Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 29 juin 2017

200 Baras expulsés manu militari à Bagnolet


Ce matin les CRS ont expulsé les 200 travailleurs sans papiers du Collectif des Baras qui squattaient depuis 3 ans un bâtiment inoccupé de Bagnolet en attendant que les tractations aboutissent entre le nouveau propriétaire (Natixis lui avait vendu entre temps), la Mairie, les associations comme RESF et la Ligue des Droits de l'Homme et ceux que l'armée française a chassés de Libye suite à la guerre contre Khadafi. La plupart de ces Africains sont maliens, mais sept autres pays d'Afrique centrale sont représentés.


Ils en ont lourd sur le cœur. Ils croyaient ce qu'on leur avait appris, que la France était la patrie des Droits de l'Homme, mais ils savent maintenant que la colonisation continue sous un autre visage. Sans papiers français, puisqu'ils ont ceux de leurs pays respectifs et même des papiers européens reconnus en Italie mais pas chez nous, ils sont exploités par des entrepreneurs peu scrupuleux qui les payent au noir largement en dessous du SMIC. Eux ne rêvent que d'une chose, qu'on leur donne ces papiers qui leur permettraient de travailler légalement, de louer un logement, de vivre comme nous en avons le loisir. On va les regretter dans le quartier. On n'a rarement eu de voisins aussi tranquilles et charmants !


Je n'avais encore jamais vu un policier arborant une écharpe tricolore. On me dit que c'est la loi et qu'il représente le Commissariat des Lilas. Ils y étaient dès 6h30. Tony di Martino, Maire socialiste de Bagnolet, avait promis de nous prévenir dès qu'il serait averti de l'intervention. Il n'en a rien fait. Pourtant il le savait en amont, c'est la loi. Comme nous n'étions que deux au petit jour avec une jeune fille à jouer les témoins pour éviter des débordements des Robocops, je lui faisais remarquer que certains gradés avaient une tête de facho, ils m'ont menacé de garde-à-vue. Je ne les avais pas insultés directement, c'était une messe-basse. Ils répétaient comme des machines : "Vous ne connaissez pas mes origines". C'est vrai, mais je sais ce qu'ils sont devenus. C'est triste de voir ces prolos endosser l'uniforme pour cogner sur les plus démunis.


Un des Baras à qui ils refusaient de récupérer leurs affaires et les documents officiels dont ils ont cruellement besoin s'est énervé. Ils vont lui coller un rapport monstrueusement exagéré. Je les entendus en parler en se frottant les mains. Les Baras qui étaient à l'intérieur du bâtiment ont pris ce qu'on peut tirer avec deux mains, mais une dizaine des travailleurs de nuit qui rentraient n'ont rien eu le droit de récupérer. Les policiers leur avaient pourtant promis. Ils ont argué qu'il y avait eu violence et qu'il faudrait revenir dans les jours suivants avec huissier. En attendant les parpaings montent devant les vitres de l'ancienne Antenne Pôle Emploi désaffectée où ils logeaient tant bien que mal depuis 3 ans. Comme s'il n'y avait pas assez de SDF dans la rue, la police de Macron en a rajouté 200.

Hommage aux naïfs


Il fallait bien que le Douanier Rousseau passe par là. Beaucoup se moquaient. Un siècle plus tard, j'ai seulement cadré et appuyé sur le bouton, mais les bestioles sont restées hors-champ. Les poissons rouges cachés par les herbes ne font pas un bruit. De temps en temps viennent boire un renard, un héron, un hérisson, des chats ou des petits oiseaux.
Je ris des compositeurs contemporains qui raillent la chanson française, mais seraient incapables d'écrire une mélodie qui se fredonne, comme je suis atterré par les musiciens de variétés qui ne comprennent rien à la musique savante de notre époque. Les uns comme les autres assimilent la libre improvisation à des tût tût pouët pouët sans faire l'effort de s'ouvrir sur le monde. Pas assez d'imagination ! Les classiques tentent en vain de suivre les tempi élastiques des musiques traditionnelles. Le rubato, c'est comme la note bleue ! Mais les jazzeux et les rockers s'enferment dans des règles dictées de l'autre côté de l'océan... Il n'y a pourtant pas que les notes et leur organisation : les privilèges de classe s'expriment aussi par certains choix. Il faut lutter, longtemps.
Cocteau disait que les gens préfèrent reconnaître que connaître. C'est aussi la raison pour laquelle il est difficile de sortir du modèle social et écologique actuel alors que la plupart en souffrent considérablement. Plus l'industrie et le commerce fabriquent d'étiquettes, plus le formatage renvoie la création à la marge, valorisant des artistes Kleenex qui ne durent que quelques mois. Il faut durer. La citation de Guillaume d'Orange, Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer, a donné son titre à l'une des pièces du disque Rideau ! enregistré en 1980. Les indépendants affiliés à aucun mouvement ont plus de mal que quiconque à faire accepter leur travail, mais leur persévérance finit par les faire sortir de leur isolement lorsque les critiques sont épuisés de ressasser toujours le même refrain. Henri Rousseau a malgré tout été inhumé sans le sou dans la fosse commune, mais la nature lui rend naïvement le plus bel hommage.