Jean-Jacques Birgé

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vendredi 31 janvier 2014

Segal de père en fils


Vincent Segal m'envoie un SMS avec la dédicace de Bernard Vitet sur un disque de Miles Davis appartenant à son père qu'il vient de retrouver. Vers 1954 Alain avait seize ans lorsqu'il assiste à un concert de Bernard avec Art Taylor à la batterie, Art Taylor qui a joué avec Miles. C'est probablement le quintet du pianiste Jack Diéval avec le bassiste Jacques Hess et le saxophoniste François Jeanneau. Comme il trouve que notre trompettiste a le son de Miles le jeune Alain Segal lui demande un autographe.
En 1983 Vincent a seize ans à son tour lorsqu'il assiste à un concert d'Un Drame Musical Instantané qui participera à son émancipation du classique. Père et fils auront donc croisé chacun à seize ans la route de Bernard qui leur aura laissé à tous deux un souvenir indélébile. La signature de Bernard est restée la même, mais il passera du bop au free, et du free au Drame. Dommage qu'il ne soit plus là pour l'entendre cette belle histoire !

jeudi 30 janvier 2014

La fête du graphisme


La Fête du Graphisme porte bien son nom. Sur les cimaises, planches de tripli à plat ou longs fils tendus ponctués de pinces à dessin, explosent les couleurs de 500 affiches du monde entier. L'exposition aux Docks / Cité de la Mode et du Design est le clou des évènements qui se déroulent un peu partout dans Paris jusqu'au 18 février, mais attention celle au truc vert, la chaussette fluo le long de la Seine près de la Gare d'Austerlitz, se termine déjà le 2 février. Le Journal Libération avait salué vendredi l'initiative de Michel Bouvet, Stéphane Tanguy et Pierre Grand en confiant chaque page à un graphiste différent pour décliner son logo comme il leur chante. Quarante affichistes célèbrent Paris sur les Champs Élysées, le MK2 Bibliothèque projette ce soir jeudi La Nuit du Générique, la BNF accumule conférences et rencontres, et les Éditions Textuel publient un somptueux catalogue qui va me permettre de m'y retrouver après ce que j'ai pris dans les mirettes !


Aux Docks Paris invite le monde, 104 affichistes de 42 pays présentent chacun 3 œuvres pour la plupart jamais vues en France, des renommées internationales côtoient de jeunes découvertes ; le Tour de France des jeunes designers graphiques se soldera samedi à La Gaîté Lyrique ; les Gig Posters américains ont beau être contemporains leur psychédélisme se décline en 150 affiches underground dignes des grandes heures de la Côte Ouest ; un film rend hommage aux douze ans d'existence de la Galerie Anatome... Parmi tout ce que j'ai pu admirer à m'en faire tourner la tête j'avoue un petit faible pour l'école polonaise dont les facéties provocantes font toujours sens. Mais chacun apporte son parpaing à l'édifice...


La Fête du Graphisme n'est pas seulement une exposition de savoir faire, d'imagination sans limites, d'inspirations les plus diverses, esthétiques, politiques, fonctionnelles, c'est aussi l'affirmation d'une nécessité. Le design graphique revendique d'investir tous les champs croisés au quotidien, pas seulement en s'affichant, mais en imprimant ses marques sur les objets, les enseignes, les journaux, les emballages, les habillages audiovisuels, Internet, etc. S'il s'agit d'une affaire de spécialistes, ceux-ci sont directement reliés au grand public par le biais de leurs partenaires et commanditaires. Ce ne sont pas que des artistes, les graphistes travaillent en accord avec les imprimeurs, les fabricants de papier et d'autres supports, les webdesigners... Le discours que je tiens sur le design sonore est le même pour celui du graphisme. Yeux ou oreilles, bientôt nez et toucher, partout où les sens sont sollicités, le designer est indispensable pour inventer le monde de demain. Là où tout n'est que grisaille il faut réinjecter de la couleur, là où le bruit règne il faut l'organiser pour le rendre intelligent et sensuel, là où la ville engendre le désordre il faut se l'approprier ! Laissons-nous envahir par leurs propositions plutôt que par leur absence. Rien de mieux alors que de faire confiance à ces rêveurs qui ont les pieds sur terre...

mercredi 29 janvier 2014

Naissance des inéditeurs


L’accès du grand public à de nouvelles machines technologiques excite chaque fois l’imagination des artistes, leur suggérant des œuvres nouvelles. Comme il en fut des CD-Roms ou d’Internet à leur création les tablettes numériques, et l’iPad en particulier, présentent des espaces de liberté qui seront plus tard engloutis par le commerce et les services. Avant cette récupération inéluctable, les champs d’expérimentation et d’invention s’ouvrent aux rêveurs, constructeurs de nouveaux mondes. À chaque support correspond un type d’œuvres et chaque œuvre implique un support approprié. Aujourd’hui les tablettes permettent de renouer avec l’interactivité en proposant des interfaces sensuelles intuitives. Les inéditeurs, à la fois auteurs et praticiens, ont choisi de travailler ensemble dans un esprit de collaboration ludique et créatif sur des projets utilisant les étonnantes propriétés de ces nouvelles machines. S’ils mettent en commun leurs savoirs et leurs expériences ils souhaitent également les partager avec d’autres auteurs qui trouveront chez eux une écoute et un savoir-faire qui vont de pair. Enfin chaque œuvre prendra tout son sens entre les mains du public grâce aux ressources de l’interactivité qui, comme l’improvisation, réduit le temps ou les distances entre la création, l’interprétation et l’appropriation…


Si le roman multimédia USA 1968 deux enfants est paru il y a quelques jours il aura fallu attendre que notre site soit en ligne pour annoncer la création des Inéditeurs, jeune société d'éditions interactives. Nous avons ainsi choisi de produire ce que nous savons faire, inventer des objets dont nous avons rêvés sans savoir de prime abord s'ils sont viables. Avons-nous ensuite d'autre choix que de trouver une solution pour les faire exister ? J'ai l'habitude de raconter que lorsque je maîtrise un projet je gère, mais sauter dans l'inconnu m'oblige à créer. Loués soient les développeurs qui rendent tangibles nos élucubrations ! Il aura fallu trois ans pour accoucher de USA 1968 deux enfants tel qu'il est, grâce à Sonia Cruchon, Mikaël Cixous, Mathias Franck, et toutes celles et ceux qui y ont participé directement ou indirectement. D'autres applications suivront bientôt : Dig deep est un oracle contemporain utilisant des extraits de films du 20e siècle conçu par Sonia et Au boulot est un conte graphique horizontal pour grands petits hommes illustré par Mikaël. Nous travaillons évidemment tous ensemble sur tous les projets. Le plus agréable est l'ambiance dans laquelle tout se construit, mélange d'excitation contrôlée, de saine impatience et de franche amitié. Nous sommes jeunes, direz-vous, cela explique cela.

mardi 28 janvier 2014

Vinyle ou CD, et encore quoi ?


En écrivant le billet Vinyle ou CD pour quelle musique ? la semaine dernière je ne pensais pas déclencher autant de commentaires polémiques sur Médiapart où ce blog est publié en miroir.
Mon propos était pourtant de désamorcer les jugements à l'emporte-pièce, quelles que soient les certitudes de chacun, en suggérant que, pour les auditeurs, à chaque support correspond une pratique, de la même manière que, pour un artiste, à chaque support correspond une œuvre, et réciproquement...
J'écoute des vinyles, des CD, des mp3 et autres fichiers compressés de plus ou moins bonne qualité, des séquences YouTube ou leurs équivalents, voire des bandes magnétiques, des cassettes, des DAT, des 78 tours, comme j'écoute diverses stations radio et que j'assiste à des concerts et autres spectacles !
Tout dépend des conditions, que je sois chez moi concentré sur ce que j'écoute ou en train de faire la vaisselle, que je compose dans mon studio ou si je conduis, ou encore lorsque je m'endors, etc.
Avantages et inconvénients résident dans chaque pratique. Certains penseront que le débat est absurde et que seule la musique vivante mérite le déplacement, mais alors il faudra là aussi évoquer les conditions d'écoute. Combien sont indisposés par le niveau sonore insupportable de certains concerts ? Les puristes ne comprendront pas que l'on n'interprète pas les œuvres classiques sur les instruments d'époque. Les musicologues se moqueront des audiophiles qui font écouter leur luxueux et onéreux matériel et se fichent de ce qu'ils y diffusent. D'autres ne supporteront pas le format mp3 qui supprime les "détails sans importance", détails qui restituent pourtant le plus fidèlement la vie. Et je ne parle pas de la musique dans les lieux publics, les restaurants, les magasins de vêtements, les ascenseurs, ou le sirop qui envahit les films... Etc.
L'important est d'avoir conscience de ce que nous écoutons, comment nous en profitons ou le subissons, en connaissance de cause. Comme toutes les autres formes d'expression artistique, la musique réfléchit le monde, enjeux économiques et révoltes créatrices, soupapes de sécurité et formatage des cerveaux, libération des pulsions et partage du plaisir d'être ensemble... Nous pourrions aussi étendre la question à tout ce qui passe par le canal auditif, pas seulement la musique !

lundi 27 janvier 2014

Her, le grand retour de Spike Jonze

...
Les médias ne manqueront pas de déflorer le sujet de Her, le nouveau film de Spike Jonze, aussi oserai-je à mon tour relater le coup de foudre de cet homme pour son Système d'Exploitation. Face à son ordinateur, le personnage joué par Joachin Phoenix, n'est pas différent de beaucoup d'entre nous et ce récit de science-fiction probable dans un futur proche. De ce que nous vivons à ce qu'invente Jonze réside probablement un temps aussi ténu qu'entre avant et après l'avènement du téléphone portable.
En 1989 Luc Courchesne avait réalisé une installation devenue CD-Rom puis module Internet intitulée Portrait n°1 où une belle jeune femme répondait à nos questions de manière interactive. Nous étions tous amoureux de la Québecoise Paule Ducharme. Quelques années plus tard j'avais raté le rendez-vous lors de son passage à Paris chez Pierre Lavoie. Son visage et surtout sa voix restent fixés dans ma mémoire comme Faustine de L'invention de Morel, le fabuleux roman d'Adolfo Bioy Casares.


En faisant doucement glisser le réel vers une fantaisie critique de notre monde de plus en plus virtualisé Spike Jonze réussit son meilleur film depuis Being John Malkovich. La réussite d'une histoire d'amour tient dans de petits détails. Jonze sait identifier nos trébuchements internes comme les aléas de notre relation aux machines pensantes que sont devenus les ordinateurs. Son humour a raison de la perte dont nous risquons de faire les frais si nous n'y prenons pas garde. Le manque à soi renvoie l'amour à cet obscur objet du désir qui nous fait perdre pied, créant un équilibre éphémère qu'il nous faudrait sans cesse remettre en question pour ne pas sombrer dans une histoire qui ne serait plus la nôtre. Fantasme et réalité sont les deux côtés de la même pièce. Alors, pile ou face ? (sortie le 19 mars)

P.S. : Quel drôle de nom que le Système d'Exploitation (duquel sommes-nous les victimes ?), traduction française d'Operating System (O.S. comme ouvrier spécialisé !)... L'article aurait pu porter sur les faux-semblants au milieu desquels nous évoluons, du moins celles et ceux qui sont en mesure de lire ces lignes.

samedi 25 janvier 2014

Sun Sun Yip, 20 ans après


Né en 1966 en République Populaire de Chine, à Huhehuote en Mongolie Intérieure, Sun Sun Yip, fraîchement arrivé de Hong Kong où ses parents s'étaient réfugiés en 1973 après de terribles désillusions sur la révolution culturelle, découvrait Paris comme des millions d'autres immigrés avant et après lui. Nous sommes en 1989 et la bourse qu'il a obtenue lui offre un hôtel luxueux pendant le premier mois. Décidé à s'installer dans la capitale, il déménagera ensuite un nombre incalculable de fois, à la recherche d'un abris. Quatre ans plus tard, la première galerie à accueillir son travail est l'Association Culturelle Franco-Japonaise de TENRI, située aujourd'hui près du Châtelet. Exactement vingt ans après, Sun Sun Yip y expose L’âge d’or, rassemblant des œuvres récentes, grands tirages photographiques, sculptures et peintures où les formes semblent se transformer sous nos yeux. Un reflet involontaire projette par terre cet enchevêtrement de lignes lumineuses dont la fixation sur leur support ne peut arrêter le mouvement. Face à ces révolutions où la vie recommence inexorablement lorsque s'achève un cycle, ses crânes célèbrent la perpétuité des vanités. Sun Sun Yip écrit : "Il est impossible pour moi de rester indifférent face aux inégalités sociales, aux systèmes politiques méprisants, aux misères et aux guerres... Cependant j'ai choisi de ne pas exprimer mes colères de manière évidente dans mon art. Je préfère proposer une vision de l'humanité comme faisant partie d'un ensemble beaucoup plus vaste. Cette conception est proche de la philosophie taoïste, une pensée ancienne de 2000 ans qui évoque les règles invisibles de l'univers et l'évolution infinie de la vie..."

Jusqu'au 1er février, lundi 12h-20h, mardi-vendredi 10h-20h, samedi 10h-18h30, le dernier jour seulement jusqu'à 16h, 8-12 rue Bertin Poirée, 75001 Paris.

vendredi 24 janvier 2014

Jean Morières s'est envolé


La terrible nouvelle nous assaille, rappelant la fragilité de nos existences. Il suffit qu'un fil casse pour que notre toile se replie à jamais sur nous-même comme un linceul qui nous colle à la peau, barque de fortune flottant sur le Styx, bulle de savon s'évaporant dans les nuages ou poignée de terre rejoignant le magma. Quelque soit le chemin chacun y trouve son élément. Il suffit d'un quart de seconde pour refaire le trajet à l'envers et le papillon redevient cocon. Certains départs sont trop précipités. Jean Morières n'aurait rien vu venir. Il savait respirer le bon air de la campagne, pratiquait la méditation avec la même discipline qu'il travaillait sa flûte zavrila, il aimait rire et chanter. Mardi après-midi le coup l'a frappé en haut d'une petite colline comme il se promenait dans la garrigue. Tout s'est arrêté sans prévenir. À Pascale, à Mathilde, Antoine et Fani, il laisse une foule d'images, de sons, de paroles, de gestes, de sentiments où son esprit critique se vêt d'humour et de tendresse. Mais ce soir, plutôt qu'à sa flûte apaisée et rêvée je choisis de le réentendre endosser l'enveloppe de son double mordant, le caustique Eddy Bitoire, pseudonyme non dupe de ce que nous réserve l'avenir. À plus tard.

jeudi 23 janvier 2014

Vinyle ou CD pour quelle musique ?


Nombreux jeunes et moins jeunes audiophiles redonnent au vinyle une seconde chance en encensant ses qualités dynamiques. Au vu des stocks du label GRRR cet enthousiasme m'enchante, mais je crains de devoir rajouter un bémol à la clef. S'il est certain que la campagne qui a accompagné l'avènement du CD fut somptueusement mensongère, tout n'est pas aussi rose que ce revival aimerait le laisser croire.
Revenons vingt ans en arrière. On nous vendit le numérique pour son support inaltérable : c'est évidemment faux, un vinyle craque alors que la moindre rayure envoie le CD à la poubelle, et contrairement à la galette en plastique argenté le vinyle résiste au temps si l'on n'y touche pas. Par contre il est évident qu'un vinyle s'use plus vite et les scratches se multiplient si l'on a un tourne-disques basique. Comparons les écoutes. On nous vendait les qualités dynamiques du CD : c'est sujet à caution, les tests montrent que selon les musiques un support peut fonctionner mieux qu'un autre, ce qui peut contrarier les puristes revenus au disque noir. Il est un domaine où celui-ci l'emporte, l'emballage : jamais le petit format de 12 cm n'égalera une pochette de 30x30 cm, les graphistes en savent quelque chose. De plus la manie d'écrire les textes des livrets en minuscules (lorsque ce n'est pas en jaune sur fond blanc !) n'arrange pas ni les myopes ni les presbytes. Ces comparaisons font pourtant fi d'un certain nombre de paramètres que seul l'usage permet de préciser. Par exemple, un auditeur lambda a une écoute attentive limitée dans le temps. Vingt minutes était une durée parfaite et le silence qu'imposait le retournement du disque lui profitait. Pour les œuvres longues tels opéras et symphonies l'exercice était malgré tout fastidieux. Si l'on constate que les avantages et les inconvénients sont différents selon les cas, il convient de comparer des pressages récents et anciens pour se faire une idée juste de ce revival vinylique.
Mieux, rappelons-nous l'émotion partagée lorsque nous allions graver le master d'un nouvel album. Orsini travaillait en orfèvre, nous expliquant la moindre correction qui améliorait l'enregistrement original. Il fallait le voir la loupe rivée à l'œil pour scruter le sillon. Lorsque les exemplaires pressés étaient livrés nous avions toujours une bonne surprise, l'objet sonnant toujours mieux que la bande magnétique. Ce bonus qualitatif ne se présente plus qu'au master si l'on travaille dans un studio luxueusement équipé de compresseurs à lampes et autres machines qui valent une fortune. Oubliez les masterings sur ProTools qui ne leur arrivent pas à la cheville ! Ce n'est pas seulement une question d'oreille, mais aussi de matériel. Aujourd'hui aucun musicien n'assiste plus à la gravure ni au pressage, souvent réalisés dans un pays de l'est. Pas plus qu'il ne va à la mise en machine de sa pochette à l'imprimerie. Conclusion : les impressions sont fades, les noirs sont bouchés, les contrastes et les couleurs écrabouillés. Pour les rééditions il faudrait également partir de la bande master analogique (si elle a été conservée correctement, sans variation de température, rembobinée sur la fin pour éviter le pré-écho) et non presser le vinyle d'après une copie numérique ! Mes tests comparatifs ne vont certainement pas dans le sens fantasmé par les vinylophiles... Et pendant ce temps mon camarade Vincent Segal écoute des 78 tours sur une platine classieuse, jugeant avec raison qu'en matière de dynamique ses bakélites sonnent cent fois mieux que la matière plastique !
Je termine avec les derniers vinyles que l'ont m'a offerts et que je regarde tourner avec leur macaron central qui donne le tournis. Watt est un quatuor de clarinettes et clarinettes basses composé de Julien Pontvianne, Jean Dousteyssier, Antonin-Tri Hoang et Jean-Brice Godet qui interprètent une musique de drône fortement inspirée par La Monte Young ; sons continus de la sinusoïde presque pure au sang impur qu'abreuve notre sillon, machine soufflante à simple effet en produisant de variés selon la perception de chacun.
DDD envisage de vendre en bundle les vieux albums du Drame accompagnés de remix de DJ américain, anglais et allemand comme le label parisien a commencé de le faire avec Luc Marianni, la curiosité rivalise avec l'impatience !
The Din of Eon est le second LP de Transistor, duo de Franck Vigroux et Ben Miller, très proche de Scott Walker dernière période y compris la pochette de Philippe Malone qui rappelle l'ambiance de l'usine dans le film Pola X, les synthés analogiques du Lozérien se mêlant à la voix envoûtante de l'Américain en sombres évocations noir et blanc de la veine du Portugais Bernardo Devlin.
Chez tous, les craquements sont bien présents dès la troisième écoute, mais on se fiche du support, seule importe la musique... Excusez-moi, ce n'est pas comme un flux mp3, il faut que je me lève pour tourner le disque !

mercredi 22 janvier 2014

Le premier gros succès du Drame


Il avait suffi que l'on réunisse seize musiciens et musiciennes, il y avait six filles dans l'orchestre, pour que l'on nous écoute enfin. Le succès fut immense, transformant notre statut professionnel. Jusque là le trio d'Un drame musical instantané jouait beaucoup, mais ne convainquait que quelques copains et journalistes. Je suis injuste, mais c'est ainsi que nous le vivions. Ce vendredi 13 de l'année 1981 le Théâtre Berthelot à Montreuil était bondé. Nous manquions cruellement de répétitions parce que nous refusions d'exploiter les camarades musiciens comme le faisaient les autres big bands. Il fallait donc écrire simple ou du moins l'espérer. Je m'étais refusé jusqu'ici à faire entendre cet à-peu-près qui nous faisait souffrir. Les archives révèlent néanmoins des qualités que j'avais oubliées, n'ayant rien réécouté depuis lors.

De cette création nous n'avions publié que La Preuve par le Grand Huit dans l'album À travail égal salaire égal, une pièce écrite par Francis Gorgé, précision qui aujourd'hui prend son sens alors que nous signions systématiquement collectivement tout ce que nous composions. Nous savions bien que le succès peut advenir du moindre détail et nous intervenions tous partout plus ou moins. De plus cela évitait les tractations fastidieuses de pourcentages litigieux. Nous n'avions pas envie de finir prématurément comme le Unit. Lorsqu'il n'y a pas de question d'argent les (mauvaises) raisons de s'engueuler sont réduites à néant. Nos inévitables conflits faisaient sens, nous pouvons en être fiers ! Bernard Vitet avait, à mon goût, l'écriture la plus équilibrée et la plus expérimentale, sérialisme et variétés aidant. Il avait un talent fou pour sortir des mélodies inoubliables. Francis était plus influencé par la musique classique, en particulier par les Français du XIXe et du XXe siècle. Dans La lettre l'influence de Poulenc est évidente. Bernard ne terminant jamais une pièce il était plus facile de composer avec lui ! J'écrivais tous les textes et les parties les plus aléatoires ou les plus spontanées, m'appuyant sur les personnalités plutôt que sur leur instrumentation, mes modèles étaient Varèse et Ives. Lorsque nous composions pour orchestre, j'étais forcément le moins déçu de nous trois, mais j'ai déchanté lorsque j'ai tenté d'étendre l'improvisation collective à un grand ensemble. Pour cette soirée j'avais caché un micro à l'accueil qui renvoyait les conversations du public dans la salle où s'installaient celles et ceux qui étaient déjà rentrés. Francis était le véritable chef d'orchestre de la bande. J'en étais le directeur et l'organisateur. Bernard se fondait à l'ensemble, prodiguant ses conseils de l'intérieur !

À cette époque la norme midi et la musique assistée par ordinateur n'existaient pas, aucun moyen de tester les partitions avant les répétitions ! On découvrait nos maladresses sur le terrain. À côté des trois mouvements du Grand Jeu dont j'avais composé Le malheur en hommage à Gustav, du Concerto de l'ordre dont nous avions confié les parties à divers membres de l'orchestre, de La lettre (pour mezzo-soprano, violon et orchestre), il y avait Les trois singes qui deviendront plus tard Révolutions, future Face B de l'album Les bons contes font les bons amis. Nous avions également adapté Crimes parfaits (la version électroacoustique initiale est présente sur le CD Machiavel) pour trois petits orchestres, remplaçant le coup de théâtre de la coda enregistré en reportage par un subterfuge qui fit craquer plusieurs spectateurs : Bernard sortit d'une valise un pistolet-mitrailleur et tira une salve vers la salle plongée dans le noir avec des balles à blanc. Il ne rêvait alors que plaies et bosses. Au dernier moment il avait décidé de diriger cette pièce avec des gants blancs, mais à la première tourne de la partition il ne put s'en saisir et toutes les pages s'envolèrent ; je dus les ramasser à quatre pattes pour les lui tendre dans l'ordre. De mon côté je fus pris d'un trac terrible au moment d'une partie soliste au piano et jurai que cela ne se reproduirait jamais. Le vibraphoniste Jacques Marugg me conseilla de prendre du Gelsemium et dès lors mes camarades apprécièrent mon aplomb à la moindre anicroche. Je n'en ai plus besoin, mais ces granules homéopathiques firent leur preuve pendant de nombreuses années !

Pour avoir exhumé 51 minutes d'archives scrupuleusement enfouies, et pour cause, j'ai appelé cet étonnant album Laissés pour compte. Ces pièces écartées complètent astucieusement les trois vinyles du Drame pour grand orchestre dont L'homme à la caméra marqua l'apothéose. La perversion administrative qu'imposaient les subventions de la Direction de la Musique alliée à la direction de cette colonie de vacances me poussèrent à dissoudre cet ensemble où régnait pourtant une joyeuse ambiance. Nous avons eu la chance de composer ensuite des œuvres pour des ensembles plus importants, orchestres d'harmonie, symphoniques ou contemporains, mais aujourd'hui l'évolution technologique me permet d'improviser un orchestre complet au bout des doigts, ce qu'aucun ensemble ne m'offrira jamais. Or le plaisir de la composition instantanée, entendre la réduction maximale du temps entre la composition et l'interprétation, reste pour moi un plaisir inégalé. Cela demande évidemment une préparation minutieuse, d'un côté des connaissances encyclopédiques et de l'autre une anticipation des possibles qui fassent la meilleure place à l'impossible.

mardi 21 janvier 2014

Un light-show interactif


Depuis quelques semaines j'illustre de temps en temps mes articles avec des images psychédéliques, captures-écran de la couverture interactive qui ouvre mon nouveau roman, USA 1968 deux enfants, conçu pour iPad. Après avoir terminé la mise en forme du récit j'ai rêvé de recréer l'un de nos light-shows du début des années 70 avec les moyens qui nous sont offerts aujourd'hui.

Cette évocation est la conséquence directe du voyage initiatique entrepris avec ma petite sœur lorsque nous avions 13 et 15 ans, soit trois mois d'un périple extraordinaire autour des États-Unis en 1968, seuls, livrés à nous-mêmes. Je brûlais, grattais, peignais des diapositives sous-exposées depuis déjà trois ans lorsque j'assistai au spectacle du Fillmore West à San Francisco avec le Grateful Dead. En revenant à Paris je fondai H Lights avec quelques amis du Lycée Claude Bernard, raison pour laquelle j'appelai Retour en France cet épisode qui, ouvrant paradoxalement le roman, porte un numéro négatif comme tous ceux qui précèdent notre départ pour New York. S'il figure tout autant l'épisode 37 qui clôt l'aventure il renvoie le récit principal à un immense flash-back.

H Lights projetait des diapositives, des liquides en ébullition, des images cinétiques ou polarisées sur des groupes pop de l'époque tels Gong (Daevid Allen), Red Noise (Patrick Vian), Crouille-Marteaux (Pierre Clémenti, Jean-Pierre Kalfon), Melmoth (Dashiell Hedayat), Dagon (les frères Lentin), Epimanondas (mon premier groupe avec Francis Gorgé), etc. Il s'agissait de reproduire sur grand écran les expériences hallucinogènes que les substances illicites nous avaient laissés entrevoir. Ici le plaisir est offert au lecteur qui, en touchant d'un doigt l'écran de l'iPad, contemple un spectacle infini tant les médias et les combinaisons sont nombreuses. Sonia Cruchon a récupéré des extraits de mes films qu'elle a mis en boucle et filmé les effets de matière tandis que Mathias Franck fabriquait le moteur de l'œuvre interactive. Au simple tap il a ajouté la programmation des glissés pour changer les filtres et un double-tap pour envoyer les images capturées en direct à l'album-photos de l'iPad de manière à ce que chacun puisse immortaliser les tableaux qu'il ou elle aura générées.

Dans un premier temps j'avais créé une partition musicale également interactive, mais l'objet était devenu trop complexe. Aussi ai-je choisi des musiques présentes dans le récit proprement dit tant et si bien que le lecteur se retrouve dans la position où nous étions lorsque nous improvisions le jeu des images d'après la musique. De la même façon que la couverture du roman est différente à chaque lancement de l'application la musique est piochée aléatoirement dans le corpus sonore, produisant ainsi des effets de sens toujours différents.
Excités par le résultat, nous avons décidé que les créations numériques pour tablette publiées à l'avenir par Les inéditeurs porteraient toutes une couverture interactive !

lundi 20 janvier 2014

Retour cinématographique sur la politique française


Il n'y a pas que le cinéma américain pour dévoiler les coulisses du pouvoir en mettant en scène les acteurs politiques au sein d'affaires historiques qui ne font pas forcément honneur au pays. Guillaume Nicloux, Matthieu Kassovitz, Raoul Peck, entre autres, ont réalisé des films montrant comment les gouvernements français successifs dirigent les affaires de l'État indépendamment des citoyens qui les ont élus. Prétextant l'intérêt suprême de l'État le pouvoir exerce une manipulation totale, privilégiant des intérêts économiques ou personnels en faisant fi des conséquences sur la population. Grâce au téléviseur, fenêtre ouverte sur un passé décliné au présent, Nicloux et Peck mêlent les documents d'archives aux comédiens qui rejouent ou réinventent l'action. Le film de Kassovitz est un thriller qui emprunte les ressources du cinéma de divertissement sans sombrer dans les exercices démonstratifs stériles. Le travail d'enquête et l'intégrité face à l'Histoire sont à souligner dans tous les cas. La qualité de l'interprétation également ! L'école du pouvoir de Raoul Peck court de 1977 à 1986 quand commence L'affaire Gordji de Guillaume Nicloux, qui se termine lui-même en 1988, juste avant L'ordre et la morale de Matthieu Kassovitz !

En 2009 Guillaume Nicloux réalise donc L'affaire Gordji qui retrace l'histoire des attentats parisiens de février 1985 à septembre 1986. À l'époque la population ignore que l'Iran a déclaré clandestinement la guerre à la France. Le gouvernement Chirac sait parfaitement que l'État n'a pas payé la dette Eurodif ; l'Iran réclame en plus qu'on lui vende des armes comme à l'Irak et que soit libéré Anis Naccache, condamné à perpétuité pour la tentative d'assassinat sur l'ancien premier ministre du Chah, Shapour Bakhtiar. En pleine cohabitation, le duel entre le président François Mitterrand et Jacques Chirac, alors premier ministre, se joue sur la libération des otages au Liban et l'arrêt des attentats meurtriers attribués au FARL dirigées par Georges Ibrahim Abdallah. Charles Pasqua réussira à juguler la crise, à laquelle il n'est pas étranger, en échangeant les otages Roger Auque et Jean-Louis Normandin détenus par le Hezbollah contre Wahid Gordji, traducteur à l'Ambassade d'Iran à Paris, soupçonné d'avoir commandité les attentats. Après un débat historique contre Chirac qui dément les allégations de Mitterrand, celui-ci sera malgré tout réélu, mais le juge Boulouque, chargé de l'affaire, se suicidera suite aux insinuations sur son absence d'indépendance. Les comédiens, ressemblant seulement de loin aux personnages qu'ils incarnent, transforment l'Histoire en fable ou en leçon de realpolitik.


Quant à cette réélection de Mitterrand en 1988 il faut absolument réhabiliter le passionnant film de Matthieu Kassovitz, L'ordre et la morale, sur le sanglant règlement de la prise d'otages de la grotte d'Ouvéa qui eut lieu entre les deux tours des élections. En voyant le film on comprend les difficultés et obstacles que les institutions infligèrent à Kassovitz pour l'empêcher de tourner en Nouvelle Calédonie, et la colère du cinéaste après sa déprogrammation de la compétition au Festival de Cannes. Son film, digne et précis, ne respecte évidemment pas la version officielle totalement mensongère et gêne beaucoup de monde, l'armée en prenant pour son grade.


Puisqu'ils en sont à révéler le dessous des cartes, saluons également L'école du pouvoir de Raoul Peck, tourné pour la télévision comme celui de Nicloux. En 2012, Peck réalise un film de quatre heures sur la promotion Voltaire de l'ENA (1977-1980). Faisant la synthèse de différents personnages, en particulier de certaines intimités, Peck ne peut livrer les noms des protagonistes qui l'ont inspiré, mais on sait que les condisciples étaient François Hollande, Ségolène Royal, Dominique de Villepin, Renaud Donnedieu de Vabres, Michel Sapin, Henri de Castries (PDG d'Axa), Jean-Pierre Jouyet (ex-ministre, directeur général de la Caisse des dépôts), Pierre-René Lemas (secrétaire général de l'Élysée), Raymond-Max Aubert (prédécesseur UMP de Hollande à la mairie de Tulle)... Le film montre l'écueil entre les aspirations de cette jeunesse et les compromissions qu'impose la raison d'État. Dans le film on sent poindre dès le début l'évolution probable de chacun. Les figures de Ségolène Royal et François Hollande sont particulièrement bien croquées, et le personnage joué par Robinson Stévenin incarne brillamment la rigueur morale et la difficulté de rester fidèle à ses convictions.

Comprendra-t-on qu'il faut peut-être remettre en cause les accès au pouvoir et ce qu'il engendre. La démocratie montre ses limites tant et si bien que, par exemple, les propositions d'élections par tirage au sort commencent à être prises au sérieux comme celles limitant à un seul mandat, et sans cumul, ceux qui représentent le peuple et dirigent la nation.
Si L'affaire Gordji et L'ordre et la morale existent en DVD, L'école du pouvoir n'est accessible qu'en VOD sur Arte.

vendredi 17 janvier 2014

USA 1968 deux enfants


Mon second roman USA 1968 deux enfants paraît enfin après trois ans de travail ! L'objet est un roman augmenté conçu pour iPad, avec une couverture interactive, 12 courts métrages, 75 minutes de musique et de son, quantité de photographies, la carte interactive du périple, etc. Cette aventure éditoriale n'aurait pas été possible sans la collaboration extraordinaire des Inéditeurs, société d'éditions interactives que nous avons constituée avec Sonia Cruchon, Mikaël Cixous et Mathias Franck.


À l'été 1968, deux enfants de treize et quinze ans parcourent seuls les États-Unis. Lorsqu'ils ne trouvent personne pour les loger, ils voyagent de nuit grâce à un abonnement aux bus Greyhound. Des chutes du Niagara à la frontière mexicaine, de l'Océan Pacifique à la Nouvelle Orléans ils font d'incroyables rencontres. Hébergés par un pathologiste à El Paso, un couple d'architectes à Beverly Hills, des hippies et le médecin des Black Panthers à San Francisco, des fascistes dans le Connecticut ou le patron de la Bourse de New York, des familles les accueillent lors d'un voyage initiatique où l'auteur découvrira sa passion pour la musique après avoir participé aux évènements de mai à Paris deux mois plus tôt. Le journal de ce périple renvoie au passé qui a permis cette incroyable aventure comme à l'avenir qu'il suscitera. Une époque pleine de promesses se dessine avant que la réaction n’enterre les rêves de cette jeunesse qui pensait pouvoir réinventer le monde.


Sous l'onglet du générique j'espère n'avoir oublié personne tant ils et elles sont nombreux à y avoir participé ou m'y avoir encouragé. Une dédicace spéciale à ma petite sœur qui a partagé ce voyage initiatique extraordinaire, à ma fille qui m'a accompagné sur cette même route trente-deux ans plus tard, à mes parents qui ont eu la folie de nous laisser partir seuls et si loin, à François Bon qui m'a mis le pied à l'étrier avec mon premier roman augmenté, La corde à linge, aux musiciens qui sont présents sur la partition sonore, à Françoise qui a monté les films, à Sonia qui a réalisé avec moi le light-show interactif et qui a soutenu ce projet depuis le début, à Mikaël qui s'est chargé du graphisme et des illustrations et à Mathias qui a réussi à ce que l'application tienne debout !

jeudi 16 janvier 2014

Je fais l'ours


Il y a des jours comme ça...

mercredi 15 janvier 2014

Municipales bagnoletaises


Si le doute sur le système démocratique me reprend chaque fois que je dois voter aux présidentielles (débâcle absolue) ou aux législatives (le seul candidat était socialiste), je me suis engagé sans hésiter pour les municipales. Nous avons donc signé un texte qui appelle à voter pour la liste du front de gauche à Bagnolet...

Lorsque les lois sont dictées par le monde de la finance et les lobbyistes européens, lorsque notre gouvernement se fait complice de cette minorité de riches qui contrôle la planète en la saignant sans souci de l’avenir, lorsque l’iniquité rivalise avec le cynisme, lorsque les médias tentent de nous faire croire que le capitalisme est inéluctable alors qu’ils envisagent très bien la fin du monde, alors les rapports de proximité deviennent la meilleure réplique à la perversité de ce système qui pousse d’un côté à la corruption et de l’autre à la démobilisation.
Nous avons tous et toutes le droit et la nécessité de rêver d’un monde meilleur. Chacune et chacun de nous porte la responsabilité de le mettre en pratique dans notre quotidien et dans nos rapports de proximité. Il n’est pas d’élection plus appropriée que les municipales pour faire bouger les choses à un niveau où nous pouvons réellement agir.
Les intellectuels ont le rôle de réfléchir le monde dans le quel nous vivons et grandissons. Dans les situations les plus critiques les créateurs, les artistes peuvent et doivent représenter un rempart contre la barbarie. Ils et elles ont la chance et le pouvoir de penser autrement, de refuser l’ordre établi en construisant un merveilleux désordre qui s’avèrera plus constructif que les interdits, plus équilibré et prometteur que les conventions qui nous oppriment plus qu’elles nous libèrent.
En l’occurrence, nous créateurs, artistes, enseignants, acteurs culturels, travailleurs indépendants, qui vivons à Bagnolet souhaitons nous investir dans notre ville en participant à son évolution et à son émancipation. Nous souhaitons partager avec tous les citoyens et citoyennes de notre ville les ressources que nous avons accumulées en nous inspirant également de ce que vivent tous les habitants. Nous avons tous et toutes à apprendre les uns des autres. Le pouvoir est défini par ce que nous pouvons faire. Imaginons un partage des savoirs et connaissances à tous les niveaux de la société bagnoletaise, un partage transgénérationnel, un partage interprofessionnel, un partage transculturel, une autre manière de vivre ensemble.
Ces dernières semaines nous avons apprécié le travail en amont réalisé au sein des diverses commissions réunies par Bagnolet Avenir. Nous voulons continuer à nous investir pour redonner à notre ville l’éclat qu’elle mérite, forte du mélange des populations qui la composent.
En marge des partis, nous appelons donc à voter pour la liste Bagnolet Avenir soutenue par le Parti Communiste Français, le Parti de Gauche, la Gauche Unitaire, et dont la tête de liste est Laurent Jamet.

mardi 14 janvier 2014

La respiration continue


Sur le site assezvu.com Francis Gorgé a compilé des textes et croquis de Bernard Vitet sur la respiration continue, également appelée respiration circulaire ou souffle continu. Vous pouvez éventuellement sauter à la troisième partie qui l'aborde directement, mais la logique veut que son explication soit précédée de la respiration oxygénatoire et de la respiration sonore.
En 1976 comme je m'extasiais devant la prouesse technique Bernard me promit que je pourrai y arriver en cinq minutes ! Il utilisa la technique de la paille dans un verre d'eau, mais j'assimilais encore mieux le fait de souffler l'air que j'avais stocké dans les joues tandis que j'inspirais par le nez. À mon tour je démystifiai souvent ce que l'Ircam appelait alors l'aspirotechnie en faisant des démonstrations à mes camarades. Je me souviens l'avoir ainsi transmise à Antonin-Tri Hoang lorsqu'il était tout jeune. Sa maîtrise exige ensuite une bonne pratique, mais les bases sont aisées à acquérir.
Plutôt qu'un exercice virtuose stérile la respiration continue permet de ne pas inféoder la longueur de sa phrase musicale à sa respiration. Il est ainsi facile de terminer une phrase, même lorsque l'on n'a plus d'air dans les poumons.
Un article de Wikipédia livre une définition basique et Heddy Boubaker aborde les instruments cas par cas, mais la remarquable étude de Bernard Vitet comblera les musiciens les plus curieux.

lundi 13 janvier 2014

La merde télévisuelle gagne Internet


Glissements progressifs du plaisir. La merde télévisuelle gagne Internet. Les internautes zappent d'un mur à l'autre sur FaceBook. On picore. D'une chaîne à l'autre sans heurt. On se spécialise. Les chaînes restent des chaînes. Les liens hypertexte ressemblent aux dominos qui s'écroulent les uns sur les autres. Et comment éviter la publicité qui précède chaque film sur YouTube ? Pas moyen d'écrire "Sans pub" sur sa boîte aux lettres ! Les jeux en ligne remplace les jeux télévisés. Poison high-tech. Position low-geek. Les jeunes vieillissent sans s'en apercevoir. Ils adoptent les gestes de leurs vieux en changeant de machine. Les propositions commerciales se bousculent. Toboggan de la consommation. Répétition des mêmes schémas. Second Life mimait le pire de notre monde. On applique les mêmes recettes aux nouveaux médias dès qu'ils deviennent démocratiques. Ah c'est cela, la démocratie ? J'avais bien compris. Fantazio passe à la maison. Il parle vite pour prôner la lenteur. Faire le procès de la vitesse. Comment éteindre ces nouveaux postes qui nous ont hypnotisés en nous faisant croire que l'avenir passait par les écrans ? Les rois du pétrole trouveront bientôt une nouvelle manne, le filtrage. Combien nous coûtera-t-il pour être épargnés de toute cette pollution ? Il faut sortir, prendre l'air, s'enfuir, se cacher dans la forêt, toutes voiles dehors, sur une île, dans ma tête, la nuit...

vendredi 10 janvier 2014

Supersonic joue Sun Ra


Nos pas de petits cosmonautes luttaient depuis des heures contre les ondulations de chaleur qui nous ramenaient sans cesse vers la terre. Au détour du jardin un énorme tuyau crénelé gonflait le vaisseau où se reposaient une vingtaine de pionniers arrivés d'une planète située par delà l'océan. Ils accueillirent les deux enfants comme si nous étions sortis du livre de Saint-Exupéry, nous racontant des histoires de moutons sauvages ensorcelés par Agnes Moorehead. C'était le prénom de ma sœur. À cette heure de la sieste le ventre de la baleine ressemblait à une arrière cuisine où les uns taillaient leurs anches tandis que les autres rêvaient de mondes où le blues avait la liberté du rêve. Une salve de cuivres sonna le réveil de l'orchestre qui s'ébroua avant qu'apparaisse le Maître. Les costumes brillaient dans la lumière artificielle. Nimrod était notre guide. Alan avait troqué sa basse pour un violon. Pat et John avaient pris les devants. Ils jouèrent pour nous seuls, Philippe Gras prenait des photos (moi aussi !), Yasmina, a black woman (the only one !), avait pris Agnès sous sous aile. Un vent de fraîcheur soufflait des étoiles. Nos routes se croisèrent chaque fois que le soleil d'Égypte faisait son apparition. Un jour enfin, mes avances protocolaires me permettant d'approcher le Maître, je lui posai les questions de ma jeunesse. Ses réponses avaient la forme de nuages interstellaires, de petits jets de vapeur joués à l'envers sans regarder le clavier. Je ne suis pas certain d'avoir compris grand chose, mais j'aurai un jour le même Farfisa. Ses ritournelles me transporteraient depuis ce 3 août 1970 à la Fondation Maeght où nous avions atterri par hasard jusqu'à mon dernier soupir.
Cette semaine j'ai croisé un nouveau vaisseau, galette noire constellée de signes à décrypter sur ma platine. Le disque file à une vitesse Supersonic, sans que l'on sente le temps passer ni le temps passé. La musique de Sun Ra est intemporelle. L'équipage rassemblé par Thomas de Pourquery l'interprète fidèlement en se l'appropriant, captation d'héritage légitime où les chœurs battent le cosmos comme si coulait dans leurs veines un fluide brillant et vital. Peut-être sommes-nous en face d'un pli du temps ? Combien sont-ils ? Arnaud Roulin contrôle les touches noires et blanches, Frederick Galiay et Edward Perraud entretiennent la pulsation, Fabrice Martinez actionne les pistons, Laurent Bardainne et Thomas de Pourquery soufflent leurs fusées à réaction, et tous, d'une seule voix, de reprendre les incantations qui nous font décoller. L'hommage est merveilleux, la liberté du jazz intacte, l'essai transformé, la balle est dans votre camp, commandez Supersonic, ça fait du bien ! (Quark, L'autre disribution)

jeudi 9 janvier 2014

Jacky au royaume des filles


Le pire danger du nouveau film de Riad Sattouf serait de le faire passer pour une comédie rigolote. On n'y rit pas tant que cela, ce qui ne nous empêche pas de regarder Jacky au royaume des filles avec un énorme sourire et quelque soulagement. Le succès des Beaux gosses, chronique hilarante sur l'adolescence des mâles, lui a permis de réaliser ce film gonflé, satire grinçante et spirituelle sur le monde conçu et dirigé par les hommes. Grande lucidité de sa part d'avoir saisi l'occasion de commettre une œuvre barjo et provocatrice comme second long métrage. Car Sattouf ne se contente pas de renverser les rôles, il saupoudre son pamphlet humoristique de grains de sable qui grippe la machine.
Il ne faudrait pas non plus y voir une critique du monde musulman sous prétexte que les hommes y portent la burka, ni une dénonciation du totalitarisme hors de nos frontières. Toutes les religions en prennent pour leur grade et la mise en garde est sévère à l'égard de nos fausses démocraties. En habillant ses mâles de voiles rouges Sattouf donne au film son aspect futuriste et en militarisant les filles il rend intemporel sa transposition critique de notre monde, plus caricatural que le film lui-même. Dans notre pays où le racisme et le sexisme sont loin d'être réglés notons que la question du genre est abordée par deux cinéastes, l'un d'origine syrienne, l'autre d'origine tunisienne.
Certains spectateurs de l'avant-première (le film sort sur les écrans le 29 janvier) le comparent à un Jacques Demy sarcastique. C'est mal connaître Demy qui n'est pas qu'un cinéaste fleur bleue, il rendit enceint Mastroiani dans L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune, traita de l'inceste plus d'une fois, en particulier avec Peau d'âne, transforma Lady Oscar en homme et réalisa des films à l'arrière-fond politique, des Parapluies de Cherbourg à Une chambre en ville. Sattouf a en commun avec lui le goût du conte social, transposant ici Cendrillon au royaume des femmes.


Jacky au royaume des filles a le mérite de ne ressembler à aucun autre film, sauf pour la musique qui banalise la piste sonore. Heureusement, les cadrages et le découpage qui rappellent que Sattouf vient de la bande dessinée, l'excellence du traitement et la qualité de l'interprétation (Charlotte Gainsbourg, Vincent Lacoste, Noémie Lvovsky, Didier Bourdon, Anémone, Michel Hazanavicius, Anthony Sonigo...) lui évitent tout de même la bouillie servie chaque jour aux sujets du royaume. Et le dernier coup de théâtre laisse à chacun le soin de se faire son propre cinéma... Évitant un traitement systématique du renversement des rôles entre hommes et femmes le film caustique de Riad Sattouf permettra peut-être à nombreux spectateurs et spectatrices de s'interroger sérieusement sur l'absurde condition des femmes.

mercredi 8 janvier 2014

Nous sommes tous des bipolaires


Une amie psychiatre m'expliquait que nous sommes tous bipolaires. Les pressions sociales exacerberaient la manifestation de symptômes entraînant une vente excessive de médicaments pour le plus grand profit des laboratoires. La pharmacopée qui y est associée orienterait même les souffrants. Avant cette mode dont les termes ne sont pas innocents on les appelait cyclothymiques ou maniaco-dépressifs. Je résume évidemment à gros traits maladroits une situation complexe.
D'un naturel enthousiaste et volontaire, je ne m'octroie qu'une ou deux crises existentielles par an, soit une journée de dépression molle où tout me semble vain. Le reste du temps je ne suis pas certain de remettre cette analyse en question, mais je m'y adapte en privilégiant ce qui est agréable ou confortable et en travaillant d'arrache-pied. Produire est une alternative enchantée au jeu d'échec dont nous sommes les pions. Dans ce panorama formateur, entendre formatage de la manière d'apprendre, j'évite surtout le concept de victime.
Aucun artiste ne se dévoile sans qu'une fêlure n'en soit à l'origine. La souffrance est le moteur de l'action, quitte à opérer quelque alchimie transmuant le plomb en or. Il existe d'autres répliques, mais elles sont beaucoup moins productives ou épanouissantes. Le monde, que l'on tente de nous faire accepter comme "notre" monde, est ressenti comme inenvisageable, nous poussant à en créer de nouveaux qui soient à la mesure de nos rêves. Cela fonctionne plutôt pas mal, mais certains jours le masque tombe et la mort réfléchit notre image.
Dans ces moments de doute ou d'incompréhension l'entourage peut être d'un grand secours. Au lieu de nous affubler des oripeaux de la maladie considérons la crise comme une lucidité complémentaire aux arrangements auxquels la société ou la famille nous poussent. Elsa m'explique que l'on propose rarement aux moteurs un poste de suiveur. Je souffre en effet d'être trop souvent à l'origine des faits et de ne pas être suffisamment sollicité. Ce déséquilibre récurrent me force à toujours plus d'initiatives, m'éloignant par là-même de mon fantasme du renvoi d'ascenseur. Si le serpent se mord la queue le dragon ne sait plus à quelle tête se vouer ! Heureusement ma bipolarité se satisfait de sa fréquence rare et de sa faible amplitude où les failles sont beaucoup plus rares que les pics ou les plateaux.

mardi 7 janvier 2014

Bercé par Harry Nilsson


Depuis quelque temps je me réveille plusieurs fois par nuit, d'abord trois heures après m'être endormi, puis une heure plus tard, enfin chaque heure qui suit si j'arrive à rester au lit. La semaine dernière, après la lecture assidue du livre Rock, Pop, un itinéraire bis en 140 albums essentiels de Philippe Robert (Ed. Le Mot et le Reste), j'ai placé sur la platine en automatique quatre des premiers albums de Harry Nilsson dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Si j'ai glissé illico dans les bras de Morphée comme d'habitude, je me suis laissé bercer pour ne me réveiller que le lendemain matin.
Comment ai-je pu passer à côté de ce chanteur auteur-compositeur que les Beatles adulaient ? Le cousinage est évident tant dans les mélodies que dans les orchestrations dont George Martin était friand, cousines de celles de Van Dyke Parks. Il collabora d'ailleurs avec les quatre Beatles, en particulier John Lennon et Ringo Starr dont il fut très proche, ainsi qu'avec Parks, comme avec Randy Newman, Nick Hopkins, Klaus Voormann, Bobby Keys, Peter Frampton, Chris Spedding, Paul Buckmaster, Keith Moon, Jim Keltner, Leon Russell, Lowell George et tant d'autres. Phil Spector et Brian Wilson en avaient fait également leur chanteur préféré. Sa voix couvrait trois octaves. J'ai fini par reconnaître quantité de morceaux repris par d'autres ou entendus dans les films Skidoo, Head, Midnight Cowboy, Popeye, Me Myself and I, Reservoir Dogs, Forrest Gump, Casino, The Ice Storm, High Fidelity, Punch-Drunk Love, etc. Les afficionados connaissent One (1968), Everybody's Talkin' (1969), Without You (1971) ou Coconut (1972), mais plus que par ces tubes je suis fasciné par l'invention et la cohérence des albums Pandemonium Shadow Show (1967) et Aerial Ballet (1968) qui ne déparent pas Pet Sounds, Sergent Pepper's ou Their Satanic Majesties Request. À se demander sérieusement s'il n'influença pas en retour les uns et les autres ! Dévasté par la mort de Lennon, comme lui issu de la classe ouvrière, il milita contre les armes à feu. Les paroles de ses chansons pouvaient être graves, drôles ou sarcastiques sous une apparence désuète avec des passages off qui rappellent que l'on est en studio, distance brechtienne très années 60. Je suis passé à l'intégrale, un coffret de 17 CD paru récemment chez RCA. Tous ses albums recèlent des pépites, même si la musique se banalise au fil du temps, constante qui a touché presque tous les artistes de cette époque exceptionnelle. En 2010 John Scheinfeld réalisa un biopic typique du genre, Who Is Harry Nilsson (And Why Is Everybody Talkin' About Him?), où l'on apprend son manque de confiance en lui et qu'il évita les concerts toute sa vie. Grand buveur, Nilsson mourut le 15 janvier 1994 d'une attaque cardiaque, c'était il y a vingt ans.

lundi 6 janvier 2014

Scotch prend des cours de cuisine

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Françoise critiquant mes achats en ligne de croquettes bio et s'entêtant à rapporter du poisson frais à Scotch chaque dimanche au retour du marché des Lilas je lui ai offert Je cuisine pour mon chat à l'occasion du réveillon de Noël. Scotch s'en est aussitôt emparé, sautant les chapitres sur ses besoins alimentaires, son régime de sénior, les maladies causées par une mauvaise hygiène alimentaire, les substances dangereuses et filant directement à la page 84 où sont détaillés les makis verts, les sardines croustillantes, le mini-soufflé de la mer, la soupe chinoise de nouilles au canard, le parmentier de foie de morue à la purée de patates douces, la tarte à la banane, la poêlée de Saint-Jacques à la crème de courgettes et le tartare d'huître, crabe et pommes ! Scotch a beau être en pleine forme il a tout de même 11 ans et demi et je doute que cette gastronomie tardive refasse grimper aux arbres ce gros matou de 9 kilos. C'est vrai qu'il a toujours été grand pour son âge, mais il passe le plus clair de son temps à roupiller, préférant qu'on lui ouvre la porte plutôt que devoir escalader le soupirail pour sortir dans le jardin. Les recettes semblent plutôt avoir été conçues par un trio de fines gastronomes souhaitant partager leur pitance avec leurs animaux de compagnie. En tout cas, elles mettent l'eau à la bouche. Justement laissez toujours de l'eau fraîche à votre chat, car l'alcool est proscrit, comme d'ailleurs le chocolat (poison accumulatif), le café, l'oignon cru, les raisins, l'avocat, l'éthylène glycol... Le livre paru chez Anagramme est illustré de jolies frimousses et évidemment des plats que vous aurez eu la patience de préparer et de ne pas dévorer entièrement avant que le maître des lieux n'ait eu le temps de dire ouf ou miaou !

vendredi 3 janvier 2014

Le voyage d'hiver revu par Kouna et Lussier


Depuis Le trésor de la langue, son chef d'œuvre de 1989, je suis avec le plus grand intérêt les activités du Québéquois René Lussier, compagnon de Fred Frith, en particulier dans le célèbre film Step Across The Border. Lussier est le réalisateur du dernier album de Keith Kouna, Le voyage d'hiver d'après Franz Schubert. Ce Winterreise avait déjà inspiré avec bonheur Hans Zender et l'Ensemble Modern en 1993.
Dans un genre radicalement différent les arrangements de Lussier et du pianiste Vincent Gagnon révisent Schubert en proposant une orchestration moderne où l'on est surpris de découvrir l'influence du compositeur autrichien sur des contemporains comme Kurt Weill ou Danny Elfman ! Utilisant un vocabulaire populaire (le texte est le grand gagnant de l'entreprise) Kouna a adapté en français actuel les poèmes de Wilhelm Müller qui inspirèrent les 24 lieder pour piano et voix composés par Franz Schubert un an avant sa mort en 1827. Sa voix rapeuse rappelle étonnamment celle de Serge Hureau ou Marianne Faithfull. Le premier a su réhabiliter les faces B des plus grands chanteurs de variétés en les affublant d'orchestrations inhabituelles, la seconde a donné une nouvelle jeunesse à maints standards en leur rendant leur fragilité ou leur rage. Il aura donc fallu quatre ans de travail pour accoucher de cette incroyable adaptation pour chanteur punk-rock et quinze musiciens qui montre ce que les musiques actuelles doivent au passé. Comme le clamait Bertolt Brecht, il n'existe ni forme ancienne ni forme nouvelle, mais seulement la forme appropriée.
Ambiances Ambiguës propose une version numérique téléchargeable et une version physique en édition limitée, agrémentée d'un livre de 64 pages avec 24 aquarelles et encres sur papier 12x12 de Marie-Pascale Hardy.

jeudi 2 janvier 2014

Mobilisation Générale


De temps en temps je passe au magasin de disques Le Souffle Continu où Théo et Bernard m'orientent vers les nouveautés qui pourraient me plaire. Si j'ai apprécié la planante Schulze-Schickert Session de 1975, les électroacoustiques Couleurs de la nuit de François Bayle de 1982 et le récent Nurse With Wound intitulé Chromanatron, c'est une quatrième antiquité qui m'a le plus réjoui.

Mobilisation Générale est une compilation de protest-jazz réunissant d'excellents morceaux enregistrés entre 1970 et 1976, pour la plupart méconnus. L'ensemble rappelle la musique que jouait l'Art Ensemble of Chicago sur l'incontournable Comme à la radio de Brigitte Fontaine, d'ailleurs ici présente avec Areski sur la seule chanson que je connaissais déjà, C'est normal. Les rythmiques présentent les prémisses de l'Afro-Beat, le free jazz tient du rituel et sonne profondément lyrique. Quant aux paroles elles évoquent une époque radicale où la jeunesse ruait dans les brancards et se retrouvait dans des projets militants laissant espérer des lendemains qui chantent. La réaction a tout fait pour leur donner tort et les faire rentrer dans le rang. La résurrection de ces pépites pourrait donner des idées à la jeunesse actuelle, qu'elle soit trop gâtée ou désespérément démunie. Dans les temps qui s'annoncent, tant iniques que cyniques, la révolte va nécessiter de s'organiser. Pour se construire elle aura besoin de modèles qui lui ont tant fait défaut dans les dernières décennies, libre à elle de ne pas les suivre, ce serait même recommandé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Car c'est aussi dans l'analyse du passé que peut se construire le futur. Ensuite tout reste à inventer !


La suite concerne les maniaques comme moi qui lisent les notes de pochette.

Faille majeure, le livret vite torché de l'album conçu et réalisé par Julien Digger's Digest & Jb Born Bad Records ne donne pas le nom des musiciens ou rarement. J'ai donc cherché, parfois sans succès, qui étaient les participants à ces formidables instants.
Ainsi pour Je suis un sauvage chanté par Alfred Panou l'Art Ensemble était bien composé de Lester Bowie, Joseph Jarman, Roscoe Mitchell et Malachi Favors.
Attention l'armée est joué par le Collectif Le Temps des Cerises en 1969 avec entre autres Carlos Andreu (vc), Jean-Jacques Avenel (bs), Philippe Castellin (textes), Antoine Cuvelier, Kirjuhel (gt), Denis Levaillant (perc), Robert Lucien, Jacques Mahieux (dms), Jean Méreu (tpt), Guy Oulchen, Super P4, Gérard Tamestit (v), Jean-Pierre Turola, Christian Ville (perc) tandis qu'Atarpop ne serait que l'équipe de graphistes (j'ai d'ailleurs trouvé la Face B sur YouTube, Le moral nécessaire).
Le livret précise tout de même que sur De l'Orient à l'Orion NK Nagati est accompagné du pianiste Siegfried Kessler, mais qui sont les autres ?
Je compte sur mes lecteurs pour compléter les absences et corriger les erreurs. Frédéric Rufin & Raphaël Lecompte interprètent Les éléphants.
J'aurais dû appeler François Tusques pour vérifier qu'en 1973 sur Nous allons vous conter... le Collectif du Temps des Cerises était bien composé de Carlos Andreu (vc), Denis Levaillant (perc), Claude Marre (tuba), Michel Marre (sax, cornet), et peut-être Poc (tb), Manu et Pierre Ferlier, Méreu, Tamestit, Oulchen, Alain Hako, Alain Bruhl, Joël Grasset, Trnaia Munera, Marie Iracane, Jean-Claude Guillet, Boussaba...
Si Nous ouvrirons les casernes est de Mahjun, Daniel Happel (gt) et Jean-Pierre Arnoux (dms) accompagnent-ils Jean-Louis Lefebvre (v, fl, gt, vc) ?
Quant au Full Moon Ensemble dirigé par Claude Delcloo (qui ne fut certainement pas un batteur génial contrairement à ce que raconte le livret, mais c'est lui qui avait les affaires !) il serait composé du guitariste Joseph Déjean qui a composé cette Samba Miaou sur des paroles de Bob Kaufman, Ron Miller (bs), Martine Tourreil (el p), Jef Sicard (fl, a t sax, bs cl), Gérard Coppéré (s t sax, fl) et Sarah (vc, perc).
On peut tout de même lire que le Baroque Jazz Trio était composé du batteur Philippe Combelle, du violoncelliste Jean-Charles Capon et du claveciniste-pianiste Georges Rabol, et que sur Le cri le flûtiste Michel Roques fait équipe avec Capon et le comédien Bachir Touré.
Si Nicole Aubiat chante Hey ! avec la troupe du Chêne Noir de Gérard Gelas qui sont les autres ?
Et qui est avec Béatrice Arnac sur Athéé ou A Té composé par Claude Cagnasso ?
Ces notes de pochette ni faites ni à faire sont frustrantes. Dommage qu'elles ne soient pas à la hauteur de la musique !

mercredi 1 janvier 2014

L'écrivient


Armagan m'envoie la reproduction d'une affiche des Project Twins, James and Michael Fitzgerald, deux graphistes irlandais qui ont dessiné un savoureux abécédaire de mots inhabituels. Si leur Scripturient est "animé d'un violent désir d'écrire", je me reconnais mieux dans l'image que dans le néologisme.
Enfants, nous apprenions à écrire avec des plumes Sergent Major. Notre pupitre d'écolier en bois possédait un trou rond où placer l'encrier en verre. Nous le remplissions avec une petite bouteille que nous devions trimballer dans notre cartable. Il arrivait évidemment qu'il se renverse lorsque le bouchon était mal vissé, produisant des drames. Si j'ai simulé une main en sang sur les pochettes customisées du vinyle 18 surprises pour Noël je n'ai jamais écrit avec le mien. Aurais-je signé Faust si le Diable s'était présenté à ma porte ? En regard de ce que Dieu a produit sur cette Terre, ou du moins comme les hommes ont agi en son nom, je n'aurais probablement ressenti aucune hésitation. La curiosité et mon insatiabilité créative eurent été trop fortes. Et si j'écris justement autant n'est-ce pas parce que mon cœur saigne ? Drôle de manière de commencer l'année, mais comme j'approche des 2800 articles sur ce blog j'imagine qu'Armagan a vu juste !
Les affiches des Project Twins me rappellent la façon de penser d'un autre graphiste, Michal Batory, avec qui j'avais travaillé pour l'exposition Le Siècle Métro dont il était le commissaire. J'aime la poésie dialectique produite par ces rencontres graphiques où les éléments se fondent les uns dans les autres pour inventer des objets improbables qui font sens en sollicitant notre réflexion critique.

Bonne année à tous et à toutes !