Jean-Jacques Birgé

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dimanche 31 janvier 2010

18 minutes pour Sun Sun Yip


Sun Sun Yip m'a demandé de sonoriser l'une de ses œuvres en 3D très haute définition dans sa version vidéographique. Il lui a fallu un an de calcul avec trois ordinateurs à raison de trente minutes par image pour en venir à bout. Jusqu'ici, je n'en connaissais qu'un agrandissement photographique d'un mètre cinquante de haut. J'ai composé une pièce de 18 minutes pour cordes transformées électro-acoustiquement qui rappelle les flux liquides qui s'échappent de l'objet impossible comme si c'était une fontaine, mais ce n'est pas de l'eau. L'œuvre rouge vif, G10 pour graine 2010, se réfère à la vie, à l'énergie, mais n'a rien à voir avec un cœur. Le choix des cordes a également pour mission d'empêcher toute interprétation hâtive de l'objet. J'ai enregistré cinq prises, les trois premières avec le frein, contrebasse électrique à tension variable construite par Bernard Vitet au début des années 70, les deux dernières avec un hou-k'in, violon vietnamien cousin du ehr-hu chinois dont l'archet est inséré entre deux cordes, et un violon tout ce qu'il y a de plus classique. J'ai transformé chaque instrument en temps réel grâce à mon Eventide H3000 programmé par un algorithme d'échos en escalier déphasés et renversés qui rallonge chaque note sur une vingtaine de secondes. Le mixage des cinq pistes produit des ambiances variées alors que l'objet se transforme en pivotant dans l'espace et que la musique s'échappe en sources jaillissantes.

samedi 30 janvier 2010

Accès(s) pour Nabaz'mob à Pau


Le clapier est arrivé sain et sauf après les habituels ratés des transporteurs. C'est probablement un métier où s'épanouit le désir de liberté, mais mieux vaudrait alors partir en vacances avec les chauffeurs que travailler avec eux ! Le Ring du Pôle Culturel des anciens abattoirs à Billère, limitrophe de Pau, accueille l'installation Nabaz'mob du 3 au 14 février du mercredi au dimanche, de 15h à 19h + nocturnes le samedi jusqu’à 22h (tous publics - entrée libre). L'invitation au vernissage de mardi prochain est parvenue chez ses destinataires. Chaque structure qui nous reçoit adapte à sa sauce nos lapins pour illustrer son menu. Antoine et moi nous nous demandons par exemple à quoi ressemblera l'affiche du FIMAV en mai au Québec. Michel Levasseur m'annonce que les lapins y envahissent Victoriaville. Dans les magazines de musique internationaux ce devrait être une de mes photos qui illustrera la pub du festival. Nous attendons de voir cela avec impatience et, plus encore, la programmation, toujours exceptionnelle, qui est dévoilée au compte-gouttes. Mais pour l'instant nous nous dirigeons vers le sud-ouest, région hautement gastronomique plutôt réputée pour ses canards !

vendredi 29 janvier 2010

Bob Dylan et Leonard Cohen reprennent des couleurs

((/blog/images/2010/Janvier 2010/Jef-Lee-Johnson-Fantastic-Merlins.jpg))%%%
Si Jean Rochard ne continuait pas à produire d'aussi beaux albums, ma vie de discophile et de chroniqueur occasionnel serait bien terne. Coup sur coup, il sort deux albums adaptant l'un Bob Dylan, l'autre Leonard Cohen. Ces disques Hope Street marquent-ils une nouvelle orientation pour le fondateur du label nato aujourd'hui distribué par L'autre Distribution ? Oui et non. Oui, parce que je ne lui connaissais pas autant d'attrait pour les folk singers engagés. Non, lorsque l'on connaît ses goûts pour les chansons qu'il aime entendre d'une autre oreille, avec des musiciens exprimant leur point de vue soliste comme le jazz leur a toujours permis de s'épanouir tant au sein du groupe qu'individuellement. La ligne politique exigeante, qui sous-tend toute sa production musicale et s'exprime régulièrement sous sa plume dans le Journal des Allumés du Jazz qu'il continue de porter quand je l'ai déserté, trouve son conte dans ses adaptations inspirées. La force poétique des distances prises avec les originaux est réfléchie chaque fois par un épais livret de 56 pages où le dessinateur Stéphane Levallois peint à l'aquarelle une émouvante histoire dont les zones d'ombre rappellent l'abstraction musicale. Rochard réalise ainsi un rêve de jeunesse en devenant accessoirement éditeur de bande dessinée. J'ai même cru un moment que l'auteur masqué Jean Simon était un de ses nombreux pseudonymes ! Dans un marché discographique qui préfère truquer les cartes en incriminant les jeunes pirates pour justifier son autodestruction programmée, on a rarement l'occasion d'acquérir d'aussi beaux objets, réalisés avec ferveur et passion.
Sur les traces de Jimi Hendrix qui avait lui-même repris All Along The Watchtower, Like a Rolling Stone, Drifter's Escape et Can You Please Crawl Out Your Window, Jef Lee Johnson, au mieux de sa forme, s'approprie à son tour onze chansons de Robert A. Zimmerman (I am a Lonesome Hobo, Highway 61 Revisted, Knocking on Heaven’s Door, etc.) avec la même formation guitare-basse-batterie. The Zimmerman Shadow (sortie le 8 février) est un exercice de haute volée, un brasier où se consument les fantômes, où les notes retrouvent le sens caché par les mots. La voix raconte le monde de Dylan, qui a grandi à Minneapolis où ont lieu les séances, retrouvant certaines inflexions qui forcent la musique elle-même.
Grand supporteur d'Ursus Minor et ayant moi-même participé à l'album Thisness de Jef Lee Johnson sur la reprise de Sorry Angel de Gainsbourg, la véritable révélation est pour moi How the Light Gets In (sortie le 8 mars) des Fantastic Merlins avec Kid Dakota. Composé de Nathan Hanson au sax ténor, Brian Roessler à la basse, Matt Turner au piano et surtout au violoncelle, Peter Hennig à la batterie, le groupe a invité le chanteur Kid Dakota pour les onze titres, et sur The Partisan Pascale Labbé et Florence Michon dirigent un chœur d'enfants. Jazzifiant sans perdre les intentions originales et assumant le lyrisme des chansons avec une orchestration décalée, l'équilibre chant-instrumentistes n'est pas sans rappeler un autre album de la collection Hope Street, Songs for Swans de Denis Colin avec Gwen Matthews. Ses cordes vocales vibrant en sympathie avec celles du violoncelle, Kid Dakota se rapproche plus de Paul Simon que de la basse du Canadien. Les tambours, les cymbales et la contrebasse scandent les mots du poète, faisant resurgir une sorte de rituel nord-américain depuis l'époque des grands espaces habités par les Indiens jusqu'aux répétitifs de la fin du XXème siècle en passant par les mouvements ouvriers des années 30 et les errances de la Beat Generation. Assumant leur douloureuse hérédité, les folk-singers ont toujours été contraints de choisir la résistance. Sanglots rageurs et critiques acérées sont les armes dont s'empare le public qui suit le cortège de pancartes et de banderoles dans la plus grande dignité, les deux albums se jouant debout même s'ils s'écoutent assis.

N.B. : dans le cadre de l'hommage nato a 30 ans, le Festival Sons d'Hiver programme le Jef Lee Johnson Band avec The Zimmerman Shadow ainsi que les Fantastic Merlins et Kid Dakota avec How the light gets in le 5 février à Choisy-le-Roi, et Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona le 11 février à Fontenay-sous-Bois.

P.S. : cela n'a rien à voir, si ce n'est l'attachement de Rochard à cette haute figure de la résistance nord-américaine, mais Howard Zinn est décédé mercredi (Hommage d'Amy Goodman avec Noam Chomsky, Alice Walker, Naomi Klein et Anthony Arnove sur Democracy Now!). Pour l'instant je n'ai pas lu grand chose dans la presse française qui continue de faire le black out sur les manifestations protestataires étatsuniennes. J'avais récemment enregistré ses conférences en compagnie de Arundhati Roy (vidéo fortement recommandée).

jeudi 28 janvier 2010

Le souffle, le geste et l'œil


Le souffle et le geste est un magnifique trio réuni par la réalisatrice Mathilde Morières pour un court-métrage où se répondent astucieusement la peinture d'André-Pierre Arnal, la flûte zavrila de Jean Morières et la caméra. Cherchant des points d'accord entre les différentes disciplines, elle filme l'ombre à plat du musicien sur le mur en réponse au peintre du groupe Supports/Surfaces, puis semble capter le bruit trempé du pinceau ou laisse son objectif errer sur la toile. La musique hyper zen laisse le temps à la respiration, les gros plans des mains se répondent là où l'on ne les attend plus et les pistes de flûte de la coda rappellent les superpositions de papier découpé. Mathilde virevolte au milieu de ses plans rimés et l'absence de tout commentaire rend magnifiquement hommage à la création et à la rencontre des arts dans leur cousinage. Élégance et délicatesse se retrouvent dans un autre film, étonnamment court, intitulé avec justesse Un temps suspendu où cette fois la réalisatrice joue du flou pour capter l'inaccessible.

mercredi 27 janvier 2010

Grand-Papa et Grand-Maman


Oublier le client pénible que je ne connais pas et qui me prend pour de la terre glaise. Éviter de continuer à penser au travail même si les cordes pour Sun Sun Yip, les pages des Éditions volumiques ou les radiophonies de Mascarade me font sauter du lit ce matin. Hier soir nous avons regardé l'admirable Angel de Lubitsch avec Marlene Dietrich où les dialogues sont en permanence déplacés d'un personnage à l'autre, plus une géniale utilisation du hors-champ, et puis je me suis réfugié dans le passé en ravivant mes souvenirs.
Apercevant les deux cadres sur une étagère de ma tante Arlette je n'ai pas reconnu mes grands-parents. Avais-je seulement jamais vu cette photo prise à L'Isle-Adam à la fin des années 20 alors qu'ils étaient encore jeunes avec leur fille aînée à leurs côtés ? La naissance de ma mère, qui ne porte aucun intérêt au passé, ni au futur d'ailleurs, réduisant ainsi la conversation aux sujets d'actualité, suivrait probablement de peu ces portraits de famille. Il n'y a presqu'aucune trace généalogique dans ses placards. Sur les images mon grand-père, pas encore chauve, porte la moustache et ma grand-mère, si elle a perdu sa taille de guêpe, n'est pas encore la grosse dame de mon enfance qui portait chapeau avec épingles. La bonhommie de Roland, la clope au bec, contraste avec le sourire forcé de Madeleine. Sur les rares photos que j'ai faites de Grand-Maman, elle tire la langue. Papa, qui n'avait pas eu de mère et dont le père n'était pas revenu d'Auschwitz, les appelait Papa et Maman, ce qui ne l'empêchait pas de se chamailler avec Grand-Papa, gaulliste fidèle. Ma grand-mère, qui nous gardait le jeudi, se plaignait qu'avec mon taquin de cousin nous la fatiguions. Je revois Serge me promener en courant avenue Constant Coquelin avec la poussette en osier qui servait au marché ou lors de nos excursions au cinéma La Pagode. Lorsque Grand-Maman se réveillait de sa sieste, nous avions le droit à un bonbon, grande boîte ronde en métal cachée dans l'armoire au milieu des draps ou à une pastille Vichy dans la bonbonnière posée sur sa table de nuit. Plus tard j'aurai coutume de l'appeler pour lui annoncer le résultat de mes classements scolaires. Ses joues tendres rappelaient la guimauve et une odeur de poudre de riz s'envolait lorsque nous l'embrassions. Les deux photographies me font l'effet d'une découverte archéologique. J'y cherche la réponse aux énigmes de la famille, feuilletant mes souvenirs comme les pages jaunies d'un livre qui s'écrit paradoxalement au fur et à mesure que je grandis.

mardi 26 janvier 2010

Hendrix m'aide à remonter le temps


La mémoire varie selon les évènements et les rencontres. Au cours d'un dîner récent avec Paule Zajdermann, condisciple à l'Idhec, nous étions aussi à l'aise que 36 ans plus tôt lors de notre dernière entrevue. Le temps passe sans que nous ne soyons jamais capables de l'évaluer. Si l'ennui le rallonge à en mourir, l'excitation le contracte en sa plus simple expression. Notre comportement varie selon les âges de la vie au point de parfois nous parjurer en oubliant ce que nous avons été. Il est toujours fantastique de retomber en enfance, de retrouver des sensations perdues qui jaillissent en fulgurances aussitôt évanouies. Dimanche, la projection de Taking Woodstock d'Ang Lee, sorte de making of totalement raté sur le montage du festival mythique, provoqua néanmoins en moi quelques frissons à reconnaître l'air du temps soufflé sur ma nuque. Hier je découvrais un film bizarre de Mike Parkinson sur la mort de Jimi Hendrix. S'appuyant sur une prétendue déclassification de documents du FBI, Jimi-The Last 24 Hours avance l'hypothèse d'un assassinat pour raison politique, le guitar hero s'étant dangereusement rapproché des Black Panthers. Malgré d'intéressants témoignages et de douteuses reconstitutions la thèse du complot reste très improbable, mais un doute sérieux plane sur les agissements criminels de son manager Michael Jeffery. Si la gentillesse du musicien, sa faiblesse de caractère, son goût immodéré pour sex, drugs and rock'n roll ne sont plus un secret, l'espace d'un instant j'ai entendu la musique d'Hendrix dans l'état exact où je me trouvais début 1967. Elle sonnait à mes oreilles d'adolescent, évacuant toute familiarité acquise à force d'écoutes. Je ne percevais pas seulement le son du guitariste et de sa voix, mais le timbre brut et l'équilibre du trio formé avec Noel Redding et Mitch Mitchell tels qu'ils m'avaient sauté à la figure après les premiers enregistrements avec Curtis Knight. Je me revois plus tard retourner les pochettes des deux premiers 33 tours du trio comme si pouvait en tomber quelque indice, comme si un génie allait sortir de l'enveloppe pendant que la musique tourne inlassablement sur la platine. Je suis littéralement propulsé aux côtés de Michel Polizzi qui "avait ses entrées", je crois, à Lido Musique et nous faisait profiter de ses lumières ! En tapant ces lignes, je fais mon possible pour renouveler l'Experience, ce qui me demande un effort surhumain, conjugaison aussi savante que sensuelle de concentration et de lâcher-prise. Il ne s'agit pas d'une madeleine ou d'un effet facile à reproduire comme je le fais de manière quasi curative avec le premier mouvement de la première symphonie de Charles Ives par Eugene Ormandy ou de la seconde de Malher par Klemperer, des quatre derniers Lieder de Strauss par Lisa della Casa ou du We're Only In It For The Money des Mothers of Invention. C'est quelque chose qui m'échappe, qui n'a même probablement rien à voir avec la musique, une porte ouverte sur la quatrième dimension ?

lundi 25 janvier 2010

Guimbarde virtuose


Sacha m'a prêté un étonnant DVD du guimbardier suisse Anton Bruhin filmé en 1999 par Iwan Schumacher. Trümpi est un road-movie sans commentaire depuis Stoos en Suisse jusqu'à Tokyo en passant par Sakha-Yakutia en Sibérie. Il rappelle le célèbre Step The Border par la beauté et l'intelligence des images, par la variété des musiques et le mixage de tous les éléments sonores. Anton Bruhin passe de la guimbarde traditionnelle à d'astucieuses constructions qui lui permettent de jouer sans y toucher, amplifiant l'instrument grâce à des tuyaux en PVC rotatifs. Il tient souvent trois guimbardes dans sa main pour pouvoir changer rapidement de timbre et de tonalité. Au gré du voyage on rencontre toute une ribambelle de musiciens, Markus Flückiger, Spiridon Shishigin, Fedora Gogoleva, Tadagawa Leo, Makigami Koichi. L'extrait de YouTube ne provient pas de Trümpi qui est un vrai film musical avec de nombreux contrepoints signifiants ; nous assistons ici à un concert de Max Lässer et l'Überlandorchester au Casino d'Herisau en 2008 qui donne un aperçu de l'art de Bruhin.
Moi qui m'étais pensé virtuose de l'instrument, je rabaisse mon caquet devant tant de maestria. Actuellement en rupture de stock chez Dan Moi où nous commandons souvent des instruments ethniques, le DVD doit pouvoir s'acquérir en fouinant un peu sur le Net...

dimanche 24 janvier 2010

Comment se débarrasser de la critique


La tyrannie succède au ridicule. Devant l'impossibilité des médias à revendiquer une énième fois l'objectivité des journalistes et des réalisateurs, la mode est à la controverse obligatoire. Formatage déguisé, il est exigé d'apporter des témoignages contradictoires dans le moindre documentaire économique, politique ou social. Le pouvoir, entendre la mainmise de l'État sur ses laquais apeurés, cherche à se débarrasser de la critique en convoquant le courant adverse. Quand on sait que la critique est une arme de gauche et que la langue de bois et la mauvaise foi cynique sont celles du Capital, on comprendra que cette prétendue exhaustivité égalitaire est une manière de faire taire tout parti-pris. Si l'on réalise un documentaire sur la crise, on se gardera bien de faire un film sur les chômeurs sans interviewer des traders. La procédure n'est pas forcément systématique, je ne suis pas certain qu'un film sur le racisme laisse s'exprimer quelque négationniste ou nazillon d'opérette, on interrogera tout au plus un raciste ordinaire pour montrer qu'il en existe une part en chacun de nous. L'important est de délicatement dynamiter toute radicalité avec l'habile prétexte d'une juste modération. Il ne s'agit pas ici de revendiquer quelque nouveau dogmatisme, mais d'insister sur le fait qu'il ne peut exister d'œuvre d'art que dans la radicalité. Ainsi le formatage sous couvert de justice et de pondération équivaut à rabaisser les œuvres au rang d'argumentaire. Si chacun a ses raisons, aussi pures soient-elles, et si tous les arguments sont bons, toute critique serait à prendre avec des pincettes, et l'art et la manière jetés aux oubliettes. L'important est de semer le doute chaque fois que la critique s'exprime pour ne laisser la place de l'évidence qu'à la loi, indiscutable.

samedi 23 janvier 2010

Happy End ?


Je ne sens plus mon pied gauche et je prends le droit. Tout s'arrange toujours avec un peu de patience, mais je m'inquiète facilement ! Le colis UPS est finalement arrivé à bon port après cinq jours de galère à ramer contre vents et marées. Vingt coups de fil, une affaire de sous-traitants, cela n'empêche qu'UPS prend l'eau et que je ne leur confierai jamais rien de mon côté. DHL et Fedex s'en frottent les nageoires... Au rayon de la mauvaise foi, la comptabilité aurait finalement envoyé le chèque. Je scrute l'horizon postal armé de ma paire de clefs... Les durées élastiques qu'implique une équipe de graphistes et développeurs me font reprendre la musique déjà enregistrée pour la troisième fois, mais je trouve de nouvelles idées dont je ne suis pas peu fier et qui, j'espère, emporteront tous les suffrages. Je trouve des solutions, l'une après l'autre, mais elles se tuilent comme un toit d'ardoises à m'en rendre cacahuète... Machiavel mis en ligne hier fait déjà des heureux... J'ai commencé à numériser mes radiophonies des années 70 pour recyclage en mashup plunderphonics... Je vais enfin pouvoir penser à la musique pour l'impossible objet en 3D de Sun Sun Yip avec le frein, contrebasse électrique à tension variable, que Bernard a construit il y a près de quarante ans. Pour cette pièce de 17 minutes toute en harmoniques et rémanences électroniques, je lui fais traverser l'Eventide H3000 avec un effet que j'ai programmé... Il ne faut pas crier trop vite victoire, j'ai accepté de faire une pub pour une bouchée de pain, histoire de faire plaisir, et j'en suis déjà à la troisième version. Les clients ne savent pas ce qu'ils veulent et ils fantasment, on peut refaire cinquante versions différentes sans ne jamais les satisfaire, ce qui explique pourquoi les tarifs sont élevés. Le problème, c'est qu'au bout du compte on ne sait plus pourquoi on est là, et le résultat sombre dans le n'importe quoi. Étienne Auger me répétait récemment : "On commence par donner le meilleur de soi-même et l'on finit par obtenir le pire des autres !". Mais une solution se profile, à condition que j'y passe tout le week-end évidemment...
Pour me remonter le moral et signe que ma santé s'améliore, je me délecte de crabe cru en saumure et d'abats laqués accompagnés de riz blanc dont je rappelle la recette : 1/3 de riz thaï long parfumé, 1/3 de riz rond japonais, 1/3 de riz gluant, de l'eau à peine une phalange au-dessus, à ébullition baisser le feu et couvrir dix minutes, hors feu remuer et attendre un peu avant de servir. Simple comme bonjour ! Pour le reste je passe aux Quatre Saisons 12 rue de Belleville, un magasin tout en longueur avec dans le fond un poissonnier, des légumes bizarres et tout ce qui est nécessaire au dépaysement. J'en avais besoin.

vendredi 22 janvier 2010

Le scratch vidéo interactif MACHIAVEL en téléchargement gratuit sur OSX et PC


Très bonne nouvelle, Antoine a mis à jour le scratch vidéo interactif Machiavel pour les Mac OS X et les PC récents. L'application est offerte en téléchargement gratuit, avec tout de même un bouton PayPal si l'envie vous vient de soutenir nos efforts. Nous testons ainsi cette nouvelle pratique qui consiste à compter sur la solidarité des amateurs plutôt qu'une diffusion commerciale. À suivre... De la même manière, la refonte de mon propre site proposera une flopée de morceaux du Drame inédits en mp3, soit les 50 albums qui n'auraient jamais vu le jour autrement, répertoire mythique d'Un Drame Musical Instantané comme les manuscrits de Blaise Cendrars oubliés dans des banques sud-américaines ou le film de Josef von Sternberg, A Woman at the Sea (Sea Gulls), séquestré par Charlie Chaplin et probablement perdus à jamais !
Sorti en 1998 sous la forme d'un CD-Rom couplé avec un CD-audio d'Un Drame Musical Instantané, Machiavel, qui avait fait l'unanimité de la critique (revue de presse), n'a pas pris une ride. Bien au contraire, l'objet comportemental me semble n'avoir jamais été aussi réactif. Les versions successives du système OS m'avaient probablement fait oublier comment Machiavel réagit au plaisir et à l'ennui. Nous l'appelions "l'effet clébard" : lorsque l'on ne joue pas assez ou mollement, Machiavel vient mettre son museau sur votre cuisse et si cela ne suffit pas il ira vous lécher la figure ! Idem si l'on est excité comme un pou, réactions imprévisibles en perspective... J'ai vu des DJ scratcher sur les murs. Des virtuoses ! Passé les premiers contacts où vous pouvez zapper / scratcher parmi 111 très courtes boucles vidéo, je crois que la plupart tournent autour de 2 secondes, Machiavel prend la main et se joue de vous à son tour. Le son a été réalisé à partir des vinyles du Drame et à chaque séquence correspond un son propre, mais les images et les sons n'ayant pas la même durée des effets de sens apparaissent grâce aux répétitions successives qui rappellent le zoom du photographe du film d'Antonioni, Blow-Up. L'autre dédicataire est Ferdinand Khittl dont le film étonnant La route parallèle va enfin en sortir en DVD. Il a certainement inspiré les relations qu'entretiennent tous ces "très courts métrages" entre eux et leur rapport avec le "spectacteur".
Étienne Auger, qui avait à l'époque assuré la direction graphique de l'album, a repris le rouge sang pour la page Internet abritant l'application. Inspiré par une lecture poétique du Monde Diplomatique, Machiavel exerce un regard critique et sensible sur la planète et pour peu que l'on se laisse prendre au jeu il nous renvoie à nos propres fantasmes, nos espoirs et nos craintes ! Gérard Pangon dans Télérama avait su déceler l'objet freudien derrière la fantaisie technologique. Nabaz'mob (2006) et le futur Mascarade (2010) représentent deux autres chapitres de ma collaboration avec Antoine Schmitt. Sur le livret nous avions écrit Machiavel réagit très différemment à des gestes lents ou rapides, tendres ou brutaux. Certains comportements permettent de l’apprivoiser, d’autres le contrarient. Mais qui manipule qui ?

jeudi 21 janvier 2010

Le bureau des pleurs


J'aurais bien aimé écrire un article rigolo ou évoquer les films d'Albert Dupontel dont nous venons de voir le court-métrage et ses trois premiers longs métrages, mais j'ai du mal à me concentrer avec les tracas qui m'occupent depuis une semaine.
Tout a commencé par un impayé. Nous aurions dû toucher le solde de notre dernier spectacle à l'issue de la dernière représentation, fin décembre, mais on nous apprend ce soir-là que les chèques sont toujours postés pour le 10 de chaque mois. C'est pourtant notre client qui a rédigé les termes du contrat ! Comme je n'ai pas de nouvelles le 12, je tente de joindre la responsable qui est partie en vacances jusqu'au mois prochain. Qu'importe, il suffit de s'adresser à la comptabilité qui, tiens tiens, ne retrouve pas notre dossier. Depuis sa villégiature, notre correspondante a la gentillesse de nous rappeler, mais c'est pour nous annoncer que le chèque est parti le 4 et qu'il a été encaissé. Vérifications, suspicions, enquête. La comptabilité revient sur ses allégations en démentant l'encaissement et réclame une lettre de désistement de ma part. J'insiste pour recevoir un accusé de réception de cette missive, deux jours de plus ! Il faudra encore attendre je ne sais combien de temps pour que l'on nous envoie un "second" chèque. Ce sont déjà trois semaines gagnées pour notre débiteur !
Au bureau des pleurs, j'ajoute que je travaille sans contrat depuis trois mois sur un autre projet pour lequel j'ai peu de retour bien que des bruits circulent de la satisfaction qu'apporte ma musique. Je dois composer une nouvelle partition par manque de précision de la partie adverse alors que j'ai accepté un prix d'ami. Les fantasmes de mes interlocuteurs sont tels que je reste exceptionnellement bloqué devant la tâche. Il n'y a pas de situation plus démobilisante que la sensation que mon travail ne plaira pas. A contrario il n'est pas de meilleure exhortation à l'excellence qu'un environnement serein où je peux donner libre cours à mon imagination sans me poser d'autres questions que celles relatives à l'œuvre qui se construit.
Les délires kafkaïens d'UPS n'arrangent pas les choses. Bloqué en vain lundi, je reçois un message m'informant que je vais recevoir une carte postale parce que mon nom n'est pas précisé pour la livraison !!! Il faut 48 heures pour reprogrammer un nouveau passage, et rebelote, je reste aussi penaud mercredi malgré les promesses qui m'ont été faites. N'envoyez jamais rien par UPS, c'est chaque fois une énorme galère. Alors, que nous réserve aujourd'hui ? J'espère mieux commencer la journée qu'hier matin où j'ai heurté mon petit orteil pour la énième fois. Cela va pourtant déjà mieux de l'avoir écrit, et pardonnez si je vous barbe, mais tout cela flatte si bien mon côté obsessionnel.
Heureusement, j'ai composé un truc "world" assez monstrueux pour un projet post-colonialiste que nous essayons de sortir des ornières. Je continue à m'entendre à merveille avec Antoine qui planche sur le nouvel objet communicant de la sympathique équipe qui a inventé Nabaztag, ainsi que sur notre nouveau spectacle intitulé Mascarade... Étienne Auger vient de terminer la page web consacrée à la mise en ligne de notre scratch vidéo interactif Machiavel, j'en parle bientôt, promis... Nicolas est trop occupé pour attaquer le graphisme de mon nouveau site, mais je compte sur lui à la prochaine éclaircie ! J'ai donc enregistré hier l'introduction générale de 2025 à cloche-pied. La musique arrache bien. Ça décape. Monter le son à tue-tête me fait l'effet d'une purge intellectuelle.
Quant au cas Dupontel, sorte de Keaton contemporain qui aurait décidé de faire la peau des cinémas français et américain réunis par leurs tics en toc, il mériterait mieux qu'une conclusion. C'est drôle, intelligent, incisif, original, voire cinématographique, et cela fait oublier les journées de merde. Nous n'avons pas vu le dernier qui vient de sortir, Le vilain, mais de Bernie à Enfermés dehors en passant par Le créateur c'est de mieux en mieux. La fidélité d'une équipe montre qu'une aventure est aussi marquée par l'ambiance chaleureuse qui l'anime. Me viennent à l'esprit Cassavettes, Vecchiali, Lelouch, Straub et Huillet, Fassbinder, Sorrentino... Ici on repère Boukhrief dans la garde rapprochée (Dupontel joue le rôle principal de l'excellent Le convoyeur), plus Terry Gilliam et Terry Jones en guest stars ! Il y a une vie du cinéma après que les lumières se soient rallumées.

mercredi 20 janvier 2010

Petits pollueurs


Il ne suffisait pas des pubs en papier qui inondent la boîte aux lettres en métal, il ne suffisait pas des spams stériles pour accroître votre virilité, il ne suffisait pas du démarchage téléphonique délocalisé, il ne suffisait pas de l'abrutissement de masse diffusée par la télévision, voilà que des commerçants payent des désœuvrés, de préférence accros à leur connexion Internet, pour se répandre partout où ils peuvent dans l'univers virtuel. Comme les Blogs ont trouvé la parade contre les robots, en obligeant par exemple l'internaute à recopier un code visuel, c'est au tour des zombies d'ajouter des commentaires à qui mieux-mieux en se faisant passer pour des amateurs de nos proses. Les phrases, toujours flatteuses, s'accompagnent de l'url d'un site marchand. Et l'on retombe dans les sempiternelles herbes médicinales qui sauveront votre vie de couple ou même votre vie tout court. Heureusement, depuis que des débiles s'étaient répandus en insultes à mon égard, j'administre tout cela, en d'autres termes je filtre pour que mes lecteurs et trices ne soient pas incommodés par les enquiquineurs aux pollutions tant diurnes que nocturnes. Un coup d'œil distrait, un petit clic et puis s'en va !

P.S. : pendant que j'y pense, j'ai trouvé un nouveau truc pour me débarrasser rapidement des démarcheurs par téléphone et en ce début d'année ils sont légion. Je les repère instantanément entendu qu'ils m'appellent Birge sans accent sur mon é. Je leur réponds donc que c'est ennuyeux, mais Monsieur Birgé est absent pour deux ans. Il arrive que mon interlocuteur prenne poliment congé, mais le plus souvent il me raccroche au nez. Un clin d'œil discret, un clic au bout du fil et puis s'en va rejoindre les autres petits pollueurs dans la corbeille à papier !

mardi 19 janvier 2010

Adhérez aux associations d'idées


Je commençais le billet de dimanche par "Deux couples de mes amis l'ont échappé belle". Hier, sans m'en apercevoir, je chroniquai le nouvel album d'Hélène Sage intitulé "Échappée belle". Ce genre de coïncidence étant quasi quotidien, je suis surpris que mon inconscient s'amuse à chercher des liens, des rimes, des correspondances de couleurs d'un article à l'autre. Est-ce le désir de faire œuvre ou la rémanence des sujets qui m'occupent ? Lorsqu'il n'y a pas de lien direct avec le précédent, il suffit de remonter à celui d'avant pour vérifier le mécanisme. Les rapprochements dessinent des périodes, figurant des chansons avec des interludes, jouant avec les mots ou les images comme la comptine dont chaque mot commence par la dernière syllabe du précédent, j'en ai marre, marabout, bout d'ficelle, selle de cheval, cheval de course... ou comme le shiritori japonais... Dans le cas de mon feuilleton, cela s'explique très bien puisque j'en joue consciemment, mais pour le reste je me surprends moi-même. À ce propos j'ai préféré laisser s'écouler un peu de temps avant de reprendre l'écriture des seize derniers chapitres de ma fiction commencée le 9 août 2009, souhaitant changer de ton pour le dernier tiers. Si me relire ou indiquer des liens hypertexte est laborieux, écrire est une activité presque automatique qui fait appel à une mémoire brumeuse laissant la place aux images poétiques, à l'enthousiasme, à la colère et à la multiplication des coïncidences. Elles viennent se glisser comme des ombres bienveillantes sur une routine que j'espère naïvement renouveler chaque jour.

lundi 18 janvier 2010

Échappée belle


Après Comme une image (1989) et Les araignées (1997), le troisième CD d'Hélène Sage paraîtra bientôt sur le label GRRR (dist. Orkhêstra) auquel elle est restée fidèle depuis Supposons le problème résolu avec Bernard Vitet. Comme chaque fois, le puzzle qui relate ses aventures scéniques et ses rencontres laborantines fait œuvre, construit comme un château de cartes dont on aurait collé les bords pour qu'il résiste au réchauffement schématique et à la fonte des miroirs. Si les précédents relataient ses complicités instrumentales et chorégraphiques, Échappée belle s'organise essentiellement autour du verbe, chanté, psalmodié, joué vif ou retraité. Les textes d'Omar Khayyâm (XIIe siècle), Djalâl-Od-Dîn Rûmi (XIIIe), Nathalie Desmarest, Benoît Lavoisier, Luc Baron, Patrizia Runfolia, Louisa Paulin, Joseph Delteil, Nouveau Testament ou objets trouvés, servent de colonne vertébrale à ses iconoclasties sonores. Hélène Sage chante et joue de ses instruments de prédilection comme la contrebasse et ses flûtes, dont la basse est sa préférée, et se risque aux piano, bandonéon, violon, psaltérion, grandes orgues, orgue de cristal et divers idiophones. Marc Démereau (ordinateur), Alex Picques (sampling) et Pascal Portejoie (percussions) viennent de temps en temps à sa rencontre. La musique grince et frotte, siffle et enchante. Les voix de ses filles, Louise et Zoé Bouchicot, ponctuent l'ensemble avec impertinence. Les autres, théâtrales, font sens et contrastent avec les paysages organiques qu'Hélène peint aux couleurs incroyables de ses expérimentations hirsutes. L'unité du patchwork inventif tient à la fantaisie de l'équilibriste qui s'échappe bel et bien des sentiers battus.

dimanche 17 janvier 2010

Escroquerie à l'achat


Deux couples de mes amis l'ont échappé belle. Les uns et les autres avaient un urgent besoin de vendre leur maison. Petites annonces, visites, attente, inquiétude, et puis enfin, grand soulagement, un acquéreur se présente, dans les deux cas un couple dans la soixantaine. Les choses se présentent bien, l'acheteur est emballé et il a les moyens de payer comptant. Comme l'affaire est sur le point d'être conclue, il demande à profiter de la maison avant la signature. Il y a en général un délai de deux mois avant de passer chez le notaire. Dans le premier cas, le couple d'acquéreurs demande les clefs pour réaliser quelques métrés en vue des prochains travaux ; dans le second, il souhaite louer la maison d'ici là pour s'installer au plus vite. Mes amis se méfient. Les premiers refusent. Les futurs propriétaires s'évanouissent dans la nature. Quelle arnaque se cachait derrière l'opération ? Le champ est ouvert aux spéculations. Squat, utilisation d'une maison "neutre" pour un coup d'envergure n'ayant aucun rapport avec la vente, nous ne le saurons jamais. Le notaire des seconds les met en garde lorsque le couple d'acquéreurs, de vagues amis, demande à louer la grande maison pour une somme symbolique en attendant la conclusion. Les petits malins ont déjà commis l'entourloupe, un bail est signé pour 500 euros mensuels, mais jamais la vente ne sera effective. Ils ont pu ainsi rester vingt ans pour un loyer dérisoire et comptaient réitérer l'opération sur le dos de mes amis. Lorsque ceux-ci, comprenant que ces locataires seront ensuite indélogeables, refusent poliment une entrée dans les lieux avant signature définitive, le couple d'escrocs se fâche, invoque l'amitié trahie et claque la porte de la maison de leurs rêves ! Si les vendeurs de la première histoire se retrouvent désemparés face à l'énigme de la disparition absolue de leurs acheteurs, les seconds qui avaient tout autant vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué se sentent soulagés d'avoir évité le pire. La similitude des deux arnaques laissent suspecter une escroquerie dans l'air du temps, à moins que ce ne soit un vieux truc dont je n'ai pris connaissance que récemment.
Nous avons tous été un jour ou l'autre victimes d'un escroc. Lorsque l'on est jeune, on apprend à ses dépens à être méfiant et à ne pas mélanger la sympathie qu'inspire certains individus avec le sérieux qu'exige une transaction. J'avais 25 ans lorsque j'ai acheté un piano qui n'existait pas. Ayant passé une petite annonce dans le journal Libération pour trouver un piano pas cher, je suis réveillé un matin par le coup de fil d'un convoyeur de pianos pour le Moyen-Orient qui m'explique qu'au retour il lui reste un piano droit neuf au cas où il y aurait de la casse pendant le voyage. La somme est importante pour moi, mais le prix global est dérisoire en regard d'un piano neuf. Je dois agir très vite pour lui remettre mille francs afin qu'il puisse dédouaner l'instrument. Nous prenons rendez-vous le matin même et je l'accompagne en voiture jusqu'à la Gare de Lyon où je le vois entrer aux Douanes, mais n'en ressortira évidemment jamais. Je l'attendrai trois heures en vain sur le quai en plein vent, ne rentrant chez moi qu'avec une grippe carabinée et une bonne leçon. La naïveté est si touchante !

samedi 16 janvier 2010

Dîner entre amateurs de piments confits


Le gigot est toujours trop cuit à mon goût. La majorité des convives le préfèrent à point ou, au mieux, rosé. Je reproduis probablement l'habitude de mon père qui mangeait sa viande bleue. Paralysé suite aux mauvais traitements infligés par ses geôliers allemands, il s'était rétabli grâce à sa cousine Suzon qui l'avait conduit en brouette aux abattoirs de Sermaize, tous les matins pendant six mois, pour ingurgiter deux litres de sang frais. Lors de son évasion, il ne pesait plus que trente-sept kilos ! Alors que ma mère n'a jamais pu avaler une viande où il restait l'ombre d'un filet de sang, ma sœur et moi avons adopté le goût du cru.
Les recettes du gigot d'agneau indiquent un temps de cuisson beaucoup trop long ; s'il ne tenait qu'à moi, dix minutes par livre suffiraient. En tirant jusqu'à un quart d'heure, l'agneau devient tout gris. Même très cuit, je me délecte de son parfum grisant. Cette fois, j'ai piqué sa chair de gousses d'ail et de brins de romarin cueillis dans le jardin après l'avoir badigeonné du miel des ruches de Jean-Claude, saupoudré de sel fumé et poivré. Aucune matière grasse n'est nécessaire, mais j'arrose régulièrement la viande d'eau pour faire du jus. J'avais choisi de l'accompagner de quinoa rouge, de fèves, de fonds d'artichauts cuits à la vapeur de romarin, j'en avais coupé un peu trop, et je proposai une sauce à la menthe vinaigrée rapportée de Londres. Pour ce repas simple, à savoir sans extravagance, Françoise avait servi une délicieuse crème de potiron en entrée, Tina avait confectionné un onctueux Mont-Blanc à la noix de coco, Olivia avait remonté une exceptionnelle huile homonyme de chez sa maman dans le Lubéron, Stéphane souriait, Sacha et Karine s'étaient occupés du fromage et du pain en passant par la rue de Crimée, parfaits comme à leur habitude.


Ils avaient également apporté des piments végétariens confits à se damner. Leur côté corsé est très doux, laissant les arômes vous envahir comme un génie jaillissant de sa lampe merveilleuse. Si le dîner était simple, on remarquera qu'il n'exclut pas les superlatifs. Les couleurs des nappes confectionnées par Olivia à partir de tissu d'ameublement s'harmonisaient avec les mets partagés. Les sourires d'Antonin et Nadja, occupés au premier étage par Kié la petite peste et Mario Galaxy, laissaient planer une grande tendresse sur la soirée. J'en avais bien besoin après les contrariétés des deux derniers jours. Chaque fois qu'intervient un conflit professionnel relatif à l'intendance je suis incapable de travailler. Tout est finalement rentré dans l'ordre, un joyeux désordre plus propre à la création, dès lors que le mystère reprend ses droits. Conclusion, il faut que je revois tout ce que j'ai enregistré depuis quarante huit heures avec une oreille critique. J'avais beaucoup sifflé. Mais quand pourrai-je souffler ? Ce n'est pas joué. Ni même jouer...

vendredi 15 janvier 2010

Paralysie locale


Très affairé mais tenu au secret, je ne peux rien écrire. J'enregistre les sons d'interface du nouvel objet communicant imaginé par l'équipe qui a inventé le lapin Nabaztag, mais en plein développement du prototype je ne peux dire un mot. J'enregistre la musique du clip de la CNIL lié à 2025, le projet de serious game porté par Tralalere, mais je ne peux rien montrer avant que ce ne soit officiellement mis en ligne. Je travaille sur le lancement d'un écran augmenté qui pourrait révolutionner le monde de l'art contemporain, mais nous n'en sommes qu'à l'étude des possibles. Tributaire des concertations sur le poème symphonique pour 100 vélos, je ne peux rien faire. L'absence de modèle économique pour l'album de mon centenaire me paralyse. La mise en jeu de mon nouveau site dépend de la disponibilité de Nicolas Clauss. Le prochain spectacle avec Antoine Schmitt ne peut être révélé avant sa création en ouverture du Festival de Victoriaville au Québec. Et les projets avec Françoise Romand, Surletoit, Raymond Sarti, Pierre-Oscar Lévy, Sacha Gattino, Jacques Rebotier, etc. ne sont pas assez avancés pour être évoqués aujourd'hui. Le mutisme n'empêche heureusement pas l'imagination de déborder, même si mes phrases sont ponctuées de la conjonction de coordination "mais" qui marque systématiquement son opposition à mon envie et mon excitation à vous faire partager mon enthousiasme.
Il est d'autres encombrants secrets qui n'auront jamais leur place dans cette colonne. Si la prudence n'est pas un terme qui m'anime, l'intimité des uns, la stratégie des autres, les promesses faites aux uns comme aux autres imposent des limites à la publication. Saurai-je être plus loquace demain ?

jeudi 14 janvier 2010

Électrocution au révolver


Bernard Vitet se promène toujours avec de drôles de briquets qu'il achète à une Chinoise de son quartier. Il ne craint pas qu'un convive les embarque par inattention. Ce sont souvent des chalumeaux qui permettent d'orienter la flamme horizontalement. L'engin qu'il tient à la main pendant qu'il discute avec Benoît Delbecq est particulièrement pervers. Si l'on actionne la gâchette on reçoit une décharge électrique terriblement puissante. Le choc semble aussi fort que lorsque l'on touche du 220 volts. Pour allumer ses cigarettes, qu'il enchaîne les unes sur les autres malgré ses poumons fragiles, il doit agir sur le chien. L'atmosphère est enfumée. Fut un temps où nous travaillions quotidiennement ensemble avec Francis Gorgé. L'odeur de ses blondes court-circuitaient celle des Bastos de Bernard, mais à la fin de la journée le studio était envahi d'un nuage de poison. Je devais aérer pendant des heures après leur départ et j'avais fini par installer un avaleur de fumée faisant également office d'ionisateur. Aujourd'hui le moindre mégot empuantit l'espace clos et je dois vider les cendriers au fur et à mesure pour ne pas me sentir oppressé. Nous ne sommes plus habitués. L'atmosphère du salon est moins confinée, mais Françoise fait des courants d'air à nous faire attraper la crève.


Après le dîner, Benoît nous fait écouter son nouvel album en quartet avec le trompettiste norvégien Arve Henriksen, le batteur Lars Juul et son vieux complice Steve Argüelles trafiquant les sons aux commandes du logiciel Usine et de son filtre Sherman. Ce Way Below the Surface des Poolplayers est coolissime, nous attirant vers les grands fonds où la pesanteur est un vague souvenir. Je me sens plus proche de la musique de Benoît quand il prépare son piano que lorsqu'il en joue "nature". Le Bösendorfer du studio de La Mise en Circuit sonne alors comme un orchestre. J'apprécie toujours son élégance et le raffinement de son jeu tout en nuances, plus varié et évidemment mieux mis en valeur sur son nouvel album solo, The Civitella Project, également produit chez Songlines.
Nous réécoutons aussi Machiavel sur lequel nous jouons tous les trois. Le disque d'Un Drame Musical Instantané a été enregistré en 1998. Déjà douze ans ! Benoît figure au sampleur et au synthé sur le premier morceau Night Knight avec Bernard à la trompette, Steve à la batterie et Philippe Deschepper à la guitare. Je produis les nappes de cordes et introduis pour la première fois du Theremin dans un morceau. Il joue aussi sur L'aiguille creuse, toujours avec Bernard, mais cette fois je me sers d'un processeur vocal et DJ Nem scratche remarquablement ses platines. Le disque a beau rassembler des pièces que nous avons composées Bernard, Francis et moi de 1980 à 1982, des remix d'Agnès Desnos, Étienne Auger, Luigee Trademarq et Steve, un faux vieux morceau avec le trombone Yves Robert, le puzzling de 3/3 par 1/2 où nous avions découpé trois disques noirs du Drame en trois morceaux égaux comme les parts d'une tarte, puis recollé trois tiers différents ensemble sur la platine du tourne-disques, et mon préféré, Crimes parfaits, avec la radiophonie de centaines d'échantillons que l'on appellerait aujourd'hui "plunderphonics", l'album, très électro, est étonnamment homogène. Antoine Schmitt vient de réaliser l'adaptation pour Mac et PC de la partie CD-Rom de Machiavel qui ne tournait plus sur les nouvelles machines et qui sera bientôt téléchargeable gratuitement dès qu'Étienne aura terminé la mise en page du site Internet qui lui sera dédié.

mercredi 13 janvier 2010

L'urticaire


Certains clients me donnent des boutons. Mais heureusement, comme beaucoup d'autres choses sur Internet, ils sont virtuels. Pas les clients, mais les boutons ! Je n'accepte pas de me donner un mal de chien pour bien faire mon travail, en temps et en heure, et qu'en retour il faille me battre pour être payé. Envoyer le chèque comme convenu est le travail que j'exige de mon interlocuteur contractuel. Il n'a que cela à faire ! La mauvaise foi est plus souvent de rigueur. Exemple, si ma facture n'est pas tout à fait conforme à ce que le client attend, au lieu de me le signaler pour que je lui en renvoie une illico en bonne et due forme, il bloque le paiement jusqu'à ce que je m'inquiète de n'avoir rien reçu. Si je ne suis pas en permanence sur le coup, je risque fort de payer les conséquences de leur défaillance, souvent intentionnelle, alors que ce n'est plus mon rôle, mais le leur...
Un comptable doit honorer les engagements et non faire de la rétention. Ailleurs, que penser d'un journaliste qui recopie paresseusement le dossier de presse ou parle d'un évènement sans se déplacer, d'un partenaire institutionnel qui se limite à jouer les guichets sans aller voir l'œuvre qu'il a soutenue, d'un programmateur qui se contente d'engager uniquement les artistes que l'on voit dans tous les autres festivals, d'un régisseur qui ne s'assure pas qu'il possède tous les éléments de la fiche technique, voire d'un agent qui perçoit en douce des surcommissions sans en avertir les artistes qu'il représente, etc. Je me dis souvent que si nous faisions notre travail comme ils font le leur, leurs critiques ou le résultat des courses seraient autrement plus brutaux que leurs verdicts à l'emporte-pièce. Être exigent avec soi-même pousse forcément à l'être avec tous ceux avec qui nous faisons affaire, surtout si leur tâche est largement moins complexe et moins risquée que celle des artistes qui se mouillent corps et âme dans leurs créations.
Il existe heureusement des partenaires honnêtes et consciencieux, des clients intelligents qui vous donnent des ailes en vous faisant confiance, des chefs de projet qui vous protègent, des collaborateurs enthousiastes qui vous donnent envie de toujours mieux faire, des journalistes en verve, des êtres humains redorant l'adjectif qui nous affuble. Ils sont un baume qui adoucit les peines et calme l'inquiétude propre à nos métiers. Plus j'avance et plus j'arrive à travailler avec celles et ceux que j'appelle "les gentils", mais la vigilance reste un combat de tous les jours... Certaines chimères sécrètent des poisons qui transforment les rêves en cauchemars.

mardi 12 janvier 2010

Skidoo, quand Preminger s'initie au LSD


Otto Preminger n'est pourtant pas un rigolo. Ses origines juives, ukrainiennes à l'époque de l'Empire austro-hongrois, ne lui ont pas donné un humour à la Lubitsch ou Billy Wilder. Ancien élève de Max Reinhardt, après avoir émigré aux États-Unis il acquerra la célébrité avec le mythique Laura et continuera avec Carmen Jones, L'homme au bras d'or, Sainte Jeanne, Bonjour Tristesse, Porgy and Bess, Autopsie d'un meurtre, Exodus, Tempête sur Washington, Le cardinal... des films de virtuose avec des sujets comme le viol, l'homosexualité ou la drogue qui lui valent souvent des ennuis avec la censure. En 1968, le trip de LSD qu'Otto Preminger s'avale à 64 ans en présence de Timothy Leary lui donne l'idée de Skidoo, une comédie complètement déjantée anticipant les élucubrations de John Waters. Le film ne ressemble en fait à rien de connu, ovni absolu qui fera un flop total tant auprès des "adultes" qui ne connaissent rien à la drogue que des "hippies" gentiment caricaturés. Deux mondes se rencontrent sans se comprendre. L'humour et la vision très personnelle de Preminger sont le fruit de son indépendance. Avec ses outrances burlesques et ses provocations tous azimuts, le film réfléchit pourtant remarquablement l'époque. C'est même probablement la meilleure représentation d'un trip d'acide qu'il m'ait été donné de consommer, aussi loin que ma mémoire puisse remonter. On raconte que Groucho Marx goûta également un buvard pour savoir comment jouer son rôle, le dernier de sa carrière, Dieu, patron de la mafia ! Mickey Rooney et Jackie Gleason sont parfaits, Carol Channing rappelle Mae West ou Delphine Seyrig dans Mister Freedom réalisé par William Klein l'année suivante. Les effets vidéo anticipent de trois ans 200 Motels, le chef d'œuvre de Frank Zappa. La question fondamentale à se poser avec Skidoo est celle de la nécessité ou pas de se mettre au diapason du film avec quelque expédient pour en apprécier au mieux son comique d'absurde.

P.S. : j'ai remplacé la scène du trip au LSD effacée depuis sur YouTube par l'étonnante bande-annonce prtésentée par Timothy Leary, Sammy Davis Jr, Groucho Marx... avec tout le générique chanté, et non des moindres ;-)

lundi 11 janvier 2010

Le comble du cinéma


Voilà presque un an que je n'ai pas édité de playlist de films, exceptés ceux pour lesquels j'ai écrit un article comme les quatre longs métrages de Paolo Sorrentino, l'essai interactif Imagine sur le site d'HBO, The Pervert's Guide to Cinema de Žižek, les films d'animation Bachir d'Ari Folman, Coraline d'Henry Selick et Paprika de Satoshi Kon, le provoquant Princess d'Anders Morgenthaler, le kitchissime Avatar, plusieurs DVD de films expérimentaux plus ceux de Martin Arnold et une soirée de projection de Jacques Perconte à La Société de Curiosités, les élucubrations musicales télévisées de Spike Jones, les galipettes de Cécile Babiole, les Rouletabille de L'Herbier, La fabrique des sentiments de Moutoux, L'âge des ténèbres de Denys Arcand, Home d'Ursula Meier, Cortex de Boukhrief, La mélodie du malheur de Miike, Forbidden Zone de Richard Elfman, Convoi de femmes de Wellman, le dernier Aldrich All the Marbles, les cinq saisons de The Wire, le coffret Salut les Copains, le Ciné-Romand de Françoise et mon propre Nuit du Phoque... Ce qui nous mène jusqu'à ma précédente playlist !

Dans le plus grand désordre j'aborderai donc des films vus en 2009 et dont je n'ai encore soufflé mot :

  • À sa sortie, j'avais bêtement boudé Le bal des actrices, second film de Maïwenn Le Besco après son coup de maître(sse) Pardonnez-moi, or son nouveau faux documentaire nous en-chante littéralement, tournage kaléidoscopique où l'on remarque l'excellence des actrices (Karin Viard, Marina Foïs, Muriel Robin, Jeanne Balibar, Charlotte Rampling, Julie Depardieu, Christine Boisson et bien d'autres) comme celle de Joe Starr, comédien d'une justesse absolue (dvd Warner).
  • Capturing the Friedmans est un documentaire d'une force redoutable d'Andrew Jarecki, digne héritier d'Errol Morris, qui dresse le portrait d'une famille américaine entraînée dans le tourbillon de révélations fracassantes par le truchement de home movies, de témoignages bouleversants, de manipulations policières aussi tordues et d'une enquête psychanalytique pleine de finesse et d'intelligence (dvd mk2).
  • Invictus de Clint Eastwood est aussi pouf pouf et ennuyeux que les derniers Michael Mann (Public Ennemies), Spike Jonze (Max et les Maximonstres), ou pire, les derniers Tarentino, si gros navets que je ne tenterai même plus de regarder les suivants. Mais je ne vais pas m'étendre sur toutes les grosses daubes américaines que je me suis farcies avant d'apprécier District 9 de Neill Blomkamp (dvd Seven), Two Lovers de James Gray (dvd Wild Side Video) ou la très émouvante comédie dramatique Rachel Getting Married de Jonathan Demme où l'utilisation de la musique est toujours in situ (à noter la présence de Cyro Baptista !)... Nous avons également aimé Irina Palm de Sam Garbarski avec Marianne Faithful en géniale grand-mère courage (dvd Gie Sphe-Tf1) et Adoration, le dernier d'Atom Egoyan, pourtant massacré par la critique, dans lequel Arsinée Khanjian n'a jamais été aussi bonne (dvd Gie Sphe-Tf1). Je craignais le pire avec The Informers de Gregor Jordan d'après Bret Easton Ellis, mais l'étude de ce monde de jeunes adultes riches et dépravés est passionnante. Bonne surprise encore avec le polar Frozen River de Courtney Hunt (dvd France Télévisons) ou Sherrybaby, beau film de Laurie Collyer avec la formidable Maggie Gyllenhaal (dvd Metrodome)...


  • De mon florilège de comédies de Lubitsch, je n'ai encore vu que le chef d'œuvre d'humour Bluebeard's Eighth Wife, l'agréable Cluny Brown et le poussif Heaven Can Wait. J'ai plongé dans l'immense filmographie d'Alexander Kluge jusqu'à m'y noyer, sorte de Godard allemand peu connu en France (dvd importés par Choses Vues). Parmi les marathons, la série animée japonaise Kaiba de Yuasa Masaaki, l'auteur de Mind Game, recèle des trésors d'imagination et Shawn le mouton des studios Aardman permet de se détendre après un truc bien plombant (dvd Gie Sphe-Tf1) ! Nous ne viendrons pas non plus au bout de l'œuvre de Shuji Terayama, puzzle psychédélique complètement déjanté. Nous avons regardé un paquet de films réalisés par Kathryn Bigelow : si The Weight of Water nous a un peu barbés, Near Dark et The Hurt Locker ne valent tout de même pas Blue Steel ou son remarquable Strange Days. Même chose avec Happiness de Tod Solondz avec lequel ses autres films ne peuvent rivaliser (dvd Entertainment in Video). Par contre, je sens que le coffret de 18 Fassbinder me durera longtemps tant j'ai manqué ses films à l'époque de leur sortie...
  • Le très réussi Le convoyeur de Nicolas Boukhrief m'a donné envie de voir tous les films réalisés par Albert Dupontel qui y tient le rôle principal (dvd Studio Canal). J'ai bizarrement préféré Le créateur à Bernie... Côté rigolade, Louise-Michel de Gustave de Kervern et Benoît Delépine et Rumba de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy nous ont fait passer de très agréables moments (Gie Sphe-Tf1). Nous n'avons pas compris l'ire déclenchée contre Musée haut musée bas de Jean-Michel Ribes, comédie burlesque plutôt hirsute (dvd Warner). Dans un autre genre, les films des Yes Men sont revigorants, même si leur potentiel politique reste très superficiel (dvd Palisades Tartan).
  • Marie m'a prêté le remarquable A Bigger Splash de Jack Hazan sur la vie du peintre David Hockney que je n'avais jamais vu (dvd Compagnie des Phares et Balises). Tout comme The Manchourian Candidate de John Frankenheimer conseillé par Rosenbaum, hilarant pamphlet bancal anti-communiste (dvd MGM) ou Hitler connais pas, extraordinaire enquête documentaire de Bertrand Blier de 1963 que Nicolas m'a fait découvrir...

J'en oublie des quantités tant j'en ai vus l'an passé, sans compter les saisons 3 et 4 de Heroes, la saison 1 de Fringe, les saisons 2 de True Blood et Damages, etc. Ajoutons les merveilleuses perles contenues dans les coffrets DVD de Cinq colonnes à la une et Dim Dam Dom...
Me vautrer devant un film sur grand écran est l'une des rares occupations qui me déconnectent de mon hyper-activité...

dimanche 10 janvier 2010

Zounds! What Sounds!


Sacha Gattino, qui connaît mon appétit pour les trucs bizarres, m'a fait écouter un album incroyable enregistré sur Capitol en 1962 par Dean Elliot, un compositeur de musiques de dessins animés avec à son actif Mr Magoo dont j'étais fan dans mes toutes premières années (souvenir rapporté dont je ne garde aucune trace), Tom & Jerry, Bugs Bunny ou ceux du Dr Seuss... Mais l'association avec le fameux animateur Chuck Jones est postérieure à Zounds!What Sounds!, l'album de Dean Elliot and his swinging BIG BIG BAND!! Sa couverture indique : A Sonic Spectacular Presenting MUSIC! MUSIC! MUSIC! With these special Percussion Effects! Cement Mixer, Air Compressor, Punching Bag, Hand Saw, Thunderstorm, Raindrops, Celery Stalks (the crunchiest), 1001 Clocks, Bowling Pins and Many Many More!!. Le compositeur de Space Age Pop s'est adjoint l'aide du bruiteur Phil Kaye pour mêler à son orchestre lounge des effets sonores stéréo décoiffants qui nous font irrémédiablement penser à Spike Jones. On trouve la réédition CD chez Basta, mais écoutez déjà son Lonesome Road !
Souvent, écoutant certains compositeurs, j'aurais adoré que l'on me propose d'ajouter des sons concrets ou électroniques à leurs orchestres ou à leurs chansons, mais, contrairement à Dean Elliot dont les excentricités sont exclusivement plastiques, je travaille toujours dans une optique dramatique, entendre théâtrale, qui sert le sens de l'œuvre. J'aurais voulu être le Airto Moreira bruitiste de la nouvelle musique, saupoudrant de persil ou de piment la cuisine inventive de mes collègues musiciens. Un autre de mes fantasmes eut été d'improviser l'ambiance musicale d'un show style Nulle Part Ailleurs avec des ponctuations corrosives bien à propos. J'imagine un duo interventionniste avec Sacha, lui en percussionniste gagman et moi dans un traitement épique environnemental... Une idée.

samedi 9 janvier 2010

La machine à verbes


L'Espace Khiasma est situé à moins de cent mètres de la boulangerie La Bould'Ange, centre du quartier par son excellence, passerelle gourmande entre Les Lilas et Bagnolet. Ce soir-là, le centre d'art accueillait une drôle de machine conçue et réalisée par Grégory Beller et Norbert Gordon. Le premier travaille à l'IRCAM en tant que musicien et à l'université comme physicien chercheur, spécialiste en synthèse vocale. Le second, artiste multimédia et enseignant en littérature et histoire de l’art, s’intéresse aux rapports entre langue et société. Le siège sur lequel on s'installe semble sorti d'un film de science-fiction des années 60, vélo d'appartement customisé avec écran plat et vidéo-projecteur. Les images projetées devant le spectateur qui se prête à l'expérience sont générées par ses propres paroles qui se transforment en mots sur le petit écran de contrôle, en images sur le grand et en musique générative, par le détournement astucieux d'un logiciel de reconnaissance vocale. Les textes fournis en exemples utilisant le langage journalistique produisent des effets étonnants en s'appuyant sur une traduction sémantique propre à créer un montage critique sur les informations télévisées. Un texte sur le sexe appelle des mots du langage marchand tandis qu'un autre axé sur le commerce a l'agressivité du vocabulaire guerrier, déclenchant les images idoines. Le sens des phrases et l'intensité de la voix agissent dessus comme sur les sons renvoyées en écho, mais les aléas de la machine, ses bugs créatifs, produisent des effets inattendus qui nous renvoie à l'humanité qui les a conçus. La machine à verbes bouscule les chronologies. Histoire de rompre la monotonie du voyage spatiotemporel, les deux explorateurs comptent ne pas s'arrêter aux 40000 mots et 1000 images déjà enregistrés en enrichissant encore le corpus, construisant une syntaxe toujours plus complexe et critique, structurant le flou artistique du trajet nébuleux. Au milieu de tant d'installations insipides et vaines, saluons cette œuvre qui pour être fondamentalement politique n'en perd pas sa poésie ludique.

vendredi 8 janvier 2010

Les archives libres de la poésie sonore


En traduisant free par libre, j'insiste sur l'indépendance des poètes et des musiciens qui les accompagnent, même si la gratuité du nouveau site lancé par Étienne Brunet a le mérite de proposer d'exceptionnelles archives sonores en écoute gratuite. Donguy-Expo rassemble des œuvres de Ezra Pound, Charlemagne Palestine, Robert Lax, Jean-François Bory, Marshall McLuhan, Ghérasim Luca, Augusto de Campos, John Giorno, François Dufrêne, Isidore Isou, Brion Gysin et Steve Lacy, Lawrence Ferlinghetti... Sur les traces d'ubuweb, cette extension de l'ancienne et mythique Galerie Donguy met à disposition de la poésie numérique et sonore pour un usage non-commercial, avec entre autres les merveilleuses archives des disques Son@rt qui devraient bientôt se retrouver en vente dans la boutique L'arobase qui sourit, la e.shop "en hommage à Robert Filliou". On y trouve dores et déjà des CD de Brunet avec Julien Blaine ou en concert avec Jacques Donguy à Sao Paulo, comme la rencontre de Jean-Clarence Lambert et Jean-Yves Bosseur. Les amateurs de rencontres vocales et instrumentales sont de plus en plus nombreux. Il y a peu, Jacques Perconte m'apportait un exemplaire de À surveiller de près, à punir parfois, sa collaboration avec Didier Arnaudet. Lui ai-je offert en retour mon duo avec Michel Houellebecq, je ne m'en souviens plus. Pour 2010, Sacha et moi avons en projet une rencontre sur scène avec Jacques Rebotier. Perconte, Rebotier, Brunet jaillissent toujours là où l'on ne les attend pas, slalomant entre les bornes des chapelles désaffectées et des halls surpeuplés pour explorer d'autres territoires, des possibles ailleurs rompant avec l'impossibilité du réel.

jeudi 7 janvier 2010

Paolo Sorrentino, un nouvel Orson Welles ?


Mon titre se réfère à la nouveauté, à la rigueur d'un cinéaste, en marge de la fadeur audiovisuelle ambiante où les Top Ten des critiques et du public sont affligeants d'inculture et d'absence critique. Mais déjà Hollywood courtise Sorrentino dont le prochain film, This must be the place, sera tourné en anglais avec Sean Penn. Le réalisateur napolitain saura-t-il conservé son originalité ? Et d'abord, qu'est-ce que c'est qu'un style ? Paolo Sorrentino sait ce qu'il veut et il y travaille, prenant le risque de filmer comme il l'entend. Pas un plan qui ne soit porté par une intention, pas un angle qui ne soit juste, pas un mouvement qui ne serve l'action ou ne participe à l'émotion suscitée. Il fait penser à un Francesco Rosi avec des accents buñuéliens et un graphisme léché quasi architectural. L'exigence du montage est celle d'un Lynch, et en regardant Les conséquences de l'amour, nous avons pensé ne pas avoir joui d'une partition sonore digne de ce nom depuis longtemps. L'utilisation de la musique y est remarquable, réellement montée plutôt que placée. Les acteurs sont superbes, en particulier Toni Servillo, héros de trois des quatre longs métrages du réalisateur, toujours épaulé par une équipe fidèle qui le suit de film en film. Servillo jouait dans les deux films italiens présentés à Cannes en 2008, Gomorra de Matteo Garrone et Il Divo de Sorrentino, qui se complètent très bien dans le portrait de la Mafia, le premier focalisant sur les actes, le second sur les raisons, la plèbe d'un côté, l'institution de l'État de l'autre. Passé quasi inaperçu malgré un Prix du Jury à Cannes, j'avais vu Il Divo (2008) sur les conseils d'Olivia et l'avais défendu dans cette colonne. J'ai commandé (trois petits prix sur Amazon) les deux autres DVD disponibles, Les conséquences de l'amour (2004) et L'ami de la famille (2006), et me suis débrouillé pour voir son premier court-métrage, L'amore con ha confini (1998), et son premier, L'uomo in più (2001). Voir dans l'affilée plusieurs films d'un même réalisateur permet souvent d'en apprécier le style, quand style il y a, chose de plus en plus rare. Ainsi après avoir découvert l'incontournable Happiness (1998) de Todd Solondz, nous avions ainsi été déçus par ses autres films. Sorrentino tient ses promesses depuis son premier court-métrage baroque dont je n'ai pas tout compris, faute de sous-titres, à sa fantastique bio critique de la crapule nosferatesque Giulio Andreotti évoquée ici-même.
La Mafia plane au-dessus des quatre longs métrages, Naples oblige, mais n'est jamais qu'un zeste dans le savant cocktail, un soupçon. Si la mort y rôde toujours, est-ce d'avoir perdu ses deux parents dans un accident domestique lorsque Paolo avait 17 ans ? Le courage nécessaire pour reconstruire sa vie, renaître de ses cendres, semble une constante, face à la jeunesse et la vieillesse qui affirment leurs prérogatives. Le cinéma est l'art du bluff, de l'illusion, et Sorrentino en joue en virtuose, avec humour et rigueur. Les secrets finissent toujours par s'éventer, mais le mystère de l'être demeure. La critique sociale comme la psychologie des personnages s'effacent derrière la construction cinématographique. La plasticité des images et le rythme de la partition sonore ne sont jamais gratuites, elles servent un propos qui se situe bien au delà du scénario. Paolo Sorrentino fait du cinéma.

mercredi 6 janvier 2010

Ronronnement


Passons du bourdonnement au ronronnement. Suite à mon billet de lundi, j'ai reçu plusieurs témoignages d'amis des chats, surtout lorsque "leurs" félins ont des comportements proches de ceux de Scotch. Pourtant, aucun minet n'est pareil, même s'ils ont de nombreux points communs. D'ailleurs, pourquoi serait-ce différent pour toutes les espèces qui peuplent la planète ? Abeilles, moutons, perroquets ou poissons rouges, il suffit de s'en approcher, de les fréquenter suffisamment longtemps pour commencer à entrevoir leurs différences et leurs similitudes. Les questions affluent alors et les énigmes s'accumulent, souvent moins banales que celles de leurs lointains cousins dont nous faisons partie. Chez les chats, le ronronnement n'a rien à voir avec leur caractère et Daniel Bricard me signale un passionnant article d'Effervesciences sur le sujet, surtout, précise-t-il, si l'on est musicien ! À l'issue de l'édifiante lecture, j'ai trouvé croquignolet la mise en vente d'un CD de "Rouky musicien" par l'auteur-vétérinaire, censé vous permettre de vous relaxer et de vous aider à vous endormir. Il est recommandé de le diffuser doucement, plutôt avec des écouteurs ! Je me vois mal passer ma nuit avec un casque sur la tête, mais les fils qui pendent amuseront peut-être le chat qui se chargera de m'en débarrasser...
En reproduisant la carte postale offerte récemment à l'une de mes nièces pour une invitation chez Koba, le restaurant de sushis le plus généreux de Paris, à s'en faire claquer la sous-ventrière, je dois résister à l'envie de vous lire les quatre pages D'une histoire féline que Jean Cocteau relate dans son Journal d'un inconnu. Le mystère des chats n'a jamais été aussi bien exprimé que par le poète. J'ai souvent cité son exergue qui donna le titre à une œuvre pour grand orchestre du Drame de 1982, Ne pas être admiré. Être cru. Les premières lignes, très orsonwellesiennes, expliquent pourquoi ici je ne puis : " L'histoire féline racontée par Keats n'a jamais été transcrite que je sache. Elle voyage de bouche en bouche, et se déforme en route. Il en existe plusieurs versions, mais son atmosphère reste une. Atmosphère si subtile que je me demande si ce n'est pas la raison pour laquelle cette histoire s'accommode mieux de la parole et de ses pauses, que de la plume qui se hâte. "

mardi 5 janvier 2010

Concerto pour violoncelle et 3 millions d'abeilles


La vidéo que Françoise avait découverte à la Biennale de Lyon est enfin en ligne : Didier Petit joue pour et avec les abeilles d'Olivier Darné sur le toit de la mairie de Saint-Denis. L'apiculteur-plasticien a créé le Parti Poétique pour polliniser la ville. "Poser une ruche quelque part consiste à poser un centre de prospection et à tracer autour de cette ruche un cercle d’environ 3 km de rayon. Ce territoire «invisible» délimite alors environ 3000 hectares de superficie qui constituent approximativement la zone de butinage et de prospection de l’abeille." La pollution liée aux pesticides épargne les villes que les abeilles ont adoptées avec gourmandise. On connaissait, entre autres, les ruches du square Georges Brassens à Paris où Elsa, enfant, avait appris à les caresser. Celles de Jean-Claude alimentent nos petits-déjeuners et nos goûters à s'en pâmer. Darné en a installées dans plusieurs quartiers de Paris et en banlieue. Sur son site, encore en construction, il vend déjà le Miel Béton à grand renfort de slogans tels "Time is Honey" ou "L'erreur est urbaine" ! Et le violoncelliste Didier Petit de charmer les abeilles qui volent autour de lui jusqu'à se poser sur le crin de son archet pour mieux ressentir les vibrations généreuses de son inspiration...

lundi 4 janvier 2010

Boum au matin


Ce matin nous avons été réveillés par une explosion, courte, sèche. Le front polaire qui nous fait greloter interdisant les orages, j'ai pensé au gaz. C'est déjà moins brutal que le jour où une bombe m'a fait sauter en l'air à cinq heures du matin. J'avais pensé que ça y était : à force de jouer avec le feu, ils avaient réussi ! C'était il y a trente ans, j'habitais rue de l'Espérance à côté d'un café dont la vitrine venait d'être pulvérisée par quelque règlement de comptes, mais nos parents nous ayant élevés en nous répétant qu'ils n'auraient peut-être pas dû faire d'enfants à l'ère de la bombe atomique, j'ai attendu un instant la lumière blanche et la brûlure de la fatalité. Le nucléaire ne provoque plus les mêmes peurs. Nous avons jusqu'ici survécu. Les explosions sont devenues banales. On ne lira probablement rien dans la presse et le chat continuera à dormir à mes pieds sur la couette.
Je me demande pourquoi il choisit cette place, réduisant mon espace de sommeil en m'obligeant à des positions obliques ou en chien de fusil. Le coin du lit est le plus proche du radiateur, mais nous l'éteignons la nuit et entrouvrons la fenêtre, ce qui explique pourquoi nous avons entendu clairement la déflagration. Ayant laborieusement œuvré avant la naissance de l'aube - l'aube précède l'aurore - je retrouve systématiquement Scotch allongé de tout son long sur le ventre de Françoise. Il ne vient jamais sur le mien qui a pourtant perdu son bombement excessif pas plus qu'il ne se couche aux pieds de ma compagne dont la taille moindre offre un espace libre plus propice à l'extension du matou géant. Les croquettes diététiques semblent moins probantes que mon chrono-régime. J'ai perdu quatre kilos en deux mois, mais la panthère des neiges fait toujours ses huit et demi. Entre ses deux positions, il m'accompagne sagement pendant la rédaction de mon Blog, mais dès la dernière bouchée avalée, il remontera rejoindre Françoise, me laissant seul choisir le cliché qui illustrera ce billet. Passé sa mise en ligne, je me console en enfourchant mon vélo jusqu'à la boulangerie où m'attend un moelleux palmier qui me fait saliver tout le long du chemin...

dimanche 3 janvier 2010

Poème symphonique pour 100 vélos


Wolf Ka m'a demandé d'écrire un petit texte pour le dossier du Poème symphonique pour 100 vélos que nous souhaitons créer en 2010.
Composer pour 100 vélos est un rêve d'avenir, porteur d'espoir d'une réappropriation humaine de la ville. C'est d'abord composer pour 100 cyclistes amateurs, étymologiquement ceux qui aiment se promener sur deux roues à la découverte d'autres paysages. Les miens sont sonores. Ils sont aussi mobiles, la symphonie se répandant dans l'espace grâce à la chorégraphie de Wolf Ka. Ces déplacements produisent eux-mêmes les sons des instruments imaginés avec le luthier Sylvain Ravasse. L'orchestre est constitué de flûtes qui prennent l'air, de cornemuses dont la poche est cachée sous la selle, de rayons frottés, de sonnettes accordées, de percussions cycliques, tout un monde inouï suggéré par nos balades. Et les cyclistes qui se croisent et tournent en rondes, pétaradant comme des gamins facétieux tels des clowns musiciens ou fendant l'air sur leurs montures customisées, dessinent un poème symphonique. Ils racontent ce que pourrait être la ville, dialoguant avec les oiseaux, recomposant l'espace urbain avec leur corps, mollets alertes, oreilles au vent et le cœur en bandoulière.
Compositeur et cycliste urbain, je ne pouvais que sauter de joie à la proposition de Wolf Ka de composer pour 100 vélos. Après les 100 métronomes de Ligeti et mes 100 lapins de Nabaz'mob dirigés avec Antoine Schmitt, le chiffre magique nous fait diviser l'orchestre en 10 familles d'instruments. La simplicité et la particularité de chaque appareil fabriquent une complexité inattendue. Les déplacements assurent à la partition un renouvellement constant, plein de surprises. Les sonorités inouïes des instruments fabriqués par Sylvain Ravasse lui apportent humour et poésie. Mon rôle consistant à organiser la symphonie dans le temps et dans l'espace, ce qui pouvait paraître archaïque se révèle visionnaire et futuriste. Au-delà de l'œuvre se dessine la ville de demain.

samedi 2 janvier 2010

Vœux pieux


Exprimée par mes lèvres gourmandes, la bonne année résonne comme une bonne blague. Trois mois avant le 1er avril je vous souhaite donc une meilleure année, avant de frire ou de se noyer. À lire vos vœux envoyés, la précédente semble en avoir déprimé plus d'une et plus d'un. Apprenez à nager, de fond plutôt que rapidement. La vitesse est un fléau moderne. Plus conforme à une fosse abyssale, le sommet de Copenhague a harponné les plus coriaces. Ainsi, renversé, Chris Marker déclare forfait sur Poptronics où son chat Guillaume-en-Egypte annonce la fin de sa collaboration. Nombreux messages cherchent en vain une raison de se réjouir de ce que l'avenir nous réserve. C'est à se foutre à l'eau, sans bulles. Histoire de se couler dans un monde de silence où les colons sont encore minoritaires, même si les pollueurs s'en donnent à cœur joie. Je choisis des mots avec des œufs dans l'eau pour me donner l'illusion d'un bain revigorant où pourront éclore nos rêves les plus fous. On en a besoin. Donc, je reviens à un message plus souriant en vous souhaitant de ne pas baisser les bras, mais de vous battre, coûte que coûte, ce qui ne peut être plus cher que l'addition tendue par l'ultra-libéralisme, cynique et meurtrier. Je vous souhaite une année de résistance, une année debout, une année solidaire, utopique, imaginative. Je vous souhaite une année. C'est déjà ça. On fera le bilan dans 365 jours en espérant qu'il sera plus brillant. À condition que l'on s'y mette tous et toutes, ensemble... Parce qu'ici, ce ne sont encore que des mots !

vendredi 1 janvier 2010

Le Light Book


Au dernier jour de l'an passé, je citais trois phrases que Louis Barnier avait mises en exergue sur la page de garde du Light Book auquel j'avais participé avec mes camarades de L'Œuf hyaloïde, dernière réincarnation d'H Lights avant houleuse dissolution. La dernière page indique : " Cette plaquette, qui reproduit avec le maximum de sympathie et - hélas ! - le minimum de fidélité des images de Michaela Watteaux, Luc Barnier, Jean-Jacques Birgé, Philippe Danton, Thierry Dehesdin, Antoine Guerreiro du groupe de l'Œuf hyaloïde (ex-H Lights et ex-Despotes éclairés), a été achevée d'imprimer le 31 janvier 1973 par l'Imprimerie Union à Paris. Strictement hors commerce elle a été tirée à 777 exemplaires numérotés : les exemplaires 1 à 555 étant réservés à l'Imprimerie Union ; les exemplaires 556 à 777 étant réservés à l'Œuf hyaloïde. " La plupart de mes images (diapositives brûlées, acides bleus, polarisations) avaient été réalisées en 1969. S'y ajoutèrent le remix de Thierry avec la photo d'Isabelle (ci-dessus), ses cristallisations, deux acides rouges de Michaela et un liquide séché d'Antoine (ci-dessous), plus un de Luc qui servit également à la couverture. Le père de Luc dirigeait la célèbre Imprimerie Union spécialisée dans les livres d'art luxueux et extrêmement onéreux. Le Light Book en était la cadeau de fin d'année, envoyé à l'ensemble des membres du Collège de Pataphysique dont Louis était l'un des Provéditeurs depuis 1953. Picasso mourut deux jours après l'avoir reçu ; de là à penser que nous l'avions tué, cela amusait beaucoup le père de Luc !
Je viens de scanner les cinq pages de la préface, texte fondamental sur le light-show que notre travail lui inspira.


J'avais commencé à gratter des diapositives ratées après avoir assisté en 1967 à une conférence à la MJC du quartier, donnée par un journaliste rock qui revenait des USA et dont je ne me souviens plus du nom avec certitude. En expérimentant diverses manipulations chimiques j'avais découvert que mettre le feu à la laque pour cheveux produisait d'intéressants effets sur la pellicule non révélée. Après un stage londonien chez Krishna Lights j'étais devenu un expert en polarisations : en glissant entre deux plaques polaroïds des matières aux propriétés biréfringentes (plastiques étirés, ruban adhésif transparent...) et en faisant tourner l'une d'elle, on peut obtenir des couleurs éclatantes se transformant progressivement en leurs complémentaires. Michel Polizzi, puis Antoine, étaient des as des liquides en mouvement : il suffisait d'ôter le verre anti-calorique du projecteur de diapositives pour faire bouillir la préparation. Pendant les spectacles, j'étais aux commandes de quatre Leitz avec lesquels je dessinais un tryptique, utilisant mes images ou les photographies de Thierry... Le light-show se dissout vers 1974, époque correspondant avec ma sortie de l'Idhec et mon entrée dans la vie active. Les derniers spectacles furent "Brrr, qu'il fait froid ce soir, j'ai grand regret de n'avoir pas pris double manteau..." avec le comédien Philippe Danton, Francis Gorgé et moi pour la musique, le light-show étant assuré par Thierry, Luc, Antoine et Bernard Mollerat, ainsi que l'ouverture du Théâtre Présent (futur Paris-Villette) où nous faisions des projections pour un spectacle poétique d'Arlette Thomas et Pierre Peyrou. J'avais commencé avec Philippe Arthuys et terminai en sonorisant les montages audiovisuels de Michel Séméniako, Marie-Jésus Diaz, Noel Burch, Claude Thiébaut à l'époque d'Unicité. Entre temps nous avions assuré le light de Gong, Red Noise, Crouille-Marteaux (avec Kalfon et Clémenti), Le Vieux Berthoulet, Dagon, et j'avais fait mes gammes sur Kevin Ayers et Steamhammer à la Roundhouse. Le cinéma remplaça pour moi les projections psychédéliques, que ce soit en tant que réalisateur ou en initiant dès 1976 le retour au ciné-concert avec Un Drame Musical Instantané. Finalement, le multimédia avec les CD-Roms, Internet et les installations interactives, représente la continuation logique du spectacle total conviant tous les sens en un melting pot essentiellement audiovisuel.

P.S. : le 6 octobre 2012 je suis tombé par hasard sur une page web de l'Imprimerie Union reproduisant les douze images du Light-Book, mais également quantité de lettres de remerciements à Louis Barnier, ainsi qu'un tract raturé de H Lights conçu par mes soins, et une carte écrite de ma main illustrée par Antoine Guerreiro attribuée par erreur à Jack Renaud.
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