Jean-Jacques Birgé

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lundi 30 novembre 2009

Séance d'écoute : Petit, Wyclef, Zorn...


Huit ans après Déviation, le violoncelliste Didier Petit sort son second album solo chez Buda Musique. La prise de son acoustique pose la voix à l'arrière plan comme si on était dans la chambre. L'électricien Hendrix avait le même rapport. Petit remplace le chewing-gum par le miel et le Marshall par l'archet. Et puis il y a l'âme, beaucoup d'âme. Deux âmes qui font corps. Don't explain est sous-titré 3 faces pour violoncelle seul. C'est un mensonge. Ils sont au moins deux. « Un mensonge qui dit toujours la vérité » ? Didier aime baratiner. Il dit n'importe quoi et refuse de s'expliquer sérieusement. Voici un romantique camouflé qui ne peut retenir son bras et sa gorge cingler cette vérité. « Pas toute, parce que toute la dire, on n'y arrive pas... Les mots y manquent... C'est même par cet impossible que la vérité tient au réel. » dit le psychanalyste et la musique de résoudre l'équation posée. Voilà un camouflet romantique qui sort la musique de ses gonds pour laisser l'air entrer par la porte et s'envoler par la fenêtre, jusqu'aux étoiles. Le CD est inséré dans un petit livre de 48 pages illustré d'images de Théo Jarrier prises pendant l'enregistrement en studio à Minneapolis et de photos oxydées de Jean Yves Cousseau, auxquelles se joignent un Petit entretien et des textes de Francis Marmande et Jarrier.
Vendredi soir, Didier Petit donnait le coup d'envoi au 20ème anniversaire du label in situ. Théo Jarrier avait ressorti sa batterie du grenier et malin celle ou celui qui aurait deviner que cet ancien cogneur de Metal saurait propulser le quatuor vers le cœur du soleil tandis qu'Étienne Bultingaire fignolait les contrôles aux manettes de son engin électronique. L'écrivain Hervé Péjaudier structura le récit par des saynètes vocales aussi tragicomiques que virtuoses.

Je n'achète plus beaucoup de disques, mais je reste fidèle à certains artistes comme le Kronos Quartet, Robert Wyatt, Michael Mantler, Brigitte Fontaine ou Wyclef Jean. Je cite les vivants. Je n'évoque ici pas celles et ceux qui ont la gentillesse de m'envoyer leurs nouvelles créations. Ceux qui nous ont envoûtés bénéficient toujours d'un certain crédit.
John Zorn produit beaucoup trop de disques pour qu'un consommateur puisse suivre le rythme de ses sorties. Il a mis les banques dans sa poche, pas nous. De temps en temps, je craque pour une de ses nouvelles productions, plus roublardes les unes que les autres. Femina est un disque agréable qui prétend être un hommage aux femmes artistes, mais les six interprètes féminines ne peuvent nous empêcher de douter de la sincérité du compositeur en mal de prétextes. À force de trop en faire, John Zorn dilue son style en faisant feu de tout bois. Cela finit par ressembler à des produits joliment marketés pour la boutique Colette. Attiré par la pochette, je m'étais laissé prendre à la molle surf music de ses Dreamers. Son opportunisme est devenu lassant. Parmi les centaines de disques qu'il a produits, sa meilleure pièce reste pour moi celle qui le lança, contribution au Godard ça vous chante ? chez nato sous la houlette de Jean Rochard, à qui l'on doit justement la production exécutive du disque de Didier Petit !
Wyclef Jean, ex-Fugees, n'a plus l'allant de ses chefs d'œuvre, The Carnival ou The Ecleftic, et si la première écoute de Toussaint St Jean déçoit forcément, la seconde révèle tout de même quelques agréables moments. Peut-être que ses dernières œuvres sont plus destinées au public haïtien que les luxueuses productions que nous tentâmes d'user sur la platine... Comme tous les rappeurs, Wyclef a le mérite de relater les histoires de sa communauté et de le faire avec honnêteté.
Pour terminer ma séance d'écoute, je reste interdit par la terrible doom de The LumberJack Feedback, un rock très noir où il n'y a plus l'ombre d'un espoir, le groupe lillois faisant bloc sans s'autoriser aucune envolée soliste. Ici comme ailleurs, la musique réfléchit son époque et ceux qui la traversent, débordant du cadre esthétique pour nous renvoyer l'image sociale qui lui sert de toile de fond, éclaboussant l'audience de ses accords ou de ses désaccords.

dimanche 29 novembre 2009

Rubrique des chiens ressuscités


Je ne comprends pas. Je ne sais pas. Les évènements se suivent trop rapidement. Les rendez-vous se sont tuilés toute la journée sans que j'ai le temps de reprendre ma respiration. Chaque fois je leur ai laissée. Mon asthme siffle tard l'arrêt de jeu. Pierre s'est cassé le dos en remontant le vin depuis le sud. Deux reporters amateurs de Radio Campus sont descendus du nord pour m'interroger sur le festival d'Amougies. Contrairement aux professionnels ils prennent le temps de me poser les questions qui les animent. Les uns comme les autres aiment faire partager leur passion. Je suis touché par leur sincérité et leur générosité. Les amis font coucou. Philippe passe. Aldo passe. Lucie fait un reportage sur mon travail sonore. Depuis le matin, j'aurai parlé près de huit heures sans discontinuer. Olivia passe. Thierry passe. J'appelle Pascale qui a retrouvé son entrain après sa péritonite aigüe et quatorze heures d'attente aux urgences. Alors je file au dîner d'automne de Fani, Mathilde et Fabien. J'écoute.
On parle des ravages de la psychiatrie comportementaliste, légiférée, institutionnelle. L'automatisme pharmaceutique évite de questionner le rôle de la société dans la folie. Comme si l'incarcération pour des actes non commis mais supposés prévisibles allait découler d'une science prétendument exacte... On parle d'Israël et de Jean-Luc Godard. On parle des Juifs comme exemple de mot interdit qui escamote l'analyse. Personne ne dit plus "un noir", mais "un black"... On parle de l'échec financier de la majorité des films qui sortent chaque semaine, de la perte de l'assistanat, de l'indépendance des artistes... On parle des enfants qui ont besoin de se brûler pour savoir que c'est chaud, de ceux qui ne marchent pas encore, de ceux qui volent de leur propre zèle. On parle de la mort et de la maladie. On parle de l'animal infiniment petit dont la durée de vie représente à peine un éclair en regard du cosmos. On parle du temps qu'on n'a plus. On parle de cul avec une jeune fille qui s'émancipe. On parle de toi. En rentrant je croise Jessie et Momo. On parle du vaccin. Chaque fois que la peur, mauvaise conseillère, est convoquée, on peut être certain qu'il s'agit d'une manipulation. On parle salaires et profit. On parle des victimes. On parle en attendant d'agir. On parle peu de notre léthargie.

samedi 28 novembre 2009

Urgent Meeting III ?


Après deux jours de cauchemars régressifs qui renvoient à l'enfance, je fais un rêve productif et prémonitoire. Chaque fois que je coince sur un virage majeur de mon travail, la réponse finit par se présenter de manière fulgurante. Je me souviens avoir eu l'idée d'Urgent Meeting et Opération Blow Up en mettant la main sur la poignée de la porte de la cuisine de l'Île Tudy. Le knack ou comment l'avoir. Une macération lente sans fixation. L'idée fait son chemin dans les méandres de l'inconscient et finit par croiser le réseau de fils tendus pour la piéger. Une bissectrice se dessine entre l'organisation obsessionnelle acharnée des listes et l'attente patiente du flash intuitif. Mon Pop'Lab pour Poptronics évoque L'étincelle créatrice. Je vivais dans l'appartement de mes parents rue des peupliers à Boulogne-Billancourt, au 59. De jeunes musicens et musiciennes étaient venus improviser un dimanche sur mes structures baroques. Ils étaient beaucoup plus nombreux que prévu à répondre à l'invitation. Une dizaine à la fois, mais ma chambre transformée en studio ne pouvait en accueillir que trois ou quatre. Les instruments étaient sortis de leurs étuis. Je n'avais plus qu'à installer les pieds des micros et enregistrer. Je me suis réveillé content. Pourtant je n'avais rien entendu.
Tout reste à faire.
J'ai saisi l'analogie avec le projet Urgent Meeting qui rassembla 33 invités d'origines musicales les plus diverses sur deux cd. Le texte écrit en 1991 commençait ainsi : " Tout contribue à l'isolement : home-studios indépendants, téléphone, fax ; échantillonnage et synthèse, ordinateurs, classification arbitraire des musiques, disparition des petits disquaires spécialisés, querelles de clochers, manque d'interlocuteurs au sein des institutions, quasi inexistence de la critique... Les trois compositeurs-interprètes d'Un Drame Musical Instantané réagissent à leur niveau en constituant un lieu de rencontre systématique qui leur permette de partager leurs acquis compositionnels et leur goût du risque avec les musiciens et les musiciennes qu'ils aiment ou qu'ils souhaitent rencontrer.... Les compositions du drame, répertoire original de "musique à propos", sont ici conçues comme des écrins, et la liberté totale d'instrumentation et d'invention reste le privilège de leurs invités. Libre à ceux-ci de faire basculer l'œuvre dans leur camp, entraînant le trio vers des contrées insoupçonnées. Les termes de la rencontre sont informels mais le rituel est toujours le même : d'abord le choix de la pièce parmi le répertoire proposé, ensuite installation, accord autour d'un agréable repas, enregistrement et mixage en temps réel... Les œuvres se caractérisent par leur titre, leurs propos, leur forme générale, l'instrumentation du trio et certains de leurs choix préalables (timbres, textes, rythmes, mélodies, etc.), le nombre d'invités requis et leur rôle... Les thèmes abordés sont ceux des conversations de tous les jours, souvent amorcés pendant le repas, et l'ensemble doit aboutir à une sorte de journal vivant, longue suite de cosignatures où chacun ou chacune raconte sa façon de voir les choses..." Suivaient sept thèmes proposés sur l'amour, la mort, l'éducation, la démographie, le profit, l'humanité et le progrès, avec de forts partis pris dans l'énoncé des titres ! Le texte qui accompagnait le second volume, Opération Blow Up, se terminait quant à lui par : " Contrairement à la coutume nous ne nous sommes pas rencontrés pour enregistrer, l'enregistrement fut le prétexte à nous rencontrer. " Nous n'avions pas les moyens de rétribuer nos invités, ce qui n'empêcha pas le générique d'être exceptionnel. Par ordre d'apparition : Colette Magny, Raymond Boni, Geneviève Cabannes, Didier Malherbe, Michèle Buirette, Pablo Cueco, Youenn Le Berre, Michael Riessler, Laura Seaton, Mary Wooten, Jean Querlier, François Tusques, Dominique Fonfrède, Michel Godard, Gérard Siracusa, Yves Robert, Denis Colin, Louis Sclavis, Vinko Globokar, Brigitte Fontaine, Frank Royon Le Mée, Henri Texier, Valentin Clastrier, Joëlle Léandre, Michel Musseau, Stéphane Bonnet, Jean-Louis Chautemps, Gÿorgy Kurtag, Didier Petit, Luc Ferrari, Hélène Sage, Carlos Zingaro, René Lussier et le trio du Drame.
Mon nouveau projet, encore confidentiel, n'a évidemment rien à voir ni à entendre, même si j'y décèle quelques analogies. Le support ne sera pas un cd, mais se répandra sur Internet. Ce qui le rapprochera d'Urgent Meeting, c'est la multitude des invités, nombreux parmi les plus jeunes déjà en activité, et le choix d'une décennie parmi les dix proposées, le sujet embrassant cent ans de création. Mon rêve m'a permis d'entrevoir le processus opérationnel qui me manquait pour continuer. Il ne me reste plus qu'à prendre le taureau par les cornes et agencer les playbacks sur lesquels mes invités opèreront leurs regards critiques et inventifs ! Il y a un an j'avais déjà extirpé pas mal d'éléments sonores inédits des archives.
Y a plus qu'à...

vendredi 27 novembre 2009

Deux haut-parleurs dans la poche


La paire de mini haut-parleurs iHome est la solution nomade idéale pour amplifier ou donner du son à tous les portables, de l'iPhone à l'ordinateur, du Tenori-on au Kaossilator, par exemple, qui ne possèdent aucune enceinte. Déjà petits, ils se referment par un système de soufflets en accordéon et se collent ensemble magnétiquement. Un petit sac est livré avec, ainsi qu'un câble servant à les connecter en audio et à les recharger par la prise USB d'un ordinateur. Pas de batterie à changer ni de transformateur. Censés tenir 6 heures la charge, mieux vaut débrancher l'USB qui produit un léger crachotement quand on écoute de la musique. Gros son pour des petits machins. La qualité de l'iHM79 serait un peu meilleure que l'iHM77, mais il est nettement plus encombrant (voir photo ci-dessous et l'étude d'iLounge).


Comme j'ai été incapable de trouver un revendeur en France, j'ai acheté les iHM77 sur Ace Photo Digital, mais en passant par Amazon.com, solution qui m'a semblé la moins moins chère. Avec le port, ils reviennent à environ 45 euros la paire pour une livraison rapide (moins de 40 euros en tarif lent). Je les ai essayés avec mon Kaossilator dans l'autre main, déployés mais magnétiquement assemblés, et j'en ai été ravi. Ils existent même en quatre couleurs, noir, argenté, mauve et rouge. Un cadeau sympa pour Noël.
À ce propos, j'ai déjà fait mes emplettes, histoire de ne pas courir au dernier moment, d'autant que le mois de décembre est hyper chargé : trois Nabaz'mob dont un à Londres, le second module de 2025 à attaquer alors que le premier n'est pas terminé, conférences, interviews, réunions, sorties, dîners, je viens d'écrire la préface du livre sur ma tante Arlette Martin et je voudrais commencer la refonte de mon site pour lequel j'aurais besoin d'un stagiaire zélé ou d'un webmestre rapide et disponible. Le mois de décembre n'est même pas commencé que les téléphones sonnent à tout bout de champ. De plus, j'ai une telle envie de faire de la musique que j'en piétine d'impatience, or les concerts prévus sont pour la Saint Glinglin...

P.S. : ravi de mes iHM77, j'ai récidivé en acquérant une paire d'ihm79 sur maison-du-son.com pour 43 euros port compris. Volume double, mais son nettement plus gras, basses flatteuses au détriment des transitoires. À côté, les ihm79 sonnent nasillards, mais claquent mieux dans l'aigu. Pour une écoute domestique et confortable je conseille les 79, mais pour l'encombrement en déplacement les 77 ! Un de mes synthés de poche sonne mieux avec l'un et un autre avec le second, ah zut ! Pour le son, vous préférerez probablement les 79, mais ils sont deux fois plus gros...

jeudi 26 novembre 2009

Rendre à Didon et Énée ce qui appartient à Mézig


Signe de l'attention prêtée au son dans les productions audiovisuelles, mon nom a sauté parmi les crédits détaillés des page 5 et 6 du joli livret. Ce regrettable oubli me pousse à publier le jingle dont j'ai composé la musique. Il annonce la collaboration de l'Opéra-Comique et de FRA, société de François Roussillon spécialisée dans la mise à l'écran de spectacles opératiques.
Grâce à la recommandation d'Étienne Auger qui a réalisé les animations graphiques d'après Grandville, j'ai également monté les deux boucles musicales tirées de l'opéra faisant l'objet de ce DVD. Il s'agit de Dido and Æneas (Didon et Énée) de Henry Purcell, mis en scène par Deborah Warner, dirigé par William Christie à la tête des Arts Florissants et filmé par François Roussillon. Hors l'excellence de tous les protagonistes, je rêve d'une interface plus adaptée au support qu'une simple citation de trente secondes mise en boucle. Le soin apporté au jingle montre la voie vers un authoring sonore plus inventif, servant l'habillage et la navigation au même titre que le travail sur l'image.
Même si la synchronisation que j'avais livrée n'est pas celle que je découvre ici (l'oiseau n'apparaissait que sur les quatrième et cinquième notes, jouant sur un temps d'attente "dramatique" disparu de la version définitive), mon clin d'œil à Norman McLaren n'a pu qu'enchanter Jérôme Deschamps, directeur de l'Opéra-Comique et fan de Jacques Tati. Choisissant d'être simple en amorce des boucles orchestrales, j'ai affecté à chaque logo un instrument, la flûte pour l'oiseau, le violoncelle pour l'ouïe en f, en terminant par la rencontre des deux. Cette première collaboration sera bientôt suivie par Carmen de Bizet et L'étoile de Chabrier dans cette collection fort recommandable.
J'adore travailler sur des commandes, d'abord parce que cela me permet de m'alimenter, tant au niveau du réfrigérateur que des sollicitations artistiques, ensuite parce que les contraintes sont un défi excitant à relever. En tant que compositeur il y a très peu de différence entre les œuvres de commande et les œuvres personnelles tant que mon esprit critique peut s'exprimer. Sans cette liberté je rends mon tablier. Quel que soit le contexte je sers un propos, ce que j'illustrai très bien en nommant mon travail avec le Drame "musique à propos". Il faut mettre un pied dans la porte et faire avancer une chose ou une idée, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Les gains vont de un à un. On peut découvrir la musique du rideau d'eau de Peugeot dont Éric Dalbin a récemment mis la vidéo en ligne sur son site, dans une version courte et une complète. Cette dernière donne tout son sens à mon travail de composition.

mercredi 25 novembre 2009

Didier Petit pour le 20ème anniversaire du label in situ


Didier Petit a vingt ans lorsqu'il entre dans le grand orchestre d'Un Drame Musical Instantané. Il ressemble aux jeunes gens enthousiastes et impétueux devant qui le rideau se lève. Il sait aussi écouter et tenter l'impossible puisque le secret est de ne jamais cesser d'apprendre. Je l'avais entendu dans le Celestrial Communication Orchestra d'Alan Silva auquel il restera fidèle après son passage par la pépinière IACP, école de jazz incontournable des années 80. L'épatant chaos ambiant ne me permet pas de l'apprécier aussi bien que dans le sextet Dernier Cri où figure également l'accordéoniste Michèle Buirette dont la rencontre ne fut pas pour moi exclusivement musicale ! Il la rejoindra un temps en trio avec le violoniste Bruno Girard au moment du disque de Michèle, La mise en plis, enregistré quelques jours avant la naissance d'Elsa.
Si fin 1982 il a déjà participé au second album du Drame en grand orchestre, Les bons contes font les amis, c'est sur L'homme à la caméra que le violoncelliste chantera pour la première fois, à ma demande. Cette manie lui est encore souvent reprochée par certains puristes effarouchés par les effusions de son. Je me souviens qu'alors Didier m'avait demandé de participer, même symboliquement, à la production du disque et que je l'avais gentiment envoyé promener ! Il m'avait expliqué qu'il souhaitait s'impliquer pas uniquement musicalement, mais aussi productivement, dans les projets qui lui tenaient à cœur. Et du cœur il en a. Têtu et persévérant, il ne lâchera pas son idée et créera six ans plus tard, en 1990, les disques in situ dont nous fêterons le 20ème anniversaire de vendredi à dimanche à L'Échangeur de Bagnolet. Mais Didier n'a pas créé son label pour se produire comme nombreux de ses collègues désirant préserver leur indépendance créative ou économique. Avec Hervé Péjaudier pour les textes de pochette et Toffe pour son graphisme rouge et noir, il a imaginé une collection pour inviter les amis dont il apprécie la musique. La liste est trop longue pour les citer tous et toutes, mais je tiens à saluer particulièrement sa sincérité, son honnêteté et sa compétence, trois qualités que l'on rencontre rarement chez le même producteur ! Je crois que notre contrat est arrivé à échéance depuis près de 15 ans et il ne me serait jamais venu à l'esprit de le dénoncer, tant les choses sont claires et le plaisir partagé. Car Didier Petit (sur la photo à droite, le 12 février 2004) est avant tout un musicien, compositeur de l'instant, un violoncelliste fougueux et inventif, un romantique d'une autre ère parlant le langage de demain. Il a d'ailleurs passé le relais du label à son complice Théo Jarrier, devenu depuis le vénéré disquaire du Souffle Continu.
Après la dissolution du grand orchestre en 1987 (on reconnaîtra Didier dans la vidéo d'une répétition boulevard de Ménilmontant), nous avons souvent collaboré pour des projets extrêmement variés : l'œuvre-site Somnambules avec Nicolas Clauss, des concerts avec Bernard Vitet (sur la photo à gauche) et Eric Echampard, le CD Opération Blow Up aux côtés de György Kurtag, des sonneries de téléphone pour SonicObject, un trio avec Denis Colin pour l'évènementiel (se) diriger dans l’incertain, la musique du film Ciné-Romand, etc. Il a publié notre Jeune fille qui tombe... tombe de Dino Buzzati avec le Drame et Daniel Laloux dans la collection in situ, j'ai relaté ici-même ses WormHoles et nous nous sommes côtoyés évidemment aux Allumés du Jazz...
Il existe un gag récurrent entre nous. Un soir où le groupe clandestin du 29 septembre, des producteurs de disques indépendants, s'était réuni chez moi nous nous sommes engueulés comme du poisson pourri sur la compétence des journalistes de jazz. Comme je le traite de curé il me répond "connard" avec une véhémence aussi partagée que notre tendresse mutuelle. Les camarades présents ont cru que nous allions en venir aux mains tant nous semblions énervés alors que ce n'était qu'un jeu. Aussi aujourd'hui le connard tire son béret (un béret, un béret français !) au curé avec un grand éclat de rire en lui souhaitant un joyeux anniversaire !

mardi 24 novembre 2009

Le deuxième verrou


Ne pouvant laisser croire à la contrôleuse que j'étais en voyage de noces pour la convaincre de m'ouvrir un compartiment pour moi tout seul, je lui ai raconté que je voulais travailler et qu'il me suffisait de déplacer oreiller, duvet, bouteille et petits mouchoirs sans que cela ne lui coûte d'autre effort que de changer mon numéro de couchette sur son plan de wagon. La manœuvre porta ses fruits. J'ai beaucoup mieux dormi qu'à l'aller où un type sortait et rentrait toutes les heures sans refermer les loquets derrière lui quand il ne ronflait pas comme un sonneur. Au retour, après un sommeil réparateur, j'ai profité de ma solitude pour m'arnacher et enregistrer le son du train dont les rythmes m'ont toujours fasciné, sans compter les petits bruits métalliques provenant d'on ne sait où ni les fulgurants croisements ferroviaires au bruit blanc saturé.
Mon handicap lombaire me fait appréhender les longs voyages. La position allongée est hélas souvent accompagnée de mouvements de dangereux gymnastique pour se déshabiller ou trouver une position viable pour s'endormir. Peut-être que si je choisissais une place du bas ce serait plus simple, mais cette fois c'est la claustrophobie qui me guette. Enfants, nous voyagions dans le filet à bagages. J'ai grandi et la SNCF a transformé les compartiments. Les locomotives ne sont plus à vapeur et l'odeur n'a aussi plus rien à voir. Certaines améliorations sont à porter à son crédit. Ainsi le second verrou, dit entrebailleur, évite de se faire détrousser par les pirates du rail. Il faut bien avouer que ma paranoïa est justifiée par un Paris-Venise où Michèle s'est fait voler le sac qu'elle avait posé près de sa tête sans que nous ne comprîmes jamais comment le ou les voleurs avaient pu pénétrer dans le compartiment. L'arrivée magique du haut des marches sur le Grand Canal avait été quelque peu gâchée ! La tactique des bandits consistant à prendre illico un train dans l'autre sens avec l'adresse de leurs victimes et leurs clefs par-dessus le marché, nous avions appelé Marie-Christine pour qu'elle fasse changer toutes les serrures de l'appartement. Je me souviens que l'on racontait que l'utilisation de gaz soporifique n'était pas rare et mes camarades musiciens avaient l'habitude d'attacher la porte avec une ceinture... S'il est vrai qu'en Italie le vol peut être considéré comme un des beaux-arts, il n'empêche que j'insiste chaque fois pour refermer les deux loquets derrière soi dans les trains-couchettes.

lundi 23 novembre 2009

33. Lève-toi et lâche


C'est à vous flanquer des battements de cœur. Max sursaute et se redresse comme un diable hors de sa boîte. Il cherche l'appareil qui lui tient lieu de réveil, mais l'endroit est aussi noir que ses idées depuis qu'il a compris quels étaient les véritables motifs de ses employeurs. Aucune sonnerie n'a effectivement retenti si ce n'est dans un lointain couloir de sa mémoire, un de ces corridors malsains où l'on accède par d'improbables échelles, des pièges que son inconscient lui tend comme autant d'obstacles à franchir, de miroirs sans reflet, d'énigmes impossibles à résoudre si ce n'est par le lâcher prise, la chute dans un abîme renversé que la sagesse transformerait en nirvana si la lumière pouvait surgir.
Max pense à ces si comme aux on qui ont remplacé tant d'inconnues. Il en a rencontrées quantité dans sa fuite. La fatigue le gagne. La course ne mène nulle part. Puisqu'il est nécessaire de changer de rythme, transformons le chapelet de fausses pistes en laïque amuse-doigts. La Grèce moderne n'a plus rien d'autre à offrir pour réfléchir. Ses mains sont devenues rêches, mais son cœur s'est remis à fonctionner depuis la rencontre d'Ilona et la réapparition de Stella. C'est une image comme toutes celles qui ont accompagné sa cavale. Pourquoi localiser nos émotions à la pompe ? Ce sont les tempes qui battent lorsqu'il laisse percer ses sentiments, les confondant avec ses impressions. C'est tout son corps qui vibre quand le désir est plus fort que la raison.
Max se remémore des images suffisamment ouvertes pour laisser libre champ à l'interprétation, mais en évitant le fatal contresens. Ne pas confondre la touche multi-angles avec l'ambiguïté des faux-jetons. Un lourd rideau noir se lève vers les cintres tirant le rêveur d'une obscurité qui s'était avérée, somme toute, confortable. L'addition est salée quand la sueur a passé les sourcils et les ailes du nez. À l'avant-scène, le borgnole qui s'élève découvre un trou rectangulaire creusé dans la terre jaune. Il a sa taille. Dans quelle gueule du loup est-il allé se fourrer ? Les yeux de Max ont du mal à supporter le soleil éclatant qui pénètre au travers des paupières. Le magnésium le brûle comme si le flash, plus insaisissable que l'éphémère, ne pouvant qu'être entrevu était un point d'orgue ad libitum. Au gré de qui ? Toujours la même question. L'identité est au cœur de l'intrigue. Cet héliocentrisme lui pèse plus que de raison. Il le consume.
Max recule sans se retourner. Il sent pourtant une présence derrière lui. Un double de lui-même avançant vers le trou. Le terme de sa quête. La solution miracle. Et ce n'est pas une lessive. Il entend les tambours provençaux cogner lentement contre sa peau. Il lui suffit d'un geste pour arrêter cette marche funèbre. Décider de changer d'humeur. On se fait plus de mal à ruminer sa colère qu'à subir les coups de butoir de ses ennemis. Un claquement de doigts le sort de sa torpeur. Il voit soudain Ilona nue debout devant lui dans le contre-jour de l'astre rayonnant, une lumière d'été comme on n'en voit plus que dans les pays du nord.

Rappel : le premier chapitre a été mis en ligne le 9 août 2009, inaugurant la rubrique Fiction.

dimanche 22 novembre 2009

Acharnement thérapeutique


Fou, idiot, obsessionnel, dépendant, maniaque, je pourrais en entendre de toutes les couleurs et, sous un certain angle, ce serait justifié. S'il existe une possibilité d'émettre mon billet quotidien, je mets tout en œuvre pour y parvenir. J'ai fini par intégrer cette discipline comme une activité aussi banale et indispensable que manger, se laver, se vêtir, dormir, rêver, travailler, faire ma gymnastique, lire le journal, etc. J'ai perdu la matinée d'hier penché à la fenêtre, en plein vent, à en attraper la crève et une tendinite, pour finalement me replier sur une solution plus évidente et combien plus efficace.
Tout avait commencé la veille vers minuit. Je m'aperçois que mon iPhone capte le signal d'Orange lorsqu'il est connecté à sa base avec le cordon USB jouant le rôle d'antenne ! Je passe à trois barres alors qu'il reste muet si je le décroche. Récupération de mails, utile avec différents travaux en cours. Françoise m'ayant involontairement réveillé tôt, je saute sur mes jambes pour immortaliser le soleil qui se lève sur les sorbiers des oiseaux plantés devant notre fenêtre. Comme toute la maisonnée est endormie, hormis les chasseurs partis avant l'aube, je me colle à la fenêtre pour publier mon blog. Si le texte et une des deux photos n'étaient pas passées comme une lettre à la poste avant les suppressions d'emploi et les réformes successives qui ont porté un coup fatal au service public, je ne me serais pas acharné pendant quatre heures sur la photo restante. Rien n'y a fait. Pas moyen. Énervé, j'ai fini par craquer en empruntant la Lada pour monter à la station de ski perchée au-dessus, sur l'autre flanc. La vue à 360° depuis Superbagnères désert est superbe. Je fais quelques pas, regrettant seulement de me retrouver seul au milieu du panorama. Mais que voulez-vous ? À chacun ses lubies.

samedi 21 novembre 2009

Les griffes de l'ours


Tous les repas de Lesponne étant pantagruéliques, je tente de ne pas faire trop d'incartades hors de mon chrono-régime, mais c'est chaque fois une épreuve. Entre les intestins de fouque sur canapés, les steaks de biche à la braise, les frites maison, le gratin d'endives, le pot au feu de canard sauvage, les grives, les fromages de brebis et de chèvre, les gâteaux et les bonnes bouteilles apportés par les amis, le vin d'orange, les liqueurs de nèfle ou de verveine, je dois mener une résistance insoutenable. Nous partons donc digérer en escaladant les collines jusqu'à l'ancienne palombière de Jean-Claude. La pente est raide et l'expédition est chargée de rapporter la cage qu'il avait fabriquée il y a de nombreuses années. Françoise qui ne peut jamais emprunter le même chemin que tout le monde se prélasse dans une chaise longue naturelle au creux d'un arbre...


Christian et Jean-Pierre découvrent des traces du passage de l'ours. Il y en aurait une quinzaine dans les Pyrénées et nous sommes justement sur leur chemin. L'un d'eux avait égorgé une brebis vers la cascade en y laissant son collier. C'est un sujet qui fâche parmi les chasseurs et les adeptes de la réintroduction de l'espèce slovène. Si les discussions avec certains chasseurs tempèrent mon antipathie pour le crime organisé, mon goût pour le gibier et l'absurdité de certains urbains ignorants de la nature aidant, les histoires qui se racontent font tout de même froid dans le dos quand on évoque les viandards, les inconscients et les malades de la gâchette. Donnez un fusil à des mâles et ils risquent de se comporter rapidement comme aux États-Unis où le port d'armes est autorisé.

P.S. : querelle de spécialistes, ce ne seraient pas des griffes d'ours, mais un cerf qui s'est frotté les bois pour faire tomber ses velours ou peut-être un de ses deux bois au moment de la mue... D'autres imaginent un très grand blaireau... Et puis retour à l'ours, etc.

vendredi 20 novembre 2009

Le Cirque de la Glère


Comme nous avons traversé la vallée jusqu'à l'Hospice de France, la connexion fonctionne avec le relais de Superbagnères tout en haut en face de nous. Situé juste au-dessus de notre grange, elle ne délivre aucun signal lorsque nous sommes à la maison. Un monument rend hommage aux évadés de France qui ont franchi les Pyrénées dès 1941, passant par les geôles franquistes, pour rejoindre les armées de libération en Afrique du Nord. On imagine mal les soldats allemands leur filant le train dans la montagne sans en connaître les chemins. Comme tous les habitants des derniers villages avant la frontière, les Luchonnais ont une mentalité proche des îliens. Il est coutume d'évoquer avec humour la Principauté de Luchon ! En faisant parler les anciens, on passe des soirées entières à écouter des histoires de braconnage et de contrebande, des sagas familiales dignes des meilleurs romans.
Hier matin, avec Françoise et Maurice, par le Chemin de l'Impératrice nous sommes grimpés jusqu'au magnifique Cirque de la Glère d'où nous avons admiré les galopades des isards et le vol d'un gypaète barbu. Ce rapace d'une époustouflante envergure orne le T-shirt que j'avais acheté à Luz-Saint-Sauveur en 1999 lors de l'un des derniers concerts d'Un Drame Musical Instantané. À l'ombre des cîmes il n'y a pas un chat, pas l'ombre d'un lynx non plus, mais Maurice repère des traces d'ours et croise trois biches en redescendant. Sur le chemin escarpé, un écureuil noir avait inauguré ce joyeux bestiaire.


Avant de partir, Françoise avait aussi filmé une salamandre qui s'était endormie au fond de l'abreuvoir. Chaque fois que je suis en montagne, je n'ai de cesse de chercher les bestioles qui la peuplent. Je me fiche des sports d'hiver, mais je suis aussi bête qu'un joueur qui attend de tirer le bon numéro quant il s'agit de surprendre des cerfs ou de repérer les chevaux sauvages qui, cet hiver, paissent à l'embranchement de L'ourson. En revenant nous nous arrêtons en voiture à la Cascade d'Enfer près de la Centrale électrique dont les lumières sont les seules artificielles à briller dans la nuit noire. Françoise a retrouvé la "piscine", un trou d'eau dans le cours de la Lys, où se baigner en été. À cette époque-ci, on voit des choses que le feuillage cache en d'autres saisons. J'en ai plein les chaussures de montagne et j'apprécie de me retrouver en chaussettes devant la cheminée à la tombée du soir.
La nuit tombée, la voie lactée et les millions d'étoiles transforment le ciel en écran d'épingles grâce à l'absence de lune et d'éclairage urbain. La hauteur de l'observatoire favorise ce tour de magie universel.

jeudi 19 novembre 2009

Musique d'ameublement pour un paravent de verre


J'ai enfin vu et entendu mon travail pour Quantum, le nouvel espace de Saint-Gobain dans le Marais. Vu, parce que la musique a été composée en synchronicité avec la scénographie multimédia d'Alain Dupuy, le design de Bénédicte de Lescure, les lumières de Jean-Pascal Pracht et bien évidemment la composition visuelle de Valéry Faidherbe. C'est ainsi que les rôles sont annoncés sur le mur. Entendu, imperceptiblement, car j'ai laissé aux permanents de l'espace le soin de régler le volume de mon "habillage sonore" (tel quel affiché, mais je n'ai pas choisi cette appellation). Renonçant à créer deux mixages différents pour des impératifs techniques, j'ai programmé trois niveaux sonores, le "normal" pour les visites, le "puissant" pour les soirées surpeuplées et un "minimal" pour le quotidien. Comme je demande à la responsable de la galerie si la musique n'est pas trop envahissante, elle me répond qu'elle l'oublie complètement. Cela se comprend, entendu qu'elle laisse en permanence le niveau minimal, transformant la composition structurée en new age de confort ! C'était à s'y attendre. On perd la finesse du synchronisme et les variations de dynamique au profit d'un filet vaporeux qui ne laisse transparaître que les crêtes, mais le pari est gagné. Le risque de la suppression totale est dans le cas de ce type d'installation le plus menaçant. L'enjeu était de rendre l'espace plus agréable que dans le silence de son arrière-cour. La science-fiction est à portée de main. On plane.
Le spectacle, tout en nuances, dure 25 minutes et présente 6 verres techniologiques agencés en un paravent de 15 mètres de long. J'ai déjà raconté mes barbotages aquatiques pour rendre la salle de bain chauffée au Thermovit. Je fais passer l'Electrochrome des cigales vers un îlot d'oiseaux si le soleil est trop éblouissant. Au premier souffle de buée la glace tinte lorsque dégivre l'E-Glas. Le film s'anime sur l'écran du Priva-Lite devenu opaque. L'écran de leds colorées m'a inspiré des grappes de notes dynamiques tandis que les motifs lumineux du Planilum déclenche des nappes reposantes. Des ponctuations légères marquent chaque nouvelle séquence de cet ensemble varié en en conservant le calme et la douceur du verre. L'intelligence, l'excitation et la sérénité dans lesquelles les enregistrements avec Sonia Cruchon et Valéry Faidherbe ont été réalisés m'ont permis de composer ce travail de commande "comme ça me chante", avec cette liberté qui est le meilleur gage qu'un artiste puisse espérer pour livrer le meilleur de lui-même. On plane, disais-je.

mercredi 18 novembre 2009

La course au mouton sauvage


On pouvait s'y attendre. Impossible de se connecter depuis les granges. J'ai beau tenir mon MacBook à bout de bras vers le ciel comme si c'était quelque divinité solaire, tournant sur moi-même comme un derviche, le réseau Orange fait la sourde oreille à mes incantations informatiques. Lorsqu'il capte enfin un peu de signal en écho, sa vitesse est préhistorique, récupérant seulement des ondes ancestrales qui existaient peut-être avant l'avènement de l'espèce humaine et de ses appendices technologiques. Je prends le prétexte de descendre au marché dans la vallée pour phagocyter quelque liaison sans fil luchonaise et poster ce billet.
Le matin, je prends des photos depuis la terrasse qui surplombe le panorama. Le temps de compter jusqu'à 1, le brouillard s'est levé. Celui de tourner la tête, il a déjà envahi le paysage. Je ne sais plus où donner de l'objectif. Je choisis une image banale où l'on aperçoit la cabane du berger. J'ai offert à Christian le livre qu'Antoine m'avait conseillé et que j'ai terminé sur la couchette du train Paris-Toulouse. La Course au mouton sauvage semble tout indiqué pour ce lecteur assidu qui dévore les livres en gardant son troupeau, jusqu'à 1500 têtes l'été. En acceptant l'ouvrage de Haruki Murakami, en japonais Murakami Haruki, un des auteurs préférés d'Antoine et je crois en comprendre la raison, il prend le risque de cette possession. Il a lui-même un mouton très spécial dont il n'a pas encore dit mot. Cet anarchiste trouve également illogique de laisser ses deux chiens rabattre les brebis qui se font la malle alors que ce sont celles qui lui ressemblent le plus. Christian, dans le plus grand dénuement, vit loin du monde contemporain qu'il connaît par les livres. Il ignore le confort moderne ou la propriété. Son esprit aiguisé est d'une autre ère, d'un air malin qui ne mâche pas ses mots. Tous ceux qui l'a appris sur la ligne de front de la littérature.

mardi 17 novembre 2009

L'automate censure le silence


Voici ma petite contribution à l'émission Tapage Nocturne de dimanche soir dans son intégralité, 8 secondes de plus que la version diffusée sur France Musique. C'est beaucoup lorsque l'on passe de 1'05" à 0'57". Voici donc Casual (prononcer Cage Wall) avec le rythme que je lui avais choisi :


Bruno Letort n'avait d'autre choix que de couper dans mes silences pour que l'automate ne se déclenche pas. C'est bien sa durée, la qualité de ce silence, qui m'intéressait. La compression mp3 en fait légèrement disparaître les nuances. Cela n'a pas d'importance puisque c'est "votre" silence qui m'intéresse. Tarte à la crème de tous les enseignants du son, faire entendre le silence pour montrer à quel point il est peuplé, mais surtout susciter l'attention de l'écoute. Avec 4'33", John Cage sut mettre en scène ce silence et, en faisant œuvre, révolutionna ainsi toute l'histoire de la musique.

L'émission, conçue à l'occasion du 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, était intitulée Le Mur du Son. Je me suis attaché à ce titre, mais à l'écoute de l'émission je regrette de n'avoir pas été plus politique. Si c'était à refaire, j'ajouterais à la fin : "... Du ghetto de Varsovie au Mur qui traverse la Palestine, le même silence...".

lundi 16 novembre 2009

Suspension d'émission ?


Scotch reste à la maison en bonne compagnie tandis que nous partons prendre l'air. J'ignore encore si je pourrai continuer à émettre depuis la montagne. Dans le passé, je n'avais pas réussi à me connecter, mais je vais tenter un nouvel essai avec ma clé USB 3G+ et la puce de mon iPhone. Lesponne est à 1500 mètres d'altitude devant un panorama à 270° sans aucune présence humaine visible. Située sur le flanc sud, la grange où nous rejoignons Jean-Claude et Maurice a l'avantage d'être au soleil, sans aucune infrastructure touristique contrairement à l'autre versant où est situé Superbagnères. Le téléphone fixe est hertzien et les cellulaires passent difficilement. Il faut se pencher à la terrasse le bras en l'air pour parler ! Si je ne réussis pas la connexion je reprendrai ce blog lundi prochain 23 novembre.

dimanche 15 novembre 2009

Le mur du son


Voici la programmation de la première émission "Le mur du son", diffusée ce soir dimanche sur France Musique à 23H59 et 59 secondes... La deuxième partie sera diffusée le 22 novembre. Dans le cadre de Tapage Nocturne, Bruno Letort a proposé à des compositeurs d'écrire une petite pièce sur le thème "20 ans après la chute du mur de Berlin" (libre d'esthétique) d'une durée de 1 à 3 minutes (pas plus).
1• Caroline Duris "Overgrow" 2'41
2• Pierre Bastien "trois trompettes pour Jéricho" 2'38
3• "Un petit clou dans le mur du son" (Christophe Petchnatz) 2'49
4• Philippe Petit : "an air of intrigue" 2'49
5• Laurent Dailleau "niederkirchnerstrasse" 2'57
6• David Reyes "Au pied du mur" 2'58
7• Jean-Jacques Birgé "Casual" 0'59
8• Mathieu Tiger "Die_Mauer_Muss_Weg" 2'41
9• Béatrice Thiriet "charlie's retired mix" 2'38
10• Sati Mata "Rencontre" 1'42
11• Marc Battier "Wall Mix" 1'59
12• Jean-Philippe Goude "Vanité" 2'48
13• Dominique Grimaldi "Tear Down This Wall" 2'07
14• Gaël Segalen "ich_habe_es_nie_gehort 2'41
15• Julie Rousse "Berlin Station" 2'04
16• Slug "Behind" 2'31
17• Kim Cascone "Mauer ghosts" 1'00
18• Jean-Marc Weber "Nach Berlin" 3'00
19• Moon Pilot "Behind the wall of shame" 1'55
20• Mimetic "Wall of sound" 2'32
21• Michel Redolfi "Dans l'oeil de l'aigle" 3'08
22• Anne-Claude Iger "Le mur du son" 2'19
23• Rasim Biyikli "firewall" 2'23
24• Raphaël Marc "Le rêve de Klaus B." 1'52

Les murs sont tous destinés à tomber, celui du Ghetto de Varsovie, le mur de Berlin ou celui qui sépare Israël de la Cisjordanie. Mais la commémoration de l'évènement a pris une tournure répugnante. Loin de célébrer quelque libération, elle tourne à la glorification du capitalisme contre le communisme. Trotsky clamait que la révolution serait internationale ou ne serait pas. Le Capital a fait sienne cette pensée. Il y a vingt ans les capitalistes se sont donc enfin mis à lire Marx, l'accommodant à leur sauce pour accoucher de l'ultra-libéralisme, un système qui fait des ravages comme les autres. Mais la propagande actuelle entretient la confusion. Le carnage était le propos dément du nazisme et le cynisme du libéralisme est explicite. Il est inadmissible de comparer ces deux systèmes monstrueux avec la déviance tragique du communisme dont les théories généreuses ont été dévoyées dans les faits. Le communisme ne saurait se confondre avec le stalinisme. On peut continuer à se battre pour un monde meilleur et équitable en toute fierté, rejetant catégoriquement l'exploitation de l'homme par l'homme.
Il est également important de tempérer l'anti-communisme primaire répandu dans les médias. Si le régime est-allemand était loin d'être enviable, il permettait à tous ses citoyens de manger à leur faim et de se loger. J'ai rencontré de nombreux artistes rebelles, par exemple dans le secteur des musiques improvisées, qui avaient les moyens de jouer, de sortir à l'étranger et que la nouvelle donne a transformés en clochards qui n'avaient plus rien de célestes. Pour nombre d'Allemands de l'Est l'écroulement du mur a levé le voile sur un rêve qui s'est avéré bien en deçà de leurs espérances.
Pour l'émission de ce soir, j'ai préféré m'écarter de l'Histoire dont on nous rabat les oreilles à des fins de propagande pour me concentrer sur le thème du mur du son. Pensant, peut-être à (le)tort, que nombreux de mes camarades joueraient sur le « bang » supersonique, j'ai pris le contrepied en me plaçant au pied du mur, travaillant sur le silence, un autre seuil. À l'antenne, le silence est toléré de façon limitée. Au bout de quelques secondes sans aucun signal, un robot déclenche la diffusion de musique pour occuper la fréquence d'émission que je devrais écrire sans apostrophe. La chaîne craint que l'auditeur qui se connecte zappe sur un autre canal. À lire sa durée sur le conducteur, ma contribution semble avoir été amputée de 6 secondes pour passer entre les fourches caudines de la censure technique. Je l'ai intitulée "Casual" qui signifie "décontracté, informel" mais que je prononcerai comme un Français essayant de parler anglais, "Cage Wall", en hommage au compositeur américain et en référence à la cage dans laquelle nous nous enfermons aujourd'hui, le formatage.

samedi 14 novembre 2009

32. La cellule du sommeil


Au réveil, des sanctions wagnériennes scandent leurs embrassades. Le ballet d'enclumes les fait rire aux éclats comme si la situation ne pouvait pas être pire. Ils esquissent à petits pas une gymnastique aveugle dans l'obscurité qui leur tient lieu de lumière. La lune envahit doucement le cachot humide au travers de barreaux perchés. Aucun ne se souvient du voyage. Était-ce le gaz ou un lavage de cerveaux ? La chimie tient toujours ses promesses. Ayant pris soin de numéroter leurs abattis, ils constatent que personne ne manque à l'appel. Le dos au mur moins sale qu'ils ne le supposaient, ils ébauchent une pyramide humaine pour atteindre ce qui s'avère être un soupirail. Max est le porteur tandis que Stella grimpe le long de son père puis d'Ilona. La fenêtre est au ras de l'eau, comme celle d'en face en contrebas, condamnée. Était-ce un égout ou une rivière souterraine que l'on a obturé ? Peut-être une prison. Il fait chaud. Chacun tente d'inspecter ce drôle d'endroit où l'histoire les a conduits. Pas l'ombre d'une porte, mais des meubles dans un coin empilés comme le miroir de leur échafaudage. Sans demander son reste, Stella bondit sur le gravier clair, traverse l'espace qu'elle a mesuré du haut de sa colonne et commence une nouvelle ascension. En s'agrippant à une poignée tout en haut, elle fait dégringoler une valise qui lui érafle le front et s'ouvre d'un clac terrifiant en heurtant le sol. Les sons évoquent souvent des images étonnantes. Elle jurerait avoir entendu une mâchoire. Le spectacle est saisissant. Une demi-douzaine de petits crocodiles trapus font claquer leurs dents sans sortir de leur tanière recouverte de papier reliure. Les yeux ont fini par s'habituer. Max donne un brutal coup de pied dans la valise, mais aucun reptile ne montre heureusement de velléité de s'en extirper. La suite est plus incroyable encore. Une lourde cavalcade digne d'une charge d'éléphants ébranle l'édifice. Un mur s'écroule laissant paraître les yeux rougis d'une horde de gorilles assoiffés de meurtre. Le trio n'a d'autre alternative que d'enfiler le corridor ainsi découvert, la meute à ses trousses. Sur les murs sont apposées des affiches du président de la République, les yeux révulsés, les dents longues, un tuyau d'aspirateur à la main qu'il aurait conservé du temps où il faisait du porte à porte. Le cœur battant au rythme des timbales, ils courent, ils courent sans savoir où mènent leurs pas. Par quel miracle sèment-ils leurs poursuivants dans cet ancien cimetière enfoui dans les profondeurs de la Terre ? Pourquoi Stella est-elle persuadée que l'entrée du souterrain débouche devant la loge de la concierge de sa mère ? Elle se surprend à citer Cocteau à voix haute : lorsque ces mystères nous dépassent feignons d'en être les organisateurs. Avant d'avoir eu le temps de reprendre son souffle, elle se réveille en sueur sous un soleil inattendu.

Rappel : le premier chapitre a été mis en ligne le 9 août 2009, inaugurant la rubrique Fiction.

vendredi 13 novembre 2009

Encanaillement


J'aime bien avoir rendez-vous avec Antoine dans le quartier de l'Opéra à l'heure du déjeuner parce qu'il apprécie autant que moi le poisson cru. Nous alternons entre Koba rue de la Michaudière et Matsuda ou Foujita rue Saint Roch. Il prend souvent un chirachi tandis que je me lance dans des expériences téméraires comme le natto ou un truc que je ne connais pas. Comme nous étions un peu en avance pour aller démonter le clapier des Arts Décos, j'ai suggéré à mon camarade d'aller faire un tour au nouvel Apple Center qui vient d'ouvrir sous la pyramide du Louvre. C'était très geek, mais ça valait bien la visite du magasin Colette où il m'avait traîné en apéritif. Vu les prix, nous ne risquions pas grand chose. Mariage ou enterrement, le ton du quartier était clairement donné devant l'Église Saint-Roch par une grosse grappe d'emperlousées et d'enrolexés d'un autre âge, du moins peut-on l'espérer. Au café, au milieu des jeunes gens tous en costumes cravates, nous aurions pu paraître exotiques si quiconque avait noté notre présence. Traversée du jardin, passage du sac aux rayons, vendeuses et vendeurs charmants en T-Shirt rouge. Je suis ressorti du temple des Macophiles avec un disque dur ultra-léger, 170 grammes pour 500 Gigas, et un cadeau pour Françoise, un casque Bluetooth pour son iPhone, avec kit adaptable en fonction de la taille de l'oreille, quatre petites merveilles : les oreilles de ma compagne et nos deux nouveaux jouets...

jeudi 12 novembre 2009

Feng shui écran


Un peu comme le chat pour roupiller, j'ai des places attitrées pour travailler et j'en change régulièrement. Je pose ainsi mon ordinateur portable sur la table de verre où nous mangeons ou dans le studio. S'il m'arrive évidemment de le transporter dans d'autres pièces comme la chambre, la salle de cinéma ou le bureau de Françoise, ce ne sont alors que des passages. Par exemple, ces jours-ci chaque fois que je veux m'installer dans le salon je me souviens que je l'ai posé près de mes instruments de musique. L'éloignement des activités domestiques diminue sainement la perfusion du réseau. J'ai pourtant l'impression que je suis plus à mon aise pour écrire en baignant dans le quotidien qu'en m'isolant dans le monde fantasmatique de la musique, muet en l'occurrence puisque je n'écris pas en jouant tandis qu'il m'arrive d'écouter de la musique dans le salon en tapant sur mon clavier. Cette permutation ne dure qu'un temps, car très vite je me lasse de la proximité du mur qui me fait face dans le studio (photo), préférant la profondeur de champ devant moi lorsque je suis au bout de la table. Pourtant, dans les deux cas, il suffit que je lève les yeux pour apercevoir le jardin, mais la réalité de la rue est plus présente dans le salon, même si je l'ai dans le dos, et m'immerger dans la communauté, humaine ou naturelle, m'est indispensable pour rêver. Je dois toujours garder un pied dans le réel et la tête dans les nuages. Il y a un temps pour tout, mais une place pour chaque chose.

mercredi 11 novembre 2009

Les sociétés d'auteurs ont trahi leurs adhérents


Lors d'une soirée dans les beaux quartiers chez une hôtesse aussi drôle que charmante, je fais canapé en écoutant les bribes de conversations qui passent comme des nuages de fumée, sans début ni fin de phrases. Les visages et l'accoutrement dévoilent en outre de précieux renseignements sur les protagonistes. Je me fais l'effet d'un entomologiste étudiant une colonie de fourmis avec leurs usages, leurs rangs et leurs ruades. Un verre de vin à la main, je tends l'oreille et j'enregistre les plus fameuses tirades.
Ainsi un énarque professe : "Nous serons obligés d'accompagner les sociétés de droits d'auteur jusqu'au tombeau." Le sieur à lunettes, beau mec, a épousé une femme visiblement plus âgée que lui. Les conventions machistes nous ayant habitués au contraire, nous nous en étonnons. Mais comme Marcel L'Herbier répondant du choix de Georgette Leblanc pour son film L'inhumaine, la réplique est cinglante : "Elle avait certes quelques années de plus que le rôle, mais également quelques sous de trop". L'ébriété ou la retenue des uns égratignent les bouches en cul de poule et les minauderies des autres. La gentillesse de la majorité de l'assemblée finit par m'amadouer. Dans les fêtes, mieux vaut arriver en avance ou très tard si l'on souhaite développer des échanges un peu consistants.
Sans m'immiscer dans la conversation qui touche aux sociétés de perception et de répartition de droits d'auteur, j'écoute les propos concernant la loi Hadopi qui feront illico vagabonder mon cerveau. La SACEM, la SACD et la SCAM, ici sur la sellette du petits groupe d'hommes de loi et de l'art qui s'échangent des secrets de polichinelle, se sont lamentablement fourvoyées. Au lieu de prendre la défense des artistes qui les constituent, elles se sont totalement déconsidérées aux yeux des plus jeunes en adoptant le parti des industriels, en l'occurrence, des majors, eux-mêmes alibis d'un pouvoir avide de contrôle. L'âge du capitaine est un facteur déterminant dans cette histoire tragique. La plupart des vieillards qui siègent à ces conseils d'administration sont largués par les nouveaux usages que Internet a générés. Ils ont eu une attitude protectionniste au lieu de se propulser vers le futur. Leurs propositions inapplicables et dangereuses les coupent de la partie la plus dynamique de leurs membres, elles les tueront, faute d'avoir su comprendre à temps les enjeux de ce qui se trame, à savoir la disparition des droits d'auteur, et non le vol prétendu des œuvres que j'assimilerais plutôt à un emprunt. Je crains de n'être pas assez clair, aussi m'y reprends-je...
Qui a intérêt à ce que les droits d'auteur disparaissent ? Les gros producteurs dits majors, les fournisseurs d'accès, les constructeurs de matériel informatique et les éditeurs, tous de s'allier avec l'appui du gouvernement qui apprécie peu la liberté qui souffle sur le Net.
Qui a intérêt à défendre ces droits ? Les auteurs évidemment, y compris ceux et celles qui n'en bénéficient pas encore, et le public qui profitera de la bonne santé de celles et ceux qui le font rêver et même le réveillent de temps en temps ! La SACEM, la SACD et la SCAM devraient y être sensibles. Avoir choisi l'autre camp leur sera fatal, et par là-même à tous ses adhérents, même si peu en vivent exclusivement.
J'ai parlé d'emprunt, car si le porte-monnaie des jeunes consommateurs est bien mince, son remplissage progressif leur permettra plus tard de payer pour ce qu'ils aiment. Les tentatives de R.E.M., Nine Inch Nails, Radiohead, etc. ont prouvé que le système de donation pouvait engranger des bénéfices au moins aussi importants que celui des ventes de disques. Je m'engage d'ailleurs à rénover entièrement le site du Drame et à offrir bientôt gratuitement des dizaines d'heures de musique inédite, car il est plus important de faire circuler les œuvres que de les protéger. Nous reverrons le jour lorsque nous serons sortis du système sécuritaire qui nous étouffe.
Si les disques servaient souvent à produire de la notoriété et à vendre les concerts, le téléchargement gratuit fera aussi bien l'affaire, voire beaucoup mieux, car il touchera un bien plus large public pour un coût infiniment moins grand. D'un autre côté on remarque que, puisque les disques ne se vendent plus aussi bien, les salaires des musiciens en concert baissent à vue de nez. Les exploiteurs y trouvent toujours leur compte !
Enfin, en mettant leur musique en libre accès, même à un format médiocre (je pense au mp3), les musiciens garderont la main sur leur production et préserveront leur indépendance. Ceux qui en pâtiraient ont donc réussi à convaincre les autorités du danger de la révolution que pourrait opérer Internet et ils ont entraîné dans leur sillage les sociétés d'auteurs qui ont tout simplement trahi leurs adhérents. Seuls les plus nantis ont soutenu Hadopi, mais la plus grande majorité est si scandalisée qu'elle préfèrera s'écarter de ce système qui a pourtant sauvé des milliers de créateurs de la misère, mais qui aujourd'hui fait figure de réactionnaire (n'oublions pas que le E de SACEM signifie éditeurs et que les producteurs ont table ouverte à la SACD et à la SCAM).
Les solutions existent : une redevance type licence globale (c'est ce qui se pratique pour la télévision) redistribuée plus justement (remise en cause des irrépartissables versés au prorata des droits) et soutenant la création (loi de 1985), la manche type donations (on préfère parfois payer lorsque l'on n'y est pas contraints !), des commandes d'œuvres (le rayon de notoriété élargi par l'internationalisation d'Internet), des taxes sur les matériels servant à copier et sur les fournisseurs d'accès, l'exclusion des marchands du temple qui téléguident les sociétés d'auteurs, etc. Celles-ci pourraient encore faire machine arrière pour repartir sur des bases saines.
Sur ce, il était trois heures du matin, je suis rentré me coucher en imaginant l'arborescence de mon nouveau site, et en particulier la page d'écoute, de téléchargement gratuit et de donation, trois petits boutons qui en donneront pas mal à ceux qui vivent dans le passé...

mardi 10 novembre 2009

Dernier jour : férié sauf pour les lapins !


Mercredi 11 novembre est un jour férié, sauf pour les lapins !
C'est surtout le dernier jour de l'exposition Musique en Jouets.
Situé au 107 rue de Rivoli, le Musée des Arts Décoratifs est ouvert de 11h à 18h.


C'est donc le dernier jour pour assister à l'opéra Nabaz'mob dans cette aile du Louvre où sont également exposés le Meccanum de Pierre Bastien, les instruments de Pascal Comelade, les synthétiseurs de Eric Schneider et les jouets musicaux des Arts Décos.


Nabaz'mob qui dure 23 minutes aura été joué plus de 2000 fois depuis le 25 juin. Jeudi nous démontons le clapier sans savoir quand le spectacle sera repris en public à Paris. Pour l'instant il sera essentiellement représenté dans la capitale pour des évènements privés. Il avait été créé au Centre Pompidou en 2006 et avait remporté un succès considérable lors de la Nuit Blanche 2008. D'ici la fin de l'année le spectacle part à Londres, et en 2010 il voyagera en France (Pau en février), en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Roumanie, au Canada...


Nabaz'mob, opéra pour 100 lapins communicants d'Antoine Schmitt et Jean-Jacques Birgé.
Photographies : Erika da Silva-Sommé, vernissage Musique en jouets, Galerie des jouets © Les Arts Décoratifs, Paris

Ressemblances


Un coup de téléphone m'ayant averti que mon appareil-photo était réparé, j'ai laissé tomber la musique symphonique que je terminais d'écrire pour la scène d'horreur de 2025 et j'ai enfourché mon vélo. Il bruinait. J'ai enfilé un gilet et un manteau, et j'ai dégringolé la côte jusqu'à Aligre. Le réparateur ayant carrément remplacé tout le bloc de l'objectif, j'étais tout content de pouvoir refaire des photos correctes ! Comme j'avais rendez-vous au croisement des rues de Ménilmontant et des Pyrénées, cette fois j'ai sué un bon coup dans la montée. C'est dans ces moments que mon asthme se réveille ! En arrivant à la maison, je ne tenais plus debout, mais mon Brompton non plus. J'avais perdu une petite roue, indispensable dans les positions béquille ou caddie. J'ai refait une partie du chemin à pied pour tenter ma chance, mais non, un clou chasse l'autre. C'est plutôt une roue chasse l'autre, me dis-je, en regardant mon objectif tout neuf dans la glace. Il a exactement la forme que j'ai cherchée désespérément dans le ruisseau. Les emmerdements se suivent, mais ne se ressemblent pas. Les cercles et les cycles, si. Dimanche j'ai oublié mes lunettes chez des amis, hier après-midi je ne retrouvais plus la seconde paire, même après avoir repellé toute la maison, et le soir j'en oubliai une troisième dans la voiture. La soirée à laquelle j'étais convié est restée agréablement floue. J'ai aussi envoyé des informations de manière trop précipitée que j'ai dû ensuite annuler. Je me rends compte que des vacances s'imposent. La question fatale est celle du blog. Dois-je continuer pendant mon séjour à l'air pur ou lever le pied ? Je suis tenté d'emporter mon ordinateur, d'autant que ce serait l'occasion de tester la clé USB 3G+. Jusqu'ici, la montagne m'a interdit d'émettre depuis là-haut... Il paraît qu'il neige déjà.

lundi 9 novembre 2009

Furtivement


Après son succès en salles, Les Plages d'Agnès sort en DVD, agrémenté de petits boni comme elle dit : Trapézistes et voltigeurs (8'), Daguerre-Plage (6'), une planche de quatre magnets d'après l'affiche de Christophe Vallaux (en chemise bleue sur la seconde photo) et un livret de seize pages. Si l'on m'aperçoit à la toute fin du film d'Agnès Varda, lors de ses 80 balais, nous pensions que Françoise avait disparu du montage. Que nenni ! Un arrêt sur image m'a permis de saisir le photogramme. Quatre images, c'est un sixième de seconde, juste le temps d'apercevoir son ensemble rose et vert, mais pas assez pour reconnaître sa frimousse.


Quant à moi, je suis bêtement fier d'apparaître tout sourire au milieu du générique. Le mois qui a suivi la sortie du film il n'y eut pas un jour sans que l'on m'accoste dans la rue. Pour deux secondes à l'écran ! On peut imaginer le calvaire des acteurs et actrices à sortir dans le monde. Lunettes noires et vitres fumées, déguisement et postiches, négation de son identité et réclusion, tous les moyens sont bons pour gagner l'anonymat.
Michael Lonsdale me raconta qu'un soir où il dînait à Strasbourg avec Roger Moore et Mireille Mathieu, appréciez l'improbable trio, quelle ne fut pas l'angoisse de découvrir 2000 personnes à la sortie du restaurant ! Un autre jour, un chauffeur de taxi étale son admiration pour le comédien, pour terminer pas lui demander d'avoir la gentillesse de lui signer un autographe, "Monsieur Galabru...", et Michael de signer Michel Galabru pour ne pas décevoir "son" admirateur ! Je me souviens des fans se couchant sous les pneus de la voiture de George Harrison avec qui je venais de jouer, des crises d'hystérie des admirateurs de Richard Bohringer pendant les répétitions du K ou simplement du malaise des autres artistes à la table de Robert De Niro.
Lorsque j'étais adolescent je rêvais de célébrité. À fréquenter et travailler avec des stars, j'appris plus tard la rançon de la gloire et appréciai, en tant que compositeur, d'en percevoir les bénéfices sans en subir les préjudices...

dimanche 8 novembre 2009

Les Portes closes


L'alerte Google m'ayant signalé un blog évoquant l'installation interactive des Portes réalisée avec Nicolas Clauss en 2006, je découvre la page de ZE dont les choix musicaux sonnent un agréable réveil : reportage de Tracks sur Terry Riley, des clips de Ninja Tune ou Laurie Anderson, le Screen Play de Christian Marclay par Eliott Sharp ou la Night Music du scratcheur historique, la Broken Music Composition de Milan Knizak qui utilise aussi des vinyles depuis 1963, un dessin animé de David Martin, le DVD-Rom d'Ez3kiel, le split screen de Peel, un reportage sur le Circuit Bending, etc. Rien de personnel, c'est entièrement pillé sur YouTube ou DailyMotion, mais le choix est sympa !


Sans vouloir faire de jeu de mot sur le nom de mon camarade avec le titre de ce billet, Les Portes est l'histoire de nombreuses installations monumentales. Beaucoup de travail pour trop peu de visibilité. Exposées à l'Espace Paul Ricard dans le cadre du Festival Nemo, aperçues sur Canal +, Les Portes ont terminé à la cave où elles risquent de s'abîmer sans avoir été présentées nulle part ailleurs, faute de trouver où les faire tourner ou à qui les vendre. Les aides du Dicréam ou d'Arcadi permettent de créer des œuvres, mais il n'existe aucune structure pour accompagner leur diffusion. Or c'est justement ce point épineux qui encombre le plus souvent les artistes. Nous savons créer coûte que coûte, mais nous sommes plutôt manches côté business. Les galéristes sont rares en ce domaine et leurs faillites n'arrangent pas les choses.
Cet amer constat nous fit très récemment retirer un gros projet d'une demande d'aide pour un spectacle audacieux d'Antoine Schmitt et moi-même. Nous avons préféré la repousser aux calendes grecques pour nous recentrer sur un duo live au budget plus modeste et aux conditions techniques compatibles avec n'importe quel théâtre. Travailler six mois pour une œuvre qui ne sera montrée que trois fois ne nous satisfait plus. Peut-être sommes-nous grisés ou blasés par le succès de Nabaz'mob, mais nous choisissons à nouveau de multiplier les créations plutôt que de mettre tous les œufs dans le même panier ! Rien n'indique que le succès des lapins rassurera les structures d'accueil et les acheteurs sur notre potentiel. Il faut souvent repartir à zéro avec chaque nouveau projet.

samedi 7 novembre 2009

Jacques Perconte tord le réel


Sous quel angle le prendre ? Par quel bout commencer ? Quelle route choisir ? Filmant les paysages en accéléré, à la campagne ou à Paris, en bus, en train ou en voiture, Jacques Perconte montre les changements de vitesse de nos vies. En faisant virer les couleurs, il leur trouve une âme, active des perceptions qui nous étaient interdites et nous offre une nouvelle vision du monde. Comme si nous étions quelque insecte lacanien pour qui le réel est tout autre, Perconte joue du cristal de l'œil pour retourner l'impossible. Parfois les pixels tordent la perspective. Le temps n'est pas le même pour tous, l'espace non plus. Les trajets deviennent des explorations où le quotidien prend un autre sens. Sur Viméo, le vidéaste propose 46 extraits de films qui nous font voyager en restant sur place. À moins qu'ils nous fassent prendre conscience de notre place, immuable, en nous faisant bouger ? En regardant par la fenêtre je vois les arbres se pencher vers moi, ils me parlent, les couleurs de l'automne virent aux flammes et je vais me passer un peu d'eau froide sur le visage.

vendredi 6 novembre 2009

Gâté


Si vous aimez que l'on vous souhaite votre anniversaire, inscrivez-vous sur les réseaux sociaux comme FaceBook. La famille, les amis d'aujourd'hui et ceux que l'on avait perdus de vue, les cousins d'Amérique ou des inconnus vous envoient leurs meilleurs vœux aussi vite et longtemps que dure le jour. C'était très gentil et je remercie toutes celles et tous ceux qui ont eu la gentillesse de me faire un signe. J'adore chaque année que je prends, même si cela commence à en faire beaucoup, car lorsque ce ne sera plus le cas, c'est que je serai mort. Délicieuse première, j'ai justement commencé l'après-midi par une nouvelle peau, celle de mon visage redevenue aussi douce que les fesses d'un petit bébé, grâce au cadeau-surprise de Françoise dans un institut de beauté où, passé entre des mains expertes, j'ai eu droit à une heure et demie de massage, nettoyage, réflexologie faciale, drainage lymphatique... En sortant, j'ai trouvé d'occasion chez Gibert le DVD Silk Stockings de Rouben Mamoulian avec Cyd Charisse qui ferait presque oublier la version de Lubitsch avec Greta garbo intitulée Ninotchka, deux chefs d'œuvre d'anti-communisme primaire. Comme c'était l'heure de mon sucre nous nous sommes arrêtés boire un chocolat à la Pâtisserie Viennoise, adresse incontournable près de l'École de Médecine. Après un petit gâteau chez Mulot, Françoise a déniché au Mouton à cinq pattes, près du Bon Marché, l'imperméable dont j'avais besoin, bel argenté moiré qui me permettra de continuer à faire le coquet en le passant par dessus mes vestes chamarrées. Plus loin, boulevard Saint-Germain, c'était toujours ma fête, un magasin soldant ses chemises pour trois fois rien. Sublimes incrustations de petits miroirs indiens, velours frappé, motifs fleuris et couleurs assorties à mes récents accoutrements... La longue marche s'achève chez Inagiku, restaurant japonais spécialisé dans le teppan-yaki, où nous avions rendez-vous avec ma mère, ma sœur et ma fille. Le cuisinier jongle avec les mets qu'il fait griller devant vous en produisant une rythmique de métal avec les couteaux qu'il range à sa ceinture. Je continuai à recevoir des présents pour cette journée déjà passée, présageant l'avenir. Rentré à la maison, je fais de la place en jetant les vieilles chemises déchirées et en envoyant mes shorts à la cave. Sur ce je vais me coucher. J'avais commencé à 6h ce matin en enregistrant la musique de 2025... Encore un sacré bout de chemin !

jeudi 5 novembre 2009

Caviar et musique


Au menu d'aujourd'hui, la petite cuisine. Caviar et musique ne sont plus ce qu'ils étaient, mais ils n'en ont pas perdu pour autant leurs saveurs. Les temps changent, certaines merveilles disparaissent, d'autres se développent, nous nous adaptons et recommençons sans cesse de nouveaux tours.
J'avais furieusement envie de me faire un cadeau d'anniversaire. Le pico vidéo-projecteur Optoma pk101 de la taille d'un paquet de cigarettes me tentait, mais l'objet ne règle pas la question du son et qu'en aurais-je fait, je me le demande encore, même s'il s'adapte sur mon iPhone ?
Attiré par les petits appareils faciles à trimbaler, j'ai fait un saut chez Univers-Sons pour tester le Micro Sampler Korg, mais j'ai trouvé la machine trop complexe d'accès en regard de mon attachement au geste instrumental. Le son n'avait rien d'exceptionnel et une pédale d'échantillonnage pour guitaristes répondrait probablement mieux à mes besoins. Je regrette le Super Replay de Francis et mon ARP 2600 revendu en 1994. Régulièrement, je pose la question rituelle : "Avez-vous reçu quelque chose de barjo ?" La réponse est triste et désespérante. Plus aucune marque ne développe de nouveaux synthétiseurs ou d'effets innovants. Coûtant beaucoup moins cher à produire et à vendre, le virtuel règne en maître. Le numérique n'a hélas pas la chaleur de l'analogique, et l'ordinateur portable n'est pas très sexy. L'improvisation ne se satisfait pas non plus de ces interfaces écran aux menus empilés où les accès directs sont réduits à la peau de chagrin. Autant jouer de la trompette, du tambour ou du pipeau, on sent l'air qui vibre quand la matière se laisse caresser. Les dernières machines amusantes que j'ai acquises et qui se laissent apprivoiser sont mon Tenori-on et mon V-Synth (j'aime bien aussi le Kaossilator et le Kaos Pad). Remarquez que je dis "mon" lorsque j'ai réussi à les faire miens. Les réglages du Roland offrent d'infinies variations et le nombre de boutons garantit un jeu vivant des plus excitants. Je m'en suis servi récemment pour le Rideau d'eau à Francfort, le Paravent de verre de Saint-Gobain et pour le jeu 2025 ex machina sur lequel je travaillai hier avec Nicolas. La qualité d'un instrument réside donc pour moi dans son potentiel à se l'approprier. Les synthétiseurs d'aujourd'hui sont des petits claviers "fashion" qui reproduisent les sons à la mode. Que voulez-vous que j'en fasse ? Ils se périment aussi vite que les produits Kleenex qui les emploient.
Rentré bredouille, je suis passé au marché des Lilas acheter du poisson et des légumes. Les aubergines ne sont plus de saison, mais j'avais envie d'inventer un de ces caviars dont j'ai le secret. On oublie tout de suite celui d'esturgeon que nous dévorions à la petite cuillère chez les parents de Michaëla, juste avant de prendre un sacré savon ! Pour le caviar d'aubergine, on met la chair des plantes potagères que l'on a cuites au four dans un mixeur avec de l'ail, de l'huile d'olive, du vinaigre (là j'ai testé le Melfor rapporté de Strasbourg avec quelques gouttes de pâte de vinaigre balsamique), du sel (ici du sel gemme de l'Himalaya parfumé au gingembre), du poivre (remplacé cette fois par du piment peri-peri zoulou), des herbes, et hop, au réfrigérateur !
Peter Gabor me demande de participer le 1er décembre prochain, au Forum des Images, à l'évènement "Retour vers le Futur" dans le cadre de l'école e-artsup, "une conférence autour des bouleversements inhérents à l’avènement du numérique découpée chronologiquement en fonction des métiers qui ont été les premiers touchés par l’avènement du numérique." Il s'agira pour moi de raconter ce qui a changé dans ma pratique de compositeur avec l'arrivée du numérique. Je l'ai prévenu. Pas grand chose, juste de nouveaux outils, de beaux jouets pour le gosse qui ne rêve que plaies et bosses musicales ! Un violon, un susu, un synthétiseur analogique ou un ordinateur possèdent chacun leurs qualités et leurs limites. Ils cohabitent dans mon studio et sont choisis en fonction des projets. Ma palette s'est agrandie. Pourtant la MAO (musique assistée par ordinateur) me permet de tester les partitions d'orchestre avant répétitions et de créer des constructions inédites. Le choix des instruments influe toujours sur les créations. Je montrerai donc FluxTune qui permet de composer radicalement différemment d'avec un séquenceur et je le mettrai en relation avec un enregistrement vidéo réalisé il y a plus de 25 ans, lorsque nous jouions des trompes et flûtes en PVC, de la guitare et de la trompette, du synthétiseur analogique (voilà le ARP !). Ce ne sont jamais les instruments qui font le style. Si le numérique n'a pas changé ma vie de compositeur, il a transformé ma vie quotidienne, mais ça c'est une autre histoire.

P.S. : La conférence "Retour vers le Futur" a été reportée au mois de mars 2010.

mercredi 4 novembre 2009

Tristes tropiques


Sous ma latitude le temps est gris. Cent ans de solitude. L'homme est toujours seul. Nous le croisions souvent le matin rue des Marronniers en allant à l'Idhec monter nos films. Il marchait doucement sur le trottoir d'en face. Le Théâtre du Ranelagh avait brûlé, nous expulsant de la rue des Vignes pour installer nos tables au-dessus du jardin de Madame Claude. En 1973, il ressemblait déjà à un vieux monsieur. Cela nous faisait drôle de voir passer cette bibliothèque qui ne payait pas de mine dans son imperméable crème. Personne n'a jamais traversé. Il passait. Doucement. Et il pensait. Les anthropologues ont souvent besoin d'aller voir ailleurs s'ils y sont pour comprendre ce qui résiste dans leur quartier. Sa discrétion l'a suivi. Ses obsèques ont eu lieu avant l'annonce de sa mort. Claude Lévi-Strauss m'a le premier fait prendre conscience que rien de social n'est inéluctable et il m'a permis de remonter le temps en voyageant dans l'espace...

mardi 3 novembre 2009

Petit dictionnaire du design numérique


N'attendez pas de solution ou de révélation, mais les termes du design numérique que vous rencontrez ici et là dans les articles sur les nouveaux médias sont clairement expliqués par ce Petit Dictionnaire de 81 pages. Une douzaine d'auteurs ont contribué à définir les mots et les fonctions. Empan mnésique, évaluation heuristique, folksonomie, interface haptique, informatique dans les nuages, Internet des objets, lois de Fitts ou de Hick, motion design, RFID, réalité augmentée, théorie de la Gestalt, ubimédia, Web 2.0, etc., les nouveaux concepts ont donné plus souvent naissance à des associations de mots qu'à des néologismes. Ne pas y chercher de trucs et astuces, ce sont essentiellement des définitions de mots utilisés aujourd'hui par le monde institutionnel et industriel. Je remarque que je me sers de très peu d'entre eux, même si je pratique quotidiennement nombre de ces notions. Mes usages se réfèrent plus souvent à l'indétermination ou à l'aléatoire, à l'interactivité et à la générativité, au synchronisme accidentel et à l'évolution du temps, au système référentiel ou à l'inouï, au complément et à l'usure, des concepts plus ancrés dans la pratique que la théorie... Il n'empêche que ce Petit Dictionnaire des Designers Interactifs est très bien réalisé. Édité par la pétulante association des Designers Interactifs, il coûte 12 (version pdf) ou 18 euros (version papier).

lundi 2 novembre 2009

Gilbert Garcin, photographe de la renaissance


Le personnage rappelle Jacques Tati, les titres Magritte, mais les images sont bel et bien de Gilbert Garcin. Octogénaire, ce Ciotaden, ancien responsable d'une PME, commença à prendre des photos à sa retraite après un stage en Arles. Son site répertorie chronologiquement 395 tirages de 1993 à nos jours. Exposé dans le monde entier, il est en ce moment à La Ciotat jusqu'au 15 novembre à la Chapelle des Pénitents Bleus, et à Paris à la galerie des Filles du Calvaire jusqu'au 21. La photo ci-dessus qui illustre sa page d'accueil est de 2001 et s'intitule Changer le monde. À raison d'une quinzaine de photographies par an, Gilbert Garcin fait preuve d'un humour spirituel qui interroge la vanité humaine en réalisant des photomontages où il interprète, parfois avec sa femme, un personnage confronté à des situations kafkaïennes, cocasses ou fantasmatiques, dont tout le suc provient de leur juxtaposition avec le titre de chaque œuvre, dernière touche au choc de ses mondes ou des objets qu'il met en scène. Chacune raconte une petite histoire et soulève une question qui laisse rêveur. Les compositions rappellent aussi l'univers de la bande dessinée, En plus de leurs graphismes, je pense à l'absurde scientifique de Marc-Antoine Mathieu ou à la sévérité corrosive de Léon van Oukel. La visite chronologique du site est fabuleuse, mais voir de grands tirages s'impose pour profiter pleinement du noir et blanc satirique.

dimanche 1 novembre 2009

La bataille Hadopi


À lire La Bataille Hadopi, somme de 350 pages (c'est écrit gros) publiée par InLibroVeritas avec la participation d'un nombre étonnant d'auteurs plus documentés les uns que les autres, argumentant avec perspicacité et intelligence contre la misérable loi perverse dite Hadopi 2, on en arrive à espérer que l'État commettra l'imprudence de tenter de l'appliquer ! Rarement une levée de boucliers aura été plus claire contre l'injustice et l'absurde, rarement elle aura été aussi unanime. Comme l'affaire Langlois annonça Mai 68, cette loi pourrait bien sonner le glas de la somnolence dans laquelle la résistance végète depuis trop longtemps. Les millions de pirates de France et de Navarre devraient se dénoncer solidairement en cette occasion, les forces de la jeunesse n'attendant qu'un déclic pour se mettre en branle. Le gouvernement le sait bien, sinon à quoi serviraient les mesures soporifiques que constitue par exemple le RSA ? Pensez-vous que le Capital soit devenu philanthropique ? La bataille Hadopi a le mérite d'énoncer les faits, de les analyser et de donner les armes pour se battre. Le livre nomme les vrais profiteurs, industrie dite culturelle, industrie informatique et fournisseurs d'accès, dévoilant les accords honteux passés entre les majors ou les sociétés d'auteurs et certains sites, démasquant les risques énormes qu'encourent les libertés individuelles... Les propositions se précisent, les ripostes s'organisent. Les auteurs et les producteurs indépendants n'ont rien à gagner, sinon qu'à se laisser berner pour être dévorés tout cru. Leur opposer le public est d'une rare maladresse. Espérons que ceux qui sont tombés dans le panneau sauront se ressaisir à la lecture édifiante des textes remarquables de tous les contributeurs, journalistes, artistes, personnalités politiques, spécialistes d'Internet de tous bords... La bataille Hadopi est proposée sous quatre formules, la première est gratuite (fichier pdf téléchargeable par exemple sur le site Poptronics), les autres sont à 9 euros ou 19 euros (différentes qualités d'impression) et 49 euros (là c'est la totale consumériste comme sur la photo !). Fourbissez vous armes en vous plongeant dans cette saine et riche lecture.

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