Jean-Jacques Birgé

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mercredi 6 mai 2009

Le 1er mai 2009 vu par Chris Marker


Annick Rivoire a de la chance d'avoir de tels correspondants pour le site Poptronics.
Lorsque Chris Marker ne lui envoie pas les collages de son chat Guillaume-en-Egypte, il met gracieusement en ligne (sous Creative Commons) 25 photographies prises pendant la manifestation de vendredi dernier. Comme j'en reproduis la mozaïque, un détail me saute aux yeux : la plupart des hommes portent l'uniforme, les femmes défilent. D'un côté comme de l'autre les mines ne sont pas particulièrement réjouies. La crise touche tout le monde. On s'interroge sur les incertitudes de l'avenir. Aragon disait qu'elles étaient celui de l'homme... Alors ?
La crise a bon dos. Quelle crise ? L'alerte aux abus d'une caste arrogante qui s'en met plein les poches sur le dos de la population, au risque de bousiller la planète, le fossé entre les riches et les pauvres qui se creuse un peu plus chaque année, le mécontentement qui gronde, un barril de poudre qui attend sa mèche... Il suffirait peut-être d'une étincelle pour que tout cela explose ? Quand je pense que de tels propos pourraient faire débarquer une meute de types en cagoules au petit matin... Ceux-là y auront toujours droit au cache-nez. Mais les allumettes sont entre les mains du pouvoir. Une chance qu'il joue avec le feu, le fada de l'Elysée ! Il fait semblant d'éteindre les incendies avec un arrosoir, il dresse des rideaux de fumée, mais ça continue, de pire en pire. Et nous, nous manifestons dans le calme, bien plan plan, le regard perdu sur la ligne bleue des roses. À force de broyer du noir, il finira bien par se redresser vers les étoiles. Chaque nuit est une promesse. Comme le regard de ces femmes, décidées, elles savent que cela ne se joue pas en un jour, elles sont patientes, opiniâtres, elles marchent, elles avancent. Ne manquons pas leurs rendez-vous.

Luc Moullet enfin !


Luc Moullet est drôle. Il prend son temps.
Luc Moullet est drôle. Il filme son temps.
Luc Moullet n'est jamais aussi drôle que lorsqu'il joue dans ses films ou qu'il les présente.
Ses films mettent du temps à sortir au cinéma, 24 ans en moyenne !
Certains atteignent des sommets. D'autres planent on ne sait-z-où ?
''Anatomie d'un rapport'' (1975) et ''Genèse d'un repas'' (1978) (ci-dessus) sont des chefs d'œuvre du docu-fiction. Des films clés de l'histoire du cinéma.
Sérieusement drôles et drôlement sérieux.
Dix courts-métrages spécifiés "très drôles (sauf un)" sont édités par Chalet Pointu, avec Luc Moullet littéralement « en shorts ». De ''Un steak trop cuit'' (1960) à ''Le litre de lait'' (2006), en passant par ''Essai d'ouverture'' (1988) et ''Toujours plus'' (1994), le réalisateur nous explique sa manière de voir le monde, unique, cocasse, critique, là où tout se qui tombe à côté de la plaque est ramassé par de braves gens qui s'en tiennent aux faits. Généreux, Luc Moullet devrait passer en potion quotidienne, autour du Journal de 20 heures, comme jadis Les Shadocks, Desproges ou les Deschiens. Il faut insister pour que le réalisateur y interprète son rôle.
Des deux longs métrages publiés récemment par blaq out, je préfère "Le prestige de la mort" aux "Naufragés de la D17". Moullet est plus à l'aise pour se diriger dans l'absurde qu'avec ses comédiens dont les à-peu-près rappellent ceux des interprètes de Mocky.
Si Moullet sait prendre son temps, c'est qu'il n'est pas pressé de mourir, même pour faire vendre ses films. Il n'est jamais aussi bon que lorsqu'il tente sincèrement de comprendre comment fonctionne un système. Changement d'angle assuré. Et ne manquez surtout pas la présentation de chaque film, court ou long, par leur auteur.


Comme Moullet préfère la gloire anthume, allez voir la rétrospective que lui consacre la cinémathèque du Centre Pompidou jusqu'au 31 mai.