Jean-Jacques Birgé

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vendredi 31 juillet 2009

Don Chéri


Une nuit, sous le chapiteau du Festival d'Amougies qui nous servait de tente, j'ai eu le sentiment que mes goûts allaient changer de couleur. Avec sa trompinette Don Cherry sculptait les rythmes d'Ed Blackwell. Mu, first part et second part, à l'origine chez Byg réédité en CD sur le label Charly, remplit tout l'espace sonore, l'espace du rêve. Inutile de convoquer un dispositif important pour que les arbres se mettent à marcher, les immeubles à s'envoler. La musique de Don Cherry, emprunte de traditions et de modernité, dessine des courbes complexes que l'on suit avec une facilité déconcertante, comme si l'on pouvait voir les méandres de la pensée et se laisser voguer sur le flux. Plus tard j'achèterai une trompette de poche comme la sienne, pas comme celle que Bernard (Vitet) lui vendit, incrustée de fausses pierres précieuses, ayant appartenu à Josephine Baker, non, mais une trompette de poche tout de même, dont je continue à jouer de temps en temps. Don Cherry est à la trompette ce qu'Albert Ayler est au sax, un incendiaire, entendre par là un pompier volontaire, fasciné par le feu et l'eau.
Je regarde rarement les concerts filmés dans le noir, sur grand écran. Un téléviseur ou un ordinateur raccordé à la chaîne hi-fi me permet de continuer à travailler, en suivant l'image d'un œil distrait. Je suis justement tombé par hasard sur un concert au Studio 104 filmé en avril 1971 par Marc Pavaux et présenté par André Francis du temps de l'ORTF. Don Cherry s'est transformé en poly-instrumentiste, chantant, psalmodiant, jouant du piano, de la flûte, de la conque et évidemment de la trompette dans laquelle il souffle en gonflant les joues comme deux pommes trop rondes. Il est accompagné par le Sud-Africain Johnny Dyani à la contrebasse, aux percussions et qui chante aussi, et par le Turc Okay Temiz à la batterie et aux percussions. Pour cette suite Sound on Vision, Don Cherry s'inspire d'une Afrique multicolore, claquement des langues et grands espaces, incantations rituelles et ouverture vers le nouveau monde où est né le jazzman. Si tout ce qu'il touche est de l'or, le sorcier transforme le cuivre et l'acier en métal précieux. Je ne me lasserai jamais des intermèdes oniriques qu'il me procure. Loin de la syntaxe mélodique de mon acolyte du Drame, il incarne ce vers quoi j'aimerais tendre lorsque je souffle dans le moindre instrument, une énergie brute, faite de silences et de tensions, la rugosité des villes associée au sable et au vent, un je ne sais quoi qui me fait chercher mes mots.

P.S. : puisque j'étais dans la télé en musique, j'aurais dû signaler Nighting Eighties, 15 tubes des années 80 arrangés avec invention par Albin de la Simone et Sarah Murcia (respectivement au clavier et à la basse), interprétés par Élise Caron (trois chansons dont un formidable People are People de Depeche Mode), Brad Scott (Billie Jean épatant), Mark Tompkins (Purple Rain), Dave inattendu (Sweet Dreams), Krysle Warren, accompagnés avec beaucoup de zèle par le guitariste Gilles Coronado, le percussionniste Franck Vaillant, la violoniste Catherine Debroucker, le "trompettiste" Julien Rousseau... Le tout avait un lien de parenté évident avec le Robert Wyatt de l'ONJ, fantaisie délicate pleine de ferveur. Très bonne tenue générale, belle réalisation de Paul Ouazan. C'était hier soir jeudi sur Arte, mais l'émission peut se retrouver pendant les 7 jours qui viennent sur le site de la chaîne...

jeudi 30 juillet 2009

Chiffres de l'élevage


Aujourd'hui je suis allé voir Antoine à la campagne pour mettre nos lapins en boîte. Ils ne manquent pas d'humour. Nous avons commandé trois fly-cases chez Bargraph qui nous a mitonné ça aux petits oignons. Rembourrage en mousse et petites équerres trouées pour fixer des cadenas, histoire d'éviter les évasions pendant les transports. Nous voilà parés, bardés, pour ne pas nous retrouver avec une bande d'éclopés comme du temps où ils étaient trimbalés par des chariots éléventreurs. L'ensemble pesant 141,5 kg dont on soustraira trois fois 18,5 kg, le poids d'une malle à vide, en comptant les tranfos, les routeurs, le hub, le notebook et les 120 bestioles dont 20 remplaçants, le lapin arrive à 720 g pièce de moyenne. Par contre, même au prix de lancement d'un Nabaztag v.1, ça met le lapin à 173 euros le kilo, ce qui est franchement prohibitif pour une viande habituellement bon marché. En répartissant le clapier dans trois caisses on évite de titiller ma hernie discale, la largeur de chacune permettant de les enfourner dans une petite camionnette style Kangoo et leur armature leur ouvrant la soute des longs courriers. Voyez-vous où nous voulons en venir ?

Plus sérieusement, façon de parler, ce soir jeudi à 20h45 sur Arte est diffusé ''La face cachée de la lune'' du Québecois Robert Lepage, un de mes films préférés de ces dernières années, une merveille !

mercredi 29 juillet 2009

Les souris font la loi chez les ostréiculteurs


On finirait par culpabiliser d'être partis une semaine. Déjouons donc les piques de certains de mes camarades à mon évocation de vacances alors que tant de compatriotes sont dans l'incapacité financière d'en prendre. Agiter la crise à tout bout de champ est dangereux tant le capital s'en sert pour licencier à tour de bras et les instances gouvernementales pour réduire ou supprimer les aides indispensables à maints secteurs d'activité, santé, éducation, culture, etc. Même si elles empirent, la misère, les inégalités ne sont hélas pas phénomènes nouveaux. Pour autant, mes bienveillants contradicteurs doivent assumer leurs choix, prises de risques, comportements inconséquents, accidents qu'il serait douteux de comparer à la catastrophe touchant les SDF ou les toujours trop nombreuses familles vivant sous le seuil de pauvreté. Rappelons que, plus loin, sous d'autres tropiques, cette pauvreté pourrait être chose enviable, considérée comme une richesse. La famine qui sévit sur la planète justifie-t-elle que l'on n'ose plus parler cuisine, salaire ou chômage ?


Passé cet avertissement, me voici libre d'attaquer mes huîtres à 5 euros la douzaine, rien de scandaleux, j'espère, si ce n'est l'interdiction préfectorale faite aux ostréiculteurs du Bassin d'Arcachon d'en faire commerce tant que la mort rôde autour des coquillages. Le test fatal consiste à injecter mollusque sur mollusque à une souris jusqu'à ce qu'elle en crève. Si j'imagine qu'une vingtaine d'huîtres puisse avoir parfois raison du petit rongeur, combien de douzaines devrais-je en ingurgiter pour aboutir au même résultat ? Il est des allergiques au sein de toutes les familles de mammifères, me semble-t-il. Les ostréiculteurs en colère bravent l'interdiction, demandent de remplacer les souris par des rats et continuent de ravir nos papilles, qu'on savoure les huîtres nature, avec un filet de citron, au vinaigre-échalote, avec ou sans pain beurré. Certains recommandent néanmoins d'accompagner prudemment la dégustation d'un verre de vin blanc.
Au moment de publier ce billet, nous avons déjà regagné nos pénates. Les vacances furent courtes, mais délicieuses. Nous goûtâmes pour la première fois filets de vive et de baliste en regardant s'ébattre pinsons, rouge-gorge, geais et mésanges... Je ne fus hélas jamais assez prompt à saisir mon appareil pour photographier les écureuils fous qui dévorent méticuleusement les pommes de pin sans nous laisser un seul pignon à nous mettre sous la dent.

mardi 28 juillet 2009

Le coup des lapins, par Annick Rivoire


Aujourd'hui je ne me foule pas, renvoyant directement mes lecteurs à l'article qu'Annick Rivoire a écrit sur Poptronics au sujet de nos lapins.
Il est d'autant plus agréable que rare de constater un véritable travail face au nôtre. Trop souvent dans le passé je me suis dit que si j'écrivais comme la plupart des journalistes je n'aurais pas fait de vieux os dans ma profession ou dans mon art. J'ai déjà raconté qu'une ou deux fois par an l'un ou l'une d'entre eux s'attelle sérieusement à son sujet et nous surprend, jusqu'à nous en apprendre sur nous-mêmes. Cela n'a rien d'étonnant de la part d'une journaliste consciencieuse qui prend le temps d'assimiler ce qu'elle aborde, de vérifier ses sources et de remettre l'ouvrage sur le métier autant de fois que nécessaire.

Vernissage Musique en jouets, Galerie des jouets, Les Arts décoratifs, 25 juin - 8 novembre 2009
Photographie de Nabaz'mob : Erika da Silva-Sommé
© Les Arts Décoratifs, Paris

lundi 27 juillet 2009

Désert contre désert


Où sont passés les baigneurs, les vacanciers, les touristes ? La plage est immense, déserte, sublime. Sur des kilomètres de sable fin, il n'y a pas un chat. À peine quelques surfeurs isolés, ici et là un petit groupe d'adolescents perdus parmi les grains du sablier universel, un cerf-volant à chaque bout de l'horizon, un couple qui remonte la dune en se faisant masser les pieds à toutes petites enjambées...


Tandis qu'elle plonge dans l'écume, Florence croise des bars jouant à saute-mouton sur les vagues qui déferlent trop rapprochées pour que l'on ait le temps de nager. À l'approche du flot bouillonnant, intarissable monstre baveux, on tente le saut en hauteur pour franchir la première barre. On court, un peu, pas le temps, déjà une autre vague nous fonce dessus. On met les deux bras en avant, les mains jointes, espérant percer le mur qui s'avance comme le râteau imperturbable du croupier raflant la mise. Passé deux ou trois obstacles de cet acabit, on pense avoir trouvé un semblant de répit. Les murailles d'eau salée nous portent. Devenus bouchons, nous flottons sur leurs crêtes, nous laissant bercés. Jusqu'à ce qu'une vague trop impétueuse nous oblige à plonger en son sein pour ne pas qu'elle nous roule comme des petits bleus. Nous nageons à contre-courant pour ne pas nous laisser emporter trop loin. Encore qu'un baptême en hélicoptère soit sacrément tentant ! Les blockaus enfouis cachent parfois de dangereux fers à béton hérissés comme des herses maléfiques. Fatigués de lutter, nous nous laissons ramener vers la plage, une vague après l'autre. Près du bord, le danger se fait pressant. Le jacuzzi se transforme en mixeur. Comme à l'aller, on s'allonge en fusée, espérant que les lames ne nous transformeront pas en vilebrequin. On sort de l'eau rincé, nettoyé de la noirceur du monde, amnésiques. Une saine fatigue nous coupe les jambes. Le vent nous sèche en deux coups de cuillère à peau. Le soleil nous aveugle.
En nous retournant, nous sommes surpris d'être si peu nombreux à jouir du paysage merveilleux et des ressources que l'océan étale à nos pieds. Pour rien. Pour toujours. Allez savoir.

dimanche 26 juillet 2009

Jeu de l'été avec Slavoj Žižek





Saurez-vous reconnaître ces quatre films qu'évoque Slavoj Žižek dans The Pervert's Guide to Cinema ?
Cadeaux-surprise pour les premières bonnes réponses si vous laissez vos coordonnées en commentaires. Elles ne seront évidemment pas publiées puisque je peux en prendre connaissance avant d'en autoriser la mise en ligne, et cette fois j'éviterai même soigneusement de les mettre en ligne pour que vous puissiez être nombreux à répondre. Les résultats n'afficheront que le nom des gagnants et la nature de leurs lots. Indices sur le blog !

samedi 25 juillet 2009

Cachez ce sein que je ne saurais voir


On peut faire dire ce que l'on veut à une photographie. Son sens glisse entre les doigts comme une sirène que l'on saisirait par la queue. Se laisser porter par la rêverie et l'on invente des dizaines d'histoires. La quantité des interprétations possibles d'une œuvre lui confère sa valeur. Ainsi la Joconde en offre autant qu'il existe de visiteurs attentifs.
Sur la plage, l'homme semble regarder la fille aux seins nus à la dérobée sous une drôle de coiffe confectionnée à partir d'un sac en plastique. La grosse montre qu'il a gardée au poignet indique son souci de la précision. Rien n'a pu être laissé au hasard, ni l'anonymat de la fille dont on ne voit pas la figure, ni la ligne sur laquelle évoluent tous les personnages présents à l'écran, tournant le dos à la mer comme trop occupés par ce qui se passe du côté des dunes. Mais de cela, on ne saura jamais rien. Le geste qui pourrait être celui de la pudeur enserre le corps féminin dénudé dans l'étau triangulaire formé par le biceps, le poing et le regard en coin du Tartuffe. La masse de chair du colosse contraste avec la silhouette frêle de la jeune femme. En appuyant sur le bouton de son appareil, le photographe saisit le geste d'un autre voyeur.


Pure invention de ma part. C'est se faire du cinéma. Si l'horizon dramatise la situation en rendant toute fuite vers le large impossible, la réalité est tout autre, invisible à qui n'en fut pas le témoin. Elle n'en est pas moins cocasse. Nulle tentative de suicide par asphyxie, la scène, sur le second cliché, reste d'autant plus énigmatique que le corps près des vagues est bizarrement penché, comme tombant en arrière. Déséquilibre inexplicable sans la présence du vent. Les bourrasques laissent deviner la résistance offerte par un cerf-volant acrobatique sur la plage désertée. Comme je m'étais moi-même recouvert la tête de mon T-shirt pour éviter les réflexions du soleil en imitant les appareils à plaque d'antan avec le Lumix sans viseur, Serge s'était fabriqué une astucieuse cabine téléphonique de fortune pour entendre son interlocutrice malgré le bruit assourdissant qui soufflait tout autour de nous. Le reste est un mélange d'affabulation et d'observation, une interprétation parmi d'autres.

vendredi 24 juillet 2009

Rinçage


À marée haute l'eau du bassin monte à quelques mètres de la maison. Le soir nous avons le temps de dîner dehors avant qu'il ne commence à pleuvoir. Nous nous endormons tandis que les gouttes entament leur rythme ancestral sur les épines de pin qui jonchent le sol. C'est seulement lorsque la nuit est profonde que le tonnerre commence à gronder. Et puis c'est l'averse. Les éclairs dessinent de brèves ombres chinoises. Pour profiter du son des vagues nous laissons ouvertes portes et fenêtres. La fraîcheur pénètre en courants d'air comme des fantômes de brume. Un bruit de bois croqué nous réveille. L'orage a balayé le ciel. Sans bouger du lit nous assistons au spectacle. Un écureuil fou galope sur l'écorce des pins, il se jette d'arbre en arbre, grimpe, dégringole, fait volte-face et s'évanouit. Les oiseaux répètent inlassablement les mêmes cris que la veille. Tout est en place pour que la nouvelle journée qui s'annonce soit chaude et belle.

jeudi 23 juillet 2009

Guide cinématographique du pervers


" Le problème n'est pas que notre désir soit ou non satisfait. Le problème est de savoir quel est notre désir. Il n'y a rien de spontané ni de naturel dans les désirs humains. Nos désirs sont artificiels. On doit nous apprendre à désirer. Le cinéma est l'art ultime de la perversion. Il ne vous donne pas ce que vous désirez, il vous dit comment désirer. " Ainsi commence The Pervert's Guide to Cinema (maladroitement traduit Le guide du cinéma du perverti), un film de la réalisatrice Sophie Fiennes présenté par Slavoj Žižek. Le philosophe et psychanalyste, marxiste et lacanien, se met en scène dans les décors des films qui alimentent son propos : Possessed, Matrix, Les oiseaux, Psychose, Vertigo, Duck Soup, L'exorciste, Alien, Le dictateur, Les lumières de la ville, Mulholland Drive, Blue Velvet, Lost Highway, Dead of Night, La conversation, Solaris, Eyes Wide Shut, La leçon de piano, Dogville, Le magicien d'Oz, Frankenstein, Star Wars, autant d'extraits commentés avec la véhémence qui le caractérise, humour et brutalité, pour un feu d'artifice de révélations sur l'inconscient de l'humanité ! Contrairement aux citations qui en général affaiblissent les films qui les hébergent, ici les séquences livrent leur secret, sous un éclairage nouveau et inattendu.


Le moi, le surmoi et le ça cohabitent chacun sur un des niveaux de la maison de Norman Bates... La réalisation du désir s'appelle cauchemar... Ainsi le cinéma nous aiderait à comprendre la réalité à laquelle nous ne sommes pas prêts à nous confronter. Plus réelles que notre réalité, Žižek propose de regarder les fictions cinématographiques... Pendant 2h30, il nous tient en éveil sous un tourbillon analytique vertigineux, absolument indispensable à tout cinéphile, on vous aura prévenu. En complément, voir le film d'Astra Taylor, Žižek!, qui accompagne le philosophe pendant sa tournée de conférences à travers le monde.
Le premier DVD est multizones avec sous-titres français, le second (Žižek!) en zone 1, sous-titres anglais.

mercredi 22 juillet 2009

Rouleaux


Il y avait longtemps que je ne m'étais pas baigné dans les rouleaux. En plongeant dans l'écume je me fais masser le dos par la vague comme si je traversais un jacuzzi. Le courant nous entraîne à une vitesse surprenante. Une voiture de police laisse ses traces de pneus sur le sable en fonçant parmi les vacanciers allongés comme dans un film américain, elle est rapidement suivie par deux quads montés par des C.R.S. carapaçonnés Mad Max et par un véhicule de pompiers. Deux hélicoptères ferment le ban. Une nageuse aguerrie s'étant laissée déportée au large est hélitreuillée, saine et sauve.
Je me souviens de notre terrible expérience en Guadeloupe lorsqu'Elsa avait 11 ans. Depuis, elle n'aime plus beaucoup se baigner, ce qui m'attriste pour elle. C'est si bon de nager, de sentir l'eau vous entourer, de vivre dans cet état d'apesanteur humide. Tout était turquoise. Une lame de fond nous avait fauchés alors que nous avions pied. Elle nous avait désarticulés comme si nous n'étions plus que des marionnettes dont les fils ont cédé. Mes membres étaient mélangés, me transformant en monstre, ma tête avait heurté le fond, je ne savais plus si j'étais entier, où était le ciel, où était le fond, surtout j'avais fini par lâcher la main de ma fille et la pensée de la noyade m'avait assailli. Tout s'était passé très vite. Nous nous en sommes bien sortis, mais l'aventure avait été traumatisante. Une autre fois, dans les Landes, alors que j'étais jeune homme, j'avais eu beaucoup de mal à revenir. Je crois avoir acquis une certaine prudence, mais l'océan est traître. Dans la vie, il me semble que les accidents arrivent plus souvent aux experts qu'aux novices. Le désir d'aller plus loin pousse à prendre des risques, la connaissance du terrain fait baisser sa garde et la vigilance s'évanouit par habitude.
Nous nous sentons enfin en vacances. Le Cap Ferret est magnifique. Les oiseaux volètent parmi les pins. Le murmure incessant de l'océan forme un train infini (long, isn't it ?) qui passe au-delà des lotissements, petites villas hétéroclites parfois faites de bric et de broc. La maison de Florence est proche du cap, passé le phare. Nos pas dans le sable font un son étonnant, couït couït couït, pas faciles à enregistrer sous le vent.

mardi 21 juillet 2009

Défiant la gravité


La chorégraphe Kitsou Dubois travaille depuis de nombreuses années sur l'apesanteur. Sous le titre "Autres pistes" elle a réuni au Théâtre de la Cité Internationale une série de numéros de cirque qui défient la gravité et se jouent du poids du corps des acrobates. De semaine en semaine jusqu'au 9 août, virtuoses du mât chinois, clown, jongleur au diabolo, trapézistes composent des spectacles en courts métrages qui donnent le tournis. Dimanche dernier, l'après-midi commençait avec Marie-Anne Michel dont le mât avait été dressé dans le hall du théâtre. Jouer dans un lieu inhabituel produit toujours un effet intéressant sur les spectateurs ; le déplacement interroge la représentation et en l'amenant vers le public lui donne une réalité plus merveilleuse que les conventions théâtrales, il nous en rapproche comme si nous étions invités à découvrir le spectacle depuis les coulisses, là où les trucs se voient sans pénaliser l'illusion, bien au contraire. Et la jeune fille de tomber, de tomber... Ayant regagné la salle, nous découvrons l'humour de Tsirihaka Harrivel qui, attaché à un contrepoids sur une poulie, vole et nous venge, jeu de massacre où le mobilier part en morceaux, par la maladresse d'un clown bègue luttant contre l'adversité des forces contraires. J'apprécie grandement l'absence de musique de ces deux premiers numéros tant le choix musical des danseurs et acrobates est souvent catastrophique. Les grincements du mât de Marie-Anne Michel nous font voguer sur une mer composée d'autant de nous-mêmes et les cascades d'Harrivel absorbent les pleurnicheries à-propos du chiard d'une mère égoïste mettant tant de temps à quitter la salle ! Monteverdi rendra totalement soporifique le duo de portés qui suivit, beaucoup trop académique à mon goût, plus gymnaste que créateur de rêve, et la ritournelle répétée du duo sur trapèze affadissant pourtant un beau travail d'enlacements que les costumes blancs des uns et des autres ne mettent hélas pas en valeur. Nous regretterons d'avoir manqué le clown Ludor Citrik programmé dans les jours qui suivent, mais sortirons heureux d'avoir passé ces moments en apesanteur.

lundi 20 juillet 2009

Objectif dunes


Départ matinal. Scotch et Jonathan agitent leur mouchoir. Ce n'est pas l'embarcation que nous emprunterons pour rejoindre le Cap Ferret depuis Arcachon, mais tout cela a un parfum de vacances dont nous avons bien besoin. D'habitude je pose mes clefs, mes lunettes ou n'importe quoi en des endroits très intelligents dont j'ai évidemment du mal à me souvenir ensuite. Ces derniers temps, les cachettes se sont avérées absurdes, symptômes de ma fatigue, plus intellectuelle que physique. Nous partons une semaine sans savoir si je pourrai continuer à poster mes billets depuis l'océan. Serge dit qu'il doit y avoir un troquet avec du wi-fi à un kilomètre. On verra bien.

dimanche 19 juillet 2009

La sexualité au fil des générations



La conversation dévie rapidement vers le machisme et l'homophobie dans les milieux musiciens et dans la société actuelle. À table, je fais face à Caroline et Sophie. Les deux filles se trouvent peu représentatives des nouvelles générations où l'on se marie à 18 ans et où la bisexualité n'est pas très courante. Curieuses de savoir comment la mienne vivait la chose, elle me posent une foule de questions auxquelles j'essaie de répondre sans ne jamais porter aucun jugement.
Les relations sexuelles semblaient plus faciles, même si cela ne changeait pas grand chose aux rapports amoureux. Nous faisions parfois l'amour comme on dit bonjour, sans que cela implique quoi que ce soit d'autre qu'un moment agréable. La syphilis incarnait le passé, le Sida allait marquer notre avenir. Entre les deux, la pilule, le stérilet ou le diaphragme avaient donné aux femmes une liberté dont les hommes partageaient la jouissance. Ce présent n'excluait pas d'attraper des saloperies, mais elles n'étaient pas mortelles. J'en ai tant collectionnées que j'aurais pu écrire tout un poème avec des rimes en "oque". Nous nous racontions nos fredaines, incartades hors du couple, ce qui nous rendait évidemment très malheureux. La liberté sexuelle ne nous empêcha certainement pas de souffrir, mais elle donnait un parfum de légèreté à nos échanges. On n'en faisait simplement pas une histoire.
Ne pas confondre avec l'insatisfaction chronique qui peut pousser un individu à multiplier les rencontres. Même si nous étions très expérimentaux, nous cherchions l'âme sœur. Bernard Vitet m'avait raconté qu'une des Clodettes qui venait de passer la nuit avec Jimi Hendrix était réapparue le matin en clamant "I've been experienced !" Comme tous les jeunes gens depuis que l'on ne se marie plus par intérêt, nous étions tout de même à la recherche de l'amour. Nous pensions déjà posséder la jouissance, ignorant ce que la maturité nous apporterait plus tard. Au début du film de Denys Arcand, Le déclin de l'empire américain, un des personnages, professeur d'histoire, associe l'exigence amoureuse aux sociétés décadentes où les individus privilégient leurs propres intérêts à ceux du groupe et de son équilibre. Dans Žižek!, film passionnant d'Astra Taylor sur Slavoj Žižek, le philosophe slovène avance l'amour comme réponse à l'erreur du monde. Si la création est un accident dans l'histoire du cosmos, il choisit d'assumer le déséquilibre en invoquant l'amour, sans tomber dans l'écueil de l'amour universel qui le dégoûte, mais en l'associant à la notion du mal : "Love is Evil". L'amour, le manque à soi, il y aurait tant à développer...
Idem pour la bisexualité. C'était une découverte. Nombre de copains avaient été convertis par Bernard Mollerat qui revendiquait haut et fort son homosexualité sans tous ses atours caricaturaux. La plupart d'entre eux finirent par faire des choix, revenant à une hétérosexualité plus facile à vivre socialement ou affirmant leur refus d'une prétendue normalité. Peu continuèrent à être "bi". Les couples de filles étaient souvent plus stables que les garçons entre eux, le modèle dominant restant évidemment représenté par les hétéros. J'esquisse ici vaguement une réponse, mais il faudrait se pencher plus sérieusement sur le sujet pour ne pas dire trop de bêtises... Nous avions beaucoup d'imagination, et celles et ceux qui surent en préserver quelques traces lui substituèrent la fantaisie. Car, dans ce domaine comme dans tout ce qui nous anime et nous garde vivants, rien n'est jamais gagné, le cœur devant se reconquérir chaque jour comme si c'était le premier.

samedi 18 juillet 2009

Quand ta case brûle, rien ne sert de battre le tam-tam


En photographiant un rescapé de l'incendie qui a ravagé l'appartement de Jonathan à New York, un titre me vient immédiatement à l'esprit. Il faisait partie de Sic Tui (Sept Improvisations Courtes sur Thèmes fixes pour Un Instrument), enregistré entre le 24 décembre 1974 et le 13 octobre 1975. Quand ta case brûle, rien ne sert de battre le tam-tam, pour flûte seule, date donc du 1er mars 1975. Les autres pièces, pour orgue à bouche, piano, percussion, sons électroniques, saxophone alto et synthétiseur s'intitulaient respectivement À l'usage des jeunes générations / Jusqu'à penser devoir t'effacer (critique) / Par l'insurrection armée, s'il le faut ; par le terrorisme si c'est nécessaire / Jusqu'à l'effacement (autocritique) / Merde, dit-il, je viens de marcher sur le visage de Dieu ! / De le traquer avec des gobelets, de le traquer avec soin. Une huitième pièce, Hic Tui, devait réunir l'ensemble des instruments, mais je crois ne l'avoir jamais enregistrée.
J'ai toujours adoré trouver des titres, pour mon propre usage ou pour les camarades, et le blog m'offre le plaisir de m'y adonner quotidiennement. Selon les jours, il illustre ou apporte un contrepoint à l'image ou au texte qu'il introduit. Ces trois éléments forment une dialectique dont je ne peux d'ailleurs me passer pour aucun de mes actes, recherchant systématiquement l'antithèse ou le complément avant de tirer le moindre début de conclusion.
Un court-circuit aurait donc mis le feu à ce qui tenait lieu d'appartement à Jonathan dans l'East Village, deux petites pièces où s'amoncellent les livres sur le cinéma et les notes de recherche. Le soir, par un astucieux système de poulies, notre ami faisait descendre son lit au-dessus de son bureau, à quelques centimètres de l'écran de l'ordinateur. Les pompiers ont tout jeté par la fenêtre. Jonathan dût réordonner chaque page après les avoir fait sécher, car on oublie que l'extinction par noyade est souvent plus ravageuse que l'incendie lui-même, du moins s'il est circonscrit. Une société spécialisée a même pu récupérer le contenu de son disque dur après un vol plané de six étages. L'ami américain a trouvé refuge chez des amis de Brooklyn et cet été, comme chaque année, nous l'hébergeons et profitons de son passage à Paris, où il continue son étude sur l'exception culturelle française dans le cinéma comparée aux Etats-Unis, pour filer à l'anglaise, quelques jours de vacances au bord de l'eau, tout feu tout flammes.

vendredi 17 juillet 2009

Le travail du deuil


On est comme à la campagne. Le cimetière de Charonne jouxte l'église Saint-Germain-de-Charonne qui servit de décor à la scène finale des Tontons flingueurs. C'est dire si la cérémonie commençait bien. Les vieux amis ressemblaient à des boulistes ayant raté l'heure de la sieste. Sous un soleil brûlant aux effluves presque corses, les oraisons prononcées en hommage à Jean-André Fieschi en dressèrent un portrait fabuleux et varié, certains avec énormément d'émotion, d'autres plein d'humour, les plus proches se laissant aller à quelques piques pleines de tendresse. Ainsi sa compagne Françoise Risterucci, Émile Breton, Christiane Lack, Jean-Patrick Lebel, Michel Vinaver et d'autres se succèdent au micro, mais ce sont certainement les témoignages de ses enfants, Marthe et Simon, qui sont les plus poignants et les plus fidèles. J'espérais retrouver certains visages, j'en découvre d'autres, je n'en avais oublié aucun. Une chanson corse et la trompette de Miles Davis accompagnent les derniers adieux. En guise de faire-part, la famille a mis à disposition des cartes postales figurant Jean-André à différentes époques de sa vie. Il a toujours adoré les images. J'en choisis une où l'on voit bien qu'il pouvait ne pas être toujours commode !
Lorsque ce fut mon tour je bégayai quelques mots à la mémoire de mon ami :
Cher Jean-André, je n'aurais jamais imaginé me retrouver dans ces circonstances.
Nous avons arpenté ensemble maints cimetières en lieux de promenade et de mémoire, de Venise sur l'île San Michele où nous étions venus porter des fleurs à la demande d'un ami sur la tombe de Stravinsky aux côtés duquel reposait Diaghilev jusqu'au Père Lachaise où tu voulais me montrer celle de Pierre Zucca. Un après-midi comme celui-ci, tu m'avais amené ici-même et tu m'avais indiqué celle de l'infâme Brasilach qui n'était pourtant pas ta tasse de thé bien qu'il ait écrit une célèbre histoire du cinéma.
Ce cimetière de Charonne, nous devrions le rebaptiser cimetière de Charon en hommage à tes qualités de passeur. Je parlais de toi en t'appelant "mon Maître", car lorsque j'étais jeune homme, tu m'appris la moitié de ce que je sais et me donna la méthode pour acquérir le reste. Je disais aussi que ma dette était inextinguible et ton dernier coup de théâtre ne me facilite pas la tâche. Tu tenais toi-même ce pouvoir initiatique de Claude Ollier. Aussi, pour que ta flamme ne s'éteigne jamais, il nous reste à continuer à transmettre ce que tu nous a légué, une appréhension aussi magique que matérialiste de notre monde.
On ne réveille pas un somnambule qui marche au bord du toit. Dors bien et continue à nous faire rêver.

jeudi 16 juillet 2009

Il est d'autres brasiers


Les détonations ayant attiré notre oreille, nous avons mis le film en pause. Le feu d'artifice nous changeait du ballet des hélicoptères qui semblaient faire des allées et venues au-dessus de Montreuil. Là-bas ça chauffait. Queue de manif. La police tire dans le dos, flashballs à hauteur du visage. Ne pas se retourner. Joachim Gatti, fils de Stéphane Gatti et petit-fils d'Armand Gatti, y laissera son œil de cameraman. Déploiement de forces pour faire évacuer le squat de La Clinique. Un journaliste du Monde se fait embarquer. Sarkozy a lâché ses chiens. Le pouvoir montre son vrai visage en défigurant un jeune réalisateur. Rappel des faits. Pétition.
Tombée de la nuit. Le feu d'artifice de Bagnolet est très chouette. Ce n'est pas la Tour Eiffel, mais au moins il n'y a pas de musique grandiloquente pourrie pour abîmer le spectacle. Le son des fourmis lumineuses est épatant et les échos rebondissant partout à la fois constituent une pièce pour percussion remarquable. Nous apprécions moins le ballet des moustiques qui nous dévorent tandis que nous sommes assis sur les tuiles du toit. Encerclés par les flammes qui crachent aux lointains, nous grelotons sous la brise. Quand le ciel changera-t-il enfin de couleur pour passer du tricolore au rouge et noir de la révolte ? Une question d'heures ? J'entends des enfants qui rugissent quand on les gronde...

mercredi 15 juillet 2009

Dans les gradins

Le film est là.

Si je hurle dans l'aquarium en verre qui tient lieu de clapier aux 100 lapins de Nabaz'mob c'est pour me faire entendre de la caméra que tient Olivier Souchard qui a réalisé tous les petits films de l'exposition Musique en Jouets pour le site du Musée des Arts Décoratifs. J'ai eu l'idée de situer là l'entretien, bien qu'il reste très peu de place pour nous deux, parce que c'est une position impossible et intenable. Impossible car les vitrines sont fermées à double tour. Intenable à cause de la chaleur diffusée par les 100 transfos qui alimentent en électricité notre chœur lagomorphe. L'équivalent de seulement 1kW, mais nous sommes dans un milieu quasi hermétique. Il y a tout juste l'espace pour que je me place à un bout et Olivier à l'autre avec les bestioles de profil. Si nous avions diffusé l'opéra, le son qui sort du ventre de chaque lapin aurait couvert ma voix, même avec un micro-cravate. Les vitres parallèles renvoient le son dans tous les sens, faisant rebondir la musique comme autant de balles de ping-pong inépuisables. C'est vrai que souvent je parle fort. Parfois Françoise s'écarte comme si le vent la décoiffait. J'ai trouvé amusante la réflexion qui me dédouble en remplacement d'Antoine, bloqué dans les embouteillages, qui n'arrivera jamais à temps pour le tournage...
Même si je fais des efforts, je ne suis pas toujours très clair. Par exemple, j'annonce qu'il n'y aura qu'une seule œuvre comme celle-ci. C'est vrai et c'est faux. C'est faux, parce que les lapins se reproduisent. Le premier clapier a donné son titre à notre opéra : nous l'avions nommé en référence aux mobs, ces rassemblements d'individus qui ne se connaissent pas et se rencontrent juste le temps d'une action instantanée et souvent loufoque ; 90 propriétaires de Nabaztag avaient ainsi apporté chacun le leur pour participer à l'opéra au Centre Georges Pompidou et Violet avait complété pour arriver à la centaine. Mais la contrainte était trop forte pour continuer ainsi. Il fallait programmer chaque animal et le reprogrammer ensuite avec les réglages de chaque propriétaire, sans compter les annonces et la disponibilité du nombre selon les lieux où nous jouons. Le second clapier, acheté par Atari pour le NextFest organisé par le magazine Wired, est resté à New York. C'est avec un troisième clapier que nous sommes partis en tournée. Lorsqu'il a fallu immobiliser Nabaz'mob pendant cinq mois aux Arts Décos, nous n'avions pas d'autre choix que de mettre une second ensemble en activité, la quatrième centurie. Et ce n'est pas terminé, nous espérons mettre sur pattes très bientôt un troisième clapier, donc le cinquième cent, pour pouvoir nous produire plus facilement en fonction des dates et des lieux. Nos lapins seront ainsi jusqu'au 8 novembre au Musée à Paris pendant que leurs frangins joueront successivement à Linz pour la grande nuit musicale d'Ars Electronica le 6 septembre, puis à Metz le 2 octobre lors la Nuit Blanche et il est question que la troisième fratrie investisse les nuits électroniques d'Ososphère à Strasbourg entre le 24 septembre et le 3 octobre. Un vrai cirque !
Ah oui, j'ai dit que c'était vrai aussi, qu'il n'y en aurait pas d'autre... En effet, nous nous sommes refusés à créer une seconde œuvre avec les lapins et ce pour plusieurs raisons et malgré les possibilités énormes et inexploitées que recèle Nabaztag. D'abord, nous avons, Antoine et moi, déjà pas mal œuvré en participant à l'invention du lapin domestique Nabaztag proprement dit. Ensuite, et c'est lié, nous ne souhaitons pas être systématiquement associés à un animal en plastique. Nous avons une vie en dehors du clapier ! Par contre, nous avons cherché à donner une suite à notre collaboration, après Machiavel et Nabaz'mob, et nous avons enfin trouvé. C'est très avancé. Le script est rédigé, il ne suffit plus qu'à trouver des partenaires avec qui nous entendre. Machiavel jouait sur un rapport un/un, la machine contre l'individu. Nabaz'mob interrogeait encore le contrôle et le chaos, la liberté individuelle et la discipline du groupe, cette fois avec 100 robots. Notre troisième collaboration se concentrera sur un groupe d'êtres humains et sera un spectacle vivant.

mardi 14 juillet 2009

Désastre


Sur son blog, Pierre-Oscar Lévy rappelle les différentes étapes de la lutte pour sauver la planète de 1827 à nos jours. Sous un déluge de dates, la catastrophe annoncée ne rencontre que peu d'écho chez les politiques à la solde des profiteurs. Personne ne souhaite savoir. Quand on écrit personne, cela signifie évidemment peu de monde. P.O.L. livre cette compilation édifiante, fruit d'une recherche pour un film qui ne se fera pas, et pour cause...
En 1995, j'écrivais de mon côté le scénario d'un long-métrage de fiction qui subira le même sort. J'en livrai ici-même le découpage des cinq premiers plans sous le titre Prégénérique de L'Astre. J'étais très présomptueux. Qui a envie de voir un film qui raconte la fin du monde ? Nous savons tous que nous allons vers la mort, mais nous ignorons que nous pourrions la vivre ensemble. Il ne s'agissait même pas de l'orgueil des hommes qui pensent devoir en être forcément responsables, mais d'un accident survenu dans le système de la gravitation. Rapidement la terre retombe au soleil et tend à lui pour s'y refondre... Je n'avais pas mis toutes les chances de mon côté en attribuant à une voix off le rôle principal, pourtant alors accepté par Hanna Schygulla (on la voyait seulement apparaître dans les derniers plans), tandis que le scénario ne mettait en scène qu'une multitude de rôles épisodiques. Gilles Sandoz, alors Agat Films, voulait produire L'Astre, mais je comprenais mal ses manières de producteur, et la réaction de la Commission de l'avance sur recettes eut raison de mon enthousiasme. Évènement paraît-il exceptionnel, face à mon scénario la Commission se déclara incompétente deux fois de suite ! J'avais donc la possibilité de le présenter une troisième fois, mais les notes de lecture de la seconde Commission m'achevèrent. J'avais souhaité faire un film "populaire" et l'on me comparait à Duras, Straub et Huillet. Quelle naïveté de ma part ! Je retournai à ma musique... Françoise dit que je devrais retenter de le mettre sur pieds, mais j'avoue être sceptique. J'avais d'abord rêvé de faire de ce roman de C.F. Ramuz un opéra, puis un hörspiel avant de me lancer dans ce projet de long-métrage. Nous avions retravaillé les dialogues avec Lors Jouin et produit un découpage alibi pour rassurer mon producteur alors que ma façon de tourner devait obéir à des lois beaucoup plus personnelles. Avec Bernard Vitet, nous avions écrit toute la musique pour qu'elle préexiste au tournage. Il n'y a pas de scénario qui exprime mieux ma vision du monde. En l'abandonnant, j'ai fermé les yeux.

lundi 13 juillet 2009

Perspective du vide


En éclairant la scène d'une lumière insoupçonnée, l'envers du décor découvre des angles magiques qui retournent nos convictions. Le contrechamp interroge la réalité comme si elle n'était qu'un théâtre où se joue une pièce dont nous ignorons si nous en sommes les auteurs ou les acteurs. Les fils qui pendent des cintres sont autant de leurres auxquels nous sommes prêts à mordre au moindre signal. Pas un bruit, pas un mouvement. Par un petit trou dans le rideau rouge, on aperçoit les spectateurs, mais le moindre courant d'air pourrait révéler notre présence. Sur les coursives, les cellules abritent des travailleurs de l'ombre. Sous les corbeilles, pour peu que l'on s'y penche, on devine le silence des galeries. Les lustres sont ceux du soleil, ils réfléchissent un océan de gaz vital, une perspective d'avenir qui plonge dans la nuit des temps. Leur nombre érige la surprise en système. Il donne le vertige pour nous éloigner des bords. La photographie tendrait à prouver qu'il ne s'agit pas d'un rêve, mais d'une élucubration.

dimanche 12 juillet 2009

Vélib' en déboires


On a beau invoqué le vandalisme, j'ai du mal à accepter que les stations Vélib' soient si mal entretenues. Le système de la bicyclette citoyenne est pourtant génial et représente sans conteste un des plus grands bouleversements de la vie à Paris pour ses habitants comme pour les touristes qui s'en sont entichés et l'ont pris pour modèle. De plus en plus souvent je suis tenté de laisser mon Brompton au garage et d'emprunter le vélo à 29 euros l'abonnement annuel (1 euro la journée et 5 euros la semaine pour les abonnements ponctuels, trajets de moins de 30 minutes), tarif qui n'a rien d'arrogant pour une jeunesse démunie en comparaison avec le prix de la carte orange ou du moindre transport individuel motorisé. Évidemment il y a un mais. Encore faudrait-il que le système soit fiable et ne nous fasse pas rater nos rendez-vous...
Comme j'habite sur les hauteurs, les stations manquent souvent de vélos tandis que celles du centre de Paris sont surchargées et que l'on n'y trouve pas de place pour parquer son engin. Il est conseillé de passer sa carte sur la borne de la tête de station pour être crédité de 15 minutes supplémentaires et de noter les stations avec des places libres à proximité pour s'y rendre au plus vite. On peut préférer attendre qu'une place se libère, c'est chacun son choix ! Les stations en périphérie marquées d'un pictogramme « V'+ » donne droit à 15 minutes supplémentaires lorsqu'on rend le vélo après avoir courageusement pédalé dans les montées. Mais ce n'est pas tout. Nombreux Vélib' sont en panne : crevaisons, roues voilées, chaînes sautées, freins absents, etc., sans compter les bornes détraquées, les stations éteintes, etc., etc. Je me pose une question simple : qui a intérêt à ce que cela ne marche pas ? Decaux fait des économies de personnel d'entretien, d'accord. La Mairie de Paris voit l'affaire comme un gouffre, certes. Les marchands de cycles tirent la tronche, bof. Les ados s'ennuient le dimanche, mouais. Les taxis pestent comme des rats morts, on se calme. Les uniformes verbalisent à tour de bras, tout bénef. Alors ? Alors je ne sais pas, mais je m'interroge. À qui profite le crime ? Quoi qu'il en soit, si Decaux, concessionnaire en échange de matraquage publicitaire, et la municipalité souhaitent que la bonne idée ne leur revienne pas dans la figure comme un boomrang, il va falloir mobiliser les volontés et se donner les moyens financiers pour que le service soit opérationnel... Pour commencer, il serait utile d'arriver à joindre Vélib' au téléphone qui ne répond jamais.
La liste de diffusion Mieux se Déplacer à Bicyclette donne de précieux conseils. Ainsi j'apprends que les élus municipaux parisiens ont voté mardi en faveur de l'autorisation de tourner à droite pour les cyclistes aux feux rouges, avec expérimentation sur un nombre limité de carrefours (déjà en œuvre à Bordeaux et Strasbourg), ceci participant du même mouvement que les double-sens cyclables dans les zones 30. Le code de la route est à repenser de fond en comble en fonction des vélos qui se sont multipliés. Les piétons et les cyclistes doivent pouvoir se réapproprier la ville face au cancer que représentent les engins motorisés.

samedi 11 juillet 2009

Le grand plein des Lilas


Au détour de la donation Dubuffet au Musée des Arts Décoratifs, je tombe nez à nez avec le 96. Le métro n'était donc pas seul à passer Porte des Lilas dans les années 50 ! En remontant à la surface, le poinçonneur immortalisé par Gainsbourg aurait pu rencontrer le peintre, du moins les jours où le jaja pouvait partager le zinc avec l'eau minérale grande source. À la même époque, René Clair tourne Porte des Lilas avec Pierre Brasseur, Georges Brassens dans le rôle de L'Artiste, Henri Vidal, Dany Carrel, Raymond Bussières. On peut y voir les fortifications qui encerclaient Paris avant que le Périphérique ne les remplace. C'était le paradis des mômes et des mauvais garçons.
Lorsque j'étais enfant, il n'y avait pas de portillon automatique dans le métro, mais un employé de la RATP qui faisait un petit trou rond dans chaque ticket. Ceux de l'autobus étaient tout allongés, pliés en accordéon. Le receveur les glissait dans une boîte à manivelle attachée à sa ceinture qui faisait krrrr krrrr pour les oblitérer. Lorsqu'il pensait que tout le monde était monté il tirait sur une poignée de bois accrochée en l'air à une chaîne qui faisait dling ! Comme la plate-forme arrière était en plein vent et n'était fermée que par une autre chaîne gainée de cuir nous montions et sautions souvent en marche pendant que le préposé avait le dos tourné. Comme c'était l'unique accès, on pouvait descendre sans avoir besoin de traverser tout le couloir. J'adorais l'impression d'être sur un balcon sur roues. Si l'on supportait de voyager debout, c'était vraiment la meilleure place de l'autobus.

vendredi 10 juillet 2009

Rendez-vous au bac à sable


Après avoir été le jardin de mon enfance, le Palais-Royal est devenu mon ministère. Je ne l'exerce plus guère, mais je ne désespère pas de déclencher la manne providentielle pour monter quelque nouveau projet qui ne se ferait pas sans elle. Le drapeau flotte sur la marmite tandis que je tourne le dos aux appartements de Colette et Cocteau, aux boîtes à musique Anna Joliet (100 euros la programmable, mais 500 pour les douze sons, c'est trop cher !) et à la rue Vivienne où nous habitions dans un ancien hôtel de chasse de Richelieu. Le quartier a bien changé depuis les XVIIe et XXe siècles ! J'allais à la maternelle dans cette même rue... Deux jours avant que le nouveau ministre adorateur de monarchies n'annonce sa nomination, Antoine et moi l'avons croisé rue Saint-Honoré en train de faire du lèche-vitrine devant un antiquaire, un barreau de chaise au bec et l'air étonnamment guilleret. Ne pensant qu'à la proximité de notre clapier au Musée des Arts décos, nous avons raté le scoop, ce qui nous fait une belle patte de lapin. C'était probablement son dernier jour de liberté. Pour en revenir aux mammifères à poils que nous gardons, les roses trémières et les roucoulements de pigeons faisaient obstacle à dresser un pont entre l'enfance de l'art et les colonnes du temple, ou l'inverse, soit l'art de l'enfance et le temple des colonnes. Si vous trouvez ce billet ésotérique, mettez-le sur le conte du jeu de mots et de la rêverie bucolique que m'inspire souvent la traversée du jardin, une délicate régression.

jeudi 9 juillet 2009

Le spectre, hypothèse révolutionnaire


Notre vie semble réglée sur du papier à musique, mais les portées sont autrement plus complexes, sans compter le paquet de bémols à la clef. Cycle menstruel ou éternel recommencement de l'Histoire, persistance des comportements névrotiques ou saisons, mouvement des planètes ou rénovation du vivant, rien n'y échappe. Si tout ce qui vit sur la Terre suit des lois cycliques, la répétition n'en est pas moins improbable, car aucun des cycles ne possède la même fréquence. Considérons cette superposition d'ondes comme un sandwich tunisien, un mille feuilles où chaque couche a son propre rythme. Pour qu'existe une révolution complète il serait nécessaire qu'elles se retrouvent ensemble à un nœud de vibration commun à toutes, cas de figure plus qu'incertain dès lors que l'on embrasse un système relativement large. De même, la synchronisation de plusieurs creux ou bosses produit des crêtes induisant des phases de dépression ou d'excitation. La représentation de la vie peut ainsi ressembler à un spectre, comme celui de la lumière ou du son, dont les couches harmoniques dessinent le timbre.
La première image, celle du spectre sonore, a été réalisée en 1999 par Aphex Twin avec le célèbre logiciel Metasynth d'Eric Wenger. On peut entendre le résultat sur le single Windowlicker. Remarquons que Wenger est également l'auteur de l'application Bryce : lorsque ce ne sont pas les cycles, nous avons affaire aux fractales, ce qui, dans notre exposé, revient à peu près au même, et rebelote.


La seconde est mon test d'audition que je subis avec curiosité hier matin au Centre Médical de la Bourse. Bilan : largement supérieur à la moyenne de mon âge. Comme c'est dit élégamment ! Avec une perte de l'oreille gauche autour des 4 kHz. Et rebelote, vous disais-je.

mercredi 8 juillet 2009

Le paradoxe Berthillon


La Maison Berthillon ferme toujours au moment des vacances scolaires. Juillet et août n'échappent pas à la règle, chose assez surprenante pour un glacier. La queue des touristes venus déguster les célèbres sorbets et crèmes glacées s'allonge sur l'île Saint-Louis, ailleurs que devant la maison-mère, étonnamment close pour un tel lieu de plaisir. Comme les restaurants abonnés, les dépôts du quartier auront su prévoir leurs stocks. Le magasin est fermé, mais le laboratoire continue à tourner presque tout l'été sous la houlette du gendre du fondateur (si je ne m'emmêle pas les pinceaux dans la généalogie de la famille). Si commander un cornet réclame de la patience, il n'y a jamais cohue pour acheter les boîtes en ¼, ½, ¾ ou litre. Il ne reste donc plus que quelques jours (réouverture le 2 septembre) pour faire ses provisions avant la fatale pénurie.
Déjà enfant, les glaces me faisaient rêver. Nous allions en famille à L'igloo, rue de Sèvres. Je me souviens du verre d'eau rempli de glaçons que le couple de propriétaires servait avec. Lors d'un séjour à St-Johann-im-Tyrol où mes parents m'avaient envoyé pour apprendre l'allemand (!), je m'ennuyais tant qu'un samedi après-midi je m'enfournai 17 boules, testant systématiquement tous les parfums. Le choix draconien que je m'étais imposé provoquait probablement les séances de revenez-y. Mes amis se sont souvent étonnés de nous voir savourer ce mets glacé en toutes saisons. Aujourd'hui, c'est devenu commun, mais à l'époque les appartements n'abritaient pas tous un réfrigérateur et les congélateurs domestiques étaient encore rares. Je me souviens des premières crèmes glacées à emporter que l'on trouvait dans certains supermarchés tel Inno. Lors de mes promenades sur les grands boulevards, près de la rue Vivienne où je passais mes premières années, les glaces italiennes à la pression formaient monticule en petites torsades. À nos palais Motta succéda à Gervais, les esquimaux à l'entr'acte, Sip Babylone et tour du monde en cornets.
Il m'est impossible de revenir de chez Berthillon, dernière station avant l'autoroute qui nous ramène à la maison, sans rapporter un sorbet au cacao extrabitter, d'une densité à couper au couteau en se faisant les muscles. Ensuite j'oscille : chocolat au nougat, marron glacé (selon saison), praliné au pignons ou au citron et coriandre, noix de coco, pistache, réglisse, earl grey, lait d'amande, feuille de menthe, poire, fraise des bois (selon saison), framboise, mangue, sans oublier l'incontournable caramel au beurre salé ou au gingembre pour Françoise et le petit pot au fois gras pour Noël...

mardi 7 juillet 2009

Rouletabille


Enfant, mes parents me parlaient souvent de Roland Toutain, un ami acteur et cascadeur qui rêvait plaies et bosses. Il faisait de la voltige, se promenant sur l'aile de son avion à hélices et se balançait dessous au trapèze. Ses 97 fractures et une jambe amputée ne l'empêchaient pas, après un déjeuner bien arrosé, de grimper au premier étage d'un immeuble par la gouttière pour aller faire une bise à une petite secrétaire, la pantalon sur le bras. Son rêve était de passer sous l'Arc de Triomphe avec son avion, descendre les Champs-Elysées, faire le tour de la Place de la Concorde, remonter la rue Royale jusqu'à la Madeleine, y pénétrer brutalement, les colonnes lui coupant les ailes, et descendre enfin de la carlingue devant l'autel, nu avec une grande cape. Un jour que mon père est coincé par un chauffard dans un embouteillage et que le ton s'envenime, Roland Toutain qui est assis à côté de lui sort la tête par le toit ouvrant et crie à l'agressif médusé : "Hé va donc, espèce de raclure de pelle à merde !" Après cela, il ne reste plus grand chose. L'insulte fait toujours son petit effet et laisse sans voix ses victimes. Mon père a toujours fait découper des toits ouvrants à toutes ses voitures.


Plus tard, je découvris son visage grâce à La règle du jeu de Jean Renoir où le comédien joue le rôle d'André Jurieux, l'aviateur par qui le drame arrive pour ne pas avoir compris ce que sont les classes sociales. On le retrouve au manche dans Rouletabille aviateur, un film rare de Etienne Székely qui fait suite aux deux chefs d'œuvre sonores de Marcel L'Herbier, Le mystère de la chambre jaune et Le parfum de la dame en noir. Ce troisième épisode des aventures du journaliste-détective Joseph Rouletabille n'a d'intérêt que pour les acrobaties de Toutain et les décors naturels filmés à Budapest en 1932. Les deux autres méritent sans hésiter l'acquisition du DVD de la Trilogie Rouletabille publiée par les Documents Cinématographiques à qui l'on doit déjà les trois volumes de Jean Painlevé et ceux de Georges Rouquier dont l'inénarrable Lourdes et ses miracles. L'adaptation des romans de Gaston Leroux par L'Herbier datant de 1930 et 31 rend ridicule celle de Podalydès. Les décors hallucinants au style "art nouveau" et le jeu des acteurs tirant sur l'expressionnisme confèrent aux deux films de L'Herbier un parfum de mystère que seule la fougue enjouée de Toutain réussit à contrebalancer. S'il initia Jean Marais à la cascade, on comprend l'influence qu'il eut sur le jeune Jean-Paul Belmondo, toupet, naturel, humour et cabrioles. Le film vaut aussi pour un travail sonore épatant, rare à l'avènement du parlant. Le génial cinéaste, auteur de L'inhumaine et surtout de L'argent, n'était pas encore rentré dans le rang.
Je me souviens avoir croisé ce vieux monsieur au regard sévère derrière ses grosses lunettes dans les bureaux de l'Idhec, avenue des Champs-Elysées, au début de mes études de cinéma. Il n'était alors pour moi que le fondateur de l'école qui allait faire de moi ce que je suis devenu. Je ne parle pas par antiphrases, mais c'est une longue histoire que seul le feuilleton quotidien peut conter, révélant ses énigmes et sautant par les fenêtres tant que j'en suis encore capable.

lundi 6 juillet 2009

Vrais mensonges et faux nez


Henri adore envoyer des messages amusants glanés sur la Toile à sa liste d'amis. Ces petits films, diaporamas ou textes incisifs font le tour du monde en ponctuant nos journées d'un clin d'œil souriant, aussi efficace et certainement plus sain que la pause clope dans l'escalier ou sur le trottoir. Mélangés dans la boîte aux lettres, les coups de gueule sont aussi salutaires et les sonnettes d'alarme nous rappellent à la réalité.
Ainsi Alain Garrigou, professeur de science politique à l’université de Paris X Nanterre, a pu pénétrer sans peine dans les archives universitaires. Son enquête portant sur les diplômes de notre Président nous éclairerait sur sa hargne et son mépris envers le milieu de l'enseignement. La supercherie ayant déjà été dénoncée quant aux diplômes de son ex garde des Sots, on peut se demander si ce genre de mensonge est pratique courante chez les intrigants.
" Avant l’élection présidentielle de 2007, les sites officiels (ministère de l’Intérieur, Conseil Général des Hauts de Seine), partisan (UMP) ou professionnel (Cabinet d’avocats Arnaud Claude – Nicolas Sarkozy) indiquaient que Nicolas Sarkozy avait une maîtrise de droit privé, un certificat d’aptitude à la profession d’avocat, un DEA de sciences politiques et fait des études à l’Institut d’Etudes politiques de Paris. Quelques uns étaient plus précis comme le Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire indiquant un « DEA de sciences politiques avec mention (mémoire sur le référendum du 27 avril 1969 » ainsi que celui du Conseil Général des Hauts de Seine qui assurait que « Nicolas Sarkozy décroche un DEA de sciences politiques avec mention, lors de la soutenance d’un mémoire sur le référendum du 27 avril 1969 ».
La mention des Etudes à l’IEP de Paris est problématique puisque Nicolas Sarkozy n’y a pas poursuivi ses études jusqu’au bout comme il est aisé de le vérifier dans l’annuaire des anciens élèves. Or, selon les usages, le titre d’ancien élève ne vaut que pour les diplômés. Il fut donc abandonné. Toutefois, le site de l’Elysée porte toujours cette indication lapidaire : Institut d’Etudes Politiques de Paris (1979-1981). Quant à l’expression « avec mention » accolée à un diplôme, elle indique cette propension à « gonfler » son CV caractéristique des candidatures aux emplois d’aujourd’hui. Si les universitaires savent que tous les diplômés ont au moins la mention « passable », tous les Français ne le savent peut-être pas. L’ensemble des CV est flou à d’autres égards puisqu’on ignore où les diplômes ont été obtenus. Seul le site professionnel du cabinet d’avocats des Hauts de Seine indiquait que Nicolas Sarkozy « est diplômé de droit privé et d’un DEA de sciences politiques de l’Université de Paris X Nanterre ».
C’est en effet là que Nicolas Sarkozy a fait ses études. Faute d’annuaire d’anciens élèves, il était plus difficile de vérifier ce curriculum vitae. Le certificat d’aptitude à la profession d’avocat a bien été obtenu en 1980 avec la note de 10/20 (cf. doc. 1 en annexe). Il y a par contre un problème pour le DEA. Sauf la même défaillance de mémoire des professeurs exerçant en 1979 dans le DEA de sciences politiques de Paris X Nanterre, Nicolas Sarkozy n’a pas obtenu son diplôme. Une petite enquête se heurte à la page noire du réseau intranet de l’université. L’auteur de ces lignes a alors adressé une demande écrite à la présidence de l’université qui a confirmé que le service de scolarité disposait bien d’un document certifiant l’obtention du DEA. Il restait à vérifier avec la pièce qui fait foi en la matière, à savoir le procès verbal de délibération, document autographe au format A3, difficile à contrefaire. Le candidat apparaît bien dans le procès verbal de la première session : il est « ajourné » car absent de l’épreuve écrite terminale et n’ayant pas rendu son mémoire (cf. doc. 2). Il restait à consulter le procès verbal de la deuxième session. Or, le procès verbal a disparu des archives de l’université. Il est même le seul procès verbal manquant de toute l’existence du DEA."


Repassons du coq à l'âne et de l'âne à d'autres oiseaux. Comme on ne remarque pas toujours l'airbag qui écrabouille les lunettes du bellâtre sur son nez, les sous-titres qui détournent La chute, séquence que Mark me recommande à son tour, méritent qu'on rejoue la séquence une seconde fois. Désolé pour les lecteurs qui comprennent l'allemand du sud, ceux qui n'auront pas le temps de déchiffrer les sous-titres anglais et enfin ceux qui ignorent encore tout de Michael Jackson ! J'avais bien besoin de ces bêtises pour oublier ma peine et mes courbatures. Je sens que ça va déjà mieux.

dimanche 5 juillet 2009

Le miroir brisé


Y a-t-il des jours où mieux vaut rester couché mais en avons-nous vraiment le choix ? Allongé ou actif, je pense à Jean-André, une partie de moi-même disparue, comme si la responsabilité de la transmission m'était dévolue à jamais. Mes réflexions ont perdu leur source. J'ai la tête ailleurs. En frôlant un camion, j'éclate une fois de plus le rétroviseur du côté droit. Venu chercher les flight-cases pour les lapins, je repars bredouille parce que j'ai oublié de commander des serrures où l'on puisse accrocher des cadenas. Pour couronner le tout, je tourne une heure sur des échangeurs d'autoroute aux panneaux incompréhensibles. Lorsque je trouve enfin une sortie Montreuil, un semi-remorque m'empêche de l'emprunter. Finalement rentré, je n'ai même pas envie de déjeuner. C'est toujours le signe que je ne vais pas bien. La somatisation attaque sur tous les fronts, je suis en papillote. En fait, c'est la grippe. J'attends que ça passe.

samedi 4 juillet 2009

Filmographie de Jean-André Fieschi


L'héritage intellectuel de JAF fut si considérable que sa mort génère en moi un sentiment d'usurpation. Je n'y étais pas préparé. Cherchant à honorer ce que j'appelais ma "dette inextinguible" je plonge dans mes archives et compile une biographie curieusement absente du Web. Je retrouve des projets, des lettres, des articles, des entretiens, des films, des images dont cette photo que j'ai prise dans les années 70... Une biographie au carbone qu'il avait rédigée au début de notre collaboration sur Les nouveaux mystères de New York (1976-1981) nous donne de précieuses informations, quand j'aimerais reproduire certains de ses écrits, toujours remarquables.

Jean-André Fieschi
(5 mai 1942, Ajaccio, Corsica - 1er juillet 2009, São Paulo, Brésil)

1949 : Vision de Bambi au Rio Opéra.
1961 : Les Cahiers du Cinéma, époque Rohmer.
1963 : Réalisation, à Barcelone, de Cuixart, pour la Galerie Metras.
64/68 : Cahiers du Cinéma, époque Rivette. Secréatrait de rédaction de la revue, articles, entretiens, rencontres (Renoir, Bunuel, Sternberg, Rossellini, Pagnol, Visconti, Straub).
1966 : En plus des CdC, chronique hebdomadaire au Nouvel-Observateur.
Réalisation de L'accompagnement, écrit en collaboration avec Claude Ollier et Maurice Roche, et traversé par les mêmes + Edith Scob, Marcelin Pleynet, André Téchiné. Montage : Jean Eustache. Partition sonore : Michel Fano. Le film était dédié à Julio Cortazar, Prime du CNC (60 000F), ventes aux USA, Canada
(ligne illisible dûe à la pliure)
65/68 : Fonde et dirige avec Noël Burch, l'IFC (Institut de Formation Cinématographique), atelier un peu utopique où furent chargés de cours, de recherches ou de travaux pratiques W.Borowczyk, Marguerite Duras, Michel Fano, Jean-Luc Godard, Pierre Guyotat, Marcel Hanoun, André Hodeir, Robert Lapoujade, Christian Metz, Claude Ollier, Alain Resnais, Jean Ricardou, Jacques Rivette, Jean Rouch, Alain Robbe-Grillet, rien que du beau monde.
66/68 : Réalisation, dans la série (défunte) de Janine Bazin et André S.Labarthe "Cinéastes de notre temps" de :
Pasolini l'Enragé (1h40)...
Domaine italien 2 : Bertolucci (on pouvait avoir des excuses à ce moment-là), De Bosio, Bellochio ?
La Première Vague (Delluc, Dulac, Epstein, Young Mr L'Herbier), travail de recherche de montage, de teintage, et d'archivage de ce qui pouvait encore être archivé.(coréal: Noël Burch)
M.L'Herbier : une re-vision, réévaluation de l'œuvre muette de M.L'H.
Également, participation aux émissions sur Bunuel et Sternberg.
68/69 : Chronique régulière à "La Quinzaine Littéraire".
69/70 : Chargé de cours à Paris I (Histoire du cinéma).
Co-auteur, avec Claude Ollier, de textes radiophoniques, La Fugue et Cinématographe, dans le cadre de l'A.C.R. (Atelier de Création Radiophonique).
70/71 : Pratique intensive du cinéma d'intervention directe (film réalisés pour les municipalités d'Argenteuil, Bobigny, Sartrouville, pour la Confédération Génbérale du Travail, pour le Théâtre des Amadiers à Nanterre, etc.
L'histoire vivante, sur la mémoire du mouvement ouvrier, starring Jacques Duclos, vainqueur d'un cendrier de cristal (rose) au Fesrtival de Leipzig de l'année suivante. (coréal: Bernard Eisenschitz)
71/73 : Enseignement à l'IDHEC (Histoire du cinéma, travail sur le montage, direction de tournages).
Pratique de la vidéo d'animation, dans les entreprises de la Seine St Denis.
Participe à la rédaction d'une encyclopédie monumentale du Cinéma, dirigée par Richard Roud, en cours de publication à Londres et New York simultanément.
Textes sur Bunuel, Epstein, Hitchcock, Murnau, Rivette, Rouch, Sennett, Straub, Tati, Vertov.
73/75 : Directeur de production à Unicité (films, vidéos, disques, journaux muraux, etc.). Étude sur des terrains très diversifiés (entreprises, quartiers, municipalités, régions, etc.) des différents supports audiovisuels et de leus spécificités. Enquêtes, voyages.
Auteur d'émissions de télévision, dans la série (défunte) de Monique Assouline "Grand Écran" : Le film noir américain et Jean Renoir (Réal: Charles Bitsch), L'enfant et ses images (R: Pierre Beuchot). Également : Il était une fois la Comédie musicale (R: Raoul Sangla).
Parallèlement, découverte, expérimentation et pratique intensive de la Paluche, écriture de scénarii (pour Bernard Stora, Eduardo de Gregorio), interventions dans les pages "spectacles" du "Monde", réalisation d'une émission (FM) sur la musique traditionnelle corse, ainsi qu'un disque sur le même sujet.
1976 : Paluche encore, naissance d'un projet tout à fait spécial, double travail concernant le projet lui-même et les moyens de le faire aboutir.


Complétons imparfaitement avec la filmographie publiée lors de sa rétrospective à la Galerie du Jeu de Paume en 1999 :
Permanencia del Barroco (1963)
Théâtre (1980), coréal. Jean-Pierre Mabille, avec Françoise Lebrun, Dominique Labourier, Jean-François Stévenin, Maurice Garrel, Jean-Claude Dreyfus, Jacques Lassalle
Bande Eustache (Jean qui pleure, Jean qui rit) (1982)
L'horreur de la lumière (1982, vidéo-paluche), 25', image-montage : JAF, avec Georges Didi Huberman
Les Monts Oural (1982, 5'), image-montage : JAF, avec Pascale Murtin et François Hiffler (Grand Magasin)
Les Dogons et Chamber Music (1983)
Baby Sitter (1984, 13') avec Anouk Grinberg
Un enfant au sommeil agité (1985, vidéo-paluche/UMT, 13') avec Grand Magasin
Le tueur assis (1985, 60'), scénario-dialogues JAF et Jean Echenoz d'après Patrick Manchette, avec Jean-Pierre Léaud, Roland Amstutz, Caroline Chaniolleau, Jean Dautremay, Michel Delahaye, David Gabison, Yann Collette, Hugues Massignat, Catherine Laulhère
Lettre à une jeune comédienne (40 ans d'Avignon : les acteurs) (1987, 26') avec Maria Casarès, Alain Cuny, Ludmila Mikaël, Gérard Desarthe, Maurice Bénichou
L'idée perdue (1988, 21'), texte Jean Paulhan, avec Anouk Grinberg
Portrait imaginaire d'Alain Cuny (1988, 120') - 1re partie Le savon noir, 2e partie La jeune fille Violaine, image Jacques Bouquin et JAF, montage JAF, avec Alain Cuny, Anouk Grinberg
Chloé, bonne à Rome (1988, 5') avec Grand Magasin
Tommaso Landolfi (1986, 27'), image Luc Pagès et JAF, montage JAF, avec Olimpia Carlisi, Idolina Landolfi
Joë Bousquet (1990, 27'), id., avec Hélène Alexandridis et la voix du Poisson d'or
Pasolini l'enragé (1966-1993, 65'), image Georges Lendi, avec Pier Paolo Pasolini, Franco Citti, Sergio Citti, Ninetto Davoli (photo ci-dessus)
Ramentevoir (1993, installation, Centre Pompidou, "Manifestes")
Que faire ? (bis) (1994, 59'), image/son/montage JAF, entretiens Jacques de Bonis, musique Jean Wiener, avec Jean Burles, Yves Clot
Ninetto le messager (1995, 28'), image Maurice Perrimond, montage Danielle Anezin, avec Ninetto Davoli
Le Talisman (1996, 4')
L'illusion (1997, 60') autour de L'illusion comique de Pierre Corneille montée par Jean-Marie Villégier, image JAF, montage Danielle Anezin
CinéMuse (1997, 13') avec Christine Hoffet
Mosso Mosso (Jean Rouch comme si...) (1998, 73'), image JAF et Gilberto Azevedo, Montage Danielle Anezin, avec Damouré Zika, Tallou Mouzourane, Hamidou Godye... et Jean Rouch
Le Commencement des lions (1998, 4') avec Martha Fieschi
Kaydia (Nouvelles impressions d'Afrique) (1998)
Le jeu des voyages (1987-2004, 20 heures!)
La fabrique du "Conte d'été" (2005, 90'), coréal. Françoise Etchegaray

vendredi 3 juillet 2009

Jean-André Fieschi, le passeur a rejoint le Styx


Je suis abasourdi. Il y a une heure, dans le taxi qui nous ramenait vers l'est, je discutais de la vie avec ma fille Elsa dont nous venions de fêter l'anniversaire de 24 ans. Beaucoup de tendresse, la responsabilité du passage d'un homme mûr à une jeune adulte, la part des choses... Le recul nécessaire pour comprendre qui l'on est en se retournant sur nos passés nous permet d'envisager l'avenir comme une suite d'aventures extraordinaires. Oui, beaucoup de tendresse pour celles et ceux qui nous ont formés, même si les maladresses constituent souvent collection. Ne sachant pas par quel bout le prendre, je ne réaliserai l'annonce qu'après avoir dormi un peu. Le message de Jean-Patrick Lebel et Christiane Lack anticipe l'orage qui s'annonce et me foudroie : "Cher Jean-Jacques, pardon pour la brutalité de cette très triste nouvelle. Jean-André Fieschi, qui était au Brésil avec Émile Breton, Michel Marie et d'autres, est mort brusquement hier au moment de son intervention dans un colloque sur Jean Rouch. Nous sommes dans l'affliction et t'embrassons fort."
J'aurais pu titrer tout aussi bien "La mort d'un maître" et il fut le mien. Jean-André était mon troisième père, après mon géniteur dont le regard posé sur moi ne me quitte pas et Frank Zappa qui initia mon récit. Il est terrible de penser que Bernard Vitet dont la santé m'inquiète depuis plusieurs mois est le dernier survivant de cette bande des quatre. J'ai rencontré Jean-André lorsque j'avais 18 ans, jeune étudiant en première année de l'Idhec. Responsable de l'analyse de films, il nous initia au cinématographe dans ce qu'il a de plus beau, de plus intelligent, de plus magique surtout. J'évoquai longuement les merveilleuses années passées en sa compagnie dans mon billet intitulé "Remember My Forgotten Man". Je le prenais pour un génie, un génie suicidaire encombré par tant de mémoire et d'intuition, par ses trésors cachés acquis souvent dans des circonstances mystérieuses, ses silences qui nous auraient fait perdre patience si notre dette n'était inextinguible. Le cinéaste et critique était un passeur. Tous ceux et celles qu'il forma en gardent un souvenir indescriptible. En exergue de ses Nouveaux Mystères de New York il avait inscrit cette phrase de Paracelse : "Je vous apporte la peste, moi je ne crains rien, je l'ai déjà." Sa reconnaissance publique n'a jamais été à la hauteur de son enseignement, car la plupart de ce qu'il nous transmettait passait par l'oral et par les documents qu'il sortait comme des lapins ou des colombes de son chapeau-claque. Il avait connu les plus grands et savait leur rendre hommage. J'eus la chance de partager plus d'une tranche du gâteau pendant mes années de formation. L'entendre au sens où Jean Renoir les préférait à toute tranche de vie.
Comme je ne sais pas où trouver une photo de lui dans mes archives, je fais une capture écran de son rôle en Professeur Heckell dans Alphaville, derrière, à droite d'Eddy Constantine, Jean-Louis Comolli et Laszlo Szabo. Et j'appelle Elsa parce que, s'il m'arrive de donner des leçons, des conférences ou des conseils, c'est pour que ne s'éteigne jamais sa lumière. Les pierres précieuses dont il me fit cadeau et qui me brûlent les doigts m'aident à vivre depuis, sans discontinuité. JAF avait 67 ans. Je pense à ses trois enfants en entendant la voix de la mienne et je trouve enfin mes larmes.
Tu as rejoint la cohorte des fantômes qui ont peuplé ta vie. Mourir au Brésil, c'est bien un tour à ta façon. Si tu pouvais partager cet ultime rebondissement tu en rigolerais bien.

jeudi 2 juillet 2009

La grosse tête


Il y a peu je fustigeais les mauvaises manières des jeunes musiciens de jazz. C'était injuste à plus d'un titre. Ni les jeunes, ni les musiciens, ni les jazzmen n'en ont l'exclusivité. De plus, les conditions de tension et d'épuisement avaient fragilisé les membres de l'ONJ dont les consignes manquaient probablement de jugeote et de tact.
Lorsque l'on est artiste, "avoir la grosse tête" est somme toute assez courant, voire logique. Le plus important est de savoir séparer le privé du public, l'humain du monstre, fut-il sacré. Devenir professionnel, sortir du lot, exigent pour certains une résistance à l'adversité, une écoute sélective des critiques, entendre une surdité choisie qui permette de poursuivre sa course d'obstacles, incompatible avec une politesse civique et un échange équilibré. L'alternative à la grosse tête serait la dénégation, la dépression, allant souvent de paire avec une descente aux enfers que l'alcool ou la drogue n'arrangent guère, encore que cela revienne au même.
Dans une soirée, il est courant de s'intéresser aux autres sans que personne ne vous demande ce que vous-même devenez. Tandis que je retournais la phrase "et toi, comment vas-tu ?", le musicien pourtant bien en vue à qui je m'adressais me répondit : "Merci, voilà trois semaines que personne ne m'avait posé cette question !" Ce n'est pas que mon ego soit différent des autres, loin de là, mais j'essaie de faire attention à mes interlocuteurs, je me force à ne pas entretenir un rapport unilatéral. Ce n'est pas toujours facile tant la passion et l'enthousiasme nous animent. Il n'est pourtant de relation équilibrée que dans l'échange et le partage. De plus, ce petit exercice, qui peut paraître d'abord de simple politesse, est profitable à quiconque sur scène espère passer la rampe. Dans tous les cas, l'écoute des autres est instructive, même si l'on pense déjà connaître la réponse ou que l'on s'en fiche royalement. Cette politesse recèle plus d'une surprise, tant cette pratique est peu courante. La plupart des individus ont la fâcheuse tendance à développer des discours à sens unique sans s'intéresser à qui ils ont affaire. Le retour alimente pourtant notre perception du monde et nous nourrit.
Dès lors qu'il s'agit d'artistes qui font profession de se montrer devant des spectateurs, l'échange inégal se fait particulièrement sentir. La fascination qu'ils exercent sur leur public camoufle souvent ce rapport boiteux. Il n'est reste pas moins honteux et stupide, voire stérile et manqué. S'enquérir de son voisin avec la plus grande attention est une démarche salutaire qui, si elle ne fait pas dégonfler la tête, a le mérite de transformer les monstres en gentilles bêtes.

mercredi 1 juillet 2009

L'avance de l'ombre


De mon père j'ai hérité la première charade dont je me souvienne : " mon premier est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon second est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon troisième est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs (à cet endroit mon père ne faisait qu'accélerer son débit de paroles jusqu'à le rendre à la limite du compréhensible par un effet de vitesse et d'emballement), mon quatrième est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon cinquième est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon dernier est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, (là mon père marquait une pause et concluait à bout de souffle et soulagé) et mon tout est une boisson rafraîchissante !? ". Pour l'anecdote, je suis né rue des Martyrs, ou plus précisément dans une impasse qui y prend sa source, Cité Malesherbes.
En dévalant le macadam comme un fou depuis la Porte des Lilas jusqu'à la Bastille, je vois mon ombre qui s'allonge devant moi comme si elle me précédait dans le temps. Elle arriverait plus vite que moi à mon rendez-vous si je n'entamais un virage déterminant Place Voltaire. Avant de reprendre le dessus, je saisis d'une main mon appareil dans le panier du Vélib et j'épingle l'arrogante qui me montre la route. Il ne me reste plus qu'à savourer la solution de ma charade, citron pressé, breuvage tout indiqué par cette température.

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