Jean-Jacques Birgé

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jeudi 28 février 2013

Construire un arc musical


Parmi les petits sujets tournés en 1993 pour mon film Idir & Johnny Clegg a capella je n'avais jamais regardé celui où Clegg fabrique des arcs musicaux avec les bambous de son jardin. Je l'ai conservé ici dans la continuité comme s'il s'agissait d'un didacticiel. Il n'y aurait qu'à suivre chacune des étapes. Une petite démonstration de lutherie roots.


Collectionneur de tout ce qui peut produire du son et virtuose de la guimbarde, je n'osai pourtant pas demander à Clegg de m'offrir l'un de ces arcs ou de m'en construire un tant cela lui avait donné du mal. Mais je possédais au moins le mode d'emploi. Vingt ans plus tard, les bambous de mon jardin ont largement atteint la maturité requise. Eux, moi pas.

mercredi 27 février 2013

L'argent de M. L'Herbier par Un d.m.i. (1988)


Rien n'a changé depuis le krach de l'Union Générale de 1882 et le scandale de Panama de 1888 qui inspirèrent Émile Zola pour L'argent. Rien n'a changé des mécanismes boursiers depuis que l'écrivain les décrivit dans son roman publié en 1891, dix-huitième volume de la série des Rougon-Macquart. Rien n'a changé depuis l'adaptation sublime que Marcel L'Herbier en fit pour le cinématographe en 1928 à la veille du krach boursier. Rien n'a changé depuis celui d'octobre 1987 lorsque nous travaillions sur la musique du film de L'Herbier pour le centenaire du cinéaste. Rien n'a changé, si ce n'est le peu d'audace du cinéma actuel en comparaison des inventions de ce qu'il est aujourd'hui coutume d'appeler la Première Vague à laquelle appartenaient aussi Jean Epstein, Germaine Dulac, Louis Delluc... L'argent est un chef d'œuvre de 3h14, durée bollywoodienne qu'à ma grande surprise YouTube accepta sans rechigner. Si Un Drame Musical Instantané interpréta beaucoup plus souvent Le cabinet du Docteur Caligari, La glace à trois faces ou La Passion de Jeanne d'Arc, des 26 films que nous mîmes en musique depuis 1976 c'est probablement, avec L'homme à la caméra, le plus réussi de nos ciné-concerts.


Composée par Bernard Vitet (trompette, bugle, violon, trompette à anche, piano, percussion), Francis Gorgé (guitare électrique, synthétiseur, échantillonneur, valse, percussion) et moi-même (synthétiseur, échantillonneur, harmoniser, reportages, flûte, voix, inanga, percussion), la musique sait jouer des silences, évitant la logorrhée des versions du Napoléon de Gance dues à Carmine Coppola ou à Carl Davis. Comme avec L'homme à la caméra composée pour un orchestre de 15 musiciens, la partition de L'argent pour notre trio évite toute nostalgie pour propulser le chef d'œuvre de L'Herbier à notre époque, en soulignant ainsi l'actualité tant formelle que narrative. Enregistré par mes soins au Studio GRRR à Paris le 2 mars 1988, la création eut lieu les 21 et 22 janvier précédents au Théâtre À Déjazet. Avant de mettre le film en ligne j'en avais édité les meilleurs extraits pour constituer un disque qui resta également dans nos cartons jusqu'à sa publication virtuelle, gratuite en écoute et téléchargement sur drame.org.

Photo d'Un d.m.i. © Jean-Jacques Henry

mardi 26 février 2013

Que transmettre ?


Ils étaient quinze à venir au studio, quinze élèves de 3e en SEGPA (Section d'enseignement général et professionnel adapté) avec leur prof principal et trois autres adultes dont deux de Zebrock. L'espace s'est avéré plus grand que je ne l'imaginais. Pourtant vingt personnes qui déboulent à la porte du jardin sous la neige c'est impressionnant, avec leurs anoraks bouffants et leur taille d'ados du XXIe siècle. Nous avons écouté ensemble ce qu'ils avaient réalisé avec FluxTune. C'était sympa, mais pour eux, sans paroles ce n'est pas vraiment de la musique. Le format chanson est la règle. Et puis il manque des instruments. J'ai fait trois accords au clavier pour leur montrer, mais il eut fallu que je pousse la chansonnette pour les convaincre complètement. J'en ai remis une couche sur la passion de faire un métier qui vous plaît avant de se demander comment "gagner de la thune". Travailler sept jours sur sept, quinze heures par jour, leur fait peur et les déstabilise. Leur prof tente de leur expliquer ce que signifie gagner sa vie avec un métier qu'on a choisi, sans autre patron que soi-même. Ce n'est pas si simple, il y a tout de même les clients, les partenaires culturels, Pôle-Emploi...

Dans mes interventions j'ai l'impression que mes leçons de morale civique furent plus déterminantes que l'expérience musicale. J'avais appelé cela "Jouer de la musique est une activité ludique". Le texte d'accompagnement expliquait : On dit jouer de la musique, comme on dit jouer la comédie. Les autres artistes travaillent, on ne joue ni un tableau, ni un roman. Les musiciens n'abandonnent jamais la part d'enfance qui les a initiés. Cherchant à partager l'excitation et la magie du jeu qui est celle de tous les interprètes, j'ai imaginé des instruments qui puissent être utilisés sans aucun apprentissage, entendre qu'ils ne nécessitent pas des années d'étude avant de pouvoir en jouir. Avec Frédéric Durieu nous avons ainsi inventé les machines virtuelles La Pâte à son (commande la Cité de la Musique) et FluxTune (déclinaison inédite beaucoup plus complexe). Entre le Lego et le Meccano, ces programmes permettent à chacune et chacun de composer des œuvres inouïes selon de nouveaux principes. D'un autre côté, Edgard Varèse a posé que la musique est l'organisation des sons. On peut en faire avec toutes sortes d'objets sans que ce soient nécessairement des instruments répertoriés. De même que l'on ne peint pas avec ses mains mais avec ses yeux, tout commence par l'écoute du monde qui nous entoure.
Trois axes me guidaient : l'écoute du monde ordinaire comme une partition des plus extraordinaires, la composition musicale grâce à des programmes informatiques ludiques ne nécessitant aucun apprentissage préalable, la découverte d'objets sonores les plus incongrus ouvrant l'imagination vers l'inouï.

lundi 25 février 2013

Sarajevo Suite (live 1994)


Je fouille, dépoussière, éternue, exhume, exulte enfin lorsque je découvre les archives vidéographiques laissées de côté depuis tant d'années. J'avais bien mis en ligne sur YouTube, DailyMotion ou Vimeo quelques petits machins, extraits "vus à la télé", entretiens, conférences, home movies, répétitions, témoignages divers et variés d'un workaholic, mais certains documents m'avaient échappé. Ou bien leur durée semblait incompatible avec le Web... 66 minutes pour L'homme à la caméra, 57 minutes pour J'accuse, 2h16 pour Sarajevo Suite, 3h14 pour L'argent ! La progression est exponentielle. La chasse au trésor se révèle plus miraculeuse que la création d'emplois. Raison de plus pour prendre le temps de numériser ces VHS rangées sur une étagère inaccessible sans une dangereuse escalade. Je pense à Charles Valentin Alkan, le Berlioz du piano, écrasé par sa bibliothèque en cherchant à attraper un exemplaire du Talmud !


Claude Piéplu accepte de jouer le récitant de l'unique concert donné à l'occasion de la sortie du CD Sarajevo Suite au Festival des 38e Rugissants à Grenoble le 30 novembre 1994. André Dussollier et Jane Birkin avaient tenu ce rôle sur le disque dont je m'étais occupé avec Corinne Léonet. Je mets donc en scène la soirée. Interviennent par ordre d'apparition : Piéplu, Pierre Charial, Un Drame Musical Instantané, Bernard Vitet, Kate Westbrook, le Balanescu String Quartet (Alexander Balanescu, Clare Connors, Andrew Parker, Sian Bell), Henri Texier Azur Quintet (Bojan Z, Noël Akchoté, Sébastien Texier, Tony Rabeson), Gérard Siracusa, Mike Westbrook, Chris Biscoe, le film Le Sniper de J-J Birgé, Lindsay Cooper Quintet, Thomas Bloch, Phil Minton, Dean Brodrick, la voix d'Abdulah Sidran, auteur bosniaque des poèmes qui ont inspiré les divers compositeurs...

Dix-huit ans plus tard, la Planète Sarajevo qu'évoque Claude Piéplu a d'absurdes résonances Shadok. La prophétie s'est vérifiée. Le monde marche sur la tête. Le siège aura marqué le retour d'une barbarie décomplexée, le blanc-seing aux pires atrocités sans que quiconque ne bouge. Au moment de l'enregistrement l'heure est grave. Il s'agit de reconstruire la ville, mais qu'en est-il des habitants ? Ce qui était le sujet de la série télévisée Chaque jour pour Sarajevo à laquelle j'avais participé se retrouve dans le ton des artistes présents sur la scène du Cargo. Ils se succèdent sans temps mort. C'est réglé comme du papier à musique, sauf qu'ici tout se fait de tête et avec le cœur.

vendredi 22 février 2013

J'accuse...! (1989)


Les archives se suivent, mais ne se ressemblent pas. 1989, c'était le Bicentenaire de la Révolution française. Trois ans avant de monter Le K avec Richard Bohringer qui nous valut une nomination aux Victoires de la Musique, nous avions choisi l'acteur pour incarner Émile Zola dans son célèbre pamphlet J'accuse, modèle du genre et article historique de 1898 sur le racisme et l'antisémitisme publié à l'occasion de l'affaire Dreyfus. L'article était paru sous la forme d'une lettre ouverte au président de la République française, Félix Faure, dans le journal L'Aurore. Un film de notre spectacle avait été tourné, mais personne ne le vit jamais, du moins à ma connaissance.


Ce 18 novembre 1989, Christian Gomila tourna le spectacle à cinq caméras, mais la coupure des instrumentaux au montage me contraria tant que j'oubliai le film dans sa boîte jusqu'à aujourd'hui. Dommage, car la captation donne une bonne image du genre de spectacle que nous montions à cette époque, même si l'orchestre frigorifié jouait complètement faux !
Avec Bernard Vitet et Francis Gorgé nous avions choisi d'accompagner un texte pour changer de nos ciné-concerts qui commençaient à devenir à la mode. Notre trio d'Un Drame Musical Instantané en composa donc la musique. Arnaud de Laubier nous présenta le metteur en scène Ahmed Madani qui apportait dans sa musette le scénographe Raymond Sarti, le créateur lumière Thierry Cabrera et la costumière Malikha Aït Gherbi. De notre côté nous amenions Bohringer alors au plus haut de sa cotte de popularité, la chanteuse Dominique Fonfrède et les 70 musiciens de l'Orchestre Départemental d'Harmonie des Yvelines dirigé par Jean-Luc Fillon !


Raymond Sarti avait collé un chapiteau gonflable de cinq étages de haut le long de l'une des tours de Mantes-la-Jolie destinée à être détruite. La façade de l'immeuble comme l'ancien parking ainsi recouverts étaient entièrement bleus avec de grosses croix blanches ici et là. Il avait fait creuser une tranchée pour notre trio, monter une colline pour l'orchestre et empiler des sacs de jute au milieu de la scène. Des croisillons plantés dans la terre donnaient au décor des allures de Verdun. Tout avait été repeint, un étrange mélange de Yves Klein, Christo et Kubrick ! Richard arpentait les étages jusqu'aux balcons. Son rôle lui permettait les envolées lyriques qu'il affectionnait. La même année, nous avions repris la partie de l'orchestre sous le titre de Contrefaçons à la Maison de la Radio. Comme d'habitude, Bernard Vitet jouait des trompettes, Francis Gorgé des guitares, et j'étrennai mon synthétiseur Ensoniq VFX-SD.
De même que nous avions choisi une image du Ku Klux Klan pour annoncer le spectacle, nous avions demandé à Dominique de reprendre Der Hass ist der Armen Lohn que je chantais dans l'album Kind Lieder, histoire d'universaliser notre propos. Comme nous jouions au milieu des tours de Mantes, Ahmed Madani avait engagé comme service d'ordre les gars plus méchants de la cité, ce qui n'empêcha pas la femme du vice-président de Louis Vuitton, dont la Fondation pour l'Opéra et la Musique nous aidait, de recevoir un caillou sur la tête ! Cela marqua la fin de notre collaboration ! Trois ans plus tard, Dominique Cabrera tourna Chronique d'une banlieue ordinaire sur les anciens habitants de la tour qui allait être détruite et j'en composai la musique...

jeudi 21 février 2013

Ceux de chez nous


Avec son nouveau look Bernard Vitet ressemble à Ceux de chez nous. Je pense à Monet, à Degas, à Rodin, à Saint-Saëns, tous illustres barbus filmés par Sacha Guitry en 1915. Dommage que Bernard ne porte pas sa trompette à ses lèvres, mais une simple canette faite d'un autre métal ! Ses mains décharnées et son regard perçant rappellent surtout Pierre-Auguste Renoir...


Comme chaque fois que je viens le voir, là dans une clinique de convalescence, j'apporte mon iPad pour lui faire écouter de la musique, réminiscences du passé ou propositions à venir. Hier j'étais venu avec des images, L'homme à la caméra mis en ligne le matin-même, J'accuse...! avec Richard Bohringer, Sarajevo Suite où l'on peut le voir et l'entendre entre autres en trio avec Claude Piéplu et le contrebassiste Henri Texier. Ces documents feront bientôt l'objet de nouveaux articles, mais j'aimai lui en livrer la primeur. Si, alité, dans l'univers hospitalier, il oublie parfois les extraordinaires moments qu'il a vécus, son esprit est intact. J'ai pensé que son sourire rassurerait les camarades qui s'inquiètent hélas à juste titre sur sa santé. C'est à sa voix que l'on sait comment il va. Grave, tout va bien.

mercredi 20 février 2013

L'homme à la caméra par Un Drame Musical Instantané (1983)


Trente ans déjà. Trente ans pour nous, mais quatre-vingt-quatre pour Dziga Vertov puisque L'homme à la caméra date de 1929. Nous avions choisi son Laboratoire de l'Ouïe comme modèle à nos élucubrations. Plutôt qu'illustrer platement le film nous avions préféré inventer de nouvelles formes, dévorant le livre de Georges Sadoul et, surtout, les écrits du cinéaste. Si la création eut lieu à l'occasion du Festival Musica à Strasbourg le 5 octobre 1983, le grand orchestre d'Un Drame Musical Instantané enregistra notre partition originale le 14 février 1984 au Théâtre À Déjazet à Paris lors de la quatrième représentation. Avec Francis Gorgé et Bernard Vitet, nous partagions la direction de l'orchestre composé de quinze musiciens et musiciennes. L'électronique se mêlait aux vents, aux cordes, aux percussions et à une lutherie originale inventée par la flûtiste Hélène Sage et Bernard. J'avais même écrit des chansons pour lui, pour la contrebassiste Geneviève Cabannes, et pour le violoncelliste Didier Petit dont c'était la première vocale. Le document n'est pas d'une qualité exceptionnelle, mais sa rareté et son antériorité sur nombreuses compositions qui suivirent m'ont semblé justifier sa mise en ligne. J'avais publié une répétition de l'orchestre datant de 1986, mais l'archive présentée ici était passée à la trappe. N'ayant pu filmer le spectacle dont la première partie consistait en la partition seule sans le film suivie du ciné-concert, j'avais à l'époque remonté la musique directement sur la VHS avec le bouton de pause afin de la resynchroniser. La copie 16mm avait été projetée sur le mur du salon ! Le résultat est là, 1h06mn :



Je n'aurais jamais imaginé exhumer cette archive si une étudiante en Master Recherche en Musicologie ne m'avait interrogé sur ses difficultés à synchroniser notre disque avec le film. Je crois comprendre que son travail consiste à comparer les différentes versions que ce chef d'œuvre cinématographique inspira. Un vinyle 33 tours 30 cm ne pouvant contenir toute la partition, nous avions été obligés de couper. Notre mémoire n'avait retenu que l'enregistrement discographique laissant dans l'ombre nombreuses parties.

La composition musicale était signée du Drame, soit Bernard Vitet, Francis Gorgé et moi-même, sauf une petite séquence due à Hélène Sage. L'orchestre était donc composé de Francis Gorgé (direction, guitare électrique, frein), Bernard Vitet (trompettes, trompette à anche, double bombarde, flûte, voix) et moi (direction, synthèse numérique en temps réel, reportages, piano, trompette à anche, flûtes, guimbarde, mélodica, voix), plus Youenn Le Berre (flûtes, flûte électrique, basson, saxophone ténor), Magali Viallefond (hautbois, cor anglais, flûte, tôle à voix, orgue de cristal), Hélène Sage (flûtes, voix, clarinette basse, glissarinette, bouilloire, bazar), Patrice Petitdidier (cor d'harmonie), Philippe Legris (tuba), Jacques Marugg (vibraphone, marimba, percussion), Gérard Siracusa (percussion, marimba), Bruno Barré (violon, violon à pavillon), Nathalie Baudoin (alto), Marie-Noëlle Sabatelli (violoncelle), Didier Petit (violoncelle, voix), Geneviève Cabannes (contrebasse, clavier, voix). Daniel Deshays enregistrait le son, Serge Autogue l'amplifiait.

En 1971, L'homme à la caméra est le premier film qui nous fut montré un matin à la Cinémathèque Française lorsque j'entrai à l'Idhec. Dans la grande salle du Trocadéro quasiment vide mes gargouillis dans le ventre me semblaient briser son mortel silence et m'empêchèrent de jouir du spectacle. C'est probablement de cette expérience douloureuse qu'est née chez moi l'idée d'accompagner les films muets par de la musique jouée en direct, comme nous le fîmes dès 1976 avec plus d'une vingtaine à notre répertoire. Je ne compris que plus tard l'immense influence que le chef d'œuvre de Vertov eut sur moi, tant dans ma musique que dans ma vie.

mardi 19 février 2013

2 nouveaux albums chez GRRR : Solo dépaysage et Pozzallo


Pozzallo et Solo dépaysage sont les quatrième et cinquième albums chez GRRR auxquels je participe depuis le début de l'année après dans tous les sens du terme avec Vincent Segal et Antonin-Tri Hoang, Récréation avec Alexandra Grimal, Rêves et cauchemars avec Edward Perraud et Antonin-Tri Hoang. En cette période de vaches maigres, travailler, créer, rêver, s'activer restent les meilleurs remparts contre la déprime. Trois de ces cinq disques virtuels ont pourtant été enregistrés en concert moyennant salaire, mais les tarifs sont à la baisse et, même avant les restrictions budgétaires, il faut jouer énormément pour arriver à boucler son mois. Seules les commandes assurent un revenu décent. Tandis que certains préfèrent se tirer dans les pattes plutôt que profiter de la solidarité, se retrouver pour des créations collectives est un plaisir absolu. Toutes les séances et les spectacles enregistrés ici furent des moments de grâce, des arrêts du temps qui tendaient vers l'infini, des tranches de gâteau comme les appelait Jean Renoir, plus délicieuses encore que des tranches de vie.

Il en fut donc ainsi de la rencontre du plasticien Nicolas Clauss et moi-même avec le compositeur-clarinettiste Sylvain Kassap avec qui ni l'un ni l'autre n'avions jamais joué sérieusement, mais que nous avions souvent évoquée. Pour cette création organisée à Aix-en-Provence par Seconde Nature, Sylvain avait apporté sa clarinette et son ancêtre le chalumeau, sa clarinette basse et deux Kaospads dans lesquels il pouvait également diffuser quelques sons préenregistrés sur son iPhone. De mon côté je jouais essentiellement d'un clavier commandant divers instruments virtuels tels glassharmonica, piano électrique préparé (Arpettes) ou même orchestre à cordes (Pozzallo). J'utilisai le Tenori-on pour la pièce répétitive Entraves et transformai les sons interactifs de Nicolas sur Jumeau Bar et Fès ou la clarinette basse de Bâches avec mon H3000. La première partie se déroula comme sur des roulettes, mais Nicolas appuya malencontreusement sur la touche de son clavier numérique au début de la seconde, générant chez lui une panique l'obligeant à redémarrer toutes les machines alors qu'il eut suffi de réappuyer sur la touche fatale ! Au grand soulagement de tous, le spectacle s'étala à nouveau sur les trois grands écrans, détails retravaillés en direct de la scène capitale, un orage en pleine mer que j'accompagnai également du son d'un naufrage, paraphrasant l'accident dont nous venions de sortir plus ou moins indemnes. En rappel, nous reprîmes Pozzallo (qui donne son titre à l'album) en remplaçant le calme adagio de la première partie par une rythmique brutale avec Sylvain éructant dans son instrument comme un damné, manière vigoureuse de terminer une soirée riche en surprises et dont l'enregistrement rend bien la complicité lyrique et les évocations quasi radiophoniques.


Le précédent album fut aussi enregistré en public, cette fois dans le cadre d'I.R.L. Performances à Paris et en binôme avec le vidéaste Jacques Perconte. J'ai déjà raconté mon peu d'appétence pour le solo, mais à la réécoute je comprends que je fus le seul frustré de la soirée, les spectateurs ne pouvant être conscients de mes réserves, puisqu'elles concernaient mes difficultés techniques à me déhancher comme un malade pour que les spectateurs puissent jouir au mieux de la composition musicale que j'improvisais en suivant la projection. Une fois n'est pas coutume, Solo dépaysage est donc une expérience que je peux enfin partager en toute quiétude, mais que je ne souhaite pas reproduire, préférant de très loin accompagner en trio les manipulations en temps réel de notre camarade vidéaste comme prévu le 4 juin prochain à Pantin par le Festival Côté Court.

Sur drame.org, en marge des disques physiques (LP et CD) vendus sur le site, 43 albums (97 heures de musique inédite) sont offerts gratuitement en écoute et téléchargement, avec possibilité de faire une donation par PayPal ;-) En page d'accueil réside une radio aléatoire tandis que chaque album est accessible indépendamment...

lundi 18 février 2013

Apprivoisé


Il faut parfois du temps pour se laisser apprivoiser par un chat. À la maison, Scotch m'enjambe tous les matins, sans aucune reconnaissance du ventre puisqu'il va s'allonger sur celui de Françoise après m'avoir marché dessus alors que c'est moi qui lui donne le plus souvent à manger. À Saint Clément de Rivière il nous aura fallu de nombreuses années avant que NaNob vienne me faire un gros câlin en ronronnant. Il est vrai qu'à remuer tout le temps je ne dois pas être très rassurant. Je me demande aussi si le fait que Scotch est un mâle et NaNob une femelle ne participe pas à ces jeux croisés. J'y mets pourtant du mien, persuadé de parler quelques rudiments de langage félin. Bernard m'avait appris à insulter dans leur langue et Lupin m'avait sauté ce jour-là à la figure, phénomène qui ne s'est jamais reproduit car j'évite désormais de regarder un chat dans les yeux en faisant mine de gratter le sol comme si j'enterrais mes crottes. Le reste est essentiellement question de ton, même si nos amis comprennent parfaitement certains phonèmes ou quelque enchaînement de syllabes, surtout s'il s'agit de leur nom. Sinon j'essaie de transposer comme je le fais lorsque je feins de parler une langue étrangère dont j'ignore presque tout. Mon intérêt pour les autres cultures que la mienne m'aident considérablement dans mes tentatives de dialogue. J'étais si content que NaNob vienne partager ma sieste que j'ai attrapé l'iPad et immortalisé ce délicieux moment. Le lendemain la chatte a passé sa journée sur Françoise, contrariant ma théorie.

vendredi 15 février 2013

Les Allumés sur la brèche


Saine lecture que celle du n°31 du Journal des Allumés du Jazz (20 000 exemplaires papier et gratuitement téléchargeable) ! Ça attaque fort sur deux pages d'entretien avec Paul Jorion, l'un des rares commentateurs économiques à avoir prédit la crise des subprimes de 2007 et la récession qui s'en suit. Interrogé par Philippe Schoonbrood, il s'y révèle grand amateur de musique. De Duke Ellington à Albert Ayler il glisse doucement vers des considérations plus politiques qui font plaisir à lire. Plus loin l'évocation de Notre-Dame des Landes par Cattaneo, Timothée le Net et Jean Rochard fait miroir à l'expulsion récente des Roms contée par Patrick Williams. La résistance s'organise, du magasin de disques Le Souffle Continu au kiosque à journaux face au 119 avenue de Flandres. La bassiste Fanny Lasfargues commente le hug policier de Guy Le Querrec. Pablo Cueco tire sur la corde sensible du violoniste Régis Huby, Jacques Oger laisse improviser le percussionniste Seijiro Murayama jusqu'à sa plus simple expression, la voix. Les documentaristes Frank Cassenti, Samuel Thiébault et Christine Baudillon évoquent leurs films sur quelques jazzmen et Jean-Louis Wiart leur absence du petit écran. Hommage aux trompettistes Ted Curson et Jean-François Canape, édito disco des Allumettes, illustrations de Stéphane Cattaneo, Efix, Faujour, Sylvie Fontaine, Julien Mariolle, Boris Mirroir, Ouin, Pic, Jeanne Puchol, Rocco, Andy Singer, Zou jusqu'à la couve de Gabriel Rebufello, tout ce qui tient chaud aux oreilles est compilé.

jeudi 14 février 2013

Sur le Cours Mirabeau coule la scène


Quels que soient l'endroit et l'époque il est absurde de se cantonner au circuit resto-théâtre-hôtel sans ne rien voir de la ville où nous jouons. Certains camarades ne connaissent de Tokyo ou Montréal que leurs aéroports et leurs autoroutes. Entre la balance et le spectacle nous filons donc sur le Cours Mirabeau voir les platanes en pyjama de Yayoi Kusama, auteure d'installations friandises dans lesquelles nous nous sommes plus d'une fois immergés dans le passé. Les champignons hallucinogènes de l'octogénaire japonaise nous mirent en condition pour aborder les délires plastiques de Nicolas Clauss auxquels Sylvain Kassap et moi-même donnions la réplique pour Seconde Nature à Aix-en-Provence. Si la performance audiovisuelle sur trois écrans était difficilement filmable on pourra bientôt profiter de sa partition sonore sous la forme du 43ème album virtuel offert par le site drame.org. Entre deux calissons, car il ne faut pas non plus négliger les spécialités du cru, nous eûmes le temps d'aller visiter l'exposition d'une seconde et brillante octogénaire, Agnès Varda, consacrée aux bouches du Rhône dans le cadre de Marseille 2013.


La réalisatrice a accroché des portraits de groupes de différentes villes du département en jouant sur les mots. Telles ces bouches écloses sur le fleuve. La plus mignonne des installations est une photo prise par Agnès sur le toit de la Cité Radieuse en 1956 lorsqu'elle n'était que photographe, précédée et suivie d'une mise en scène de l'action supposée des personnages. Grosse équipe, travelling, décor reconstitué à Sète, comédiens pour rejouer en vidéo un imaginaire documenteur tel qu'elle les affectionne.

mercredi 13 février 2013

Les garçons de la bande


Il fallait être gonflé pour réaliser en 1970 un film sans tabou sur le milieu homosexuel à New York. Adapté d'une pièce de Broadway au succès imprévisible, Les garçons de la bande (Boys in the band) reprend la distribution de la pièce dont les comédiens sont tous exceptionnels. Produit par son auteur Mart Crowley, le film est un tour de force cinématographique pour le jeune William Friedkin qui tournera French Connection l'année suivante. Mise à part l'introduction présentant rapidement chaque personnage dans les rues de l'Upper East Side et que l'on ne résistera pas à revoir dès la projection terminée, l'action se passe en temps réel dans l'appartement d'un des neuf garçons. Le découpage est à la hauteur des dialogues ciselés et de la qualité de l'interprétation. Une merveille !
Si les personnages pourraient être les mêmes aujourd'hui, les conditions sociales ont changé depuis quarante ans. Il faut imaginer ce que cela signifiait d'être homosexuel en 1967, date où la pièce fut écrite par Crowley. Si cette sortie en DVD par Carlotta tombe au moment du débat sur le mariage pour tous et toutes, les réactions de l'époque étaient autrement plus brutales, au mieux une incompréhension totale. La sexualité des garçons passe au-dessus des clivages religieux, sociaux ou raciaux. Encore que sur ce dernier point le rappel à l'ordre sera particulièrement douloureux. Commencé comme une comédie exubérante, le film glisse doucement vers le drame psychologique, les visages fondant sous la chaleur de l'orage. La critique sentimentale dépasse largement l'inclination sexuelle des boys, même si on a rarement déployé au cinéma autant d'intelligence et de sensibilité sur le sujet. Le film n'a pas toujours été bien perçu, accusé d'Uncle Tomisme ou de stéréotype par les uns, de perversion par les autres. Sa découverte est aujourd'hui époustoufante. Ce film du réalisateur de Killer Joe est un chef d'œuvre qui ravira les amateurs de comédie, queer ou pas.

mardi 12 février 2013

Cadeau empoisonné


Ma fille et mes nièces m'ont offert un cadeau empoisonné. Les shii-takés sont pourtant des champignons comestibles. Mais il faut vaporiser le kit de culture bio plusieurs fois par jour pour un résultat jusqu'ici bien maigre. Chaque fois que je passe devant, pschit pschit sur les cinq faces ! Les deux spécimen qui sont sortis sont néanmoins superbes. À cette allure je suis loin de me recycler dans le champignonnisme. Voilà un mois que je bichonne l'énorme cube, le stressant comme il est spécifié sur la notice : chocs thermiques et humides, voire de grandes claques sur une des faces ! Son mycélium étant très fragile, une secousse suffit à couper ses microfilaments et ainsi à rebouturer le champignon. Je prends en photo le magnifique spécimen qui a poussé d'un coup et grandit de jour en jour avant qu'il n'envahisse la cuisine. Nous le partageons en deux pour nous en délecter avec une pincée de sel et un filet d'huile de périlla.

lundi 11 février 2013

Seconde Nature invite Clauss-Birgé-Kassap


Si je travaille avec Nicolas Clauss depuis le début du siècle, du site Flying Puppet à La machine de Leonardo da Vinci en passant par Somnambules et Les Portes, j'ai connu Sylvain Kassap en 1976, mais nous n'avions encore jamais joué ensemble en public si ce n'est au sein de la Compagnie Lubat à la fin des années 70. Dans une intimité partagée avec quelques autres Allumés il nous est arrivé d'improviser lors de rencontres inopinées, mais il aura fallu trente-sept ans pour croiser nos univers sonores sur une scène. L'occasion est trop belle.
Dans le cadre de l'exposition de Nicolas organisée par Seconde Nature du 22 janvier au 15 mars à Aix-en-Provence, nous présenterons donc en trio une performance audiovisuelle ce mardi 12 février à 19h. Improvisant (sur) huit tableaux interactifs, nouvelles versions de Jumeau Bar et Fès, plus cinq inédits dont Pozzallo, Entraves, Arpettes et Bâches, nous réfléchirons ces espaces abritant d’étranges rituels : autour d’un zinc, sous le soleil marocain, dans un cimetière sicilien, au milieu de danseurs, dans un atelier de couture, sur une mer imaginaire… Les clarinettes et le chalumeau de Sylvain dessineront de merveilleuses mélodies tandis que je caresserai mon nouveau clavier ou les boutons lumineux du Tenori-on. Il transformera ses sons avec un KaosPad, je tordrai le cou de l'un et l'autre avec mon éternel H3000, et nous inviterons le public à rejoindre nos évocations somnambuliques sous les trois écrans où se formeront et déformeront d'hallucinantes images, beauté convulsive et prisme critique.

Sur réservation ou 3 € pour les non-adhérents.

vendredi 8 février 2013

J'ai fait un rêve...


Improviser avec des musiciens pour la première fois comme si on se connaissait depuis vingt ans ressemble à se faire un ami à la minute de la première rencontre. Le coup de foudre pour un amour est autrement plus complexe, les enjeux ne sont pas les mêmes, les contingences imposent des exigences, l'exclusivité semble incontournable sur la durée. Chaque année je gagne un ami très cher et j'en perds un. Le nombre des vrais amis change peu. Ces derniers temps j'ai multiplié les expériences musicales avec des artistes hors pair avec qui je me suis entendu comme avec d'autres moi-mêmes. Heureusement j'ai plusieurs visages et chacun ou chacune réfléchissent cette diversité. Birgitte Lyregaard et Sacha Gattino, Eve Risser et Yuko Oshima, Antonin-Tri Hoang et Vincent Segal coulent dans mes veines telle une famille recomposée. Les cousins, les cousines vivent leurs propres histoires auxquelles je me confronte également avec bonheur, Linda Edsjö, Alexandra Grimal, Ravi Shardja... Je ne cite ici que les plus récentes de mes aventures musicales.
La dernière en date eut lieu sur la scène du Triton jeudi 31 janvier. Ni Antonin ni moi n'avions jamais joué avec le percussionniste Edward Perraud. Je ne dis pas batteur tant la richesse de ses timbres dépasse de très loin le son des peaux et des cymbales. Face à l'une de mes propositions instantanées il n'imite jamais, il orchestre. Ses gestes ont la précision d'un horloger lewiscarrollien et la vitesse qu'octroie la précision de ceux qui savent ce qu'ils veulent. Comme prévu nous avons interprété chacun trois de nos rêves. Pour le dixième, nous avons invité les spectateurs à venir nous raconter l'un des leurs. Sur l'album mis en ligne le lendemain-même de la création (écoute et téléchargement gratuits sur drame.org) Catalina présente le sien avant que nous en improvisions son évocation musicale. Et mon tout dessine le onzième. Edward, le premier, a évoqué notre rencontre comme un rêve tandis qu'Antonin suggérait que ce concert magique avait rechargé ses batteries. Forcément à suivre...

jeudi 7 février 2013

Disparition soudaine et momentanée


Ce jour-là, La Machine à rêves de Leonardo da Vinci était réapparue après une éclipse de trois jours de l'Apple Store suite à un bug du plus obscur.
Si Jacques Perconte appuya sur le déclencheur de son appareil il rata ma disparition soudaine entre le podium et l'écran. Pourtant prévenu de ne pas dépasser la ligne blanche continue, je n'avais pas prévu d'appuyer ma démonstration en allant toucher les images projetées sur le mur. Exclamation de stupeur dans la salle du CFA lorsque je m'enfonçai dans le trou noir, me rattrapant de justesse et glissant en souplesse dans les cinquante centimètres béants. Rien de cassé, lunettes écrasées, bientôt réparées par l'opticien de la Porte des Lilas. Un peu contrarié je continuai ma conférence sur le design sonore et la création musicale dans leur relation aux images sans montrer mon émoi. Et moi, et moi, et moi, chantait Dutronc. Mon intervention autour de ma vie, mon œuvre s'appuyait cette fois sur la projection d'Alphabet, Leonardo et FluxTune. Je citai Cocteau, Renoir, Ophüls, pour justifier de la nécessité des arrières pensées, de la technique pour pouvoir l'oublier, des hors-champs géographiques ou temporels...
Il y a plus de trente ans j'étais tombé de la scène de Villeneuve d'Ascq tandis que je pratiquais la respiration continue. Roulé boulé avec la flûte en bouche, je faillis bien me tuer. Les pieds en l'air la tête en bas, pour rassurer mes deux camarades restés en haut je repris la musique à l'endroit où j'en étais resté avant de dégringoler.
Rescapé, j'ai pris l'habitude de prendre des repères et d'assurer mes arrières. C'est sans compter l'enthousiasme qui vous fait oublier jusqu'à votre propre corps !

mercredi 6 février 2013

ilo lympia de Camille


Camille prend toute sa dimension en spectacle. CD et DVD en témoignent dans son nouvel album, double et doublé, audio seul, visuel ajouté sur la seconde galette. ilo lympia reprend les chansons de ilo veyou plus les précédents Ta douleur, Janine, Paris, Cats and Dogs, Pâle septembre, Au port, Wet Boy, Le banquet... En prime sur la version vidéo, un délicat Que je t'aime qui souligne le lien de la chanteuse inventive avec le rock et la chanson française. Après la disparition physique ou artistique de Bashung, Rita Mitsouko et Noir Désir, elle incarne la relève la plus authentique et la plus originale. Je n'oublie pas les chanteuses plus expérimentales qui ont montré la voie comme Brigitte Fontaine, Élise Caron et toutes les géniales improvisatrices déjantées, mais on sent ici l'énorme potentiel d'une jeune femme qui allie musiques savante et populaire, toujours prête à nous surprendre. Espérons-le après la déception du médiéval Salon des refusées de Claire Diterzi, très en retrait du foisonnant Tableau de chasse et même de Rosa La Rouge.
Le film montre une Camille galvaniseuse de foule, exubérante, drôle et généreuse. A capella ou soutenue vocalement par seulement trois complices, son compagnon et musicien contemporain Clément Ducol (guitare et piano) ainsi que le fidèle Martin Gamet (contrebasse et piano) et l'éclectique Christelle Lassort (violon et piano), elle allume un superbe feu d'artifice dont elle assure elle-même la mise en scène sous la lumière de Damien Dufaitre et scénographiée par l'extravagante Robyn Orlyn. De plus, ce spectacle cousu main est remarquablement filmé par Jérémiah, ce qui ne gâte rien !

mardi 5 février 2013

Basse destroy


L'album Solo de la jeune Fanny Lasfargues est un concentré d'énergie, galette explosive où la contrebasse ou la basse électroacoustique explorent la matière noire lovée entre la théorie des cordes et l'électricité des effets de bord. Le voyage à bord du vaisseau spécial s'accompagne de heavy brutal et d'une sensibilité féminine (bien sûr que ça existe !) qui ne gâche pas son jeu. Le métal en fusion crée des impatiences musculaires telles qu'il faudrait inventer de nouvelles danses pour que nos bras et jambes puissent remuer à mesure (Coax Records).

lundi 4 février 2013

Le Modèle Standard de Masse


Suis-je seul dans l'univers à vouer un culte à Francis Masse ?
Suis-je seul dans l'univers à vouer un culte ?
Suis-je seul dans l'univers ?
Suis-je seul ?
Suis-je ?
Gloups !

Les matheux s'en donneront à cœur joie, les poètes s'envoleront vers les étoiles, les amateurs de BD en auront pour leur compte et tous finiront par se marrer. En déménageant de Grenoble vers l'Hérault, Francis Masse a fait exploser le carcan de la bande dessinée, il a construit, sculpté, sérigraphié et le voici de retour avec un nouveau concept, le dessin d'humour scientifique ! Sur chaque page, un dessin, une légende (en français et en anglais !), presque un modèle standard... Les mots compliqués pour les rétifs à la théorie de la relativité sont en italiques et clairement expliqués dans un petit glossaire à la fin de l'ouvrage. Car le Modèle Standard avec des capitales renvoie à la physique des particules. Fan de ses courts métrages hirsutes où Albrecht Dürer croise le flaire avec Luis Buñuel je retrouve en une seule vignette la profondeur philosophique de ses sagas d'aimant ciel, s'appuyant toujours sur le réel d'après-demain, sorte de surréel spéculatif où l'humour ne se moque jamais de la science, bien au contraire, mais la souligne en allégories loufoques sans entamer la rigueur de l'analyse. Si les équations vous rebutent vous pourrez toujours apprécier l'adéquation entre les superbes images à la plume et au pinceau et les évocations quantiques et cosmologiques de ce bel ouvrage de 112 pages édité par Le Chant des Muses. Et Masse de conclure dans sa préface : « Maintenant, il est trop tard, le trou noir (de chine) nous absorbe… Accrochez-vous au pinceau, dans ces pages, les échelles se dérobent… »

vendredi 1 février 2013

Récréation avec Alexandra Grimal


Ça ne chôme pas, même si l'argent ne rentre pas. J'ai mis un drain sur mon matelas de sécurité et en avant la musique ! Pour patienter en attendant le coup de fil salvateur de Monsieur De Mesmaeker, j'enregistre le second album de ma collaboration avec la saxophoniste Alexandra Grimal. Après Transformation au soprano, elle a choisi le ténor pour le volume 2 intitulé Récréation.
Son timbre donne tout de suite une coloration jazz à nos élucubrations alors que mon jeu au piano préparé ne swingue pas une cacahuète. Les références au rock, à l'Orient, au cinéma et à la musique classique contemporaine sont toujours plus présentes dans mon inspiration. À côté du V-Synth j'utilise surtout le piano préparé virtuel réalisé par l'Ircam. J'ai pané techniquement les enregistrements où Alexandra lisait certains de mes poèmes, mais il reste , un texte écrit sur Internet en 2005 que je lis en rappelant les conditions météorologiques de notre séance. Après le duo de canards Cols Verts j'aime beaucoup Lanterne qui ferme le ban avec l'EP73 déglingué de Sonic Couture. Comme il est court et que le système automatique l'autorise j'écoute l'album en boucle sans ne plus savoir où cela commence. En fait je découvre ce que nous avons improvisé au moment du mixage. Pendant l'enregistrement je suis sur un petit nuage ou sur le bord d'un toit et j'avance en somnambule sans évaluer les risques. Alexandra trouve très drôle le résultat de cette seconde rencontre. En tout cas ça réchauffe.
Récréation est le 40ème album virtuel du site drame.org, en écoute et téléchargement gratuits !