Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 31 mars 2010

Le cimetière des blogs


Internet est devenu un cimetière de blogs et de sites que personne n'entretient plus et que par conséquent personne ne va plus voir. Les premiers jours, les premiers mois sont excitants, mais très vite la discipline exigée décourage les blogueurs amateurs. Pour suivre l'actualité de mes camarades j'utilise l'agrégateur de flux RSS Netvibes, mais les mises à jour des blogs auxquels j'étais abonné se raréfient. Qui est assez fou pour se plier comme moi à cette gymnastique quotidienne 7 jours sur 7 ? Il n'y a plus que Jean-No pour plancher, sans faiblir, sur de longs articles étayés, avec, il est vrai, une régularité irrégulière. Les billets qu'Étienne Mineur place de temps en temps sont devenus très informatifs alors qu'il nous avait habitués à un défrichage explorateur quasi systématique. C'est le rendez-vous des obsessionnels. Nous avons tous nos rabatteurs qui nous indiquent des sujets, mais là aussi la transmission qui s'est raréfiée passe plus souvent par les mailing lists et surtout Facebook. De plus, elle consiste essentiellement en redirections vers des sites à la YouTube, ce que je me suis toujours interdit, choisissant cette pratique essentiellement pour illustrer un propos plutôt que faire circuler pour la énième fois le petit clip marrant ou révoltant. Seul le parti-pris m'intéresse, le "point de vue documenté" comme l'aurait appelé Jean Vigo. Je suis ceux de P.O.L., Jean Rochard, Poptronics et quelques autres dont les liens figurent dans la colonne de droite. Après bientôt cinq ans, près de 1700 articles, je plafonne à 25000 visites par mois. Les statistiques sont incroyablement homogènes. Lorsque je n'ai rien de particulier à raconter, je me demande ce qui me retient de faire une pause, ne serait-ce qu'une journée, mais comme j'ai à peine pris un seul jour off depuis le début de l'année, pourquoi arriverais-je à lever le pied ici-même quand tout mon travail m'anime et me tient éveillé ? On dit que le temps des blogs est révolu. Ce n'est certes plus une pratique aussi courue, mais qu'avons-nous à faire de la mode ? On peut composer de la musique pour orchestre à l'ère informatique et aller respirer l'air pur quand la ville gagne sans cesse du terrain sur la nature. On peut aussi se passer de tout cela, s'éclairer à la bougie, apprendre quelles plantes sont comestibles ou toxiques, on peut vivre autrement, rien n'est figé à jamais. Je sais qu'un jour tout s'arrêtera. Le blog. La vie. La Terre. Et le reste, mais je n'ai pas assez d'imagination pour le nommer. La question fondatrice serait celle de la transmission...

mardi 30 mars 2010

Quelques idées en vrac


Je rêve d'un film en 5.1 où les sons diffusés derrière les spectateurs les inciteraient à tourner la tête pour qu'ils ratent ce qui se passe sur l'écran, rajoutant du suspense, de la frustration et du désir. Je rêve d'un film en 3D où les images viendraient vous chercher sur votre fauteuil en vous chatouillant le nez, des personnages qui sortiraient de l'écran pour venir vous susurrer des choses à l'oreille, comme une traversée du miroir. Je rêve d'une chaîne de télévision généraliste où toutes les émissions seraient en direct, mettant en scène le réel et ses aléas. Je rêve d'un spectacle en public où chaque représentation serait radicalement différente, on appellerait cela improviser. Je rêve d'un disque dont on aurait envie d'accrocher la pochette au mur comme un tableau. Je rêve d'un orchestre qui accompagnerait les informations en direct, analysant la fiction à l'œuvre dans le 20 heures par une dramatisation épique des événements. Je rêve que les speakers se mettent à chanter pour casser leur immuable et uniforme prosodie. Je rêve de danses qui poussent à se toucher. Je rêve de livres tels que l'on ne puisse s'empêcher de les lire à haute-voix. Je rêve que les villes trouvent chacune leur style d'urbanisation sonore, que leurs murs se parent de couleurs, que les objets du quotidien devenus customisables rivalisent de fantaisie. Je rêve que l'on apprenne à se servir des merveilleux outils qui sont les nôtres. Je rêve de trouver chaque jour une nouvelle idée pour pouvoir continuer à écrire. Je rêve de choses plus graves et d'autres plus légères. Je rêve d'avoir toujours la patate pour aborder les premières. Je rêve de prendre le temps de profiter des secondes. Je rêve que les capitalistes aient une autre solution que la guerre pour sortir de la panade. Je rêve que les populations les renversent avant la catastrophe.

Diapo-montage, 1965.

lundi 29 mars 2010

La sauvagerie de l'œil


Impatient, j'écris ce billet, alors que j'aurais aimé revoir le film une seconde fois avant de me lancer. Ne serait-ce que pour le plaisir ! The Savage Eye, écrit, produit, réalisé et monté par Ben Maddow, Sidney Meyers et Joseph Strick est tout simplement un chef d'œuvre. Je n'en avais jamais entendu parler avant que l'éditeur Carlotta ne m'envoie copie du DVD qui sortira seulement le 21 avril, mais il est si rassurant de penser qu'il existe encore des joyaux dont nous ignorons l'existence. Dès le début du film, je suis happé par les deux voix off dialoguant dans la tête de la comédienne qui traverse ce "documentaire théâtralisé" et par la musique de Leonard Rosenman. J'hésite entre Varèse et Schönberg avant d'apprendre qu'il fut l'élève du second ainsi que de Sessions et Dallapiccola. La partition qui ressemble à un oratorio moderne où la voix masculine tient le rôle de l'ange, la conscience de l'héroïne, son double, son fantôme, préfigure Frank Zappa. Pour chaque collaborateur de cet ovni du cinéma indépendant américain, je suis obligé d'aller jeter un œil sur Wikipédia où je trouve des liens étonnants sur chacun. La monteuse son est Verna Fields, les opérateurs Haskell Wexler, Helen Levitt et Jack Couffer. Je les cite tous parce qu'il paraît évident que tous se sont investis corps et âme ou que Strick a réuni un casting de rêve (Ben Maddow fut le scénariste d'Asphalt Jungle et Johnny Guitare avant de réaliser sous pseudo des docus d'extrême gauche en plein maccarthysme ; Sidney Meyers monta Film de Beckett, tandis que Joseph Strick, après avoir été nominé pour une adaptation d'Ulysse de Joyce, remporta l'Oscar du meilleur documentaire en 1971 avec un film coup de poing retraçant en interviews le massacre de My Lai, Interviews with My Lai Veterans, présent sur le DVD... extrait biographique emprunté à Chronicart).
Le tournage se déroula sur plusieurs années, souvent pendant les week-ends. L'image est à couper le souffle, se passant de commentaire pour faire éclater en pleine figure le réel dont j'aime rappeler l'impossibilité. Dans l'un des excellents bonus (que Carlotta soigne mieux que n'importe quel autre éditeur français), Strick fustige les textes qui imposent au spectateur ce qu'il doit penser ; il suggère que dans un documentaire le commentaire pourrait être chanté, dialogué ou constituer une cacophonie, n'importe quoi plutôt qu'incarner la voix du tout puissant dictant au public une univoque manière de voir. The Savage Eye est un film expérimental qui se découvre au fur et à mesure qu'il fut tourné et monté, et qu'il sera vu et entendu, un poème symphonique en noir et blanc sur l'Amérique des années 50, violente et pitoyable, un cut-up dû à Myers swinguant mieux encore que ne le fera Shadows, un texte explosé et corrosif, le regard noir d'une femme divorcée et dépitée se baptisant elle-même Judith Ex et débarquant en avion à Los Angeles, avec ses matchs de catch où la caméra s'attarde sur le public, ses rombières en cure de beauté, ses stripteaseuses inventées par les hommes, ses brebis en larmes aux mains d'un prêcheur en action... Confronté à la beauté des images, à son contrepoint sonore, à l'intelligence des mots dits, à la sensibilité du montage, on pressent que rien n'a probablement vraiment changé depuis 1959. Tout juste peut-on transposer les cadres, pas les mœurs. Car persiste la question du statut des femmes dans notre civilisation... N'obéissant à aucun genre existant, ni fiction ni documentaire, ce film justifie le terme de 7ème Art où rien n'est prévisible et tout a un goût d'éternité. Mortel !

dimanche 28 mars 2010

De cheval


Je connaissais le lait d'ânesse par mes lectures. Très prisé depuis l'Antiquité, il aurait, selon Buffon et même Hippocrate, celui du Serment, d'étonnantes qualités médicinales. Il en va de même pour le lait de jument, tous deux les plus proches de celui de la femme (de cheval, âme de cheval, fr-hommage à Bobby Lapointe). J'ai passé l'âge de la tété, mais son goût est fort bon et l'expérience intéressante, comme chaque fois que je peux goûter un mets qui m'était inconnu. Ayant correctement gagné ma subsistance ces mois derniers, j'ai commencé à fréquenter les Nouveaux Robinson à Montreuil, l'un des plus anciens magasins bios en Île-de-France. J'ai déjà évoqué ici le sucre de noix de coco, les blettes et leurs poireaux dont nous nous délectons comme d'une friandise, mais l'exploration des rayons réserve maintes surprises, de toutes les sortes de pain complet ou semi-complet, plus digeste, aux diverses espèces de pommes, des œufs frais aux ananas séchés du Togo, du pain d'épices aux spaghetti à la quinoa, à l'ail et au persil (de cheval)... On trouve évidemment toutes ces denrées estampillées dans les autres magasins bios comme Biocoop ou Naturalia. Ils sont tous très chers, même si certains produits frais ne sont pas toujours exorbitants. La question de l'amabilité est un paramètre important qui me fait fréquenter les uns plutôt que les autres. Le couple de petits maraîchers du marché des Lilas, sur la gauche en entrant, juste après le fleuriste, ont également d'excellents légumes, sans être bios, et sont adorables (de lapin). Depuis que je ne me repais plus de viande à tous les repas, le budget alimentation est resté stable. Mieux équilibré ! Manger des légumes cultivés avec amour permet de les consommer nature, sans se sentir obligés de rajouter mille artifices. Sur les poireaux, même le filet d'huile d'olive semble de trop (de cheval).

samedi 27 mars 2010

À vendre île déserte


Contrairement à celle qui est incorporée à mon mur orange, j'apprécie très modérément que ma boîte aux lettres virtuelle soit encombrée, voire saturée de pubs, spams, hoax, phishing, etc. Pourtant hier matin, j'ai cru rêver. Qui n'a jamais rêvé se retirer sur un île déserte pour y vivre d'amour et d'eau fraîche ? J'avoue que cela a toujours été l'un de mes fantasmes, à condition que l'île soit véritablement isolée, en pleine nature, offrant tant d'attrait que mes amis n'aient qu'une idée, celle de m'y rejoindre. Peu bricoleur, je me projette mal en Robinson. Comme je ne suis pas Marlon Brando le conte de fée restera à l'état de carte postale, mais je n'ai pu m'empêcher d'aller jeter un coup d'œil à la proposition d'achat d'un petit pied à terre en Polynésie puisque la publicité m'exhorte à "investir dans ce cadre paradisiaque et authentique". J'ai craqué illico pour ce bien "disponible" montré sur la photo à Bora Bora : à vendre îlots et atoll
 d'une surface de 9 500
 m2 pour la modique somme de 5 millions d'euros, une affaire ! Mon budget ne me permettant pas cette folie, je me suis rabattu sur "26 769 m2 de paradis sur le Motu dont 110 mètres de plage de sable blanc", avec vue d'un côté sur le lagon, de l'autre sur l'océan, et ce pour seulement 1 400 000 €. Alors je fais des comptes. Si je vends la maison, avec un apport de Françoise et un bon emprunt, voyons... Le problème, c'est qu'il faut ajouter le prix de la construction, le bateau ou l'hélicoptère. Non, ça ne marchera pas. Il vaut mieux que j'oublie. L'agence fait pourtant miroiter de nombreux avantages, le placement financier, la promotion immobilière, la défiscalisation (la Loi Girardin doit plaire aux autochtones !)... Mais Nicolas, qui avait déjà chaussé son masque et ses palmes, me fait justement remarquer qu'avec la montée des eaux ce n'est peut-être pas un si bon placement.
Dommage ! "Les températures air/mer restent comprises entre 24° et 32°C, on y parle le français et l'anglais en plus du tahitien, le système de santé est excellent, il y a seulement 11 heures de décalage entre Paris et Papeete, les banques sont ouvertes de 7h45 à 15h30 sans interruption, certaines jusqu'à 17h, du lundi au vendredi", ah non, là ce n'est pas possible, il semble que les communications téléphoniques ne soient pas gratuites depuis ma FreeBox et tout à coup je me demande comment je pourrais bloguer chaque matin depuis mon île... En passant le long du boulevard périphérique où sont garées quantité d'épaves servant d'abris aux SDF qui font sécher leur linge sur les grillages, je me demande quel métier exercent les chanceux qui n'auront besoin d'emporter que des vêtements légers, puisque "le soir, la décontraction est de mise, même dans les réceptions un peu mondaines. Un lainage sera utile pour les soirées qui peuvent être fraîches, ou dans les endroits climatisés." Il y a peut-être plus près ? Ce petit délire m'aura tout de même permis de m'aérer le temps de ces lignes. Et je vais de ce pas creuser un trou au fond du jardin pour voir si quelque trésor n'y serait pas enfoui...

vendredi 26 mars 2010

(brève) (reconstruction) (muette) = Rester


J'adore recevoir du courrier. Très tôt le matin je traverse le petit jardin pour aller chercher Libé dans la boîte aux lettres. Il m'arrive d'y aller pieds nus, même lorsqu'il neige. Que la factrice commence sa distribution par le trottoir d'en face et les pâtés de maison qui s'y raccrochent me fait pester. Parfois je l'attrape au passage. Elle est sympa. Le plus souvent j'attends 10h30 avant de retourner voir. Le samedi et le lundi il n'y a jamais grand chose. Service minimum. On n'échappe pas aux factures, c'est donc le reste qui m'intéresse. Si les colis sont trop gros pour la spacieuse boîte homologuée, le facteur spécial camionnette peut sonner à n'importe quelle heure tant que c'est le matin. Si c'est Fedex ou, pire, UPS, alors là c'est n'importe quand, n'importe comment, n'importe quoi ! Comme Françoise est abonnée au Monde la boîte est rarement vide, mais je biche vraiment lorsqu'elle déborde. Cela signifie qu'il y a des paquets avec des bouquins, des disques, des films ou je ne sais quoi.
Hier le colis était long et plat. Pas une taille ordinaire, 38 x 27 cm. L'exemplaire de la plaquette d'Eric Vernhes porte le n°32 sur 150. Les 29 pages sur épais papier glacé couleurs sont accompagnées d'un DVD de 14 minutes, compilation habilement montée des improvisations live du vidéaste au cours de ses collaborations. Bizarrement je rate le nom des musiciens à la fin du film, mais je crois reconnaître Serge Adam à la trompette, Benoît Delbecq et peut-être Marc Chalosse aux claviers, Gilles Coronado à la guitare. Je suis troublé par l'air de famille de ce que j'entends avec la musique d'Un Drame Musical Instantané à la fin des années 80 quand nous avions à peu près la même formation. C'est très émouvant. Le rubato des images colle au son comme celle d'un rêve vécu au quotidien, une sorte de distorsion du réel sans que l'on ait besoin de s'enfiler des psychotropes. Les images imprimées de Rester évoquent un monde intérieur projeté sur l'écran au fur et à mesure que le temps s'écoule. L'auteur, sur la page de garde de l'objet dans son écrin de carton noir, décrit au crayon blanc les choses "en vrai" qu'il m'invite à voir dans son atelier, sa nouvelle bibliothèque indémontable en acier massif et un couple de souris blanches.

jeudi 25 mars 2010

L'enfer c'est les autres


Le film réalisé par Serge Bromberg et Ruxandra Medrea à partir des essais et des plans tournés par Henri-Georges Clouzot pour son film inachevé L'enfer joue de la frustration comme Cet obscur objet du désir. C'est l'histoire d'une jalousie. Le duel finira en cauchemar par la mort de l'objet, incarné par Romy Schneider et par le film lui-même fantasmé par son démiurge, mais aussi par celle du sujet, infarctus du réalisateur quelques jours après la désertion de son principal acteur Serge Reggiani atteint de la fièvre de Malte ou d'une dépression. Le film s'arrête là. Clouzot tournera encore la cinquième symphonie de Beethoven et le Requiem de Verdi avec Karajan, puis La prisonnière... À cheval entre making of et film expérimental, le document exceptionnel, édité aujourd'hui en DVD par mk2 sous le titre L'enfer d'Henri-Georges Clouzot, oscille sans cesse entre la fiction ébauchée et un documentaire s'interrogeant sur les raisons de son échec. Le résultat est aussi excitant que frustrant. L'enquête s'appuyant sur les témoignages de protagonistes de l'époque est classique et bien faite tandis que les extraits laissent penser que Clouzot aurait pu signer un chef d'œuvre. Si le jeu des comédiens et le montage du film avaient obéi aux mêmes lois psychédéliques du délire généré par la jalousie comme ces effets cinétiques et colorés sur le visage de Romy Schneider ou la pixélisation sonore réalisée par l'ingénieur du son Jean-Louis Ducarme et le compositeur Gilbert Amy, alors on peut rêver d'un film qui n'aurait ressemblé à rien de connu. Mais le sort en a décidé autrement.


Jusqu'où faut-il savoir aller trop loin ? se demandait Cocteau. Tout avait commencé comme un rêve, budget illimité et un scénario basique offrant une liberté plastique où l'expérimentation n'avait plus de limites. La rigueur de Clouzot se retourna contre lui. Ses méthodes de direction brutales firent s'enfuir Reggiani, l'absence d'interlocuteur à la production engendra le gâchis, la profusion du matériel tourné entraîna l'alchimiste dans un tourbillon, comme le jaloux du scénario, jusqu'à la catastrophe. Romy Schneider n'a jamais été aussi belle, les contrariétés de Reggiani servent son personnage, tous les acteurs sont à leur place, la scène où le jeune Bernard Stora, alors stagiaire, court jusqu'à l'épuisement est très émouvante et la musique originale de Bruno Alexiu donne à la reconstitution le ton de 1964 quand Clouzot, brocardé par la Nouvelle Vague comme le reste de la "qualité française", espéra révolutionner le cinéma.


Certains films n'auront jamais existé que dans l'imagination de cinéastes aujourd'hui disparus. D'autres réapparaissent quand on les croyait perdus. Il existe probablement des boîtes rondes en métal dans un grenier ou encore un archiviste pour vérifier ce qu'il y a tout en haut de ces étagères... En 2008, on a bien retrouvé une copie complète de Metropolis au Musée du Cinéma de Buenos Aires, 25 minutes des scènes manquantes et l'ordre des séquences dans le montage d'origine de ce chef d'œuvre du 7e art, même si le film de Fritz Lang développe une idéologie douteuse, critiquée par le réalisateur lui-même. Dès 1927, Lang ne pouvait plus cautionner les penchants nazis de sa femme Thea von Harbou, scénariste du film, dont il divorcera en 1933 en fuyant l'Allemagne. En février dernier, la nouvelle copie de 145 minutes a été projetée simultanément au Festival de Berlin et sur Arte, accompagnée par un orchestre symphonique jouant la partition originale composée par Gottfried Huppertz.


D'Invasión de l'Argentin Hugo Santiago je ne connaissais que la musique d'Edgardo Cantón. Réalisé en 1969, le film dont les co-scénaristes ne sont autres que Jose Luis Borges et Adolfo Bioy Casares, fut interdit en 1974 et huit bobines de son négatif original volées. Restauré en 2000, ce film qui ne ressemble à nul autre ressort aujourd'hui en DVD hors circuit traditionnel, uniquement disponible sur Dissidenz. Dans un magnifique noir et blanc extrêmement contrasté, l'intrigue énigmatique est une politique-fiction où un petit groupe d'hommes défendant une ville assiégée tombent les uns après les autres, chacun dans des circonstances liées à sa personnalité. Le tango le plus noir accompagne cette tragédie à mi-chemin entre l'Antiquité et un futur déjà passé, puisque ses auteurs n'imaginaient pas qu'ils anticipaient sur l'Histoire. On peut sentir son influence sur Out 1 que Jacques Rivette tourna peu après ou sur les films de Raúl Ruiz. Il faut aimer s'y perdre.

mercredi 24 mars 2010

Le cinéma américain depuis Obama


Il est toujours passionnant de regarder le cinéma de divertissement pour les fantasmes d'une société qui s'y réfléchit au jour le jour. L'an passé, par exemple, nous avons vu nombre de films américains montrant que la guerre en Irak s'enlisait dans les sables de la terreur, à l'instar des révélations d'Abou Ghraib, et les films de science-fiction mettaient en scène des robots ou des androïdes se fondant dans l'humanité, interrogeant les futurs enjeux technologiques et notre société à deux vitesses.
J'ai récemment vu trois films qui n'auraient pas pu se tourner avant l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, Precious, The Blind Side et My Name is Khan. Les deux premiers ont pour héros un adolescent noir, imposant par la taille ou le poids, qui réussit à se sortir de sa condition de défavorisé grâce à ses talents cachés et l'adoption sociale dont il bénéficie. Le troisième est un succès indien de Bollywood qui se déroule aux États Unis où un jeune autiste musulman veut passer le message au Président qu'il n'est pas un terroriste. Les deux premiers films auraient plu à James Brown qui clamait haut et fort "I'm black and proud" (je suis noir et j'en suis fier). Il s'agit évidemment de rendre à la communauté afro-américaine sa propre estime. Precious a beau avoir été victime des pires sévices familiaux dès sa plus petite enfance, il n'est jamais trop tard pour décider de sa vie et sortir de la misère, ici en apprenant à lire. Dans différents rôles on y croise Mariah Carey, Lenny Kravitz, Mo'Nique (qui reçut l'Oscar du second rôle) et l'énorme Gabourey Sidibe, tous plus ou moins liés au monde musical, et bons comédiens.
The Blind Side rappelle aux États-Uniens les valeurs chrétiennes qui sont inscrites dans la Constitution. Le rôle de la bourgeoise désœuvrée qui adopte un gros noir plus malin qu'il n'en a l'air valut également à Sandra Bullock un Oscar de la meilleure actrice. Le cinéma américain a toujours su aller au nerf du sujet là où les Français n'ont jamais eu cette franchise et cette réactivité pour aborder de front les questions épineuses de leur politique. Ce genre de cinéma populaire est honni par les Cahiers du Cinéma qui encensent Martin Scorcese ou Werner Herzog, réalisateurs qui servent pourtant les mêmes plats réchauffés dans la même sauce dégoulinante de cordes en sublimant la violence par des é-faits divers mettant en scène des flics qui ont pété un câble. Même si ce sont des films tout à fait honorables, les ficelles de Shutter Island sous-tendent un rapport à la psychanalyse mécaniste et Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans, avec l'excellent Nicholas Cage dans son rôle de policier à moitié pourri, justifie les colères camusiennes contre les sartriens. Entre les sempiternels polars mâles et les mélos bien pensants pour les filles, franchement que justifie d'encenser les uns pour dégommer les autres, si ce n'est le sexisme des critiques de cinéma ?


Le troisième film, My Name is Khan, est le plus surprenant. Noyé dans un sirop musical épouvantable comme n'importe quel film américain, il obéit aux lois du genre Bollywood en sacrifiant pourtant les scènes chorégraphiées à son immersion dans l'actualité des États Unis. Il a beau être atteint du syndrome d'Asperger, forme particulière d'autisme considérée plus comme une différence qu'un handicap, et avoir vécu la brutalité des Hindous à l'égard de sa communauté, la vie commence plutôt bien pour le jeune Musulman surdoué. La seconde partie tourne évidemment au drame, ici lié à la ségrégation religieuse post-11 septembre et, Katrina passée, le film se termine en happy end par la rencontre de Khan avec le Président des États Unis. Prononcer ख़ान en roulant un r guttural et surtout pas Can comme dans Yes We Can !
Ces trois films populaires racontent la difficulté de grandir dans un pays où pullulent l'analphabétisme, l'obésité, la violence et le racisme en particulier. Ils offrent pourtant un mince espoir là où les pseudo-intellectuels condamnent la plèbe à s'entretuer dans des ballets esthétiques morbides où les héros sont toujours aussi pitoyables. La beauté des images ne peut camoufler la vacuité des intentions, pas plus que celles-ci n'évacuent la culpabilité.
Quant à la qualité des uns ou des autres, l'utilisation répugnante de la musique qui y règne devrait leur mettre la puce à l'oreille : quoi qu'il arrive on reconnaît une daube à ce qu'elle y baigne. Les films seraient meilleurs si les cinéastes s'interdisaient ce fast-food liquide, les obligeant à faire passer les émotions d'une manière moins conventionnelle et formatée. Quitte à mettre de la musique, fasse qu'elle agisse en complément et renforce la dialectique !

mardi 23 mars 2010

La Passion du Vinyl


Après la première station sous le signe de la musique d'ameublement d'Erik Satie, nous avons gravi le chemin transportant l'un sa boîte de violoncelle et un tourne-disques, l'autre sa valise remplie de disques et d'instruments électroniques. Passés devant le Domaine Musical, Eskimo des Residents, Portal par Alechinsky, nous nous sommes arrêtés pour piétiner et diffuser les Footsteps de Christian Marclay. Depuis son acquisition, plus le vinyle est esquinté plus le son est intéressant. Quelques mètres plus loin, pour interpréter un duo de musique répétitive devant les Philip Glass de Sol LeWitt, je sors mon Tenori-on dont le son est plus discret que je ne m'y attendais, obligeant Vincent Segal à jouer pianissimo. Tandis que je diffuse lithurgiquement le 45 tours souple de L'Apothéose du Dollar par Salvador Dali, Vincent glisse un petit Bach (photo 1) ! Sous la vitrine, nous découvrons un disque en chewing gum qui aurait plu au Catalan.


Vincent attaque O Superman, qu'il a déjà fait avec Laurie Anderson, en jouant simultanément la pédale rythmique et la mélodie. Mes boucles vocales au Tenori-on prennent quelques libertés avec l'original (photo 6). Nous sommes plus révérencieux avec 4'33 de John Cage ; j'ignore si c'est une première mondiale de l'interpréter en duo, mais nous jouons parfaitement ensemble (photo 3) ! Vincent déploie une partition très annotée de Ligeti et une autre, autographe, de Pierre Boulez. J'accompagne au Kaossilator Martin Fournier, spectateur anglophone, récitant magnifiquement un texte d'Allen Ginsberg, avant que mon camarade s'interroge sur le Johnny Griffin de Warhol et que je conte mes aventures adolescentes avec les Beatles. J'offre quelques exemplaires de Rideau ! à la cantonade après que nous ayons exécuté un playback à la flûte et au violoncelle sur M'enfin (photo 2). Ce n'est pas tous les jours que les visiteurs d'une exposition d'art contemporain repartent avec une des œuvres sous le bras ! Nouveau duo avec flûte devant The Last LP de Michael Snow où nous prétendons avoir arrangé un morceau d'une tribu disparue, à l'image du canular de l'artiste canadien. Auparavant j'ai montré les pochettes doubles d'un autre album de Snow et du trio Laurie Anderson / John Giorno / William Burroughs. À cette occasion je suggère à Vincent de faire l'expérience du triple sillon de la quatrième face : le choix du morceau est aléatoire.


J'ai apporté des extraits de 3/3 par 1/2 (trois tiers par Un DMI) que nous avions enregistré sur Machiavel avec trois bouts de vinyle de trois différents disques du Drame (écoutable ici). La force centrifuge du tourne-disques portable expulse les tranches de gâteau noires qui scratchent toutes seules sous l'aiguille, composant un morceau inédit surprenant, d'autant que j'ai placé dessous l'une des faces bruitistes du Snow (photos 4-5). Terminant par un hommage à Fluxus, Vincent trace un sillon avec un clou sur la surface vierge du disque à graver soi-même de Maurice Lemaître, puis il joue des Keuss Keuss tandis que je hurle, un zuzu dans la bouche, sur deux de ses poèmes, L'équipée sauvage et Valse japonaise ! C'est terminé, Vinyl ferme pour ce soir, nous avons improvisé un programme de près de deux heures. Le public est aussi enchanté que nous deux qui nous sommes bien amusés...

Photos © Mathilde Morières, sauf n°3 Corinne Dardé (celle où l'on voit Françoise Romand filmer, ce qui laisse présager d'un futur YouTube qui sera également en ligne sur le site de La Maison Rouge). Merci les filles !

lundi 22 mars 2010

La bave du crapaud


Invité dans une soirée très sympathique, quasi familiale, j'essuyai l'agressivité déplacée d'une ancienne amie, probablement en but à une forme de jalousie inhérente à notre profession. Une heure plus tôt, je lui avais remonté les bretelles, choqué par ses propos racistes sur la communauté chinoise de Belleville. Les rumeurs hygiénistes propagés sur les restaurants et épiceries asiatiques m'ont toujours irrité. S'ils s'agrémentent de critiques sur leur manque de savoir vivre et leur refus de s'intégrer aux us et coutumes françaises, des relents "de bruit et d'odeur" me montent au nez. Les "on est tout de même en France", "on ne peut plus marcher sur le trottoir" et "je ne vais quand même pas déménager", qu'ils s'adressent aux Chinois, aux Arabes, aux Africains ou à quelque communauté que ce soit, me font le même effet. Il est toujours difficile de comprendre que nos cultures diffèrent souvent radicalement, mais que les écarts se résoudront fatalement d'eux-mêmes avec le temps et les nouvelles générations. N'empêche, j'ai droit à la litanie sur la saleté, l'impolitesse, le refus de parler notre langue "alors qu'en fait ils comprennent très bien", etc. Lorsque l'on a voyagé en Asie, on sait bien que c'est dans les bouis-bouis cracras que l'on mange le mieux, qu'une saloperie peut s'attraper n'importe où, et que nos propres us et coutumes peuvent être aussi choquants pour eux. De plus, ceux qui sont ici ne sont ni des touristes ni des émigrants de gaîté de cœur. Comme dans un couple, il est à première vue plus simple de critiquer l'autre que d'apprendre à accepter les différences, mais la méthode est vouée à l'échec. Suivant cet adage, je fis donc un effort pour rester calme et tenter d'expliquer que l'arbitraire des frontières politiques ou culturelles ne sauraient nous donner de prérogatives sur la manière de vivre, et de vivre ensemble. Sachant par ailleurs que l'on ne convainc personne qui ne veuille être convaincu, ma tentative de conciliation ne peut qu'aboutir à une fin de non-recevoir de la part du raciste ordinaire. Faute d'arguments, l'aigrie est partie en me tournant le dos. Tant pis, j'aurai fait ce que j'ai pu.
Je me sortis moins bien de ses attaques personnelles, alors qu'elles n'auraient dû me faire ni chaud ni froid. L'injustice et la méchanceté me désarçonnent. Refusant de me battre sur ce terrain, je glisse dans une position défensive que je tiens de mes plus jeunes années, issue d'une culture paranoïaque de la persécution. Je fus particulièrement touché par l'attitude de ma fille qui ne put s'empêcher de me défendre pour m'éviter de m'empêtrer dans des justifications déplacées pénalisant mon propos. Plus tard elle me demandera de but en blanc pourquoi j'essuyai plusieurs fois dans ma vie "les attaques de femmes castratrices", me renvoyant à mon enfance, dont je ne suis probablement jamais sorti totalement, et au sentiment de différence qui me poussa à me distinguer faute de pouvoir m'intégrer. Sa bienveillance rejoint celle de Françoise lorsqu'elles me conseillent de me taire. Je parle trop et mon entêtement à me justifier fiche tout par terre. Mon père avait coutume de me rappeler : "la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe". Incorrigible maladroit, je répétais la maxime en m'étalant de tout mon long lorsque je me croyais obligé de préciser "et la blanche colombe ici c'est moi !". Désespéré devant mon cas, il aurait ajouté : "laisse pisser le Mérinos !".
En tapant ces lignes, je me rends compte à quel point ces deux paragraphes se répondent, touchant tous deux au sentiment d'exclusion et d'intégration. Les souffrances relatées montrent les difficultés de chacun, face à soi, au groupe, lui-même confronté à une société plus large, cercles concentriques dont le rayon n'en finit pas, jusqu'à une humanité qui feint d'oublier qu'elle n'est qu'une espèce parmi tant d'autres, ivre de son pouvoir de construction et de destruction. La question d'appartenance au groupe est indissociable de l'existence, quelle que soit l'échelle choisie. La difficulté d'être, dans ce qu'elle a de plus intime, relève somme toute d'un phénomène social.

dimanche 21 mars 2010

Visite de Vinyl en concert


Aujourd'hui le blog s'écrit en live à partir de 17h. Le violoncelliste Vincent Segal m'a invité à dialoguer avec lui devant les pochettes de disques de l'exposition Vinyl à la Maison Rouge, 10 boulevard de la Bastille à Paris. Nous nous transformons en guides, commentant les œuvres en paroles et musique. Vincent apporte un mange-disques portable pour que je puisse enfin jouer en public les Footsteps de Christian Marclay et de son côté il scratchera Maurice Lemaître avec un clou ! Il a recueilli des textes, entre autres de Laurie Anderson, à faire lire par une spectatrice anglophone que nous accompagnerons en direct. Tous nos instruments électroniques et leurs amplifications marchent sur piles. J'hésite à emporter ma longue flûte en plexiglas que le luthier Sylvain Ravasse a eu la gentillesse de me réparer vendredi et qui me manquait cruellement depuis que je l'avais brisée en deux en roulant à bicyclette au sortir d'une séance avec le chanteur Baco. Une foule de petites surprises émailleront la visite improvisée, aussi préserverons-nous le mystère jusqu'à cet après-midi.

samedi 20 mars 2010

Scotch 1 - JJB 0


Mes lecteurs connaissent mes points faibles. À part le dos, mon petit orteil gauche est mon talon d'Achille. Un coup de vent rasant, et paf, cela suffirait à le froisser. Je lisais tranquillement dans mon lit allongé sur le dos lorsque le chat a sauté comme une puce mais de ton son poids sur mes pieds tournés vers le plafond. Huit kilos et demi se sont abattus sur mes arpions fragiles. J'ai senti le craquement. Arrêt de jeu. Massage à l'arnica, granules et Di-Antalvic tant qu'il en reste. J'ai aussitôt pensé à l'EMDR, technique intéressante de désensibilisation et retraitement de l'information par mouvement des yeux ! Comme je suis embarrassé de demander à Françoise de jouer les hypnotiseuses en faisant osciller un stylo devant mes yeux, je me suis fait offrir un métronome. Pour un musicien, quoi de plus naturel ? Sauf que celui-ci est mécanique, on n'en fait plus beaucoup, et que je ne m'en sers que pour m'autohypnotiser. Ainsi personne n'attrape de crampe. Et mes yeux de suivre l'oscillation du balancier en me concentrant sur la douleur et le choc initial. Auto-suggestion ? Effet placebo ? Technique de libération émotionnelle (EFT) ? La douleur s'estompe miraculeusement et je peux m'endormir. Le lendemain matin, je réitère l'opération métronome, et mes yeux d'aller de droite à gauche et de gauche à droite. J'arrive à poser le pied par terre ! J'ai cru comprendre qu'il s'agit de reprogrammer des réflexes anciens générés par la douleur. Ainsi lorsque je me coince le dos, il se met en position de baïonnette à tel point que les jambes ne sont plus en face du tronc. Impressionnant ! Or il s'agit d'une position antalgique, mon corps se souvenant qu'ainsi je compense la coincette. Hélas cette position génère toute une suite de rééquilibrages catastrophiques, comme une colonne de cubes empilés sur une base tordue. La reprogrammation est censée effacer cette mémoire du corps, me permettant de réagir plus efficacement sur le traumatisme. Vous me suivez ? Après des années de pratique (le choc, suivi de sa prise en main !) j'ai réduit la convalescence de trois semaines à quelques jours, essentiellement en me relaxant au lieu de m'énerver contre la douleur. L'expérimentation de l'EMDR est donc une nouvelle plongée passionnante dans les possibilités du cerveau à la contrôler, qu'elle soit physique ou psychique. Miracle ! Je réussis à enfiler chaussette et chaussure, à pédaler, et en fin de journée je gambade comme si de rien n'était. Cela ne m'est jamais arrivé en 37 ans de casse-pied. Je n'ai même plus d'inquiétude pour le concert de demain où je dois jouer debout et déambulant. Je n'aurai pas vécu de bouts et d'ambulances.

vendredi 19 mars 2010

Nous faisons lignes à part


Françoise et moi faisons lignes à part. Pratiquant de temps en temps l'une et l'autre le téléphone longue durée, nous avons chacun notre propre numéro. Depuis les abonnements tout en un avec forfait illimité nous avons donc loué deux FreeBox. En cas de panne, comme hier matin où la liaison Internet de ma compagne était coupée, nous pouvons nous rabattre sur l'autre connexion, nous évitant de tourner chèvres et de paniquer comme des idiots. Depuis que nos iPhones fonctionnent en Edge ou en 3G nous avons encore une solution de secours pour récupérer ou envoyer des mails. J'ai également conservé mon numéro France Telecom qui me permet d'appeler sur le 09 et de recevoir par le 01, et en cas de rupture Free de continuer à pouvoir travailler. Cinq lignes de téléphone, six ou sept ordinateurs, deux modems, quatre bornes wi-fi, deux lapins communicants, une boîte aux lettres au format homologué pour recevoir les gros paquets, trois bicyclettes, deux cartes Vélib', quatre jambes, une vieille bagnole pourrie, un métro pas loin, deux bouches et des oreilles, des voisins sympas, on ne pourra pas dire que nous sommes coupés du monde. En retour, on s'inquiétera de notre santé mentale.
Sur certains points nous avons néanmoins assaini l'atmosphère domestique, d'autant que nous travaillons tous les deux à la maison. Nous ne répondons ni l'un ni l'autre aux coups de fil qui ne nous sont pas adressés, pas plus que nous ne réveillons les ordinateurs qui ne sont pas les nôtres, sauf occasions exceptionnelles avec l'accord du conjoint ! Nous ne posons non plus aucune question sur les endroits où nous sommes allés et sur nos rendez-vous respectifs, laissant à l'autre le soin de raconter ce qu'il ou elle souhaite. Bavards et prolixes en confessions, avis et interrogations permanentes, nous partageons déjà tant de complicité. Comme l'indépendance économique est le garant de nos choix individuels, l'intimité est le complément indispensable de la fusion. Cela me fait penser à un feuilleton radiophonique de Zappy Max dont je me souviens des intonations quand dans les années 50 toute la famille réunie autour du premier poste à transistors écoutait Ça va bouillir !

jeudi 18 mars 2010

Du son dans tous les sens


La voiture broute comme si ça patinait. La rumination est amusante, mais ça ne tourne pas rond avec un effet balançoire angoissant. Je suis ennuyé car mon Espace de 1986 me rend bien service lorsque je transporte du matériel, pour les courses ou aller écouter un concert en banlieue. Nous en servant peu, nous hésitons à racheter une automobile. Sa grande contenance est précieuse. Hélas le prix est proportionnel à la taille du véhicule... Pour l'instant je fais durer, mais voilà déjà quatre ans que le chauffage est en panne. Heureusement les beaux jours arrivent. Les oiseaux ont réinvesti l'églantier et le lavatère. Ça piaille dans tous les sens.
Au lieu de l'apporter au garage qui affiche complet j'ai fait des tests comparatifs entre deux paires d'enceintes miniatures en vue du concert-visite de dimanche à la Maison Rouge : les iHome ihm79 ont un son nettement meilleur avec des basses flatteuses, mais elles sont deux fois plus volumineuses que les ihm77 et elles arrachent moins. Pour une écoute domestique les 79, pour les déplacements les 77.
J'ai écouté le dernier Zappa paru, Philly '76, avec Bianca Odin. C'est toujours bien, mais plus aucun album inédit édité par la famille n'apporte grand chose de nouveau à la discographie du génial compositeur pamphlétaire. Dans le disque du batteur Franck Vaillant Magnetic Benz!ne le travail vocal de Soobin Park est très excitant, mais l'orchestre est trop jazz-rock pour me plaire. Je préfère écouter La longue marche du compositeur Benjamin de la Fuente dont j'envie la virtuosité violoniste pour partager son goût pour les trémolos hystériques, le traitement électroacoustique de ses distorsions en anneau et les rituels rock'n roll. J'ai trouvé de nouveaux Charlemagne Palestine ; c'est le genre de musique à écouter sans discontinuité pendant 24 heures et puis passer à autre chose, comme un stage au sauna. je ne sais pas si on cuve pendant ou ensuite.


L'étonnante comédie musicale sénégalaise Karmen Geï, film de 2001 de Joseph Gaï Ramaka, interprétée par la sublime Djeïnaba Diop Gaï, danseuse à l'érotisme torride, nous enchante. J'ai toujours adoré les tambours de Doudou N'Diaye Rose, mais quand intervient le saxophone free de David Murray qui a signé la musique, j'en reste comme deux ronds de flan. Le brûlot politique s'épuise au fur et à mesure du scénario, mais les chansons sont superbes et le film assez gonflé ne ressemble à rien de connu, ni du cinéma africain pour l'export, ni une énième adaptation musicale d'après Bizet.
En fin de journée, Vincent Segal (il s'en fiche, mais il n'y a pas d'accent !) me rejoint pour structurer notre visite de l'exposition Vinyl dimanche à 17h. J'ai mis de côté quelques disques et préparé les instruments dont je compte me servir pour accompagner nos propos. Vincent a plein d'idées et ses nombreuses collaborations artistiques, de Michael Snow à Laurie Anderson, constituent un trésor d'anecdotes. Nous devrions interpréter un numéro de duettistes assez amusant (photo ©Françoise Romand)...

mercredi 17 mars 2010

Le crime se prépare et la mer est profonde


Sur les Champs Élysées le cinéma Le Balzac programme régulièrement des ciné-concerts en confiant à des musiciens d'aujourd'hui le soin de revisiter ou d'accompagner les chefs d'œuvre du muet. Ainsi la moitié de l'Orchestre National de Jazz improvisait hier soir sur les images du Cuirassé Potemkine tandis que l'autre moitié s'attellera à la même tâche le 13 avril prochain. Deux quintets pour un même film est une expérience forcément intéressante même si éloignés d'un mois l'un de l'autre. En 1983 à Dunois, Un Drame Musical Instantané joua deux fois de suite Caligari en s'obligeant à traiter le film la seconde fois sans aucune référence à la première. Ceux qui auront assisté à la séance d'hier soir peuvent donc s'attendre à une surprise à la prochaine !
Les cinq musiciens qui avaient choisi une diffusion acoustique montrèrent un joli son d'ensemble. Ève Risser frotta les cordes du piano avec des crins de cheval, Rémi Dumoulin enveloppa le public dans la musique en allant s'assoir dans la salle pour souffler dans son ténor, Pierre Perchaud distillait des notes cristallines à la guitare, Sylvain Daniel assurait seul à la basse toute la section rythmique et Antonin-Tri Hoang éructa quelques envolées ayleriennes à l'alto quand il ne slapait pas à la clarinette basse. Je savais pourtant que le film d'Eisenstein était un cadeau empoisonné, m'y étant cassé les dents il y a trente ans pour ne pas avoir su être assez brutal dans notre traitement. Même erreur chez les jeunes musiciens qui manquent cruellement cette fois de références politiques, remontant les escaliers d'Odessa à contresens en une promenade champêtre sautillante quand la séquence devrait être tragique et broyer tout sur son passage sous les bottes des soldats du Tsar. Pas assez préparée, l'improvisation montre ses limites lorsqu'elle fait fi des intentions de l'auteur, marquant un temps de retard sur l'action quand le rôle du son est de la précéder. Que le parti choisi soit illustratif ou critique, le modus operandi nécessite de connaître la structure d'un film pour l'accompagner afin d'anticiper le drame et, plus encore, de servir le propos du cinéaste. Cette remarque est aussi valable pour n'importe quel film sur lequel intervient un compositeur, nécessairement au service de l'œuvre, mettant de côté ses états d'âme, à moins qu'ils ne soient à propos. Eisenstein comprenait parfaitement le rôle de la musique, arrêtant sa collaboration avec Edmund Meisel lorsqu'il se rend compte qu'un tempo trop rapide à une représentation londonienne a engendré les rires du public. Les cinq musiciens surent jouer tout en retenue, probablement trop, s'attendant les uns les autres quand il aurait fallu foncer et prendre des initiatives. Le maître du montage n'a jamais fait dans la dentelle et la révolution russe de 1905 n'aurait jamais eu lieu si les meneurs s'étaient retournés pour attendre la foule ! L'orchestre sut donc faire bloc, mais il manqua de soliste capable d'entraîner les troupes à sa suite. "Ils étaient des marins durs à la discipline." Ces jeunes gens furent trop courtois pour une opération où les trompe-la-mort y laissèrent la peau. Le film et sa fine interprétation reflètent bien les difficultés de notre société actuelle, écartelée entre la solidarité du groupe et le désir individuel qui s'épuise en vaines conjectures. "M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde qui chante au fond de moi au bruit de l'océan. M'en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde dans ce nom que je dis au vent des quatre vents ? Potemkine !"

mardi 16 mars 2010

Elle est retrouvée. Quoi ? L'Eternité. C'est la mer allée avec le soleil.


Jeune homme, mon romantisme adolescent était incapable de concevoir le sexe sans amour. L'inverse semblait hélas envisageable à la lueur de mes premiers échecs, même si j'appris très vite qu'il n'y a de véritable amour que dans l'échange. Seuls les croyants, amants éternellement éconduits, peuvent imaginer qu'il en soit autrement ! Si l'amour n'existe qu'en duel, tout pubère sait que le sexe n'a besoin de personne. Je ne suis pas certain d'avoir tant mûri pour revenir sur ces préceptes mathématiques. Le fantasme laisse la porte ouverte, mais la réalité ne m'a jamais offert d'autre liberté que dans la fusion des sentiments et des corps. Ma génération s'étant particulièrement interrogée sur sa sexualité jusqu'à l'expérimentation méthodique, parallèlement au dérèglement de tous les sens, dans une optique paradisiaque pour les plus fragiles ou pédagogique pour les plus aventuriers, la question de l'amitié est celle qui résista le mieux à la rentrée dans le rang social.
S'il existait une hiérarchie entre amour et amitié, je dirais que, contrairement à la convention, le premier est perpétuel et la seconde est passagère. L'amour ne peut être que conflictuel dès lors qu'il est caractérisé par la franchise, même en y mettant des gants. Comment traire une puce avec des gants de boxe ? S'épanouissant dans la confiance, il délie les langues et ne saurait s'encombrer des tricheries que l'on s'autorise avec soi-même, en faux ami. Même si les chemins bifurquent, l'amour ne saurait être révisé car il aura marqué un temps, une époque vécue, tel que toute tentative négationniste reviendra à se nier soi-même puisque l'autre aura toujours été choisi. Il ne peut y avoir de victime dans les jeux de l'amour qui ne sont jamais de hasard. Je fredonne la chanson qu'Elsa entonnait sur la scène du Glaz'Art à la soirée de lancement de Machiavel il y a déjà douze ans : "I shall always love the ones I've ever loved before".

L'amitié, par contre, joue des points de concordance et ne s'embarrasse pas des dissensions. Ce n'est qu'un bout de chemin emprunté ensemble. On n'a pas tant de vrais amis. La vie nous éloigne souvent sans toujours nous rapprocher. Loin des yeux loin du cœur. J'ai noté que chaque année je perdais un ami pour en rencontrer un nouveau. Leur nombre est stable. L'amitié ne semble pas exiger l'exclusivité de l'amour, mais c'est un leurre. Les jalousies et les rancœurs s'y expriment encore plus facilement, car les enjeux semblent moindres. Les trahisons n'entraînent pas d'aussi lourdes catastrophes. Les quiproquos sont légion là où l'amour ne génère que des frictions de temps puisqu'il n'exige pas que la proximité demeure. Amours ou ami(e)s obéissent pourtant aux mêmes règles, ils s'entretiennent, du moins pour soi, dans le cœur, ne pouvant se passer des démonstrations qui rassurent, des preuves volontaires, des attentions délicates au risque de sombrer dans le sommeil et l'oubli. La mort nous guette au coin du bois. Si ma comparaison vous gêne, comprenez que c'est d'amour que j'aime mes amis. Irraisonné. Les autres ne sont que des relations de passage, libres à elles de changer de statut, ou que de me voir nu elles se changent en statues de sel. Mes amis sont de chair. Les autres sont vêtus des habits du devoir. En d'autres termes, l'amitié n'existe pas, il n'y a que de l'amour ou bien des conventions. Et pour revenir à mes premières lignes, le sexe n'a pas grand chose à y voir, il complique l'histoire à loisir et c'est tant mieux, pacte terrible avec son inconscient quand les mots manquent pour exprimer l'obscur désir qu'on feint d'assimiler à la lumière.

lundi 15 mars 2010

Ménage de printemps


Avec une semaine d'avance sur l'équinoxe (je reste incorrigible), la mouche dominicale m'a piqué : au lieu de me reposer comme j'en avais l'intention (absolument incorrigible !) j'ai passé la journée d'hier à repeller la maison à la recherche des patchs originaux de l'ARP 2600 acquis en 1973 et revendu vingt ans plus tard. L'idée n'est pas si saugrenue depuis que j'ai décidé de retrouver le synthétiseur avec lequel j'ai commencé, à condition d'en dégotter un en bon état, à un prix pas trop délirant. À l'époque je m'étais lourdement endetté, mais grâce à cette acquisition j'avais instantanément trouvé du travail et amorti l'investissement trois ans plus tard. Un samedi après-midi à Pigalle, le démonstrateur zélé qui m'a vendu l'ARP 2600 a décidé de toute ma vie.
C'est fou ce que l'on peut accumuler. Comme mes recherches ont été laborieuses j'ai d'abord eu le temps de trier, classer et jeter. Les partitions n'étaient évidemment plus où elles avaient été ni auraient dû être. Après le studio, le grenier et la cave, je finis par tomber sur le dossier dûment étiqueté sur la dernière étagère des archives. J'aurais préféré passer la journée allongé avec le Godard, mais ma névrose obsessionnelle m'interdit le repos tant que je ne suis pas arrivé à mes fins.
De 1971 à 1980, il s'est construit moins de 3000 exemplaires de cette machine fantastique, plutôt encombrante avec son look de central téléphonique, mais dont les qualités acoustiques ont toujours éclipsé à mes oreilles ses deux concurrents, le MiniMoog trop brillant et l'AKS (ou VCS3) trop plastoc. L'Anglais Macbeth en construit une réplique, mais le M5 lui ressemble sans en posséder ni le timbre ni les spécifications. Comme j'avais décidé de me débarrasser, faute de place et de budget, des instruments dont je ne me servais plus, j'avais bêtement vendu mon instrument fétiche sous prétexte qu'il n'avait pas de mémoire et ne répondait plus à la musique que j'avais envie de créer. Il était difficile de l'accorder, ses circuits moulés d'alors étaient irréparables, j'avais besoin d'autre chose. Je l'avais remplacé par un PPG Wave 2.2 à la transparence inégalée, puis par un DX7 enfin équipé de la norme MIDI permettant une connexion à un ordinateur ou à d'autres modules, synthétiseurs en rack et effets spéciaux. Je ne m'étais jamais résolu à upgrader le PPG dont les ondes abstraites avaient été supprimées par Wolfgang Palm, mais j'avais fait ajouter une carte SuperMax au DX7 dont l'arpégiateur et la pseudo multitimbralité me comblaient. Quelques mois après l'avoir cédé, je regrettais mon ARP qui aurait été idéal pour mon travail de designer sonore dans le multimédia. Les goûts du public oscillant comme un VCO, il était naturel que les gros sons analogiques redeviennent à la mode. Lorsque la noise me titille, lorsque je souhaite faire évoluer doucement les timbres, lorsque j'ai besoin d'expliquer de quoi un son est constitué, lorsque j'aimerais improviser en ne partant de nulle part, je n'entends que lui sous mes doigts, d'autant que j'en jouais en virtuose et avais aussi noté scrupuleusement une centaine de combinaisons démentes dont j'avais accouché. D'où l'impérieux besoin de vérifier que mes patchs avaient bien été conservés !
Ci-dessus on reconnaîtra la partition opératoire de 1975 du premier morceau de l'album Défense de (Birgé Gorgé Shiroc, GRRR 1001 ou réédition cd MIO 026-027 écoutable sur notre site). Si je pouvais vendre seulement six exemplaires vinyles de l'original devenu culte, je pourrais m'offrir l'objet rare. Quant à la réédition (cd+dvd, 7h30 de musique plus le film La nuit du phoque), MIO ayant cessé ses activités, elle est presque épuisée à son tour. Tout passe. Et repasse.

dimanche 14 mars 2010

Jean-Luc Godard marche sur les mains


Plongé dans la biographie de Jean-Luc Godard, pavé de 935 pages qu'Antoine de Baecque vient de publier chez Grasset & Fasquelle, je suis mal parti pour bloguer ce week-end. Une partie du voile se lève sur un des grands mystères du XXème siècle. Pour avoir fréquenté nombre de ses proches, je m'étais fait ma petite idée, mais l'enquête fouille les détails de sa vie et livre nombre de clefs pour comprendre l'empêcheur de tourner en rond. À l'époque où "Jean-Luc" nous avait rapporté une Paluche Aäton de Grenoble, Jean-André m'avait photocopié des lettres et quelques pages annotées dont l'encre thermique s'efface avec le temps. Sur la photo je suis à droite avec la barbe et le catogan. S. s'était plainte qu'il l'obligeait à laver ses cheveux de petite brunette même lorsqu'elle sortait de chez le coiffeur ; cette très belle jeune femme tarifée m'avait aussi raconté comment JLG lui avait confié qu'il lui plaisait de "faire quelque chose de connu avec une inconnue". Son droit à l'erreur m'a servi de modèle. Ni plus ni moins de chance de se tromper, mais une liberté de pensée et d'agir que je tente de perpétuer à chaque révolution, quotidienne, elliptique, impossible. Comme John Cage, Godard a influencé son époque bien au-delà de sa sphère professionnelle. Qu'il fascine ou irrite, il ne peut laisser indifférent. Avec Cocteau et Lacan, sa voix est celle des plus grands conteurs. Ses mots font image, ses images font sens, ses sens sont musique, sa musique fait mouche. Poète timide et brutal analyste, il s'est affranchi de ses contradictions en résumant à lui seul l'histoire du cinématographe. Le kleptomane est devenu le maître du cut-up, précurseur du mashup, agrégateur de citations, un "monsieur plus" de la question sans réponse. Je retourne m'allonger sur le divan, même si cette position me brise la nuque. Sa biographie est une mise en abîme où l'inconscient fait des miracles.

samedi 13 mars 2010

Petit manuel de désobéissance civile à l'usage de ceux qui veulent vraiment changer le monde


Le fascicule de 144 pages de Xavier Renou ne se perd pas en digressions inutiles. C'est simple et direct, pédagogique et lumineux, dense et malin. Le Petit manuel de désobéissance civile à l'usage de ceux qui veulent vraiment changer le monde (Ed. Syllepse, 7 euros) est un manifeste que toute personne rétive à la dérive suicidaire et fataliste de la planète devrait lire toute affaire cessante. Cela commence par une affirmation positive pour En finir avec le sentiment d'impuissance et se développe en quatre mouvements : Désobéir, Préparer, Passer à l'action, Et après ?
Au delà des conseils pratiques pour lutter dans la non-violence et entraîner avec soi l'opinion publique, le manuel devrait servir de bible à toute association confrontée aux questions de réunionnite aiguë, batailles d'Ego, effets de domination, sectarisme, sexisme, divisions, etc. Si nous l'avions tous lu, que de temps gagné, d'embrouilles évitées et de militants qui n'auraient pas déserté, écœurés par les pratiques de certains meneurs !
S'il pense stratégique Renou explique pourquoi la violence est souvent contre-productive, chargée d'effets pervers et moralement problématique. Il choisit la désobéissance civile en insistant sur l'empathie et le plaisir ! La panoplie est large : sensibiliser le public, ternir la réputation de l'adversaire, contester sa légitimité, lui faire perdre du temps et/ou de l'argent. La préparation s'articule chronologiquement : information, repérage, scénario, plan B, briefing et donne quelques trucs pour bloquer ou résister à une évacuation.
Le passage à l'action évoque les conditions de sécurité et le rôle primordial de la communication. La confrontation avec l'adversaire et la police bénéficie de conseils avisés, donnés en connaissance de cause, Renou étant un militant associatif membre de plusieurs collectifs, animateur de desobeir.net et ancien responsable de la campagne de désarmement nucléaire de Greenpeace. La bonne surprise est que le livre est en définitive encore plus politique que pratique, malgré une précision redoutable sur toutes les séquences de l'action, de sa préparation jusqu'au débriefing. En annexe, on trouvera quelques précieuses adresses Internet, car la résistance ne saurait se passer des moyens les plus actuels tout en en connaissant les risques. Je découvre ainsi les techniques de localisation et d'écoute dont se servent les services de renseignement pour espionner les activistes.
J'ai suivi ici scrupuleusement la table des matières. Indispensable, ce manuel de désobéissance non-violente se boit comme du petit lait, cru de préférence, et tient dans la poche revolver.

vendredi 12 mars 2010

Un petit sujet






Françoise retrouve un petit sujet tourné sur Pauline Lafont en 1987 au Studio Harcourt pour le magazine C'est encore mieux l'après-midi présenté par Christophe Dechavanne. Le nom de Françoise Romand a été paresseusement oublié au générique. Heureusement elle l'avait déclaré à la Scam. Elle imagine des cadrages et une lumière plutôt gonflés pour ce genre d'émission. Le ton du commentaire et l'illustration musicale donnent une couleur années cinquante à l'ensemble, ravivant ma mémoire d'enfant. Tandis que la télé n'existait pas encore, les salles de cinéma projetaient les actualités et un court-métrage avant le film. C'est comme cela que nous étaient révélées les images du monde et que de jeunes réalisateurs étaient découverts pour leur mérite et pas seulement pour leur filiation familiale. En marge d'archives phénoménales, le Studio Harcourt perpétue sa tradition de photographies glamour, mais la carrière de Pauline Lafont s'arrêtera tragiquement au fond d'un ravin l'année suivante lors d'une randonnée solitaire. En regardant le petit sujet je me souviens que les cinéastes de la première vague (L'Herbier, Epstein, Delluc, Dulac...) avaient été obligés d'inventer une manière originale pour filmer les scénarios très basiques qui leur étaient imposés. Tant que l'on nous en laisse la liberté, on peut toujours trouver une solution pour améliorer l'ordinaire.

jeudi 11 mars 2010

Le swing immortel de Django Reinhardt


Troisième contribution de Stéphane Ollivier à la collection "Découverte des musiciens" chez Gallimard-Jeunesse (16 euros, pour les 6-10 ans), son Django Reinhardt rend merveilleusement l'énergie du génial guitariste. Ayant déjà relaté le superbe travail sur Louis Armstrong avec les mêmes illustrateur Rémi Courgeon et narrateur Lemmy Constantine, je ne peux que réitérer mes louanges. Le petit livre de 32 pages est découpé en 11 tableaux, agrémenté de photographies historiques et accompagné d'un CD de 35 minutes où la musique produit de drôles d'impatiences dans les jambes. Les morceaux choisis accompagnent avec à propos l'étonnante saga de cette énigme de l'histoire de la musique qui enchante la jeunesse d'aujourd'hui comme elle fit tourner la tête de nos aïeux, vingt ans d'enregistrements de 1933 à 1953 que la narration n'occulte jamais. J'écoute avec ravissement les musiciens avec qui Bernard a joué dans ses jeunes années et qu'il évoque dans des entretiens encore jamais publiés, Stéphane Grapelli, Hubert Rostaing, Alix Combelle, Maurice Vander, Pierre Michelot et bien sûr Django lui-même. Le disque se conclut sur Night & Day et Nuages enregistrés à la guitare électrique le 10 mars 1953, marquant un tournant bouleversant de modernité deux mois avant la mort de celui qui incarne pour toujours le jazz manouche, tant imité ces temps derniers dans la chanson française et jamais égalé, même en y mettant tous les doigts. En fouinant, on peut trouver le coffret de 25 CD Manoir de ses rêves édité par Harmonia Mundi pour moins de 50 euros.

mercredi 10 mars 2010

L'homme est un loup pour l'homme


Pas à pas nous mettons en place les protocoles de Mascarade. Pour la première fois, Antoine teste le dispositif d'interface qui nous permettra de contrôler l'instrument audiovisuel en bougeant les mains. Ni les effets sonores ni les représentations graphiques ne sont encore définis. Nous validons le système qui nous permettra de jouer ensemble, chacun avec son ordinateur portable et son projecteur. Pour en simplifier l'apprentissage et réaliser un instrument réellement jouable, un seul programme permettra de générer tous les effets. La main gauche agira sur le volume des différentes entrées, tel une enveloppe ADSR sur un VCA, tandis que la droite pourra transformer le timbre, la hauteur ou les effets avec un système de repères en 3D, un peu comme les interfaces du Theremin ou de l'AirFX.


Devant l'écran, on a vraiment l'impression de faire du Taï-chi-chuan, 太極拳 étymologiquement « boxe du faîte suprême » ou « boxe avec l'ombre ». Dans notre mise en scène des news, si le masque est le faux visage de « maschera », s'agit-il de celui du présentateur ou de sa représentation projetée ? Combattons-nous une ombre masquée ou le masque permet-il de combattre l'ombre ? Les métaphores poétiques sont toujours ambiguës. La première soulignerait notre geste critique tandis que la seconde insinuerait que les manipulateurs craignent les combattants de l'ombre. Les deux sont vraies. L'homme est un loup pour l'homme.

P.S.: Mascarade.TV

mardi 9 mars 2010

L'invitation au voyage


C'est délicat. Par quel bout le prendre ? Par le début ou par la fin ? Si c'est la fin qui pose problème, tout avait commencé très tôt. En grandissant nous sommes confrontés à la vieillesse, d'abord celle de nos aïeux, puis de nos aînés, pour qu'un jour arrive notre tour. On peut être vieux à tout âge. Il y a des petits vieux de vingt ans et de jeunes adultes qui ont dépassé les quatre-vingt-dix. Pierre-Oscar me dit que l'autosatisfaction évite la sénilité précoce ou qu'en d'autres termes le regard plus ou moins positif que nous portons sur notre vie nous incite à continuer à nous battre ou à rendre les armes. Ce champ de bataille peut être celui de la tendresse, de la plénitude et de la sagesse comme celui de la résistance, de l'engagement et de la solidarité. La chose est complexe, car la mémoire n'est qu'une réécriture permanente de l'histoire. La psychanalyse ou d'autres systèmes thérapeutiques permettent souvent de faire remonter des traumatismes ensevelis et de comprendre nos orientations passées. Envisager l'avenir est une façon de se projeter dans le désir, de l'entrevoir, pas encore de le réaliser. Le va-et-vient entre le passé et le futur offre une vision mieux équilibrée permettant de réajuster le tir, de réviser nos a-priori ou de vérifier nos hypothèses. À tout âge il faudrait savoir vivre avec son corps et se souvenir de ses rêves d'enfant. Pour atteindre la cible, la quête du Graal est un vecteur visant l'à peu-près, une direction autorisant les incartades à condition de jeter régulièrement un œil sur la boussole. En regardant les personnes âgées, je sais que mon tour viendra dans vingt ans et je voudrais choisir auxquelles ressembler, soit apprendre à écouter mon temps, celui de chaque jour. Rien de pire que l'expression "de mon temps" ! Si la parole des aînés est précieuse, j'ai répété à Elsa qu'elle me rappelle d'écouter les jeunes si j'oubliais un jour... Mon temps durera jusqu'à ma mort. La suite n'est qu'un pari symbolique sur mon œuvre ou sur la transmission du savoir qui m'a été légué. Car c'est évidemment la mort qui nous interroge. On peut apprendre à s'économiser, à vivre avec des paramètres qui bougent sans cesse, à accepter ce mouvement constitué de pertes et de gains, mais la chute est la même pour tous. Arrivé au port, Adès nous délivre, laissant nos proches dans la souffrance. Comment négocier l'accompagnement sans perdre nos propres repères, sans oublier de vivre pour nous-mêmes ? Lorsque l'on est exigent, il faut toute une vie pour apprendre qui nous sommes et la réponse nous est soufflée au dernier soupir. D'ici là, nous devons composer. Les modèles qui nous sont jetés en pleine figure nous donnent d'excellents exemples de ce que nous voulons ou pas. Saurons-nous les décrypter pour éviter le sacrifice et l'égoïsme ? Dans tous les cas, si chaque chemin est différent, emprunté par tant d'autres il devient une promenade où il est bon de flâner à plusieurs.

lundi 8 mars 2010

37. La relève


Il y a des jours où j'aurais aimé avoir emporté un appareil-photo pour saisir sur le vif la crudité des choses. Nous n'avions pas choisi la crique où nous avions atterri. Atterri ou accosté ? Comment dit-on des rescapés qui s'échouent sur une plage après avoir traversé le détroit contre vents et marées ? Les corps étaient alignés bien proprement sur le sable. Trop bien rangés pour avoir été rejetés par les vagues. Nous n'avions pas marché sur la crête plus d'un quart d'heure lorsque nous vîmes les petites sardines en bas de la falaise. Le soleil tombait plus vite que nous nous y attendions. Nous nous sommes regardés avec la même insistance interrogatrice qui ne pouvait cacher notre détermination. Aucun rendez-vous ne nous appelait où que ce soit. Nous avancions en espérant des jours meilleurs, mais nous n'avions pas la moindre idée de ce que nous allions trouver. Rien ne résonnait comme avant. Le crépuscule avait un goût de première fois. Tout était pareil, c'était notre perception qui avait changé. Le ciel n'était éclairé que par la lune. Aucune agglomération ne venait gâcher l'obscurité. Papa a dévalé la pente le premier. Je n'ai pas pensé à l'appeler Max. Je n'ai pas prononcé "papa" depuis des lustres. J'ai crié : "Papa, fais attention aux pierres !". Heureusement que nous ne sommes pas dessous. Il se retient aux ronces pendant que les rochers dégringolent sous ses pas. Ilona et moi nous jetons en arrière en attendant que cela se calme. Quelle surprise de voir les corps allongés frétiller comme des poissons d'argent dans une baignoire vide et quel soulagement ! Pas encore habitués à notre nouvelle vie, nous envisageons le pire et dans nos trois têtes c’est plutôt gore. Les cailloux ne sont pas allés jusqu'à la mer, nous si. Nous y descendons prudemment, sentant chez les gens d'en bas la même retenue, les mêmes doutes, les mêmes séquelles de chacun sait quoi mais personne n'est pareil. Lorsque nous sommes assez proches nous remarquons leurs peaux brunes, leurs visages exprimant qui la crainte de pouvoir qui la joie de savoir lire dans nos yeux, peut-être parce que deux femmes composent notre trio ! Ces côtes sont beaucoup trop éloignées de l'Afrique pour que leurs chaloupes aient pu dériver jusqu'ici. Mais quel genre de boat people sont-ils et sommes-nous là où nous croyons être ? Ils nous sautent dans les bras comme si nous étions de la famille, dansant sur place comme des diables, nous prenant les mains, plongeant leurs yeux brillants dans les nôtres. Certains, encore trop faibles pour se lever, engourdis par le sommeil, exténués par l'effort, amorphes, ont accroché à leurs deux oreilles un sourire banane qui nous réchauffe le cœur. Plus tard ils nous raconteront leur incroyable histoire. Échappés d'un cargo-usine ils dérivèrent des jours et des nuits à bord d'une embarcation volée avant de voir la Terre, et là encore, le courant les éloignait lorsqu'ils croyaient approcher. Ils ont attendu jusqu'à ce que ceux qui savaient nager se jettent à l'eau. Ils ignorent ce que sont devenus les autres. Parmi eux il n'y eut aucun noyé, les plus faibles s'accrochant aux plus vigoureux. Sur la quinzaine de rescapés qui nous entourent je reconnais six jeunes femmes le crâne aussi rasé que les gars. Leurs voix sont curieusement plus graves que celles des mâles. L'ensemble compose une chorale merveilleuse où nos timbres ne font pas tâche. Max a toujours sonné comme une trompette bouchée, un kazoo grave et cuivré. Celle d'Ilona ressemble à du velours, même quand elle rit. J'ai suffisamment travaillé la mienne pour savoir qu'elle est claire et limpide comme un torrent de montagne. Je n'ai rien inventé, je cite un ancien amoureux qui jouait du ukulélé dans un orchestre de punks. La question de l'eau et de la nourriture vient vite sur le tapis. Nous n'avons d'autre choix que de suivre la côte par les crêtes, mais la nuit est tombée. Nous devrons attendre les premiers rayons demain matin pour nous mettre en marche. Pourtant, le sort en décidera autrement.

Rappel : le premier chapitre a été mis en ligne le 9 août 2009, inaugurant la rubrique Fiction.

dimanche 7 mars 2010

Encore une machine infernale


Il y eut de nombreuses machines infernales avant Der Lauf der Dinge de Peter Fischli et David Weiss comme ces architectures de dominos qui s'abattent indéfiniment dans d'incroyables ballets. Le clip réalisé par James Frost appartient à cette tradition de la réaction en chaîne. Filmé dans un entrepôt sur deux niveaux à Echo Park près de Los Angeles, il accompagne la chanson This Too Shall Pass de l'album Of the Blue Colour of the Sky. L'installation a été conçue et construite par le groupe OK Go qui a mis plusieurs mois à construire la machine avec des membres de Syyn Labs. Même si les mouvements des objets sont synchronisés avec la chanson, je ne suis pas certain que cela apporte grand chose. Tout ce travail pour illustrer une chanson nulle, c'est dommage ! Le son des catastrophes aurait été plus approprié.
La musique n'est pas la panacée universelle. J'en ai fait les frais hier encore. Lorsque nous nous sommes retrouvés en mixage avec Pierre-Oscar Lévy les ambiances et les bruitages se sont imposés face au quatuor à cordes que j'avais composé sur Les noces de Cana. La musique était très bien, mais à quoi rime de placer de la musique sur un film ? L'orchestre présent à l'image se justifiait parfaitement, mais le réalisme montre ses limites lorsqu'il est question de narration ou de distance critique. Le tableau de Véronèse sonorisé avec les enregistrements que j'avais réalisés au Louvre dans la salle où il exposé devenait banal dès lors que la musique masquait les convives, y compris le perroquet (ajouté au son pour souligner sa présence fugace) et le chien (appuyé par un commentaire discret du public comme la découpe de la viande, l'assemblée des notables, la présence de Véronèse lui-même à la viole ou l'acte alchimique). Je synchronisai l'effet de transmutation en faisant couler du liquide dans une jarre et j'ajoutai un zeste de vaisselle pour parfaire l'illusion produite par les visiteurs du Louvre dans leurs langues respectives et la réverbération de l'immense salle.
Prêchant contre ma paroisse, je me demande souvent pourquoi ajouter de la musique à un film. Quelle tradition la suscite ? Quelle absence est-elle censée combler ? Quel est son propos ? C'est encore pire au théâtre où l'on sent le bouton Play du magnétophone. Je préfère souvent la musique in situ comme chez Renoir ou Demme, ou si elle apporte un complément réel et sensique à l'image ou à l'action. Considérer que tout est musique et que l'orchestre, réel ou virtuel, participe à la partition sonore générale évite de focaliser sur un fantasme dont la réalisation nuit le plus souvent à l'objet que l'on croit servir en arrondissant les angles quand il faudrait surtout savoir les choisir !
Lorsque je livre une musique à un réalisateur, je lui dis toujours qu'il peut en faire ce qu'il veut, la triturer comme il l'entend si le film l'exige. S'il le fait en dépit du bon sens, je ne retravaille pas avec lui (ou elle), voilà tout. Pierre-Oscar avait raison de vouloir réduire mon quatuor du XVIème comme on réduit une sauce. Le rôt s'en trouve grandi, donnant à mon travail sa véritable dimension évocatrice. Et la phrase de Cocteau de résonner toujours à mes oreilles, "Ne pas être admiré. Être cru."

samedi 6 mars 2010

Repérages vinyliques


Il risque d'y avoir un monde fou dimanche 21 mars à La Maison Rouge pour l'exposition Vinyl qui s'y tient jusqu'au 16 mai. D'abord c'est un dimanche. Ensuite, à 17h je commenterai en paroles et en musique avec le violoncelliste Vincent Segal les pochettes et disques de la collection Guy Schraenen. Dans un précédent billet j'évoquai notre rencontre avec Vincent et le travail de Daniela Franco intitulé Face B. Pour préparer notre duo impromptu, Vincent et moi avons fait un saut au 10 boulevard de la Bastille où Paula Aisemberg et Stéphanie Molinard nous ont chaleureusement reçus.
Pendant deux heures et demie nous avons admiré l'important accrochage à la recherche de disques qui nous inspirent des commentaires, la musique coulant de source ! Nous avons bêtement commencé par des "Celui-ci je l'ai !", "Moi celui-là !" pour progressivement faire notre petit marché en commençant par la musique d'ameublement d'Erik Satie, bien à propos. Pourtant je ne peux m'empêcher de relever ici ceux que je fais aussi tourner sur ma platine. Le 45 tours souple de Salvador Dali m'a rappelé qu'Avida Dollars n'avait rien à faire des disques tant qu'ils ne seraient pas comestibles, ce qui leur conférerait pour lui un rôle liturgique et pour moi un attrait gastronomique supplémentaire ; or un Berlinois en a fait une de ses spécialités puisqu'il presse des "vinyles" en chocolat ! Plus loin je reconnais la pochette du Portal par Alechinsky, l'Eskimo des Residents auxquels on nous avait comparés alors sans que je sache exactement pourquoi, Footsteps de Christian Marclay que je compte piétiner avant de le jouer, le triple sillon Burroughs-Giorno-Anderson joué alternativement selon l'endroit où l'on pose l'aiguille grâce à la triple spirale, le Steve Reich dont la photographie est tirée de Wavelength de Michael Snow dont New York Eye and Ear Control et le double album sont également exposés, le John Cale par Warhol, des Beatles et des Stones légendaires, des Beefheart peints par l'auteur comme très nombreux de ces merveilles, et bien d'autres dont l'un des nôtres, le célèbre Rideau ! d'Un Drame Musical Instantané où figure ma main gauche photographiée par Horace et dont je compte apporter quelques exemplaires le 21 mars avec la droite ! Le catalogue est évidemment encore plus fourni, avec par exemple en plus notre À travail égal salaire égal illustré par la Rixe de musiciens de Georges de La Tour. J'aurais plutôt fait figurer la sublime pochette des Bons contes font les bons amis dûe à Vercors ou Carnage à Jacques Monory, mais les choix du collectionneur sont impénétrables. Les 274 pages du catalogue commencent par un glossaire critique avant d'attaquer chronologiquement la discographie où sont indexés tant de contributions d'artistes marquants de Dubuffet à tous les Fluxus, de Beuys à Opalka, de Haring à Laurie Anderson... Je regrette l'absence de la pochette du groupe Axolotl en papier de verre doré qui bousille celles des copains !
Pour dialoguer avec Vincent qui a connu quantité des musiciens exposés, je devrai être électriquement autonome, aussi ai-je choisi une instrumentation qui marche sur piles. J'amplifierai donc le Tenori-on et le Kaossilator avec mes haut-parleurs miniatures. Mais l'un et l'autre réserverons d'autres surprises tandis que nos commentaires organiseront la partition nomade.

vendredi 5 mars 2010

La symphonie des jouets


Avant de publier les échantillons des instruments solo de l'Ircam, la société UltimateSoundBank nous avait déjà gratifié de jouets musicaux électriques, soit 97 synthétiseurs et boîtes à rythmes avec des sons corny et drôles de la collection d'Eric Schneider. Les combinaisons et sandwiches pouvaient donner des résultats tout à fait surprenants et parfaitement dans le ton des musiques minimales à la mode. Avec Acoustic Toy Museum (299 €), l'éditeur français lié à Univers-Sons comble mes vœux. Je vais pouvoir rejouer du génial piano-jouet enregistré dans Défense de, des boîtes à musique programmables, des activity-centers de ma fille envolés depuis longtemps, des tuyaux à percussion que je transposerai dans le grave pour me rapprocher du percuvent construit par Bernard, des claviers de cloches, des guitares pourries, des batteries en carton-pâte mais avec des rythmes super, des boîtes à musique, des hochets anciens de la collection du Musée des Arts Décoratifs, etc. Et quand je dis jouer, c'est vraiment jouer ! Car en échantillonnant ces 250 jouets, UltimateSoundBank a rendu jouables les plus biscornus avec une qualité de son telle que le travail est presque mâché. Chacun est agencé dans UVI, leur moteur en téléchargement gratuit, pour passer rapidement d'un style de jeu à un autre. Tous les petits bruits parasites ont été consciencieusement préservés ou nettoyés, à vous de choisir votre programme ; sous les notes, des choix aléatoires automatiques entre plusieurs prises donnent la vie à ces machines de notre enfance, de celle de nos parents ou de nos enfants. En plus, les 15 000 échantillons peuvent être triturés par UVI, à la fois éditeur, boîte à effets, arpégiateur, en un tour de main... Il suffit de brancher un clavier en midi ou usb sur votre ordinateur et passez muscade ! N'importe quel compositeur retrouvera son âme d'enfant, certains recommenceront à sucer leur pouce, d'autres inventeront des alliages inouïs en élargissant leur palette de timbres... On aura compris, j'adoooooooore !

jeudi 4 mars 2010

Les comédies de la liste Rosenbaum


En suivant scrupuleusement la liste des comédies transgressives américaines indiquée par Jonathan Rosenbaum dans The Unquiet American, nous découvrons évidemment des joyaux que nous ignorions. Le dernier en date fut The Three Caballeros, un dessin animé de long métrage, réalisé par Norman Ferguson en 1944, un des meilleurs de chez Walt Disney, qui mélange prises de vue réelles, avec chanteurs et danseurs sud-américains, et les personnages de Donald Duck, Joe Carioca et Panchito Pistoles. Ce film expérimental est un cocktail explosif de kitsch et de psychédélisme débridé. On frise Tex Avery pour les gags absurdes et la scène éthylique imaginée par Salvador Dali dans Dumbo pour les traitements graphiques.
Les films de Lubitsch ne sont pas tous aussi drôles ou pétillants d'intelligence les uns que les autres : nous avons été emballés par Angel, un petit bijou avec Marlene Dietrich et Melvyn Douglas, et par La huitième femme de Barbe-Bleue avec Gary Cooper et Claudette Colbert. Les dialogues y sont étincelants, les situations jubilatoires, c'est du grand art. Trouble in Paradise (Haute pègre) et Cluny Brown (La folle ingénue) ne sont pas du même niveau, mais sont très plaisants ; par contre, nous avons été déçus par Heaven Can Wait (Le ciel peut attendre). Ce sont toutes des comédies de mœurs où les femmes s'affranchissent de la condescendance masculine, où les allusions sexuelles sont légion et où les conventions bourgeoises volent en éclats. Je n'évoque ici que les films projetés ces dernières semaines, il nous reste quantité de Lubitsch muets à découvrir, périodes allemande et américaine, et je ne parle pas des merveilles que nous connaissons par cœur comme The Shop Around the Corner, Ninotschka, To be or not to be, voire Design For Living (Sérénade à trois) et That Uncertain Feeling (Illusions perdues)...
Nous ne connaissions Preston Sturges que de nom, mais The Palm Beach Story (Madame et ses flirts) est un chef d'œuvre lubitschien avec Claudette Colbert et Joel McCrea et Christmas in July (Le gros lot) une jolie fable sociale. Tous ces films sont des screwball comedies mettant la plupart du temps en scène des couples qui s'aiment et se cherchent des noises. Dans le genre, Adam's Rib (Madame porte la culotte) de George Cukor est probablement le meilleur de tous ceux interprétés par le tandem Katherine Hepburn - Spencer Tracy. Parmi les descendants du maître Lubisch dont il a été l'élève, Billy Wilder est un des plus représentatifs. Si mon préféré reste One Two Three, nous passons un agréable moment devant Avanti! et, plus encore, The Fortune Cookie (La grande combine) avec Jack Lemon et un Walter Matthau au meilleur de sa forme.
Will Success Spoil Rock Hunter? (La blonde explosive) de Frank Tashlin, avec Jayne Mansfield, Tony Randall et Groucho Marx, ne vaut pas certains de ses films avec Jerry Lewis, mais il annonce l'univers de la pub de Mad Men et écorne avec humour l'univers de la communication comme le fait dramatiquement Wilder dans le remarquable Ace in the Hole (Le gouffre aux chimères), démonstration implacable de la manipulation de l'opinion à des fins mercantiles, cinquante ans avant notre ère.
The Fountain of Youth est une curiosité télévisuelle où Orson Welles mélange prises de vue fixes et mobiles en mettant à profit ses talents de conteur. Il nous reste à voir pas mal de films de la liste ou ceux cités dans les articles publiés par Rosenbaum dans son livre-catalogue et dont j'ai scrupuleusement noté les titres. Mon billet ne fait que les survoler, livrant des pistes aux amateurs de comédies, genre que les filles réclament souvent en projection et que j'ai eu longtemps du mal à fournir ! J'ai gardé celles d'Albert Brooks et d'Elaine May pour la fin. Rosenbaum prétend que Brooks est dix fois plus drôle que Woody Allen, mais trop original pour avoir du succès. Real Life est un pastiche de télé-réalité de 1971 tordant et prémonitoire, intelligent et corrosif, tandis que, moins réussi, Lost in America attaque le mythe américain de la liberté en un double petit bourgeois d'Easy Rider ! De même, Elaine May réalise un pendant au Lauréat de Mike Nichols avec The Heartbreak Kid, une comédie noire avec le génial Charles Grodin, et Ishtar, une comédie ratée avec Warren Beatty Dustin Hoffman, Isabelle Adjani et Grodin, qui a le mérite d'aborder l'ingérence de la CIA à l'étranger au travers d'une loufoquerie où les deux principaux protagonistes incarnent un couple de chanteurs ringards envoyés à Marrakech pour un contrat miteux.
Entendre Françoise pliée de rire deux soirs de suite mérite d'être souligné ! La comédie de science-fiction Innerspace (L'aventure intérieure) de Joe Dante nous a donné envie de voir ses autres films dont le succès n'a jamais égalé celui des Gremlins. Comme pour nombre de films choisis par Rosenbaum, cela s'explique par leur côté politiquement incorrect et leur originalité. Nous sommes montés d'un cran dans le délire avec la politique-fiction The Second Civil War où l'État d'Idaho, fermant ses frontières à des enfants réfugiés pakistanais après un conflit nucléaire avec l'Inde, déclenche une Seconde guerre de sécession, attisée par les médias télévisuels. Si cette satire hilarante et incisive renvoie furieusement aux présidents des États-Unis passés et à venir, ainsi qu'aux différentes guerres qu'ils n'ont cessé de mener, elle met en scène avec un humour dévastateur le spectacle qu'organise quotidiennement les médias qui nous gouvernent.
Pour ne pas rester scotchés uniquement sur les films américains, fussent-ils critiques, et désertant la liste Rosenbaum, nous avons regardé Le temps qu'il reste (DVD France Télévisions Distribution) du Palestinien Elia Suleiman, nettement moins drôle que les précédents ''Chronique d'une disparition'' et surtout ''Intervention divine''. Le film a beau être juste et personnel, il reste un gout de déjà vu qui sied peut-être aux gags répétitifs de Suleiman, mais déçoit au regard des inventions auxquelles il nous avait habitué. Évidemment satirique avec l'occupation israélienne, il a le mérite de savoir se moquer aussi bien de son peuple...
Sur les écrans, le blockbuster Precious est un film sympa et moins consensuel que les clichés dramatiques d'un Ken Loach. Lee Daniels sait filmer avec légèreté une situation tragique, même si les séquences glamour sont un peu lourdes. Il y a tout de même de jolies trouvailles comme lorsque Precious se voit en blonde dans le miroir ou qu'elle s'identifie physiquement avec les héros du petit écran. Arriver à réaliser une comédie dramatique sur le viol, l'inceste, l'obésité n'est pas une mince affaire. Dans ce pamphlet social, le casting essentiellement féminin et noir ainsi que les rebondissements du scénario donnent une bouffée d'air frais au cinéma américain contemporain.

mercredi 3 mars 2010

Contes et légendes du capitalisme


Pour un billet souriant et plein de bonnes nouvelles sautez directement à demain. Car après avoir évoqué la barbarie intrinsèque des hommes j'interroge cette fois notre avenir politique à court terme. La Chine a tant investi aux États-Unis que cela ressemble à un achat pur et simple. Il lui suffirait de quelques jours pour mettre sur les genoux le pays présenté comme le plus puissant de la planète et faire s'écrouler toute l'économie mondiale. Ce n'est pas son intérêt. Si elle a tant investi, c'est bien pour réaliser des affaires, pas pour les faire capoter. Elle exporterait même très bien son modèle politique du parti unique. Le terrain est bien préparé, les Républicains et les Démocrates ne présentant qu'une apparence d'alternative ! N'allez pas croire que c'est mieux ici, nous avons les mêmes... La démocratie n'en a que le nom. Devant cette faillite idéologique que des décennies de stratégie électoraliste ont initiée, l'absence de conscience politique, la nausée qu'inspirent les élus et la misère pourraient accoucher d'une révolution en chemise brune. En attendant, on nous raconte des histoires, le désormais assumé "storytelling". Si le 11 septembre reste une énigme, qui peut encore croire en la figure de Ben Laden, un méchant de série B servant aussi bien la paranoïa étatsunienne que l'orgueil arabe ? Qui peut penser une seconde que Jérôme Kerviel est autre chose qu'un homme de paille ? Qui se souvient des armes de destruction massive irakiennes ? Je pourrais développer, mais à quoi bon ? Les news sont une mise en scène à petit budget de ce qu'on nous fait avaler à l'heure des repas. La société du spectacle n'a jamais si bien porté son nom. L'anecdote cache la gravité des faits. Les chiffres sont bidonnés. La langue de bois avec jeu de manches et révélations pitoyables est devenue un style partagé par tous, mieux, la forme a rejoint le fond ! Rares sont les Arundhati Roy et Naomi Klein.
La Stratégie du choc (Ed. Actes Sud) décrit l'émergence de ce que Naomi Klein appelle le "capitalisme du désastre". Le capitalisme prospère de préférence dans les contextes les plus tourmentés. Un certain nombre de dirigeants politiques, économiques et d'intellectuels ont construit des marchés économiques prospères sur les ruines d'États et de sociétés frappées de traumatismes : le 11 Septembre, la Nouvelle-Orléans de l'après Katrina (expropriations massives, privatisations de services publics et de l’éducation, reconstructions privées, etc.), le tsunami de 2004 (expropriations massives de populations vivant sur les côtes d’Asie du Sud-est, libéralisations et dérégulations commerciales en échanges d’aides occidentales, constructions de complexes hôteliers occidentaux, etc.), l'Afrique du Sud d'après l'apartheid, la Russie d'après la fin du communisme. Jusqu'à parfois susciter ces "désastres" si nécessaires à leur fortune : de la dictature de Pinochet au Chili en 1973 à la guerre en Irak... En 1971 dans Capitalisme et liberté, Milton Friedman, chantre de l'ultralibéralisme, déclarait : "Seule une crise réelle ou imaginaire peut engendrer un changement profond". Quelques heures après le séisme à Haïti, The Heritage Foundation écrivait : "Au-delà de l’assistance humanitaire immédiate à apporter, les réponses américaines au terrible séisme de Haïti offrent d’importantes opportunités de reprise en main du long dysfonctionnement gouvernemental et économique haïtien, tout en améliorant l’image américaine dans la région". Sur le site Arrêt sur images Daniel Schneidermann remarquait "avec quelle rapidité l’image de Haïti se dégrade dans certains médias. Après la compassion avec les victimes, ce sont les « pillages » ou « vols de marchandises » qui sont souvent mis en avant dans la presse internationale. Cela pourrait être assez utile à ceux qui déclareront plus tard : « ils sont incapables et irresponsables »."
La démocratie sert de bouclier à la guerre que mène le capitalisme pour engranger toujours plus de profits le plus rapidement possible. Elle n'en a plus que le nom. La démocratie a été privatisée. Les médias d'information constituent l'un des plus puissants corps d'armée du capitalisme. La mondialisation empêche toute régulation des échanges. Les États subissent les pressions de maîtres-chanteurs (on l'a vu avec la véritable affaire Clearstream, pas le duel bidon entre Sarkozy et Villepin) et sont devenus impuissants. Si la grève devait être générale, il faudrait qu'elle touche toute la planète. D'un côté nous risquons un ras-le-bol poussant les classes laborieuses dépitées dans le lit d'une nouvelle forme de fascisme, de l'autre jamais le travail de proximité n'aura été aussi indispensable. Les associations peuvent se substituer aux syndicats affaiblis et dépassés, quitte à se regrouper pour faire front commun devant les assauts cyniques de la réaction. Cet accord devra se faire mondialement, car les clivages n'ont jamais été nationaux, raciaux ou religieux comme ont toujours voulu le faire croire les classes dirigeantes, mais sociales. Il est chaque jour plus urgent que les travailleurs exploités de tous les pays s'unissent pour résister au saccage systématique des ressources de la planète, humaines, mais aussi naturelles. Je fais attention de séparer les deux, puisque là où l'homme passe la nature trépasse.

mardi 2 mars 2010

L'objet perdu


"L'objet perdu" était le sujet de mon deuxième exercice cinématographique lors de mes études à l'Idhec en 1972. Comme je devais tenir la caméra et faire jouer un comédien épouvantable du cours Simon, j'avais écrit un scénario de filou en filmant l'histoire d'un garçon qui au réveil se regarde dans la glace, perd aussitôt ses lunettes et là tout devient flou ; comme il n'y voit plus rien, il se cogne dans les meubles et chute ; la suite qui se passe dans le noir est suggérée par une partition sonore abracadabrante. Mes choix étaient faits !
Hier midi j'ai perdu mes lunettes de presbyte sur la ligne 11 du métro. Mauvais plan, car j'étais parti pour faire des photos et enregistrer le son au Musée du Louvre. Heureusement, je conserve dans mon porte-feuilles une loupe en plastique mou de la taille d'une carte de crédit qui m'a permis, dans un premier temps chez Matsuda, de choisir un onctueux nattō (Foujita est fermé le lundi) pour me remettre de mes émotions. J'étais complètement désorienté de ne rien y voir, mais l'objet de fortune me permit tout de même de cadrer et de voir les vu-mètres.
Comme j'enregistre la foule des visiteurs dans la salle de la Joconde, je suis surpris de constater qu'au bout d'une demi-heure les commentaires reviennent en boucle, comme si les tableaux suscitaient cycliquement les mêmes réactions, les mêmes mots. Les similitudes finissent par m'angoisser, jusqu'à ce que je comprenne que je suis passé en mode lecture et qu'en réalité j'écoute les voix captées il y a trente minutes et qui, par un semi-hasard, coïncident parfaitement avec les images qui se déroulent sous mes yeux. Je me suis aperçu du subterfuge car, si l'action des visiteurs colle, je ne trouve nulle part autour de moi les lèvres qui expriment synchroniquement leurs dialogues.
En rentrant je demande au guichet de la station Mairie des Lilas si quelqu'un a retrouvé ma paire verte et violette, mais je fais chou blanc. Une base de données peut y être interrogée jusqu'à 19h, ensuite on a encore 48 heures pour tenter les objets trouvés de la rue des Morillons, mais, dans mon cas, j'en serai réduit à en voir de toutes les couleurs, sauf celles-là. Le soir, je découvre mes photos et constate que mon enregistrement remplace magnifiquement le son des Noces de Cana comme l'a suggéré Pierre-Oscar et qu'il se mélange parfaitement avec la musique du XVIème siècle que j'ai composée pour quatuor à cordes la semaine dernière.
"L'objet perdu" et la disparition récente de Séverin Blanchet dans un attentat à Kaboul me font penser à un autre disparu. Le chef opérateur Dominique Chapuis m'avait demandé comment j'avais réussi à obtenir la lumière étonnante de mon film suivant, "Idhec 72, nouveau scandale financier", un reportage sur un pot où régnait l'ébriété, monté sur "America Drinks and Goes Home", le dernier morceau de l'album "Absolutely Free" des Mothers. J'avais avoué avoir confondu de la pellicule 4X avec de la PlusX, mais que le laboratoire avait rattrapé miraculeusement le coup en faisant une autre erreur ! Chapuis s'impatientant m'avait demandé ce qu'indiquait la cellule. Comme je le provoquai en répondant que la caméra était déjà assez lourde pour mes frêles épaules, pourquoi m'encombrer d'une cellule que j'aurais dû tenir avec l'autre main, je l'écœurai définitivement. L'année suivante je choisis l'option montage plutôt que lumière où nous étions deux fois plus nombreux. Nous comprenions mal pourquoi, sachant que le montage est l'école de la réalisation.

lundi 1 mars 2010

Face B, l'envers de Vinyl


Freddie m'appelait Monsieur Tout-à-l'envers. En 1993, j'en avais fait une chanson. Comme je commence toujours la lecture des journaux par la dernière page, il n'y a rien de surprenant à ce que j'aborde l'exposition Vynil à La Maison Rouge par la Face B. Je n'ai pas encore eu le temps de faire un saut à la Bastille, mais le violoncelliste Vincent Segal m'a invité à la commenter avec lui et en musique le 21 mars ! J'en suis extrêmement flatté, d'autant que Vincent découvrit notre trio en 1983 au festival Musiques de Traverses à Reims lorsqu'il était adolescent et qu'il me confie qu'Un Drame Musical Instantané influença les premiers pas de Bumcello.
Pour tempérer mon impatience de jouer avec lui en nous promenant parmi les disques du collectionneur, éditeur et commissaire d’exposition belge Guy Schraenen, où, paraît-il, mes disques sont bien représentés, je découvre Face B, le projet de Daniela Franco qui a demandé à des acteurs de la culture (arts plastiques, musique, littérature, design...) de lui fournir des listes d'albums en fonction de critères tels les dix disques qui illustrent une biographie, ceux sur les pochettes desquels on aimerait figurer, ceux dont la pochette est meilleure que le contenu musical, etc. J'ai répondu positivement à la requête transmise par Paula Aisemberg, directrice de La Maison Rouge, en envoyant "la liste des dix disques que j'ai achetés à cause de leurs pochettes et dont la musique ne m'a pas déçu, bien au contraire, puisqu'ils sont souvent à l'origine de ma vocation de compositeur". Toutes les pochettes sont consultables sur le site de Face B et sur les ordinateurs mis à disposition du public de La Maison Rouge. Les plus rares y sont accrochées jusqu'au 16 mai et l'ensemble fera prochainement l'objet d'une publication. Il paraît que le catalogue de l'exposition Vynil est aussi très beau...

En ligne, Face B permet d'admirer les pochettes choisies et d'en écouter quelques extraits, hélas pas les plus rares, mais retrouver les pochettes d'après leurs titres n'a déjà pas dû être une mince affaire pour Daniela Franco ! Les dix vinyles que j'ai achetés à la vue de leur pochette et qui augureraient de ma vie de compositeur sont donc :
The Rolling Stones - Their Satanic Majesties Request
The Mothers of Invention - We're Only In It For The Money
Silver Apples - (le premier album)
Captain Beefheart and His Magic Band - Strictly Personal
George Harrison - Electronic Music (pochette de G. Harrison)
The White Noise - An Electric Storm
Bonzo Dog Band - The Doughnut in Granny's House
John Cale - The Academy in Peril (pochette d'A. Warhol)
Michael Snow - Musics for Piano, Whistling, Microphone and Tape Recorder (pochette de M. Snow)
Albert Marcœur - (le premier album)
Je vous laisse découvrir les autres...

J'ai toujours été attaché aux disques dont le packaging était étudié pour coller au projet musical. La taille des 30 centimètres permettait un travail graphique que le timbre-poste du CD a réduit considérablement. Je ne suis pas du tout opposé à la dématérialisation du support s'il s'accompagne d'une création graphique et d'informations agréablement consultables. Machiavel, le dernier album majeur du Drame, rassemblait des pièces de 1980 à 1998 avec un très beau livret conçu par Étienne Auger. Parmi elles, 3/3 par 1/2 était composé à partir de la reconstitution d'un disque avec 3 tiers de différents vinyles découpés du Drame et l'œuvre interactive, réalisée avec Antoine Schmitt, qui complétait les dix titres vient d'être mise en ligne en téléchargement gratuit. Ce scratch vidéo interactif intitulé également Machiavel, est entièrement sonorisé avec les vinyles du groupe.

lån