Jean-Jacques Birgé

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mercredi 31 octobre 2012

Salle des pas perdus

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Petit reportage sonore au Palais de Justice pour un film d'architecture en 3D. Je ne me souvenais pas avoir passé un portique anti-métaux à ma dernière visite. Je divorçais. C'est déjà loin. Vingt ans plus tôt, j'avais vu un Maghrébin prendre six mois pour le vol d'un litre de lait ou quelque chose comme ça. J'avais compris ce que voulaient dire les camarades par justice de classe. Aujourd'hui il faut justement que j'enregistre le son du portique, le bruit des paniers sur les cylindres, mais j'ai surtout besoin d'ambiances, de grands halls où résonnent les pas et où s'étouffent les murmures des avocats et de leurs clients.

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Dans la gigantesque salle des pas perdus, le long des couloirs interminables, aucun effet de manches, les robes vite repliées dans les serviettes contrastent avec l'inquiétude feutrée des convoqués. S'il n'est pas nécessaire de demander une autorisation pour y enregistrer, "c'est un espace public" m'en informe la directrice de la communication, il est par contre interdit de rapporter quoi que ce soit d'une audience même si elle est publique. Ni image, ni son : aucune autorisation ne peut être délivrée. Je devrai donc recréer certaines scènes avec des acteurs.
Le Palais de Justice est incroyablement grand, et pourtant il ne suffit pas puisque Renzo Piano en construira un nouveau sur la Zac Clichy-Batignolles dans le XVIIe arrondissement. De l'autre côté de la rue, l'ascenseur du parking qui nous ramène au troisième sous-sol nous parle d'une voix féminine impersonnelle comme dans les films de science-fiction terriblement datés. Chaque automatisme est commenté. Sous la pluie les touristes font sagement la queue pour visiter la Sainte-Chapelle.

mardi 30 octobre 2012

Sortie d'archives pour la joie des mouflets


Notre Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, écrit dans Libération de lundi : "Il faut créer dans l'espace numérique des projets inédits, qui ne peuvent se faire nulle part ailleurs et qui permettent des relations nouvelles avec le public." Voilà une phrase qui réchauffe en ces temps de disette et de peau de chagrin où le Capital essaie de faire passer sa rapacité pour de la crise !
Si depuis toujours je me suis passionné pour les nouvelles technologies, j'ai chaque fois cherché à créer des œuvres qui correspondent aux différents supports, d'où une mauvaise interprétation de mon travail entraînant parfois la qualification de touche-à-tout, qui n'a pourtant rien pour me déplaire... En ce qui concerne le numérique, le CD L'hallali produit en 1987 permettait l'enregistrement de la pièce Une passion dévorante qu'il aurait été impossible d'imaginer plus tôt. Dès 1995 je plongeai dans la création de CD-Roms dits d'auteur, déménageai sur Internet à l'abandon absurde de ce support pour retrouver enfin avec l'iPad un enthousiasme légendaire. L'interactivité retrouve ses lettres de noblesse.
Mais qu'en est-il hélas de toutes les œuvres créées sur les anciennes machines ? La technologie galopante se moque de ces incompatibilités, mais elle n'est pas la seule responsable, même si seul l'appât du gain à court terme explique le gâchis à l'œuvre. En effet, presque chaque fois que j'ai dérogé à la règle de l'indépendance qui me pousse à produire mon propre travail j'en ai perdu la trace. Il en fut ainsi, par exemple, du CD de Crasse-Tignasse, passé scandaleusement au pilon par Naïve avec le reste de la collection Zéro de Conduite et la plupart de celle de Silex, des films réalisés à Point du Jour tels Idir et Johnny Clegg a capella ou ceux que nous avons tournés à Sarajevo pendant le siège, de la cinquantaine de CD-Roms qui m'ont permis de poser les bases du design sonore interactif tels Carton, Machiavel ou Alphabet, et des sites ou entreprises qui ont mis la clef sous la porte. Quel regret de n'avoir aucune trace de Magado réalisé par Étienne Mineur avec Möbius ! Le nouveau Ministère de la Culture permettra-t-il de sauver les centaines d'œuvres patrimoniales rendues inaccessibles faute de combattants ou de technologie dite caduque ?
De même que j'ai décidé de mettre en écoute et téléchargement gratuits les neuf chansons pour les enfants qui veulent avoir peur de Crasse-Tignasse sur drame.org, le collectif surletoit a remis en ligne les sept années de jeux pour enfants des P'tits repères. Vous trouverez donc plus d'une trentaine de jeux brintzingues, scénarisés par Martine Brux, Sonia Cruchon et Farnaz Bidgoli Rad, avec les animations de Mikaël Cixous et Benjamin Hofseth que je choisis de sonoriser entièrement avec la bouche. Les jeux secrets exigent trois mots de passe : framboise, fraise, orange. Deux initiatives qui réjouiront les mouflets et leurs parents !

lundi 29 octobre 2012

La machine à rêves, en marge de l'exposition Léonard de Vinci


Combien de fois avons-nous dû remettre l'ouvrage sur le métier pour accoucher de 40 secondes qui plaisent à tout le monde, entendre, pour commencer, l'équipe de création et nos interlocuteurs à la Cité des Sciences ? Sonia Cruchon a réalisé le petit film à partir d'images et de sons qui étaient en train de se construire. Si rien n'existait encore, il a depuis donné corps à nos rêves. Nicolas Clauss a rajouté de la couleur. De mon côté, la musique que j'ai composée pour cette bande-annonce m'a fourni l'idée de la troisième et dernière partie. J'ai jeté tout ce que j'avais préparé et j'ai recommencé à écrire. La renaissance a trouvé sons sens dans la perpétuité. L'arbalète plongée dans les ressorts virtuels du H3000 s'est mise à vibrer de toutes ses cordes. Histoire de théâtraliser notre histoire j'ai dressé le décor derrière le violoncelle de Vincent Segal avec les entrailles de la terre en faisant sonner le tocsin.


La machine à rêves de Leonardo da Vinci prend tournure. Ses couvercles en métal qui glissent dans un vacarme de grincements l'ont protégée des assauts du temps. Les rêves anciens sentent le roussi, on les fait tomber dans la fente mystérieuse de l'iPad. Je tiens la boîte à deux mains, l'incline, caresse l'écran pour vérifier que l'instrument interactif fonctionne comme imaginé. Le mixage du quatuor à cordes accompagne ou suscite les quatre écrans qui se transforment sans cesse. Je suis impatient de traverser le hublot pour voir le passage en multitouch, sentir les nouvelles images bouger sous mes doigts...


L'œuvre sur iPad a été produite par la Direction des éditions et du transmédia, indépendamment, mais en accord avec la très belle exposition "Léonard de Vinci, projets, dessins, machines" qui vient de s'ouvrir à la Cité des Sciences et de l'Industrie. Les machines imaginées par le génial touche-à-tout ont été construites fidèles à ses dessins. Comme notre machine à rêves, mais cette fois avec un propos ludo-pédagogique, des bornes interactives projettent les visions Léonard de Vinci dans notre siècle.

samedi 27 octobre 2012

Grand Bazar chez l'habitant


Le 30 septembre 2012, Ève Risser et Antonin-Tri Hoang me demandèrent de filmer quelques extraits de leur spectacle offert aux amis à l'issue des Portes Ouvertes de Bagnolet chez la peintre Marie-Christine Gayffier. Emballé, j'en captai l'intégralité avec mon petit Lumix, y compris plusieurs pièces interprétées dans la quasi obscurité. Le lendemain, je sélectionnai quelques passages lumineux, mais fus incapable de réduire le montage à moins de 15 minutes. Pour l'EPK (Electronic Press Kit) on verra plus tard ! Prenez le temps de ce retour en enfance projeté dans le futur. Délicieusement régressif et furieusement prometteur.


"Créé en octobre 2011 à la Dynamo Banlieues Bleues, ce Grand Bazar est un véritable spectacle, une invitation dans la chambre de deux musiciens. Tout y est organisé selon une logique mystérieuse, des règles établies par ces deux enfants terribles qui ont choisi de se servir dans le répertoire de quatre compositeurs : Ligeti, J.-S. Bach, Carla Bley et Aphex Twin, moins comme hommage que comme jouets à assembler, déconstruire, casser, réinventer."
Ève Risser (piano, piano préparé, harpsichord, piano-jouet, flûte) et Antonin-Tri Hoang (saxophone alto, clarinette, clarinette basse, flûte) sont rejoints au final par la violoniste Lucie Laricq et le flûtiste Jocelyn Mienniel...

vendredi 26 octobre 2012

Piazzolla! par l'ONJ : Piazzolla ?


Le nouveau programme de l'ONJ est une réussite. Les arrangements de Gil Goldstein donnent à l'Orchestre National de Jazz une cohésion timbrale envoûtante. Pour cerner cet homogénéité il a privilégié les vents, laissant aux claviers et à la guitare le rôle de soutien, fonction dévolue aux instruments virtuels dans les orchestrations actuelles. Mi refugio met en lumière le quintet formé par le multi-flûtiste Joce Mienniel particulièrement mis en valeur tout au long de la soirée, l'altiste Antonin-Tri Hoang dont les nuances nous ont fait chavirer à la Gaîté Lyrique, le baryton Matthieu Metzger avec un solo de systalk box très fusion, le ténor Rémi Dumoulin et le trompettiste Sylvain Bardiau, tous marchant comme un seul homme bien que le tango se danse à deux. Les uns et les autres doublent sur d'autres instruments, clarinette, clarinette basse, soprano, flûte alto, trombone à pistons, etc. La rythmique du bassiste Sylvain Daniel et du batteur Yoann Serra emportent les harmonies riches et subtiles écrites par Goldstein qui aurait souhaité transposer le son du bandonéon à l'orchestre.
C'est là que le bât blesse. Si nous avons le texte, manque à mon goût le prétexte. Car concert et album s'intitulent Piazzolla!, Astor de son petit nom ayant signé presque toutes les pièces. On assiste au magnifique concert d'un big band de jazz qui a perfectionné sa sonorité d'ensemble depuis quatre ans sous la houlette de Daniel Yvinec, Ma qué c'est (pas) la loumière Tan-go pour citer Bobby Lapointe, car l'on ne retrouve absolument pas l'Argentin, l'un des compositeurs contemporains les plus originaux du XXe siècle. La sexualité du tango et la cravache cinglante font tout autant défaut. Astor Piazzolla joue les lanceurs de couteaux quand l'ONJ joue sur du velours. Goldstein n'aurait-il pu utiliser la puissance du piano d'Ève Risser, le Fender trafiqué de Vincent Lafont et la guitare électrique de Pierre Perchaud pour faire bouger les jambes des danseurs et nous donner le frisson ? Il manque fondamentalement à sa vision l'irrévérence avant-gardiste que la personnalité de Piazzolla sut imposer au monde entier.
L'ensemble nous en fait heureusement entendre de toutes les couleurs, mais la coupe ressemble à celle qu'un Nord-Américain inflige à la culture du Sud, l'édulcorant dans l'espoir de la rendre universelle en négligeant ce qu'elle a de sanguine. Si l'on oublie la référence à Piazzolla dont il ne reste que les notes, c'est un travail somptueux. Après tout, c'est ce qui compte. La soirée fut exquise, avec un orchestre mieux servi par la balance que sur le CD au demeurant très agréable (Jazz Village, dist. Harmonia Mundi).

jeudi 25 octobre 2012

Le génie de Max Linder


Cherchant un titre pour chroniquer la sortie du triple DVD de Max Linder je ne pouvais trouver d'autre qualificatif que génial. J'avais commencé par "initiateur drôle et inventif", mais le père du premier personnage burlesque de l'histoire du cinéma, qui influença fondamentalement Charlie Chaplin, mais aussi tous les acteurs comiques chez qui l'on retrouve sa trace indélébile, des Marx Brothers à Jacques Tati et Pierre Étaix, ne peut se réduire à son humour, son élégance, ses scénarios décapants ou ses inventions cinématographiques. Quiconque découvre Max Linder n'en croira pas ses yeux, à défaut de ses oreilles puisque nous sommes à l'époque du muet. Les musiques de Jean-Marie Sénia et Gérard Calvi accompagnent néanmoins les films magnifiquement restaurés que les Éditions Montparnasse ont eu l'excellente idée de sortir pour les fêtes qui s'approchent.
Les deux longs métrages, En compagnie de Max Linder, présenté à Cannes en 1963, et L’Homme au chapeau de soie, réalisé en 1983 également par sa fille Maud, sont complétés par dix courts métrages parmi les cinq cents tournés et dont il ne subsiste qu'une centaine. Les veinards en trouveront une cinquantaine d'autres aux États Unis, mais il faut fouiller, et il existe un film d'Abel Gance de 1924 avec Max Linder intitulé Au secours !. Si Max était le fils de vignerons bordelais, le premier long réunit trois films inégalables tournés aux États Unis en 1921 et 1922, Sept ans de malheur, Soyez ma femme et L'étroit mousquetaire. Le second long est un portrait au travers d'extraits et de documents d'époque exceptionnels rassemblés et commentés par Maud qui n'a jamais connu ses parents. En 1925, l'acteur-réalisateur s'est suicidé alors qu'elle n'avait que seize mois, entraînant dans la mort sa très jeune épouse. Hyper jaloux, bipolaire, dépressif, Max Linder avait 41 ans...


Des dix courts métrages de ses débuts, tournés entre 1910 et 1915, je retiens particulièrement Max prend un bain pour des raisons très personnelles même si je les aime brûlants, Max a peur de l'eau pour le contraire et l'irrévérencieux Max et sa belle-mère, malgré l'insupportable piano de Sénia dont les conventions éculées nuisent formellement à l'intemporalité des films. Maud Linder n'aura de cesse de réhabiliter ce génie du burlesque, oublié peut-être parce qu'il était français et que l'empreinte sur Charlot n'était que trop visible ? Si ses films et son personnage respirent une incroyable modernité, il s'agit plutôt de perpétuité, concession octroyée aux chefs d'œuvre.
On connaît le cinéma Le Max-Linder, sur les Grands Boulevards à Paris. Pour présenter son travail dans les meilleures conditions, Max Linder en avait dessiné les plans en soignant le moindre détail, du trajet emprunté par les spectateurs à la place de l'orchestre accompagnant les films, mais la salle fut reconstruite dans les années 80...

mercredi 24 octobre 2012

La retraite au flan bof


Billet destiné aux futurs sexagénaires, avec bonus pour les plus jeunes dans le dernier paragraphe.
Pôle-emploi m'écrit que mes allocations chômage vont être interrompues parce que j'ai ou vais avoir prochainement 60 ans et 9 mois. Histoire de faire baisser les statistiques affolantes ? N'étant pas encore sexagénaire et la retraite ne pouvant se prendre si tôt, je contacte la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse) qui s'étonne de la teneur de la lettre. Les antennes dont je dépends dans mon département étant débordées une dame très gentille me prend un rendez-vous à Paris. Une autre dame très gentille m'y explique qu'elle ne peut rien pour moi et qu'il faut que j'aille dare-dare lundi à 8h30 à l'autre bout de la Seine-Saint-Denis. Les sites Internet de la CNAV n'ont pas rectifié les horaires d'ouverture qui ne sont plus que le matin. Heureusement que je n'ai pas pu y aller, car une autre dame très gentille, responsable du site d'Aubervilliers, me prévient que c'est fermé le lundi ! Je propose de leur envoyer mon dossier plutôt que me déplacer et faire la queue des heures. "Bonne idée !" J'écris donc en précisant l'urgence. La CNAV me répond rapidement avec un dossier à remplir et mon relevé de carrière. Je le renvoie aussitôt à Pôle-Emploi où une quatrième dame très gentille m'explique enfin à quelle sauce je pourrais être mangé, clôturant très provisoirement le parcours du combattant dont j'ai sauté quelques étapes pour ne pas être trop fastidieux.
N'ayant pas accumulé suffisamment de trimestres travaillés je continuerai à être pris en charge par Pôle-Emploi (je suis intermittent du spectacle) jusqu'à ce que j'atteigne le score exigé, basculant alors dans le régime retraite. Cela ne pourra pas excéder 65 ans, mais j'aurai personnellement atteint ce point de non-retour à 62 ans. Pour l'instant, à ma prochaine date anniversaire, si je n'ai pas le nombre de cachets requis (43 en 10 mois et demi) je pourrais bénéficier d'une allocation de solidarité. Et dans quelques mois, quand l'heure légale minimum de la retraite aura sonné, je pourrai continuer à toucher mes allocations chômage, même si je n'ai pas de cachets, à condition d'avoir travaillé l'équivalent de cinq ans sur les dix dernières années. Quant au montant de ma retraite il sera calculé en fonction de mes salaires depuis le début de ma vie professionnelle sans compter les indemnités chômage. Cela ne fera pas lourd. Par contre les périodes chômées comptent pour le nombre de trimestres. J'essaie de fournir ici quelques explications, mais le bilan reste très ésotérique.
En tout cas, si vous vous rapprochez de la carte vermeil n'attendez pas le dernier moment. Anticipez en contactant la CNAV et demandez votre relevé de carrière. Cela me rappelle l'excellent conseil de Louis Daquin, alors directeur des études de l'Idhec, qui me convoqua lorsque j'avais vingt ans pour me dire de conserver précieusement toutes mes feuilles de salaire ! Il avait parfaitement raison. Je ne le répéterai jamais assez...

mardi 23 octobre 2012

Court-circuit, en duo avec Ravi Shardja


Une femme se plaint que l'électricité de l'appartement où elle vit est complètement à refaire. Son budget ampoules est colossal. Elle doit les changer tous les quinze jours. Comme nous pestons contre les ampoules soit-disant économiques dont la lumière blafarde donne une allure morbide à ce qu'elles éclairent, encore une belle arnaque, et que nous complimentons l'ambre clair de son lustre, elle nous révèle qu'elle achète ses ampoules à filament en Angleterre, car même en Allemagne elle a du mal à en trouver. Françoise s'étonne que cela fonctionne car les Anglais sont toujours en 110 V. La femme nous assure que cela n'a pas d'importance, mais que la mauvaise qualité de l'installation les fait claquer sans arrêt. Sceptique, je me renseigne. Il m'est confirmé que le moindre court-jus ferait disjoncter tout l'appartement ou du moins sauter l'un des fusibles. Je suis étonné que son bricolage tienne quinze jours, le 220 V grillant les bulbes british comme qui rigole.

J'ai attendu six mois pour annoncer Court-circuit, le dernier album enregistré au Studio GRRR, un duo improvisé avec Ravi Shardja (écoute et téléchargement gratuits). Avant chaque publication je demande évidemment le feu vert des musiciens avec qui je travaille. Cela prend parfois du temps. Ravi avait apporté sa mandoline électrique et un mélodica. La musique du groupe Gol, dont il fait partie, me ramène aux premières années d'Un Drame Musical Instantané, bricolage inventif un peu destroy. En enregistrant je pense au jeu du roman de Cocteau, Les enfants terribles, dont Jean-Pierre Melville tourna l'adaptation. À la fois tendre et cruel. La photo de la pochette prise au garage me soufflera le titre des cinq morceaux : Monocycle, Deux roues, Sur trois pattes, Déviation, Ex Aequo. La progression est évidente. Si ce 20 avril 2012 est électrique j'ai l'impression d'entendre deux écureuils galopant imperturbablement chacun dans sa roue motrice. Et ça roule !

lundi 22 octobre 2012

La crise n'existe pas


Si les réductions de budget sont bien réelles, si la précarité s'étend de jour en jour, si les fins de mois sont de plus en plus difficiles, si la file des SDF s'allongera cet hiver à la soupe populaire, la manière d'en parler est erronée et démobilisatrice. Car il n'y a pas de crise. Tout est orchestré. Seulement des riches qui veulent se goinfrer toujours plus, avec le plus grand cynisme. Il fut un temps où l'on appelait cela l'exploitation de l'homme par l'homme. Et le peuple de se soulever lorsque la famine le gagnait. Le Capital a su trouver les mots pour que nous acceptions les nôtres sans broncher, mais nos maux s'écrivent m-a-u-x. Au lieu de nous révolter contre l'exploitation éhontée dont nous sommes victimes nous incriminons une mauvaise gestion de l'État, la belle affaire ! Il s'agit au contraire d'une excellente gestion des patrons qui ont su nous faire accepter qu'ils s'enrichissent dans des proportions pharaoniques au prix d'appauvrir 99% de la population mondiale. Les gouvernements nommés par ces puissants sous une mascarade électorale appelée communément démocratie ne sont que leurs valets. Leur pouvoir est seulement médiatique, ils sont chargés de nous faire avaler les couleuvres. La méthode est plus élégante qu'une dictature ! Le pouvoir économique est dans d'autres mains, celles de la finance. Appeler cette arnaque planétaire une crise n'est qu'une manipulation de masse pour nous faire accepter notre statut de forçats. La crise n'existe pas. Réveillons-nous ! Le seul pouvoir que nous ayons pour changer le cours des choses, course mortifère vers la catastrophe écologique, est de descendre dans la rue et de nous emparer de ce qui nous appartient, créé par notre travail. Nous avons des bras pour enrichir ces nantis, nous avons des bras pour récupérer ce qui nous est volé. Arrêtons de croire à l'inéluctabilité de l'oppression. La crise est un terme inventé par le Capital pour pouvoir s'engraisser sur notre dos. Sa faim est insatiable et suicidaire. La planète entière y passera si nous n'intervenons pas. Ces quelques riches veulent nous faire croire que nous sommes impuissants. C'est vrai si nous restons chacun dans notre coin à nous morfondre en souffrant de leurs actes criminels, mais si nous nous unissons, nous sommes des millions, nous sommes des milliards à pouvoir, à devoir nous prendre en mains pour renverser le cours de l'Histoire et reconstruire ce qu'ils détruisent en se servant de nous.

samedi 20 octobre 2012

Rite de passage


Mission accomplie : la balance terminée, nous avons pris le temps d'aller nous dégourdir les jambes jusqu'au Passage Pommeraye. À droite sur la photo, l'enseigne de Photomaton Services nous a échappé. Je retourne l'iPhone vers nous. Clic clac du tac au tac. J'aurais dû avoir la même présence d'esprit en demandant à ce que le concert du Pannonica soit enregistré ou enclenchant mon nouveau petit Nagra. Mais non, concentré sur notre entrée en scène dans l'obscurité, j'ai oublié. Claude Lévi-Strauss hantait les loges : comme Vincent Segal exhibe son élégante veste pleine de poches due au tailleur de l'anthropologue, Antonin-Tri Hoang sort Tristes tropiques de sa musette. Je leur raconte les matins où nous croisions le vieux monsieur rue des Marronniers. Son évocation marquera cette première.

Le Tenori-on dessine ses notes de lumière. Confort d'écoute dû au niveau sonore calibré sur la puissance acoustique du violoncelle et de la clarinette basse. Une partie de plaisir encore plus agréable qu'annoncée. Vincent et Antonin-Tri sortent de l'ombre après le prologue radiophonique de la Mascarade Machine. Zapping France Culture. Face à moi, les deux encyclopédistes s'en donnent à cœur joie. Leurs instruments tissent une toile harmonique merveilleuse. Il est rare que je garde à l'oreille ce qui fut improvisé. Dans le TGV qui me ramène à Paris je me repasse les meilleurs moments comme s'ils avaient été enregistrés. Dans la pièce qui précède l'entr'acte je transforme le son de mes camarades avec le H3000, peignant des nuages spectraux qui les enveloppent. Je me vois les écouter. On plane.

Le trio avec piano préparé fonctionne au delà de nos espérances. La boîte à musique de l'array mbira insiste sur le lyrisme et la tendresse de notre ensemble. Le public semble s'amuser autant que nous. Blues au ballon de baudruche, pop à la Sigur Rós, samba du XXIe siècle, musique d'un film que nous avions composée, rien n'était prévu. Nous prenons date pour une séance de studio qui immortalisera nos élucubrations oniriques. Entre temps nous aurons joué Dépaysages à Montreuil le 18 novembre prochain, avec les images travaillées en temps réel du vidéaste Jacques Perconte.

vendredi 19 octobre 2012

Birgé Hoang Segal au Pannonica de Nantes ce soir


Aurais-je le temps de faire un saut passage Pommeraye ? J'imagine mal jouer à Nantes sans passer par ce lieu magique immortalisé par Jacques Demy. Cette fois-ci, c'est pourtant serré. Départ de Paris à midi et retour tôt samedi avec, entre temps, le voyage, l'installation de tout mon attirail, balance, dîner, concert, et on remballe ! À cette heure-là les grilles seront fermées. Lola sera partie hanter quelque boîte de nuit. Le marchand de télés se sera coupé la gorge. On ira se coucher.

L'annonce du concert de ce soir au Pannonica stipule :
Jean-Jacques Birgé (Un d.m.i.), Vincent Segal (Bumcello), Antonin-Tri Hoang (ONJ) représentent trois générations de musiciens marquant de leur empreinte l'invention à la française, une musique innommable qui, selon les sources, serait cousine de toutes les autres, mais ne ressemblerait à aucune. Ces encyclopédistes passent les pratiques anglo-saxonnes au filtre européen des bois (violoncelle, clarinette basse), du système D (instruments originaux) et des autres arts. Le trio compose des instantanés qui tiennent de la conversation avec une attirance pour les timbres extraordinaires, un appétit de constructeurs et une soif de cinéma dans laquelle Wilder, Buñuel, Lynch et Godard leur souffleraient leur texte. Leurs sources sont aussi graves que drôles et lyriques. S'ils ignorent ce que leur amitié engendrera, les trois fildeféristes se sont entendus pour partager avec le public le vertige de la découverte, l'étonnement.
Antonin-Tri jouera du sax alto et de la clarinette basse, Vincent sera au violoncelle, j'ai résumé ma partie par "électronique portable et instruments acoustiques", sous-entendus Tenori-on, Mascarade Machine, Crakle box, H3000, Kaossilator, trompette à anche, guimbardes, harmonicas, etc., plus le clavier DAW que j'ai demandé pour pouvoir attaquer mes clones de piano préparé et d'array mbira...

Mon dernier passage au Pannonica date de 1999, mais il y a cinq ans les lapins de Nabaz'mob ont joué dans la salle du-dessus pour le festival Scopitone. J'aime bien Nantes.

jeudi 18 octobre 2012

Pépites en clips


Préparer un concert ne rime pas forcément avec répétition. Comme prévu, Vincent Segal et Antonin-Tri Hoang sont venus discuter du concert de vendredi au Pannonica de Nantes les mains dans les poches. Lorsque l'on va improviser ensemble il est plus important d'être sur la même longueur d'ondes que de griller ses cartouches. Le premier fixé au violoncelle, le second au sax alto et aux clarinettes, la variété de mon instrumentation structurera la soirée. Si la démonstration de mon piano préparé virtuel les convainc ils me font abandonner le Kaossilator de l'iPad pour l'original en dur. Ils adorent son côté brut et vintage quand sa version numérique sonne trop proprette. Le plaisir de nous retrouver en toute amitié nous fait digresser vers moult sujets extra-musicaux qui constitueront probablement le terreau de notre inspiration. Avant de nous quitter nous évoquons les dernières trouvailles de chacun.
Je lance le mouvement avec le folk rocker Sixto Rodriguez découvert grâce au Glob de Jean Rochard. L'arrangement de Sugar Man est étonnant. J'ai l'impression de me reconnaître dans les effets spéciaux ! Je dégotte ses deux albums de 1970 et 1971, un live de 1998 enregistré en Afrique du Sud où le Mexicain fut un héros anti-apartheid sans le savoir, trois singles, et surtout le film suédois de Malik Bendjellouls qui sortira en France le 26 décembre prochain. J'y reviendrai forcément...


Vincent sort de sa manche une version live de ‪L'enfant, la mouche et les allumettes‬ de Jean-Claude Vannier dans un show de Roland Petit accompagnant la collection automne/hiver 1971 d'Yves Saint-Laurent. Décoiffant ! Et ça passait à la télé... Cette version est encore meilleure que celle de L'enfant assassin des mouches, l'album écrit sur un conte de Serge Gainsbourg. Quel couturier aurait aujourd'hui un tel toupet pour choisir la musique de son défilé ?


Je n'ai pas l'habitude de faire suivre les séquences YouTube, mais Vincent continue avec la version de Gangster of Love enregistrée à Brême en 1976 par son auteur, Johnny "Guitar" Watson, ahurissant ! Ce morceau écrit en 1957 avait été repris par le Steve Miller Band dans le magnifique album Sailor qui est un de mes préférés de l'époque psychédélique. L'extrait explique bien pourquoi Johnny "Guitar" Watson était le guitariste préféré de Frank Zappa. Appréciez aussi les silences !


On termine pour aujourd'hui avec Sam's Boogie de Magic Sam, disparu en 1969, histoire de remettre les pendules à l'heure dans l'histoire de la guitare électrique. Du papier de verre !

mercredi 17 octobre 2012

Mes grelots


Un clip vidéo très tendre réalisé par Sonia Cruchon sur une musique de El Strøm, "en hommage à celles qui nous apprennent à marcher".
Avec la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard, le polyinstrumentiste Sacha Gattino (harmonicas, métalophone, clavier/échantillonneur) et moi-même (trompette à anche, synthétiseur, grelots, guimbardes, harmonica). Les images sont de Jean Cruchon, Florence Mourey et Sonia qui signe également le montage.


C'est fou le nombre de petits êtres qui sont nés autour de nous cet été. On pense aux mamans qui font tout le boulot, même si les "nouveaux pères", comme on nous appelait il y a trente ans, s'y collent autant qu'ils peuvent. Lorsque vient le temps de marcher, le pire est passé, entendez les deux premiers mois que nous oublions très vite et qui nous ont tous et toutes pris de court ! Le pire est évidemment aussi le meilleur. Je me souviens avoir vraiment pris mon pied à partir de six mois quand la mère de ma fille s'épanouissait depuis longtemps. À un an c'était parti, le moment de la marche évoqué par Sonia dans son très joli film. Les ennuis commencent avec la puberté. Nous avons craqué entre seize et dix-neuf, et puis tout est redevenu gérable, mais nous ne pouvions plus faire grand chose qu'être là. Et là on n'en finit jamais. Et à leur tour ils continuent à apprendre à marcher, mais seuls, et cela prend toute une vie, la leur cette fois.

mardi 16 octobre 2012

Limousine et limousine


Suite du compte-rendu de séances de la veille.
J'avais boudé Cosmopolis (2012), après le précédent opus de David Cronenberg sur Freud totalement inutile, me disant qu'il fallait bien se faire une raison comme pour Tim Burton, Spike Lee, Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola dont les bons films datent de plus de vingt ans. Erreur, fatale erreur ! On ne devrait jamais écouter personne en matière de goût (à bon entendeur salut ;-). Comme Holy Motors il a divisé la critique et rencontré un succès mitigé depuis le Festival de Cannes. Sauf que Leos Carax a tourné une pâtisserie indigeste, poésie maniériste déconnectée qui n'arrive même pas à la cheville du malheureusement décrié Pola X où Scott Walker fait une apparition remarquable et pourtant peu remarquée, et évidemment de son unique chef d'œuvre qu'est Mauvais sang. Réalisé avec peu de moyens d'après un roman de Don DeLillo, Cosmopolis est une réflexion étonnante sur le monde actuel, un o.v.n.i. sec comme une trique sur le vertige mortifère créé par l'écart des richesses, la perte de repères, l'année dernière à... New York puisqu'il nous a fait penser aux premiers Resnais. Relation énigmatique dont je n'ai pas trouvé l'explication, Cosmopolis commence où se termine Holy Motors sur la question de savoir où dorment les limousines. Carax la brique après avoir feint la déglingue, Cronenberg la déglingue après avoir feint les briques. Celle du premier n'est qu'une loge de théâtre tandis que le second en fait la citadelle où se réfugient les gloires éphémères de l'économie.

lundi 15 octobre 2012

Compte-rendu de séances


Petit survol récurrent de quelques films projetés depuis le précédent compte-rendu, en marge de ceux ayant fait l'objet d'un article particulier dans cette même colonne et que l'on retrouvera évidemment en rubrique "Cinéma et DVD". Je crois que le dernier datait du 2 février 2012.

D'abord ceux qui nous ont emballés et qui auraient mérité que je m'y attarde si je n'avais tant de boulot...

Sport de filles de Patricia Mazuy (2012), la lutte des classes et des sexes dans le milieu du dressage hippique et de la compétition, intelligent, original, avec Marina Hands, Bruno Ganz, Josiane Balasko...
The Angels' Share (La part des anges), le dernier Ken Loach (2012), presqu'une comédie, très sympa, invisible sans sous-titres anglais ou français, c'est ce qui fait aussi son charme...
Mio fratello è figlio unico (Mon frère est fils unique) de Daniele Luchetti (2007), indiqué par ma fille comme le précédent, portrait rare de l'Italie coincée entre fascisme et communisme au travers de l'histoire de deux frères, amis, ennemis...
Voir L'école du pouvoir (2009) à la télévision (en fait sur Arte+7 grâce à Internet) nous a donné envie de voir d'autres films de Raoul Peck. Le profit et rien d'autre (2001) est un formidable documentaire sur la situation économique planétaire jouant sur les idées plus que sur les chiffres ou les anecdotes, sa poésie critique en constituant un modèle pédagogique. Lumumba (2000) est plus classique, trop démonstratif en comparaison des deux autres, mais tout aussi passionnant.
Auf der anderen Seite (De l'autre côté) de Fatih Akin (2007) m'a également donné envie de voir ses autres. Les récits imbriqués des personnages et du temps sont élégamment maîtrisés pour résoudre les drames qui se répondent. Fatih Akin sait jouer des aller et retours entre ses origines turques et l'Allemagne pour mettre en scène l'immigration tout en fustigeant leurs carcans réciproques. Je suis heureux d'y retrouver Hanna Schygulla rencontrée pour un film que je ne tournerai probablement jamais.
The King of New York d'Abel Ferrara (1990), en DVD chez Carlotta, n'a rien perdu de sa force. Christopher Walken y est épatant de sobriété sans perdre une once d'énergie cathartique. Le bien et le mal y sont retournés comme des gants.
Polar plus récent, Hodejegerne (Headhunters) du norvégien Morten Tyldum (2011), sur un scénario de Jo Nesbø, est palpitant et plein de rebondissements.
Alpeis (Alpes) est le troisième film (2011) de Yórgos Lánthimos qui avait réalisé le bouleversant Canine. Avec un scénario aussi original, heureusement moins éprouvant, le cinéaste grec continue de nous étonner. Les membres d'une société secrète, apprentis acteurs du réel, offrent leurs services à des familles en deuil pour remplacer les défunts selon des règles draconiennes...
J'avais ajouté ici un couplet sur Cosmopolis et Holy Motors, mais vu la longueur de ce billet je le reporte à demain.

Suivent quelques films agréables comme L'enfant d'en haut d'Ursula Meier (2012) qui avait signé Home. J'écris agréables, parce que nous avons eu du plaisir à les regarder, mais ce sont des films qui reflètent la dureté sociale et économique de notre époque. Il en va ainsi du dernier des frères Dardenne, Le gamin au vélo (2011). Dans ce registre, De bon matin de Jean-Marc Moutoux, lourd et prévisible, n'a hélas pas la force de Violence des échanges en milieu tempéré.
Excellente surprise, par contre, avec L'ordre et la morale de Mathieu Kassovitz (2011) sur la prise d'otages d'Ouvéa en Nouvelle Calédonie. Aucune démonstration d'hémoglobine, mais un film politique sévère et remarquablement monté, probablement le meilleur de son auteur, révélation d'un scandale étouffé de l'armée française comme on croit que seuls les Américains osent le faire. On comprend mieux la cabale dont il a été victime et la colère de Kassovitz.
J'ai regardé l'excellent thriller inuït On The Ice de Andrew Okpeaha MacLean (2011) le même soir que le suspense baleinier à l'eau de rose Big Miracle (Miracle en Alaska) de Ken Kwapis (2012). À l'entr'acte j'ai dégusté deux boules de glace de l'inégalable Berthillon !
Sympathique hommage familial, bien qu'assez pervers à y regarder de près, de Mathieu Demy avec Americano (2011).
La comédie L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder (2012) se laisse voir parce qu'elle est dans l'air du temps.
La vie d'une autre de Sylvie Testud (2012) ne laisse pas un souvenir impérissable, l'amnésie de Juliette Binoche étant peut-être contagieuse, mais c'était chouette.
Dark Horse (2011) n'est pas le meilleur de Todd Solondz, mais c'est tout de même un jalon de plus dans sa chronique dépressive de l'Amérique.
Le quai des brumes de Marcel Carné (1938) va ressortir au cinéma grâce à une restauration époustouflante de l'éditeur Carlotta. Dialogues formidables de Prévert. Le réalisme poétique au service du mélo. "T'as de beaux yeux, tu sais ?"

Tous ces films ont le mérite de ne pas être horripilants contrairement à Starbuck de Ken Scott (2012) qui ne tient pas la distance malgré une idée marrante, le lourdingue 38 témoins de Lucas Belvaux (2011), les étirés D'amour et d'eau fraîche d'Isabelle Czajka (2010) ou 17 filles de Delphine et Muriel Coulin (2010) qui n'en finissent pas de filmer leurs héroïnes pendant qu'elles réfléchissent, le vicieux Etz Limon (Les citronniers) d'Eran Riklis (2008) qui, sous couvert d'ouverture, est aussi machiste que pro-israélien, toute demie mesure faisant le jeu du colonialisme.
Double déception avec le saignant The Countess (La Comtesse) de Julie Delpy (2009) dont je venais de voir Two Days in New York (2012), bien mieux qu'on en a parlé, et avec Two days in Paris réalisé selon le même schéma avec nombreux acteurs communs cinq ans plus tôt. J'ai préféré de loin les romances Before Sunrise (1995) et Before Sunset (2004) de Richard Linklater, tournés à dix ans d'intervalle avec l'actrice et Ethan Hawke.

Quant à l'enthousiasme de la critique pour Damsels in Distress de Whit Stillman (2012), certainement pas ! Ampoulé, suranné, aussi potache que du Wes Anderson. Loin de la réussite de Metropolitan (1990).
Idem avec Compliance de Craig Zobel (2012) qui n'a plu que parce qu'il est annoncé que c'est une histoire vraie. Tant de crédulité laisse pantois. Quel ennui lorsqu'on anticipe les plans à venir. Un peu comme avec Gone (Disparue) de Heitor Dhalia (2012).
Il y a pire : deux Blanche-Neige, un de Tarsem Singh (2012), l'autre avec chasseur de Rupert Sanders (2012), John Carter de Andrew Stanton (2012), The Raven (L'ombre du mal) de James McTeigue (2012), The Avengers de Joss Whedon (2012), là je sombre dans les blockbusters amerloques, encore que Captain America The First Avenger de Joe Johnston (2012) soit plus supportable, et que Men in Black 3 de Barry Sonnenfeld (2012) soit une surprise plutôt rigolote. Pour en prendre plein la vue, ajoutez la trépidante action de Sherlock Holmes A Game of Shadows de Guy Ritchie (2011) et ne boudons pas Chronicle de Josh Trank (2012), plus malin qu'il n'en a l'air, avec des super héros immatures qui remettent les fantasmes de l'Amérique à leur place.

Pardonnez ces jugements à l'emporte-pièce qui n'engagent que moi. Pour qu'un film me plaise j'ai besoin que son scénario surprenne, que ses plans soient réfléchis et opportuns, que la direction d'acteurs soit à la hauteur, que les idées qu'ils suscitent n'enfoncent pas le spectateur dans ses convictions tout en défendant celles pour lesquelles je me bats. Ce ne sont que des pistes pour celles et ceux qui me font l'honneur de me lire quotidiennement. À chacun ensuite de tracer son chemin !

vendredi 12 octobre 2012

Prendre les voiles ?


Coups de fil et administration m'empêchent de composer. Je suis vidé. Françoise prend des billets pour le sud, mais pas avant le nouvel an. Je sonne creux. Nicobuq me demande d'améliorer les sons de couvercle en métal pour Leonardo, pas de problème, la Machine à rêves prend forme. J'appelle le Palais pour enregistrer la salle des pas perdus. Nombre d'amis m'apprennent qu'ils n'auront plus un sou à la fin du mois. Je compte mes billes. Le Sénat autorise la ratification du projet de loi sur le traité budgétaire européen. Je me sens mal. Le gouvernement, prétendument de gauche, continuera évidemment de taxer le travail, mais pas le capital. Je me demande combien de temps ça va durer. Le patronat, les entreprises, les collectionneurs d'art ont gain de cause, pas le peuple. J'enrage. À défaut de faire la révolution là tout de suite, il faudrait pouvoir rêver. Je n'avais pas identifié la cane sur son nid lorsque j'ai photographié le bateau pirate.

jeudi 11 octobre 2012

Tendinites et mauvaises manières


Théâtre Mouffetard, 1978. Francis, Bernard et moi jouons dans la Compagnie Lubat. Ce soir-là je tiens le piano et réciproquement. C'est un contrat entre lui et moi. Il est droit, je suis un peu penché. Tandis que je frappe les touches, relevant la tête j'aperçois celles de trois autres musiciens de l'orchestre, Michel Portal, Bernard Lubat et Patrice Mestral, qui dépassent derrière le cadre, tous premiers Prix de conservatoire. Accoudés au-dessus du couvercle, ils regardent mes mains. Je flippe méchamment, pensant que je suis démasqué ; ils vont s'apercevoir de la supercherie, ma carrière va en prendre un coup. J'ai déjà évoqué ici le sentiment d'usurpation que ressentent souvent les autodidactes. Le concert se poursuit et, à son issue, le trio de virtuoses pour qui j'ai la plus haute estime vient me voir. Je n'en mène pas large. Michel, parlant pour les autres, me demande "où as-tu appris cette technique ?" Coup de théâtre. Je n'ose mentir et raconte que je n'en ai aucune, la preuve : j'en suis à ma troisième tendinite du bras gauche ! Cet épisode m'accordera évidemment ensuite un peu plus d'assurance...

J'ai arrêté le piano il y a longtemps, mais il m'arrive souvent de me servir d'un clavier pour imiter des instruments ou générer des sons électroniques. Depuis que j'ai fait l'acquisition du piano préparé de l'Ircam et de l'Array Mbira de SonicCouture j'ai probablement forcé la dose, et taper toute la journée à l'ordi n'arrange pas les choses. J'ai une douleur terrible au coude qui m'empêche de dormir. Où mettre le bras ? Hier notre masseuse chinoise a travaillé mon poignet du bout de mes doigts jusqu'à ma mâchoire. J'ai dégusté sec, espérant être remis d'aplomb d'ici le concert du 19 octobre au Pannonica de Nantes avec Vincent Segal et Antonin-Tri Hoang.

Les bonnes manières étaient le titre d'une série animée de Daphna Blancherie et Natacha Nisic en papier découpé (cf. illustration) dont j'avais fait la musique et les bruitages en 1993. Ici les mauvaises se rapportent à la façon gauche dont j'aborde parfois la vie. Je fais des efforts pour me corriger, en me prenant moi-même en charge ou en me faisant aider. En vieillissant on va certes de plus en plus mal, mais l'on apprend aussi à mieux gérer ses douleurs et ses contrariétés. Si l'on s'y prend correctement, la gestion prime sur les emmerdements. Ainsi, aujourd'hui, je me sens de mieux en mieux. C'est du travail. Il n'est hélas pas rémunéré, les heures passées ne sont pas prises en compte pour la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse) où j'ai rendez-vous demain... Il y a quelque chose d'absurde et de merveilleux. Je trouve ça drôle.

mercredi 10 octobre 2012

Edward Hopper, inventeur du "déjà vu"


La couverture médiatique de la rétrospective Edward Hopper ressemble à un raz-de-marée alors que l'exposition débute seulement aujourd'hui. Il n'y a pas que Télérama et Libération à avoir publié des numéros spéciaux ; ainsi l'offre libraire est incroyable, qu'elle soit directement liée au peintre américain, à ceux qui l'ont formé ou aux artistes qui s'en ont inspiré. Les amateurs de peinture se rueront donc au Grand Palais, mais les fans de bande dessinée et les cinéphiles devraient absolument suivre le mouvement, comme les amateurs de littérature et les musiciens, tant la trace de Hopper se fait sentir dans tous les domaines artistiques. C'est dire que s'il est une exposition à voir à Paris (jusqu'au 28 janvier), c'est bien celle-ci. La pâte de cet artiste n'a pourtant pas l'impact des originaux d'autres peintres lorsque l'on découvre enfin ce que l'on a connu qu'en reproduction, mais un tel rassemblement d'œuvres, dans leur format réel, nous plonge dans une histoire qui n'en finit pas.

D'un côté, la technique de Hopper, son style lisse, explique bien l'afflux de produits dérivés, cahiers, agendas, affiches, magnets, cartes postales, catalogues, etc., dont nous sommes inondés. D'un autre, le mérite de Didier Ottinger, commissaire de l'exposition, est d'avoir replacé Edward Hopper dans une chronologie biographique montrant qu'il n'est pas simplement une icône fondatrice du mythe américain, avec une forte critique caustique et dépressive, mais que ses sources parisiennes sont capitales dans sa formation. Si ses toiles réalisées lors de trois séjours à Paris entre 1906 et 1910 et ses illustrations de la Commune de Paris en portent le témoignage, toute son œuvre renvoie à Degas, Marquet ou Vallotton, en tout cas pour la manière de traiter ses personnages. Ses travaux de commande pour la publicité montrent à quel point ses illustrations ont marqué son œuvre, tandis que la lumière, composante majeure de ses toiles à venir, tient probablement plus de ses lectures du transcendantaliste Ralph Waldo Emerson tant ses flous sont philosophiques. L'universalité de cet immense artiste s'explique par ces multiples approches, narrative et énigmatique, fictionnelle et documentaire, figurative et abstraite... On admirera ainsi les gravures et aquarelles qui ont précédé les grands et sublimes tableaux qui l'ont rendu célèbre.

Ce qui frappe avant tout est l'impression de "déjà vu", expression américaine empruntée à la langue française, sorte d'effet Glapion qui nous fait croire que nous connaissons ses toiles alors que nous y reconnaissons leur empreinte sur le cinéma et l'imagerie américaine. On a cité Hitchcock, Lynch ou Wenders. On pourrait ajouter Antonioni et bien d'autres. Les paysages vides sont éminemment cinématographiques comme les personnages coupés en bord cadre rappellent la photographie, les fenêtres ouvrent sur des hors-champs dont on ne saura jamais rien, les tableaux évoquant des films sans histoire, énigmes à jamais closes sur elles-mêmes, ne laissant aucune place à l'interprétation, pas plus qu'ils n'imposent le moindre sens. L'œuvre ouverte ne se laisse jamais refermer par le spectateur. La réalité n'existe pas. Nous sommes en face de projections vaines qui nous renvoient à notre inanité.

P.S.: j'ai acheté l'appli iPad D’une fenêtre à l’autre commentée par Didier Ottinger que nous avons eu la chance d'avoir pour guide tout au long de l'exposition, mais 578,3 Mo prennent des plombes à télécharger, plus de 300 images ultra-haute résolution jusqu’à 30 millions de pixels, colorimétrie vérifiée par les conservateurs, 110 pages, 92 liens externes vers des livres numériques, des films ou de la musique (2,99 €) et je compte me plonger dans Dehors est la ville de François Bon, édition numérique publie.net (4,99 €) qui a pris quelques secondes seulement pour s'afficher sur mon écran et dont le sujet est évidemment Edward Hopper dont l'auteur commente les toiles par une véritable re-création... Signalons enfin l'incontournable film The Savage Eye de Ben Maddow, Sidney Meyers et Joseph Strick, joyau évoqué dans cette colonne il y a près de trois ans et que Hopper lui-même conseilla "si vous voulez connaître l'Amérique" ! Séance spéciale au Balzac à Paris le 15/11 et DVD Carlotta...

Illustration : First Row Orchestra (1951), huile sur toile 79x101,9 cm, Washington D.C. Hirschhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, don de la Fondation Hirschhorn.

mardi 9 octobre 2012

La Tour Eiffel à l'horizontale


Ma mère s'est fichue par terre dans son appartement. Plus moyen de se relever. Les pompiers. L'hôpital. On lui fait plein d'examens de la tête au pieds. Rien de cassé. Pas trace de la moindre araignée dans le plafond. Bizarres, ces machines ! Maman respire la santé. N'empêche qu'elle ne peut pas mettre un pied devant l'autre. Elle n'a jamais aimé marcher et elle en paye aujourd'hui les conséquences. Son lit d'hôpital donne sur le Parc de Saint-Cloud et surtout la Tour Eiffel. Pouvait-elle rêver mieux ? Elle a la même vue de sa chambre et de sa cuisine à Boulogne-Billancourt. Depuis qu'elle ne vit plus intra-muros à Paris, elle dit qu'elle est une déracinée. Là nous sommes à Sèvres où est conservé le mètre étalon. Ma mère a considérablement rapetissé avec l'âge, mais pas à ce point. C'était il y a une semaine. Les infirmières ont dû être contentes de voir partir "la patiente impatiente" comme elle s'est elle-même surnommée. Ma sœur lui a acheté un déambulateur pliant à deux roues avec siège escamotable. Il faut pousser les meubles, virer le tapis, laisser certaines portes ouvertes. À son âge et avec son caractère il faut une catastrophe pour qu'elle imagine changer ses habitudes. Elle a beau être misanthrope, ma mère représente un spécimen exemplaire de l'espèce humaine.

lundi 8 octobre 2012

Errare humanum est


Discussion passionnée avec Valéry Faidherbe sur le rôle capital de l'artefact dans la création artistique.
Nous avions assisté la semaine dernière à la projection d'Impressions de Jacques Perconte au Couvent des Bernardins. Le vidéaste compresse ses plans en abîme pour faire surgir des formes et des couleurs incroyables dont les mouvements acquièrent une puissance poétique époustouflante. Je me suis carrément envolé avec les oiseaux qui laissent une trace rémanente dans le ciel de Normandie ou j'ai cru rêver en symbiose avec la tendresse des deux vaches psychédéliques qui se confondent avec l'herbe qu'elles broutent.
Continuant dans la métaphore animalière Valéry cite l'opéra Nabaz'mob que j'ai composé avec Antoine Schmitt pour cent lapins communicants. L'erreur dans le système produit des variations infinies de l'œuvre et lui donne son sens, réflexion sur l'ordre et le chaos, sur la velléité de vivre ensemble sans y parvenir. S'il s'agit de cent robots interprétant musique et ballet il n'en reste pas moins qu'ils sont programmés par des humains et que l'imperfection est le propre de l'homme. Errare humanum est.
Chez tous les grands artistes c'est l'erreur ou la maladresse qui fait le style. Le reste n'est qu'académisme (le caca des mîmes). En poussant les machines dans leurs derniers retranchements l'artiste s'approprie la technique en la dévoyant de son propos initial. Lorsque je programme des sons sur un synthétiseur les plus intéressants sont ceux que son fabricant n'a pas prévus. Nous nous jouons de ces erreurs pour créer, cette perversion nous permettant de retrouver plusieurs travers qui caractérisent à la fois les artistes, mais aussi les humains dans leur nature dénaturée (je pense au magnifique roman de Vercors, Les animaux dénaturés) : l'imperfection poussée jusqu'au sublime, la maîtrise et son impossibilité, la vanité, vanité de faire et, plus encore, de défaire.
Et Bernard Vitet de me rappeler la fin de la citation latine : sed perseverare diabolicum !

samedi 6 octobre 2012

Votez pour moi !


Je crois n'avoir jamais gagné un concours auquel je postulais. Presque tous les prix gagnés dans les domaines de la musique, du cinéma ou des nouvelles technologies m'ont été attribués sans que je sache même que je concourais. Et si jamais j'en prenais l'initiative et qu'il m'arrivait de gagner je n'avais aucun espoir et le faisais simplement par acquis de conscience.
Tout a commencé à l'école primaire. Ce fut une grosse surprise pour mes parents lorsque j'obtins la première place. À cette époque je récoltai également un brevet de 50 mètres nage libre et la victoire d'un concours de twist en duo avec ma petite sœur ! J'ai déjà raconté la catastrophe de mon Prix d'excellence en sixième et ce qu'il m'en coûta. Plus tard, après avoir repassé le bac, je réussis le concours de l'Idhec uniquement pour faire plaisir à ma mère, encore une fois. Je voulais arrêter mes études, mais j'y suis resté par orgueil lorsque son directeur des études, Louis Daquin, me confia discrètement que j'étais le premier. Comme je lui répondais que j'avais l'habitude de l'ordre alphabétique et que je savais que j'étais le benjamin de la promo, il insista en précisant que j'avais obtenu les meilleures notes. J'en gardai le secret... Et ainsi de suite.
Le succès ne vient jamais d'où on l'attend. Chaque fois que nous avons tenté de concourir de notre propre initiative nous avons fait chou blanc. Ainsi la pièce Crimes parfaits d'Un drame musical instantané a été retoquée au concours de musique électroacoustique de Bourges. Cela ne m'empêcha pas de la publier dans sa version orchestrale en 1981 sur le vinyle À travail égal salaire égal, puis dans sa version originale en 1998 sur le CD Machiavel. Son impact me rappelle l'histoire de Monet que Sacha Guitry raconte dans Ceux de chez nous :
Lorsqu'en 1923 le ministre des Beaux-Arts vint à Giverny demander à Claude Monet une toile de lui pour le Musée du Louvre, Monet répondit : « Oui, je veux bien... Mais je veux la choisir moi-même.» Le ministre y consentit bien volontiers. On ne discutait pas d'ailleurs avec Monet. Et Monet désigna ce magnifique et grand tableau intitulé Femmes dans un jardin. - Mais mon cher Maître, lui dit le ministre, puis-je vous demander pourquoi vous avez choisi cette toile-ci plutôt qu'une autre ? - Oui, monsieur le ministre, j'ai choisi celle-ci, répondit Monet, parce qu'elle m'a été refusé au Salon de 1887.
Tout ça pour accrocher aujourd'hui une bannière en colonne de droite vous incitant à voter pour ce blog... Pfuit ! Est-ce de la vanité ou du fatalisme ? Des centaines de blogueurs sont en lice. Les Golden Blog Awards permettront peut-être d'attirer de nouveaux lecteurs. Je concours donc dans la catégorie Culture généraliste. À vous de cliquer, c'est ici en haut à droite de cette page ;-)

vendredi 5 octobre 2012

Dérapage contrôlé (2)


La cinéaste Françoise Romand a mis en ligne sur Vimeo la version intégrale de Dérapage contrôlé tourné à Agen en 1994, douze minutes étonnantes et intemporelles réalisées avec humour et plein d'espoir. Dans les studios du Florida répètent plusieurs groupes de jeunes musiciens. Une élue de droite, à l'origine du projet, tient un discours d'une intelligence rare dans le monde de la culture tandis qu'un de ses collègues du même parti rabâche de vieux clichés de classe.


En mai 2006 j'avais signalé ici-même la version courte publiée sur YouTube, mais avec le recul, plus de quinze ans après les faits, la perspective historique rend le film encore plus actuel que jamais. Il y a deux sortes d'œuvres, les millésimées et celles dont la date de péremption est inscrite sur le couvercle. Depuis Mix-Up ou Méli-Mélo, tous les films de Françoise (DVD ou VOD sur UniversCiné) se bonifient avec le temps...

La cinéaste termine actuellement un film sur les afficheurs Ella et Pitr et travaille à une comédie de long métrage...

jeudi 4 octobre 2012

Arnaque, poison ou réalité augmentée ?


J'ai souvent rêvé de devenir le Airto Moreira de la chanson française. Comme Airto Moreira, percussionniste, entre autres, de Miles Davis sur l'album Bitches Brew, personnalisait les morceaux en ajoutant du persil aux orchestrations, j'adorerais saupoudrer les arrangements avec quelque gimmick de mon invention. Ces épices rares donneraient une couleur inédite à la musique, un petit quelque chose de plus, une perspective. J'imaginerais des sons électroniques ou bruitistes adaptés à chaque chanson, narratifs ou purement sensibles. Insuffler une brise cinématographique dans la musique à l'image des artistes qui soulignent leurs interprétations d'un jeu dramatique.
Il y a quelques années, directeur artistique pour le chanteur mahorais Baco, j'avais mixé les klaxons d'un embouteillage à la section de cuivres pour une chanson sur la pollution, fait traverser l'océan indien à un voilier encerclé d'oiseaux marins, lui avait donné la réplique grâce à la voix de personnages qu'il évoquait, autant de contrepoints en forme de contre-champs, voire de hors-champ. Aucune illustration redondante, mais l'installation d'une dialectique qui multiplie les lectures. Une autre fois, j'avais recréé une scène de film pour un cover de Sorry Angel de Gainsbourg par le guitariste Jef Lee Johnson avec la comédienne Nathalie Richard. Ou imaginé de courts interludes pour les trois albums du somptueux Chronatoscaphe commémorant le quart de siècle du label nato. Etc.
Hier après-midi, le violoniste Lucien Alfonso est passé au studio pour que j'ajoute des sub-basses à l'enregistrement d'un morceau du premier album du Toukouleur Orchestra. Avec juste un sax et un violon certains arrangements sonnent comme la section de cuivres de Soft Machine sur des rythmes afro ! Les années 70 ont laissé de sacrées traces. Nous avons ensuite fabriqué des sons supersoniques, entre jet et cosmos, trafiquant sa voix avec l'Eventide H3000 et terminé la séance avec les suraigus d'un supposé satellite et la fraise d'un dentiste. J'ignore si nous avons atteint le nirvana annoncé par le titre, mais j'ai eu un peu de mal à redescendre pour écrire mon article.
Nous n'avions pourtant usé d'aucun expédient, ni végétal, ni chimique, ni même sonore, puisque nous n'avons encore jamais testé les drogues sonores d'I-Doser. Ces centaines d'épices aux noms évocateurs s'écoutant au casque seraient susceptibles de produire des effets comparables à certains hallucinogènes, émotions orgasmiques et autres produits illicites qui font chavirer le ciboulot. Arnaque, poison ou réalité augmentée, allez savoir...

mercredi 3 octobre 2012

Leonardo bouge encore


Pour celles ou ceux qui suivent ce blog depuis sept ans ou moins, je plonge aujourd'hui dans une énième analyse du processus de création que j'ai coutume de nommer discours de la méthode.
Lorsque l'on compose ou que l'on crée quoi que ce soit, on croit parfois tenir du solide mais il suffit d'un courant d'air pour que tout s'évapore. Ainsi, depuis juin, je suis certain de tenir la musique principale de l'œuvre que nous construisons pour iPad avec Nicolas Clauss. Il s'agit même du fondement de la méthode que j'ai choisie. J'ai d'abord écrit quatre petites pièces inspirées de la Renaissance, voire de morceaux composés par Leonardo da Vinci lui-même. Elles doivent servir comme canevas à tout le reste, sans ne jamais être diffusées telles, mais retravaillées selon des processus pervers dont j'ai le secret. Même tonalité de mi bémol pourtant, idée aussi sotte que grenue qui n'arrangera pas Vincent Segal dont aucune des cordes ne pouvait sonner à vide, et même tempo de 100 à la noire. Il fit aussi des merveilles avec l'arbalète, le violon alto électrique en laiton et plexiglas construit par Bernard Vitet avec Raoul de Pesters.
Les 78 notes isolées que j'enregistre moi-même pour la première partie éminemment interactive en découlèrent, et je diffusai au casque les quatre pièces à mon camarade violoncelliste pour qu'il improvise de courtes boucles pour la seconde partie. Là-dessus, je monte, mixe et nous venge pour ne conserver que le quatrième essai, le plus lent, associant 27 boucles, jusqu'à quatre par quatre, dans des combinatoires quasi infinies. Les ambiances que j'enregistre pour la cinquième piste s'avèrent beaucoup trop chargées et je dois les remplacer par des décors aux propriétés aussi évocatrices que narratives. Chez moi cela signifie que l'auditeur peut se faire son propre cinéma, d'autant qu'en les diffusant avec des images aussi variées que celles de Nicolas les effets de sens se multiplient à foison. Je tenais donc les deux premières parties, persuadé que la troisième s'appuieraient sur les quatre pièces écrites à l'origine du projet commandé par la Cité des Sciences et de l'Industrie.
C'était sans compter la bande-annonce réalisée par Sonia Cruchon, notre infatigable et zélée chef de projet. En en composant la bande-son je me rends compte que je tiens la musique de La machine à rêves de Leonardo da Vinci. C'est le titre de l'œuvre. Je recycle pour la partie III les ambiances écartées de la II et jette à la poubelle trois des quatre pièces initiales qui n'ont en fait rien donné de bon depuis le début. La quatrième suit le même chemin, mais au moins je m'en suis servi.
Je ne jette jamais rien, ni ne critique, sans proposer une solution plus convaincante. Les 14 boucles réalisées avec les cordes transformées par le H3000, un effet brintzingue programmé par mes soins, jouent alors le rôle d'orchestre pour que j'y superpose des instruments concertants en relation avec les différentes couches graphiques programmées par Nicolas Buquet. Les tests orientent mon choix vers une flûte roumaine en bois, la trompette à anche, une boîte à musique parfaitement en phase avec l'objet virtuel finalisé par Mikaël Cixous, un glassharmonica un peu en avance sur son temps, un marimba pour les parties rythmiques et un chœur qui me permet d'intégrer la voix humaine au projet. Petit aperçu très bientôt dès que la bande-annonce est en ligne !

mardi 2 octobre 2012

Entrée à volonté


On entre. On sort. Par la porte. Par la fenêtre. On entre. On sort. Par le col ou le bistouri. Les pieds devant. La tête la première. On entre. On sort. La tête haute. Les épaules rentrées. On entre. On sort. Comme un hareng ou en ermite. En rang d'oignons ou avec un drapeau. On entre. On sort. La glace explose en mille morceaux. Le vent s'engouffre. Les tapis volent. On entre. On sort. Question de volonté. Ou d'appétit. Mais question sans réponse. On entre. On sort. Sur la pointe des pieds. En fanfare. Comme si de rien n'était. Avec les honneurs. On entre. On sort. Au delà du seuil rien d'autre n'existe. C'est si court. Que l'on marche ou que l'on courre. Pas le temps de dire ouf. On entre. On sort. D'un pied sur l'autre. Une hésitation. Mine d'entrer. Semblant de sortir. Plus vite cette fois. Une vibration. On y entre. Encore plus vite. Encore. Encore. On ne s'en sort pas.

lundi 1 octobre 2012

Est-ce vraiment raisonnable ?


Des copains de mon beau-frère lui ont offert une guitare en bonbons pour son soixantième anniversaire. Ce n'est pas raisonnable, surtout avant le repas. Il n'y a pas touché, du moins jusqu'à notre départ, ma sœur ayant passé la semaine à préparer un buffet planétaire aux spécialités plus savoureuses les unes que les autres. Nous avions déjeuné légèrement afin de garder l'appétit pour son somptueux dîner. J'ai particulièrement adoré les brochettes de crevette à la noix de coco et à la mangue. Ma nièce nous confie en secret que son père se lève toutes les nuits pour manger des bonbons. Ce n'est pas raisonnable, d'autant que les cordes en réglisse produisent de l'hypertension dont il est légèrement atteint. Ce n'est pas raisonnable, pas plus que ma mie qui abuse du punch et s'achève au vin rouge, au demeurant excellent. Sommeil. Les jeunes commentent, les uns s'amusent de cette adolescence qui n'en finit pas, les autres trouvent rassurant que l'on continue toujours à faire des bêtises. Certains ne deviennent jamais sages, d'autres ont perdu depuis longtemps la fantaisie qui donne du sel à la vie. Est-ce vraiment une question d'âge ? Il en va ainsi de la manière de nous affubler, de nos propos en société, des risques que nous prenons dans notre travail ou dans la vie, de nos rêves prétendument inaccessibles, de notre résistance à la barbarie, de notre responsabilité, de la folie... Nous marchons sur une corde raide, testant notre souplesse pour voir jusqu'où on peut aller trop loin.