Jean-Jacques Birgé

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jeudi 30 décembre 2010

Envol


Remise du compteur à zéro programmée pour les jours qui viennent en espérant revenir dans un mois tout neufs, reposés, pleins d'élan pour les nouveaux projets et l'année qui va commencer. Trois ans sans vraies vacances, c'est beaucoup trop long ! Nous laissons derrière nous l'hiver, notre panthère des neiges et les amis qui gardent la maison. Ne pas me connecter à Internet pendant un mois va me faire le plus grand bien. La perfusion est trop contraignante. La cuisine, style la noix de coco et basilic, pourvoira très bien à mon alimentation. C'est la troisième fois seulement en cinq ans que je fais une pause du blog, mais au retour je ne compte pas continuer 7 jours sur 7. Je reprendrai le 31 janvier en sautant les week-ends qui montrent une légère baisse d'audience, me permettant ainsi de souffler un peu. J'ai pensé un moment tout arrêter, car publier chaque jour un nouveau billet m'empêche forcément de faire autre chose. Je n'écris, par exemple, plus de paroles de chanson qui prennent plus d'une journée. J'espérais avoir rédigé les sept derniers chapitres de ma fiction, mais la numérisation des archives du site drame.org m'a accaparé tout décembre.
Au retour je jouerai le 12 février au Triton, Les Lilas, avec le violoncelliste Vincent Segal. Est également programmée une séance de studio avec la chanteuse Birgitte Lyregaard et le polyinstrumentiste Sacha Gattino. De son côté, Françoise pourra enfin boucler le DVD de son film Thème Je. Le reste est ouvert, mais dans quelques heures je commencerai à faire le vide dans ma boîte crânienne. Nous nous envolons donc ce matin pour Bangkok et continuerons demain vers Kho Phayam où nous resterons une semaine avant de filer au Cambodge. Rien n'est organisé. Nous partons à l'aventure.
Nous vous souhaitons une meilleure année en espérant qu'elle vous apporte de bonnes nouvelles. Cela ne se fera pas non plus tout seul. Toutes les énergies vont être nécessaires si nous voulons améliorer les choses et transformer le monde selon nos espérances... À bientôt !

Merci à Aldo Sperber (trois sites 1 2 3) pour la superbe série de photographies réalisées juste avant notre départ.

mercredi 29 décembre 2010

Les mauvais exemples


Ce genre d'histoire n'est pas palpitante, même si elle en dit beaucoup sur la destruction des services par la privatisation, à moins que l'on apprécie les cauchemars kafkaïens. Dans ce cas, on pourra même en rire.
Ayant commandé du petit matériel à MacWay sur Internet, le paquet arrive dans le quartier en 24 heures. Mais à partir d'ici tout tourne en eau de boudin qui, avec le climat, va vite ressembler à de la viande de mammouth. Le salopard de Chronopost ne se donne pas la peine de sonner et laisse un avis de passage sans même indiquer où retirer le paquet, et pour cause, on verra la suite. Je suppute qu'il a envoyé son petit frère à mobylette faire la tournée des gogos. On est le 24 décembre, il est 13h42, c'est vraiment dégueulasse, le jour de Noël ! Heureusement ou malheureusement, ce ne sont pas des cadeaux, mais des accessoires dont j'ai besoin pour continuer à travailler. Chronopost étant fermé ce week-end, j'appelle lundi à la première heure pour que l'on me certifie en début d'après-midi que mon colis est à la poste principale à l'autre bout de Bagnolet. J'enfourche mon destrier, mais la postière m'annonce que c'est resté à Bobigny et que la seule chose qu'il me reste à faire est de rappeler Chronopost pour qu'il représente l'objet. De retour à la maison, une des employées vendue à son patron m'explique stupidement que mon colis est forcément à la poste principale et me donne un numéro qui s'avérera fantaisiste. La société privée Chronopost n'a aucun moyen de vérifier où elle a déposé mon colis de malheur. La Poste dit qu'elle ne l'a pas, Chronopost dit qu'elle l'a, et moi je ne peux rien faire, coincé entre privatisation et (dé)centralisation. Car je ne peux plus joindre le bureau de Bagnolet, un numéro unique centralisant toutes les postes. Là ils cherchent donc où c'est caché, mais ne me rappellent pas. Je suis pris entre une poste injoignable et un arnaqueur patenté qui n'en a plus rien à faire. La Poste ne pourra présenter à nouveau le colis car elle n'est qu'un dépôt, comme mon voisin épicier chez qui c'eut été plus simple... En fin de journée je n'ai aucune information, aucun pouvoir, si ce n'est prévenir MacWay que le colis lui sera probablement retourné d'ici 15 jours, mais hier je rappelle le 3631 de la Poste qui m'assure que j'aurai gain de cause si je retourne chercher mon carton... Ouf, je l'ai, mais après avoir démonté mon MacPro je me rends compte que le matériel conseillé par la VPC téléphonique est incompatible. La réclamation ne peut s'effectuer que par mail. Et c'est reparti pour un tour. Je n'ai plus que 24 heures pour régler le problème.
Il est vraiment temps qu'on s'envole. Ce n'est pas que cela se passe mieux ailleurs, mais au moins les tracas seront ensoleillés et on pourra toujours prétendre qu'ils ne sont pas très bien organisés, que leur culture exige de la patience, qu'après tout on est en vacances, etc. Tandis qu'ici c'est simplement une société qui s'écroule doucement et sûrement, pressurisée par des cadences inhumaines avec compression de personnel ou soigneusement sabotée par des gougnafiers en quête de profit à court terme, et dont les méthodes inspirent toute la hiérarchie jusqu'au pauvre petit mec qui ne livre pas ses paquets... Comment voulez-vous qu'il fasse consciencieusement son travail quand au plus haut sommet de l'État nos dirigeants se comportent en voyous, à l'image des richards qui finiront peut-être une nuit du 4 août ?

mardi 28 décembre 2010

Scorsese surestimé


Certains réalisateurs vivent sur la réputation de leurs premiers succès sans que la critique n'ose remettre en cause leur talent. Voilà bien quinze ans que Martin Scorsese réalise des films plan-plans totalement surévalués, tout comme les derniers Clint Eastwood, manichéismes pompiers aux allures politiquement correctes. Je vous ferai grâce de la soupe révisionniste Invictus, préférant chroniquer le tout récent feuilleton scorsesien, énième variation fantasmatique sur la mafia nord-américaine avec ses rivalités communautaires et ses réflexes machistes en diable. Cinéma de curé moderniste, la série Boardwalk Empire, en cours sur Orange Cinéma, a au moins le mérite de mettre en scène d'excellents acteurs servant de bons dialogues. Mais le thème du brave gangster n'est pas très nouveau. Quand je lis que tournage et montage furent un calvaire pour Scorsese obligé de couper une heure de film, je me demande comment il peut justifier ses incessants mouvements de caméra qui ne servent à rien et les poncifs du scénario dont les ficelles me laissent anticiper chaque plan jusqu'aux effets sonores. On a plutôt l'impression que tout est étiré au maximum pour arriver à tenir les 52 minutes hebdomadaires. De certains longs métrages on dit qu'ils auraient fait un bon court. Ici la série ferait peut-être un long acceptable, à condition de réfléchir, par exemple, à la place de la caméra, à la morale d'un travelling et à l'opportunité de la musique, cette prothèse encombrante qui formate presque tous les films américains, et à leur suite les français qui ont l'espoir de faire illusion.
Il aurait été dommage que je m'arrête au premier épisode, le pilote tourné par "le maître" étant de loin le plus mauvais des douze épisodes. Comme dans toute série on finit par s'attacher aux personnages, mais tous leurs gestes sont prévisibles. On en ressort vide. On n'a même pas rigolé un bon coup. Aucune de nos convictions n'aura été ébranlée. C'est le propre du cinéma à message. Car Boardwalk Empire ressemble surtout à une paraphrase balourde et paresseuse de l'actualité américaine. Toutes les crapules sont républicaines, elles élisent un imbécile à la présidence, la prohibition fait le jeu de la pègre, les politiciens sont mouillés jusqu'au cou, les escrocs s'appellent Ponzi. Les rôles d'Al Capone ou Lucky Luciano dans leurs jeunes années se résument à un boute-en-train farceur et un impuissant élégant. Une tête au-dessus de la mêlée, Steve Buscemi règne magnifiquement sur Atlantic City filmé à grands renforts de grue sur décor rabâché d'épisode en épisode. Les autres comédiens sont malheureusement sous-employés, excellents mais monotones, tels le nègre de faction joué par Michael Kenneth Williams (Omar dans The Wire), la bonne âme Kelly McDonald, le cassé de la grande guerre Michael Pitt, etc. Tout sonne démagogique, du vote des femmes à la pleutrerie du Ku Klux Klan, de l'affranchissement des Noirs aux compromissions des politiciens, car rien n'est exploité, mais toujours saupoudré.
Tout cela pourrait être recevable si la critique ne se gargarisait des films de ces réalisateurs qui furent jeunes il y a bien trop longtemps et ne perpétuent aujourd'hui que le pire du cinéma, sa récupération industrielle et propagandiste de la grandeur des USA, répétant inlassablement les mêmes recettes pour un public rassuré de pouvoir reconnaître quand connaître exige un effort. Toute cette poussière est agitée au détriment de films dont les entrées sont hélas à la hauteur du budget dépensé, tant pour leur production que pour leur publicité. Faute de savoir se renouveler, le cinéma est-il en train de devenir un art du passé ? Les réalisateurs et réalisatrices indépendants sauront-ils et elles braver le formatage et le conformisme qui s'est emparé de l'écran ? Le cinéma d'aujourd'hui n'est en définitive qu'à l'image de la société qui l'engendre et dont il répète éternellement le portrait, perdu, cynique, frileux, ou pour résumer, à court terme.

lundi 27 décembre 2010

Verglas


Aujourd'hui je glisse rapidement. Le trottoir garantit de beaux vols planés. Marcher sur la neige sécurise mes pas tandis que la moindre trace de chaussure la fait fondre avant de geler. J'attaque l'épaisse couche de glace avec le tranchant de la pelle pour faire éclater les plaques de la patinoire. Samedi Aldo Sperber est venu faire des photos de Françoise et moi sous la neige devant la plage ensoleillée derrière le mur. Tous nos gestes sont inscrits dans le blanc comme fossilisés. Il faudra du temps pour que cela fonde. La porte de la boîte aux lettres est collée. Les merles gobent les baies glacées parfum églantine. Nous préférons le cacao amer de Berthillon dont la coupe est encore plus pénible que celle du verglas devant le garage.

dimanche 26 décembre 2010

I wonder


Pour Noël mes nièces m'ont offert I wonder de Marian Bantjes, un magnifique livre comme je les aime, feu d'artifices graphique où chacune des 208 pages recèle une surprise. Doré sur tranche, l'ouvrage puise ses sources dans les fameux patchworks américains (quilts), les papiers cadeaux des modernistes viennois, les enluminures médiévales, les arabesques de l'Islam, les tableaux de pâtes alimentaires et les recherches infographiques les plus récentes. Bantjes est une blogueuse qui utilise sans complexe ses visions éclectiques pour illustrer ses réflexions sur sa vie et son art. Inventions typographiques, codes secrets, alphabet, tout est bon pour laisser libre cours à son imagination et nous faire plonger dans un monde baroque où Alice peut dialoguer avec Edgar A. Poe et le journal intime se transformer en bréviaire de sorcière. C'est un livre qui se regarde et s'admire plus qu'il ne se lit, le miroir de nos rêves anciens et la boule de cristal qui révèle de possibles chemins. Je duplique quelques images qui ne peuvent être représentatives de ce labyrinthe...





À la fin de l'ouvrage, Marian Bantjes inventorie ses sources et ses outils, en particulier ses polices de caractère, donnant à son récit la forme éclatée d'un discours de la méthode (Ed. Thames & Hudson).

samedi 25 décembre 2010

Cinq chants de Noël arrangés pour boîte à musique


C'est le jour idéal pour télécharger les cinq chants de Noël remarquablement arrangés par Bernard Vitet en 1998. Présents dans l'album Musique appliquée de Birgé-Vitet, Jingle Bells, Il est né le divin enfant, Les Rois mages, Douce Nuit et Mon beau sapin (index 14 à 18), que j'avais orchestrés pour boîte à musique dans le CD-Rom Mon atelier de Noël (commande d'Hyptique pour Hachette), font partie des 400 morceaux inédits que vous pouvez écouter en ligne ou télécharger gratuitement sur le nouveau site drame.org, soit 60 heures de musique improbable. Mais "quand on est artiste, il faut faire tous les genres", comme prévenait Bourvil au début du tango Pour sûr. Sur le CD-Rom les personnages s'animaient en rythme, ici il faudra que vous vous fassiez vous-même votre cinéma. Joyeux Noël !

vendredi 24 décembre 2010

43. Des cheveux


Dehors, la Pia et l'Uto se frayaient un passage au milieu des récifs. Non sans avoir envoyer en éclaireurs quelques embarcations camouflées en îles flottantes. Décidément la spécialité du chef. La séance a un côté bon enfant qui contraste avec les enjeux. Stella, Ilona et Max espèrent récupérer quelques pièces du puzzle qu'ils ont vécu. L'astuce consiste à commencer par les bords, mais les limites ont sans cesse été repoussées sans qu'ils sachent de combien de pièces ils disposeraient...

Le second : Les évènements obligent le Capitaine à rester sur le pont, il en est désolé, mais il marche sur des œufs. Il sait que vous êtes en de bonnes mains. Servez-vous... Les deux bâtiments devant s'approcher à nouveau des côtes, nous sommes en alerte visible. Vous avez compris que cette guerre est d'illusions. Il n'y a plus de réalité, pas plus en mer que sur Terre.
La petite dame : Pfuit !
Pinguy : L'histoire a commencé…
Ponga : Il y a longtemps…
Pinguy : Il a toujours fallu juguler les flux migratoires et les initiatives individuelles avec les ressources du mystère.
Ponga : Jusqu'au XXe siècle la religion faisait son travail…
Pinguy : Avec l'accélération des découvertes scientifiques les innovations audiovisuelles ont bousculé l'équilibre précaire qui régissait les forces en présence.
Ponga : Les maîtres de l'univers se partageaient les richesses à tour de rôle. Les populations restaient à leur place. Une petite guerre par ci, un miracle par là.
Le rigolo chantonne un vieux tube au creux de l'oreille de la petite dame : Crac Boum Hue !
Pinguy : La technologie offrait de plus en plus de contrôle…
Ponga : Mais profitait du même coup à la résistance…
Pinguy : Les gouvernements sont devenus fantoches. Explicitement. Sous couvert de démocratie, une jolie invention soporifique, ils n'étaient que les intermédiaires pour de marchés juteux dont la nature est incompatible avec les valeurs qu'ils sont censés défendre.
Ponga : L'économie mondiale est essentiellement basée sur le commerce des armes, de la drogue et de l'argent lui-même. Je vous fais grâce du couplet sur la propriété et le pétrole n'est plus une priorité...
Le vieux au sonotone hurle : Là j'ai tout entendu. Je ne me suis pas laissé endormir…
La petite dame : Chut !
Pinguy : Entremetteurs, les États passent par des chambres de compensation garantissant les échanges et les paiements. Ces sociétés étant les seules à tout savoir se sont trouvées en position de maîtres-chanteurs. Publier la liste des mouvements ferait sauter n'importe quel gouvernement, provoquant des mouvements sociaux que plus personne n'est en mesure de contrôler. Tout peut exploser d'un instant à l'autre.
Ponga : Si tu racontes tout, je ne sers à rien.
Pinguy : Bon vas-y, on ne va pas se chamailler…
La petite dame : Toc et retoque !
Max : Vous enfoncez des portes ouvertes. Les organes de l'opposition n'ont cessé de publier des articles.
Pinguy : Les grandes nouvelles passent toujours inaperçues. Personne n'a envie de savoir que le libre arbitre est un leurre.
Ponga : Je sais ce qui vous intéresse. Pendant que les économistes mettaient tout à sac, la Déesse rassemblait les informations de tout ce côté du monde jusqu'à synthétiser une drogue plus puissante que la télévision, la chimie et tous les opiums du peuple. Capable d'analyser les fantasmes de chacun, de les systématiser dans une base de données qui accoucherait à la fois d'un message viral et du vecteur de contamination, cette arme redoutable permettrait de contrôler la libido de tous les êtres vivants par une sorte d'hypnose de masse…
Le rigolo : Nous sommes passés de la réalité augmentée à la réalité diminuée.
Max : Lorsque j'étais leur employé, je collaborais avec un de leurs laboratoires qui étudiait l'ADN des groupes ethniques les plus répandus. Ils pensaient que les cellules contenues dans les cheveux permettraient de reconstituer n'importe quel tissu humain.
Le rigolo lève son verre d'eau : Au poil, poil à la moëlle, comment vas-tu yo de moëlle ?...
Max : Comme je m'étais prêté aux expériences, un chimiste de l'équipe prétendit que les miens recélaient des composants rares. J'ai posé trop de questions. Tout a dégénéré. J'ai découvert que les cellules prélevées valaient de l'or et surtout que la Déesse visait une utilisation beaucoup moins sympathique.
Stella : C'est toujours pareil. Les savants sont des gamins qui font mumuse et leurs travaux servent à l'armée…
Ponga : L'armée n'est qu'un outil…
Le rigolo : Il y a de quoi se faire des cheveux !
Stella : On ne va pas les couper en quatre. Quels sont les moyens du bord ? Si nous sommes arrivés jusqu'ici, leur avons-nous échappé ou sommes-nous les porteurs du virus ? À quoi servaient les puces ?
Ilona : On tourne en rond.

Rappel : le premier épisode a été mis en ligne le 9 août 2009, inaugurant la rubrique Fiction. L'ensemble sera constitué de 50 épisodes. Le précédent remontait au 18 novembre 2010.

jeudi 23 décembre 2010

La peur tue le désir


La psychothérapeute jungienne de M. lui tend un petit caillou sur lequel est inscrit le mot "PEUR" et lui demande de le retourner. Sur l'autre face M. lit "DÉSIR".
La peur tue le désir, pas seulement celui qu'inspirerait l'avenir, mais aussi celui de l'instant présent. Par peur de ce qui pourrait advenir mais dont on ignore tout, alors que l'on vit dans la frustration et l'insatisfaction, l'on s'empêcherait de vivre autre chose demain, et aujourd'hui la chose, ça ! Quoi ça, ? Hé bien ça, comme chantaient Jacqueline Maillan et Bourvil pastichant Je t'aime, mon non plus de Serge Gainsbourg.
C'est ainsi que nombreux jeunes adultes sombrent dans l'abstinence sans prendre la mesure de la situation. Autrefois il était courant d'entendre des quadragénaires, particulièrement des femmes, revendiquer ce renoncement. Ces déçu/e/s de la vie étaient souvent des personnes mariées trop tôt ou avec peu d'expériences sexuelles avant la fondation du modèle social du couple. Il est certain que dégagé des tourments du sexe et de l'amour (la confusion peut exceptionnellement sembler ici pertinente) leur vie s'en trouvera simplifiée, mais à quel prix ? Il est si triste de rencontrer des individus qui n'ont d'appétit ni pour manger ni pour faire des galipettes. Cela va souvent de paire. De fesses ou d'yeux. Sans compère ce con perd.
On pourrait évoquer bien d'autres causes pour justifier la perte de la libido. La société de consommation n'arrange pas l'affaire. Combien d'enfants parmi la classe bourgeoise expriment leur "besoin de rien" au moment des cadeaux de Noël ? Ce qui peut paraître sain dans une optique de décroissance s'avère relativement inquiétant si le désir s'efface devant un flou qui n'a rien d'artistique. Les représentations de la sexualité qui s'étalent dans les grandes vitrines ou la petite lucarne formatant le désir participent aussi à la destruction. Les petits couples attendrissants parfois distillent des parfums de mort. Il faut du courage pour combattre l'opulence et le formatage. Savoir ce que l'on veut, ne pas craindre de revoir son système de repères, remettre son titre en jeu, partager ses rêves, sont des conditions sine qua non pour s'accrocher au vecteur qui tend vers le bonheur. Le passage à l'acte exige de combattre sa peur pour que renaisse le désir.

mercredi 22 décembre 2010

La merveilleuse histoire du Petit Piano Michelsonne


La boîte aux lettres est un coffre à jouets où apparaissent chaque matin des trésors comme par magie. Ce matin il contenait le livre de Lynda Michel sur l'invention de son père, La merveilleuse histoire du Petit Piano Michelsonne. Composé d'un historique détaillé de 1939 jusqu'à l'incendie qui ravagea l'usine en 1970, de portraits d'artistes qui utilisent l'instrument pour leur plus grande joie et d'un catalogue où sont exposés tous les modèles avec prospectus, publicités, etc. L'objet serait nostalgique si le piano-jouet n'était adulé par de nombreux compositeurs contemporains (il manque Ève Risser et Michel Musseau, mais nous sommes déjà nombreux !) qui ont envoyé photographies et textes chantant les louanges du petit piano.
J'ai la chance d'en posséder deux même s'ils ne sont plus en très bon état. Depuis que j'ai envoyé mon témoignage à Lynda Michel j'ai retrouvé de nombreuses pièces inédites que j'ai mises en téléchargement gratuit sur la nouvelle version du site drame.org et que l'on peut écouter essentiellement dans l'album inédit Poisons (1977), sous les doigts de Bernard Vitet (Ethanol, Trop d'adrénaline nuit, Glotin, Poisons 2, De l'alcool de bois, Absinthe, Goudron, Gueuze Lambic Mort Subite), de la chanteuse Tamia (Digitaline, Goudron, Gueuze Lambic Mort Subite) ou sous les miens (He has been bitten by a snake, Le poison des orties, Androctonus Australis, Eine kleine Nachtmuzik, Penser à aut'chose et à haute voix, Penser à fermer le gaz, et avec Colette Magny en 1983). Mon premier enregistrement discographique avec le petit piano Michelsonne coïncide avec mon premier album, Défense de, en 1975. On peut l'entendre au début du Réveil, duo avec Francis Gorgé.
Je n'ai jamais fait de distinction entre les instruments sérieux qui constituent la lutherie traditionnelle, les jouets, les instruments ethniques, les prototypes construits par Bernard et les objets détournés de leur usage habituel. Leur choix dépend essentiellement de leur potentiel musical. Depuis les années 60 je continue de souffler dans un truc en bois tricolore à m'en faire exploser les tempes pour produire des sons suraigus proches des stridences d'un saxophone dont on mord l'anche. À côté de ce free jazz disproportionné je possède, entre autres, une boîte à ouvrage où sont rangés des dizaines de petits machins bizarres, d'un côté les percussions, de l'autre les vents. Alors que j'étais en séance avec le violoncelliste Vincent Segal je me suis même découvert récemment un talent particulier à jouer du ballon de baudruche pour produire un nombre inimaginable d'effets variés, mélodiques ou bruitistes. Puisqu'on dit des musiciens qu'ils jouent, tous mes instruments sont des jouets, du grand piano au petit Michelsonne, de la guimbarde au violon, des appeaux au trombone, du synthétiseur au clavier de pots de fleurs. À chaque projet correspond une instrumentation précise, quatuor à cordes ou big band de jazz, groupe de polyinstrumentistes débridés ou orchestre symphonique, encore que j'ai une fâcheuse tendance à intégrer des incongruités dans les schémas les plus classiques. Pour le timbre unique de ses tiges de métal tubulaires, aucune musique ne saurait se priver du petit piano Michelsonne, qu'elle soit du monde, du nôtre ou de l'autre, ou même des sphères ! (Ed. Lynda Michel, 14a avenue du Docteur Houillon, 67600 Sélestat, 09 65 29 56 75, 25€)

mardi 21 décembre 2010

Du cœur au ventre


Je suis affecté plus que je ne l'imaginais. Les graveurs, la chaudière, c'est de l'histoire ancienne. Mais la disparition de Beefheart, c'est la fin d'une histoire. Que le dernier de mes initiateurs passe l'arme à gauche ne laisse plus de place que pour l'avenir.
Comme rien n'est jamais tout à fait noir, dimanche matin j'avais tout de même un point à mon actif et pas sur le nez. Levé à 6h30 je compose la musique des maquettes du nouveau projet de Sun Sun Yip, un douze écrans en cercle et un dispositif à quatre plus bizarre. J'enregistre huit versions linéaires de cette composition qui sera interactive s'il gagne le concours international visé et cinq versions du projet de repli. Cette fois je choisis les sons purs de l'orgue de cristal ponctués de petites flaques d'eau aériennes pour l'un et des sons aquatiques de synthèse dans l'esprit de mon Rideau d'eau pour l'autre. Ses images de synthèse en 3D sont incroyables.
Hier 6h30 rebelote, mais cette fois je prépare la séance avec Vincent Segal pour notre concert au Triton du 12 février prochain. Avec lui tout est simple et je me surprends chaque fois à réussir des trucs inimaginables dont je me serais cru incapable. En trois heures nous bouclons le programme calqué sur la forme sonate : allegro, presto, adagio, finale. De mon côté, aucun clavier, mais mon Tenori-on, le Kaossilator et la Mascarade Machine conçue avec Antoine Schmitt sur deux morceaux, le reste en acoustique avec, entre autres, trois instruments à vent construits par Bernard Vitet. Vincent découvre également la contrebasse à tension variable dit le frein qu'il a construite au début des années 70 et son arbalète, un violon alto à frets en laiton et plexiglas fabriqué dix ans plus tard avec l'aide de Raoul de Pesters. Vincent est si enthousiaste qu'il décide de ne pas seulement jouer du violoncelle, ce qui lui arrive rarement, mais aussi de ces deux prototypes que je transforme en direct avec l'Eventide, produisant un effet de quatuor à cordes ou l'illusion d'un espace infini.


En sortant de déjeuner nous passons au Triton voir la salle que Vincent ne connaît pas, parce qu'il souhaite jouer à puissance acoustique. Sur la scène Sclavis répète un projet baroque. Dehors le programme qui ressemble à un panneau d'aéroport affiche "bizarre" pour qualifier notre duo. C'est bien trouvé...
Ces deux matinées me requinquent. Je pourrais peut-être faire la grasse matinée si les idées ne se présentaient d'elles-mêmes au réveil. Je vais partir en vacances en espérant que mes yeux s'ouvriront sur l'espace-temps local et sur rien d'autre si ce n'est ma mie qui en a autant besoin que moi. Nous sommes excités de ne rien savoir de ce qui nous attend, d'abord pendant notre périple asiatique, et puis après, à notre retour.
De l'inconnu naît le désir...

lundi 20 décembre 2010

Journée noire


Un coup en avant, un coup en arrière. Samedi soir j'étais fier de moi. Dimanche sonnait le désenchantement. Journée blanche, journée noire. La neige tombe drue, elle fond aussi vite. Les bonnes et les mauvaises nouvelles alternent. Oscillation du cycle. La vie raconte cette inéluctable alternance, empilement de courbes qui rappellent celui des harmoniques constituant le timbre, la couleur, la lumière, l'Histoire ou les orbes. Mon père me passait, enfant, la paume de la main à plat sur le visage : en descendant du front vers le menton, il fredonnait 'V'là le bon dieu !", mais quand il remontait dans l'autre sens sa voix devenait menaçante, "V'là le diable !", et il recommençait comme nous éclations de rire tandis que mon nez accrochait péniblement...
J'avais passé mon après-midi à tenter de graver des DVD sans succès. Il faut que je remplace les deux graveurs qu'abrite la tour de ma pomme. En anglais on dit "brûler" un DVD (to burn). Mais ce n'était pas aussi grave que la nouvelle panne de chaudière. Il est trop tard pour que le chauffagiste brave la neige et le verglas, aussi me guide-t-il par téléphone pour que je nettoie moi-même les contacts encrassés. Je suis à la lettre ses explications, mais à un moment je me trompe et je touche à la vis qui sert à régler la pression du fuel. Je suis si content que l'eau chaude et les radiateurs repartent que je crie victoire un peu tôt. Le lendemain matin une odeur de fuel envahit le rez-de-chaussée et la cheminée fume noir, mais je ne la vois pas car le vent souffle vers le nord. Les petits points de suie sur la neige du jardin me mettent la puce à l'oreille. J'ai honte de déranger le chauffagiste un dimanche, mais quand je lui explique, il me dit de tout couper illico, car je risque de flanquer le feu à la maison ! Sérieux comme un pape, je savais pourtant qu'une fumée noire est très mauvais présage. L'étape suivante se serait appelée pompiers. Le spécialiste zélé me donne un nouveau petit cours, mais cette fois de visu in situ, c'est tout vu. N'empêche que le chauffage me rend chèvre. Lundi matin je fais livrer du fuel à un prix prohibitif (les pourvoyeurs profitent du froid sans aucun lien avec le prix du baril) pour que les gardiens du temple n'en manquent pas en notre absence, puisque nous serons bientôt sous les cocotiers.
Mais la véritable mauvaise nouvelle restait à venir, la seule vraiment grave, l'inéluctable, définitive, commune à tous, sauf qu'elle touche cette fois Don Van Vliet dit Captain Beefheart, croisé plusieurs fois sur ma route, raté de peu dans le désert, toujours présent dans ma musique... J'ai raconté qu'adolescent, lorsque personne ne savait quoi mettre sur la platine, je proposais régulièrement "un petit Beefheart ?" et chaque fois quelqu'un dans la bande avait tout de suite une autre proposition ! Au Festival d'Amougies il m'avait traversé comme un ectoplasme comme je m'interposais sur sa route. C'est resté un mystère. Après mon retour des USA en 1968 avec dans la valise les trois premiers Mothers of Invention, je cherchais à Paris d'autres trucs bizarres. Adrien Nataf de Pan Musique me conseilla Stricly Personal et j'écoutai, depuis, régulièrement, Electrictity, Abba Zaba, Safe as Milk, Dachau Blues, Ella Guru, Lick My Decalls off Baby, The Spotlight Kid, Click Clack, etc. Le double album Trout Mask Replica est pour moi l'un des dix disques les plus importants, entre rock et free jazz, poésie sonore et musique du cosmos. Lorsque le Magic Band arriva à Orly les douaniers interrogèrent ces types hirsutes aux accoutrements impossibles qui répondirent qu'ils étaient des pèlerins venus du XXIe siècle. "Et ça c'est quoi ?" fit le képi en montrant l'appareil-photo que l'un des musiciens portait autour du cou. Comme celui-ci répondit que c'était aussi un membre du groupe, on les refoula à la frontière. Captain Beefheart ne voulait plus faire de musique et se consacrait à la peinture. Il avait 69 ans.

dimanche 19 décembre 2010

Journée blanche


Ne rien faire. J'y pense sérieusement, mais cela me fatigue plus que mon hyperactivité légendaire. À mon retour fin janvier j'envisage de ne plus bloguer le week-end et de m'en tenir à cinq billets par semaine au lieu des 7 sur 7 entretenus sans faille depuis cinq ans. La fréquentation baisse un peu le samedi et le dimanche et mes lecteurs/trices pourront toujours se rattraper des jours où elles/eux-mêmes n'étaient pas fidèles au poste. Et puis le nombre de 2000 articles sera bientôt atteint, de quoi remplir deux volumes de la Pléiade avec l'avantage de pouvoir les lire en ligne. Pas un gramme de papier à se trimbaler ! Autant de photos fixes ou d'images qui bougent, même un peu plus... Je me demande à quoi cela ressemble sur un iPad. Je n'ai pas cédé à son achat parce que l'abonnement Internet fait considérablement monter le prix de la tablette. J'y viendrai probablement lorsque j'aurai œuvré sur ce nouveau support. En attendant je compte les jours qui restent avant de ne plus me connecter. Un mois sans écran ! Comme en janvier 2008 lorsque nous étions en Thaïlande et au Laos je prendrai des notes et des photos que je ne mettrai en ligne qu'au retour, quand je serai un homme neuf. Cette fois j'emporte un magnétophone parce que j'avais manqué deux symphonies batraciennes dignes des plus grands compositeurs.
Ma journée blanche a commencé à 6h30, j'ai fait des courses dans le quartier et à Belleville, acheté des croquettes diététiques pour le monstre qui stagne à 8,5kg, passé voir Elsa, il y avait un monde fou garé n'importe comment. À la poste, comme vingt personnes faisaient la queue au guichet devant moi, j'ai opté pour un affranchissement automatique. C'est si mal fichu qu'une préposée court dans tous les sens pour aider les pauvres quidams qui n'y comprennent rien. La machine s'est trompée. Pas moyen de me faire rembourser. Il a fallu que le caissier revende mon étiquette adhésive à une cliente pour me contenter. Encore heureux qu'on ne me rende pas la monnaie en timbres ou en bonbons comme en Italie. J'aurais été plus vite en attendant mon tour. Trente minutes pour un simple colis ! Tant que les machines auront des hoquets les salariés justifieront leur emploi. C'est rassurant. Sauf que personne n'est au courant des procédures et que tout le monde se contredit, à la manière de la hotline de Canal+ qui m'aura dit n'importe quoi jusqu'au quatrième coup de fil, payant, évidemment. Et encore, rien ne prouve que ce soit exact. Voilà huit jours que j'attends. Mais si, à leur tour, les humains continuent de se comporter ainsi ils risquent d'être remplacés par des machines. La fiabilité est une qualité rare. Je n'en suis pas exempt. J'avais décidé de ne rien faire. Une fois de plus. Et paf !

samedi 18 décembre 2010

Paris-Lille-Paris sous la neige


J'ai laissé un message à Françoise à La Ciotat pour la rassurer que je suis bien rentré. Nous sommes partis chercher nos 100 lapins à Lille où ils viennent de se produire deux semaines à EuraTechnologies. À l'aller le ciel est bleu, nous filons comme des météores, des draps propres bordent notre route, les terrils impriment leur image en négatif. Au retour nous nous retrouvons dans une poisseuse tempête de neige. Soudain on n'y voit plus à dix mètres. Comme mes yeux sont collés au pare-brise pour distinguer ce qui reste des traces de pneus de la voiture qui est passée avant nous je tends l'appareil à Antoine. Il n'y a plus personne sur la voie de gauche. Il suffit de rouler en cinquième sans freiner ni tourner les roues et de se laisser glisser jusqu'à Paris.
La plupart des automobilistes perdent leurs moyens face à des conditions climatiques inhabituelles. Ça patine au lieu de démarrer en seconde. Ça prend des risques inconsidérés en faisant du pare-choc contre pare-choc, encordés pour ne pas céder au vertige. Les impulsifs déboîtent sans prévenir. Lorsque je conduis je ne fais confiance à personne, particulièrement aux poids lourds qui abusent souvent de leur masse, exténués par les cadences infernales qu'ils subissent.
Les informations autoroutières prennent la main sur le lecteur CD, mais n'évoquent que des accidents en Normandie. Tant qu'il faisait beau, Steve Reich accompagnait le mouvement, mais quand le blanc obscurcit le ciel je préfère Natacha Atlas pour réchauffer le paysage. Les champs ressemblent à des lacs gelés. Mounqaliba, son dernier album a beau être "in a state of reversal" (en état de renversement ?) il ressemble trop à n'importe quelle station de radio maghrébine. Quitte à voyager vers l'Afrique du Nord, j'aurais préféré Le triomphe de l'amour d'Areski Belkacem, l'ombre lumineuse de Brigitte Fontaine, son tuteur comme on dit d'une fleur. Arrivés à la maison j'ai posé sur la platine son rayon de miel doré pour faire fondre le verglas autour de la maison...

vendredi 17 décembre 2010

Basquiat en 3 films et 1 exposition


La visite de l'extraordinaire rétrospective de Jean-Michel Basquiat au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (jusqu'au 30 janvier 2011) m'a donné envie d'en savoir plus sur ce génie précoce, foudroyé à 27 ans, qui laissa 1000 tableaux et 1000 dessins derrière lui. Ξ Le somptueux catalogue me permet d'abord de revenir sur ce que je viens de voir, déambulation chronologique d'une ampleur exceptionnelle où chaque œuvre exprime la rage de vivre d'un adolescent qui brûla la chandelle par les deux bouts. Le conte de fées dura huit ans, autant que la carrière discographique des Beatles, mais deux fois plus longtemps que celle de Jimi Hendrix ! Tout est allé très vite := le speedball est un mélange d'héroïne et de cocaïne. Le succès a grillé le peintre, lui donnant les moyens de se détruire alors qu'il construisait son propre mythe. Overdose. Dans la vie d'un artiste les deux plus grands dangers sont l'échec et le succès. Le premier rend amer, le second fige le modèle et peut être fatal s'il arrive trop tôt. Ω L'évidence saute aux yeux, du moindre graffiti des débuts de celui qui signait SAMO© (SAMe Old Shit) avec son ami Al Diaz jusqu'aux toiles composées avec un autre ami nommé Andy Warhol dont la mort en 1987 l'affligea, un an et demi avant la sienne. Où qu'il peigne, quel que soit le matériau, les signes poussent comme des champignons magiques. Tout ce qu'il touche se transforme en or à l'image de la couronne qu'il s'est rêvée enfant.


J'ai commencé par Basquiat, le biopic de 1996 de Julian Schnabel. Ce genre produit souvent le pire, mais le réalisateur intègre des séquences expérimentales qui recadrent le sujet dans son époque. Jeffrey Wright y incarne l'éternel gamin presque mieux que l'original et David Bowie fait très bien son Warhol ΘΘ Le caractère du peintre déborde sur ses créations.
J'ai enchaîné avec Jean-Michel Basquiat: The Radiant Child, un documentaire récent de Tamra Davis qui vient d'exhumer l'interview de 1986 qu'elle avait filmée et qui a rencontré nombreux de ceux et celles qui l'ont côtoyé. Les témoignages sont passionnants. Tout tient évidemment au fait que les tableaux explosent à la figure comme une bombe de farces et attrapes, sans que l'on sache d'abord ce qu'elle contient et qui reste, malgré tout, hermétique après s'être consumée. Les chefs d'œuvre ont la caractéristique de produire autant d'interprétations qu'il y a de spectateurs. Ҩ Les couleurs jaillissent, les revendications sont sibyllines, les signes se répètent et se multiplient, les références swinguent... Le jazz est partout, be-bop de Charlie Parker à l'heure où le rock est sur scène et dans les caves.
Justement, le troisième film est une plongée dans la musique qui se joue à Manhattan alors que Jean-Michel Basquiat, 19 ans, incarne son propre rôle à travers une suite de galères qu'il prend toujours à la légère, poète funambule dont le sourire irradie l'œuvre. La distribution musicale du mythique Downtown 81 signé Edo Bertoglio (qui ne sortira qu'en 2000 à l'occasion du Festival de Cannes) est exemplaire : Tuxedomoon, DNA avec Arto Lindsay et Ikue Mori, The Lounge Lizards avec John Lurie, Melle Mel avec Blondie, Chris Stein, The Felons, The Plastics, Kid Creole and The Coconuts, James White and The Blacks, Walter Steding & The Dragon People, Kenny Burrell, Lydia Lunch, Dillinger, The Specials, Suicide, Andy "Coati Mundi" Hernandez et Rammellzee (en collaboration avec Basquiat), Saul Williams (le narrateur) et Gray, le propre groupe de Vincent Gallo et Basquiat qui y joue de la clarinette.
L'ensemble dessine à la fois un portrait du jeune prodige, le plus célèbre des peintres noirs américains (d'origine haïtienne et portoricaine), et celui d'un New York bouillonnant des divers courants qui l'alimentent. Ӂ La peinture de Basquiat reflète ce foisonnement de cultures et d'influences recyclées au travers de la vision d'un jeune prophète en quête de (re)pères.

jeudi 16 décembre 2010

Hoang et Delbecq jouent sur du velours


En cuisine les Chinois diffèrent des Français par leur intérêt égal pour la texture en plus du goût. Antonin-Tri Hoang et Benoît Delbecq sont donc en train d'enregistrer un disque chinois. Hier et aujourd'hui, au Studio de La Muse en Circuit, le duo joue si merveilleusement sur les timbres et les harmoniques que je crois entendre un petit orchestre de chambre, avec cordes, cuivres et percussion. L'ingénieur du son Étienne Bultingaire a placé quatre micros dans le piano plus deux pour les préparations du pianiste qui coince dans les cordes gommes et petits bouts de bois, démultipliant ainsi ses sonorités pour constituer un véritable ensemble de gamelan. Le moindre souffle du saxophoniste-clarinettiste basse qui a composé onze des douze pièces du disque glisse sur du velours, de la soie ou de la tôle ondulée. La tendresse qui émane de la séance est incroyable. C'est du vif argent offert à nos oreilles ébahies.


Je profite de ma visite pour faire quelques clichés d'une musique qui s'en affranchit, l'innommable, libre et simplement belle. Si tous les morceaux sont à l'image des trois que j'ai entendus, un grand disque se profile pour avril prochain.

mercredi 15 décembre 2010

Sur ses pas


Bernard trouve que le nouveau site du Drame n'est pas assez accrocheur, persuadé que personne n'y restera plus d'un quart d'heure. Il est allé y jeter un coup d'œil chez un copain. Ne possédant pas Internet, il s'est isolé socialement. Plus personne, si ce n'est le Mini s'terre et quelques musées, n'envoie d'invitations sur carton. On ne téléphone même plus, on envoie un courriel, personnel ou en nombre. Cela ne change rien à l'affaire. Je n'ai jamais essayé d'être "commercial". J'ai parfois cherché à faire plaisir, parfois pas. Je préfère être "musical", suivre mon inspiration, sachant que certaines œuvres sont plus difficiles d'approche que d'autres. La base de données pharaonique qui croît de jour en jour sur drame.org fut donc créée pour plusieurs raisons.
La première est paranoïaque, similaire à celle qui me fit créer les disques GRRR en 1975, à 22 ans. J'avais très tôt compris que le chemin serait long et qu'il était donc indispensable de laisser des preuves validant ma démarche. La seconde, plus prosaïque, consiste à empêcher notre travail de disparaître, faute de matériel de diffusion adéquat et de destruction chimique des supports d'enregistrement. La troisième est dynamique, car laisser le passé derrière soi permet d'envisager l'avenir. Contrairement à la boutade de Pierre Oscar sur Mediapart, faire table rase n'évite pas la répétition, surtout lorsque l'on se souvient que la première fois est une comédie et la seconde une tragédie. Je joue Marx contre Mao !
De toute manière on ne sait jamais d'où le succès peut surgir, ni pourquoi le "public" s'entiche de ce que nous lui livrons. En écoutant Radio Drame un auditeur non averti tombant sur un des 39 Poisons de 1977 (24 heures, c'est l'album inédit le plus long !) risque évidemment de zapper dans la minute tandis qu'une chanson ou une musique de film le séduira plus facilement. Le site est avant tout un témoignage de notre débordante activité et permet d'écouter ou télécharger gratuitement déjà 60 heures de musique, quelques 400 morceaux dont nombreux durent plus de 30 minutes. Il y en a aussi de quelques secondes et d'autres d'une durée plus normale, entendre formatée. Ce n'est pas seulement une pirouette pour me débarrasser de la question que je réponds que j'ai toujours composé de la musique "barjo". Tout ce que j'imagine et réalise, que ce soit sonore ou visuel, littéraire ou culinaire, s'est toujours adressé aux curieux. "Objet difficile à ramasser", disait Cocteau. Je cherche chaque fois quelque chose de nouveau, l'absence d'étiquette ne favorise pas le repérage, mais les copains s'exclament "c'est bien toi !". Je ne sais jamais comment le prendre. Bien ou mal ? Probablement un peu des deux. La fragilité est motrice.
Et mon camarade de continuer à me chercher des poux dans la tête ! Nous n'avons jamais cessé de nous chamailler tendrement. Bernard a l'art de retourner les évidences. Ses critiques m'ont souvent fait avancer. Au pire j'ai déjà essuyé le feu des remarques que j'entendrai plus tard, me permettant de fourbir mes armes en ayant déjà envisagé les attaques dont nous serions l'objet.

mardi 14 décembre 2010

À quoi rêvent les têtes de veau


Hier soir au Brady était projeté le court métrage de Sonia Cruchon, À quoi rêvent les têtes de veau, une fiction freudienne de 16 minutes où elle règle le sort du loup en deux coups de fourchette à peau, et même de seconde peau... Car sa tête de veau, Sonia l'a mitonnée aux petits oignons. Attrapant le taureau par les cornes, elle a soigné son premier film comme le meilleur praticien, comprenant que nous nous faisons tous et toutes du cinéma. On se raconte des histoires, comme jadis nos parents pour que nous nous endormions. Le film, bouleversant de poésie brute, dresse un pont entre les interrogations de l'enfance et les énigmes de l'âge adulte. Entre les deux, on esquisse des réponses, qui, si elles rassurent, se révèleront forcément fausses.


Alors si vous désirez tout savoir sur le sexe des anges, pourquoi Dreyer aimait les moulins à vent, combien de visages peut prendre une vie sage, si la mémoire nous joue des tours, vous ferez chou blanc. Le film est une œuvre ouverte que chacun assaisonnera à sa sauce. Rite de passage ou jeu de cache-cache avec les sens, le cinéma est la réunion d'images et de sons qui se complètent, le montage jouant à saute-mouton avec le temps et la lumière se gardant bien de mépriser les zones d'ombre. À quoi rêvent les têtes de veau est un film personnel nous permettant d'y trouver nos propres références, et de rêver, longtemps après que la salle fût rallumée.

lundi 13 décembre 2010

Raplapla


Les activités monomaniaques ne favorisent pas les blogs inspirés. Après avoir numérisé une nouvelle fournée de bandes, je suis à plat. J'ai retrouvé la version originale de La Bourse et la vie pour orchestre symphonique et le trio concertant enregistré avec le Nouvel Orchestre Philharmonique en 1984, des musiques de film dont la maquette d'un arrangement du traditionnel bosniaque Grana od Bora, des jingles pour les Rencontres d'Arles de la Photographie, des arrangements de chants de Noël pour boîte à musique et pour demain j'ai déjà préparé quelques concerts récents... Pendant les pauses je croise Françoise, Anna et Thibaud qui terminent les sous-titres allemands de Thème Je au dernier étage. Je fais écouter mes trouvailles au téléphone à Bernard qui désespère que les "tubes" qu'il a écrits ne soient pas utilisés, mais je me vois mal faire de la prospection. Alors j'attends que ça sonne. Pierre-Oscar a justement trouvé son bonheur en surfant sur Radio Drame !
Ma fainéantise à écrire quand vient l'heure du blog est-elle l'annonce de la pause du mois prochain ? Un mois sans lien Internet, de vraies vacances ! Sacha trouve qu'il manque une photo du studio sur le nouveau site. C'est l'univers dans lequel je marine depuis des jours. Puisqu'elle est reproduite en page d'accueil la voici pour 24 heures en espérant que je sois plus en verve demain...

dimanche 12 décembre 2010

Le passé recomposé


Le passé est un produit de l'analyse du présent. Nous recomposons ainsi totalement notre histoire, nous l'appropriant en la réinventant à la lumière des souvenirs qui nous sont suggérés par les traces et par les émotions que nous avons choisi de nous remémorer. Sont relégués dans l'ombre et voués à l'oubli tout ce qu'inconsciemment il ne nous plaît pas de conserver ou ce que les événements nous poussent à laisser de côté.
On connaissait l'importance des photographies dans l'élaboration de la mémoire, les écrits ont le même pouvoir, mais, pratique moins courante, nous y sommes plus rarement confrontés. Parcourant mes archives sonores pour la radio aléatoire et les albums d'inédits que je mets à la disposition des internautes en écoute ou en téléchargement sur le tout nouveau site du Drame je me rends compte à quel point nous sommes conditionnés. D'une part les traces entérinent les événements vécus, d'autre part notre mémoire est volatile. Il faudrait une seconde vie pour se souvenir de la nôtre et notre disque dur interne montre ses limites au fur et à mesure de notre vieillissement et de son encombrement.
Numérisant les archives à tour de bras depuis des semaines je découvre un nombre d'œuvres insoupçonnées dont nous avions tout oublié, probablement parce que le projet n'a jamais abouti ou que nous sommes passés à autre chose. Ainsi je retrouve Phagocytations enregistré en 1987 comme playback pour une pièce collaborative avec le groupe américain Controlled Bleeding qui aurait dû jouer par dessus et envoyer également un playback pour que le Drame fasse de même. Laissé lettre morte. Ou encore Protée, musique de scène composée fin 1989 pour une pièce de théâtre dont les auteurs ont disparu corps et biens sans nous payer. J'avais un vague souvenir d'autres de nos aventures comme Le Dandy des Gadoues avec Frank Royon Le Mée dont Le poil et la plume et Comedia dell'amore 121 étaient jusqu'ici les seuls témoignages de notre collaboration, les premières versions du K et de Jeune fille qui tombe, tombe... avec Michael Lonsdale et Gérard Siracusa cinq ans avant l'album nominé aux Victoires de la Musique avec Richard Bohringer, la version avec Daniel Laloux que je lui préférais, les improvisations avec Colette Magny, Un théâtre de dernier ordre et deux autres longues pièces avec Françoise Achard, mes duos avec Hélène Sage, des morceaux écrits pour la radio, etc.
À côté des enregistrements musicaux et des émissions de radio je retrouve les cassettes de mon répondeur où sont enregistrés des messages de tous mes amis et des personnes avec qui je travaillais. Et là, nouvelle surprise, des pans entiers de ma vie refont surface. La voix est évocatrice. Avec le recul je comprends le moindre accent, la moindre intention cachée derrière des phrases simples. Je réécris en fait une nouvelle version de mon histoire, puisqu'elle ne se raconte qu'en s'appuyant sur ces éléments qui viennent de refaire surface. Cocteau disait "je suis un mensonge qui dit toujours la vérité". Notre mémoire est une falsification, un conte, une construction fictionnelle. On savait déjà que la vérité n'existait pas, que le documentaire était une création aussi manipulatrice que la fiction, que l'Histoire était écrite par les vainqueurs, voilà que je comprends que le passé n'existe que dans le mythe que nous inventons chaque jour sans le plus souvent nous en apercevoir. En exhumant les archives, les cadavres ressortent du placard, enjolivés, nettoyés, blanchis comme les morts que les Vietnamiens changent de sépulture après une année de deuil et dont ils font la toilette avant de les enterrer dans leur dernière demeure.
Puisque rien n'est certain et le futur moins que le reste, je m'inventerai le passé qu'il me plaira, sans autre mensonge que celui de mon inconscient, simplement en faisant le tri entre le bon grain et l'ivraie, choisissant tantôt l'un tantôt l'autre au gré de ma fantaisie et des traces que je continuerai de relever en explorateur du quotidien.

samedi 11 décembre 2010

Le cadeau idéal


Quitte à succomber aux incontournables coutumes familiales le coffret DVD de cinq disques de Pierre Étaix m'apparaît comme le cadeau idéal pour Noël. Si déjà vous avez signé la pétition de soutien à l'époque où un producteur indélicat bloquait tous les films du réalisateur depuis des années, probablement en attendant qu'il meurt, vous ne pouvez vous dédire sans acquérir le magnifique objet accompagné d'un épais livret, maintenant que le procès est gagné, qu'Étaix a retrouvé ses droits et que l'on peut enfin profiter de ses merveilleux films.
Dans tous les cas vous découvrirez l'œuvre d'un grand cinéaste, fils spirituel de Jacques Tati dont il fut gagman et assistant sur Mon oncle et héritier français de tous les grands du muet. Je spécifie français parce qu'à travers tous ses films Étaix dresse un portrait critique de notre peuple. Son cinquième long métrage, Pays de cocagne (1969), fut d'ailleurs si mal pris qu'il freinera terriblement le cinéaste dans sa carrière. Sa causticité est pourtant tendre et forcément (et non pas d'entrée férocement !) drôle, les personnages de ce documentaire de création étant filmés avec le même acuité que ceux de ses fictions.
Je me souviens du soir où mes parents étaient rentrés enchantés du cinéma où ils avaient vu Le soupirant (1962), un distrait maladroit en quête de femme, qui voudrait rassurer ses parents. Comme lorsque j'eus douze ans, les enfants préféreront Yoyo (1964), un conte de fées moderne où l'on retrouve l'univers du cirque cher à Étaix. C'est d'ailleurs sa compagne, Annie Fratellini, qui joue dans Le Grand Amour (1969). Tant qu'on a la santé (1965), constitué de quatre parties indépendantes, ne dépare pas à la collection où le comique d'observation est à son comble et où la fantaisie sait se jouer des gestes les plus banals. Événement rare, le son est toujours traité à l'égal de l'image. L'humour et l'élégance rivalisent d'ingéniosité.
Le coffret présente une ribambelle de courts métrages, un passionnant documentaire sur Étaix et, chose surprenante, le fantastique court de Furtado, L'île aux fleurs, dont le choix politique oriente notre lecture de tous les films de Pierre Étaix qui se moque allègrement de nos habitudes bourgeoises, de la société de consommation, du populisme, du machisme, de l'ennui des nantis, en gardant un flegme décalé, inhabituel pour l'époque et la région.
Le titre d'Intégrale est malgré tout usurpé, mais j'avais heureusement enregistré L'âge de Monsieur est avancé (1987) à la télé en VHS. Je le croyais à tort adapté de Guitry... Le plus merveilleux, c'est que j'ai ri à tous les films, seul ou accompagné, et qu'ils m'ont nourri comme toutes les meilleures comédies.

vendredi 10 décembre 2010

La 2CV décapotée du 21 juin 1982


Le 21 juin 1982, à l'occasion de la première Fête de la Musique, avant que cela ne ressemble à une quinzaine commerciale avec foire d'empoigne pour jouer dans le meilleur spot de la capitale, nous avions transformé la 2CV de Brigitte Dornès en scène mobile. La capote enroulée, elle conduisait pendant que Marianne Bonneau enregistrait le duo de fadas debout sur les sièges. Hélène Sage avait installé son haut-parleur en pavillon et tous deux soufflions allègrement dans toutes sortes de trompes, flûtes, instruments à anche, sans compter les percussions qui nous reposaient lorsque nous n'en pouvions plus de nous époumoner. Nous croisions parfois des musiciens dans la rue ou à leur fenêtre. La Fête ressemblait à un gros défouloir bruitiste, un jour des fous sans lien avec ce que c'est devenu dès l'année suivante.
J'ai mis un long extrait en ligne (35 sur les 90 minutes enregistrées) de cette promenade radiophonique dans Paris sur le nouveau site du Drame, juste après le concert en duo avec Hélène que nous avons donné à Ordis en Catalogne deux mois plus tard. Je me souviens avoir coulé une bielle en descendant à fond la caisse par l'autoroute. J'avais dû décharger tout le matériel, Marianne et moi avions dormi dans le garage. La Tramontane était une commande pour le Festival d'Ordis. Nous expliquions nos instruments et répondions aux questions du public entre les pièces que nous improvisions avec les cloches de l'église devant laquelle était dressé le podium. C'était la nuit. La Tramontane soufflait.
Pas de photo de la Fête de la Musique, mais un cliché que j'ai pris à l'usine Pali-Kao lorsque j'ai entendu et vu Hélène pour la première fois. Sa Mercedes roulant au pas venait frapper le corps de la chorégraphe Lulla Card (Lulla Chourlin) pendant que la voix d'Hélène était diffusée par le mégaphone évoqué plus haut. Elle jouait aussi de la contrebasse sur le toit. Impressionné, j'ai proposé à Hélène de rejoindre le grand orchestre d'Un Drame Musical Instantané que nous étions en train de former. Lulla a ensuite créé avec nous le spectacle Zappeurs-Pompiers et j'ai continué sporadiquement à jouer avec Hélène...
Quant aux 2CV, ce fut la grande déception d'Elsa quand sa mère vendit la dernière. Pour ma part je n'en appréciais pas particulièrement l'assise, mais j'esquisse toujours un sourire lorsque j'en croise une sur la route.

jeudi 9 décembre 2010

Changement de programme


Les images nourriront nos rêves, mais le son étouffé de la ville est hélas impossible à rendre. Mat en deux coups. Aldo voulait mettre en scène une photo de Françoise et moi sous la neige devant le trompe-l'œil, mais les arbres ont plié sous le poids et caché la fresque. Échec. Scotch s'est décidé à sortir après avoir évalué le parcours le moins humide pour finir sous la table du jardin transformé en tonnelle. Retour vite fait au bercail devant la cheminée. Rock.
Je me suis éreinté à pelleter et balayer le trottoir pour éviter les vols planés, surtout le bateau pavé devant le garage qui est en pente douce. Les arbres ont construit un couloir sur la rue. Les rares passants n'en croient pas leurs yeux. On se calfeutre en attendant le prochain spectacle, quand les bambous relèveront la tête.


Il y a onze ans je me suis décidé à quitter Paris intra muros pour des raisons d'espace, d'insonorisation et parce que regarder pousser les plantes était devenu vital. J'y suis allé à reculons, mais je ne regrette pas mon choix, d'autant que la capitale s'est toujours agrandie en phagocytant systématiquement sa couronne. Et chaque fois que je descends vers Paris depuis la colline des Lilas je partage l'émerveillement des touristes. Surtout si je traverse un pont à pied... À la maison les jours de climats extrêmes sont les plus envoûtants. Qu'il vente ou qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il grêle, qu'on y bronze ou qu'on s'y casse le dos, le petit jardin donne aux éléments une vraie consistance qui disparaît aussitôt que l'on pénètre dans la ville chauffée par ses machines...
Ce matin, j'apprends que mon océan de glace a débordé sur les côtés. Une copine a mis 5h30 pour rentrer hier soir d'Argenteuil. Je reviens d'aider son compagnon à garer sa voiture près du trottoir, après pelletage. La boulangère a vendu des kilos de croissants à toutes celles et ceux qui sont restés dormir au bureau. J'ai secoué les arbres pour qu'ils redressent la tête et hop, rebalayage. Pour la journée, changement de programme, "on ne part plus" (Louis Jouvet à Arletty dans Hôtel du Nord)...
Raymonde. Quoi ?
Edmond. Tiens, voilà les billets...Tu iras te faire rembourser, on ne part plus.

mercredi 8 décembre 2010

Radio Drame


Numériser l'ensemble de mes archives est un exploit surhumain, pas seulement pour des questions de temps, mais aussi parce que les bandes quart de piste ou deux pistes ainsi que les cassettes se désagrègent chimiquement quand ce ne sont pas les machines qui font défaut. Les DAT et les premiers CD-R sont également fragiles. Seuls les vinyles et le papier résistent à l'épreuve du temps. Il est souvent trop tard, les bandes déposant une bouillasse sur les têtes du Revox qui m'obligent à les nettoyer dix fois à l'alcool pour une seule bobine. Une cassette a déposé des particules métalliques que je dois souffler pour ne pas esquinter la platine toute neuve. Comme je demandais au gérant de Scoop comment font les autres propriétaires de bandes, il me répondit : "ils meurent". Entendre que les praticiens des années 70 disparaissant au fur et à mesure, leurs descendants jettent les bandes que plus aucun magnéto ne peut lire, à moins qu'ils soient conscients de l'importance de leur héritage. Le patrimoine, aussi gigantesque soit-il, disparaît à une vitesse V. Le trou noir dans l'histoire de l'humanité se profile.
Aujourd'hui j'ai ajouté "Émissions de radio" à la collection des albums inédits du nouveau site drame.org. Les 6 heures d'entretiens, extraits musicaux, reportages in situ, pièces inédites qu'il propose complètent les 50 heures de musique offertes à l'écoute et au téléchargement gratuit sous format mp3. De 1979 à 2001 (j'en suis là, mais il y a encore beaucoup de bandes que je n'ai pas écoutées) ma voix est devenue plus grave alors que mes préoccupations l'ont toujours été. Celles de Francis Gorgé et Bernard Vitet se joignent à la mienne pour expliquer le travail d'Un Drame Musical Instantané et défendre nos idées que ce soit sur la musique ou la vie en général, avec humour, provocation et la rage de vivre. J'ai coupé une séquence de 1995 qui risquait d'être comprise de travers ; j'y répondais qu'Internet ne serait pas une révolution pour tout le monde, que rien ne changerait fondamentalement, parce que chaque jour 30000 enfants continueraient de mourir de malnutrition, parce que le Capital fait feu de tout bois. Comme toute révolution, il s'agit de revenir là où l'on est déjà passé et cela profite généralement à une seule classe.
Redécouvrant ces enregistrements jamais réécoutés depuis, je suis fasciné par nos propos qui révèlent explicitement le "discours de la méthode" qui a toujours marqué mon travail et dont ce Blog est une des manifestations actuelles. Dans la première plaquette du Drame nous citions Eisenstein : "il ne s'agit pas de représenter un spectacle qui a achevé son cours (œuvre morte), mais d'entraîner le spectateur dans le cours du processus (œuvre vivante)." Je ne peux rêver mieux pour exprimer pourquoi la mise en ligne d'un corpus aussi copieux s'inscrit dans ma démarche. Passé le nombre et la diversité des œuvres, m'intéressent l'art et la manière, et, plus encore, les motivations qui m'auront fait agir.

mardi 7 décembre 2010

Ménilmiche


Michèle Buirette et Erik Patrix ont l'art d'organiser des fêtes où chacun et chacune se sent libre de se laisser voguer sur le flot musical. On danse certes moins qu'avant, mais on écoute plus et ça joue ! La restructuration prochaine de son appartement est le prétexte de cette soirée amicale où les musiciens se succèdent pour des petits sets d'environ un quart d'heure. Michèle à l'accordéon et la suédoise Linda Edsjö au vibraphone ouvrent le bal avec des chansons polyglottes où la poésie est toujours teintée d'humour. Linda enchaîne avec la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard, duo vocal très original, cousin de Björk et Värtinnä avec une fantaisie qui ne tient qu'à elles. Lucien Alfonso et Andoni Aguirre prennent le relais pour un duo violon-piano alternant classique et traditionnel avec une rare sensibilité, rejoints bientôt par Elsa pour trois chansons en italien et en russe telles qu'Ando agrippe son accordéon.


Je découvre ma fille pour la première fois en direct avec sa nouvelle voix. Pour lui avoir ressassé si longtemps d'articuler et de chanter plus fort je suis subjugué par la mue, puissance d'émission et sensualité renversante, sans omettre d'y ajouter un peu d'humour et pas mal de tragédie. Michèle se joint au trio pour un dernier morceau avant la pause, mais déjà le jeune conteur chinois Ma Xiaolong, invité par Abbi Patrix, nous présente un sketch dans un dialecte de Yanghzou que mon ami Sun Sun comprend à peine, remarquable jeu de mime où un simple changement d'angle du corps incarne le dialogue entre un vieux déprimé et un jeune optimiste...


À mon tour j'attrape le Tenori-on, bientôt rejoint par Lucien dont le violon s'envole sur les rythmes électroniques. Comme je passe au Kaossilator avec mes haut-parleurs magnétiques en épaulettes, Dominique Fonfrède et Anita Glodek s'approchent en circonvolutions vocales qui donnent à notre maison (ce n'est tout de même pas de la House !) une allure de vaisseau moderne. L'accordéon est partout, dans les mains de Dominique Schiff qui chante en yiddish ou d'Elsa qui discrètement dans la cuisine me montre son nouvel instrument à clavier piano. Grégory Beller et Adrien saisissent une guitare. J'allais partir quand le quartet d'Antonin Tri-Hoang, Elie Duris, Romain Clerc-Renaud et Thibault Cellier arrive de la Miroiterie où ils viennent de jouer. Et rebelote, je ne sais pas à quelle heure cela s'est terminé, swing et valse, mais ça jouait d'enfer quand j'ai claqué la porte... Magnifique endroit où j'ai vécu treize ans il y a déjà longtemps !

lundi 6 décembre 2010

40 ans d'archives, 300 inédits, 50 heures gratuites


La nouvelle version du site drame.org, qui n'avait pas subi de refonte depuis 1997, est en ligne ! Il y aura encore quelques petits ajustements, mais il aura fallu un an pour en venir à bout. L'ajout le plus important est certainement la radio aléatoire sur la page d'accueil qui permet de se plonger dans l'univers sonore d'Un Drame Musical Instantané, de tous les artistes du label GRRR ainsi que dans mon travail personnel. Sur la Home, on peut donc écouter quelques 50 heures d'archives, la plupart inédites. Si la page Disques est une boutique en ligne et l'on sait le soin que nous portâmes à tous les albums-concepts vinyles, CD ou CD-Extras, la page mp3 offre plus de 300 morceaux inédits en les regroupant par album thématique. Sur chacun, l'écoute est ordonnée comme sur n'importe quel CD avec la possibilité de sélectionner une pièce parmi les autres. Certains albums durent 26 minutes comme mon duo avec Vincent Segal, d'autres durent plusieurs heures jusqu'à 24 heures pour la série des Poisons, époque fondatrice du Drame en 1977. Ce n'est pas tout, le téléchargement de tout cela est également possible et totalement gratuit, mais on peut généreusement soutenir l'entreprise en cliquant sur un des boutons PayPal (remerciement spécial à Emmanuel Girard qui fut le premier donateur hier matin).
Donner libre accès à 50 heures et 40 ans d'archives, c'est jouer le millésime contre la date de péremption. Offrir plus de 300 pièces la plupart inédites, c'est perpétuer un partage qui ne date pas d'hier. Proposer autant de chemins variés, c'est laisser l'auditeur creuser son sillon comme il l'entend. Les mp3 ne prétendent pas rivaliser avec les disques, car rien ne vaut l'objet disque (tous les albums matériels, avec beau livret et qualité audio maximale sont en vente sur le site).
À côté de Radio Drame, on retrouve les rubriques habituelles, News, Presse, Biographies, Liens dont un vers ce Blog, Photos pour la presse, Crédits, etc. Au fur et à mesure je compléterai la base de données mp3, j'actualiserai les news et tenterai d'améliorer la présentation du site. Remerciements particuliers à Contact terrestre, Nicolas Clauss, Antoine Schmitt, Françoise Romand qui m'ont accompagné et conseillé à des degrés divers pour que cette folie devienne réalité.

dimanche 5 décembre 2010

Comète 347, le petit chat est mort


" Le chat est mort ". C'est ainsi que Michael annonce l'incendie qui a ravagé la Comète 347 vendredi après-midi. Dans L'école des femmes Arnolphe répondait à Agnès : " C'est dommage; mais quoi ! Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi..." Justement pas. Le squat qui accueillait maint spectacle inventif respirait le partage et la solidarité, un îlot d'utopie en plein Paris. " La cause est inconnue ", mais la bataille pour le relogement de l'équipe dont l'expulsion était imminente sentait le roussi. Je ne peux pas m'empêcher d'avoir une pensée sombre pour les incendies qui arrivent à pic aux endroits où les promoteurs rêvent d'édifier du neuf. On invoque la vétusté des lieux ou le mégot mal éteint qui embrase la forêt. N'empêche que les terrains y deviennent bizarrement constructibles. Au 45 rue du faubourg du Temple, il n'y a pas eu mort d'homme, oui mais le chat. C'est trop triste. Vingt ans de travail et d'archives sont partis en fumée avec le matériel. Pendant la guerre, l'ancienne usine avait fabriqué des boutons pour les uniformes nazis, puis elle s'était transformée en dépotoir de produits chimiques à l'abandon. Les animateurs de la Comète 347 avaient eux-mêmes décontaminé les lieux il y a quatre ans. Frank Vigroux m'y avait invité pour des soirées D'autres Cordes, j'y avais joué plus tard les Somnambules avec Nicolas Clauss. La fosse escarpée avec la scène en contrebas était un point de vue original. En haut, le mobilier dépareillé au milieu de sculptures éphémères donnait une tonalité chaude au capharnaüm. L'ambiance de l'atelier devait beaucoup à ses animateurs, des Robinson Crusoé du XXIe siècle qui avaient choisi de faire se rencontrer tous les arts sur leur île. Pendant que j'écris, Scotch regarde le feu dans l'âtre. Il y a toutes sortes de flammes. Aujourd'hui les chats sont en deuil.

Photo : Marie P., juillet 2009

samedi 4 décembre 2010

Une version musicale de Stragtégies Obliques


Accompagner un chanteur, un récitant, un slameur réclame une humilité des musiciens qui le soutiennent, un sens du rythme du vocaliste pour laisser la place à des respirations instrumentales, un accord musical de tous les protagonistes tel que l'ensemble fasse œuvre. Avec seulement quelques notes les meilleurs solistes savent placer le contrechant entre deux vers et les chanteurs les plus dramatiques, au sens théâtral du terme, jouent du hors-champ que leur apporte le chorus. Le trio Stratégies Obliques formé de D' de Kabal, Benoît Delbecq et Franco Mannara va bien au-delà du genre, emplissant l'espace d'une musique où la voix domine le paysage.


Benoît Delbecq est un pianiste dont la rare finesse le fait trop souvent s'effacer à mon goût devant les musiciens avec qui ils jouent. L'amour délicat qu'il leur porte lui donne des manières de gentleman poète. Électrifié, il tient aussi bien la basse qu'il rythme l'orchestre avec des percussions échantillonnées. Il prépare le piano avec toutes sortes d'objets incongrus jouant le rôle d'un orchestre de gamelan au complet, qu'il se concentre sur l'acoustique ou s'éparpille ambidextre sur de multiples petits claviers pour colorer l'espace et le zébrer d'une gloire transperçant les nuages.


Franco Mannara a l'art de répondre. Qu'il chuchotte, gratte sa guitare ou lance un programme informatique sur son ordinateur, il est toujours dans l'écoute, tissant sa toile nocturne pour attraper les notes dont il se repaît en loup-garou. Il en a le chœur. Le trio devrait user plus souvent de mélodies, osant donner à leurs inventions le public qu'il mérite, comme le rapper haïtien Wyclef Jean le fit avec ses chansons.


Le timbre unique de D' de Kabal, dont la gravité oscille entre énergie musculaire et fragilité robotique, projète les ombres de Platon sur les parois de la caverne. Ses textes arpentent les quartiers, des hontes de l'Histoire aux scandales de la crise. Son approche musicale fond les mots dans l'orchestre. Voilà pourquoi Stratégies Obliques est un groupe et ses réponses sibyllines pourraient représenter la version sonore du jeu de cartes divinatoires de Brian Eno et Peter Schmidt.


Le trio crut jouer 1h15 et dépassa ses prévisions de 30 minutes sans aucune interruption. Si ce n'était mon postérieur qui crie au supplice sur la chaise du Triton, dure comme du bois, j'aurais hurlé "encore !" pour le plaisir d'entendre une miniature en rappel, pour voir.

vendredi 3 décembre 2010

Extrait du discours de la méthode


Pendant que je rédigeais l'article sur ma conférence d'hier après-midi à Créapôle d'autres faisaient de même sur le blog de l'école en publiant les photos prises à l'insu de mon plein gré, comme il est coutume de le signifier aujourd'hui. Lors de mes visites un photographe dont j'ignore le nom et la voix et qui ne m'a jamais été présenté ne cessa de me mitrailler. Comme je le saluais il fit mine de n'avoir rien entendu. Était-ce de la timidité, le résultat d'une consigne, l'envie de se fondre dans le décor pour capter l'instantané, le choix de l'ombre face à la lumière ? Je l'ignore encore. Y aurait-il chez les voyeurs professionnels un souci de l'invisible dont ils seraient les seuls à savoir se vêtir ? Imaginant qu'évidemment il ne pouvait s'agir que de la communication de l'école j'ai joué le jeu en continuant mon chemin comme si de rien n'était.
Huit photos (blog de Créapôle) illustrent ma prestation que je qualifie parfois de représentation. Plus je m'exalte, plus ma passion est communicative. Rien n'est feint, j'aurais même plutôt tendance à réfréner mon exubérance lorsque le sujet m'emporte. Au vu des photos cela m'amuse de me voir gesticuler dans tous les sens, risquant de me casser plusieurs fois la figure du haut du petit podium où je suis grimpé. Je ne prépare jamais mes conférences, l'improvisation conférant à mes interventions une vitalité indispensable pour que le message soit intercepté par les étudiants rassemblés dans l'amphithéâtre. Si ne serait-ce qu'un seul d'entre eux, ou une seule, était touché par la baguette magique avec laquelle je jongle allègrement ma mission serait accomplie. Il y a une jubilation à partager son savoir égale à celle de la scène lorsque les artistes passent la rampe et que chacun et chacune dans le public se sent personnellement visé. J'en ressors chaque fois exténué.

jeudi 2 décembre 2010

L'arbre de transmission


En regardant les projets imaginatifs accrochés dans les halls de l'école Créapôle je me disais que c'était dommage que ces étincelles s'éteignent si vite, aussitôt les étudiants happés par la vie active. Le temps de l'apprentissage est un moment génial où tout est possible, où les rêves s'étalent sur les murs et s'épanouissent dans la promiscuité. Les écoles sont des outils fantastiques si l'on sait s'en servir, des espaces de liberté qu'il sera difficile de préserver dans la réalité quotidienne. Pourtant, celles et ceux qui y arriveront, avec force arguments et persévérance, verront leurs désirs se transformer en or, entendre le soleil qui vous habite en vous épargnant l'amertume des illusions perdues. S'il constate hélas plus souvent qu'il ne propose, Bernard Stiegler a raison de parler de la perte de la libido comme d'une catastrophe planétaire. En m'emballant devant l'amphithéâtre rempli de jeunes gens dont les yeux pétillaient, je pensais que tant qu'il resterait de la braise rien n'était perdu...
J'étais venu prêcher la bonne parole du son à ces futurs designers, qu'ils soient branchés par la mode, les bagnoles, les objets, l'architecture d'intérieur, le jeu vidéo, l'animation, le multimédia, l'art ou je ne sais quoi. Partout le rôle du son se révèle déterminant, du frottement d'une étoffe à la musique du tableau de bord, de la réverbération d'une pièce à la charte sonore de n'importe quel produit audiovisuel, de la rue à son intimité partagée, toujours pensé dès les premiers pas de n'importe quel projet, quelle que soit sa nature, fut-ce d'aboutir au silence, pour changer. Je vantai le hors-champ, la complémentarité contre l'illustration, la nécessité de l'écoute, l'adaptation aux situations les plus complexes par le bon sens, l'importance de la culture générale dans le processus de création, le plaisir de partager et transmettre ce qui nous avait été donné...
Je suis rentré à la maison revigoré. Mes pas faisaient crisser le verglas. Les clochettes japonaises couvraient le murmure de la ville. Le feu crépitait dans l'âtre. Je tapotais sur mon clavier. Chaque téléphone retentissait de sa propre sonnerie. L'ensemble aurait pu générer le stress de la cohue. Mais tout s'agençait dans l'espace comme une composition préméditée.

mercredi 1 décembre 2010

La confusion est-elle intentionnelle ?


À une époque où le storytelling règne sur tous les médias confondus, où la guerre a pris d'autres formes que les affrontements directs sur le terrain, les révélations de Wikileaks pourraient servir d'autres propos que la dénonciation de la diplomatie américaine comme le site de Julian Assange le prétend ou l'espère. Lorsque la situation est trouble, il reste toujours à se poser la question d'à qui profite le crime. Les noms d'oiseaux dont se trouvent affublés les marionnettes qui dirigent les quelques états évoqués ne sont qu'un écran de fumée. Aucun fait n'est révélé qui ne soit connu par le pouvoir étatsunien, ils sont seulement portés à la connaissance d'un plus grand nombre. L'Iran n'a pas d'autre choix que de dénoncer la manipulation qui justifierait l'attaque dont il risque de faire l'objet. La Serbie est bien placée pour connaître de quoi sont capables les USA. Je ne défends évidemment aucun de ces deux régimes. Nous sommes en face d'un délire planétaire qui ne date pas d'hier. La guerre est un fléau qui a ses raisons d'être. Il me semble ainsi que les dernières révélations de Wikileaks mettent plus en danger l'Iran que quiconque, à moins qu'il ne s'agisse de déboulonner Obama dont le mandat tiède est bien la catastrophe prévisible. Le site qui se veut de ressource et d'analyse politique et sociétale n'est qu'un cousin du Canard Enchaîné qui publie ce que les autres médias n'oseraient faire de crainte, par exemple, qu'on leur coupe le fil d'informations. Pour un journaliste furieux qu'on le censure, pour un politique désireux de dégommer insidieusement un concurrent, ces publications sont le dernier recours. On sait que le Canard a perdu son principal informateur quand notre président de la république actuel a été élu. Son principal opposant, du même côté de l'hémicycle que lui, est probablement à l'origine des affaires qui le mettent à son tour aujourd'hui en difficulté.
La guerre est médiatique lorsqu'elle s'exerce dans les pays riches. Elle n'est sanglante que dans ceux à qui ces états vendent les armes qu'ils fabriquent. Si nous arrêtions d'en produire le carnage ne pourrait se perpétuer. Les petits gangsters que le pouvoir met en prison ne pourraient non plus jouer de leurs armes à feu. Lorsque je vivais en appartement, je m'étais rendu compte qu'en coupant les griffes de mes chats ils ne se battaient presque plus. Mais ici il s'agit de l'opinion publique. On sortira Dieu des archives pour marcher de part et d'autre derrière son étendard. On fait trembler l'Europe à l'idée de recevoir une ogive nucléaire lancée depuis Téhéran. Il n'y a pas de guerre sans que les populations les cautionnent. Wikileaks publie ce qu'on lui envoie sous le sceau du secret. Les 250 000 dépêches sont probablement (presque) toutes authentiques. Mais cette fois elles servent peut-être d'autres intérêts que les documents sur la guerre en Irak. C'est de bonne guerre, diront les plus cyniques.
Les moyens d'analyse sont faussés par des concepts périmés, je pense par exemple à l'opposition gauche-droite, à celle de la dictature et de la démocratie, aux théories du complot ou à la foi, ce qui ne facilite pas l'émergence de propositions concrètes et constructives. L'exploitation de l'homme par l'homme reste une constante, mais la plupart des individus n'ont pas conscience de leurs failles et de leurs déviances. Je me fais régulièrement incendier lorsque j'avance la misogynie de notre société, tous sexes mêlés, parce qu'aucun de mes détracteurs ne s'estiment visés, alors que je ne me mets pas moi-même en marge de cette problématique. Comme jadis personne n'était raciste, mais etc. Nombreuses et nombreux parmi nous prétendent vouloir sauver la planète de la destruction, mais les décisions seraient tellement impopulaires qu'on risquerait le bûcher à réfléchir tout haut à quelques débuts de solutions. Nous vivons sur un terreau d'absurdités qui nous explose à la figure. De la démographie galopante à la course au profit il n'y a pas de place pour le partage et une écologie des relations humaines sans prendre conscience de l'existence et du rôle des autres espèces. La confusion est totale. Sur les six milliards d'humains et les milliards de milliards d'êtres qui peuplent la Terre elle ne sert qu'un tout petit nombre de privilégiés dont nous faisons tous partie à des degrés divers. Si mes propos paraissent confus, entendre que le complot existe mais que nous en sommes les auteurs.
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