Jean-Jacques Birgé

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lundi 30 novembre 2015

Sonorisation de la façade de la Maison de l'île de la Réunion à Paris


La Maison de l'île de la Réunion à Paris, 21 rue du Renard dans le 4e, a enfin été inaugurée la semaine dernière. Le scénographe Raymond Sarti, avec qui je travaille depuis 1989, en a conçu la boutique, les espaces d'exposition et la mise en lumière nocturne, mais le clou de la façade ne sera en place qu'au printemps. Un gigantesque nid en bois de goyavier viendra se poser devant les fenêtres des trois étages de bureaux qui surplombent les espaces publics. Je m'en suis inspiré pour sonoriser la façade, des haut-parleurs arrosant discrètement le trottoir devant les vitrines pour inviter les passants à franchir les portes. La partition est composée de percussion de bois, de chants d'oiseaux et de vagues. J'ai transposé les chimes en bambou dans le grave pour donner une impression de bois flottés qui s'entrechoquent ou préservé leur légèreté pour les faire osciller au gré des courants d'air que la rue du Renard m'inspire ! Les oiseaux de la Réunion et les vagues ne surgissent que ponctuellement et la boucle dure 90 minutes pour révéler suffisamment de surprises chaque fois que l'on passe les portes de la boutique où sont vendus quantité de produits agroalimentaires et artisanaux. J'ai d'ailleurs craqué pour les rhums arrangés, achards, piments, curcuma, gousses de vanille bio, thé blanc... La circulation automobile confère à ma partition un autre cycle, alternance du oui/non si le feu est rouge ou vert devant le Centre Pompidou ! Les moteurs camouflent toute tentative de sonorisation dans cette portion souvent très chargée de la rue, mais dès que le feu tricolore passe au rouge une bouffée d'air frais surgit du tumulte. J'ai évidemment choisi des sons qui s'en distinguent, même si celui des vagues est de l'ordre du bruit blanc, typique de la ville. J'ai ajouté quelques chimes cristallins qui feront relever la tête des passants et admirer la future sculpture du nid. L'ensemble invite au voyage, vague d'exotisme au centre de Paris.

vendredi 27 novembre 2015

Engagez-vous, qu'ils disaient, vous verrez du pays...


Sur le site S'engager tout est bon pour séduire les futurs bidasses : la défense de la patrie en danger, la fraternité d'armes, le dépassement de soi, l'escalier social, la responsabilité environnementale (vous avez bien lu !), l'innovation, etc. Il ne suffit pas de fabriquer des armes, de les vendre au Qatar et à l'Arabie Saoudite avant qu'elles ne rejoignent Daesh, il faut apprendre à s'en servir soi-même (j'ai reçu la proposition par mail !). Si le service militaire obligatoire avait l'avantage de la mixité sociale, cette fois on enrôle les chômeurs. Non-violent, réformé volontaire, je ne regrette rien si ce n'est le danger d'une armée de métier, mais j'aurais compris le service civil. Fort de la prolongation de l'état d'urgence dont on peut déjà constater les bavures, le gouvernement affiche sa détermination guerrière, et il en rajoute dans le cocorico patriotique...


Voilà-t-y pas que le gouvernement français emboîte le pas à FaceBook en suggérant de réaliser des selfies bleu blanc rouge en hommage aux victimes des attentats récents. Quelle hypocrisie à la veille des élections régionales ! Si vous préférez comprendre les racines du mal mieux vaut lire ou écouter le podcast de cette excellente émission de France Inter...

Se regrouper entre soi ou débattre ?


Malgré mes critiques contre FaceBook (c'est moche et mal pratique, flicard et fliqué, pollué par la pub et pratiquant l'évasion fiscale, etc.), cette application m'aide à sortir d'une certaine marginalité politique.
N'ayant jamais appartenu à aucun parti, mais investi dans des activités associatives, je me suis souvent retrouvé isolé au cours de l'Histoire avec mon lot d'interrogations. En 1967 la Guerre des Six Jours contraria tout ce que mes parents m'avaient appris de l'État d'Israël. Ensuite mes doutes sur les choix des organisations politiques, tant stratégiques qu'idéologiques, me poussèrent à opter pour un axe philosophique de réflexion plutôt que des certitudes doctrinaires. Questionner les versions officielles des événements en suivant le vieil adage "à qui profite le crime ?" force les béni-oui-oui à nous affubler du qualificatif de "complotiste". Face à l'absence d'informations, pour ne pas dire la désinformation consistant à occulter les causes derrière un amas de faits divers, j'éteignis définitivement la télévision il y a une quinzaine d'années, privilégiant la lecture du Monde Diplomatique et de livres argumentés. Je pouvais débattre avec quelques amis sans que le ton devienne insultant même si nous n'étions pas toujours d'accord. Il n'empêche que mes doutes sur ce qu'il est coutume d'appeler abusivement démocratie ou mon engagement auprès de quantité de peuples opprimés restreignirent le cercle de mes sympathies idéologiques.
Le développement des réseaux sociaux changea complètement la donne. Malgré le milliard d'utilisateurs de FaceBook il s'est créé en son seing des regroupements en fonction des centres d'intérêt. Certains y partagent leurs émois adolescents, d'autres leurs histoires amoureuses, d'autres s'en servent professionnellement pour toucher les cibles supposées sensibles à leurs projets, d'autres échangent des points de vue sur le monde en se préoccupant de son avenir. En ce qui me concerne je me sers de FaceBook dans la perspective de ces deux derniers points. Cela m'a permis de constater la bascule fondamentale qui s'est produite entre janvier et novembre face aux deux vagues d'attentats. Si je me suis cru obligé de passer quinze jours à justifier mes craintes de l'union nationale représentée par "Je suis Charlie", ces derniers temps le nombre de camarades partageant les mêmes interrogations s'est multiplié considérablement. Il ne s'agit pas de chercher des satisfecits, mais d'échanger des informations sur les sujets qui nous préoccupent, que ce soit les perspectives guerrières ou la protection de la planète. Grâce à celles et ceux qui vivent dans les pays lointains où se déroule tel ou tel évènement, nous apprenons ainsi ce qui s'y passe avant les grands médias et surtout sans le filtre que nos gouvernements exercent sur la presse. Rappelons tout de même que trop souvent les journalistes ont la fâcheuse tendance à répéter ce que l'AFP leur sert sur un plateau plutôt qu'exercer un réel travail d'investigation. D'où mon attachement particulier à Mediapart.
Certains "amis" prennent le terme au pied de la lettre au lieu de comprendre qu'il ne s'agit que de contacts, ambiguïté entretenue par FaceBook qui vous oblige à "liker" les pires horreurs quand leurs rapporteurs en fait les dénoncent. Certains trolls polluent les échanges, d'autres contributeurs prennent la mouche parce qu'on les contredit. Je me suis par exemple fait virer hier par un angéliste cul béni de la liste de ses amis pour lui avoir rappelé que le Dalaï Lama était financé par la CIA, document secret défense déclassifié en 1998 par le département d'État des USA à l'appui. J'avais pourtant évité d'évoquer le passé du Tibet, esclavagiste et tortionnaire. Mais plutôt que d'en discuter sereinement, cet homme que j'avais connu il y a longtemps pour son ouverture d'esprit préféra couper court. La publication sur son mur dénonçait paradoxalement tout amalgame en y opposant dans le même panier l'Abbé Pierre, Mère Teresa, le Dalaï Lama, Gandhi et le Pape ! C'était ignorer les propos douteusement antisémites de l'un, la non-violence conjoncturelle de l'autre, etc. Or le manichéisme m'apparaît contraire à toute réflexion philosophique.
Je récolte ainsi sur FaceBook quantité d'informations, qu'il est nécessaire évidemment de vérifier comme pour n'importe quel support avant de les partager, mais elles font bouger mes idées sur le monde et m'enrichissent grâce à l'apport de chacune et chacun.

jeudi 26 novembre 2015

Les apprentis-sorciers du climat


Les apprentis sorciers du climat tombe à point nommé au moment de la COP21. Pierre Oscar Lévy a réalisé un documentaire passionnant sur les rêves des climatologues qui espèrent contrôler la météo pour enrayer le réchauffement de la planète. Mais les rêves tournent au cauchemar. Comme pour le nucléaire il y a un revers de la médaille. Des documents terribles et accablants montrent les expériences délirantes qui ont déjà eu lieu dans le passé du temps de la guerre froide entre les États Unis et l'URSS, pendant la guerre du Vietnam et plus proches de nous. Les alertes empêchent ou retardent les applications les plus meurtrières grâce à la menace de fin du monde. Mais le Dr Folamour, Edward Teller, et le Dr Evil, Lowell Wood, qui ont poussé à la guerre des étoiles, imaginent des scénarios délirants. Les Soviétiques et les Chinois ne sont pas en reste et cherchent le soleil ou la pluie. Heureusement de nombreux physiciens tirent la sonnette d'alarme : la géo-ingénierie risque d'accélérer la catastrophe !
La musique de Paul Dukas repeint le décor et le voice-over est fatigant, mais la démonstration nécessite des explications claires. J'ignorais par exemple comment l'éruption du Tambora en Indonésie avait causé la chute de Napoléon à Waterloo en 1815. Clive Hamilton s'appuie aussi sur des tableaux de maître pour expliquer l'ombre et la lumière. Jusqu'ici l'expérience de pulvériser des particules refroidissantes dans la stratosphère à l'image des éruptions volcaniques s'est faite en laboratoire, mais certains voudraient l'étendre à l'échelle de la planète, or nous n'en avons qu'une ! Hamilton raconte le roman de Mary Shelley, Frankenstein sous-titré Le Prométhée moderne : ce n'est pas la fabrication du monstre qui pose problème, mais son rejet alors qu'il est trop tard. Les enjeux économiques sont si gigantesques que l'on peut craindre que des multinationales puissent être tentées de jouer les apprentis-sorciers en faisant croire aux populations que ce Plan B est une meilleure réponse que limiter les émissions de gaz à effet de serre et une croissance irréfléchie. Le documentaire de Pierre Oscar Lévy fait froid dans le dos avant la suée qui nous attend. Il milite évidemment contre la sixième extinction, celle de l'holocène marquant la puissance suicidaire et criminelle de l'humanité.


→ Vous n'avez plus que 6 jours pour voir et revoir Les apprentis sorciers du climat sur Arte+7...

Image d'un nuage intérieur de Berndnaut Smilde présente dans le film.

mercredi 25 novembre 2015

Une journée comme les autres ne ressemble à rien d'autre


Je rentre tard, longue journée, envie d'aller me coucher, mais je dois encore écrire le billet de mercredi, gymnastique intellectuelle que mes deux index copient comme des automates, mais avant, avant consulter les 298 mails que les filtres ont laissé passer, mettre des petits drapeaux à ceux auxquels je répondrai, mais demain, demain je ne sais pas, alors je passe en revue cette journée presque banale... Donner à manger à Ouist en l'absence d'Elsa, et ses médicaments, pas facile de lui faire avaler ses pilules, je le coince entre mes jambes, dos à moi, je relève sa tête en lui ouvrant les mâchoires, j'enfonce le gros cachet au fond de sa gorge et je tiens sa bouche fermée, souvent il recrache, je recommence, parfois j'agite la boîte de croquettes pour le faire déglutir, il arrive qu'il me griffe d'impatience, mais c'est rare... Séance de kiné Mézières à Saint-Michel, tous les Vélib sont en panne au Châtelet, la traversée des ponts est glaciale, j'apprends à respirer, à me poser sur mes jambes plutôt que sur mon dos... Les horaires du RER donnés par Internet n'ont rien à voir avec le réel, ceux des panneaux d'affichage non plus, les prévus sont retardés, j'en prends un qui n'était pas annoncé, était-il en avance, il arrive en retard, juste le temps pour ma correspondance à Juvisy, je marche sous la pluie givrante dans Evry... Après le déjeuner je joue avec les installations lumineuses de Flavien Théry et Fred Murie en résidence à la Fabrique de Culture de Siana. Les étudiants de Télécom École de Management doivent plancher sur le thème "Détourner la ville d’aujourd’hui pour créer la ville de demain", je coache trois groupes de dix élèves, chacun une heure, en essayant d'ajouter un peu de fantaisie à leurs projets et je développe mon sempiternel discours de la méthode pour leur donner les moyens de leurs rêves, tout en les y amenant doucement en se libérant des contingences techniques et budgétaires, l'après-midi rassemble ainsi une douzaine d'autres artistes chargés de "faire émerger les idées"... Retour par le RER que j'emprunte en touriste et j'arrive donc avec une heure de retard à la remise des Pépites d'or liées au Salon du Livre de Jeunesse. Le lauréat est publié par un énorme éditeur américain qui ne s'est évidemment pas déplacé alors que plusieurs petits éditeurs français mériteraient d'être sérieusement soutenus, toute considération artistique mise à part. Cela me rappelle notre nomination aux Victoires de la Musique où nous étions en compétition avec Henri Dès et Walt Disney. Disney avait remporté la Victoire. Malgré des budgets sans commune mesure les autres projets me semblaient tout aussi intéressants. Nous passons pour autant une excellente soirée en bonne compagnie, mais je dois repasser voir Ouist pour lui redonner ses médicaments et j'aimerais bien aller me coucher, d'autant que je suis captivé par un polar de Ian Manook que je croyais mongole tant ses détails sonnent authentiques, j'y reviendrai, mais il me reste encore à trouver une idée pour mon blog avant d'éteindre...

mardi 24 novembre 2015

Mémoire Palace de Violaine Lochu


Dimanche soir Elsa Birgé et Linda Edsjö qui inauguraient leur work in progress Söta Sälta, chansons franco-suédoises autour des amours biscornues, avaient invité Violaine Lochu à présenter sa performance vocale intitulée Mémoire Palace, zapping incroyable, drôle et passionnant créé à partir de rencontres avec la population montreuilloise. Lors d'une résidence au 116 Violaine Lochu a sillonné sa ville à la recherche de personnes qui lui livreraient un souvenir ayant marqué leur vie de manière indélébile. À partir des enregistrements composés de chansons, récits, commentaires pris sur le vif "sur les marchés, dans les bibliothèques, centres sociaux, établissements scolaires, maisons de retraite, théâtres et lieux culturels" elle a d'abord réalisé sept montages radiophoniques diffusés sur la radio R22 dont on retrouve certains sur son site ainsi qu'un beau 64 pages relatant cette aventure de cinq mois, rempli d'illustrations et de dessins.


À cette occasion le graphiste Christophe Hamery a créé une typo très architecturale rappelant la ville. Mais le plus impressionnant est la performance que Violaine Lochu a tirée de cette expérience. Elle rejoue ainsi seule ses montages cut en interprétant les centaines de personnages, dans trente langues différentes, zappant d'un extrait de chanson à une recette de cuisine, d'un rap à quelques balbutiements d'enfant, s'aidant parfois d'une pédale de sampling. Cela consiste à faire un enregistrement de sa voix en direct et à la diffuser aussitôt pendant qu'elle continue en superposition, empilant parfois quantité de couches jusqu'à former un chœur multiethnique. Ce mélange kaléidoscopique fait la force de cette œuvre ouverte sur le monde et ses différences, sur la cohabitation de toutes les communautés, classes et générations, tour de Babel vivante qui, rassemblant les souvenirs marquants de chacune et chacun, produit une forte émotion magnifiée par la qualité de l'interprétation.


En assistant à ce tour de force d'une extrême générosité, je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement avec mes radiophonies, plunderphonics avant la lettre que je réalisai dès 1974 et que je continue d'utiliser à toutes les sauces depuis. Il s'agissait d'attraper au vol de courts extraits radiophoniques en se servant du bouton de pause d'un cassettophone sans aucun montage postérieur. L'acrobatie consistait donc à anticiper l'avenir proche, quitte à revenir en arrière et effacer si c'était raté. La proximité avec le travail de Violaine Lochu ne tient pas à la technique utilisée, mais au résultat sociologique et musical mettant en évidence les circonstances intimes ou sociales, les conditions d'enregistrement et donc tout un hors-champ d'habitude imperceptible, mais tout à coup révélé par l'accumulation et juxtaposition de séquences extrêmement brèves. Nous étions en pleine mode des paysages sonores de R. Murray Schafer, trop lisses à mon goût, et j'inventai ainsi les paysages sociaux. Difficile d'en donner ici la substantifique moëlle, mais vous pouvez en entendre des bouts dans Sur la voie, index 8 de l'album Un coup de dés jamais n'abolira le hasard avec Médéric Collignon et Julien Desprez, ou à 3'44 du début de Des haricots la fin sur le CD Qui vive ?, mais cette fois à partir d'extraits télévisés.

lundi 23 novembre 2015

Winter Mass, ec(H)o-system et d'autres disques


Quantité de disques intéressants arrivent par la poste. La dématérialisation des supports ne règle pas la question du transport des objets physiques pour lesquels la téléportation n'est pas encore au point. Je les expose sur mes étagères en espérant trouver les mots qui ne viennent pas toujours facilement. Ainsi High Fidelity, le solo de trombone de Fidel Fourneyron, est passionnant et courageux, mais forcément un peu rêche, demandant une concentration absolue qui sied certainement mieux au concert. Je ne suis pas fan de jazz proprement dit (je préfère souvent les trucs crades et hybrides !), mais je me suis laissé aller à écouter plusieurs fois Nomade Sonore du sax baryton Eric Séva, ou Dark Wave du grand ensemble Initiative H dirigé par David Haudrechy dont les influences pop sont variées avec en invités Médéric Collignon, Émile Parisien et Vincent Artaud. Comme celui-ci, de plus en plus d'albums intègrent des influences cinématographiques, cousins héritiers du poème symphonique. Le François de Roubaix de Fred Pallem & Le sacre du Tympan reste hélas trop nostalgique pour me satisfaire, j'ai besoin que le revival soit transcendé par une relecture plus contemporaine.


Le premier album de Winter Mass correspond mieux à mes attentes. Des paysages sonores emmitouflent les poèmes de Sayoko. Je ne comprends évidemment pas un mot murmuré par la Japonaise, mais la neige et la nuit m'embarquent pour un voyage où les décors passent souvent au premier plan. La musique composée et conduite par le bassiste Frederick Galiay, qui utilise d'autres instruments comme l'AKS synth et des claviers, oscille entre le sacré et le sacrilège. Cela arrive parfois lorsque des modernes poussent le rituel à la transe, bascule recherchée par les conteurs de rêves éveillés dont les instruments ne produisent a priori ni images ni paroles. Le clarinettiste Jacques Di Donato, aussi aux percussions, est le troisième personnage de ce petit ensemble polymorphe dont la variété de timbres fait oublier la simplicité, décomplexée. Pour quelques morceaux le trio s'est adjoint le flûtiste Jocelyn Mienniel, la clarinettiste Isabelle Duthoit ou le contrebassiste Jean-Philippe Morel.


J'aime ça, comme j'aime ec(H)o-system, le dernier album du poète Steve Dalachinsky avec le duo de rock français The Snobs. J'y retrouve le flow envoûtant que Hal Willner initiait avec les disques orchestrés de William Burroughs. Là où Galiay joue sur la lenteur et l'humidité, The Snobs sèchent l'atmosphère en l'électrifiant. Mais dans les deux cas nous sommes transportés, que l'on comprenne ou pas les paroles. La musique fait passer les intentions, par la diction rythmique et dramatique des poètes tout autant que par la musique qui les accompagne et les porte, traduisant leurs vers dans un langage universel.

Winter Mass, label et distribution Inversus Doxa
→ Steve Dalachinsky and The Snobs, ec(H)o-system, Bam Balam, dist. Musea
→ Fidel Fourneyron, High Fidelity, Umlaut
→ Eric Séva, Nomade Sonore, Gaya, dist. Socadisc / Idol
→ Initiative H, Dark Wave, Neuklang
→ Fred Pallem & Le sacre du Tympan, François de Roubaix, dist. L'autre distribution

vendredi 20 novembre 2015

Söta Sälta + Mémoire Palace = dimanche en appart !


Söta Sälta signifie Sucré Salé, manière suédoise de signaler que les sinistres histoires d'amour chantées par Linda Edsjö et Elsa Birgé sont évidemment pleines d'humour sophistiqué et glacé. Les deux musiciennes-chanteuses se produiront en appartement dimanche à 18h, work in progess et concert de proximité qu'elles partageront avec la chanteuse Violaine Lochu dans sa performance intitulée Mémoire Palace.
J'ai rencontré Violaine lors du Festival La voix est libre en Tunisie au printemps dernier, elle s'accompagnait à l'accordéon, improvisait magiquement avec Mounir Troudi ou se faisait mordre intempestivement, mais discrètement, par une danseuse plus dingue que sa musique. Quant au duo de ma fille et de Linda j'ai eu le privilège d'enregistrer en studio cinq de leurs chansons sur le thème des amours biscornues que vous pouvez écouter sur SoundCloud ou directement sur ce Blog.
Violaine Lochu a construit sa performance à partir de témoignages de Montreuillois qui lui ont chanté, récité, raconté un souvenir, montré un objet ou une photo. Le nouveau répertoire d'Elsa Birgé et Linda Edsjö est composé de vieilles chansons françaises et suédoises rajeunies par leur traitement vocal résolument moderne qu'elles épicent de vibraphone, cloches et percussions.
Comme de nombreux artistes terriblement affectés par les attentats de vendredi et le climat pourri qu'entretient notre gouvernement elles ont préféré répondre à la peur et à la violence par leur art, sachant pertinemment que la culture est le dernier rempart contre la barbarie. Le lieu choisi est un "Napoléon sans bras" comme disait mon papa, soit un bon appartement chaud où, pour 10 euros, il vous sera en plus offert un vin chaud.

Dimanche à 18h - 63 bd de ménilmontant Paris 11e - juste en face du M°Père Lachaise - infos (code - interphone) et réservation

jeudi 19 novembre 2015

Des bons et des mauvais BOUM!


En découvrant la super critique de SuperJulie sur MilK Magazine je crains que les évènements récents colorent bizarrement notre application intitulée naïvement BOUM ! Or on ne peut tout de même pas laisser aux assassins et aux guerriers l'exclusivité des explosions quand elles peuvent être de joie et d'enthousiasme. Dans le cadre du Salon de Livre de Jeunesse de Montreuil notre équipe des Inéditeurs présentera d'ailleurs le roman graphique et sonore BOUM ! à des enfants le 3 décembre prochain à 15h30. Le graphiste Mikaël Cixous avait changé le titre initial Au boulot un peu rébarbatif par un BOUM ! moins résigné. Nous voilà donc devoir nous expliquer à l'heure des amalgames paranoïaques alors qu'adolescents, nous appelions boum une surprise-partie devenue la fête !


En revenant du métro dont les rames avaient été stoppées probablement à cause d'un colis suspect je croise ma nièce en colère. La nourrice de sa fille lui a annoncé qu'elle n'irait pas au parc, privant de sortie la gamine de six mois. Elle est aussi en colère contre elle-même d'imaginer le pire au coin de la rue. Tandis que je descendais à toute vitesse l'avenue Gambetta à vélo, puisque les transports en commun sont devenus de moins en moins sûrs, pas à cause des fous de dieu, mais suite aux mouvements de panique et aux précautions sécuritaires, je me suis moi-même demandé ce que je ferais si j'entendais un gros boum. Je me trouve stupide d'avoir de telles pensées, sachant que la probabilité s'est encore réduite avec les attentats de vendredi dernier. Chez de nombreux jeunes gens le sentiment de colère a remplacé la peur.


Tandis que je fais mes courses les commerçants se lamentent de ne voir personne entrer dans leurs magasins. Les rues sont vides. Les théâtres aussi. Terroriser la population est une méthode avérée pour détruire l'économie d'un pays, comme j'avais pu le constater au printemps pendant mon voyage en Tunisie. Or la meilleure façon de répondre à la terreur est de la mépriser, de sortir boire des coups, de se changer les idées dans les salles de spectacle... Je me souviens aussi des Sarajéviens en 1993 pendant le siège : contrairement à ce qu'affichaient les infos télévisées, personne ne courait en traversant la rue, les femmes se maquillaient à outrance pour que les Tchetniks qui les visaient voient de loin qu'elles les narguaient de toute leur beauté... Aujourd'hui dans les lieux publics on impose partout des vigiles qui ne servent évidemment pas à grand chose, mais sont censés rassurer les Parisiens. C'est pourtant en croisant des soldats armés jusqu'aux dents au détour d'une rue que je me sens le plus fragile. La politique débile du gouvernement qui bombarde la Syrie en tuant quantité de civils dont des enfants ne fait que mettre de l'huile sur le feu, et ce pour de honteuses raisons qui touchent plus au porte-feuilles qu'à la morale.


En espérant que de plus en plus de monde s'aperçoive quels sont les intérêts en jeu, et aussi ceux de chaque citoyen, je fais glisser les 104 pages du roman horizontal que j'ai sonorisé. Il faut continuer à rêver, vivre et agir pour que les explosions de joie remplacent le bruit des bombes partout sur la planète. Certes il faut relever les manches, mais avons-nous d'autre choix ?

mercredi 18 novembre 2015

Body Double en coffret ultra collector


L'éditeur Carlotta continue de privilégier l'Histoire du cinéma aux sorties récentes en publiant DVD et Blu-Rays de films incontournables. Mine d'or pour étudiants et cinéphiles, en plus des bonus (témoignages sur les thèmes de la séduction, de la mise en scène, du mystère et de la polémique), un livre de 200 pages agrémenté de 50 photos inédites accompagne le coffret "ultra collector" de Body Double de Brian de Palma. Tirage unique limité à 3000 exemplaires, cette nouvelle collection proposera 4 coffrets par an. Le livre, très vivant, écrit par Susan Dworkin est bien documenté avec un point de vue intelligent.


À le revoir, le thriller de de Palma m'apparaît plein d'humour plus qu'il ne fait peur, et son érotisme masque la violence. J'ai longtemps pensé que le réalisateur était un pâle imitateur d'Alfred Hitchcock alors qu'il lui rend hommage en réinterprétant ses thèmes de prédilection et sa technique du suspense. Ici les clins d'œil à Vertigo (Sueurs froides) et Rear Window (Fenêtre sur cour) sont évidents, mais il se joue de notre reconnaissance pour nous attirer dans ses filets. Les références hitchcockiennes deviennent des éléments de l'énigme. Plutôt qu'un remake, de Palma compose un rethink, fantaisie palpitante en forme de variation.

→ Brian de Palma, Body Double, restauré 4K, coffret ultra collector Blu-ray + 2 DVD + Livre 200 pages, 50€ (également disponibles en éditions singles Blu-ray et DVD), à paraître le 2 décembre 2015

mardi 17 novembre 2015

La difficulté d'être


Toujours aussi difficile de publier des articles hors-sujet ce mardi. Je crains d'être maladroit.
J'appartiens à la génération des enfants de l'après-guerre. Nos parents avaient vécu des moments inimaginables, mais qu'ils nous en parlent nous permettait de mettre des mots sur les choses et des images sur les maux. La télévision n'existait pas et nous n'avions pas besoin de le voir pour le croire. La menace de guerre nucléaire entre l'Est et l'Ouest pesait pourtant sur nos vies, quelque chose d'abstrait, de subi malgré soi, la peur que tout s'arrête d'un seul coup. Les années 60-70 furent ensuite heureusement excitantes et libératrices. Alors nous avons à notre tour enfanté, fabriquant ici petits princes et petites princesses, même dans les couches sociales les plus défavorisées si l'on compare avec les années terribles de l'Occupation.
Je ne m'attendais pas à ce que les évènements récents affectent autant les jeunes adultes. Nombreux s'identifient aux morts et aux blessés de vendredi. Ils fréquentaient les mêmes lieux ou leurs équivalents. Ils connaissent tous quelqu'un qui à défaut de faire partie des victimes en avait côtoyés. Je parle évidemment depuis Paris où nous habitons et j'ignore comment les jeunes le vivent réellement en province. Pas assez politisés pour prendre le recul nécessaire que l'analyse impose, ils se pensaient loin de cette violence qui les a soudainement et brutalement rattrapés. La menace tient alors de la mystique, l'angoisse naissant de l'incompréhensible. Aussi est-il indispensable de parler avec eux, de leur expliquer ce qui est en jeu sur l'échiquier géopolitique, des conséquences de la misère, de la conjoncture actuelle au Moyen-Orient qui est à l'origine du choix des cibles à Paris comme à Beyrouth. Il ne s'agit pas de leur donner des leçons, mais de nous interroger avec eux. Qu'avons-nous fait de travers ? Quel exemple leur avons-nous donné ? Pourquoi avons-nous été incapables de les préparer à ce qu'ils imaginent le pire ou de leur éviter ? Avons-nous vraiment vécu autrement ? Ignorons-nous la peur ? Comment l'avons-nous éventuellement surmontée ?
Nous n'avions pas plus le choix qu'ils ne l'ont, suivant l'exemple de nos aînés qui avaient résisté à l'horreur. Car lorsque l'angoisse me saisit je repense à mon père, à son courage devant l'adversité, et je me laisse guider. En haut de cette page j'ai reproduit la dédicace que Frédéric Dard (San Antonio), dont il était l'agent littéraire, avait fait imprimer sur l'un de ses premiers romans policiers. "Qui ne craint pas les coups durs" exprime à la fois la course d'obstacles qui consiste à vivre, la peur qu'elle représente et la force qu'elle exige pour la vaincre. Mon père dut y faire face jusqu'à son dernier souffle. La difficulté d'être qu'évoque Jean Cocteau est commune à tous les hommes et à toutes les femmes. Il faut parfois laisser passer un peu de temps pour reprendre sa respiration. Tout autre choix est mortifère. Nous n'avons que le temps de vivre. Vivre.

lundi 16 novembre 2015

Décalage


Depuis vendredi soir toute publication qui ne se réfère pas au massacre, directement ou indirectement, semble hors du temps. Les publicités préprogrammées ont quelque chose de pornographique. Les internautes qui cherchent à se changer les idées en regardant un film drôle, en écoutant de la musique, en croquant du chocolat, le font en réaction contre l'absurdité de la violence qui nous submerge. Ne pas regarder la télévision nous permet probablement de ne pas céder à l'émotion qui empêche de réfléchir. Nous discutons beaucoup avec les amis. Les réseaux sociaux nous montrent à quel point d'autres partagent notre analyse. Ils sont cent fois plus nombreux qu'en janvier dernier à résister à l'union nationale qui voudrait nous faire marcher comme un seul homme derrière un étendard. L'initiative bleu blanc rouge de l'entreprise américaine FaceBook est également des plus suspectes. Comme nous craignons les dérives va-t-en guerre ou xénophobes nous cherchons à comprendre pourquoi les assassins ont frappé à ce moment-là, passé les conséquences de la politique catastrophique des gouvernements français successifs. Paris n'est qu'une cible parmi tant d'autres sur la planète où des innocents meurent chaque jour sous les balles de petits soldats à la solde d'intérêts économiques considérables. On voudrait nous faire croire qu'il s'agit d'une guerre de religion, mais vendredi ils sont morts pour du pétrole. Quand on pense que ce pétrole asphyxie la Terre le bilan est d'autant plus atroce.
Conjoncturellement, tandis que l'Iran revient à la table des négociations sur la Syrie l'attentat sanglant de jeudi à Beyrouth touche le quartier Hezbollah. Les Sunnites de Daesh sentent le vent tourner à leur désavantage. La France se préoccupe plus de la vente de ses Rafales au Qatar ou à l'Arabie Saoudite que de processus de paix. Les citoyens paient cette inconséquence. Les lois liberticides de Valls, passées grâce à l'émotion suscitée par les attentats de janvier, sont inefficaces quant à prévenir les drames qui ensanglantent notre sol, mais elles sont une menace pour l'avenir de ce qu'ils nomment démocratie. François Hollande espère-t-il échapper au verdict des urnes en jouant dangereusement les va-t-en guerre ? Ce ne sont que des pistes de réflexion, nous ne sommes pas dans le secret des dieux, ces multinationales qui mènent le monde à sa perte sous la bannière d'un ultralibéralisme manipulateur, aveuglant les populations sous le flot d'informations sensationnelles qui brouillent les enjeux économiques, politiques et sociaux.
Cela ne m'empêche pas d'être triste et solidaire des familles des victimes sacrifiées par le système.

vendredi 13 novembre 2015

De la piété filiale


À regarder les films Garçon d'honneur (Xi Yan / The Wedding Banquet) et Salé, sucré (Yin Shi Nan Nu / Eat Drink Man Woman) on ne peut que s'interroger sur la piété filiale des Chinois face à l'individualisme des Occidentaux. Après ses débuts avec Pushing Hands, Ang Lee réalise les deuxième et troisième volets de sa trilogie Father Knows Best en 1993 et 1994. Le premier raconte l'impossibilité d'un jeune homme à annoncer à ses parents qu'il est homosexuel et ne leur donnera pas de petit-fils, le second met en scène la difficulté de trois filles à se marier en abandonnant leur père.
Lors de mes voyages en Asie j'avais été sidéré par l'importance de la famille où les personnes âgées étaient choyées contrairement à ce que nous vivons ici. Plusieurs générations y ont l'habitude de cohabiter sous le même toit et l'avis des aînés est prépondérant. Si vous connaissiez ma mère, cette situation vous paraîtrait, comme à moi, surréaliste, inconcevable ! Dans ces deux comédies dramatiques, Ang Lee, Taïwanais tôt émigré aux États-Unis, pointe les absurdités que la tradition engendre, plongeant douloureusement les jeunes adultes dans une culpabilité qui semble inextricable.
Dans Garçon d'honneur le trio new-yorkais invente un stratagème qui semble convenir à chacun pour noyer le poisson, mais le mensonge est compliqué à maintenir malgré les apparences. L'amour filial est incompatible avec les sentiments amoureux du couple tandis que l'amour paternel exige de sauvegarder les apparences. La scène du banquet tant redoutée est délirante de beauferie et farcie d'hypocrisie sociale alors que l'homosexualité y suinte discrètement.
En ce qui concerne l'exposition gourmande je préfère évidemment les scènes culinaires de Salé, sucré qui fascinent tous les grands chefs de la planète. Comment ne pas ne pas saliver et en baver de désir ? L'érotisme qui s'en dégage montre à quel point l'oralité est puissante dans les arts de la table. Feu d'artifice chorégraphique dont on sent les parfums, il évoque une rigueur qui, transposée à l'organisation familiale, devient une chape de plomb impossible à digérer. Les trois filles du vieux chef cuisinier sont en proie à des contradictions terribles, refoulant leurs sentiments tant dans la fuite que dans la responsabilité qu'elles pensent devoir assumer. L'habile scénario réserve heureusement des surprises, révélant le combat dialectique auquel chacune se livre pour composer avec le poids des traditions et l'évolution récente d'une société fascinée par les modèles occidentaux de libération individuelle. Le père incarne lui-même cette révolution des mœurs, choquante et provocante.
Ayant fait mes propres choix de vie en m'épanouissant sentimentalement après avoir réglé leur compte à mes aînés, il me reste à passer en cuisine, étape jamais résolue car se répétant délicieusement à chaque repas. J'aurais pu développer les avantages et inconvénients de la famille, mais Salé, sucré a excité mes papilles, me forçant à abréger illico cette chronique.

→ Carlotta sort ces deux comédies dramatiques en DVD et Blu-Ray remasterisées le 25 novembre, accompagnées de longues interviews avec Ang Lee, le producteur-scénariste, l'acteur .

jeudi 12 novembre 2015

Birgé-Contet-Hoang ce soir en concert au Triton


Venez assister au spectacle "Un coup de dés jamais n'abolira le hasard", d'autant que le Triton offre ce soir une place gratuite pour toute place achetée (en réservant au 0149728313)…...
Le public est-il maître du jeu ? Certes il tire au hasard les thèmes qui seront improvisés sur scène par notre trio, mais l’imagination des musiciens que j'ai invités défie toutes les prévisions. Pascal Contet et Antonin-Tri Hoang se sont affranchis des styles et des catégories pour composer dans l’instant des scénarios inénarrables dont le pouvoir suggestif offre à chacune et chacun la liberté de se faire son cinéma. C’est une musique de parti-pris qui se joue des contrastes, qui adore les surprises et ne connaît que le partage.
Quelques exemples du jeu de cartes inventé par Brian Eno et Peter Schmidt qui ne seront probablement pas joués ce soir : Simple soustraction, Écoutez la voix douce, Que ne feriez-vous pas ?, Servez-vous de personnes non qualifiées, À l'envers, Soyez extravagants, Dans l'obscurité totale très calmement, Soyez crades, Sortez en fermant la porte, etc.
avec
Jean-Jacques BIRGÉ – clavier, électronique, instruments bizarres
Pascal CONTET – accordéon
Antonin-Tri HOANG – sax alto, clarinette, clarinette basse

Les invités des précédentes versions étaient Ève Risser et Jocelyn Mienniel, Birgitte Lyregaard et Linda Edsjö, Médéric Collignon et Julien Desprez.

Concert unique - Jeudi 12 novembre à 20h dans la nouvelle salle du Triton, 11bis rue du Coq Français 93260 Les Lilas - Stations AutoLib et Vélib / à deux pas du Métro Mairie des Lilas (ligne 11) / Tramway et Bus 96-61-170-115-249 Porte des Lilas / 105-129 Mairie des Lilas - 20€ - Réduit 15€ - Adhérent 12€ - Jeune 8€
UNE PLACE OFFERTE POUR TOUTE PLACE ACHETÉE en réservant au 0149728313

mercredi 11 novembre 2015

Swing de la viande bleue


Le couteau à pain sur miche de campagne est un classique de glissade matinale. Pas très malin à la veille d'un concert où tous mes doigts sont requis sur les noires et les blanches. La coupure est légère, mais la chair gonfle comme la pâte au four. Au pire ou au mieux, les notes sous l'index formeront légère syncope. Le swing de la viande bleue, demain soir jeudi 20h au Triton !

mardi 10 novembre 2015

Mon intervention sur l'art et la culture à La Fabrique Coopérative


Invité à La Fabrique Coopérative axée hier soir sur le thème de l'art et de la culture dans le cadre des élections régionales en Ile-de-France qui se tenait au Cirque Romanès, Porte Maillot...

La culture est probablement le dernier rempart contre la barbarie. Sur la planète, quelle que fut l’époque, chaque fois que l’on s’est attaqué à la culture, le pays a sombré dans l’horreur. Chaque fois que l’on a voulu annihiler un peuple, ou l’asservir, on lui a interdit de parler sa langue, interdit ses coutumes, qu’elles soient agricoles, culinaires, vestimentaires, etc. On n’a pas toujours besoin d’un revolver, la réduction de budget fait très bien l’affaire. Il est tellement plus facile de détruire que de construire, et tellement plus rapide, et combien jouissif !
Mais je ne confonds pas pour autant l’art et la culture. Comme l’exprimait si bien Jean-Luc Godard, « La culture est la règle, l’art est l’exception ».
Or les plus grandes avancées dans le monde de l’intelligence ont toujours été le fruit de l’exception. Il faut beaucoup d’imagination pour lutter contre les habitudes dont on a souvent oublié les origines et pour inventer de nouvelles manières de voir, d’entendre, de s’entendre et donc de vivre.
Trop souvent les organisations politiques dites de gauche privilégient les expressions artistiques qu’elles jugent populaires plutôt que de donner les clefs à celles et ceux dont l’imagination leur semblent d’avant-garde. Il y a cinquante ans lorsque l’imagination revendiquait le pouvoir il y eut une révolution de mœurs. L’époque fut particulièrement féconde dans le monde des arts, et toute la société en profita. Nous avons besoin des rêveurs, pas seulement pour gagner des voix aux prochaines élections, mais pour changer le monde, pour penser l’impossible, parce que l’impossible c’est le réel. C’est du moins le réel de demain. Malgré cela aujourd’hui il n’y a plus d’avant-garde comme on l’entendait au siècle dernier, parce qu’elle reste souterraine, mais les arrière-gardes se portent bien, formatées par le marché, lui-même très majoritairement aux mains de l’industrie nord-américaine. Les Etats-Unis ont parfaitement compris la puissance du soft power en faisant la promotion de leur industrie culturelle jusqu’à ses marges. Dans leur grande majorité les Français écoutent de la musique américaine, regardent des films américains, visitent des expositions de plasticiens américains, alors forcément nos artistes leur emboîtent le pas et par ce mouvement façonnent la pensée des peuples du reste du monde.
Or en France nous avons des traditions, et celles-ci ont toujours engendré des mouvements indépendants, voire révolutionnaires. Un moyen de faire évoluer les consciences est de soutenir les rêveurs, des artistes qui refusent le monde que l’on nous impose et qui s’en inventent de nouveaux. Soyons ambitieux dans les programmations que nous faisons au lieu de privilégier les formules populistes. Ici comme ailleurs l’idéologie s’est effacée devant la stratégie. Et pourtant ça bout. La résistance s’organise, mais elle est peu soutenue. Dans tous les arts, c’est incroyable comme aujourd’hui s’épanouissent quantité de jeunes gens. Ils sont de meilleurs en meilleurs, mais les débouchés sont peau de chagrin. On ferme. On privilégie ce qui marche au détriment de ce qui pourrait nous faire réellement avancer, du moins dans une direction qui n’est pas celle des pouvoirs actuels. Si nous voulons changer de modèle de société, il est indispensable d’inventer ce qui nous semble impossible, indispensable d’oser et d’oser autre chose autrement. Au lieu de nous rassurer et de nous complaire dans un présent qui stagne désespérément, prenons le risque de soutenir l’avenir ! Puisque nous sommes au Cirque Romanès je dirais que nous devons apprendre à marcher sur les mains, à avancer sur le fil sans craindre le vide, à retrouver le rire et le sourire, et surtout à donner à rêver !

P.S.: raccord dans l'axe. À l'instant où je prenais une photo pour illustrer mon article, Patrice Gravoin faisait de même deux rangs derrière. Je suis de dos en chemise rouge. À ma droite François Rancillac va prendre la parole juste avant moi...

lundi 9 novembre 2015

Archie Shepp, Roscoe Mitchell... en coffrets


Cet automne le label italien Black Saint Soul Note réédite une partie de son catalogue jazz sous la forme de sept nouveaux coffrets de rééditions de Ran Blake, Kenny Wheeler, Max Roach, Andrew Hill, Mingus Dynasty Big Band et les deux qui a priori me branchent le plus, Archie Shepp et Roscoe Mitchell. Entièrement remasterisé, mais cela ne constitue pour moi qu'un élément de marketing tant les originaux sonnaient déjà bien, chaque coffret contient entre 4 et 9 CD sans aucune autre information que la reproduction riquiqui de la pochette recto-verso.

J'ai été tenté par le coffret Archie Shepp pour n'en connaître qu'un des quatre albums présentés, A Sea of Faces dont je possède le vinyle que j'ai usé jusqu'au fond du sillon. Combien de fois Hipnosis, le thème répétitif de Grachan Moncur III interprété au ténor par Shepp au meilleur de sa forme avec le trombone Charles Greenlee, le pianiste Dave Burrell, le bassiste Cameron Brown, le batteur Beaver Harris et Bunny Foy aux maracas me fit-il tourner la tête ? Mais mon préféré était Song For Mozambique chanté par Semenya McCord d'un érotisme avec lequel seule Jeanne Lee dans Blasé pouvait rivaliser ! La chaleur de la voix du saxophoniste est égale au son de son instrument, hérité de Coleman Hawkins et Ben Webster. Les trois autres CD, Down Home New York, Little Red Moon, California Meeting Live on Broadway sont sympas, mais il n'y brûle pas la même flamme. Ils me font plutôt l'effet de séances entre potes, réfléchissant l'ambiance des boîtes où le jazz raconte l'histoire de leur vie. Shepp paie son tribut aux anciens, à commencer par Coltrane dont on retrouve un morceau sur chaque disque.

Bien que fan de l'Art Ensemble of Chicago, surtout à leurs débuts, j'ignorais les neuf albums du saxophoniste Roscoe Mitchell contenus dans le coffret. On retrouve certaines de leurs manières de faire sortir du free des fanfares déglinguées (3x4Eye, Roscoe Mitchell and The Sound and Space Ensembles, Live at the Knitting Factory), mais le sopraniste et altiste montre son intérêt pour des compositions plus contemporaines qui le rapprochent d'Anthony Braxton. La Great Black Music est souvent ici croisée avec la musique savante de l'Europe blanche (The Italian Concert en duo avec le pianiste Borah Bergman). Roscoe Mitchell est un chercheur, il fouille les ressources des possibles en se moquant des préjugés des uns ou des autres. Le Duets and Solos avec Muhal Richard Abrams indique faussement sax et piano, alors que quantité d'instruments sont utilisés, en particulier un synthétiseur et une flûte en bambou ; la musique peut y être qualifiée d'expérimentale, voyage autour du monde où l'Asie vient s'ajouter à la panoplie des performeurs. On retrouve ces influences les plus diverses dans This Dance is for Stve McCall où le silence est fait de pauses et de soupirs. Il y a quelque chose de chinois à traiter le timbre des instruments avec la même attention que les rythmes et les mélodies. Peut-être me fais-je cette remarque en pensant à leur cuisine qui se préoccupe de texture et de lumière autant que du goût ? Un disque de George Lewis, Shadowgraph 5, et un de Muhal Richard Abrams, Spihumonesty, viennent compléter le coffret, insistant un peu plus sur l'influence de l'École de Vienne qui ne manqua pas de s'exercer sur celle de Chicago.

Ce coffret montre à quel point le free jazz et la musique contemporaine sont cousins, avec ici une aptitude à faire swinguer les notes que les interprètes classiques ont la fâcheuse tendance à figer, sous la baguette de chefs qui ne mettent pas plus la main à la pâte que les compositeurs qui règnent sur leur milieu social. C'est probablement une des caractéristiques de nombreux compositeurs américains de participer à l'interprétation de leurs œuvres. Jamais les concerts de John Cage ne furent aussi réussis que lorsqu'il était présent, comme je me souviens sur scène de Terry Riley ou Steve Reich, Charlie Mingus ou Frank Zappa...

The Complete Remastered Recordings, Black Saint Soul Note, dist. Harmonia Mundi, env. 28,50 et 60€

vendredi 6 novembre 2015

Le jour d'après


Voilà. C'est passé. Vous m'avez copieusement et gentiment arrosé de vœux par téléphone, SMS, mail, réseaux sociaux.
Internet fait sortir du splendide isolement. Je dis pis que pendre de FaceBook, et avec raison, mais l'appli permet de se sentir moins seul, surtout lorsque l'on développe des idées que l'on pensait partager avec pas grand monde. FaceBook est moche, pas pratique, flicarde, sélective, brimante, mais j'y ai connu nombre de personnes dont les propos sont proches des miens ou qui m'ont ouvert les yeux sur différentes questions, sans parler des très précieuses informations professionnelles que l'on y glane. Depuis que je vous lis je suis un peu moins parano ! Tout dépend du type de réseau que l'on s'est constitué. Sur mon "mur" j'indique essentiellement les liens vers mon blog et n'accepte que les "amis" que je connais. Sinon j'envoie en message privé : "Qui êtes-vous ? Bonjour, avant d'accepter une demande d'amis, je pose cette question à tous ceux et à toutes celles que je ne connais pas, quand ma mémoire fait défaut ou que les informations de FaceBook ne me permettent pas de l'apprendre." C'est montré du tact, n'est-ce pas ?
Sur Google+ un nombre invraisemblable de jeunes femmes inconnues revendiquent chaque jour de suivre mes activités, me laissant extrêmement perplexe quant à leurs intentions qui m'apparaissent obscures ! Sur Twitter dont la brièveté des messages est peu adaptée à mon "style" je ne colle également qu'un lien accompagné de deux ou trois hashtags. Au vu du temps que me prennent les liens à ajouter dans mes articles je me demande si je vais continuer, sauf si véritable nécessité, vous laissant le soin de googliser les noms ou mots que vous ignorez.
Encore merci pour tous vos messages chaleureux qui m'ont touché !

jeudi 5 novembre 2015

Aujourd'hui c'est vous qui m'écrivez


Je suis né le 5 novembre 1952 à Paris. La clinique était impasse Malesherbes qui donne dans la rue des Martyrs. Il m'a fallu des années pour m'échapper de ce concept ! Le neuvième arrondissement est au centre de la capitale, quartiers populaires. Ma mère est née boulevard de Strasbourg, ma grand-mère rue du Faubourg Saint-Denis. Ça c'est Paris !
Mon père était angevin, mais les deux côtés de la famille viennent de l'est de la France, probablement des Gaulois convertis au judaïsme, en tout cas pour le maternel. Ce détail me fait marrer quand je pense aux xénophobes et aux racistes arrivés bien plus tard, pour la très très grande majorité, dans ce pays qui ne s'appelait pas encore la France !
Ma mère, pessimiste comme pas deux, ayant deux sœurs et une vingtaine de cousines, était persuadée que je serais une fille. Ils avaient prévu de m'appeler Claire, mais pas pensé à un prénom de garçon. Jacques leur plaisait, mais il y en avait déjà un en Lorraine, ils me l'ont donc collé avec celui de mon père, et vlan, vlà Jean-Jacques qui se pointe ! Je me le traîne depuis 63 ans et avec le temps je me suis même fait à jj et jjb. Cela m'a longtemps horripilé, mais le jour où Robert Wyatt m'a appelé djay djay bi, je n'ai pas osé le contrarier, d'autant qu'avec sa voix l'allitération sonnait plutôt bien. Depuis, mes mails se terminent même par jjb. À une époque j'ai écrit aussi quantité d'articles et d'œuvres sous pseudonymes, mais le propre des pseudos est qu'ils restent anonymes.
Pour les amateurs d'astrologie je suis scorpion, dragon et, entre autres, marxiste. Bien forcé, j'ai pris le pli et renais régulièrement de mes cendres.
Un joyeux non-anniversaire à toutes et à tous !

P.S.: pour les cadeaux, les embrassades, les vœux in vivo, rendez-vous au Triton dans une semaine, jeudi 12 novembre à 20h, nous donnons un unique concert avec l'accordéoniste Pascal Contet et le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang ;-)

mercredi 4 novembre 2015

OUT 1, des vies parallèles


Revoir en Blu-Ray les douze heures trente de OUT 1 plus de quarante ans après sa projection alors que j'étais étudiant à l'Idhec me renvoie à ma jeunesse, ou plutôt à une autre, une jeunesse que j'aurais fait semblant de vivre, en contrebande ou dans une quatrième dimension, comme si j'avais croisé les personnages de Jacques Rivette à d'autres moments de ma vie et qu'ils s'étaient finalement retrouvés plus tôt, en 1973, lorsque notre école hébergée par le Théâtre du Ranelagh avait brûlé et que nous nous étions réfugiés dans un ancien studio de photo rue de Boulainvilliers. Le metteur en scène était venu présenter son film fleuve et, probablement sur sa suggestion, Michael Lonsdale assura le cours de direction d'acteurs. L'avenir me permet de recomposer le film par une sorte de voyage dans le temps d'où émergent de nouveaux Treize d'après Balzac. Mon maître, Jean-André Fieschi, responsable de l'Histoire du cinéma à notre École, cultivait lui-même le thème du complot et je me souviens avoir dîné chez lui avec Rivette comme avec tant de passeurs qui m'initièrent au mystère ou à l'analyse.

Un soir où nous sortions de la Coupole, Jean-Pierre Léaud me susurra à l'oreille, l'index dressé devant ses lèvres, levant les sourcils vers un ciel noir, "chut, parce qu'il y a... les voix !". En 1985 j'engageai Lonsdale pour jouer Le K et Jeune fille qui tombe... tombe, deux nouvelles initiatiques de Dino Buzzati, avec Un Drame Musical Instantané. Immense régal. Dix ans plus tard je le dirigeai ainsi que Michel Berto pour ma partition sonore de l'exposition-spectacle Il était une fois la fête foraine. En 1976 Francis Gorgé et moi avions déjà joué Cool Sweety et Speedy Panik avec Hermine Karagheuz et Annick Mével. Chaque décennie semble se fondre dans les précédentes. En 1993 Bulle Ogier participait à Sarajevo Suite avec une fragilité qui me désarçonna. Je suis amusé de reconnaître ici ou là, le long des huit épisodes de OUT 1 Noli Me Tangere, Jean-Pierre Drouet (dont le zarb marque les points de suspension du récit), Jean-Pierre Bastid, Jacques Doniol-Valcroze, Bernard Eisenschitz, Bernadette Lafont, Eric Rohmer, Jean-François Stévenin... Rien d'étonnant : tous faisaient plus ou moins partie de la famille de mon précepteur, ou du moins de ce monde magique que je découvrais avec gourmandise. Je n'en étais pas moins furieux lorsque JAF me présenta un soir à Edouardo de Gregorio comme "son ombre" !


En revoyant la version longue de OUT 1 je reconnais mon goût pour l'improvisation, et pour le cinéma des illusions au détriment du théâtre qui surjoue. D'un côté la longueur apprivoisée grâce à La région centrale de Michael Snow, de l'autre mon amour pour les ellipses que le montage de la version "courte" (4h15) de OUT 1 Spectre favorise. Dans son texte OUT 1 et son double figurant dans le passionnant livret du coffret DVD, Jonathan Rosenbaum a raison d'évoquer les séries TV pour signaler à quel point la durée n'est plus un problème pour les spectateurs d'aujourd'hui. À partir d'une certaine longueur les films vous absorbent, chute libre qu'Alice nous indique à suivre le lapin blanc en dévorant ces merveilleux biscuits. Sous le grand écran nous perdons la notion des dimensions comme celle du temps. Après l'effort des premières bobines où deux troupes de théâtre d'avant-garde répètent inlassablement et improvisent devant nous selon les canons explosifs de l'époque (Grotowski, le Living Theater, etc.), plus l'on s'enfonce plus le film devient passionnant. Ça se mérite ! N'est-ce pas le propre des sociétés secrètes ? Parallèlement Léaud, dans le rôle d'un faux sourd-muet, et Juliette Berto, paumée comme souvent, mènent leur barque, mais c'est nous qui allons en bateau dans ce film choral où les acteurs se croisent subrepticement au gré des flows. Chacun des huit épisodes, de la durée traditionnelle d'un long métrage, est une navette d'un personnage à un autre, formant une sorte d'anadiplose dramatique où, avec le recul, les entrées en scène surprennent comme des coups de théâtre.
Comme beaucoup, le film est un miroir de son temps, même si Rivette oppose son OUT à la mode du in de l'époque. Après 1968 le désir de faire "autrement" était la règle, ou du moins la question se posait. Or Noli me tangere (en latin "ne me touche pas", du Christ à Marie-Madeleine lors de sa résurrection !) est à la fois une charnière et la clef d'une époque qui allait pourtant se refermer.

Out 1, Jacques Rivette, coffret prestige en édition limitée en combo 6 Blu-ray + 7 DVD, Carlotta, 79€ en précommande jusqu'au 18 novembre, jour également de la sortie au cinéma, contenant les deux versions du film en restauration 2K, Out 1 : Noli me tangere (version intégrale de 12h30), Out 1 : Spectre (version de 4h), le livre Out 1 et son double (version bilingue français/anglais) avec un essai inédit de Jonathan Rosenbaum, un documentaire inédit de 90 mn, des cartes postales

mardi 3 novembre 2015

Taper n'est pas jouer


La semaine dernière j'ai passé plus de temps à taper sur mon clavier d'ordinateur, dans le passé on disait à la machine, que sur mes touches noires et blanches. Certains jours, en me levant de bonne heure, je suis monté jusqu'à quatre articles : sur le thème de la refondation pour La Revue du Cube, sur ma collaboration avec Michel Houellebecq pour Les Cahiers de l'Herne, pour le Journal des Allumés du Jazz sur les rapports musique et Internet, dans cette colonne évidemment, pour le vinyle que publiera Le Souffle Continu réunissant des pièces en duo avec Francis Gorgé datant de 1974-1975, pour le site drame.org où j'ai ajouté ici et là de nouvelles pièces inédites retrouvées dans mes archives, etc.
Certains me prennent pour un journaliste, alors que cette activité périphérique est militante. Je me bats pour mes idées, pour défendre mon travail, pour aider les beaux projets des uns et des autres que les plumitifs professionnels négligent. Philippe Ochem a annulé la table ronde qui devait se tenir ce mois-ci à Jazzdor sur la presse et les blogs, dommage ! Mais comme disait Bourvil, "quand on est artiste, il faut faire tous les genres !" Mon rôle de producteur implique que je connaisse tous les postes, de la comptabilité à la direction artistique, de la vaisselle à la scène. Compositeur, je mets les mains dans le cambouis en interprétant mes propres œuvres.


Je dois ainsi préparer le concert du 12 novembre au Triton où je reprends le spectacle Un coup de dés jamais n'abolira le hasard avec l'accordéoniste Pascal Contet et le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang qui n'y ont encore jamais participé. Comme nous faisons tirer au public les thèmes de nos improvisations au hasard, je ne peux que fourbir mes armes en choisissant les instruments que j'emporterai ce soir-là. J'ai "posté" la newsletter pour l'annoncer. J'ai également envoyé au Triton le texte de présentation du concert de janvier prochain où je jouerai avec Bumcello ! Il ne reste que des petits détails à régler pour les projets en cours, au Louvre, à la Maison de l'île de la Réunion, à la Cité des Sciences et de l'Industrie, ainsi que sur tablette et plateau de jeu...
Je remets sans cesse au lendemain le gros projet personnel que j'ai entamé il y a cinq ans et qui devrait me donner beaucoup de travail dans l'année à venir. J'ai numérisé une vingtaine de films dont j'ai composé la musique dans les années 70-90, les supports VHS ayant commencé à se dégrader. Grande surprise de découvrir des partitions sonores que ma mémoire avait totalement effacées. Les premières sont souvent enregistrées au synthétiseur ARP 2600, les dernières avec un échantillonneur, mais j'utilise quantité d'instruments acoustiques si besoin, intégrant parfois des bruitages, m'associant aussi avec d'autres musiciens comme l'accordéoniste Michèle Buirette ou mes deux acolytes d'Un Drame Musical Instantané. Les incroyables Archives de la Planète montées par Jocelyne Leclercq pour la Cinémathèque Albert Kahn y tiennent une place importante, mais il y a aussi les clips de lancement de la Vidéothèque de Paris, celui du Congrès de Marseille de la Sacem, l'habillage qu'Étienne Mineur avait conçu pour Europrix à la télévision autrichienne, des films institutionnels qui imaginent un futur que nous avons dépassé depuis, des films d'entreprise qui en disent long sur la démagogie patronale, un documentaire sulfureux de Michèle Larue, etc.
Lorsque j'exécutais ce genre d'exercice à voix haute, je faisais rire ma regrettée camarade Brigitte Dornès qui disait que je révisais. En laissant ces traces, plus de 3200 articles rien qu'ici, j'édifie un gigantesque aide-mémoire qui vient rejoindre mes quatre-vingt cahiers intimes (pré-blog), mes archives et celles du Drame, mes bibliothèque, discothèque, bandothèque, vidéothèque, etcéthèque. J'ai très tôt compris l'importance que revêtirait de les organiser au delà de leur simple conservation. Les systèmes sophistiqués de recherche informatique m'ont rendu négligent. J'ai laissé tomber mes fiches en carton, mais je ne remplis plus ma base de données, sauf lorsqu'un nouveau projet l'exige. Le temps du partage suit celui de l'acquis. La possibilité que j'enchaîne encore quantité de créations me fait redouter une accumulation qui semble exponentielle malgré la miniaturisation des supports de sauvegarde. Plus la maison est grande plus on l'encombre, or elle arrive à saturation. Les perspectives existentielles que cette pensée engendre me fiche un peu la trouille.

Illustration : Arman, Infinity of Typewriters and Infinity of Monkeys and Infinity of Time = Hamlet (1962)
Extrait : Jerry Lewis, The Typewriter in Who's Minding The Store? (Un chef de rayon explosif), musique de Leroy Anderson (1950), film de Frank Tashlin (1963)

lundi 2 novembre 2015

Das Kapital : Kind of Red


Sur la photo de Denis Rouvre ornant la pochette du quatrième album de Das Kapital le trio ressemble aux trois apparatchiks de Ninotchka, film de Ernst Lubitsch d'un tel anticommunisme primaire qu'il est devenu un modèle d'humour pour tous les cocos de la planète. Quant au titre de l'album, Kind of Red, il rappelle à la fois leurs deux albums consacrés au compositeur engagé Hanns Eisler, collaborateur de Brecht, le manteau dessiné par Coca Cola du Père Noël, thème de leur précédent disque, et la note bleue du jazz que Miles Davis honora entre autres avec son Kind of Blue. La musique n'en est pas révolutionnaire pour autant, ni fondamentalement jazz, mais ce disque diffuse une énergie communicatrice, marche ferme et déterminée vers le succès, hymne au lyrisme volontaire de trois virtuoses qui n'ont plus besoin de mettre leur savoir faire en avant.
Par contre, la nécessité de se démarquer d'Eisler ou des chansons de Noël les avait forcés à rechercher une distance originale devenue ici inutile, car pour la première fois dans l'histoire du trio, le guitariste danois Hasse Poulsen, le saxophoniste allemand Daniel Erdmann et le percussionniste nantais Edward Perraud ont composé leurs propres thèmes. J'ai un petit faible pour ceux de Perraud, sorte d'agit pop offrant aux deux autres le pouvoir de hurler leur rage. Poulsen choisit la face tendre du jazz tandis que les morceaux d'Erdmann renvoient au répertoire habituel du trio, structuré et héroïque. Le mélange de guitare acoustique, soprano et balais est aussi entraînant que les envolées électriques où le ténor a quelque chose d'aylerien, où le batteur collectionne les timbres colorés. Voilà qui s'écoute, se réécoute, et donne du rouge aux joues.

→ Das Kapital, Kind of Red, Label Bleu, dist. L'autre distribution (sortie le 13 novembre, concert de lancement le 8 décembre à L'Ermitage, Paris)