, générateurs d'une manne qui se chiffre en millions d'euros pour les régions, sont progressivement phagocytés par un marketing viral qui les vide de leur sens, l'art, le dérangement.
L'agit-prop a de beaux jours devant elle si la colère vient à gronder. Et puis, la beauté sera convulsive ou ne sera pas.

jeudi 23 avril 2009

Street View, comme si vous y étiez


Promenons-nous dans les rues pendant que Google n'y est pas, s'il y était il nous fil-me-rait ! Caroline, la nouvelle assistante de Françoise, nous a révélé une ressource récente de Google Maps hallucinante. Lancez le site. Tapez l'adresse d'une grande ville. Prenez le petit bonhomme tout jaune en haut à gauche et glissez-le à l'endroit où vous voulez vous rendre... Sur la carte de l'Europe, le personnage éclaire les villes qui ont été photographiées par une voiture équipée d'une drôle de caméra (photo). C'est impressionnant. On découvre la ville en 3D dans le moindre détail. La boussole permet de panoramiquer (on peut faire ça avec les quatre touches fléchées !). La loupe se rapproche de manière terrifiante. La visite virtuelle ne se fait évidemment pas en temps réel. Sur les images qui défilent notre mur d'enceinte n'est pas encore orange. La coccinelle Volkswagen est donc passée au printemps dernier avec sur son toit une caméra à onze objectifs suffisamment petite pour être transportée en sac à dos. La technologie utilisée est celle de Immersive Media, filmant les vidéos à 360 degrés en haute résolution et en mouvement, à 30ips. Sur Google Maps, la fonction s'appelle Street View.

mercredi 22 avril 2009

Caramba, encore raté !


Les vacances semblent bien compromises. Françoise présente Appelez-moi Madame en plein milieu du mois de mai au New Latina, elle n'a pas terminé la maquette de iKitchenEye et il reste pas mal de finitions sur Ciné-Romand qui doit sortir en DVD. Le mixage définitif devrait se faire la semaine prochaine, mais il reste encore certains sous-titres à réaliser, l'étalonnage et des petites bricoles. Ensuite il faudra préparer les éléments du DVD pour qu'Étienne puisse en faire la maquette à son retour d'Australie. Je vais essayer d'arracher quelques jours quelque part de quelque manière, mais rien n'est gagné. Comme la perspective s'éloigne jour après jour, je n'ai plus qu'à rêver de contrées lointaines, de parfums exotiques, de vols long courrier, de bruits de jungle, de saveurs inédites, de langues inconnues, de rien, la vacance ! Je pourrais toujours proposer un petit séjour à Lisbonne ou Barcelone, nous n'y sommes jamais allés ensemble... Françoise, si tu lis ce billet, tu sais ce qu'il te reste à faire ! Nous n'arrivons pas à décrocher. Lorsque ce n'est pas l'un, c'est l'autre. Moins j'ai de contraintes de planning, plus je m'escrime. Le travail programmé me donne bonne conscience et me permet de prendre le large plus facilement. Dès que les rendez-vous remplissent la grille, nous sommes cuits. J'aurais préférer aller me dorer le mou au soleil, fut-il islandais. C'est partie remise... Pourtant, prendre des distances est toujours salutaire. Une remise à zéro du compteur, ou plutôt du conteur, et c'est reparti pour un tour ! Et puis c'est plus sympa que de devoir s'arrêter en tombant malade, non ? Enfin, on verra bien...

mardi 21 avril 2009

La musique des enseignes lumineuses


Chaque fois que l'on me demande une contribution pour une prestation publique ou une publication graphique autour de FluxTune conçu avec Frédéric Durieu je commence par dessiner le titre de l'événement comme un circuit de notre application. Ensuite je place des émetteurs, des instruments et des obstacles sur le labyrinthe pour que les notes s'y promènent en faisant de la musique. Je l'avais réalisé pour Poptronics et l'hommage à Moondog, me voici cette fois à composer la musique de la revue Étapes et de PechaKucha. Il est amusant d'écouter ce que les enseignes m'inspirent... Je ne sais pas si j'aurai le temps de faire entendre celle d'Étapes, chaque intervention durant exactement 6 minutes 40 secondes, mais le 28 avril à 19h30 au Divan du Monde j'exposerai au moins aux oreilles de tous mon "PechaKucha". Attention, si vous voulez y assister, il reste des places, mais il faut impérativement s'inscrire très vite... Je sais seulement qu'y participeront aussi Étienne Mineur, Roland Cahen, Laps Design, Viasonora, ByVolta, Le projet Mü, Le toucher minuscule, Germain Bourré, Stéphane Bureaux, Exhalia... Chacun 6 minutes 40 !


Sur ces deux images, on voit que je suis passé en mode plein écran. Oui je sais, là c'est plus proche du timbre-poste. À gauche l'interface et le damier ont disparu, à droite le circuit s'est effacé à son tour. Les halos se forment lorsqu'un point de rencontre est saturé de notes qui elles-mêmes se transforment à leur éjection hors du circuit. Je n'ai pas fait de capture-écran de l'étape suivante, quand il ne reste plus que les notes, des points de couleur qui se déplacent et explosent dans tous les sens !

lundi 20 avril 2009

Paprika, qui contrôle les rêves ?


Laissez télécharger les premières minutes du film pendant que vous lisez ces quelques lignes. Je n'ai pas trouvé l'extrait avec sous-titres français, mais Paprika est publié en France en double DVD avec tout ce qu'il faut pour un prix très modique. J'ai choisi ce passage, parce que c'est évidemment ainsi que j'ai découvert ce drôle d'objet fondamentalement cinématographique comme insiste le générique à la fin de cette séquence.
Mon goût pour les épices à s'en relever la nuit me fait automatiquement vibrer en sympathie avec le film "onirique" de Satoshi Kon. Oscillant entre le rêve et le cauchemar, le dernier long métrage (2006) du réalisateur de Perfect Blue est un délire absolu, sorte de "thriller théorique et critique où le rêve contamine le réel pour mieux montrer la valeur du cinéma" (je cite fluctuat.net dont les critiques sont toujours affûtées). Si ce film d'animation japonais renvoie sans cesse à ce qu'est le cinéma depuis ses origines il ne manque pas de réfléchir au flot d'images qui nous submerge dès lors que nous allumons notre ordinateur. Bien malin celle ou celui capable de distinguer sans coup férir le vrai du faux. Les recherches sur la réalité virtuelle alimentent la paranoïa justifiée par les machines que nous avons créées. Qu'arrivera-t-il quand des puissances mal intentionnées en auront pris le contrôle, illégalement ou légalement ?
Du coup, j'ai commandé Millennium Actress, Tokyo Godfathers (entre 7 et 10 euros chaque, y compris Paprika) et la série Paranoia Agent, du même réalisateur.

dimanche 19 avril 2009

Un dernier tour de PASS passe


Comme pour beaucoup d'enfants, la visite du Palais de la Découverte à Paris fut à l'origine de nombreuses de mes vocations. C'est un lieu magique qui plonge l'avenir dans les arcanes du rêve. Je me souviens aussi de la frimousse d'Elsa quand ses cheveux se sont dressés sur sa tête sous l'impulsion de l'électricité électro-statique, on aurait dit la couverture de Crasse-Tignasse. Là encore, la fossoyeuse Albanel tente d'effacer la culture qui s'y rapporte et je viens de signer la pétition pour sauver ce fabuleux "musée". J'ai plus tard participé à des "attractions" ou des expositions à la Cité des Sciences et de l'Industrie Porte de la Villette : le multi-écrans Economia avec Michel Séméniako, le théâtre de marionnettes Elektra avec Raymond Sarti, le film sur les peintures de Jacques Monory pour l'entrée du Planétarium avec Dominique Belloir... C'est dire si passer trois jours au Parc d'Activités ScientifiqueS de Mons en Belgique fut une joie sans mélange. Antoine Schmitt et moi y étions pour présenter notre opéra Nabaz'mob dans le cadre de l'exposition Robotix's sur les robots. À raison de deux représentations par jour, cela nous laissait du temps pour arpenter les diverses expositions du PASS.
J'ai déjà évoqué ici les expositions auxquelles j'avais participé depuis son inauguration en 2000 et ma surprise devant l'intégrité éditoriale du lieu. Le public vient surtout y chercher des réponses. Il y rencontre surtout des questions ! Les recherches scientifiques sont intimement liées à l'écologie de la planète, tant au niveau géographique qu'économique. On peut toujours rêver, mais le verdict est sans appel, n'en déplaise aux industriels qui l'exploitent et la saignent. Au delà de son contenu savant et critique, j'ai beaucoup apprécié l'architecture qui mêle les anciens bâtiments du charbonnage et les créations, entre autres dûes à Jean Nouvel. Depuis le haut du belvédère qui a été conservé des anciennes mines, on peut voir l'entrée dite la Passerelle jusqu'à la structure originale en briques "sur pilotis". À droite les maisons de mineurs n'ont pas bougé. Toute la contrée est remplie de petits villages où chaque habitation est différente sans déroger à l'image d'ensemble. Maisons à un étage avec un petit jardin à l'arrière. Nous avons fait un tour du côté du Grand Hornu, un autre charbonnage recyclé cette fois en Musée d'Art Contemporain, le MAC's. Le lieu m'a cette fois beaucoup plus plu que ce qui y était exposé, Jeux de massacre tendance potache de l'art moderne...


À l'entrée du PASS, l'ancien terril occupe une partie du parc de 28 hectares. J'ai également gravi sa pente pour découvrir le contre-champ. Une flore et une faune originales le recouvrent. En creusant la terre de cet écosystème à seulement dix centimètres, j'ai senti l'extraordinaire chaleur qui s'en dégage. Des fumeroles s'échappaient. Si la température ne dépassait pas 60°, au centre elle peut atteindre 1000°. Les restes de houille sont en combustion lente, réaction d'oxydation de la pyrite de fer (sulfure de fer ou pierre de feu) : "Au contact de l'oxygène apporté par la pluie qui s'infiltre dans le terril, la pyrite dégage de la chaleur ; il s'agit d'une réaction chimique naturelle. À l'air libre, la chaleur se dissipe aisément, mais à l'intérieur de ces montagnes de déblais, elle atteint progressivement un point de combustion qui enflamme les parties charbonneuses. Ce qui donnera des terres rouges quelques décennies plus tard."

samedi 18 avril 2009

Le yaourt en deux coups de cuillère à pot


Je suis dans le yaourt. Je recommence à ne pas dormir, alors je rêve tout haut et cela me donne l'idée de donner la recette toute simple du yaourt que Françoise concocte régulièrement. Lorsque j'étais tout jeune homme, mes parents m'offrirent une yaourtière. Je sucrais les pots et l'opération de remplissage était le moment fatidique pour ne pas en coller à côté. Je ne vous parle pas du nettoyage des huit pots, la moindre trace risquant de sentir le fromage. Françoise ne s'en embarrasse pas, adepte du saladier dans lequel on va puiser à la cuillère à soupe. Elle remplit donc une casserole de 3 litres de lait frais entier (à défaut de vrai lait frais, j'achète du micro-filtré, mais tous les laits conviennent à la recette) qu'elle porte à ébullition. Éviter de vaquer à des occupations prenantes qui vous font oublier que le lait déborde si on ne l'arrête pas instantanément !
Après avoir enlevé la casserole du feu, attendre qu'il refroidisse entre 38° et 45°. Si l'on n'a pas de thermomètre, on peut tremper son doigt dedans : la chaleur doit être supportable, légèrement supérieure à celle du corps. Ajouter un peu de yaourt, pas besoin de mettre tout le pot, et mélanger avec une cuillère en bois. Verser le mélange dans le saladier. Couvrir et entourer d'une couverture, duvet ou anorak et attendre qu'il refroidisse. Surtout ne pas le bouger avant terme, les secousses sont fatales. Si on fait cela le soir, on attendra le matin pour le mettre au réfrigérateur. Il ne reste plus qu'à se goinfrer.
C'était la pause du week-end. Je prends ma photo avant d'enfoncer la cuillère !

vendredi 17 avril 2009

Hadopi profiterait aux brouilleurs de pistes plutôt qu'aux artistes


Si, comme on l'a démontré ici et ailleurs, la loi Hadopi est absolument inacceptable, par son inefficacité et les dangers qu'elle implique, si les raisons invoquées par ses initiateurs sont de l'ordre de la désinformation pure, la question de la défense des droits des auteurs reste entière face au piratage et à la gratuité. En ce qui concerne la rétribution des artistes, créateurs d'œuvres de l'esprit, un modèle type licence globale pourrait être envisagé, plutôt que laisser les majors conclure des accords directs avec les fournisseurs d'accès ou les pourvoyeurs de contenu "gratuit". Ces tractations reviennent à un accord global entre producteurs (de musique ou de cinéma) et nouveaux maîtres du jeu, sur le dos des artistes, quoi qu'en disent les sociétés d'auteurs qui soutiennent, par ce fait, le capital ! En résumé, taxons les fournisseurs d'accès et les fabricants de matériel informatique qui font leur beurre sur le dos de tous les créateurs de contenu, quitte à répercuter ces sommes sur les abonnements des utilisateurs sur le modèle de la redevance audiovisuelle.
Quant à la protection des données personnelles des citoyens, la technique du tunneling permet de rendre indécelable l'adresse IP de chaque internaute, et donc de surfer et télécharger des fichiers sans être repérable. Le service de VPN, Virtual Private Network (Réseau Privé Virtuel), permet ainsi de relier deux réseaux, par exemple un site Peer to Peer et votre ordinateur, de manière sécurisée, sur le réseau Internet qui ne l'est pas. Le principal site de téléchargement pirate, The Pirate Bay, sous les feux de l'actualité grâce à son procès en Suède, propose depuis peu ce service, en fonctionnant à flux tendu, c'est-à-dire ici sans qu'aucune donnée, ni aucun fichier log ne soient conservés. Personne, même pas le site en question, ne peut remonter jusqu'à l'internaute. Là où le bât blesse, c'est que le site pirate facture 5€ par mois ce service de tunneling. Tant que le système voguait sur la gratuité, la question des droits se posait en des termes très différents. En payant The Pirate Bay plutôt qu'en s'acquittant des droits d'auteur, il s'agit dorénavant d'une démarche explicitement malhonnête qui permet à ce site de s'enrichir sur le dos des auteurs. Si elle passe, la loi Hadopi, déjà stupide et dangereuse, profitera donc à des entrepreneurs sans foi ni loi. Mais certains fournisseurs d'accès proposent déjà le tunneling de manière plus générale : en plus de votre abonnement à Internet, il suffira de débourser un petit complément pour ne pas risquer d'être vu et puni, en cas de téléchargement illégal, mais surtout camouflant tout le reste de votre navigation sur Internet, et ce de manière transparente pour l'internaute. Conclusion : si la loi Hadopi est votée, elle enrichira les brouilleurs de pistes au lieu de profiter aux artistes. Ne préfèrerions-nous pas verser 5 euros de redevance plutôt que cette somme serve à protéger notre vie privée sur le Net ?

P.S. : The Pirate Bay a perdu son procès à Stockholm aujourd'hui. Les quatre accusés ont été condamnés à un an de prison ferme et 2,69 millions d’euros. Ils ont fait appel. L'un d'eux, Peter Sunde alias Brokep, écrit sur son Twitter ce matin, « d’après des informations qui ont fuité du Tribunal, nous avons perdu (j’ai appris la nouvelle hier soir). Une source de confiance l’a confirmé ». Avant d’ajouter, taquin : « Franchement, c’est un peu LOL. On savait pour les films, mais maintenant, même les verdicts sont disponibles avant leur sortie officielle ».

jeudi 16 avril 2009

TV-Hôtel, la chaîne du réseau hôtelier


Je ne regarde jamais la télévision. Sauf lorsque je suis à l'hôtel. Le matin, il m'arrive de l'allumer. Il n'y a rien à voir que des dessins animés débiles et des séries du même acabit. Je retombe inlassablement sur Télématin où officie William Leymergie. Comme ce type présente l'émission depuis plus de vingt ans et que je ne le vois évidemment que dans mes chambres d'hôtel, j'ai la ferme impression que le journaliste soupe-au-lait est l'animateur d'une chaîne TV exclusivement produite pour le réseau hôtelier. Ignorant que cette "émission matinale est la plus regardée de France (50% de part de marché)", je ne m'étonne pas que son style corresponde à l'hygiénisme superficiel et impersonnel de la plupart des lieux réservés à mon intention. Sauf que ce type, également producteur de cette émission sur France 2, est souvent très irritant et semble semer la terreur sur son entourage. Depuis quelques années, je ne tiens que quelques minutes et je retourne à de plus saines activités. Il ne faut non plus jamais rester trop longtemps enfermé dans une chambre d'hôtel. Dans ce no man's land ressemblant à une aire de transit, on perd vite le contact avec la réalité.

mercredi 15 avril 2009

Brouillage


Je mets en ligne ce dernier billet belge depuis mon iPhone rue de Nimy devant Le Bateau Ivre qui porte bien son nom... Je n'ai pas bu autant de bières depuis mes 14 ans ! Pourtant il est plus prudent que ce soit moi qui conduise pour rentrer à notre hôtel, un peu excentré. Hier matin, j'ai pris ce cliché depuis la fenêtre de ma chambre...
Pendant notre séjour en Belgique il fut particulièrement difficile de nous connecter en wi-fi. Le PASS, évidemment hautement sécurisé, n'a aucune borne sans fil. J'ai heureusement trouvé une liaison accessible grâce à un voisin de l'hôtel à condition d'aller nous assoir sur les marches de l'escalier au bout du couloir... On est loin de New York par exemple où trouver un accès wi-fi ouvert est aussi simple que de décrocher son téléphone ? À Mons, je réussis plus facilement à trouver un réseau ouvert gr-ace à l'application Wi-FIi Finder sur l'iPhone...


La loi Hadopi, "répression et Internet", déjà hautement condamnable pour son inefficacité et les dangers qu'elle génèrerait, ne risque-t-elle pas de pousser tous les utilisateurs à fermer leur accès par mot de passe, puisque chaque propriétaire de ligne serait responsable. Et qu'en sera-t-il des bornes wi-fi publiques comme celles installées par les municipalités, dans les squares, près des mairies, etc. ? Suffit-il d'habiter à proximité pour échapper à la police du Net ou ce réseau populaire devra-t-il fermer après avoir longuement bataillé pour offrir Internet à tous dans la ville ?
Il aurait été pourtant si satisfaisant de trouver une solution qui permette de protéger ses ordinateurs et données personnelles en offrant une connexion sans-fil ouverte à tous. Le monde marche à l'envers.

mardi 14 avril 2009

Comme une toupie


Testez-moi et je ne réponds plus de rien, ou à tout, ce qui n'aurait rien d'étonnant, n'est-ce pas ? À l'issue des représentations de Nabaz'mob, comme nous sommes dans un environnement scientifique et pédagogique, nous répondons aux questions des spectateurs. C'est intéressant parce que c'est un public très mélangé. Le plus jeune spectateur a un mois et je n'aurais pas osé demander aux plus vieux. On y évoque autant la technologie que la philosophie qui sous-tend le spectacle... Nous nous baladons ensuite dans diverses expositions du PASS où je suis surpris par la radicalité politique des propos. Le film sur l'eau, par exemple, dont la projection sur un cube de cinq côtés ne me convainc guère - nous sommes assis sur les gradins du sixième - montre par contre clairement que le manque d'eau sur la planète n'est pas une question de géographie, mais un terrible clivage entre riches et pauvres. L'eau comme l'air ne sont pas des besoins comme l'entend l'OMC, mais des droits. Le besoin est présenté comme un désir individuel tandis que les droits doivent être les mêmes pour tous les êtres humains... Avant de rejoindre notre hôtel, je fais un tour en Segway, un gyropode à deux roues qui maintient l'équilibre grâce à quatre gyroscopes. La conduite est très intuitive, l'apprentissage est rapide. Ce véhicule permet de se déplacer à plus de 25km/h, avec tournant en toupie et marche arrière !

lundi 13 avril 2009

Pass Pass


Complètement décalqués par nos allées et venues sur les autoroutes de la France pluvieuse, nous oublions le sac d'ordinateurs à la maison et nous en apercevons seulement après avoir franchi la frontière belge. Rien de grave, un simple PC fera l'affaire, nous avons heureusement une copie du programme avec nous ! C'est seulement dommage pour le NoteBook tout neuf que nous voulions tester avec Nabaz'mob... Antoine (Schmitt, en photo) a beau tenter de se réveiller avec une boisson américaine, il a du mal à garder les yeux ouverts. L'équipe du PASS nous donne un coup de main et nous retombons sur nos pattes. Premières représentations cet après-midi.
En me promenant dans le Parc d'Activités ScientifiqueS, je découvre l'exposition L'argent que j'avais sonorisée en 2003 pour Hyptique avec Sonia comme chef de projet. Dans un premier temps, je ne reconnais pas la musique que j'avais composée. Il me faudra un peu de temps. L'ensemble est diffusé à niveau assez bas, mais suffisamment pour être perçu. Tous les bruitages et les musiques se mêlent si délicatement que j'en ronronne de satisfaction. Je retrouve mes idées, je reconnais mes sons ! Nous nous amusons à conduire sur le jeu de simulation automobile que nous avions conçu et réalisé sans jamais pouvoir l'essayer en vrai. Avec la crise économique, l'expo prend tout son sens. La faillite du système peut se lire entre les attractions, clairement "exposée" par un savant mélange de haute technologie et d'objets bruts, de pédagogie et de rêve.


Par contre, Mots de Pass', l'installation de la Passerelle que nous avions créée en 2000 à l'entrée du PASS avec Antoine Denize (également concepteur des dispositifs multimédia de l'exposition L'argent), Étienne Mineur et Frédéric Durieu pour l'inauguration du bâtiment construit par Jean Nouvel, a depuis été démontée. Il s'agissait d'une symphonie de 26 iMacs en réseau où les visiteurs pouvaient jouer avec les mots en les accrochant sur un mobile virtuel.
Le soir, je dévore une côte de porc "à l'berdouille" (sauce à la bière avec cornichons et moutarde à l'ancienne) à L'Excelsior sur la Grand'Place de Mons, accompagnée de délicieuses frites belges, moelleuses à l'intérieur, croquantes à l'extérieur, et d'une St Feuillien au fût, l'excellente bière locale... Ensuite coucouche panier papattenrond !

dimanche 12 avril 2009

Le petit chaperon rouge renaît de ses flammes


Après le terrible incendie qui avait ravagé leur stock, les archives et les machines, Æncrages & Co réédite l'Anthologie du projet MW, soit cinq volumes, fruits d'une collaboration de plus de dix ans entre Robert Wyatt, sa compagne Alfreda Benge et le peintre Jean-Michel Marchetti. Les 240 pages sont accompagnées d'un CD original 8 titres composé de six reprises par Pascal Comelade dont une avec Wyatt, de Heaps of Sleep par Ryk Van Den Bosch & Co auquel participe la famille Marchetti et d'un entretien en français avec Wyatt. Contrairement aux ouvrages originaux, seule la couverture est ici imprimée en typographie, mais le prix du livre (21,90€ avec le port) n'est pas non plus le même, d'autant que l'incendie les a rendus introuvables.
La traduction française des 80 chansons par Marchetti qui a réalisé toutes les illustrations excepté trois autoportraits de chacun des trois protagonistes permet de pénétrer dans le monde verbal du musicien anglais dès lors que l'on ne maîtrise pas parfaitement la langue de Shakespeare et ses déclinaisons pataphysicennes. Les images troubles et griffonnées du peintre réfléchissent les textes ivres d'un auteur fragile, écorché vif. Les mots se cognent les uns contre les autres. On ne s'attend pas à tant de chaos sur les mélodies angéliques qui planent comme des évidences. Je regrette parfois que la traduction n'adopte pas la scansion initiale pour que je puisse chanter en karaoké simili peub. Histoire que paroles et musique fassent la paix et révèlent leur secret accord. Mais l'énigme reste entière. Comme une étoile mystérieuse.

samedi 11 avril 2009

La vie en mauve à chœur joie


Revenus à St Médard-en-Jalles, nous démontons Nabaz'mob pour le conduire jusqu'en Belgique. Prochaine station le PASS, Parc d'Activités ScientifiqueS de Mons lors du festival Robotix's, six représentations du 13 au 15 avril. Cette fois nous voiturons les deux malles et les cent femelles en camionnette espérant que tout le monde sera sage. Nous n'avons pas l'habitude qu'une de nos œuvres emporte autant de suffrages à chaque représentation. Il faut seulement que nous fassions très attention aux conditions scénographiques en fonction des lieux qui nous accueillent. Une salle en gradins implique une mise à plat de l'opéra tandis qu'un autre théâtre nous fait empiler les lapins sur plusieurs degrés. Dans la salle en cuvette du Carré des Jalles, nous aurions peut-être dû aligner les lapins en avant-scène, en tous cas les écarter plus pour ne pas qu'ils aient l'air si petits. L'éclairage, plus froid que d'habitude, contribua à cette distance involontaire qu'ont pu ressentir quelques spectateurs. Le placement des micros nous complique la tâche puisque nous nous cantonnons à vingt-quatre, soit un pour quatre lapins environ. Cette fois l'enregistrement audio du spectacle fut particulièrement réussi. Il faut que je pense à en mettre un nouvel extrait sur le site. Pendant la semaine qui a suivi, les cent lapins hébergés dans une grande pièce noire s'en sont donnés à chœur (!) joie. Sans parler de l'accueil chaleureux de l'équipe du Carré, la proximité jouait en leur faveur, scope scénique avec, en plus, cent petits haut-parleurs se répondant comme des balles de ping-pong lancées dans une pièce remplie de tapettes à souris amorcées. Réaction en chaîne qui s'étale dans le temps dès qu'un individu prend du retard. À chaque nouvelle représentation, je conte leurs aventures par le menu, sans aucune précaution culinaire. Avant que ne commence notre opéra j'ai l'habitude de réclamer le plus grand silence, l'abstention de prendre des photographies et je souligne que la musique est produite par leurs cent petits estomacs. Il faut que je pense à rappeler aussi que chaque spectacle est différent et que nos interprètes nous surprennent toujours puisqu'ils sont doués de la faculté d'improviser l'ordre de jeu et de choisir telle ou telle voix de la partition qui leur est envoyée en wi-fi.

vendredi 10 avril 2009

La fabrique des sentiments


Après Violence des échanges en milieu tempéré (autre article ici), Jean-Marc Moutout signe un second film tout aussi remarquable, cette fois autour du speed dating, rencontres express entre célibataires ou du moins supposés. La direction d'acteurs est exceptionnelle. Je n'avais jamais été emballé par Elsa Zylberstein qui trouve ici son meilleur rôle aux côtés de Jacques Bonnafé et Bruno Putzulu. Il faut parfois du temps aux comédiens pour trouver leurs marques. Pour une femme seule, à 36 ans, la question des enfants et du couple se pose de façon critique. Moutout en dessine un portrait tout en nuances et il l'entoure d'hommes plus craquants les uns que les autres. C'est très fort. On est loin des schémas machos éculés, dans la vraie vie comme au cinéma ! Le montage du film sert une mise en scène sobre et inventive. Jean-Marc Moutout est un des cinéastes les plus intéressants du moment et l'on peut espérer que les producteurs lui offriront les moyens de continuer de nous étonner par son regard acéré sur les mœurs de nos contemporains. La fabrique des sentiments fait partie de mes films récents préférés avec Il Divo de Paolo Sorrentino et Rachel Getting Married (Rachel se marie) de Jonathan Demme... À suivre.

jeudi 9 avril 2009

Expériences sonores de l'avant-garde russe (1908-1942)


En 1922, Arseny Avraamov compose et dirige une symphonie extraordinaire : autour du port de Baku, il rassemble les sirènes des usines et des navires de la mer caspienne, deux batteries d'artillerie, sept régiments d'infanterie, des camions, des hydravions, vingt-cinq locomotives à vapeur, des sifflets et des chœurs. Quatre-vingt ans plus tard, Leopoldo Amigo et Miguel Molina Alarcón, directeur artistique de ce double CD, recréent artificiellement l'événement comme ils font renaître maintes créations sonores époustouflantes de l'avant-garde russe des années 20, orchestre de bruiteurs de Nikolai Foregger, opéra cubo-futuriste de Mikhail Matiushin, Alexei Kruchenykh et Kasimir Malevitch, laboratoire de l'ouïe de Dziga Vertov, projet radiophonique de Velimir Khlebnikov, extraits de ballet de Sergei Prokofiev et Georgi Yakoulov, Cercle futuriste de Vladimir Kasyanov, manifeste nihiliste, sound painting de Varvara Stepanova, poèmes sonores de Vasily Kandinsky, Igor Severyanin, Vasilisk Gnedov, David Burliuk, Elena Guro, El Lissitzky, Olga Rozanova, du groupe H2SO4, de Simon Chikovani, Daniil Harms, Igor Terent'ev, Mikhail Larionov, Roman Jakobson "Aliagrov"...
Si le premier CD donne le tournis avec ces évocations renversantes d'une époque révolutionnaire pour les arts soviétiques, le second réunit des archives encore plus troublantes à commencer par la Symphonie du Dombass de Vertov extraite d'Enthousiasme. Suivent Zavod, symphonie des machines, fonderie d'Alexander Mossolov, Dnieprostroi, la station hydro-électrique de Julius Meytuss par l'Orchestre de Paris en 1931, mais aussi les voix de Lénine, Trotski (en anglais !), Vladimir Maïakovsky, Boris Pasternak, Malevitch (en anglais), Dmitri Chostakovitch, Lili Brik, Sergei Esenin, Vasily Kamensky, Anatoli Lunacharsky, Alexandra Kollontay, Anna Akhmatova, Osip Mandelshtam, Naum Gabo & Noton Pevsner...
Voix ou bruits, ici tout est musique. La fascination pour les machines qui ne libèreront pourtant jamais les hommes de leurs chaînes est une promesse pour le futur. Les formes explosent dans une géométrie impossible. Beaucoup de ces artistes sont des peintres. Les poèmes sonores sont autant de chants de résistance, aux conventions mesquines de l'ancien régime, hymnes à une révolution rêvée qui n'existe véritablement que dans le cœur et la tête de ces artistes provocateurs. La déconstruction du langage renvoie au discours des hommes politiques. On croit comprendre la langue russe dans la symphonie des machines et les syllabes des poèmes sonores. Où l'on entend la révolution en marche, quand les artistes s'en emparent !
Ces soixante-douze œuvres publiées par ReR sont accompagnées d'un épais livret illustré de 72 pages bourrées d'informations.

mercredi 8 avril 2009

Kréyol Factory, black and proud


À l'entrée de Kréyol Factory qui se tiendra jusqu'au 5 juillet à la Grande Halle de la Villette, je suis saisi par une citation de Patrick Chamoiseau qui éclairera ma visite de l'exposition : Quand les colons européens parvinrent aux Antilles, ils trouvèrent des Caraïbes, des survivants arawaks. Débarquant, le premier geste de ces "Découvreurs" fut de reproduire l'esprit-village continental : planter drapeau et croix, prendre possession du sol, nommer, poser chapelle, dresser fortins, installer une souche de peuplement. Cette pratique s'opposera à celle des Caraïbes. Pour ces derniers, les îles n'étaient pas des isolats, mais les pôles d'un séjour archipélique au long duquel, de rivage en rivage, au gré des événements, des fêtes et des alliances, ils naviguaient sans cesse. Leur espace englobait l'archipel et touchait aux lèvres continentales. Pour eux, la mer liait, et reliait, précipitait en relations. Le colon européen, lui, se barricade dans l'île : rival des autres fauves colonialistes, il élève des remparts, dessine des frontières, des couleurs nationales, il divise, s'enracine, confère force religieuse à son enracinement : il crée un Territoire. Il scelle dans sa tête les barreaux de l'exil. Loin de sa source natale, il se vit à l'écart, et fonde l'acceptation dominante de l'insularité.
Une soixantaine d'artistes contemporains réfléchissent l'histoire de la créolisation, de la colonisation à l'exploitation. L'actualité la plus brûlante, avec, entre autres, la grève guadeloupéenne, renforce d'autant l'affirmation d'une culture forte, résistante et critique. C'est l'anti-Quai Branly. Les cris de rage s'opposent aux collections du musée colonial. Ici les œuvres jouent du sac et du ressac, les vagues ravivant les racines amérindiennes, l'esclavage et la misère. L'Océan indien aussi a fourni son lot de déracinés. Après ces traversées, l'exposition attaque directement au nœud freudien de la virilité en abordant le trouble des genres, comment se transmet une culture, puis comment elle se rêve... Passé l'évocation des tribus arawaks massacrées, l'Afrique s'exporte dans les mythes du vaudou haïtien et les rythmes du calypso et du gwo-ka. Le métissage et les mélanges marquent les "Nouveaux Mondes" de leur empreinte. Il n'y a pas que les Caraïbes, au-dessus des océans les étoiles dessinent d'étranges figures qui relient la Réunion, l'île Maurice, la Guyane et les grandes métropoles où les communautés ont parfois élu nouveau domicile, un "chez soi - de loin".


La plupart des œuvres sont magnifiques et nous permettent de découvrir des artistes majeurs trop peu exposés. Quelle claque si l'on compare avec les insipidités des récentes expositions contemporaines ou les galeries prétentieuses qui ne font que nous renvoyer à la vacuité d'un mondialisme stérilisant ! Nous sommes loin du Trocadéro et de la Maison Rouge... Sobre et élégante, la scénographie de Raymond Sarti fait ressortir les couleurs qui nous explosent à la figure. La déambulation est remarquable, nous laissant glisser d'île en île sur les rouleaux d'une vague de carton où flottent de gigantesques containers de tôle ondulée. Il me manque les sons que ce bouquet de fleurs paradisiaques ou vénéneuses suscite en moi et qui auraient permis que nous décollions littéralement. Les textes peints sur les murs remplissent ce besoin, et il faudra évidemment que j'y retourne pour voir les films projetés dans les tours de zinc, pour relire les voix de Aimé Césaire, Édouard Glissant, Stuart Hall, Daniel Maximin, Raphaël Confiant, Françoise Vergès, Frantz Fanon ou Chamoiseau, pour m'imprégner des pièces que j'ai négligées à ma première visite. Je garde en mémoire la forte émotion produite par les centaines de tongues ramassées sur la plage et serties de fil de fer barbelé de Tony Capellan, la beauté des tableaux de Marcel Pinas composés d'ustensiles de cuisine, la violence des 210 000 douilles qui transforment en ruche mortelle la carrosserie de Limber Vilorio, la tête contre les murs de Jorge Pineda, les photos transgenres de Lyle Ashton Harris, le bateau de Jean-François Boclé dans l'obscurité d'un fond de cale et les 33 figures de femmes accrochées de Belkis Ramirez... Toutes les œuvres, récentes, témoignent de la vivacité de ces cultures fortes qui assument leur passé tragique les yeux fixés sur un avenir entièrement à inventer. L'ensemble est une des expositions les plus politiques que j'ai eu l'occasion de voir depuis longtemps.

mardi 7 avril 2009

Un duo de susus tourne au drame


Sacha Gattino m'avait fait saliver avec ses instruments rigolos achetés chez Dan Moi. Ma dernière commande comprenait un rhombe en arc vrombissant, un racleur d'escargots, un kokoriko en noix de coco, une flûte à coulisse en bambou, un appeau de petite chouette, un xaphoon en ut et des susus. Sacha m'en ayant fait la démonstration en collant son susu entre sa langue et le palais, nous décidons de réaliser un duo humoristique avec ce petit instrument composé d'une lame vibrante en plastique et de deux petits morceaux de bambou. Une marque indique dans quel sens souffler, mais je découvre qu'alterner souffle et aspiration peut produire des effets différents des voix muettes, rires, chants, etc. Je mets en garde Sacha contre le danger d'ingurgiter le susu (prononcer souzou) et suggère de concourir pour celui qui l'avalera le premier. À peine ai-je prononcé ces mots que, glops, mon camarade ingère son instrument de musique ! À cette heure, Sacha a peut-être produit un nouveau son de susu, inouï et difficilement reproductible sans danger...

lundi 6 avril 2009

Obama contre l'état-major ?


Mes parents racontaient qu'à l'époque de la bombe atomique, ils n'auraient pas dû faire d'enfants. Cette menace pesait réellement sur nos vies. La tension entre les Américains et les Russes ne laissaient présager rien de bon. Et puis le monde a changé. Pas comme nous le craignions, ni comme nous l'espérions. J'avais treize ans lorsque j'ai pris ma carte de Citoyen du Monde, mouvement fondé par Garry Davis auquel adhérèrent Einstein, Gide, Camus, Sartre, Breton... Il préfigurait ainsi le Peace and Love des hippies et les manifestations contre la guerre du Vietnam. "Face aux préparatifs de destruction qui s'organisent sous nos yeux et devant l'impuissance avouée des États, des Blocs, de l'O.N.U. à défendre la vie menacée, nous déclarons en danger chaque homme, chaque village, chaque ville et l'espèce humaine, nous déclarons l'humanité entière en état de légitime défense contre les Etats souverains, les idéologies et les propagandes qui prétendraient justifier le recours à la guerre, nous déclarons ouverte la crise de régime du monde... (...) Nous appelons les hommes à de nouveaux héroïsmes pour poser les actes de refus, de courage et d'espoir dont l'avenir dépend. (...) Le citoyen du monde réclame des lois mondiales qui donnent aux individus et aux peuples des garanties minima, notamment pour leur subsistance, leur sécurité et leur liberté ; des institutions mondiales, ayant pouvoir d'élaborer ces lois, de les appliquer, de les faire respecter..." Etc. À la fin de 1948, Garry Davis réclame un pouvoir fédéral mondial et une assemblée constituante des peuples... Mon internationalisme prit la relève, mais je conservai pieusement ma carte de citoyen du monde, concept que j'ai toujours considéré au-dessus de mes origines et de ma nationalité.
Obama est prudent d'annoncer que la suppression des armes nucléaires qu'il réclame à son tour n'aboutira probablement pas avant la fin de sa vie. L'état-major américain qui lui est très hostile pourrait avoir de fâcheuses idées. Ses paroles sont pleines de promesse, mais de quels effets seront-elles suivies ? Naïveté ou langue de bois ?
Il y a quelques jours les Grannies ont compris que rien n'avait véritablement changé après être restées douze heures en garde à vue pour avoir entouré le bureau de recrutement de l'armée d'un ruban jaune de la police où est écrit "Crime Scene". La plus âgée des sept grand-mères arrêtées a 89 ans. Elles ne se sont pas démobilisées sous prétexte qu'Obama était élu président et pensent que seuls les citoyens pourront imposer un désarmement. Le 18 mars cette manifestation était la première contre la guerre depuis l'investiture de Barack Obama !

dimanche 5 avril 2009

Cadavres exquis collés au mur


Le tag est une manière d'affirmer son existence dans une société où rien n'est fait pour que les jeunes (et les moins jeunes) y trouvent leur place. Leurs signatures obéissent le plus souvent hélas à un style aussi formaté que ce contre quoi ils marquent leur territoire. Un mur. La sophistication des traces tire vers un psychédélisme gothique ou une heroïic fantasy druilletisante. Art brut, art naïf, art mural, art de la rue, art mais. Le jeu consiste parfois à dégoter un lieu inaccessible où son œuvre ne sera pas recouverte. Les codes m'échappent, mais je comprends qu'une signature par dessus l'autre dessine des luttes de pouvoir, une histoire du temps à braver l'ennui, la mort, la police ou les rivaux. Plutôt qu'une suite de tableaux, les éléments disparates s'accumulent par strates. Les peintres ne pouvant se payer une toile vierge repeignent par dessus l'huile du passé qu'ils jugent rance ou se maculent eux-mêmes. On se souvient aussi de Picasso dans son ''Mystère'', filmé par Clouzot, improvisant au chronomètre et produisant sur la même toile des dizaines de tableaux qui s'effacent au fur et à mesure que les nouvelles couches recouvrent les anciennes. Dans la rue, les pochoirs et les bombes dessinent une passionnante histoire collective que l'on souhaiterait plus éloquente, revendicative ou viscérale. Le style des graphes égale parfois les prouesses techniques des crayonneurs de trottoirs reproduisant les tableaux encadrés du Louvre, mais on est rarement saisi par une pensée ou bouleversé par une rencontre. Sortis des placards, les cadavres exquis recouvrent la ville vidée de son sens. Ce matin-là, Konny pochait des bustes blancs sur un ciel orageux où volait un dragon grimaçant. Il faisait beau. Les passants prenaient le temps de s'arrêter.
Je rêve d'un printemps plus brûlant, de cris du peuple plus saignants, d'histoires à dormir debout, de fresques drôles ou méchantes, mais qu'on me réveille, que diable ! Je regrette l'impertinence de Miss Tic, les à propos dramatiques d'Ernest Pignon Ernest, les trompe-l'œil qui nous confondent, les slogans et les images d'Épinal du réalisme socialiste, et, plus encore, des utopies recouvrant cette grisaille urbaine par une gigantesque bande dessinée où s'écriraient des mondes futurs, des images à voir de loin, des propositions politiques, des impertinences plus nécessaires que jamais...

samedi 4 avril 2009

Centophonie


C'est la première fois que nous présentons Nabaz'mob sans autre amplification que les 100 petits haut-parleurs qui équipent chacun de nos lapins. En "centophonie", l'opéra prend toute sa dimension sonore. Cela n'est possible que parce que le théâtre totalement obscur qui a été construit au Carré des Jalles est de petite dimension, 6,70 x 5,80 m, en comparaison de la salle de 750 places de jeudi soir. Nous avons ajouté un néon équipé d'une gélatine rouge (réf. 106) pour des questions de sécurité et pour éclairer le ballet d'oreilles. Le public assiste par petits groupes, une quinzaine de spectateurs à la fois, aux 23 minutes plus magiques que jamais. La seule contrainte fut l'isolation phonique, préoccupation constante dès que l'on se retrouve dans un espace fréquenté, surtout dans un festival où se côtoient d'autres installations où le son tient une place majeure. Nabaz'mob jouera en boucle jusqu'à vendredi prochain dans le cadre du festival Des souris et des hommes, qui porte bien son nom, complémentarité exceptionnelle de l'équipe qui nous entraîne jusqu'à cette heure avancée de la nuit. Chapeau !

vendredi 3 avril 2009

Appel à boycott


La loi Hadopi est passée à l'Assemblée, essentiellement votée par la droite et rejetée par les partis dits de gauche. L'industrie discographique et cinématographique avait réussi son travail de lobbying auprès des sociétés d'auteurs (mes sociétés !) pour les entraîner dans cette voie liberticide, et contre les sociétés d'interprètes (mes sociétés également puisque je fais autant partie de la Spedidam et de l'Adami que de la Sacem, de la Sacd et de la Scam !). En parlant de privation de libertés, je n'évoque pas celui de télécharger librement sans rémunérer les artistes (j'ai défendu ici même la licence globale : 1 2 3), mais la loi, au demeurant inapplicable, est la porte ouverte au contrôle des échanges sur Internet. Rappelons que la semaine dernière le Parlement européen a considéré que "garantir l'accès à tous les citoyens à Internet équivaut à garantir l'accès de tous les citoyens à l'éducation" et adopté un rapport sur "la sécurité et les libertés sur Internet". On a pu lire ici et les raisons de s'opposer catégoriquement à Hadopi. Les artistes qui ont soutenu cette loi se sont fourvoyés en pensant qu'il s'agissait simplement de défendre son bout de gras. Il y avait d'autres façons de le faire que de jouer les collabos avec un système répressif qui encourage à désobéir en brouillant son identification (l'IP flottant ou délocalisé), à tester de nouveaux modes qui échappent à la loi (le streaming se développe : on regarde un film en temps réel sans télécharger) ou qui sont légaux (Deezer a signé un accord avec la Sacem et permet d'écouter tout ce qu'on veut sans que les artistes ne voient la couleur de leur argent), et j'imagine que les faussaires s'en donneront à cœur joie tant la tentation est grande de résister à cette loi aussi dangereuse qu'inapplicable. Le système envisagé permet tous les abus et les internautes auront peu de moyens pour se défendre en cas d'erreur par exemple. Il suffira aussi au pouvoir d'invoquer cette loi pour couper la connexion à Internet à qui il le souhaite. Nous entrons dans une ère où la répression va pouvoir s'épanouir. Et ce avec la caution d'un grand nombre d'artistes dont on trouvera la liste sur le site de la Sacem.
Je n'ai jamais apprécié les collabos, qu'il le soit devenu par conviction ou par inconscience. Aussi je décide de boycotter les disques et les films des signataires à commencer par ceux qui sont montés en première ligne pour défendre leurs petits intérêts égoïstes au détriment du bon sens et de l'intérêt général. Je me prive ainsi de Aldebert, Arthur H, William Baldé, Agnès Bihl, Bertrand Burgalat, Jean-Patrick Capdevielle, Bernard Cavanna, Alain Chamfort, Dany, Daphné, Da Silva, Thomas Dutronc, Jean Fauque, Gotan Project, Françoise Hardy, Icare, Louisy Joseph, Philippe Lavil, Maxime Le Forestier, Claude Lemesle, Renan Luce, Didier Lockwood, Christophe Mae, Ridan, Sanseverino, Yves Simon, Stanislas, Tété, et au cinéma, Jean-Jacques Annaud, Christian Carion, Jean-Claude Carrière, Alain Corneau, Radu Milhaileanu, William Karel... La liste est hélas beaucoup plus longue, mais chaque fois que j'apprendrai qu'un ancien camarade a permis de faire passer cette loi mortifère, je me priverai de son art. C'est une bonne manière de faire le tri en cette époque où plus que jamais il va falloir se serrer les coudes contre la réaction et l'obscurantisme.

jeudi 2 avril 2009

Nabaz'mob au Carré des Jalles


Le retour des lapins serins. Leur lumière intérieure leur a greffé des petites pattes porte-bonheur. Assis sur leur derrière, ils attendent avec nous l'ouverture du festival Des souris et des hommes pour faire leur entrée. Comme prévu et espéré ils se sont reproduits. On les voit partout sur les murs de Saint Médard. Le programme stipule : "Plus fort encore que le lapin Duracell™, plus drôle encore que Bugs Bunny, une armée de lapins Nabaztag® vous donne rendez-vous..." C'est sympa. Pourtant il n'y a rien de militaire dans cette meute centurionne dont la discipline n'est pas son fort. Nabaz'mob n'essaie pas de démontrer sa supériorité technologique, ni d'amuser la galerie en remuant les oreilles. Le propos est d'être ensemble, mais sans y parvenir. Cocteau disait que la France est un pays où la dictature ne pouvait pas prendre, trop d'indiscipline et d'individualisme, "c'est une cuve qui bout, qui bout, mais qui ne déborde pas". La dialectique entre ordre et chaos fait tout le charme de ce spectacle "à voir en famille" ! Après un premier mouvement que nous qualifierons d'arbre de Noël, le second est sombre et menaçant. On passe des guirlandes multicolores à un parterre de plantes carnivores dont les tentacules volcaniques lèchent l'obscurité de leurs petites flammes brûlantes. Le dernier mouvement me ressemble plus que les autres. Une histoire de la musique passée à la moulinette d'un délai de 100 et au crible de l'opéra. Exposition, action, catastrophe... Aujourd'hui dans la grande salle, demain dans une grande boîte noire en représentation permanente. Ce sera la première fois que les cent lapins interprèteront leur partition sans aucune amplification. On pourra percevoir le son de chacun des cent haut-parleurs. Ding, diling diling, dilililililililililing...

mercredi 1 avril 2009

Des lapins, des poissons, des souris et des hommes


Nous partons aujourd'hui à Saint-Médard-en-Jalles, près de Bordeaux, pour diriger notre opéra de cent lapins demain jeudi en ouverture du festival Des souris et des hommes. Le jour suivant, nous déplaçons Nabaz'mob dans une chambre noire pour le présenter en installation pendant une semaine jusqu'au 10 avril au même Carré des Jalles. Nous espérons que la reproduction battra son plein, car nous avons eu une dizaine de blessés, quasiment refroidis suite à la chute probable d'un des deux clapiers, une indélicatesse de transport. La synchronisation suivant le mouvement des oreilles, il suffit qu'elles soient grippées pour que la bestiole à qui elles appartiennent prenne du retard sur l'ensemble. C'est chouette si cela dure quelques secondes, effet comique perceptible surtout musicalement, mais cela fait tâche si la paralysie les gagne. Dans ce cas de pause absolue, immobilité monochrome, ce qui s'appelle vulgairement poser un lapin, l'animal rejoint sa tanière pour être dirigé vers l'Hôpital Violet. Nous enchaînerons l'installation de St Médard avec six représentations au Pass (Parc d'AventureS Scientifiques) à Mons en Belgique du 13 au 15 avril pour le festival Robotix's. Quant à Antoine et moi, ayant récupéré nos éclopés remis sur bases, nous ferons du yoyo nord-sud comme deux poissons dans l'eau dans la position du lotus. Je n'oublie pas du tout les souris, mais elles restent à Paris !

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